LANGUES ASIATIQUES, VIVANTES ET MORTES
Samoyèdes de Soyct Oulou-Koudai.
Akouclia Zalla, Tsalla.
Tatars musulmans Allah.
Turc Allah.
Formosan Altd.
Bbot ou Tihetaui iha (ciel).
Hindouslani Uah, Allah, Khaltaa et Khâliq (créa.
Persan • ^ Haça (vérité).
Punique a Ion.
Samaritain £to) Eliha
^Flaque Afo> A/o/(0
£f! Vi ' n . •••••, Eloah, Elohim, El, Elion.
Phénicien, Araméen, Pliilntin, Am- '
momte, Moabite, Tyrien, etc El, II, Elah.
Çhaldeen Elah, Elaha.
o *,. .••••.; Elahou, Elah, Uah, Allaho, Allah
Radicaux primitifs „ oul> {rorce< puis l ance] A la h{ Zcr,)
Alah (adorer.)
min^ÎH D |. Si0I \T derne de C< ; tte fo " Elle ne Se montre S» ™, dans 1rs mille, Allah, est due aux musulmans, temps antiques, que chez les peuples
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appelés sémitiques qui occupaient toute l'Asie Mineure depuis le Tigre et une partie du nord de l'Afrique, et qui parlaient des langues sœurs de la Lingue hébreue. Les Abyssins paraissent se rattacher aux mêmes peuples. C'est au moins ce qu'indiquent leurs dialectes.
« Il est difficile de reconnaître laquelle de ces langues est la mère des autres; il parait rail plu- pr< il i.ililc qu'elles seraient sorties d'une mère commune antérieure à elle-.
« Toujours est-il qne tons le» noms de Dieu que nous \ anons d'énumèrer ont un fond commun, et sortent évidemment d'un.- même source devant la science de la linguistique.
« Cette source, dont la consonne l est l'élément central, comme la consonne t ou d, quelquefois transformée en s, ih, Ht, est l'élément central de la famille Deva, Theos, Deus, Dieu, implique comme idée fondamentale celle delV/n fort, l'être puissant, I crawl, le trt s haut el surtout Vétn ad»rable par excellence. C'est cette dernière acception qui s'est transmise dans presque toutes les langues où ce radical a passé. Chez les Hébreux, Eln'n cessé de signifier Vétn fort, i le très-haut, eXEtoah Vétn aaorabl*. Ils emplo\ dent aussi le pluriel EkkMm, Lien que formé nécessairement depuis le polythéisme, pou dire que leur Dieu remplaçai! tous les Dieux; ils disaient : a au commencement Elohim (les Dieux) créa (au singulier) le ciel et la terre » (Gen. 1, I); îéhova, Di de nous, ou nos Dieux, est un <> [Deut.
vi, i). La racine alah, adorer, n'a été conservée que par l'arabe, où elle n'a cessé d'avoir le même sens. Comme les Hébreux étaient sortis des Chaldéens, que les Cananéens ou Phéniciens leur étaient,d'y illeurs, antérieurs en Palestine, et que le même nom do Dieu se retrouve dans les langues anciennes de ces peuples, déjàcomposé avec le même radical, on doii conclure qu'il y eut une langue antérieure à toutes ces langues, laquelle leur fournit cette racine, après qu'elle avait servi à exprimer le monothéisme des peuples primitifs qui la parlaient.
« N'oublions pas de remarquer que ce monothéisme ne pouvait être pure-
ment philosophique et pratiquement stérile, puisque le mot qualifiait Dieu par l'adoration même que la terre lui rendait en rappelant l'être adorable, ce qui impliquait le seul adorable.
« Ce nom, comme le précédent, fut profané plus tard par les nations d'où Abraham sortit, et desquelles Moïse sépara son peuple. La précaution de ce dernier, lorsqu'il en use au pluriel, Ekihim, tout en l'accompagnant du verbe au singulier et de l'épithète un, et tout en prêchant si fortement son monothéisme, en serait unepreuve suffisante. C'est donc Moïse qu'on doit regarder comme le sauveur du vrai sens de ce mot, comme celui qui le rappela à sa signification primitive.
