‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 21 sur 166 · XIII · texte numérisé non relu

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Si la maxime sur laquelle se fondent les incrédules est vraie, le phyrrhonisme est donc le seul système raisonnable. Après avoir supposé que l'évidence de nos idées doit être la seule règle de nos jugements, on prouve doctement que cette évidence est réduite à rien. Un philosophe ne la voit que dans ses propres opinions, quelque absurde qu'elles soient d'ailleurs (2).

Pour résumer en deux mots, les protestants ont dit : nous ne devons croire que ce qui est expressément révélé dans l'Ecriture, et c'est la raison qui en détermine le vrai [sens. Les sociniens ont répliqué : donc nous ne devons croire révélé que ce qui est

(1) Syst.de lanatur. tom. II ch. 1. Traité des erreurs populaires, pag. H4, etc.

(2,1 Je n'ose être d'aucun avis; je ne vois qu'incompréhensibilité dans l'un et dans l'autre système. Quest. sur l'Encyclop., Idée, sect. 1. Adorez Dieu, soyez honnête homme, et croyez que deux et deux font quatre. Dict. philos., Nécessaire,

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INTRODUCTION DE BERGIER

conforme à la raison. Les déistes ont conclu : donc la raison suffit pour connaître la vérité sans révélation; toute révélation est inutile, par conséquent fausse. Les athées ont repris : or, ce que l'on dit de Dieu et des esprits est contraire à la raison : donc il ne faut admettre que la matière. Les phyrrhoniens viennent fermer la marche, en disant : le matérialisme renferme plus d'absurdités et de contradictions que tous les autres systèmes : donc il ne faut en admettre aucun (1).

Selon un déiste anglais : de même que le calvinisme a produit des enthousiastes dans son origine, il a fait éclore enfin des athées. Un athée n'est qu'une espèce d'enthousiaste, idolâtre de sa raison, qui déclame contre Dieu et sa providence (2).

Ainsi le premier pas dans la carrière de l'erreur a conduit nos raisonneurs téméraires au dernier excès d'aveuglement; ainsi la raison livrée à elle-même ne trouve plus de borne où elle puisse s'arrêter ; elle est entraînée par le fil des conséquences beaucoup plus loin qu'elle n'avait prévu. Tout homme, qui a suivi la naissance et le progrès de différentes opinions, est convaincu, qu'entre la vérité établie par la main de Dieu et le pyrrhonisme absolu, il n'y a point de milieu où l'esprit humain puisse demeurer ferme.

Quiconque se pique de raisonner, doit être chrétien catholique, ou entièrement incrédule, et pyrrhonien dans toute la rigueur du terme.

Nos adversaires mêmes ont confirmé par leur aveu la vérité de cette théorie : ils disent que le christianisme, une fois détruit, l'existence de Dieu et l'immortalité de rame ne tiennent presque plus à rien; mais que si l'on admet un Dieu, l'on est forcé de dévorer toute la suite des conséquences qu'en tirent les superstitieux, c'est-à-dire, les chrétiens ;que ceux-ci raisonnent plus conséquemment, et sont plus d'accord avec eux-mêmes que les déistes ; que le déisme est un système où l'esprit humain ne peut pas longtemps s'arrêter (3). C'est donc uniquement la crainte des conséquences qui conduit les incrédules à l'athéisme ; de peur d'être forcés à croire trop, ils prennent le parti de ne rien croire du tout. Leur manière de philosopher, dit un encyclopédiste, n'est au fond que l'art de décroire (4). De même que les sociniens ont défi) En traçant cette généalogie impure, nous n'avons aucune intentionde chafriner les protestants; s'ils méconnaissent leurs descendants, ceux-ci, plus onnèles, ne renient point leurs ancêtres ; ce sont les protestants, disent-ils, qui ont commencé la révolution; mais ils ne sont pas allés assez loin. Enfin l'on est allé si loin, qu'il faudra nécessairement reculer.

(2) Morgan. Moral. philosopher, tom. I, pag, 219.

(3) Syst. de la nat., tom. II, c. 7, p. 221 et suiv. Chap. 12, pag. 357. Première lettre à Sophie, pag. 5 ; Deuxième lettre, pag. 41, Dial. sur l'ùme, pag. 145, 146; Le bon Sem, § 117, 1 18.

(4) Encijclop., Unitaires, p. 399.

INTRODUCTION DE BERGIEIl.

montré aux protestants qu'ils n'avaient pas suivi leur principe jusqu'où il peut aller, et s'étaient arrêtés sans savoir pourquoi, un déiste prouve aux sociniens qu'ils sont coupables de la même inconséquence. Mais un athée retombe sur les déistes, et leur montre qu'ils sont eux-mêmes des raisonneurs pusillanimes, et qu'ils se contredisent ; enfin un pyrrhonien, à son tour., fait voir aux athées qu'ils déraisonnent, qu'un dogmatique quelconque prête le flanc à ses adversaires, et se trouve bientôt percé de ses propres traits. Nous demandons si, la dispute étant réduite à ce point, le triomphe de la religion peut encore paraître douteux ; pour se débarraser de ses ennemis, elle n'a qu'à leur laisser le soin de s'entre-détruire.

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