‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 26 sur 166 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

Celui dontnousnous plaignons serait moins odieux, s'iln'inspirait pas tant de calomnies. Les prêtres, disent nos adversaires, ne sont chrétiens que par décence et par intérêt ; leur conduite dément évidemment leur croyance; lorsqu'ona des liaisons familières avec eux, ons'aperçoit bientôt qu'ils ne sont pas fort chargés d'articles de foi (1).

(1) Gazette littéraire de deux Ponts, 1774, n° 61, art. 1.

INTRODUCTIOX liE BERGIER.

Avant de répondre à ce reproche, voyons si les philosophes sont eux-mêmes exemptsdetout.es vues d'ambition et d'intérêt.

Plusieurs poussent très-loin les prétentions. Selon eux,, tout écrivain de génie est magistrat-né de sa patrie; il doit l'éclairer, s'il le peut : son droit, c'est son talent (1). Voilà leur mission fondée sur un titre authentique, sur la bonne opinion qu'ils ont d'euxmêmes. Les gens de lettres, disent-ils, sont les arbitres et les distributeurs de la gloire (2) ; il est donc juste qu'ils s'en réservent la meilleure part. L'un nous fait observer qu'à la Chine le mérite littéraire élève aux premières places; et, à son grand regret, il il n'en est pas de même en France (3). L'autre dit que les philosophes voudraient approcher des souverains; mais que par l' ambition et les intrigues des prêtres, ils sont bannis des cours (4). Celui-ci souhaite que les savants trouvent dans les cours d'honorables asiles, qu'ils y obtiennent la seule récompense digne d'eux, celle de contribuer par leur crédit au bonheur des peuples auxquels ils auront enseigné la sagesse. Mais si l'on veut, dit-il, que rien ne soit au-dessus de leur génie, il faut que rien ne soit audessus de leurs espérances (3). Rare modestie! Celui-là vante les progrès qu'auraient fait les sciences, si l'on avait accordé au génie les récompenses prodiguées aux prêtres (6). Tantôtceshommes désintéressés se plaignent de ce que les prêtres sont devenus les maîtres de l'éducation et des richesses, pendant que les travaux et les leçons des philosophes ne servent qu'à leur attirer l'indignation publique (7). Tan tôt ils opinent qu'il faut dépouiller les prêtres pour enrichir les philosophes (8). Enfin, concluent-ils, si on nepeut pas guérir les hommes de leurs préjugés de religion, qu'ils en pensent ce qu'ils voudront; mais que les princes et les sujets apprennent au moins à résister quelquefois aux passions des odieux ministres de la religion (9).

Consolons-nous : ce n'est plus à la religion qu'en veulent les philosophes; c'est aux privilèges, au crédit, aux biens du clergé; s'ils peuvent réussir à s'en emparer, ils croiront, en Dieu, tous les arguments serontréso'us.

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