C'est de lui, en effet, que l'ont reçu, dans son vrai sens, tous les génies des bords du Jourdain, et plus tard Mohammed lui-même, qui eût poursuivi le rôle de Moïse, si le polythéisme pouvait avoir, depuis Jésus-Christ, un digne vainqueur autre que l'évangile.»
ALI.ATIFS (Léon)ouALACCI(WjéoL hiSt biog. bibliog. ) né dans l'ile de Ghio.en 1886, d'une famille sebiamatt-
que, il lit ses premières études en Calabre.
Plus tard il suivit les cours de philosophie et de théologie au collège grec à Rome, et, a latin deectte période, il fut choisi, sans qu'il fût prêtre, en qualité de vicaire général par BernardJusiiniani,évêqued'Anglona; deux ans après il revint dans sa patrie sur la demande de l'évèque catholi-
3ue de Chio, Marc Justiniani, qui ésirait sa coopération. Quelques années plus tard il retourna à Rome, y étudia avec une ardeur extrême la uédicale, ef reçut le grade de docteur. Bientê-1 après on le nomma professeur au collège grec.
Protégé par GrégoireXV qui l'en-, voya en Allemagne pour veiller au transport île la bibliothèque de Heidelherg, que MàximUien de Bavière lui avait donnée, il se vit réduit par la mort de ce pape à recourir à plusieurs cardinauxpourpourvoir aux nécessités d'une vie toute consacrée aux études. Lutin Alexaudre VII le
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nomma conservateur ( custos ) de la bibliothèque Vatioane, et il mourut . dans cette charge âgé de quatre-vingt-
) trois ans. Il n'avait jamais reçu les ordres, et lorsque Alexandre VII lui demanda pourquoiil ne devenaitpasprèjtrfi, il répondit : « Afin de pouvoir me marier. » Quand ou lui demandait pourquoi il no se mariait pas, il répondait : « Afin de pouvoir devenir prêtre. » « Il défendit avec zèle, dit M.
ê, la doctrine catholique, et chercha surtout à ramener ses compatriotes à l'Église latine, parsesœuvres, ses paroles, et en contribuant à la fondation de plusieurs collèges. Il voulut leur prouver qu'il y avait toujours eu unité de doctrine entre les deux Églises, et c'est dans ce but qu'il composa son célèbre ouvrage : de Ecclesiae Occidentolis et OrientaVs perpetuo consensu, Colon., 1048. Dans un plus petit traité il montra l'accord des Grecs et des Latins par rapport au dogme du Purgatoire de utrtusque Ecclesiw in dogmate de Purgatorio contensions, Rome, 10o5. Allatius composa et publia encore beaucoup d'autres écrits, par exemple : Catena SS. Patrum in J remiam ; Orthodoxie GrsBciw Scriptores : de Octava synodo I'kotiana ; Confutatio fabula de Johanna Papissa, et un ouvrage pour la défense du concile de Florence contre Robert Creyghton. Pour plus de détails sur ce grand savant, voyez Dupin, Nouvelh BibMothéque des autewseccfésiOstio;ues,etc.,t.XVni, p.
3, sq. On raconte comme une singularité que ce savant écrivitpendant quarante ans avec la même plume, et qu'il fut presque inconsolable lorsqu'elle lui manqua. »
Le Noir.
