‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 156 sur 166 · S9 ' AVE · texte numérisé non relu

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raissent représenter la trame historique qui conduira à cette tin comme marquée d'événements extraordinaires el tragiques, elles ne manquent jamais d'ajouter cette autre idée consolante, d'un renouvellement par le bien triomphant ; renouvellement qu'elles confondent plus ou moins avec celui ou ceuxde l'autre vie. mais qu'elles conservent avec soin malgré leurs tendanci s à préférer les tableaux sinistres, plus tu\< râbles aux grandeurs poétiques ci en général plus recherchés des imaginations dans l'état présent de l'humanité qui est uu état de maladie.

« Ci st ainsi <p e la théologie bouddhiste , après avoir raconté quatre avènements de Bouddh i, dont le d. rnier est en Çakia-Mouni, promet encore 906 autres 1k u ;dhas qui viendront successivement sauver les hommes et les béatifier. Le prochain, qui sera le cirq lième, et qui est attendu avec impatience, est M lïdari. La terre, d'après celte théologie, doit durer 336 millions d'années; llil millions o'uimôos sont écoulés, et il en reste encore, 185 millions à l'avenir. Laissons, comme nous l'avons dit, toutes ces traditions, pour citer, seulement, en exemple, le morceau suivant de l'Edda des Scandinaves:

« Il viendra un temps, un âge bar- » bare, un âge d'épée, où le crime » infestera la terre, où les frères se » souilleront du sang de leurs frères, » où les lils seront les assassins de » leurs pères, et les pères de leurs » lils, où l'inceste et l'adultère seront » communs, où personne n'ép:irgnera » son ami. Bientôt un hiver désolant » surviendra, la neige tombera des » quatre coins du monde, les vents » souffleront avec furie, la gelée durv cira la terre. Trois hi\ ers semblables » se passeront sans qu'aucun été les » tempère; alors il arrivera des pro- » diges étonnants. Alors les monstres » rompront leurs chaînes, ets'ôcliap- » peront, le grand dragon se roulera » dans l'Océan, et, dans ses mouve- » ments , la terre sera inondée et » ébranlée, les arbres déracinés, et » les rochers se heurteront.

« Le loup Femis, déchaîné, ouvrira ;> sa gueule énorme qui touche à la

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» terre et au ciel, le feu sortira da » ses yeux et de ses naseaux, il dé- » vorera le soleil ; et le grand dragon » qui le suit vomira sur les eaux et » dans les airs des torrents de venin.

« Dans cette confusion les étoiles « s'enfuiront, le ciel sera fendu, l'ar- » mée des mauvais génies et des » géants, conduite par Sortus (le noir), » et suivie de Loke, entrera pour at- » taquer les dieux. Mais Heïindal, le » portier des dieux, s'élève ; il fait » sonner sa trompette bruyante, les » dieux se réveillent et s'assemblent, » le grand frêne agite ses branches, » le ciel et la terre sont pleins d'ef- » froi, les dieux s'arment, les héros » se rangent en bataille, Odin parait, » revêtu de son casque d'or et de sa » brillante cuirasse ; son large cime- » terre est dans ses mains: il attaque » le loup Fenris, il en est dévoré, et » Fenris périt au même instant. Thor » est étouffé dans les flots de venin » que le dragon exhale en mourant.

» Loke et Heïmdal se tuent récipro- » quement; le feu consume tout, et )> la flamme s'élève jusqu'au ciel.

« Mais bientôt après, une nouvelle » terre sort du sein des flots, ornée » de vertes prairies ; les champs y » produisent sans culture, les calami- » tés y sont inconnues, un palais y » est élevé, plus brillant que le so- » leil et tout couvert d'or. C'est là » que les justes habiteront et -se » réjouiront pendant les siècles.

