‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1 (volume 3)Chapitre 92 sur 166 · PB · texte numérisé non relu

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mais les dieux devaient l'être ; toutes les actions des premiers ne sont pas des exemples à suivre; mais pouvaiton être coupable en imitant les dieux ?

Nous n'avons donc pas besoin d'allégories pour expliquer l'ivresse de Noé, l'inceste de Loth avec ses tilles, le mensonge que Jacob dit à son père pouravoirsa bénédiction, l'adultère et l'homicide de David, etc., puisque nous ne sommes pas obligés de les justilier.

Nous avons vérifié les citations des Pères que l'onnousoppose; la plupart sont fausses : voici tout ce qu'il y a de vrai.

Saint Clément d'Alexandrie Strom., 1. 2, c. 19, pag. 481 , dit que lamanière dont Dieu en a agi à l'égard d'Adam, de Noé, d'Abraham, de Jacob et d'Esaù, était prophétique et typique ; c'est aussi le sentiment de saint Paul à l'égard des deux derniers. Saint Clément conclut par les paroles de Jacob : Parce que Dieu a eu pitié de moi, il m'a donné tout ce que je possède, 1. 6, c. 15, pag. 803. Il observe que, selon l'Evangile, Jésus-Christ ne parlait qu'en paraboles; il conclut que, puisque Jésus-Christ est aussi l'auteur de la loi et des prophètes, il y a parlé de même en paraboles. Saint Clément en donne pour raison : 1° que par là Dieu a voulu exciter notre vigilance et notre curiosité; 2° parce que plusieurs auraient abusé d'un style plus clair ; 3° parce que c'était la manière d'enseigner la plus ancienne et la plus générale ; 4» parce que le style des Hébreux est ordinairement figuré. Mais il ajoute que les hommes vraiment intelligents sont ceux qui entendent l'Ecriture sainte selon la règ le ecclésiastique. Il n'admettait donc pas les explications arbitaires, et il ne s'ensuit pas de là que tout est parabole ou allégorie dans l'Ecriture sainte.

Origène, parlant de la distinction des animaux purs et impurs, Homil.

7 inLevit.,n' 5, dit que si on l'entend Comme les Juifs et comme le peuple, les lois que Dieu a portées sur ce sujet paraîtront moins raisonnables et moinsrespectablesquecelles des Athéniens, des Spartiates ou des Romains; mais que si on les entend selon le sens qu'enseigne l'Eglise, elles paraîtront vraiment divineset supérieures àtou-

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tes les lois humaines. L. 2, in Evist ad Rom., n. 9. Il demande que peuvent avoir de commun avec la loi nKÏ celles qui ordonnent la circoncision qui défendent de faire un tissu de fol et de laine, ou de manger du nn levé àlafètedePâque. Il dit qu^nt dema ndé à des Juifs la raison et ffi hté de ces lo ls , ils ne lui en ont point donne d'autre que le bon plaisir du législateur. Il ne s'ensuit pas de là qu Ongene voulait que l'on prit aussi dam .un i sens allégorique les au"res lots dont la raison était claire et sensible elles loismorales contenues dans je Decalogue. Il nous parait que l'on a juge ce Père un peu trop sévèrement quand on a conclu de là qu'il détruisait souvent le sens littéral de l'Ecriture sainte ; ce n'était pas le détruire que d avouer qu'il ne le voyait pas.

Tertullien, hv. 5, contre Marcion, c. 5, dit que rien ne parait plus ridil cule ni plus méprisable que les sacrifices sanglants, les purifications, laloi du tahou, la circoncision, les abstinences; qu aussi tout hérétique tourne en dérision l'Ancien Testament dans son entier ; mais que Dieu a voilé sous ces énigmes et sous ces figures une sagesse qui devait être révélée par Jesus-Chnst. Cependant Tertullien, dans ce même ouvrage, donne de trèsbonnes raisons des abstinences prescrites aux Juif,, de la distinction des animaux purs et impurs, de la multitude des sacrifices et des offrandes Lors donc qu'il a dit que tout cela pris à la lettre était ridicule et méprisable il a entendu que cela paraissait tel aux hérétiques, et non aux fidèles instruits par Jésus-Christ. Quand même il aurait voulu dire de toute la loi céremonielle ce que les incrédules lui attribuent, il ne s'ensuivraitpas encore qu il a pense de même detoutl'Ancien Testament.

