ÉDUCATION PARTICULIÈRE
(Théol. mixt. scien. pèdag.) — Nous
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avons manifesté, par une note sur l'art, khi ■catio.v de Bergier, notre adhésion, de raison pure, au système d'éducation publique ; nous "disons de raison pure, car nos sympathies sont en laveur de l'éducation particulière, ce qui nous vient, sans doute de ce que telle fut la nôtre jusqu'à la philosophie et de ce que, à partir de l'achèvement de nos cours de théologie, nous n'avons jamais rempli d'autres fonctions ni suivi d'autre carrière que celles de précepteur; mais combien de fois nous est-il arrivé de marcher sur nos préférences passionnelles pour n'écouter que la raison. Au surplus, l'éducation particulière a bien aussi ses avantages, el quoiqu'il en soit du plus ou du moins sous le rapport de la qualité, quoi qu'il en soit des attaques assez, violentes dont elle a été souvent l'objet de la part d'esprits éminents tels que Mgr Dupanloup dans de fort beaux écrits, nous croyons qu'elle sera, de bien longtemps, pratiquée par les familles riches; et comme ce seront le plus souvent de jeunes ecclésiastiques que les pères et mères rechercheront pour faire l'éducation de leurs enfants, nous leurs laisserons à lire le passage suivant d'une étude que nous avions commencée suc la bonne manière de pratiquer ce genre d'éducation. Nous recommandons aussi [ a lecture de ces réflexions d'un vieux praticien aux parents qui voudront donner un précepteur à leurs enfants; car ce sera d'eux surtout que dépendra la réussite.
.Nous ne considérons, dans ce morceau qui est inédit, que l'organisation matérielle et positive du préceptorat.
Aller au delà serait sortir du cadre de ce dictionnaire et mènerait trop loin.
". arrêtons notre pensée sur
les instruments d'étude, sur les situations relatives des parents, du précepteur et de l'élève, sur la division du temps, -et sur la distribution du travail.
o Quant aux instruments d'étude, nous n'avons point eu vue ce qui est nécessaire pour travailler régulièrement et bien, comme les meilleurs livre-, traités, dictionnaires, atlas, le
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tableau noir, l'horloge qui se fait en tendre a propos, ete, sous ce rapport on a tout à souhait. Nous ne voulons parler que du logement, dont la commodité est une des conditions essen ticlles de la bonne éducation privée « Si le logement n'est pas convenable ; s il est organisé de manière ., mettre le maître et l'élève dans une gène réciproque, c'en sera assez, sauf le cas de ces caractères introuvables à qui tout est indifférent et qui ont en général, le malheur de n'être que des nullités, c'en sera assez pour faire le plus mauvais maître de celui qui aurait été le meilleur, le plus mauvais écolier de celui qui eût réussi le mieux.
« Voici donc le logement.
« Deux pièces attenantes; l'une qui est la chambre du précepteur et dont il est le propriétaire exclusif ■ I autre qui sert de salle d'étude, d'atelier. Le précepteur choisit sa chambre ou l'atelier pour la classe, selon les raisons qu'il peut en avoir, et dont d ne doit compte à personne.
Sans ces conditions, si l'on habite la ville, il se verra dans l'alternative forcée, ou de fermer sa porte à tout ami venant le voir, ou d'être luimême une occasion de trouble pour son élevé dans son travail ; or il est impossible de passer six ou huit années consécutives, dans une semblable contrainte et de bien remplir, en même temps, ses fonctions. La contrainte est l'ennemi le plus mortel du zèle, qui, lui-même, est l'essence de la réussite — à la campagne, on n'a pas de visites, ou l'on eu" a fort peu, de sorte que ce double local n'y esl pas aussi nécessaire; la chambre du précepteur peut suffire pour l'élude et la classe, pourvu qu'elle soit d une grandeur raisonnable.
« Ni l'une ni l'autre de ces pièces ne servira jamais de salle de récréation ni de dortoir.
« La salle de récréation, dans les jours pluvieux, c'est l'habitation tout entière, la salle de billard, le salon, la chambre de la mère, celle de l'enfant lui-même ; car, à moins qu'on n'en veuille faire un petit martyr, on lui laissera des droits sur sa récréation; celle qu'il prendrait forcé
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ment là où il travaille serait gênante pour son précepteur et insupportable pour lui.