« Alors le puissant, le vaillant, ce- » lui qui gouverne tout, sort des de- » meures d'en haut pour rendre la » justice divine. Il prononce ses ar- » rets, il établit les sacrés destins qui » dureront toujours. »

« S'il y a chez tous les peuples, un âge d'or pour commencer l'histoire de l'humanité, il y en a un, pour la finir; Saint-Simon a fait une phrase aussi fausse qu'injuste lorsqu'il a dit: « L'âge d'or qu'une aveugle tradition a placé dans le passé est devant nous. » Et Lamartine est allé, par mélancolie, à l'excès contraire lorsqu'il n'a vu dans les traditions que l'âge d'or du passé. Tout commence par l'or et tout finit de même sous l'empire du Dieu que nous avon^ compris, avec cette différence que

l'or du commencement est l'état naissant de celui de la fin ; et les traditions humaines sont d'accord sur ce double principe. Or, un tel concert est d'un grand poids, non pas pour ajouter à la valeur intrinsèque de nos prophéties judaïques et chrétiennes, mais pour aider leurs interprétations et nous convaincre de la réalité d'un pressentiment universel inhérent à l'essence même de la société humaine, partant divin, et, par suite encore, ne pouvant pas être un mensonge dans les généralités qu'il révèle.

« II. Fixons maintenant notre attention sur les développements passés et présents de l'humanité, sur les mouvements de sa vie ; cherchons à deviner le but de cette bombe de Dieu, par son premier élan, par sa direction dès l'origine de sa trajectoire ; et, comme simple philosophe, nous serons conduit aux mêmes déductions.

« Et d'abord quelle est la grande loi de tous les êtres soumis à notre analyse ? c'est la loi des trois âges.

On parle de quatre âges, et l'on se trompe ; il n'y en a que trois dans tous les ordres, dans toutes les choses, dans toutes les natures, à commencer par Dieu même ; on va le comprendre.

« Dieu estundans son essence. Use distingue en trois énergies dès qu'il opère au dedans et au dehors; et ces trois énergies s'engendrent dans une unité radicale en s'y personnifiant par l'éternité même des opérations ; voilà déjà trois âges métaphysiques dans l'essence de Dieu. Si l'on prend la durée, il en est de même; c'est le présent immuable éternellement posé par l'essence de l'être ; mais ce présent absolu engendre, dans tous les relatifs, même purement idéaux pourvu qu'ils soient concrets, un passé, un présent et un futur relatifs ; il se dédouble nécessairement, comme notre verbe être, dans une triple forme temporelle ; et ce passé, ce présent, ce futur se recomposent dans l'unité simple originelle de l'éternité d'oùils sont sortis. Il en est de même de tous les rapports sous lesquels on peut considérer Dieu. Tout s'y fait par une triple période. Rien, au

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reste, ne le démontre mieux que notre opération intellectuelle, image la plus pure qui nous soit offerte de Dieu; l'idée est toujours dans sa première entité une synthèse ; cette synthèse se fait analyse, et parcourt ainsi son second âge ; puis l'analyse redevient la synthèse et, dès lors, a accompli son évolution.

« Or, les trois âges, étant en type originel chez Dieu, se reproduisent sous toutes les formes, dans toutes les créatures. Dans l'ordre chimique, chaque matière, qu'elle soit réalité ou apparence, estun composé et l'est nécessairement, puisque, si on veut se la représenter, par la pensée, comme résultant d'une composition antécédente tout à fait originelle, on se jette dans l'absurde du recul à l'infini ; ce composé se décompose durant une période de travail dans laquelle l'agitation de la décomposition même révèle sans cesse la tendance à la recomposition; et enfin fa recomposition se réalise et c'est le repos; l'évolution est complète. Dans l'ordre mécanique, tout part d'un équilibre originel, auquel succède la rupture qui est une agitation violente en vue ' d'un rétablissement d'équilibre, lequel rétablissement réussit toujours à se réaliser, et amène l'harmonie du troisième âge. Si nous pouvions embrasser l'ensemble de l'ordre cosmogénique nous y verrions les trois mêmes périodes tant en gros qu'en détail.

Nous les verrions dans chacun des trois âges de toute planète analogue à la terre : dans celui du règne des forces chimiques et mécaniques , équilibre chaotique sans développement, agitation et conflit pour le développement même, enfin équilibre fixé au sein du développement; dans celui du règne des puissances organiques, même répétition ; et dans celui du règne des puissances intelligentes, naissance dans l'ordre embryonaire, lutte dans le désordre entre la vie et la mort, et enfin renaissance dans l'ordre et la vie triomphants.

