XV
Peut-être en est-il plusieurs qui ne méritent point ce reproche, et qui ont au moins des mœurs décentes. Mais ce n'est point à
(1) Le bon Sens, § 108, 182, 188.
: h) Aux mânes de Louis XV, pag. 291.
(3) De l'Esprit, 2. Disc, c. 6, p. 142.
(4) Dialog. sur l'âme, p. 135 et suiv. Tenez votre âme en état de désirer toujours qu'il y ait un Dieu, et vous n'en douterez jamais. J. J. Rousseau, Esprit et Maximes, etc. p. 4.
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INTRODUCTION DE BURGIER.
nous à faire des recherches sur leur conduite; nous ne pouvons en juger mieux que sur leur propre témoignage. Or, il est difficile d'avoir bonne opinion de maîtres qui, de leur aveu, ont formé tant de disciples corrompus, et de nous fier à des principes toujours adoptés par les cœurs vicieux et par les esprits pervers.
Selon eux, nous attribuons mal à propos à l'incrédulité les vices qui viennent plutôt du luxe et des passions (1) : soit; donc ils ont encore plus de tort de les attribuer à la religion. Mais dans quel cas les passions causeront-elles plus de ravage ? Sous le joug de la religion qui les condamne, ou sous le règne de l'incrédulité qui leur lâche la bride ? Jamais le luxe ne fut porté à l'excès chez une nation, sans traîner à sa suite le libertinage d'esprit et de cœur. Que la philosophie incrédule soit fille du luxe, comme tous les autres vices, c'est ce que nous n'ignorons pas; un tel père ne fera jamais honneur à ses enfants.
« L'athéisme, disent- ils, n'est point fait pour le vulgaire, ni
» même pour le plus grand nombre des hommes Des êtres
» ignorants, malheureux et tremblants, se feront toujours des » dieux... Les principes de l'athéisme ne sont point faits pour » le peuple, ni pour les esprits frivoles, ni pour les hommes am- » bitieux et remuants, ni pour un grand nombre de personnes » instruites d'ailleurs, mais qui n'ont point assez de courage (2). » Cependant l'on répète sans cesse la maxime, quela vérité est faite pour tout le monde ; d'où il s'ensuit clairement que l'athéisme n'est pas la vérité.
« Leucippe, Démocrite, Epicure, Straton, et quelques autres » Grecs, osèrent déchirer le voile épais du préjugé, et prêcher » l'athéisme ; ils ::e furent pas écoutés. Chezles modernes, Hobbes, » Spinosa, Bayle, etc., ont marché sur les traces d'Epicure; mais » leur doctrine ne trouva que peu de sectateurs, dans un monde » trop enivré de fables pour écouter la raison.,.. Ceux qui ont » eu le courage d'annoncer la vérité, ont été communément pu- » nis de leur témérité (3). Il est fort dangereux que nos docteurs » de la vérité n'aient encore aujourd'hui le même sort. »
Ils demandent « quel mal on peut faire aux hommes en leur » proposant ses idées? Le pis aller est de les laisser dans le » doute et dans la dispute ; n'y sont-ils pas déjà (4)? » Mais ils observent que, pour bien des gens, leur ôter les idées de Dieu, ce serait leur arracher une portion d'eux-mêmes (5) ; que le doute sur
II) Histoire des Etabliss. des Europ. dans les Indes, tom. 5, liv. 13, p. 176.
(2) Syst. de la nat., tom. II, c. 10, 12, 13, p. 317, 352, 381. Le bon Sens, § 195.
(3) Le bon Sens, § 204.
(i)Syst. de la nat., tom. II, c. 11 et 13, pag. 331, 384. (5)16., cl 3, p. 388.
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ce sujet n'est rien moins qu'un oreiller commode (1); que le doute, en fait de religion, est un état plus cruel que d'expirer sur la roue (2). Rendons grâces à ces maîtres charitables qui veulentnous arracher une portion de nous-mêmes, et nous mettre dans un état pire que d'expirer sur la roue. Si, après des déclarations aussi précises, ils viennent à bout de séduire quelqu'un, il a grande envie d'être séduit. Montaigne, parlant d'eux, les appelait hommes bien misérables et écervelés, qui tâchent d'être pires qu'ils ne peuvent (3).
§ XYI
On croit peut-être que les incrédules modernes ont fait des découvertes dont les anciens n'avaient aucune connaissance, qu'ils ont créé de nouveaux systèmes; erreur. Ils ont puisé leurs matériaux dans des sources abondantes, et qui ne sont point inconnues. Pour attaquer les vérités de la religion naturelle, ils ont ramené sur la scène les objections des épicuriens, des pyrrhoniens, des cyniques, des académiciens rigides et des cyrénaïques; c'est une doctrine renouvelée des Grecs. Mais ils ont passé sous silence les raisons par lesquelles Platon, Socrate, Cicéron, Plutarque, et d'autres, ont refuté toutes ces visions. Contre l'Ancien Testament et la religion juive, ils ont rajeuni les difficultés et les calomnies des manichéens, des marcionites, de Celse, de Julien, de Porphyre, et des autres philosophes ; le plus célèbre de nos adversaires en est convenu (4). On en retrouve la plupart dans Origène, dans Tertullieu, dans saint Cyrille, dans saint Augustin, et dans les autres Pères de ces temps-là ; mais les incrédules ont supprimé les réponses de ces auteurs.
Lorsqu'il a fallu combattre le christianisme, nos adversaires ont été encore mieux servis ; ils ont copié les livres des Juifs et ceux des mahométans (5). Les écrits d'Isaac Orobio, le Munimen fidei, tous les autres ouvrages compilés par Wagenseil (6), sont hachés et cousus par lambeaux dans les livres des déistes : on doit en rendre la gloire aux rabbins. Contre le catholicisme, ils ont extrait les reproches de tous les hérétiques, surtout des controversistes protestants et des sociniens. Enfin, pour suspecter les titres de notre croyance, ils ont fait sérieusement usage d'une méthode que le père Hardouin n'avait hasardée que comme un jeu d'esprit sur un sujet très-indifférent. On verra dans cet
(1) Le bon Sens, § 123.
(2) LHal. sur l'âme, p. 139.
(3) Essai sur le mérite et la vertu, liv. 1, pag. 6.
(4) Questions sur i Encyclopédie, Conti'adiction, pag.
(5) V. Maracci, Prodrom, ad réfutât. Alcoranr.i.
(6) Tela ignea Saianw.
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ouvrage la chaîne de traditions, par laquelle ces sublimes découvertes sont venues jusqu'à nous, et nous aurons soin de restituer à chacun ce qui lui appartient.
Les premiers incrédules français auraient peut-être rougi de puiser leurs réflexions dans des sources aussi impures ; ils copiaient les Anglais, sans savoir d'où ceux-ci avaient emprunté tant de richesses littéraires. Le poison était du moins présenté alors sous un masque de décence. Ceux d'aujourd'hui ont eu moins de délicatesse ; ils ont fait couler de leur plume tout le fiel que les rabbins ont vomi contre Jésus-Christ et contre l'Evangile, sans en adoucir l'amertume, et toute la bile des controversistes protestants contre l'Eglise romaine; ils se sont même efforcés d'enchérir sur les uns et les autres. Grâce à leur intrépidité, ils n'est plus de blasphèmes, de sarcasmes, d'invectives, do grossièretés, auxquels nous n'ayons été forcé de nous endurcir.