Saint Augustin, L. contra mendaaum, ad Consent., c. 10, n 23 et 24 soutient qu'Abraham et Isaac n'ont pas menti, en disant que leurs épouses étaient leurs sœurs, non plus que Jacob, en disant à Isaac qu'il étaitEsau son aine, parce que c'étaient des figures, des types ou des métaphores Nous ne pensons pas que cette excuse soit solide ; parce qu'une équivoque, em-

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ployée pour tromper quelqu'un, est un vrai mensonge : mais on n'en peut pas conclure que, selon saint Augustin, toute l'histoire sainte est figurative ou allégorique, et que sans le secours des allégories, il serait impossible de l'entendre.

Il n'a pas été difficile de réfuter Woolston, qui prétendait que les miracles de Jésus-Christ devaient être pris dans un sens purement allégorique, et qu'ils avaient été ainsi envisagés par les Pères. Voyez le sens littéral de l'Ecriture sainte défendu par Stakliouse, etc.

Ce n'est point le goût pour les al-légories qui a fait diviniser le cantique de Salomon : c'est au contraire l'habitude du style allégorique, usité de tout temps chez les Orientaux, qui a fait écrire ainsi cet ancien ouvrage, monument original des mœurs simples et innocentes qui régnaient pour lors.

L'Eglise chrétienne la reçu comme un livre divin, sur la foi de la tradition constante des Juifs, transmisepar les apôtres, et leur témoignage n'a pas besoin d'un autre garant.

11 n'est pas vrai que les mahométans recoururent aux allégories pour pallier les absurdités et les turpitudes renfermées dans PAIcoran ; ils font profession de les croire à la lettre, telles que leur prétendu prophète les a écrites ; et quand ils voudraient user de ce palliatif, ils ne viendraient jamais à bout de leur donner la moindre apparence de bon sens. Voyez MAMAccr, Prodromus ad refut. Alcoranni, et Mahométisme.

Bergier.

ALLELU-IA ou ALLELU-IAH, deux mots hébreux qui signifient, louez le Seigneur.

Saint Jérôme est le premier qui ait introduit le mot alléluia dans le service de l'Eglise ; pendant longtemps on ne l'employait qu'une seule fois l'année dans l'Eglise latine; savoir, le jour de Pâques; mais il était plus en usage dans l'Eglise grecque, où on le chantait dans la pompe funèbre des saints, comme saint Jérôme le témoigne expressément eu parlant de celle de sainte Fabiole : cette coutume s'est conservée dans cette Eglise, où l'on

chante même Yalleluia quelquefois pendant le carême.

Saint Grégoire le Grand ordonna qu'on le chanterait de même toute l'année dans l'Eglise latine, ce qui donna lieu à quelques personnes de lui reprocher qu'il était trop attaché aux rites des Grecs, et qu'il introduisait dans l'Eglise de Rome les cérémonies de celle de Coustantinople ; mais il répondit que tel avait été autrefois l'usage à Rome, même lorsque le pape Damase,qui mourut en 384, introduisit la coutume de chanter Yalleluia dans tous les offices de l'année. Ce décret de saint Grégoire fut tellement reçu dans toute l'Eglise d'Occident, qu'on y chantait Yalleluia, môme dans l'office des morts, comme l'a remarqué Baronius dans la description qu'il fait de l'enterrement de sainte Radegonde. On voit encore dans la messe mozarabique attribuée à saint Isidore de Séville, cet introït de la messe des défunts: Tu es portio mea, Domine , alléluia , in terra viventium , Meluia.

Dans la suite, l'Eglise romaine supprima le chant de Yalleluia dans l'office et dans la messe des morts, aussi bien que depuis la septuagésime jusqu'au graduel de la messe du samedi saint, et elle y substitua ces paroles : Laus tibi, Domine, Rex xternx glorise, comme on le pratique encore aujourd'hui. Le quatrième concile de Tolède, dans le onzième de ses canons, en fit une loi expresse, qui a été adoptée par les autres Eglises d'Occident.

Saint Augustin, dans son épître 119 ad Januar., remarque qu'on ne chantait alléluia que lejourde Pâques.