« Il en est de même de l'histoire humaine en particulier à tous ses points de vue, dans sa totalité et dans ses divisions. Larévélationnous la classe en trois âges, celui de l'inno-

cence, celui de la chute et celui de la rédemption; la philosophie, quand elle observe le genre humain, trouve toujours et partout la classification correspondante ; tout peuple commence, par exemple, dans un ordre, simple mais pur, de liberté et d'égalité ; puis cet état, pour épanouir le germe qu'il contient, se change en une lutte entre la liberté et le despotisme, entre l'égalité et le privilège; on voit, dans cette lutte, la tendance constante à une reconstitution de la liberté et de l'égalité avec développement ; mais au moment où il semble que cette tendanee va avoir gain de cause, le peuple meurt pour léguer à l'humanité le fruit de ses travaux, parce que le peuple n'est pas le genre humain, et que c'est au genre humain qu'est réservé l'avenir. Un peuple n'est qu'un individu dans l'humanité; or, nous voyons le même phénomène se produire dans l'individu qui commence par l'innocence et la simplicité de l'enfance, se continue par l'état, anarchique et dictatorial tout à la fois, de la jeunesse, et se termine par l'âge mur et la vieillesse qui serait la sagesse, l'innocence, la perfection de l'enfance reconquise avec développement, si la mort ne venait dissoudre peu à peu le vieillard et lui commander de laisser à toute la fraternité le fruit de ses conquêtes. George Sand a émis quelque part cette idée du bien originel sans developpement.de la lutte du bien et du mal dans la période intermédiaire, et du bien triomphant avec développement dans la période finale; en trouvant chez cet écrivain un tel aperçu, que nous avions souvent caressé dans nos méditations philosophiques, nous avons pensé une fois de plus à la propriété dont Dieu a doué la femme de palpiter comme l'orage, et d'avoir, comme lui, pour notre bien et pour notre mal, des feux qui éclairent, des nuages qui aveuglent, et des foudres qui tuent.

« Que conclure de cette explication? Que l'humanité n'étant certainement pas dans son premier âge, ni dans son troisième, est dans son second âge, qui est celui de la douleur et de l'enfantement, mais que le

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troisième viendra, par suite de la loi des êtres, puisque le second est venu.

«Les conflits, les guerres, les tiraillements, les désordres ont beau régner dans l'univers au point de taire penser à des retours au chaos ce ne sont que des efforts vers des rétablissements d'équilibre, cène sont que les travaux préparatoires de la résurrection.

« Voilà le principe ; entrons dans quelques détails.

« 111. Si nous considérons le genre humain relativement à la conquête géographique du globe, nous ne pouvons nier un progrès incessant ; depuis les temps les plus anciens, il y a eu des pas en avant dans cette conquête : la carte du monde s'est peu à peu formée en ^élargissant toujours.

Nous ne nions pas qu'il n'y ait eu des pertes, des oublis, des rechutes dans 1 ignorance des contrées du globe ■ c'est par bonds et reculs que va la civilisation quand on envisage l'ensemble de noire espèce ; maïs ce qu'on ne peut mer, c'est que le résultat présent ne soit supérieur à tous les résultats antécédents et qu'en prenant les grands points de notre histoire le dernier ne l'emporte toujours ; d'àillenrs plus les conquêtes s'entassent, plus elles en appellent de nouvelles et plus la continuité de laloide progression gagne en probabilité; or cette loi admise, il est de nécessité mathématique que nous allions jusqu a la lin, jusqu'à la conquête totale de la surface de notre planète.

« Même raisonnement sur l'Océan et sur l'atmosphère; nous avons gagné, nous travaillons sans cesse pour gagner encore; donc nous arriverons a la limite, et cette limite ne peut se dessiner devant nous que le jour où nous serons réellement maîtres des eaux, de l'airet de tout ce qu'ils renferment.

