IV. PÉRIODE Ql'.VIER.VWRE OU DILU
vh'm. C est la période qui a précédé immédiatement le notre. C'est le déluge qui en e?t le grand trait caractéristique, avec le treizième soulèvement qui a produit les volcans de l'Auvergne et du Vivarais, le vieux volcan, vésuvien, de la Somma, le Stromboli, l'Etna, les hauteurs méridionales du Péloponnèse, le Ténare,Ie Taygète, e1 en dernier lieu la grande chaîne volcanique du vieux monde qui s'étend du Kamtschatka au pays birman, el celle du Nouveau Monde qui s'étend presque d'un pôle à l'autre, sous le nom principal de Cordillère des Andes.
C'est dans les derniers temps de l'époque tertiaire et dans les premiers de l'époque quaternaire que se développent les proboscidiens dont nos éléphants d'aujourd'hui sont les descendants.
Nous avons longtemps cru, ainsi que nous le disons ailleurs, que le déluge historique de la Bible et des traditions était trop récent pour pouvoir être rapporté à l'origine de la période quaternaire, et même au soulèvement des Andes qu'on peut se représenter comme étant arrivé un peu plus tard durant cette période ; mais nous croyons aujourd'hui que l'homme existait déjà sur le globe, depuis longtemps, avant cette catastrophe, et que cette catastrophe fut bien la même que celle dont parle Moïse. Nous sommes seulement obligé de la reculer bien davantage, et de renoncer à la question biblique des
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chiffres chronologiques que nous présentent ses diverses éditions sans être d'accord. Nous prenons ce parti pour éviter d'autres difficultés qui nous paraîtraient beaucoup plus considérables. V. AGES GÉOLOGIQUES , AGES PA- LÉONTOLOUIQUES , DILUVIUM, FOSSILES,
etc. Le Noir.
EPREUVE, c'est ce que l'Ecriture sainte nomme tentation. Il est dit, dans plusieurs endroits, que Dieu met à {'épreuve la foi, la constance, l'obéissance des hommes; qu'il mit Abraham à l'épreuve, etc. Dieu n'a pas besoin de nous éprouver, il sait d'avance ce que nous ferons dans toutes les circonstances où il luiplaira de nous placer; mais nous avons besoin d'être éprouvés, pour savoir ce dont nous sommes capables avec la grâce, et combien nous sommes faibles par nous-mêmes. Si Dieu n'avait pas mis à de fortes épreuves Abraham, Joseph, Job, Tobie, etc., le monde aurait été privé des grands exemples de vertu qu'ils ont donnés, et ils n'auraient pas mérité la récompense qu'ils ont reçue.
Ce qui est à notre égard une épreuve, un moyen d'acquérir de nouvelles connaissances expérimentales, n'en est pas un à l'égard de Dieu ; mais en parlant de cette majesté souveraine, nous sommes forcés de nous servir des mêmes expressions que quand nous parlons des hommes.
Voyez Tentation. Behgier.
EPREUVES SUPERSTITIEUSES , nommées ordalies ou ordéals, et jugement de Dieu. Cet article appartient à l'histoire moderne ; mais un théologien doit savoir ce que l'Eglise a toujours pensé de cet abus, introduit dans presque toute l'Europe par les Barbares du Nord, et auquel la religion se trouva mêlée fort mal à propos.
Pour acquérir en justice la vérité d'un fait ou d'un droit douteux, on employa des épreuves de plusieurs espèces. 1° Le combat. Lorsqu'un homme était accusé d'un crime, et que les preuves pour ou contre n'étaient pas suffisantes, il était ordonné, par les lois des barbares, que l'accu-
sateur et l'accusé décideraient la questiou par un duel. Ces peuples féroces s'éîaientpersuadés que la force et le courage faisaient preuve de toutes les vertus; que la lâcheté et la faiblesse étaient un effet du vice ; que Dieu ne pouvait manquer de faire triompher l'innocence et de confondre l'imposture, comme si Dieu s'était obligé à faire intervenir sa puissance pour terminer toutes les contestations excitées par les passions des hommes. L'aveuglement fut poussé jusqu'à décider, par cette voie, des questions de jurisprudence et des droits litigieux. Lorsque les parties étaient incapables de se battre, comme les femmes, les malades, les ecclésiastiques, les vieillards, ils substituaient à leur place des champions, toujours prêts à soutenir toute espèce de cause par les armes.