« Le dortoir sera dans le voisinage de la maîtresse de maison. C'est sous ses ailes que ses enfants doivent passer la nuit ; la bonne mère ne dort pas tranquille si elle n'a contemplé un instant le premier sommeil de ceux qu'elle a mis au monde, avant de commencer le sien, et si elle les sait trop loin d'elle. Celle qui pense et agit autrement, quand la chose est possible, est indigne de sa touchante mission ; elle cherche à se débarrasser d'un soin qui lui est pénible et mérite qu'on l'envoie demander des leçons de tendresse aux êtres que Dieu a privés d'intelligence sans les priver de sentiment. Au reste, si elle prend un précepteur pour lui déléguer, d'une manière complète, tous ses droits et tous ses devoirs, elle ne ^era pas longtemps sans mettre ses fils au collège, qui a toujours été et qui sera toujours le grand débarras des mauvais parents. Mais de semblables choses sont rares; nous sommes heureux de le dire à la gloire des mères.
« Voilà pour le logement. Etudions les relations personnelles.
« La conduite, que doit tenir le précepteur vis-à-vis des parents, que doivent tenir les parents vis-à-vis du précepteur, relativement à l'élève, est basée sur le principe le plus clair, le plus simple, le plus facile à suivre.
« C'est que chacun s'acquitte de sa fonction sans s'occuper do celle des autres.
« La mère tendre, bonne, pieuse, veille par elle-même, ou, au besoin, par des personnes de confiance, à ce que tout se passe bien depuis le coucher jusqu'au lever. Le précepteur ne s'en occupe pas habituellement ; à table, au salon, partout où le père et la mère sont présents, ils font seuls les observations; le précepteur se tait ; ce n'est point à lui de reprendre en présence du père ; il doit se ménager pour les heures où il est seul avec son élève; il faut des précautions continuelles, une grande sobriété de réprimande surtout, pour atteindre le bout de sept ou huit années sans
être usé; mais on y arrive facilement avec ces précautions. Le précepteur gardera donc ses observations, qui seront rares et toujours réfléchies, pour la chambre d'étude, la classe, le jeu, la promenade, quand le jeu et la promenade auront lieu avec lui seul ; c'est alors qu'il doit agir selon les inspirations de son esprit el de son cœur avec une indépendance absolue ; nul ne doit s'ingérer dans l'exercice de sa mission ; ce serait l'embarrasser, l'enchaîner dans sa marche, l'empêcher de bien faire, le réduire à l'impuissance, tant à cause de la gène que lui imposerait sans cesse la crainte de déplaire, qu'à cause de son autorité qui en serait compromise dans l'esprit de son élève.
« Mais nous le disons encore, et cette fois à l'honneur des pères, la plupart le sentent; il arrive le plus souvent que le précepteur, ayant acquis leur confiance, ne s'aperçoit pas plus de leur présence dans la maison, relativement à ses attributions et à ses études, que s'ils n'y étaient pas.
(c II est vrai qu'il s'en trouve — des mères surtout, — qui, ne comprenant rien à l'éducation de leurs fils, veulent diriger encore après avoir délégué la direction ; cela s'est vu même en matière de définitions grammaticales ; or qu'arrive-t-il ? ces mères-là essaient de deux ou trois précepteurs, puis ont recours à la pension.
« L'éducation particulière est une culture dont les laboureurs sont le précepteur et les parents travaillant de concert, se partageant la tâche, mais se la partageant avec méthode, intelligence, et selon des règles fixes, jamais enfreintes, dont le résultat est de mettre chacun, à son aise, en pleine liberté, hors de soupçon de surveillance ou de critique dans l'exercice de ses attributions. Nous rougirions de citer, même pour le flétrir, le cas d'un précepteur et d'une mère travaillant à se démolir comme des rivaux jaloux ; c'est un crime trop rare, et qui se voit pourtant.
« L'élève n'offre jamais d'embarras réels; s'il en surgit, ils viennent tou-
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jours des parents ou du précepteur.