Il n'a fait que rapporter l'usage de son siècle. Dans la messe mozarabique, on le chantait après l'évangile, mais non pas en tout temps ; au lieu que dans les autres Eglises on le chantait comme on le fait encore, entre l'épitre et l'évangile, c'est-à-dire, au graduel. Sidoine Apollinaire remarquait que les forçats ou rameurs chantaient à haute voix Yalleluia, comme un signal pour s'exciter et s'encourager à'ieurs manœuvres.

C'était en effet la coutume des premiers chrétiens de sanctifier leur travail parle chant des hymnes et des

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psaumes. Bingham. Orig. Eccl.,lom.

vi, lib. 14, cap. H, § 4.

Bergieh.

ALLEMAGNE. Cette partie de l'Europe, à la prendre dans toute l'étendue qu'on lui donne aujourd'hui, n'a pas été convertie a la foi chrétienne en même temps. Saint Bonifaco archevêque de Mayence, né m Angleterre, et religieux bénédictin, est regardé comme l'apôtre de V Allemagne; c'est par ses travaux, continués depuis l'an 71."., jusqu'à sa mort, arrivée l'an 753, que les Germains, voisins du Rliin, c'est-à-dire, les habitants de la Thuringe, de la liesse, de la Frise, et même de la Bavière, furent solidement convertis au christianisme, et que les premiers évêchés de cette partie occidentale de l'Allemagne furent fondés : son apostolat fut couronné par le martyre ; il fut massacré par les Barbares avec cinquante-deux descs compagnons, soit missionnaires, soit chrétiens ; leur sang fut une semence qui produisit d'autres apôtres.

Les protestants mêmes n'ont pas osé contester son zèle, ses travaux, son courage, ses succès ; mais, comme ce saint m i"ionnaire a prêché le christianisme catholique, et non le prostestantisme, il ebien fallu en déprimer l'éclat et en empoisonner au moins le motif. « Boniface, » dit Mosheim, » obtint, par ses travaux et par ses » pieux exploits, le titre honorable » d'apôtre de la Germanie ; et il le » mérita certainement par les ser- » vices signalés qu'il rendit au chris- » tianisme ; mais cet éminent prélat » fut un apôtre à la façon moderne ; » il s'écarta à plusieurs égards de » l'excellent modèle qu'il avait dans » la conduite et le ministère des pre- » miers et vrais apôtres. Indépendam- » ment de son zèle pour la gloire et » l'autorité du pontife romain, qui » égalait, s'il ne surpassait point, » celui qu'il avait pour le service » du Christ et pour la propagation » de sa religion, onluireproche plu- » sieurs autres choses indignes d'un » vrai ministre chrétien. En com- » battant les superstitions païennes, » il n'employa pas toujours les

» armes dont les anciens hérauts » de l'Evangile se servirent pour » faire triompher la vérité, mais » sou\eut la violence et la ter- » reur, quelquefois même l'artifice » et la fraude, pour multiplier le » nombre des chrétiens. J'ajouterai » que ses lettres annoncent un carac- » tore impérieux et arrogant, un es- » prii fourbe et trompeur, un zèle ex- » ces-if pour accroître les honneurs » et les prétentions de l'ordre sacer- » dotal, et une profonde ignorance » de plusieurs choses dont la connais- » sance est absolument indispensable » à un apôtre, et surtout de celles qui » ont pour objet la vraie nature et le » véritable génie delà religion chré- » tienne. » llùt. raies., vm e siècle, lr 9 part., c. 1, § 4. Instruits par ce tableau, nos incrédules Français n'ont pas hésité de dire que les missionnaires de l'Allemagne prêchèrent le papisme et non le christianisme ; qu'ils furent les émissaires, les satellites, les esclaves des papes, plutôt que les envoyés de Jésus-Christ ; d'où nous devons conclure que les Barbares ne firent pas si mal de les massacrer : mais il ne nous parait pas fort difficile de les justifier.