ALLEGORIE. [Théol. mixt. art. et liltér.) L'allégorie est la représentation d'une chose par une autre qui est ordinairement d'un ordre plus commun, moins transcendant ou plus à la connaissance de ceux à qui l'on parle, ou pour qui l'on écrit : ce que l'on sait de celle-ci conduit l'esprit à l'idée de celle- là. Il est tellement dans la nature de l'homme d'employer cette ressource de l'art qu'il n'existe aucuue langue dont les mots n'aient
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à la fois u:i sens littéral et un sens allégorique, ou au moins ne soient susceptibles de ce dernier sens. Les mots qui en paraîtraient le moins susceptibles seraient les noms propres qui n'ont pas d'autre but que de désigner les individus ; cependant il n'est point un nom propre qui ne soit employé au besoin allégoriquement ; c'est ainsi qu'on dit un Hercule, un Samson, un Alexandre, un César etc., et de même de tous les mots. Le mot exprimant directement la réalité connue est élevé au sens allégorique pour donner la notion de la vérité inconnue ou moins comprise.
Telle est l'origine de {'allégorie et de toutes les figures de style qui s'y rattachent.
L'idée d'allégoriser de la sorte étant donnée, on étendra V allégorie du mol à la pbrase, et de la phrase au discours tout entier, et ce ne seront pas seulement le poète et le littérateur qui le feront, ce seront tous les hommes, avec des réussites diverses, selon leurs capacités de penser, de parler et d'écrire, parce que tous les hommes sont poètes II n'y a entre eux, sous ce rapport, que du plus ou du moins.
Cette propriété prouve l'existeu e, dans l'esprit humain, d'une force de rattachement des choses les plus distinctes; elle naît de la vérité primordiale qui a fait dire que « tout est dans tout. » Cette force n'estpassanscausej
elle n'est pas dépourvue (le raisOQ
d'être, puisque dans une telle hypothèse elle n'existerait pas ; elle ne peut d'ailleurs avoir pour première
raison d'être qu'une force de même ordre, mais absolue, éternelle, et s'étendaut à toutes les choses possibles sans exception d'aucune ; autrement elle serait sorti- du néant et serait sans cause. Celle force de eomparairon qui embrasse tout, c'est Dieu.
L'allégorie, comme toutes les autres vertus de l'art, mène donc à la nécessité de l'existence de Dieu.
Mais ce n'était pas avec cette idée pour but que non, commencions ce plil article; nous avion, en vue nos livres sacrés Ces livres sont principalement poétiques, connue tous les livres les plus antiques, et l'allégorie
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s'y trouve, par là même, très-largement employée dans le mot, dans la phrase et dans le discours. Ils sont d'ailleurs écrits dans les langues de l'Orientpour laplupart, etceslangues, essentiellement poétiques, sont mieux disposées pour l'allégorie que nos langues modernes, qu'un positivisme industriel et bourgeois, avant que le positivisme philosophique de notre âge vint leur porter le dernier coup au point de vue de l'art, avait déjà ramenées, autant qu'il avait pu, aux froids ail ignements des comptes cte bureaucratie. L'allégorie doit, par conséquent, jouer, dans ces livres, un grand et noble rôle ; et cette propriété tout artistique, doit, en même temps, les rendre d'autant plus difficiles à comprendre pour nos populations modernes, portées comme nous venons de l'indiquer, par leurs tendances de plus en plus positivistes, à les prendre trop littéralement. C'est ce qui explique pourquoi l'église chrétienne a parfois manifesté des répugnances à les donner à lire aux multitudes, dans leurs traductions vulgaires ; et c'est ce qui explique aussi comment l'église enseignante, qui est la société lettrée dans l'ordre religieux, s'en est réservée l'interprétation.
Le Noir.
ALLÉGORIE, discours dont le sens est détourné, ou qui, sous le sens littéral, cache un autre sens moins facile à saisir. Ce mot vient du grec JUg dXopEùu, je parle autrement ; c'est pai' conséquent une métaphore continuée.
