PROLÉGOMÈNES
1 . La théologie est la science ou la connaissance de Dieu acquise par la révélation. Les notions que l'on peut avoir delà Divinité par la raison sont une partie de la métaphysique, nommée théologie naturelle; ces notions n'entrent point dans notre plan, il les suppose. La théologie, comme toute autre science, a ses preuves particulières que l'on nomme lieux théologiques , ceux qui en font profession sont appelés théologiens.
2. Comme il y a différentes manières de la traiter, on distingue la théologie positive et la scolastique, la théologie polémique des controversistes, la théologie morale des casuistes qui décident des cas de conscience, la théologie mystique des auteurs ascétiques.
3. La manière dont on l'étudié a donné lieu à différents termes, comme école, cours de théologie, faculté, grades ou degrés, gradué, bachelier, licencié, docteur, docteur jubilé, ubiquiste, professeur, chaire de théologie, théologal; thèse, tentative, majeure, mineure, aulique, sorbonique, vespérie, résumpte, robertine, paranymphes ; termes usités surtout dans l'université de Paris et en Sorbonne.
4. Puisque la théologie est fondée sur la révélation, la première question pour un théologien est de savoir si Dieu s'est révélé aux hommes. On prouve la nécessité de cette lumière surnaturelle par la faiblesse de la raison humaine, par la multitude des erreurs dans lesquelles sont tombés les peuples infidèles, et dont les philosophes mêmes n'ont pas su se préserver.
5. Que Dieu ait parlé aux hommes, c'est un fait; il doit se prouver par d'autres faits qui lui servent d'attestation, par les circonstances dont il est revêtu, et que l'on appelle motifs de crédibilité; tels sont les miracles, dont nous soutenons la certitude, les prophéties dont nous prouvons l'accomplissement, les vertus de ceux qui ont reçu une mission divine, etc. Ces preuves forment une démonstration morale ou extrinsèque invincible. On est redevable aux lectures de Boyle de plusieurs bons ouvrages sur cette matière. Les déistes et les autres incrédules ont également tort de rejeter toute révélation, dédire qu'on leur interdit Yeœamen de la religion, et de nommer théisme leur doctrine.
6. Nous sommes instruits du fait de la révélation par l'Histoire sainte parle témoignage des écrivains sacrés)
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PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIER
renfermé dans la Bible ou Ecriture sainte. Elle contient deux parties, l'Ancien Testament et le Nouveau ; nous regardons l'un et l'autre comme la parole de Dieu, et nous nommons ces écrits livres saints ou sacrés.
7. L'Ancien Testament contient quarante-cinq livres; les cinqpremiers sont de Moïse et sont nommés le Pentateuque, savoir la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome ; on les appelle heptateuque, lorsqu'on y ajoute Josué et les Juges, octateuque en y joignant le livre de Ruth.
8. Les autres livres historiques sont Josué, les Juges, Rulh, quatre livres des Rois, dont les deux premiers sont aussi nommés livres de Samuel, deux livres des Paralipoménes ou des chroniques, deux livres d'Esdras dont le second porte aussi le nom de Néhémie, ceux de Tobie, de Judith, d'Esther.
9. Les livras sapientiaux ou livres de morale, appelés par les Grecs panarêtes sont Job, les Psaumes ou le Psautier, les Proverbes, YEcclèsiaste, le Cantique, la Sagesse, l'Ecclésiastique :
les auteurs de ces livres sont nommés hagiographes.
10. On appelle livres prophétiques ceux d'Isa'w, de Jérêmie avec ses Lamentations et Baruch, d'Ezèchiel et de Daniel : ce sont les quatre grands prophètes. Les douze petits sont : Osée, Joël, Amos, Adbias, .louas, Michée, Nahiun, llabacur, Sophonie, Aggée, Zacharie, et Malachie. Ils sont suivis des deux livres des Mackabées, qui sont un ouvrage historique. Nous regardons comme authentiques les histoires de Suzanne, de Del et du dragon, des enfants daus la fournaise, qui font partie de Daniel.
il. Le Nouveau Testament contientvingt-septouvrages; quatre évangiles ou histoires de la vie de Jésus- Christ, écrites par quatre écangélistes, savoir S. Matthieu, S. Marc, S. Luc, S. Jean ; les Actes des apôtres.