Il y a néanmoins la circonstance d'une éducation déjà manquée jusqu'à un certain point; mais ce n'est plus alors une éducation qu'on entreprend, c'est un habit mal coupé, mal cousu, qu'on cherche à raccommoder le m ieux qu'on peut; et rarement on réussit.
Quelquefois cependant un médecin intelligent guérira ce pauvre malade qui a changé plusieurs fois de gouverneur, ou, ce qui est bien pire, qui a été gâté par un temps notable passé dans un collège où il n'a pu tenir, où il a perdu cette simplicité précieuse de reniant, qui n'a pas encore quitté le sein maternel, où il est devenu jeuni' homme avant l'âge, ce qui signifie mauvais sujet.
« Il s'agit, dans notre pensée, d'un enfant de huit, dix, même onze ans, qui siiit lire, écrire; qui a lu quelques histoires, quelques livres à sa portée; qui a eu une institutrice pour diriger ses premières années ; qui a passé son temps à faire île la musique, à s'exercer dans quelque langue étrangère, a recevoir quelques leçons de maîtres du dehors sur les choses les plus élémentaires ; qui n'est pas complètement ignorant de son français ; qui commence à mettre l'orthographe et à faire sa petite phrase; qui a appris par cœur du catéchisme, des fables, dont on a, enfin, quelque peu cultivé la mémoire el les antres faillites. Voilà le jeune sujet dont un précepteur se charge d'organiser logiquement l'édifice intellectuel et moral — on se presse beaucoup trop, qu'on nous passe relie digression, de mettre son iils entre les mains d'un gouverneur ; l'âge de dix ans nous paraît la meilleure époque, d'autant plus que de dix à quinze ou seize, on peut apprendre -;mis peine tout ce que comporte ['éducation dans La famille — or, nous disons qu'un enfant dans ces conditions est toujours une délicieuse nature, toujours une bonne terre, quoique plus ou moins riche de principes de vie, qui n'attend que la bonne semence, la chaleur et la rosée pour verdir, et qui se chargera de moissons si, par la mauvaise entente de ceux qui la cultivent, par un em-
prisonnement, un étouffement, une surcharge inintelligente, elle n'est atrophiée.
« Venons à la division du temps. — Ce point est aussi essentiel que celui du local, et pour les mêmes motifs, c'est-à-dire pour que le précepteur et l'élève soient à leur aise, pour qu'ils ne soient point enchaînés l'un à l'autre comme des camarades de travaux forcés, pour qu'ils ne tombent point en antipathie, en désaccord perpétuel, en répulsion réciproque, pour qu'ils ne deviennent point en un mot deux ennemis, deux victimes et deux bourreaux.
« l.a mère veille à ce que les prières du soir et du matin soient régulièrement faites et bien faites. 11 se passe, quand la mère est seule avec ses enfants, des entretiens célestes que rien ne peut remplacer dans ce monde.
Il y a tant de paroles de sentiment, de morale, de conseil qu'elle seule peut dire, tant d'effusions dont le courant ne saurait s'établir que de la mère au tils et du fils à la mère, tant d'inspirations que la providence a réservées pour ces deux êtres, qui naguère encore n'en faisaient qu'un, et dont l'invention des internats brise le cours. Nous ne condamnons pourtant, pas absolument cette invention; elle est très-ancienne, et a sa raison d'être; elle est un bien, même une nécessité, pour beaucoup de conditions sociales, et surtout relativement aux lilles ; mais nul esprit juste, nul cieur sensible ne cherchera à la justifier du reproche que nous venons de lui adresser. 11 est donc heureux que la mère se trouve souvent seule avec sa famille. Le précepteur peut être un second père; une seconde mère, jamais. L'homme n'a pas reçu de Dieu cette vertu de séduction de l'enfance et de la jeunesse ; son lot, c'est l'énergie, qui doit combattre le ramollissement du caractère que la douceur féminine pourrait quelquefois engendrer, et qui doit maintenir aussi le respect de l'autorité maternelle, lequel pourrait en souffrir. Ces deux derniers résultats sont l'œuvre du père et du précepteur.
