XXII
Rassurons-nous : la discorde suffit pour faire avorter les desseins de nos adversaires. Tant qu'ils se sont bornés à prêcher le déisme, ils pouvaient paraître redoutables; ils mettaient les théologiens sur la défensive ; ils proposaient des objections souvent embarrassantes; ils semblaient ne donner aucune atteinte à la morale: on voyait toujours un Dieu, une religion, une base aux devoirs de la société. Par cet artifice, ils ont séduit d'abord un grand nombre de lecteurs trop peu instruits pour apercevoir les conséqnences funestes de leurs principes; ils ont eu la maladresse de les dévoiler. En renversant le déisme pour lui snbstituer le matérialisme, ils ont écrasé la vipère sur sa morsure ; ils ont mis au grand jour la discordance des systèmes d'incrédulité, les excès ou ils conduisent, la fragilité de l'édifice qu'ils avaient construit à si grands frais ; ils ont donné lieu aux théologiens de démontrer que cette nouvelle hypothèse détruit jusqu'à la racine les fondements de la morale, de la vertu, des devoirs de l'homme, et tous les liens de société; qu'en suivant le fil des conséquences, il iaut se retrancher dans le doute absolu, ressusciter la doctrine absurde des cyrénaïques, les infamies des cyniques, l'entêtement révoltant des pyrrhoniens.
Il n'y en a pas deux qui pensent de même. L'un tâche de soutenir les débris chancelants du déisme; l'autre professe le matérialisme sans déguisement : quelques-uns biaisent entre ces deux opinions, défendent tantôt l'une tantôt l'autre, ne savent de quel principe partir ni où ils doivent s'arrêter. Ce que l'un
(1) Lettre à l'auteur du Dict. des trois sièdes, pag. 86.
(2) Annales fol., etc.. Ion». 3., n. 18, p. 8t.
INTRODUCTION DE BERGIER
établit, l'autre le détruit; il n'est pas une seule question de fait ou de raisonnement sur laquelle ils soient d'accord (1). Est-il difficile de prévoir la chute d'une république aussi mal réglée, où règne une anarchie et une confusion générale ? Si les déistes se réunissent à nous pour combattre les athées, ceux -ci empruntent nos armes pour attaquer les déistes ; nous pourrions nous borner à être spectateurs du combat.
Ainsi Dieu veille sur la religion qu'il a lui même établie, il livre ses ennemis à l'esprit de vertige . Lepsalmiste a tracé leur destinée, en parlant d'un autre objet. « Une nation bruyante de » philosophes s'est rassemblée; un peuple de raisonneurs a con- » juré contre le Seigneur et contre son Christ. Brisons, disent-ils, » les liens qui tiennent notre raison captive ; secouons le joug de » la religion qui nous importune. Celui qui résiste dans le ciel, » se joue de leurs vains projets, il les couvrira de confusion, » et leur parlera en maître irrité ; le souffle de sa colère troublera » leurs sens et leurs idées (2). »
S'il a permis que les docteurs du mensonge jouissent pendant quelque temps d'une réputation brillante, le jugement qu'il a exercé sur eux doit faire trembler leurs imitateurs. Il menace de punir avec la même sévérité ceux qui se laissent volontairement séduire par leurs prestiges (3).
Bergier.
(1) L'auteur d'Emile les a peiuts d'après nature, tom III
(2) Ps. 2,v. I. ' (3)11. Thess.,c. 2, v. 10 et li.
pag. 25, 37.