La différence entre une allégorie et une parabole, est que la première renferme un sens historique ou littéral vrai, au lieu que la seconde estime espèce de fable, dont les personnages ou les faits n'ontjamais existé. Ainsi saint Paul, Galat., c. 4, } 22, nous apprend que ce qui est dit des deux tils d'Abraham, dont l'un était né d'une esclave, l'autre d'une épouse., est une allégorie qui signifie les deux alliances que Dieu a faites avec les hommes, dont l'une produisait des esclaves, l'autre fait naître des enfants libres; que la foi qui défendait aux Juifs délier le mufle du bœuf uni foulait le grain,signitiait que les iidèles devaient fournir la
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subsistance aux ouvriers évangéliques, etc. Cela n'empêche pas que l'histoire des deux enfants d'Abraham ne soit vraie, et que la loi imposée aux Juifs n'ai dû être exécutée à la lettre. Au contraire, \esparaboles dont se servait Jésus-Christ pour instruire le peuple, comme celle de l'enfant prodigue, de la brebis perdue, etc., ne sont point des narrations historiques, mais des fictions, dont le but est de peindre la bonté etlamiséricorde de Dieu envers les pécheurs. Voyez Parabole.
Outre le sens allégorique de l'Ecriture sainte, les interprètes y distinguent encore un sens tropologique, qui regarde les mœurs, et un sens anagogique, qui concerne les récompenses que Dieu nous promet dans l'autre vie. Voy. Ecriture sainte, §3.
De là quelques incrédules ont pris occasion de conclure que les auteurs sacrés ont écrit exprès dans un style énigmatique, afin de tromper les auditeurs et les lecteurs : conséquence très-peu réfléchie. Quandnous disons que l'Ecriture sainte a souvent un sens allégorique, ou figuratif, nous ne prétendons pas que les écrivains sacrés ont eu toujours en vue un double sens. Il n'est pas certain que Moïse, en parlant des deux enfants d'Abraham, a compris que l'un était une figure du peuple juif, l'autre du peuple chrétien; ni qu'en portant la loi dont nous avons parlé, il pensait à pourvoir à la subsistance des prédicateurs de l'Évangile. Il peut avoir ignoré le dessein que Dieu avoit en lui faisant écrire cette histoire et porter cette loi; et Dieu s'est réservé de le révéler aux écrivains dirNouveau Testament. Moïse n'a donc péché ni contre la sincérité d'un historien, ni contre la sagesse d'un législateur. Il en est de même des prophètes et des autres historiens sacrés; tous peutêtre n'ont eu en vue que le sens littéral ; mais cela n'empêche pas que Dieu n'ait pu nous découvrir, sous l'êcorce de la lettre, un autre sens, ou par Jésus-Christ, ou par les apôtres, ou par les docteurs de l'Eglise. Il ne s'ensuit pas de là que Dieu a trompé les écrivains sacrés, ni qu'il a voulu induire en erreur les Juifs, dépositaires des Ecritures ; il s'ensuit seule-
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ment qu'il n'a pas révélé à ces anciens tout ce qu'il seproposait de faire dans la suite des siècles.
Nous lisons dans l'Evangile, Joan., c. ii, f 49, que Caïphe dit aux prêtres et aux pharisiens rassemblés, en parlant de Jésus-Christ ; « Vous n'y » entendez rien ; vous ne voyez pas » qu'il est expédient pour vous que » cet homme meure pour le peuple, » et pour que toute la nation ne pé- » risse point. » L'Evangile ajoute : « Caïphe ne ditpoint cela de lui-même, » mais, comme il était pontife, il pro- » phétisa que Jésus mourrait non-seu- » lement pour le peuple, mais pour » rassembler tous les enfants de Dieu.»
Caïphe lit donc une prédiction sans le savoir ; son discours fut une allégorie dont il ne comprenait pas tout le sens. Mais, soit que les écrivains de l'Ancien Testament aient compris tout le sens de ce qu'ils disaient, soit qu'ils n'en aient vu qu'une partie, ils n'ont été ni trompeurs ni trompés.
C'est une question de savoir si, dans le dessein de Dieu, toute la loi de Moïse était figurative ; si l'on peut et si l'on doit donnera tous les événements de l'Ancien Testament un sens allégorique, et les envisager comme autant de types et de ligures de ce qui arrive dans le Nouveau. Nous examinerons cette question au mot Figure et FicuniSME.
