‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 12 sur 166 · AVERTISSEMENT DE BERGIER · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE BERGIER

Des trois parties qu'il embrasse, savoir, la théologie dogmatique, la critique sacrée, et l'histoire ecclésiastique, la première est celle qui demande le plus d'attention, et qui renferme le plus de difficultés. Comme toute autre science, elle a son langage particulier, certaines expressions consacrées à exprimer les mystères, desquelles on ne peut se départir sans s'exposer à tomber dans l'erreur. On ne doit pas exiger d'un théologien qu'il emploie d'autres termes plus clairs tirés du langage ordinaire, ni qu'il fasse comprendre évidemment des vérités que Dieu a révélées pour être crues sur sa parole, quoique nous ne puissions pas les concevoir.

Depuis près de dix-huit cents ans que la théologie chrétienne est formée, il ne s'est pas écoulé un seul siècle dans lequel elle n'ait été combattue par quelque secte de mécréants ; cette science est donc devenue très-contentieuse. Comme elle consiste à savoir non-selement ce que Dieu a révélé, mais comment cette doctrine a été attaquée, et comment elle a été défendue, il n'est presque pas un seul article qui ne soit uu sujet de dispute ; un théologien écrit donc toujours au milieu d'une foule d'ennemis, et jamais ils ne furent en plus grand nombre que dans notre siècle. On ne doit donc pas être étonné de nous voir continuellement aux prises avec les sociniens, avec les protestants, qui ont renouvelé presque toutes les anciennes erreurs ; avec les déistes et les autres incrédules qui les ont copiés tous. Nos maîtres en théologie sont les Pères de l'Eglise; nous nous croyons obligé de suivre leur exemple. Or, ces auteurs respectables ont écrit, chacun dans leur temps, contre les erreurs qui taisaient du bruit pour lors, et non contre celles dont le souvenir était à peu près effacé, il est de notre devoir de les imiter.

Nous ne sommes pas assez injustes pour accuser les protestants d'avoir voulu, de propos délibéré, favoriser les ennemis du christianisme ; mais il n'est pas moins vrai que, sans le vouloir, ils leur ont fourni presque toutes leurs armes ; c'est un événement que nous n'avons pas pu nous dispenser de faire remarquer une infinité de fois, parce que la chose est évidente. Si les protestants se fâchent de se trouver continuellement dans notre ouvrage associés aux. incrédules, ce n'est pas à nous qu'ils doivent s'en prendre, mais à leurs docteurs. Chez les luthériens, Mosheim et Brueker; chez les calvinistes, Bcausobre, Basnagc, Le Clerc, Barbeyrac; chez les anglicans, Chillingworth et Bingham, sont ceux dont nous avons principalement consulté les livres, parce que ce sop* les derniers qui ont écrit, et qui paraissent

AVERTISSEMENT DE BERGIEU.

avoir le plus de réputation. Ils ont cherché à donner une nouvelle tournure aux anciennes objections ; ils ont eu l'art de défigurer la plupart des faits de l'histoire ecclésiastique ; il n'est presque pas in seul des Pères de l'Eglise, contre lequel ils n'aient formé des accusations; ils ont donc imposé une nouvelle tâche aux théologiens catholiques, à laquelle nos meilleurs controversistes n'ont pas pu satisfaire : nous avons donc été obligé de nous en charger ; et si nous n'avons pas répondu à tout, nous croyons du moins avoir fait le plus essentiel. En donnant une courte notice des ouvrages des Pères, nous avons tâché de faire leur apologie.

Il en est de môme des personnages de l'ancien Testamen dont l'histoire sainte a loué les vertus, et que les incrédules, enmarchan t sur les traces des manichéens, se sont appliqués à noircir .Mais loin de chercher à multiplier les articles de critique sacrée, nous en avons supprimé un grand nombre. Il nous a semblé inutile de disserter sur des expressions que tout le monde entend, ou sur des termes qui n'ont rien d'extraordinaire, et de copier le Dictionnaire de la Bible. Il est plus nécessaire, sans doute, d'éclaircir les passages dont les hérétiques ou les incrédules ont abusé, ou qui font un objet de dispute entre les théologiens.

On doit comprendre qu'un Dictionnaire théologique, quelque exact qu'il puisse être, ne pourra jamais tenir lieu d'un cours de théologie complet, dans lequel on rassemble sur chaque question toutes les preuves et les réponses aux objections ; où l'on fait voir la liaison que nos dogmes ont entre eux, de manière que l'un éclaircit et confirme l'autre (1). Ce serait une erreur de croire qu'avec le secours d'un Dictionnaire aussi abrégé, l'on peut devenir grand théologien. Si celui-ci a^ait été destiné à paraître seul, il aurait nécessairement fallu le rendre -plus étendu, y faire entrer plusieurs articles de métaphysique, de morale, d'histoire, de discipline, de jurisprudence canonique, que nous avons dû laisser à ceux auxquels ils appartiennent.

11 n'aurait pas été difficile non plus de le charger de citations ; mais il suffit d'avertir, en général, que, pour la Critique sacrée, les Prolégo)nènes de la Polyglotte d'Angleterre, la Philosophie sacrée de Glassius, les Dissertations et les Préfaces de la Bible d'Avignon, en 17 volumes in-4°, sont les principales sources où

(I) Un Dictionnaire théologique a d'antres avantages que n'offre point un traité complet : il est d'un usage plus général; on le consulte plus commodément, plus agréablement ; il renferme d'ailleurs un grand nombre d'articles, dont n'est point susceptible un cours de théologie.

ÀVEr.TISSEMEXT DE BERGIER.

l'on a puisé. Pour Y Histoire ecclésiastique, Fleury, Cave, Dupin, Tillcmont, dom Cellier, sont les auteurs qu'il aurait fallu citer continuellement. Nous n'avons pas hésité de copier plusieurs observations dans les protestants desquels nous venons de parler, surtout de Mosheim, lorsqu'elles nous ont paru vraies et di gnes de l'attention du lecteur. Pour la théologie dogmatique, quand nous aurions mis à chaque article les noms de Petau, de Tournély, de Wittasse, de Lherminier, de Juénin, ou de quelques auteurs plus modernes, le lecteur n'en aurait pas été plus instruit; ces ouvrages sont connus de tous les théologiens, et les autres personnes ne sont pas tentées de les lire.

Nous n'avons pas la vanité de croire que ce Dictionnaire est tel qu'il devrait être ; un seul homme, quelque laborieux qu'il soit, ne peut suffire à cette entreprise. Ceux qui viendront après nous, pourront faire mieux; il est plus aisé de voir les défauts d'un ouvrage déjà fait, que de les éviter en le composant.

BERGIER

Page 1