‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 66 sur 96 · PI · texte numérisé non relu

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« VIII. Voilà, dans ses traits les plus caractéristiques, la méthode de Frœbel; elle peut être pratiquée j usque dans les maisons particulières ; car elle a son côté applicable à l'éducation de famille et sou côté applicable à l'éducation de société ; le jardin d'enfants est surtout l'auxiliaire du foyer paternel, que rien ne saurait remplacer sous tant de rapports; et, pour concevoir la perfection, il faut imaginer que l'enfant passe cinq à six heures par jour dans la petite cité d'éducation en commun, et le reste de son temps dans sa famille.

« Il est inutile d'ajouter que toute pension, tout collège, tout établissement d'éducation pour l'un ou l'autre sexe peut, moyennant un emplacement convenable, c'est-à-dire un jardin suflisant en bon air, s'annexer le gymnase de l'enfance, au bas de l'échelle de ses autres cours, sous le titre d'école préparatoire à l'école même; et cela, soit comme externat, soit comme internat; dans ce dernier cas, les enfants pourraient être admis à partir de l'âge de quatre ans.

« Il ne faut pas croire que, pour faire jouer, travailler, manœuvrer, comme nous l'ayons dit, la cité enfantine, il soit nécessaire d'un grand nombre de directrices ; une seule personne, connaissant bien la méthode, suflit à cent cinquante enfants, avec trois ou quatre aides. On peut se servir aussi des enfants plus grands pour présider à des groupes de plus petits.

« Quant aux frais, ceux que nécessitent l'emplacement et les directrices sont communs à tous les établissements d'éducation; et ceux des instruments de jeux et de gymnastique enfantine se résument à peu près comme il suit : 4 fr. par enfant, de première mise de fonds, pour les jouets qui se conservent, et I fr. par cnfant.chaque année, pour lespapiers

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et autres choses que le travail détruit.

Dans les jardins d'enfants non gratuits on peut dépenser davantage en faisant du luxe.

« IX. Revenant donc à notre idée première et toute pratique, en ce qui concerne nos grandes cités et notre capitale en particulier, nous ne craignons pas de dire que s'il y avait, dans nos terrains publics, de ces parcs réservés où les enfants du quartier, — et même au besoin de quartiers éloignés, car il serait facile d'organiser un service de voitures qui les iraient recueillir, — pourraient aller jouer quelques heures chaque jour, et où leur récréation serait utilement et agréablement occupée par des directrices qui appliqueraient plus ou moins parfaitement, selon les circonstances et les possibilités du lieu, cette méthode naturelle, ce serait un des ]dus grands bienfaits pour la population. Comme toutes les choses fécondes et d'avenir, elle est susceptible di' modifications, de transformations relatives, quant aux détails matériels, aussi bien que de perfectionnements et d'épanouissements infinis; et, par cette propriété même, elle échappe aux objections tirées des difficultés d'application qui ne manquent jamais de s'élever contre les nouveautés.

« Pourquoi ne construirait-on pas, aux Champs-Elysées, dans le jardin du Luxembourg, sur les terrains libres qui avoisinent les boulevards extérieurs, d'élégantes rotondes qui couvriraient les tables des jeux de repos et autour desquelles s'étendrait le jardin destiné aux jeux de mouvement, et à tous les exercices de gymnastique ?

Pourquoi ne ferait-on pas de même au centre des squares et des grandes places libres ? L'architecture ferait de ces légers édifices d'agréables ornements d'un caractère particulier qui flatterait le goût du public ; les promeneurs trouveraient, dans ces gymnases de l'enfance, un spectacle qui les intéresserait un instant sur leur passage; les familles y verraient une ressource précieuse sans cesse à leur disposition ; et, se renfermât-on dans le simple point de vue de l'hygiène publique, tout le monde ne pourrait que bénir une telle amélioration dans

l'intérêt de la génération naissante.

« On peut objecter la répugnance qu'éprouveraient certaines familles à envoyer leurs enfants dans des enclos à jour, où ils travailleraient sous le regard du passant ; mais qui empêcherait d'en établir d'autres dont l'intérieur ne serait point exposé à la vue du public? Et n'y aurait-il pas, après tout, beaucoup de parents qui ne trouveraient pas plus étrange de conduire ou faire conduire leurs enfants dans ces lieux réservés que dans ces carrés des Tuileries et des autres jardins où nous en voyons un si grand nombre s'amuser, sans direction et sans méthode, pendant les beaux jours ?

« On peut objecter encore les difficultés de la mauvaise saison; mais, outre que'les enfants bien vêtus n'ont jamais froid et que le mouvement est leur meilleur calorifère, on construirait les rotondes que nous proposons de manière à pouvoir être transformées en jardins d'hiver, par des vitrages mobiles, et on les chaufferait quand il en serait besoin.

« Nous avons dit que l'administration pourrait n'avoir à donner que i'autorisation et l'emplacement ; mais ce qui serait préférable encore, c'est que l'État lui-même se chargeât d'organiser un certain nombre de ces établissements d'utilité publique.

« Nous avons les lycées du haut enseignement, ceux de l'enseignement secondaire, ceux de l'enseignement primaire ;nous avons même des iycées professionnels dans les arts et dans l'industrie ; le seul lycée qui manque est celui du premier âge, dont la salle d'asile est l'embryon à peine conçu.

Ce lycée véritable de l'enfance sera le gymnase, le jardin que nous avons décrit; et nous n'aurons le droit de considérer Véducation et l'instruction comme pfeinement constituées et n'olfrant plus de lacune, que le jour où ce lycée, établi dans les villes et dans les villages, formera une division du corps officiel de renseignement national. »

Le Noir.

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