‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 157 sur 166 · AVI · texte numérisé non relu

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« Même raisonnement sur la réfusion des langues ; les peuples en se coudoyant, se mêlant, identitieront leurs besoins, leurs pensées, leurs religions, leurs intérêts, et par suite le'ïirs langages. Déjà la diversité des génies littéraires paraît tendre à s'effacer comme la diversité des costumes ; « aujourd'hui, » dit Ampère, « les littératures se ressemblent sans « s'imiter. » ( Promenade en Amériq., I 76 ) Or, les langues suivent les littératures plus que les littérateurs ne suivent les langues. D'ailleurs on peut observer, en grammairien, les prêts réciproques que se font sans cesse les idiomes limitrophes; plus d'une langue s'est déjà formée des éléments de plusieurs autres mélangées ensemble; il est nécessaire que le travail continue, et que tous les langages aillent se refondre daus un langage universel qui sera, comme développement et comme richesse, ce que fut sans doute la langue primitive comme germe et comme pauvreté. Ne seraitce que la nécessité d'une langue commerciale universelle, cette nécessité suffirait seule pour amener peu à peu l'identité de langage.

« Même raisonnement sur 1 ordre politique ; il y a mouvement marqué et progrès incontestable, au milieu de la grande lutte de la liberté et de l'égalité contre le despotisme et l'esprit de privilège, et, malgré les tlux et les reflux, les renaissances et les rechutes, nous marchons vers un affranchissement universel ; donc nous arriverons à cet affranchissement. S'il fallait désespérer de la science, de la raison, de l'esprit, du courage, du bon sens des peuples comme forces capables d'amener cet avenir, on ne pourrait, au moins, désespérer des exigences matérielles qui seront introduites par le progrès industriel, et qui le réaliseront comme une fatalité. Les royautés perdent insensiblement de leur solidité; les systèmes dynastiques s'en vont; nous courons de force à la démocratie; Dieu nous y pousse: le but dernier ne peut être que la république universelle (1) fondée sur l'égalité des droits ; on n'en voitpas d'autre

(1) J'aurais do ajouter fédérotivo.

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en utopie; et cette utopie est l'avenir lui-même; car on ue peut concevoir que Dieu ait donné au genre humain l'instinct de courir à ce qu'il n'atteindra jamais, l'ait condamné, en le créant, au supplice de Tantale. Condorcet émettait à la Convention cette formule : « Toutes les institutions sociales doivent avoir pour but l'amélioration, sous le rapport physique, intellectuel et moral de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. »

N'était-ce pas un progrès énorme qu'une telle proclamation dans une assembléede gouvernants? Ce principe sublime n'est-il pas compris, depuis notre l'évolution, mieux qu'il ne le fut jamais ? et s'il n'a été pratiqué par aucun des gouvernements qui ont Mistéjusqu à présent, c'est une pi-euro qu'il eu viendra un nouveau pour le réaliser, car, il faut de toute nécessité qu'il cesse un jour ou l'autre, d'être une utopie, puisqu'il a été proclamé el saisi par les esprits; et l'on en dira autant de toutes les vérités sociales les unes après les autres.

« Même raisonnement sur l'ordre économique; les castes, Fesdavs le servage, sont déjà presque disp; du globe; le progrès sous ce rapport crève les yeux; nous avons le prolétariat qui ne résulte que d'une ca le prêt des instruments de travail moyennant une grosse et éternelle retenue sur les produits, en d'autres termes la tyrannie du travail passé sur le travail présent, que le premier, dans son orgueil cruel, .écrase, vole et réduit à la pauvreté; mais ne tinira-t-on point par le comprendre?

et du jour où on l'aura compris, que fera le travail passé dans son petit nombre de représentants contre la grande insurrection du t ravai I p r.'seni?

Un peuple commencera, et la referme s'insinuera de ville en ville, de bourgade en bourgade, jusqu'à ce qu'elle ail transformé l'état social de toute la terre. Cette transformation est nécessaire dans un avenir quelconque, car ellea déjà été sentie par quelques-uns, Ut le reste y marche, sans qu'il s'en <oute, parce que Dieu l'y mène. Alors plus d'usure dans aucun de ses sens, sous aucune de ses formes, à aucun de ses degrés, plus de lixité des fortunes

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despotiques . t absorbantes, propriété vraie haussant et baissant avec sa cause, et le travail universalisé entre tous les valides comme condition de la vie, conformément à la parole de l'Apôtre : qui ne veut pas travailler qu il ne mange point. Proudhon finira par avoir raison dans sa banquemais en voulant que l'homme la réalise sans Dieu et sans le Christ, il reculera, pour sa seulepart, cette réalisation de plus d'un siècle (1).

« Même raisonnement sur le commerce et la liberté d'échange de tous les produits entre les climats. Cette liberté doit venir et viendra par nécessité, puisque l'Angleterre et la république dos Etats-Cnis commencent à l'inaugurer et même à la prendre de force quand on la leur refuse. Cette grande unité se réalisera une des premières et en amènera une foule d'autres (2). Ne pense-t-on pas, dans ce but, à ouvrir les barrières, apercer les isthmes ? et déjà de simples littérateurs, tels que M. Ampère, se plaisent à rêver des capitales générales du commerce du monde avec routes libres, ouvertes à toutes les nations.

Celui que nous ayons nommé assigne à cet entrepôt une ville qui n'existe pas encore sur l'isthme de Panama.