2° Les épreuves du feu. Un accusateur ou un accusé, pour prouver ce qu'il avançait, était condamné ou s'obligeait volontairement à marcher pieds nus sur un brasier ardent, entre deux bûchers allumés, ou sur plusieurs socs de charrue rougis au feu, ou à les relever de terre et à les tenir entre ses mains pendant quelques moments. Si nous en croyons l'histoire, plusieurs princesses accusées d'adultère furent réduites à se justifier ainsi, et y réussirent par le secours de Dieu. Un des exemples les plus célèbres que l'ou cite eu ce genre, est celui de Pierre igné, ou Pierre de feu, religieux de Valomhreuse, de la famille des Aldobrandins. En 1063, suivant les relations, cet homme, revêtu des habits sacerdotaux, passa sain et sauf sur un brasier ardent, au milieu de deux bûchers allumés, et y retourna chercher son manipule qu'il avait laissé tomber. Il avait été député par les moines de son couvent, pour prouver, par cette épjreuve, que Pierre de Pavie, archevêque de Florence, était coupable de simonie ou d'hérésie. Ce t'ait est attesté, dit-on, par la lettre que le clergé et le Pape de Florence, témoins oculaires, en écrivirent au pape Alexandre II. Cependant il parait que le Pape n'y eut point d'égard, puisque l'archevêque conserva
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sa dignité. Lorsqu'il fallut décider en Espagne si l'on y conserverait la liturgie mozarabique, ou si l'on suivrait le rit romain, on résolut d'abord de terminer cette difticulté par un combat; ensuite on jugea qu'il était plus convenable de jeter au feu les deux liturgies, et de retenir celle que le feu ne consumerait pas; ce prodige fut opéré, dit-on, en faveur de la liturgie mozarabique.
3° Les épreuves de l'eau. On obligeait un accusé de plonger dans l'eau bouillante sa main jusqu'au poignet, et quequefois jusqu'au coude, et d'en tirer un anneau qui était au fond de la cuve. On lui enveloppait ensuite la main dans un sachet cacheté, et si au bout de trois jours elle n'avait aucune marque de brûlure, il était ceusé innocent.
L'épreuve de l'eau froide était principalement destinée à découvrir si une personne accusée de sorcellerie, de magie, ou de malélice, en était réellement coupable. Après l'avoir dépouillée de ses habits, on lui attachait la main droite au pied ganche, et |la main gauche au pied droit, dans cette posture on la jetait à l'eau : si elle enfonçait, elle était absoute ; si elle surnageait, elle était déclarée sorcière et punie de mort.
Mais les naturalistes ont observé que les femmes attaquées de passions hystériques, et les personnes vaporeuses, n'enfoncent pas dans l'eau ; d'où l'on conclut que la plupart de celles qui ont été réputées sorcières, étaient seulement sujettes aux vapeurs, maladie de laquelle on ne connaissait autrefois ni les symptômes, ni les effets. Voyez les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tom. 69, z'n-12, p. 57.
4° Celles de la croix. On obligeait deux contendants ou à soutenir pendant longtemps, sur leurs bras, une croix fort pesante, ou à demeurer les bras étendus devant une croix ; celui qui y tenait le plus longtemps remportait la victoire.
5° Le pain conjuré. C'était un pain fait de farine d'orge, bénit, ou plutôt maudit par les imprécations d'un prêtre. Les Anglo-Saxons le faisaient manger à un criminel non convaincu,
persuadés que, s'il était innocent, ce pain ne lui ferait point de mal, que s'il était coupable, il ne pourrait l'avaler, ou que s'il l'avalait, il étoufferait. Le prêtre qui faisait cette cérémonie demandait à Dieu, par une prière faite exprès, que les mâchoires du criminel restassent roides, que son gosier se rétrécit, qu'il ne put avaler, et qu'il rejetât le pain de sa bouche ; c'était une profanation des prières de l'Eglise. Ces prières ne sont instituées ni pour opérer des miracles, ni pour faire du mal à personne. La seule chose qu'il y eût de réel, c'est que, de toutes les espèces de pain, celui d'orge moulu un peu gros, est le plus difficile à avaler.
Cette épreuve ressemblait en quelque chose à l'eau de jalousie ; mais les Anglo-Saxons n'avaient aucune connaissance de cette eau, lorsqu'ils établirent l'épreuve du pain conjuré. Un incrédule de nos jours a écrit, sans aucun fondement, que l'usage de ce peuple était une imitation de la loi juive. Voyez Jaloi'sie.
0° L'épreuve par l'eucharistie se faisait en recevant la communion.