1" Il est absurde de vouloir que saint Boniface ait prêché dans l'AÎtemagne un autre christianisme, une autre religion que celle dans laquelle il avait été élevé et instruit, et de la vérité de laquelle il était très-persuadé ; qu'il ait établi le prétendu i Inistianisme de Luther et de Calvin, huit cents ans avant que celui-ci eût été forgé. Il y a donc aussi du ridicule à trouver mauvais qn'il ait cru fermement à l'autorité du pape e; et qu'il l'ait établie dans les Eglises d'Allemagne, dès que c'était pour lors la foi et la croyance universelle de tout l'Occident. S'il avait fait autrement, c'est alors qu'il faudrait l'accuser d'infidélité à son ministère et de mauvaise foi. La seule preuve que l'on allègue de l'excès de son zèle sur ce point, c'est que, selon les anleurs de Y Histoire littér. de la France, » saint Boniface, dans ses lettres, , » exprime son dévouement pour le i » Saint Siège, en des termes qui ne j » sont pas assez proportionnés à la di- *

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» gnité du caractère épiscopal. »

Maiscestermes n'étonnaient personne dans ce temps-là, parce que l'autorité des papes était plus grande au Vin e siècle qu'elle n'est aujourd'hui (1) ; et nous verrons au mot Pape, que cela était ainsi par nécessité et par le besoin des circonstances.

2° C'est encore une absurdité de conclure de là que le zèle de saint Boniface était plus grand pour l'autorité du pontife romain que pour la gloire de Jésus-Christ et pour la propagation de la religion. Puisque ce saint missionnaire croyait fermement que l'autoritédu pape avaitété établie par Jésus-Christ lui-même, qu'elle étaitnécessaire pour la propagation de la foi et pour maintenir l'unité de l'Eglise, que l'on ne pouvait pas être sincèrement soumis à, Jésus-Christ sans obéir à son vicaire sur terre ; son zèle pour cette autorité était un vrai zèle pour la gloire et pour le service de Jésus-Christ. Quand saint Boniface aurait été dans l'erreur, ce qui n'est pas, elle lui aurait été commune avec tout son siècle, et sa conduite était parfaitement d'accord avec sa croyance (2).

3° Quelle preuve peut-on donner pour faire voir qu'il a employé la violence et la terreur pour subjuguer les païens et faire triompher la vérité ? Aucune ; on nous fait seulement remarquer qu'il fut secondé par la puissante protection et encouragé par les libéralités de Charles Martel, de Carloman et de Pépin ses enfants. Il en avait besoin sans doute pour fonder des évèchés, des monas-

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(1) L'autorité légitime des papes en refigion n'a jamais pn être plus grande qu'elle ne l'est deve ino, puisque c'est depuis le oiomeut où Beigier s'exprimait de la sorte que le concile du Vatiiau l'a déclarée souveraine et infaillible; à cette époque comme a toutes tes époques, cette autorité ne pouvait être ni plus ni moins grande, puisqu'elle devait être un jour déclarée complète et absulue. La certitude de la chose pouvait croître on <tinimutT parmi les cathi liques, mais la chose elle-même , eu soi, ne le pouvait. Aujourd'hui, il en est de la connaissance de la chose comme de la chose elle-même.

Le Nom.

(2) Saint Boniface n'était pas dans l'e reur. Il n'avait fait, comme saint Lisi.ri plus tard et tant d'autres, que mieux deviner l'avenir, ; uisqu'un conr-ile m iversel , le Concile du Vutican , devait un joui lui donner si pleinement raison.

Le Xoir.

tères et des écoles ; mais ces princes le iirent-ils escorter par des soldats, ' pour imprimer la terreur aux Barbares, et pour les forcer à se faire chrétiens ? Il ne voulut pas seulement que ses compagnons fissent aucune résistance, lorsque les Frisons vinrent le massacrer ; sa douceur, sa patience, sa résignation à la mort, sont attestées par ses lettres. Vies des Pères et des Martyrs, tom. v, p. 133, 4° On ne donne point de preuves, non plus de son caractère fourbe et trompeur, des artifices et de la fraude qu'il employa pour multiplier le nombre des chrétiens. Si par fraudes les protestants entendent les reliques, les indulgences, le purgatoire, la confession, même les miracles, nous avouerons que saint Boniface les mit en usage ; mais il faut commencer par prouver que tout cela sont des fraudes, et que saint Boniface luimême n'y avait aucune foi. Ces prétendues fraudes sont un peu différentes des mensonges , des impostures, dos calomnies, dont les prédicants du protestantisme se sontservis pour l'établir.