12. Quatorze épitres ou lettres de S. Paul : une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossuns, doux aux Tlu-s-salonicicns, deux à Timothèe, une à Tite, à Philimon, aux Hébreux. L'épitre de S.Jacques, deux
de S. Pierre, trois de S. Jean, celle de S. Jude et l'Apocalypse ou révélation faite à S. Jean.
13. On appelle canon la liste de ces divers ouvrages, et livres canoniques ceux que l'Eglise y a renfermés; on les distingue en proto-canoniques et deutero-canoniques.
14. Tous ces écrits sont l'objet de la critique sacrée, qui consiste à discuter et à prouver l'authenticité, la vérité, l'inspiration de ces livres; à savoir quels sont les ouvrages autographes, apocryphes , supposés ou pseudonymes, comme les faux évangiles, etc. Cette science exige la connaissance des langues dans lesquelles ont été écrits le texte, les versions, les Targums ou paraphrases, les septante, la vutgate. Ces langues sont l'hébreu ou samaritain, le chaldéen, lesyriaque, la langue hellénistique, l'arabe, l'éthiopien, le cophte, lepersan, l'arménien, le grec, le latin. Le texte et les versions principales sont rassemblés dans les Bibles polyglottes, dont Origène avait conçu le dessein en faisant ses tétraples, ses hexaples et ses octaples. Pour cette étude, des concordances ou harmonies sont d'une très-grande commodité.
Les critiques s'occupent encore des contextes, des variantes ou différentes leçons, de la division des livres saints en chapitres et en versets, de lapoêsie des Hébreux.
13. La critique sacrée distingue les divers sens de l'Ecriture sainte, le littéral, le sens figuré ou mystique, allégorique, ou anagogique, les idiotismes, hébruismes, ou héllénismes. Elle apprend à connaître les commentaires et les commentateurs ou interprêtes des livres saints, les philologues, le style bibliuue. etc.
10. En elTet, la philologie doit être envisagée comme une partie de la critique sacrée ; mais elle a pour objet les mots plutôtque les choses. Elle examine t° les mots hébreux, cbaldéens ou syriaques qui ont été conservés dans les yersions, ou dont se.
servent les Juifs, comme abba, abra, Adam, fiiihcin, BùhêK'.rth, tièlial, Cérvllii, et Phélétlii, Coh u, Curljjn, Gog, et SLagûg, kosanna, Kéri, et Kétib,, Hésitait, Léviathan . MammûHa,Maozim, Manm-atha, Médraschim, Mcgillotk,
PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIER
Mézuzoth, Muzach, Nechiloth,Neginoth, Niddin, Nohestan, Paradis, Parasche, Racca, sanhédrin, Sarabella, satrape, Schékinah, Svhibbolcth, Scilo ou Schiloth, Scthim , Socoth-heaoth, Thartach, Thau, Totapoth, etc.
2° Les mots grecs qui se rencontrent dans les écrivains sacrés ou ecclésiastiques, comme hodégos, métrèse, économie, parascéce, par lier meneuse, pédagogue, peripsema, phyloutéres, pneuma, podere, polymitum, presbytère, proscuche, pygmée, python, scénopégie, et d'autres qui seront placés ailleurs.
3° Les mots latins dont la signification est extraordinaire, comme olla, opus plumariwn, etc.
4° Les mots qui, traduits dans notre langue, peuvent avoir divers sens ; le nombre en est trop grand pour en faire ici la liste ; on en trouvera plusieurs dans les divers numéros de ce plan.
17. Un théologien doit savoir l'histoire ecclésiastique, mais ce n'est pas dans les centuries de Mugdebourg qu'il doit l'apprendre. Eusêbe et Hégésippe sont de meilleurs guides. Il lui est important desavoir quels sontles anciens ouvrages authentiques, et de connaître ceux qui sont supposés ou pseudonymes comme les clémentines, les constitutions apostoliques, les récognitions, le faux Abilias, le testament des douzepatriarches,lelivred'£woc/t, etc.
18. Il peut tirer avantage de quelques livres des Juifs, tels que le Talmud qui contient la Mischna et la Gemare, le Cozri; pour la Masore ouïe travail des Masorétcs, les Deutéroses, le Machasor, ils ne peuvent lui être d'aucun usage ; il importe encore moins de connaître la cabale et la gématrie, les différentes sectes de rabbins nommés gaons et guéonim, etc.
19. Il n'est pas nécessaire non plus d'avoir toutes ces connaissances préliminaires avant de commencer à étudier la théologie ; on les acquiert en détail et peu à peu, à mesure que l'on avance dans cette étude.