Il se fera bien d'autres communions universelles, et M. Gilliot finira par avoir raison dans sa constitution unitéiste de l'humanité. (Esquisse d'une science sociale, t. Il, à la lin.) « Même raisonnement sur l'extension delà science philosophique, sociale, religieuse, pratique surtout ; qui ne voit pas que l'instruction tend à s'universaliser, n'a pas d'yeux; et, cette tendance existant, il faut qu'elle atteigne son but dernier qui ne peut être que la participation de tous les peuples et de tous les individus à l'éducation suffisante.

« Enfin même raisonnement sur la réfusion future de tous les cultes dans un culte unique et universel qui sera le Christianisme tel que nous l'ont annoncé les prophéties. L'observation

(1) J'aurais pojt-étre mieux fait de dire : de plu»

d'un millénaire.

(2) Lh second empire français à fait, depuis que nous écrivions cela, ilo grands efforts, en ce sens ;

justice lui c : coi! rcuJue.

Lb N'oia.

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du genre humain mène seule à cette espérance; car il est impossible que les hommes se mélangent et s'assimilent comme nous venons de l'indiquer, sous tous les rapports, sans que leursidées religieuses ne s'identifient, et qu'ils ne finissent par se grouper autour d'une religion éclectique résultant de tout ce qu'il y a de vrai, de bon et de beau dans toute les religions du passé ; or, nous soutenons que cette religion ne sera autre chose que le Christianisme dans la pureté, le développement, l'universalité qui lui sont promis.

« IV. « Quand on est le premier » d'une chose, a dit Lacordaire avec » esprit, on lui donne l'impulsion,. » et elle va sous ce premier coup, » ; le premier de la chose humaine, c'est Dieu ; cette chose va sous le coup que Dieu lui a donné, et l'on peut juger où elle va par la direction qu'elle a déjà prise ; or, elle va à une grandeur, à une science, à une puissance, à une liberté, à une égalité, à une fraternité, et à un bien-être dont le summum sera digne du premier propulseur; nous savons que la liberté morale de chacun de nous dérange la marche, complique le développement, et semble faire reculer incessamment la lin; mais cet élément n'était-il pas prévu et introduit savamment, comme les autres, dans nos destinées? Rien ne résiste à la force et à la science absolues, pas même la volonté libre sans cesser d'être libre.

« Mais cet élément n'en est pas moins un embarras considérable ; c'est de lui que naît Satan, le grand ennemi ; et de l'opposition de Satan au triomphe du bien dans tous les ordres vient cette longue guerre pleine de tant d'horreurs, qui caractérise le second âge que nous traversons. Si la philosophie, en étudiant l'homme collectif, voit un état de perfection relative au bout de ses évolutions terrestres, elle ne voit, en même temps, pour y parvenir, qu'une voie douloureuse, ensanglantée, couverte d'écueils, grosse d'aventures ; et elle voit même que cet âge des défaites et des victoires, des désespoirs et des espérances, des soupirs et des

luttes, doit durer bien des siècles encore, ainsi que nous allons essayer de le comprendre dans le chapitre suivant.

« En finissant celui-ci, rendons à nos pères dans la science une justice qu'on leur refuse aujourd'hui trop souvent. On a l'air de penser que la doctrine du progrès est propre à notre temps, et plus d'une fois on l'a soutenu devantnous. Pour réfuter, disons mieux, pour punir de tels oublis, de tels orgueils, il suffit de renvoyer ceux qui s'en rendent coupables à la lecture d'à peu près toutes les grandes œuvres qui ont été écrites depuis quel'hommepense. S'il y adans Platon des cris de désespoir, on y trouve aussi des efforts, des appels de Dieu au secours de l'humanité, et ces désespoirs même ne font qu'accuser le sentiment de l'impatience devant ce qui doit venir. Quant aux Pères de l'Eglise, on s'accorde assez à reconnaître que l'idée du progrès leur a inspiré de nombreuses pages. Si l'on descend au moyen âge, Roger Bacon est là pour nous prouver qu'on devinait, de son temps, déjà plus que nous n'avons encore obtenu. Puis viennent Savonarole, Thomas More, Bacon, Leibnitz avec sa loi de continuité qui est la philosophie métaphysique du progrès, Fénelon avec ses plans de réforme si radicaux sous certains rapports, Pascal, Malebranche, Lessing, Fontcnelle. Kant, Turgot, etc., etc. Citons seulement le père de l'école qu'on a le plus accusée et qui est la grande héritière de celle de Platon dans les trois derniers siècles :

Descartes, en finissant son fameux Discours de la méthode, annonçait au monde un'tel progrès dans l'assujettissement de la nature, que « l'homme, » dit-il, « en connaîtra » les éléments aussi distinctement » que nous connaissons les divers » métiers de nos artisans, les em- » ploiera en même façon à tous les » usages auxquels ils sont propres, et » non-seulement saura s'exempter » d'une infinité de maladies , mais » même aussi peut-être de l'af- » faiblissement de la vieillesse. »

« Francklin n'est pas allé plus loin dans ses rêves, et c'est à peine

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aujourd'hui si les plus hardis vont jusque-là. Or quand on a de ces hardiesses sous un point de vue, il n'est rien qu'on ne médite et qu'on ne lance, car tout est dans tout, et il n'est pas nu progrès qui soit possible sans tous les aulres.

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