5. Nous avons beau chercher dans les lettres de ce saint évèque, ou ailleurs, des vestiges du caractère impérieux et arrogant qu'on lui attribue ; nous n'y trouvons que des témoignages du contraire. Mais il était zélé pour l'honneur et les prétentions de l'ordre sacerdolal ; assurément, et ce crime lui est commun avec saint Paul, qui disait-: « Tant » que je serai l'apôtre des nations, » j'honorerai mon ministère. » Rom., c. H, f 13; et à Tite, c. 2,} 13 :

« Que personne ne vous méprise. »

Saint Boniface ne s'est pas attribué autant d'autorité sur les Eglises qu'il avaitfondées, que Luther et Calvin sur celles qu'ils avaient perverties. Avant sa mort il se donna un successeur sur le siège de Maycnce, et lui laissa le soin de gouverner cette Eglise, pour aller continuer ses missions chez les idolâtres ; il n'attribua aux évêques point d'autre autorité que celle dont ils jouissaient dans tout l'Occident.

6. Enfin, quand les missionnaires de V Allemagne auraient donné quel-

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que sujet aux préventions des protestants, ce qui D'est point, ces derniers seraient encore injustes, et pour ainsi dire barbares, de chercher à ternir la gloire des ouvriers évangéliques qui ont instruit et civilisé leurs ancêtres : sans leurs travaux, Luther aurait-il établi dans ces contrées sa prétendue réf'ormation ? Aucun des prédicants n'est allé prêcher l'Evangile chez les Barbares ; et nous connaissons le succès qu'ont eu leurs successeurs, quand ils ont voulu faire le personnage d'apôtres. Ils ne savent que noircir et calomnier comme leurs prédécesseurs.

Nous ne nous arrêtons point à relever le ridicule de Brucker, qui reproche à saint Bonifacedc n'avoir pas assez rendu de services aux lettres et à la philosophie, en portan t le christianisme en Allemagne; il se fâche contre les bénédictins, parce qu'ils lui ont attribué de l'érudition et de la capacité, et qu'ils l'ont loué d'avoir établi des écoles dans les monastères de Fulde et de Frilzlar. Il en prend occasion de confirmer ce que les auteurs protestants ont dit do l'ignorance de ce missionnaire, et il en apporte pour preuve, non-seulement ses lettres, mais ce que rapporte Aventin, que ce fut saint Bonifacc qui dénonça au pape Zacharie Virgile de Saltzbourg comme hérétique, pour avoir avancé qu'il y a des antipodes. Nous ne pensons point que l'intention des bénédictins ait été de persuader que saint Boniface était un grand philosophe, et qu'il établit en Allemagne des écoles de philosophie pour des Germains qui ne savaient pas lire. Ce zélé missionnaire était instruit autant que l'on pouvait l'être au vin* siècle; il avait lait les études que l'on faisait pour lors; et il s'était attaché aux sciences ecclésiastiques, les seules dont il eût besoin pour prêcher l'Evangile. Il établit des écoles pour ces mêmes sciences, et contribua, autant qu'il le put, à tirer les peuples de l'Allemagne de l'ignorance grossière dans laquelle ils étaient plongés. Que devait-il faire de plus? et n'est-ce pas là un service réel rendu aux lettres?

Ne savons-nous pas ce que veut dire Mosheim, lorsqu'il refuse à saint

Boniface la connaissance des choses qui ont pour objet la vraie nature et le véritable génie de la religion chrétienne?

S'il entend par là que ce missionnaire ne connaissait pas le christianisme tel qu'il a plu aux protestants de le forger, nous en sommes déjàconvenu; il suftit, selon leur opinion, de lire et d'étudier l'Ecriture sainte : or, saint Boniface l'avait étudiée et la lisait constamment, il l'avait même enseignée aux autres dans son monastère; mais il eut le malheur de n'y pas voir, non plus que nous, ce que les protestants ont prétendu y voir huit cents ans après.

Quant à la prétendue hérésie tomchant les antipodes, voyez ce mot, Mosheim et les autres protestants n'ont pas parlé d'une manière plus équitable des missions faites au ix* siècle chez les Saxons, par ordre de Charlemagne. Voy. Missions.

Bebgieh.