Ainsi Lothaire, roi de Provence et de Lorraine, jura, en recevant la communion de la main du pape Adrienll, qu'il avait renvoyé Valdrade sa concubine, ce qui était faux. Comme Lothaire mourut un mois après, en 808, sa mort fut attribuée à ce parjure sacrilège. Cette épreuve fut défendue par le pape Alexandre IL
Toutes les autres, dont nous avons parlé, étaient accompagnées de cérémonies religieuses ; on s'y préparait par le jeûne, par la prière, parla réception des sacrements. On bénissait les armes, le feu, l'eau, le fer, destinés à faire Y épreuve. Ce privilège était réservé à certaines églises, à quelques monastères, et on leur payait un droit pour cette cérémonie. Histoire de l'Eglise gal.,tA, Disc . prélim.
Les usages absurdes sont plus anciens que les mœurs des barbares ; il est fait mention de l'épreuve du fer chaud dans VElectre de Sophocle, et les autres sont encore pratiquées chez les Nègres. Il n'a donc pas été besoin qu'un peuple les empruntât d'un autre ; les nations ignorantes et gros-
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sièrcs se ressemblent partout, et sont sujettes aux mêmes folies. Jamais l'Eglise n'a autorisé ni approuvé ces superstitions ; mais elle a été souvent forcée de les tolérer, parce qu'elles étaient ordonnées par les lois des barbares ; les préjugés de ces peuples ont été plus forts que les défenses et censures, puisque plusieurs se sont perpétués jusqu'à nous.
Dès le commencement du neuvième siècle, Agobard, arclievêque de Lyon, écrivit avec force contre la damnable opinion de ceux qui prétendent que Dieu fait connaître sa volonté et son jugement par les épnuves de l'eau, du feu, et autres semblables. Il se récrie contre le nom de jugement de Dieu que l'on osait donner à ces pratiques, comme si Dieu les avait ordonnées, comme s'il devait se soumettre à nos préjugés et à nos sentiments particuliers, pour nous révéler tout ce que nous désirons de savoir.
Dans le onzième siècle, Yves de Chartres a parlé de même, et cite à ce sujet une lettre du pape Etienne V à Lambert, évèque de Mayence, qui est aussi rapportée dans le décret de (jratien. Les papes Célestin III, Innonocent III, Honorius III, réitérèrent la défense d'user de ces épreuves.
Quatre conciles provinciaux, assemblés en 829 par Louis le Débonnaire, et le quatrième concile général de Latran, les défendirent encore. Les théologiens scolastiques ont enseigné, après saint Thomas, que ces épreuves étaient injurieuses à Dieu et favorables au mensonge, parce que l'on y tentait Dieu, parce qu'il ne les a point ordonnées, parce qu'on voulait connaître par là des choses cachées qu'il appartient à Dieu seul de connaître.
Si, malgré des raisons aussi solides et des lois aussi formelles, on n'a pas laissé d'y recourir encore pendant longtemps, surtout dans les pays du Nord, c'est que l'opiniâtreté des ignorants est souvent plus forte que toutes les lois ; parconséquent l'on a tort d'attribuer les abus à la négligence ou à l'intérêt des pasteurs de l'Eglise.
C'est une question de savoirs'ily a eu quelquefois du surnaturel dans le
succès des épreuves superstitieuses, et si l'on doit ajouter foi à ce que les historiens des bas siècles en ont écrit.
Il y a sur ce sujet une bonne dissertation dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome 24, m-I2, page. 1 ; nous en extrairons quelques réflexions.
Il est d'abord évident qu'il n'y avait rien de surnaturel dans le succès des duels, ni dans celui des épreuves de la croix ; qu'un homme soit plus fort et plus robuste qu'un autre, et soit vainqueur dans un combat, ce n'est pas un miracle. Mais rien n'empêche de croire que Dieu peut en avoir fait un en faveur des personnes vertueuses qui ne s'offraient point d'elles-mêmes aux épreuves et qui étaient forcées de les subir par la loi et par l'injustice des accusateurs. Dieu a pu faire éclater leur innocence par un événement surnaturel, sans autoriser par là le préjugé dominant, ni la témérité de ceux qui exigeaient ces épreuves. Au reste, ce cas est assez rare, puisque l'on n'en trouve que deux ou trois exemples dans l'histoire.