ê « Mèmeraisonnementsurladomesticationetl'acclimatationdes végétaux et de» animaux ; il y a une limite ; car le nombre des espèces et celui des possibilités relativement à nous nest pas inlini, ne peut pas l'être sur un globe lui-même déterminé; mais il est essentiel que, gagnant

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sans cesse, nous arrivions à cette li-

«Même raisonnement snr l'assujettissement des forces cosmiques en tant qu'elles s'enferment dans détendue de notre séjour. Nous en avons trouvé, depuis peu d'années, de nouvelles, etchaque matin, noustrouvons des moyens nouveaux de les asservir à notre usage. Témoins, la vapeur, 1 électricité, le magnétisme, le galvanisme, et le reste ; donc nous les dénicherons toutes, nous arriverons à les dominer toutes, et viendra un jour ou nous aurons découvert, en réalité tous les services qu'elles étaient d après le plan créateur, capables de nous rendre.

« Même raisonnement sur les modifications de la terre propres à la réunion des peuples, au perfectionnement le plus élevé du commerce et de toutes les relations humaines.

Nous marchons; donc nous atteindrons le but.

« Même raisonnement sur la popula ion duglobe ; elle augmente ; donc elle augmentera jusqu'à ce que tous les lieux soient convenablement habites.

« Même raisonnemnnt sur l'agriculture et l'industrie ; elles progressent; donc elles progresseront jusqu à ce que la surface entière de notre planète produise le plus qu'il lui est possible de produire, et jusqu'à ceque l'homme, àl'aide des machines, confectionne tout ce dont il a besoin avec le moins de temps et de peine que cela serait imaginable, pour quiconque connaîtrait l'énigme de notre création.

« Même raisonnement sur la science del'univers et lavulgarisationde cette science ; il y a un point marqué, un summum assigné au développement; et nous atteindrons ce summum puisque nous courons après et que nous ne courons pas en vain, comme le prouve chaque découverte nouvelle.

« Même raisonnement sur le perfectionnement de l'état hygiénique de la terreetde ses habitants; malgré les incrédulités au progrès médical, ce progrès va -son train; la science ajoute les observations aux observations, et elle [fait des conquêtes ; ce

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progrès qui pourra être un des plus lents n'en est pas moins une réalité ; peu à peu la lutte établie entre l'homme v et les causes des maladies aura pour J résultat d'en faire diminuer le noma bre, et nous arriverons à un summum \ ! terrestre sous ce rapport comme sous i Jtous les autres, lequel consistera, tout j «porte à le croire, dans un état tel que ' l'on ne mourra plus, sans sa faute, : que de la mort nécessaire à une vieillesse préservée elle-même des inlirmités qui en font un martyre. Les prophètes l'ont dit (1), et les philosophes de la science moderne doivent oser le dire.

« Même raisonnement sur la lederation des peuples et sur la paix universelle; nous établissons tantde liens entre les nations, nouslesrapprochons par tant de facilités de communication, nous les mélangeons sans cesse à tel point, qu'il est nécessaire que nous arrivions à établir entre elles une liaison qui rendra la guerre impossible, une fusion de mœurs, d'usages, de lois, d'intérêts qui fera de la guerre une anomalie sans raison d'être et incompréhensible pour le genre humain.

«Mêmeraisonnementsurlaretusion

des races; les préjugés tendent à s'effacer; les variétés humaines les plus dégradées disparaissent ou .s'élèvent peu à peu; les répugnances s'affaiblissent ; les alliances se font d'une race à l'autre ; déjà on voit beaucoup de métis ; bientôt plus d'esclavage (2) ; or la liberté est le grand remède à tous les maux qui ont été la suite de sa perte; enfin les peuples, en se fédérant, appelleront toutes les tribus de la terre au b inquet de la civilisation, et provoqueront les mélanges d'où résultera la reconstitution des familles humaines dans l'unité spécifique originelle.

(1) On la verra et on en jugera dans l'article Pbop'.ét.e. . , L« Noir.

(2) Depuis que nous écrivions cela, les restes d'esclava»e ont disparu, et les derniers veMiges disparaissent en ce moment même; cest la guerre américaine qui a fait ce miracle; eu quatre i.ns elle a ré lise ce que le progrès pscifiqne n'aurait peutêtre pas fuit en qua re siècles; lant qu'il aura sur la terr,' du mal Miciul de cette espèce, il y aura dei guerre» justes; la guerre juste sera celle qui cherchera à le détruire, la guerre injuste sera celle qui cherchera à le conserïer. I.» N°">.

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