Non-seulement plusieurs incrédules, mais quelques auteurs chrétiens, ont pensé que les anciennes prophéties ne pouvaient être appliquées à Jésus-Christ que dans un sens allégorique ; que dans le sens littéral elles regardaient d'autres personnages et d'autres événements. Nous prouverons le contraire au mot Prophétie.
De même que les anciens, surtout les Orientaux, aimaient à parler en paraboles, ils avaient aussi du goût pour les alUgories ; ils se plaisaient à trouver dans un événement quelconque la ligure d'un autre événement.
Un de nos philosophes, très-appliqué à tourner en ridicule les livres saints, est convenu qu'une ancienne coutume de l'Orient était non-seulement de parler en allégories, mais d'exprimer, par des actions singulières, les
choses qu'on voulait signifier, et de peindre aux yeux des auditeurs les objets dont on voulait leur frapper l'imagination. Rien n'était, dit-il, plus naturel ; car les hommes n'ayant écrit longtemps leurs pensées qu'en hiéroglyphes, ils devaient prendre l'habitude de parler comme ils écrivaient.
Nous ne devons donc pas être étonnés de ce que Dieu a souvent ordonné aux prophètes des actions qui semblaient ridicules, mais qui étaient très-capables d'exciter l'attention des spectateurs, et qui renfermaient beaucoup de sens.
Ainsi, le prophète Isaîe marche au milieu de Jérusalem avec la nudité des esclaves, pour annoncer aux Juifs leur sort futur, hai., c. 20; Jérémie metunjougsur ses épaules, pour leur montrer d'avance celui qui leur sera imposé par Nabuchodonosor; il envoie des chaînes aux rois de l'Idumée, de Moab et de Tyr, symbole de celles dont ils étaient menacés. Dieu ordonne à Osée d'épouser une prostituée, de l'abandonner pendant quelque temps, et de la reprendre ensuite, pour peindre la conduite de Dieu à l'égard de la nation juive, etc. C'étaient des allégories très-frappantes, et l'on en trouve quelques exemples dans l'histoire profane.
Puisque telle était la tournure des mœurs antiques, il n'est pas surprenant que les Juifs aient souvent donné un sens allégorique aux faits de l'histoire sainte. Saint Paul l'a fait plus d'une fois; les Pères de l'Eglise les plus anciens l'ont imité, parce que cette manière d'instruire était du goût de leurs auditeurs. Mais les protestants leur en font un crime ; ils disent que cette méthode, ridicule en elle-même, n'est bonne qu'à pallier l'ignorance du prédicateur, à faire passer des visions pour des vérités importantes, à donner aux auditeurs un goût faux, à les détourner de la recherche du sens littéral et naturel de l'Ecriture sainte. Tel est le jugement qu'en a porté Barbeyrac, Traité de la morale des Pères, chap. 7, § elsuiv. Il soutient que l'exemple des apôtres ne peut pas servir à justifier les Pères.
1° Les apôtres, dit-il, ont fait rarement usage des allégories, et les
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Pères s'en servent continuellement; les premiers y ont recours, plutôtpour montrer, dans l'Ancien Testament, les mystères de Jésus-Christ, que pour en tirer des leçons de morale ; à peine en trouve-t-on deux ou trois exemples dans saint Paul, au lieu que les Pères n'en donnent presque point d'autres.
Cependant saint Matthieu a pris dans un sens allégorique au moins vingt prophéties de l'Ancien Testament : c'est un reproche que lui font les incrédules ; et Barbeyrao, sans le savoir, a pris la peine de le confirmer . Saint Paul a tourné en leçon de morale, non-seulement la loi du Deutéronome, dont nous avons parlé, et celle qui défendait de se servir du pain levé dans la célébration de la pâque, mais encore la loi de la circoncision, celle du sabbat, celle des ablutions, celle des abstinences, les promesses faites à Abraham, les reproches et les menaces adressés aux Juifs par Isaïe, etc. Les Juifs modernes en font un crime à saint Paul ; ils disent que c'est un expédient imaginé par cet apôtre, pour exempter ses prosélytes de l'observation de la loi cérémonielle. Il est fâcheux que Barheyrac n'ait pas vu qu'il autorisait l'entêtement des Juifs.