Quant aux autres faits, plusieurs raisons nous autorisent à y donner très- peu de croyance. 1° Ces faits ne sont point rapportés par des témoins oculaires, mais sur des ouï-dire et des bruits populaires. Celui de Pierre igné, qui semble le mieux attesté, a été imité l'an U03 par Luitprand, prêtre de Milan, qui accusa de simonie Grosulan, son arclievêque, et qui eut le même succès. Il est impossible que deux faits aussi semblables dans toutes les circonstances soient tous deux vrais. Le Pape n'eut pas plus d'égard à l'un qu'à l'autre ; il y vit sans doute de l'exagération ou de l'imposture. Ce ne sont pas là les deux seuls cas où l'on a vu un peuple révolté contre son pasteur, forger des faits, des circonstances et de prétendus prodiges pour le perdre. Les Papes et les conciles n'en ont pas moins proscrit les épreuves comme des pratiques pernicieuses, inventées par l'ignorance, et souvent mises en usage par la fourberie et la malice.
2° Plusieurs criminels justifiés et mis à couvert du châtiment par les épreuves, ont ensuite avoué leur tur-
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pitude et l'indigne victoire qu'ils avaient remportée sur l'innocence, et par suite de l'aveuglement généra!, on ne se croyait plus en droit de les punir, ni même de leur reprocher le crime, parce qu'ils avaient satisfait à la loi. S'il y avait en du surnaturel dans leur succès, on ne pourrait l'attribuer qu'au démon. Mais est-il croyable que Dieu ait permis à l'ennemi du salut d'exercer son pouvoir, pour autoriser une superstition, souvent accompagnée de profanation et de sacrilège? On a déjà de la peine à concevoir que Dieu l'a permis chez les païens, pour les punir de leur aveuglement ; c'est pousser trop loin la crédulité, que de supposer que la même chose s'est faite au milieu du Christianisme, pour aveugler des hommes qui avaient renoncé, par le baptême, au démon et à son culte.
On a donc eu raison de soutenir, dans tous les temps, que les épreuves superstitieuses étaient, un crime. C'était tenter Dieu, mettre l'innocence en danger, donner lieu à l'imposture de triompher, et profaner les cérémonies religieuses dont ces absurdités étaient accompagnées.
L'incrédule dont nous avons déjà parlé, n'a pas montré beaucoup de justesse d'esprit, lorsqu'il a comparé les épreuves superstitieuses aux miracles de la verge d'Aaron, qui lleurit dans le tabernacle, et aux punitions surnaturelles que Dieu a tirées de quelques rebelles, dans l'Ancien Testament; il n'y a aucune ressemblance entre ce qui s'est fait par l'ordre exprès de Dieu, et ce qui a été imaginé par le caprice des hommes. Il n'y en a pas davantage entre ces mêmes épreuves et les élections par le sort ; celles-ci n'ont rien de répréhensible, puisque les apôtres mêmes y ont eu recours pour agrégersaint Mathias au collège apostolique. S'il y a eu dans la suite de bonnes raisons pour ne plus en user de même, cela ne prouve rien contre l'innocence de cette pratique. Voy. Soin. Bkugier.
EQUINOXES (précession des), (théol.
rnixt. scien. cosmol.) Y. aipp arque.
ÉQUIVOQUE, terme à double sens.
Il n'est plus nécessaire de mettre en question si une équivoque, de laquelle on se sert de propos délibéré, pour tromper celui à qui l'on parle, est un mensonge ; aucun théologien n'est plus tenté d'en disconvenir. Cette manière d'en imposer au prochain ne peut pas s'accorder avec la sincérité, la candeur, la simplicité dans le discours, que Jésus-Christ nous commande; les vaines subtilités auxquelles on a quelquefois recours pour en excuser l'usage, ne prouvent rien.
Vainement quelques incrédules ont voulu soutenir que Jésus-Christ luimême a usé quelquefois d'équivoques avec ses ennemis, et avec ceux dont il ne voulait pas satisfaire la curiosité; ils n'en ont cité aucun exemple démonstratif. Lorsqu'il dit aux Juifs.
Joan., c. 2, y 19 : « Détruisez ce » temple, et je le rétablirai dans trois » jours, » il parlait de son propre corps, et l'évangéliste nous le fait remarquer ; il est donc à présumer qu'il le montrait par un geste qui était Y équivoque, et ce fut malicieusement que les Juifs l'accusèrent d'avoir parlé du temple de Jérusalem. Lorsque ses parents l'exhortèrent à se montrer à la fête des Tabernacles, il leur répondit, Joan., c. 7, ]i 8 :
« Allez vous-mêmes à cette fête, pour » moi je n'y vais point, parce que » mon temps n'est pas encore arrivé. »
11 ne leur dit pas, je n'irai point; mais je n'y vais point encore, parce que le moment auquel je veux y aller n'est pas encore venu. Il n'y avait point là d'équivoque. Les autres passages cités par les incrédules ne font pas plus de difficulté.