« Nous venons de dire un mot de la prière. Rien n'est plus édifiant,
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sans doute que l'usage de la faire en commun avant de commencer l'étude du jour et après l'avoir terminée ; mais cette coutume a le double désavantage de rompre une excellente occasion de relations pieuses entre la mère et les enfants et de ne pas habituer le jeune homme à prier seul; nous lui préférons donc la coutume contraire, qui est aussi, autant que nous sachions, la plus pratiquée.
« Chaque séance au travail est d'une heure et demie, et l'on en fait cinq dans la journée. Ou peut atteindre la lin de l'année classique ayant, avec ces sept heures et demie |iar jour, beaucoup plus travaillé réellement qu'on ne l'a l'ait dans les écoles publiques avec dix ou on/.e heures, parce qu'il y a eu moins de congés, parce que les vacances sont, moins longues, parce que, surtout, le temps a été mieux employé.
« Après le déjeuner, il y a une heure e1 demie de récréation, que l'on dépense soit en promenade, soit au jeu. S'il y a plusieurs élèves, ils peuvent s'amuser soit seuls, soit avec le maître, soit avec les parents. Il faut, dans l'emploi de ce temps, beaucoup de latitude et de liberté; c'est aux enfants qu'il appartient, ils en doivent disposer dans une assez large mesure ; ils doivent croire au moins qu'ils en sont les maîtres, (l'est le moyen, comme nous l'avons dit, de développer chez eux de l'initiative, et comme l'initiative est la qualité la moins surexcitée dans l'éducation particulière, il y faut profiter de ce qui peut en favoriser le développement sans inconvénient pour le reste. Si l'on prétend régler l'emploi de la récréation selon un système méthodique, monotone, on travaille a faire des idiots, des macbines, non des hommes. Beaucoup de familles n'entendent pas mal, sous ce rapport, les intérêts futurs de leurs enfants.
« Les études de l'après-midi sont partagées par de petites récréations d'un quart d'heure ou d'une demiheure pendant lesquelles le précepteur continue, si cela lui plait, sontravail à lui, travail qu'il n'abandonne qu'au son de la pendule qui com-
mande la leçon, comme nous allons le dire en parlant de la division du travail.
« Le dîner arrive, et la journée a passé comme un trait. Que d'élèves nous avons entendus se plaindre de la brièveté du temps! le diuer lini, le précepteur reprend la liberté complète de sa personne ; il dispose de sa soirée avec la certitude que nul, dans la maison, n'y trouvera matière à critique ; les enfants rentrent, jusqu'au lendemain, sous la surveillance des parents ; car, si les soins doivent être partagés, le temps doit l'être, sans quoi il faudrait faire un règlement nouveau chaque matin.
Pour qu'un précepteur lut exclusivement chargé de son élève, il faudrait qu'il habitât avec lui hors de la maison paternelle, ce qui ne serait plus que la pension réduite à sa plus simple expression. Le père et la mère qui se trouveraient malheureux de surveiller leur fils jusqu'à huit heures et demie par exemple, qui est l'heure du coucher, seraient indignes du beau nom qu'ils portent ; ils auraient, le jour de la bénédiction nuptiale, usurpé une vocation qui n'était pas la leur.
« D'ailleurs, le précepteur a besoin, chaque jour, d'un temps notable qui soit à lui. C'est le préservatif absolument nécessaire contre la fatigue, l'ennui, la contrainte morale. C'en est assez, pour sa part, des études, des leçons, de la grande récréation du milieu du jour. Quelques-uns disent : le préceptorat est une chaîne dont on ne doit pas se charger quand on ne se sent pas la force de la soutenir. Eh ! mou Dieu, on a bien la volonté et même la force de porter cette chaîne, au besoin, quelque lourde qu'on vous la rende, mais là n'estpas la question. La question est celle-ci :
Le précepteur, quelque parfait qu'on le suppobe, remplira-t-il bien sa mission s'il n'a pas ce temps de liberté, de repos, chaque jour, et l'élève luimême ne se fatiguera-t-il pas de la présence continuelle de son maître ?
Nous répondons que cette double éventualité se présentera infailliblement, même à l'insu de l'un et de l'autre, si les parents font de cette
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perpétuelle présence une des conditions de l'éducation de leur enfant.