Saint Pierre, epist i, cap. 2, f 6, tourne en leçon de morale la prophétie d'Isaïe, c. 8, y 14, concernant la pierre angulaire qui écrase les incrédules; celle d'Osée, c. 2, f 24, qui regarde les Juifs rentrés en grâce avec Dieu; l'exemple des pécheurs exterminés par le déluge, et il compare le baptême à l'arche de Noé, c. 3, ^ 20, etc. Ces sortes de leçons ne sont donc pas aussi rares dans les écrits des apôtres que Barbeyrac le prétend.
2° Il dit que, comme les écrivains sacrés étaient inspirés, nous devons les croire, lorsqu'ils nous découvrent un sens allégorique, dans un fait ou dans une loi, où nous ne l'aurions pas aperçu; mais qu'ils n'ont commandé à personne de faire de môme, et qu'ils n'ont donné aucune règle pour découvrir ces sortes de sens ; qu'ainsi ce sont des explications arbitraires et de vaines imaginations.
Nouvelle imprudence : comment
n'a-t-il pas vu que les incrédules se prévaudraient encore de cette remarque et la tourneraient contre les apôtres mêmes? En effet, les incrédules disent que l'inspiration prétendue .ne peut pas rendre réel ce qui est imaginaire, ni respectable ce qui est ridicule, ni justifier un sens auquel il est évident que le législateur des Juifs et leurs prophètes n'ontjamais pensé :
c'est à Burbeyrac de prouver le contraire. Il s'ensuit seulement de son observation que les explications allégoriques données par les Pères ne sont pas des articles de foi; et qui l'a jamais prétendu? Les apôtres n'ont pas commandé ces explications, mais ils ne les ont pas défendues non plus, puisque saint Barnabe et saint Clément en on fait un grand usage; nous devons présumer que ces deux disciples immédiats des apôtres connaissaient pour le moins aussi bien les intentions de leurs maîtres, que les critiques protestants du xvn e ou du xvme siècle.
3° Les apôtres, continue le censeur des Pères, ont donné des sens allégoriques à l'Ecriture sainte, par condescendance pour les Juifs qui avaient du goût pour ce genre d'instruction ; maiscen'estpas un exemple à suivre :
ce goût est pernicieux en lui-même, parce qu'il nous détourne de la recherche du sens littéral et vrai de la parole de Dieu.
Nous n'avouerons jamais qu'un genre d'instruction duquel les apôtres se sont servis, soit pernicieux en lui-même ; mais nous soutenons que les Pères l'ont mis en usage par le même motif, par condescendance pour leurs auditeurs. En effet, après saint Barnabe et saint Clément de Rome, les deux Pères de l'Eglise qui y ont été le plus attachés, sont saint Clément d'Alexandrie et Origène; l'un et l'autre instruisaient et écrivaient en Eg}'pte : or, les Juifs d'Alexandrie étaient très-accoutumés aux explications allégoriques de l'Ecriture sainte, témoin les ouvrages de Philon.
Les Egyptiens en général n'y étaient pas moins habitués par l'usage de leurs hiéroglyphes.
Une autre preuve du motif qui a conduit les Pères, c'est qu'ils ne se bornent point au sens mystique ou
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allégorique de l'Ecriture sainte. Origène, avant d'y avoir recours, donne assez souvent l'explication littérale du texte, et l'on connaît les travaux entrepris par ce sa\ ant homme pour confronter le texte hébreu avec les versions. Saint Grégoire de Nysse, après avoir tiré de la loi de Moïse un grand nombre d'allégories, conclut ainsi : « Ce que nous venons de » proposer, se réduit à des conjec- « tures ; nous les abandonnons au ju- » gementdes lecteurs; s'ils les rejet- » tent, nous ne réclamerons point; » s'ils les approuvent, nous n'en se- » rons pas pour cela plus contents de » nous-mêmes. » L. de Vita Mosis, p.