Mais nous soutenons, contre les protestants, que le Sauveur aurait usé d'une équivoque trompeuse, et qu'il aurait tendu un piège d'erreur à tous ses disciples, si, lorsqu'il leur dit :
a Prenez et mangez, ceci est mon » corps, etc., » il avait seulement voulu dire, ceci est la figure de mon corps. Nous convenons que, même avec la plus grande attention, il est impossible d'évifer toute espèce d'équiuogwedanslediscours,qu'aucunlangage humain ne peut être assez clair pour ne donner lieu à aucune méprise; mais ici rien n'était plus aisé que de
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provenir toute erreur et de parler très-clairement. D'où nous concluons que Jésus-Christ a voulu que ses paroles fussent prises à la lettre, et non dans un sens ligure. Voy. Eucharistie.
Par cet exemple, et par une infinité d'autres, il est évident qu'il n'est aucune science dans laquelle les équivoques soient plus dangereuses et entraînent de plus funestes conséquences que dans la théologie. Les hérétiques et les incrédules n'ont presque jamais argumenté que sur des expressions et des termes susceptibles d'un double sens. Tout ceux qui ont nié la divinité de Jésus-Christ, se sont fondés sur ce que le mot Dieu est équivoque dans l'Ecriture sainte, et ne signifie pas toujours l'Etre suprême. Les ariens disputaient sur le double sens du mot consubstantiel ; les hérésies de Nestorius et d'Eutychès n'ont été bâties que sur les divers sens des termes nature, personnes, substance, hypostase; les pélagiens jouaient sur le mot de grâce. Combien de sophismes les protestants n'ont-ils pas faits sur les mots foi, mérite, sacrement, justice, justification, etc. ? Ils ne les ont jamais pris dans le même sens que les théologiens catholiques, et la plupart des reproches qu'ils font à l'Eglise romaine ne sont dans le fond que des difficultés de grammaire.
De là même nous concluons que si Jésus-Christ n'avait pas donné aux pasteurs de l'Eglise, chargés d'enseigner, l'autorité de fixer le sens du langage théologique, il aurait trèsmal pourvu à l'intégrité et à la perpétuité de sa doctrine.
Bergier.
ERASME (Didier ou Désiré ). (Théol.
hist. biog. et bibliog). — Ce célèbre écrivain du xv e et du xvi e siècle, naquit en 1467, à Rotterdam, et mourut en 1536 à Bâle, d'une manière toute chrétienne. Nous tirons de sa biographie par M. Séback, les passages suivants sur sa vie, son caractère et ses écrits.
« Fils naturel de Gérard Hélié et de Marguerite, tille d'un médecin deZevenberg.., il fut envoyé à la célèbre école de Deventer, où sa mère l'ac-
compagna pour surveiller à la fois l'éducation et la santé de l'enfant, qui était faible et valétudinaire. C'est à cette école, dirigée par les Frères de la vie commune, qu'Érasme dut sa première éducation scientifique. Il trouva dansJean Sintheim ( Zinthius) et Alexandre Hésius d'excellents maîtres, qui reconnurent ses heureuses dispositions et prédirent qu'il deviendrait un jour un savant remarquable.
A cette époque Horace et Térence étaient sa lecture favorite ; il les savait par cœur. Après être resté quatre ans à Deventer, la peste y éclata et lui enleva sa mère. Erasme quitta précipitamment Deventer, revint à Gouda auprès de son père, qui, profondément affecté de la perte de Marguerite, succomba à sa douleur, après avoir confié en mourant la tutelle de son fils à trois de ses meilleurs amis.
Ceux-ci, destinant leur pupille à la vie monastique, l'envoyèrent à Herzogenbusch, dans l'institut d'une confrérie religieuse qui s'occupait de l'éducation de la jeunesse, et qui, d'ordinaire, cherchait à engager à l'état ecclésiastique ceux de ses élèves qui montraient le plus de talent. Cependant cet établissement ne pouvait encore suffire aux facultés merveilleuses d'Erasme, qui déplora comme perdus les dix-huit mois qu'il y passa. En vain on s'était efforcé de lui donner le goût de la vie monastique et de l'état ecclésiastique en général ; le malheur de ses parents lui en avait ôté toute envie, et lui inspira plus tard, non moins que ses expériences personnelles à Herzogenbush, les amères diatribes contre les couverts et les moines qu'on rencontre dans ses ouvrages.