« Nous le disons encore à la gloire des familles, sur cinq il y en a trois qui pensent exactement comme nous, qui ont le bon esprit de considérer un précepteur, non pas comme un homme à gages, mais comme un ami dévoué, et de le traiter comme s'il ne recevait rien pour la peine qu'il se donne ; aussi ceux-là ont-ils presque toujours de bons précepteurs, et les autres jamais.
« S'il faut au maître une petite partie de la journée, il lui faut de même unejournée par semaine. 11 estmieux, par économie de temps, de choisir le dimanche, qui s'écoule plus facilement aussi à cause des offices auxquels la mère assiste avec ses enfants.
Ce sera le seul jour de congé par semaine, sauf les congés extraordinaires qui doivent être donnés une fois par mois, l'un portant l'autre ; c'est aux parents à organiser pour ces juurs, la grande partie de plaisir qui sera, autant que possible, une réunion de camarades, réunion très-utile pour obvier, jusqu'à un certain point, à l'isolement de l'éducation privée. A Paris cet isolement est beaucoup moindre, attendu qu'on peut, à peu près tous les jours, se procurer de de ces réunions au moment de la promenade.
« Enfin il faut un temps de repos chaque année. Les collèges donnent deux mois ; ce serait un peu long dans l'éducation paternelle. On mois ou cinq semaines suffisent. Quand on a bien travaillé onze mois durant, n'ayant de congé régulier que le dimanche, un mois de relâche et de séparation est une trempe nouvelle pour toutes les personnes de la maison. L'élève en sentira mieux, au retour, l'utilité d'une occupation constante, et en sera plus frais, plus dispos, plus propre au travail. Nous avons toujours observé qu'après les vacances il se trouve plus fort sur toutes les parties, parce que son esprit, sous l'intluence du repos, a acquis un degré de plus de capacité d'attention et de vision claire.
h II nous reste à parler de la distribution du travail. — Il y a les
heures d'étude et les heures de leçon comme dans l'éducation publique.
Pendant l'étude l'élève fait son devoir à lui seul, le silence absolu est commandé par le règlement, chacun est à sa table, soit dans la même pièce, soit dans deux pièces contiguës, la porte étant ouverte ; c'est la pendule qui annonce que l'étude est finie. Unprécepteur n'est jamais assez imprudent pour ne pas tout soumettre, dès le principe, au retour invariable des heures, et pour rompre souvent la régularité du travail quoiqu'il en ait le droit. Le règlement fait et accepté de part et d'autre, c'est l'heure qui commandera désormais la sortie et le retour. Le jeune homme, dès l'âge de dix ou onze ans, doit avoir une montre, et c'est à lui de prendre ^oin d'être exact ; c'est sa petite affaire, il est important de le lui faire comprendre. Que le précepteur 'soit ou ne soit pas avec lui pendant sa récréation, l'heure venue, il remonte à l'étude et reprend son travail. Il est bien entendu que le maître donne l'exemple, sauf les petites épreuves dont il usera pour faire comprendre pratiquement sa pensée et donner l'élan aux habitudes qu'il veut faire contracter.
« Ce soin laissé à l'enfant est le moyen le plus efficace de développer en lui l'activité au travail, l'attention à ses affaires. Si le précepteur, les parents ou une bonne se chargent de ce soin, courent après lui, l'appellent sans cesse, ils en font une masse inerte ou un perpétuel insurgé, selon la diversité des natures. C'est au précepteur à le comprendre et à le faire comprendre à la mère (le père le comprendra toujours) non point par parole, ce moyen ne réussit pas souvent, mais par action.
« Toutes les personnes de la maison sont donc censées ignorer les détails du règlement ; c'est le règlement de l'enfant et du maître, ce n'est pas le leur, et chacun s'occupe de ce qui le regarde. C'est avec ces précautions, nous ne saurions trop le répéter, qu'on fera d'un élève autre chose qu'un pauvre mollusque sans volonté, sans force, sans énergie, sansvertu, propre seulement àêtre "retourné, tourmenté,
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ballotté par«les flots capricieux du milieu qui l'enveloppe ; autre chose aussi qu'un oiseau captif sans cesse révolté contre les barreaux de sa cage. C'est par ces ruses qu'on fera naître en lui l'attrait pour le travail, qu'on lui fera sentir que c'est bien pour lui et par lui qu'il s'y livre.
