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INTRODUCTION DE BERGIER
» doivent rien à eux-mêmes ni à la société, et se croient des sa » ges, parce que souvent, en tremblant et avec remords, ils fou- » lent aux pieds des chimères qui les forçaient à respecter la dé- » cence et les mœurs (1)? »
Nous n'aurions pas osé dire d'aussi terribles vérités, mais il nous est permis de les copier ; les incrédules ne peuvent être mieux définis que par les maîtres qui les ont formés.
L'auteur du Système de la nature ne s'est pas exprimé avec moins d'énergie, en recherchant les causes qui peuvent porter à l'athéisme et à l'irréligion. La première est, selon lui, l'indignation qu'inspire à tout homme qui pense la vue des maux qu'ont produits dans le monde l'idée de Dieu et la religion. La seconde est la crainte importune que doit faire naître dans l'esprit de tout raisonneur conséquent l'idée d'un Dieu tel que ses affreux ministres le peignent, c'est-à-dire, d'un Dieu vengeur du crime, et rémunérateur de la vertu. La troisième sont les passions et les intérêts des hommes qui les poussent à faire des recherches.
La question est de savoir si un esprit préoccupé par la crainte, par les passions, est fort en état de faire des recherches avec succès, et de découvrir la vérité.
« Nous conviendrons, dit-il, que souvent la corruption des » mœurs, la débauche, la licence, et même la légèreté d'esprit, » peuvent conduire à l'irréligion ou à l'incrédulité ; mais on peut » être libertin, irréligieux, et faire parade d'incrédulité, sans » être athée pour cela... Bien des gens renoncent aux préju- » gés reçus, par vanité et sur parole ; ces prétendus esprits- » forts n'ont rien examiné par eux-mêmes, ils s'en rapportent » à d'autres qu'ds supposent avoir pesé les choses plus mùre-
» ment Un voluptueux, un débauché enseveli dans la crapule,
» un ambitieux, un intrigant, un homme frivole et dissipé, une » femme déréglée, un bel esprit à la mode ; sont-ils donc des » personnages bien capables de juger d'une religion qu'ils n'ont » point approfondie, de sentir la force d'un argument, d'em-
» brasser l'ensemble d'un système? Les hommes corrom-
» pus n'attaquent les dieux, que lorsqu'ils les croient ennemis » de leurs passions. »
Cependant, selon le même auteur, « il faut être désintéressé, » pour juger sainement des choses ; il faut des lumières et de » la suite dans l'esprit, pour saisir un grand système. Il n'ap- » partient qu'à l'homme de bien examiner les preuves de l'exis-
» tence de Dieu et les principes de toute religion L'homme
» honnête et vertueux est seul juge compétent dans une si » grande affaire (2).
Il) Essai sur les préjugés, c. 8, p. 181 et suiv. (2) Syst. delanat., t. II, c. 10, pag. 360 et suiv.
INTRODUCTION DE BERGIER
Si, avant de lire un livre écrit contre la religion, l'on commençait par demander: L'auteur est-il un homme de bien, vertueux, honnête, sage, désintéressé? il est fort douteux qu'aucun de ces ouvrages fût dans le cas de faire fortune.
Un troisième dit avec franchise : « J'aime mieux être anéanti » une bonne fois, que de briller toujours ; le sort des bêtes me » paraît plus désirable que le sort des damnés. L'opinion qui » me débarrasse de craintes acccablantes dans ce monde, mepa- » raît plus riante que l'incertitude où me laisse l'opinion d'un Dieu » sur mon sort éternel. . . On ne vit point heureux, quand on trem- » ble toujours. Un Dieu, qui damne éternellement, est évidem- » ment le plus odieux des êtres que l'esprit humain puisse in- » venter (1). »
Voilà donc la source dans laquelle nos philosophes ont puisé tant de lumières, la crainte de brûler toujours ; mais cette crainte n'entre point dans une âme pure, honnête, vertueuse : l'enfer n'est destiné qu'aux méchants. Avouer que l'on est tourmenté par cette idée, c'est reconnaître que l'on n'a pas la conscience nette. Nos adversaires préfèrent, non l'opinion la plus vraie et la mieux prouvée, mais la plus riante et la plus commode ; c'est le goût et non le raisonnement qui les détermine.
L'un des derniers qui aient écrit, convient de même qu'entre la religion et l'athéisme, c'est le cœur, le tempérament, et non la raison qui décide du choix (2).
L'auteur du livre de l'Esprit n'avait pas trop bonne opinion de ses confrères. « Peut-être, dit-il, nos auteurs sont-ils quel- » quefois plus soigneux delà correction de leurs ouvrages, que » de celle de leurs mœurs, et prennent-ils exemple surAverroës, » ce philosophe qui se permettait, dit-on, des friponneries qu'il » regardait, non-seulement comme peu nuisibles, mais même » comme utiles à sa réputation (3). »
Un autre avoue qu'aux termes de la caducité, les principes de la religion reprennent l'ascendant, parce qu'alors nous n'avons plus besoin des raisons qui nous tranquillisaient au sein des plaisirs (4). Ilest donc bien décidé quel'onn'estincrédule qu'autantque 'on a besoin de raisons pour se tranquilliser au sein des plaisirs.