« Ses tuteurs, toujours préoccupés de la pensée de lui faire embrasser la vie monastique, lui avaient, avant son arrivée, procuré une place dans la maison des chanoines de Sion, non loin de Delft. Erasme, d'ordinaire timide et craintif, refusa nettement de s'y rendre, disant qu'il était encore trop jeune pour se décider soit pour le monde, soit pour le couvent, et demandant qu'on lui accordât quelques années pour se former et s'instruire. Repoussé par ses tuteurs, qui
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refusèrent de le recevoir tant qu'il ne leur obéirait pas, toujours miné par la lièvre et n'ayant personne au monde pour venir à son aide, Erasme était dans une situation digne de pitié, lorsque la Providence permit qu'il rencontrât un de ses condisciples de Deventer, Cornélius Vcrdônus, qui, revenu d'un voyage en Italie, était entré dans le couvent d'Emmaùs.
Cornélius combattit les répugnances de son ami, lui dépeignit avec enthousiasme la liberté et le loisir qu'olfrait la vie monastique à celui qui se voue tout entier à la science, lit valoir surtout les riches collections de livres, les nombreuses ressources qu'il trouverait dans le couvent pour ses études, et parvint, en effet, à faire entrer en 1480 Erasme, pauvre, malade, soult'rant et abandonné de tout le monde, dans l'ordre des chanoines réguliers du couvent d'Emmaùs, ou de Saint-Pierre, non loin de Couda.
Il y fut traité, durant son noviciat, avec toute la charité et la condescendance imaginables ; on le laissa libre de s'occuper uniquement de ses travaux scientiliques. Erasme n'en prit pas plus de goût pour l'état religieux.
Cependant, après avoir longtemps hésité, il finit par prononcer des vœux solennels, et, quoiqu'il eût plus tard des regrets de cette démarche décisive, il se consola en se disant « qu'un honnête homme peut vivre content quelle que soit la vocation que lui fasse suivre la Providence. »
« Pendant les cinq années qu'il passa à Emmaùs il s'occupa sans relâche d'études classiques et des écrits de Laurent Valla (1), dont il embrassa les vues avec toute l'ardeur d'une âme enthousiaste de la science. Les fruits de ces études de sa jeunesse furent des cantiques religieux en l'honneur du Christ et delà sainte Vierge, des élégies et des odes, des invectives contre les détracteurs de l'éloquence, un panégyrique de sa bienfaitrice Berthe de Heyen, pieuse veuve de Gouda, qu'il nomme sa seconde mère, un clis-
(1) Né à Rome en 1406, mort en 14S7, chanoine de Saint-Jean de Latran, un des savants du quinzième siècle (|tli contribua le plus à réveiller l'amonr r des lettres latines, entre autres par son traité des Elégances de la Langue latine, en six livres.
cours sur le bonheur de la paix et le malheur de la division, et un traité deContemptumundi. Quoique les prescriptions du couvent le gênassent sous beaucoup de rapports, il ne l'aurait probablement pas délaissé de longtemps s'il ne s'était offert à lui une occasion décisive. Henri de Bergis ou de Bergen, évèque de Cambrai, devant se rendre à Rome pour y recevoir le chapeau de cardinal, et ayant besoin d'un secrétaire sachant écrire et parler le latin, entendit nommer Erasme, déjà fort connu comme excellent latiniste, le demanda à ses supérieurs, et Erasme obtint de l'évêque d'Utrecht et de Nicolas Werner, son abbé, la permission de vivre hors du couvent, toutefois en conservant le costume de son ordre. Erasme rejoignit donc, en 1491, l'évèque de Cambrai, qui l'ordonna prêtre le 2o février 1492. Quoique le voyage d'Italie ne se réalisa pas, Erasme demeura auprès du prélat, qui le prit en affection et devint son protecteur. Erasme en obtint, en 1496, l'autorisation de faire un voyage à Paris, dont il désirait fréquenter la célèbre université pour se perfectionner dans ses études de théologie. L'évèque lui promit un traitement annuel, et de plus lui procura une place au collège de Montaigu, qui lui fournit le logement et la nourriture.
« Cependant son premier séjour à Paris ne répondit pas à son attente.
La théologie scolastique qu'on enseignait alors ne le satisfit pas; bientôt aussi les secours de l'évèque lui firent défaut, et il fallut qu'il subvînt à son entretien en donnant des leçons particulières dans sa chambre. Heureusement qu'il trouva pour élèves deux jeunes seigneurs anglais, aussi généreux que riches et studieux, William Montjoie et Thomas Cray. Ils améliorèrent immédiatement sa position :
lord Montjoie le logea dans son appartement, lui assura une pension de 100 couronnes, l'appuya plus tard auprès de la cour d'Angleterre et lui resta attaché jusqu'à sa mort.