Cette idée qu'il est un peu son directeur à lui-même, son régent, son propre surveillant dans l'accomplissement de la règle, le pique d'honneur, le tlatte, lui donne une émulalion qui remplace en partie celle du condisciple dans le collège, et l'habitue à travailler seul et par luimême pour le temps où il deviendra réellement son maître.
• Dans un but analogue, le précepteur ne réglera pas avec trop de détails ce que fera l'élève à telle heure, a telle étude, le temps qu'il mettra à le faire, etc . Il donnera plutôt l'ensemble des devoirs d'une classe pour l'autre, en laissant au jeune homme le choix des moments. Si le tout est Uni avant l'heure, une lecture amusante est permise. Combien de fois n'arrive-t-il pas qu'après avoir dit, à propos de Virgile, par exemple : vous en ferez le plus possible, il s'en trouve plus de fait en réalité, que si l'on avait dit vous fei-ez vingt ou vingtcinq vers.
« Quant aux punitions, elles doivent être bannies de l'éducation privée; elles y sont inutiles; elles empêchent même la réussite, pour peu qu'on en abuse. Elles doivent se réduire à un article du règlement qui pose en prinicipe que, quand on ne travaille pas suffisamment, on doit taire pendant la récréation, ce qu'on n'a pas fait pendant l'étude.
« Dirons-nous un mot de la méthode ? il n'y en a pas d'absolument bonne , il n'y en a pas d'absolument mauvaise en fait d'éducation privée.
Le précepteur doit toujours la modifier, je dirai même, l'inventer selon le caractère, l'aptitude, le genre d'esprit du jeune homme. Il suflit, pour tomber juste, d'un peu de tact, de jugement et d'observation. II est impossible que l'on suive, chaque jour, un enfant, sans s'apercevoir de son fort et de son faible, et, par consé-
quent, sans éprouver le besoin instinctif de se mettre à sa portée, de se mouler à sa taille, de lever ce qui, pour lui, fait obstacle. C'est le grand avantage de V éducation privée sous tous les rapports. Car, dans l'éducation publique, la méthode est nécessairement la même pour tous, qu'elle convienne ou non à celui-ci, à celui-là.
Supposez un petit ruisseau qui se remplit sans cesse et dont vous voulez maintenir l'écoulement régulier; si vous n'en avez qu'un ou deux de la sorte à observer, vous arriverez facilement à détruire les petites digues, à mesure qu'elles se formeront et à maintenir le courant. Mais, si vous en avez vingt-cinq ou trente, vous serez obligé de vous en tenir à lever les écluses sans vous inquiéter de chaque ruisseau en particulier, ou, si vous en avez la prétention, vous suffirez seulement à l'observation de quelques-uns, les plus rapprochés de vous, lesquels seront souvent, même toujours, ceux qui pourraient le mieux se passer de votre surveillance.
« Nous signalerons deux précautions qui conviennent à toutes les méthodes et dont l'une est le véritable antidote contre l'oubli, l'autre le talisman contre l'insouciance et l'aiguillon du zèle. La première est une répétition chaque samedi pour terminer la semaine ; la seconde est un examen solennel et en règle, tous les trois ou quatre mois, en présence de toute la maison et de quelques invités, examen dans lequel le précepteur doit prendre ses mesures pour que l'élève en sorte satisfait de lui-même, sans quoi le but ne serait pas atteint.
« Enfin nous dirons un mot des objets du travail — L'éducation,hnotve sens, n'est qu'une initiation progressive à tous les genres de science alin que l'élève, parvenu à seize ou dixsept ans, puisse reconnaître à peu près sa spécialité, et, par suite, faire des réflexions sur le choix de sa carrière, car, de l'inconnu nul désir. Le précepteur doit donc avoir constamment cette pensée sur l'esprit et initier petit à petit son élève aux premiers éléments de toutes choses.
« Nous ne signalerons ni la reli-