ALLEMAGNE (Eglise d'). (Théol.

hist. eglis.) — V. l'art, précédent.

ALLIANCE. Dans les saintes Ecritures, on emploie souvent le nom testammtum, et en grec 8:afK,-/T,, pour exprimer la valeur du mot hébreu bérith, qui signifie alliance : d'où viennent les nomsd'Ancien et de Nouveau Testament, pour marquer l'ancienne et la nouvelle alliance . La première alliance de Dieu avec les hommes est celle qu'il fit avec Adam au moment de sa création, lorsqu'il lui défendit l'usage du fruit de la science du bien et du mal. Gen., c. 2, f 16. Cette défense est une espèce de contrat entre Dieu et l'homme; c'est ainsi qu'elle est appelée. Eccli., c. 14, f 12.

La seconde alliance est celle que Dieu a faite avec l'homme après son péché, en lui promettant un rédempteur. En considération de cette promesse, Dieu n'a pointeondamné Adam à la peine éternelle qu'il méritait, mais seulement à une peine temporelle, au travail, aux souffrances, à la mort. « Si notre vie, dit saint Augus- » tin, est souffrante et sujette à la » mort, c'est un effet de la colère de » Dieu, et une punition du premier » péché .... Mais Dieu ne nous a pas

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» traités comme nos péchés le méri-

» taicnt; il a eu pitié de nous comme

i » unpèreacompassiondesesenfants;

( » ce que nous souffrons est un remède

I » et non une vengeance, c'est une cor-

! » rection etnon une damnation, etc.

j » Il a envoyé son Fils, parce qu'il a

' » eu pitié de nous. » Enarr. in Ps.

102, n. 17 et suiv. ; Enchir. ad Laur.,

c. 27, n, 8. Voyez Adam.

Saint Paul a souvent relevé les avantages de cette alliance par laquelle le second Adam, qui est Jésus- Christ, a pleinement réparé le préjudice que le premier homme avait porté à sa postérité. « De même que » tous meurent en Adam, ainsi tous » seront vivifiés par Jésus-Christ. »

» ICor.,c. 15, ^22. De même que par » la désobéissance d'un seul, la mul- » titude des hommes sont devenus pé- » cheurs, ainsi par l'ohéissauce d'un » seul, la multitude des hommes de- » viendront justes, » Rom., c. 5, y 12, 19. « Par sa mort, Jésus-Christ a dé- » truit celui qui avait l'empire de la » mort, c'est-à-dire, le démon.» Hebr., c. 2, y 14. Voyez Rédemption.

Une troisième alliance est celle que le Seigneur fit avec Noé, lorsqu'il lui dit de bâtir une arche ou un grand vaisseau poury sauver les animaux de la terre, et pour y retirer avec lui un certain nombre d'hommes, atin que par leur moyen il put repeupler la terre après le déluge. Gen., f 6, c.

Cette alliance fut renouvelée cent vingt-un ans après, lorsque les eaux du déluge s'étant retirées, et Noé, étant sorti de l'arche avec sa femme et ses enfants, Dieu lui dit : « Je vais » faire alliance avec vous et avec vos » enfants après vous, et avec tous les » animaux qui sont sortis de l'arche ; » en sorte que je ne ferai plus périr » toute chair par les eaux du déluge :

» et l'arc-en-ciel que je mettrai dans » les nues, sera le gage de l'aUiance » que je ferai aujourd'hui avec vous. • Gen., c. 9, f 8,9, 10 et 11.

Toutes ces alliances ont été générales entre Adam et Noé et toute leur postérité ; mais celle que Dieu lit dans la suite avec Abraham, fut plus limitée ; elle ne regardait que ce patriarche et la race qui devait naître de lui par

Isaac. Les autres descendants d'Abraham par Ismaël et par les enfants de Céthura n'y devaient point avoir de part. La marque ou le sceau de cette alliance fut la circoncision que tous les mâles de la famille d'Abraham devaient recevoir le huitième jour après leur naissance . Les effets et les suites de ce pacte sont sensibles dans toute l'histoire de l'Ancien Testament; la venue du Messie en est la consommation et la fin. L'alliince de Dieu avec Adam forme ce que nous appelons la loi de nature; l'alliance avec Abraham, expliquée dans la loi de Moïse, forme la loi de rigueur; Y alliance de Dieu avec tous les hommes, par la médiation de Jésus-Christ, fait la loi de grâce. Gen., c. 12, y 1, 2; et c. 17,

y îo, n, i2.