« Invité par ses amis à se rendre en Angleterre, il quitta Paris au commencement de 1497, passa par Cambrai, par Bergues, où il apprit à con-
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naître le jeune prince Adolphe de Bourgogne et sa mère, Anne de Barselle, marquise de Verre, qui lui lit une pension annuelle de 10U ilorins.
Erasme écrivitpour Adolphe de Bourgogne une exhortation à la vertu, de Yirtute amplectenda, et il composa à la même époque son Encluridion Militis Christian!, dans lequel il se prononça librement contre certains abus introduits dans l'état ecclésiastique et contre les vices du motiachisme de son temps, ce qui, dés lors, lui valut de nombreux adversaires. Il se rendit de là à Orléans, où il demeura chez Jacques Tutor, professeur de droit canon, s'occupa de littérature classique, prépara une collection d'adages grecs et latins (Adagia, l r0 édition, Paris, 1500), traduisit du grec Lucien et les œuvres morales de Plutarque, et s'adonna avec ardeur à, l'étude des ouvrages de saint Jérôme.
« D'Orléans il passa en Hollande et delà en Angleterre (1498), où les hommes les plus considérés et les plus savants recherchèrent à l'envi son amitié. De ce nombre furent Thomas Morus, lord chancelier d'Angleterre, Jean Colet, alors professeur de théologie à Oxford, plus tard doyen de l'église Saint-Paul, à Londres, les savants hellénistes Thomas Linacer, William Latimer et William Grocyn, dont le commerce contribua à perfectionner Erasme dans sa connaissance du grec, et le jeune prince de Galles, plus tard Henri VIII, qui conserva toujours une all'ection particulièrcpour Erasme. Chacun s'empressa de venir en aide aux efforts que faisait Erasme pour répandre le goût des belles-lettres, dont on le considérait dès lors comme le restaurateur.
C'étaient de tous côtés des marques d'honneur, de riches présents, des pensions. Erasme gagnait en même temps beaucoup d'argent par ses travaux, par les dédicaces de ses ouvrages, argent que le pauvre valétudinaire, dont la santé exigeait beaucoup de dépenses, employait surtout dans un but littéraire et scientifique.
« En 1499 il quitta l'Angleterre et alla vivre tantôt à Paris, tantôt à Orléans, tantôt à Louvain, où, en
1502, on lui offrit une chaire qu'il refusa, de peur de nuire à la liberté de ses études. Durant un des fréquents voyages qu'il entreprenait dans l'intérêt de la science, il trouva par hasard, dans un couvent près de Bruxelles, en 1504, les Remarques de Laurent Valla sur le Nouveau Testament, qu'il publia immédiatement comme prodromes de ses propres travaux sur la Bible. Dans l'introduction il chercha à démontrer la nécessité d'une nouvelle traduction de l'Ecriture sainte , et recommanda vivement l'étude du texte original. Cet écrit de Valla, les encouragements d'un de ses amis professeur à Louvain, Adrien (plus tard le pape Adrien VI ), et du savant Franciscain de Saint-Omer Thomas Vitrier, le déterminèrent alors à s'adonner, outre ses travaux littéraires habituels, à l'étude des Pères de l'Église et de l'Écriture sainte, et imprimèrent aux savantes recherches qu'il continua de faire la direction à laquelle nous devons tant d'éditious des Pères et les travaux originaux et importants d'Erasme sur le Nouveau Testament.
« Depuis longtemps Erasme aspirait à visiter l'Italie, sans avoir pu amasser encore la somme nécessaire pour ce voyage. Il accepta donc avec joie l'invitation que lui tirent ses amis d'Angleterre de venir les voir, sur qu'il était que leur générosité le mettrait à même de réaliser son désir. Il ne fut pas trompé dans son attente. Une resta que peu de temps en Angleterre, principalement àCambridge et Lambeth, où il gagna un nouvel ami et un zélé protecteur dans la personne du généreux archevêque de Cantorbéry, William Washam. Enfin, en 150G, il partit pour l'Italie et prit à Turin le grade de docteur en théologie. De là il visita plusieurs villes, vivant partout dans le plus amical commerce avec les savants les plus célèbres, exploitant les bibliothèques, examinant les manuscrits, travaillant sans relâche.