223. Saint Augustin, peu de temps après sa conversion, avait écrit deux livres sur la Genèse contre les manichéens, où il avait donné des raisons allégoriques de la plupart des faits, parce que je ne voyais pas, dit-il, comment on pouvait les entendre dans le sens propre. Mieux instruit dans la suite, il fit un autre ouvrage sur la Genèse, prise dans le sens littéral, de Geiusi ad litteram. La bonne foi aurait exigé que Beausobre fit cette remarque, avant de censurer saint Augustin. , Hist. du Manich , tom. 1,1. 1 , c. 4, pag. 283.
C'est donc très-mal à propos que l'on blâme les Pères de l'Eglise ; voudrait-on qu'ils eussent pris une autre méthode d'instruire, qui aurait déplu à leurs auditeurs, et qui n'aurait pas été écoutée? Juger du goût du u° et du m e siècle de l'Eglise par celui du xvin e . c'est une absurdité. En second lieu, les Pères ne pensaient point à former des sa an! s, mais des chrétiens vertueux; ils voulaient les accoutumera chercher dans les livres saints, non de l'érudition ou des connaissances profanes, mais des leçons de morale et dessujetsd'édification; nous soutenons qu'ils n'avaient pas tort. Grâces à l'entêtement des hérétiques et des incrédules, ce n'est plus là ce qu'on veut aujourd'hui ; il faut des remarques grammaticales, critiques, historiques, philosophiques , de la chronologie , de la géographie, de la physique et de l'histoire naturelle, pour expliquer les livres saints. Nous sommes sans doute, dans tous les genres, plus ha-
biles que nos pères, en sommes-nous meilleurs chrétiens? Ce? savantes discussions sont-ellesà portée du peuple?
Or, c'est principalement le peuple que les Pères devaient et voulaient instruire. L'événement suffit pour nous convaincre qu'ils ont mieux réussi que leurs accusateurs. Les savants commentaires des protestants n'ont abouti qu'à multiplier parmi eux les disputes, les sectes, les erreurs ; ceux des Pères de l'Eglise formaient des hommes vertueux et des saints.
Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que les protestants, qui censurent avec tant d'aigreur le goût des anciens Pères pour les allégories, sont cependant très-attentifs à profiter des explications allégoriques que saint Clément d'Alexandrie, Origène et Tertullien ont données quelquefois aux paroles de Jésus-Christ touchant l'Eucharistie.
Mais il est bon de voir combien leur prévention contre les Pères a donné d'avantage aux incrédules. C'est mal à propos, dit l'un d'entre eux, que les apologistes ont voulu prouver aux païens l'absurdité de leur religion par la nécessité de recourir à des allégories pour dissiper le scandale de leurs fables ; ne sommes-nous pas dans le même cas à l'égard de la plupart des faits de l'Ancien Testament? Les Pères de l'Eglise l'ont senti, pui sque tous ont allégorisé, et sont convenus que sans cette méthode il était impossible d'entendre l'Ecriture sainte. Il cite en preuve saint Clément d'Alexandrie, Origène, Tertullien et saint Augustin.
La fureur pour les allégories a fait diviniser le cantique de Salomon; les mahométans font de même pour pallier les absurdités de l'Alcoran.
Vainement nous demanderions au* censeurs des Pères une réponse .solide à cette objection ; ce n'est pas chez eux que nous irons la chercher. Les action-, infimes et scandaleuses ra contées dans les fables étaient attribuées aux dieux; pouvait-on les condamner ouïes blâmer? S'il y en a dans l'histoire sainte, elles sont attribuées à des hommes, elles ne sont point approuvées, souvent même elles sont punies ; cela est fort différent. Les hommes ne sont pas impeccables,