Dans le discours ordinaire, nous ne parlons guère que de l'Ancien et du Nouveau Testament : de l'alliance du Seigneur avec larace d'Abraham, et de celle qu'il a faite avec tous les hommes par Jésus-Christ ; parce que ces deux alliances contiennent éminemment toutes les autres qui en sont des suites, des émanations et des explications; par exemple, lorsque Dieu renouvelle ses promesses à Isaac et à Jacob, et qu'il fait alliance à Sinaï avec les Israélites et leur donne sa loi; lorsque Moïse, peu de temps avant sa mort renouvelle l'alliance que le Seigneur a faite avec son peuple, et qu'il rappelle devant leurs yeux tous les prodiges, qu'il a faits en leur faveur, lorsque Josué, se sentant près de sa fin, jure avec les anciens du peuple une fidélité inviolable au Dieu de leurs pères : tout cela n'est qu'une suite de la première alliance faite avec Abraham. Josias, Esdras, Néhémie, renouvelèrent de même en différents temps leurs engagements et leur alliance avec le Seigneur; mais ce n'est qu'un renouvellement de ferveur, et une promesse d'une fidélité nouvelle à observer des lois données à leurs pères.

Exod., c. 1 1, t 24; c. 6. y 47 ; c. 19, f 5. Deut., c. 29. Jos., c. 23, } 25. IV.

Reg., 2. 18. Paralip., c. 2, } 22.

La plus grande, la plus solennelle, la plus excellente et la plus parfaite de toutes les alliances de Dieu avec les hommes, est celle ju'il a faite

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avec nous par la médiation de Jôsus- Christ : alliance éternelle qui doit subsister jusqu'à la fin des siècles, dont le Fils do Dieu est le garant, qui est cimentée et affermie par son sang, qui a pour fin et pour objet la vie éternelle, dont le sacerdoce, le sacrifico et les lois sont infiniment plus parfaites que elles de l'Ancien Testament. Yoi/fz saint Paul, dans ses Entres nui- Qalatts et aux Eébtewt

Vainement les Juifs soutiennent qne Dieu n'a pas pu établir une nouvelle aUicme», aptes leur avoir ordonné d'observer celle de Moïse a perpétuité. On leur prouve le contraire, 1° parce que Dieu l'a ainsi déclaré, Jcrcm., c. 31, y 51 et suiv.; et c'est l'argument qui leur fait saint Paul, HeLr., c. 8, y 8. '2° Ils coinieunent eux-mêmes que, selon les prophètes, le Messie doit être législateur aussi bien que Moïse. In ut., e. 18, J la ; ha., c. 42, y S; Mnuimm fidei, i n part., c. 20. Cette fonction sciait superflue, s'il ne devait point établir de nouvelles lois. 3° Dieu a rejeté les anciens sacrifices et promis un nouveau sacerdoce. Ps. 40, y 7. IsaL, c. 1, f 16 et suiv. ; c. 6(j, y 2. Janm., c. 7, y 21. h:zech.,c. 20, y .'i et suiv. Mich., c.6,f6.Mal<wh.,c. l.y lO.C'estencore un argomentde saint Paul, IIcLr., c.

7, y 12;c.8,y 8. 4° L'ancienne alliance mettait un mur de séparation entre les Juifs et les autres nations; la loi de Moïse n'était praticable que dans la Judée ; sous le Messie, au contraire, toutes les nations doivent se réunir et devenir le peuple du Seigneur; les Juifs en conviennent : donc il faut une loi nouvelle qui soit praticable dans toutes les polies du monde, a Dieu a rendu la loi de Moïse impraticable aux Juifs mêmes par leur dispersion, par la destruction du temple, par la contusion des généalogies, par l'incompatibilité de leurs lois avec le droit public de toutes les nations : donc Dieu en a établi une nouvelle par le Messie; elle subsiste depuis près de dix-huit cents ans. Voyez Philippi à Limborch arnica collât, cum erudito Judseo, etc. bergier.

ÀLLUVIONS. (Théol. tnixt. scien.

géolog.) — V. AGES géologiques et

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