A Bologne sa vie courut un grand danger. En sa qualité de chanoine régulier il portait toujours les insignes de son ordre, une bande de laine blanche (sarrocium) par-dessus
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ses vêtements ecclésiastiques ; par une singulière rencontre, le magistrat de Bologne avait ordonné, durant la peste qui régnait alors, aux médecins et aux gardes-malades, de porter des insignes analogues pour prévenir ceux qui les rencontraient ; on prit donc Erasme pour un docteur des pestiférés, et, comme il ne voulait pas s'écarter du chemin de ceux qui venaient au-devant de lui, c'en eût été fait du pauvre chanoine, si on ne l'eût recueilli dans une maison, et si on ne fût parvenu à expliquer le malentendu à la multitude soulevée contre lui. Cet événement le détermina à demander au pape Jules II d'être dispensé de porter les insignes de son ordre, dispense qu'il obtint et fit confirmer plus tard par un bref de Léon X, pour réduire au silence ses adversaires, qui répandaient le bruit qu'il avait abondonné son ordre ou qu'il en avait violé les vœux.
Depuis ce moment il porta simplement le costume des prêtres séculiers.
« Arrivé à Rome, où il avait été précédé par son immense réputation, il fut accueilli par les plus hauts personnages avec tontes sortes d'honneur, et les savants cardinaux Jean de Médicis (bientôt après le pape Léon X) et Dominique Orimani s'efforcèrent de le retenir à Rome, le pape Jules II lui avait même offert la fonction de pénitencier, qui était une place cardinalice.
« A ce moment mourut Henri VII (avril 1509), et Henri VIII, qui s'était toujours montré si favorable à Erasme, montait sur le trône d'Angleterre. Ses amis l'en avertirent, l'invitèrent chaudement à se rendre à Londres et lui envoyèrent l'argent nécessaire pour le voyage. Erasme, qui avait une prédilection marquée pour l'Angleterre, répondit à cet appel et fut très-amicalement reçu par Henri VIII, qui voulut le retenir à la cour. Les universités d'Oxford et de Cambridge lui offrirent le diplôme de docteur, et l'évèque Fisher, chancelier de l'université de Cambridge, lui procura en même temps la chaire de grec et de théologie. Erasme lit donc des leçons publiques, en même
temps qu'il exerçait la plus grande inlluence sur le mouvement scientifique de l'Angleterre par ses nombreux écrits. Il rendit aussi des services à la jeunesse en composant pour le gymnase de Saint-Paul, fondé à Londres par son ami Colet en IS09, plusieurs ouvrages classiques, entre autre son précieux livre de Copia verborum et rerum. Comme ses appointements de professeur n'étaient pas considérables, l'archevêque Warbam lui offrit la cure d'Aldington, près de Cantorbéry, qu'Erasme refusa d'abord, qu'il accepta sur les instances du prélat, et qu'il résigna au bout d'un an (1).
En se rendant d'Italie en Angleterre il avait conçu le plan du plus célèbre de ses ouvrages, intitulé 'Eyxûjj.:ov Mwpia; geu Laus Stultitix, et' en avait écrit différents fragments ; arrivé en Angleterre il mit de l'ordre dans ces fragments, et au bout de sept jours il dédia l'œuvre à son ami Thomas Morus. Il faisait dans ce livre la satire la plus amère des vices de chaque état, et se prononçait contre la vanité et la corruption morale de -^on siècle avec une franchise dont personne n'avait encore donné l'exemple. Cet écrit n'était pas destiné à l'impression ; il ne devait servir qu'à égayer Morus alors malade ; mais quelques-uns de ses amis s'en étant procuré une copie fautive et l'ayant fait imprimer à Paris, Erasme se vit obligé de le publier à son tour. Cet écrit mémorable, qui en quelques mois eut sept éditions, fut accueilli avec de grands applaudissements, fut honoré de l'approbation de Léon X, mais trouva aussi d'amers contradicteurs, fut déclaré par les théologiens de Louvain indigne de la plume d'un savant aussi illustre qu'Erasme (131 S), et, six ans après la mort de l'auteur, condamné par la Sorbonne comme un méchant pamphlet. Erasme luimême reconnut qu'il avait poussé la satire trop loin et regretta la publication de l'ouvrage (2).
« Devenu plus tard conseiller de
(1) Kni^tl], Erasme, snpplém., p, 34.
(2) Epist. apolog. ad Mart. Dorpium, gum Lovaniensem.
theolo-
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Charles-Quint, il écrivit pour'ce prince son Institutio Prinuipis Christiani, à laquelle il ajouta sa traduction du traité d'Isocrate sur le gouvernement d'un royaume. Erasme, profitant de la liberté qu'il avait, se rendait tantôt à Bruxelles, tantôt à Anvers, un jour à Louvain, un autre à Bàle, toujours occupé de travaux scientiliques, de publications nouvelles (éditions des œuvres de saint Cyprien, de plusieurs ouvrages de Cicéron, Antibnrbarorum liber), jusqu'à ce qu'enfin, en 1321, il choisit Bàle pour sa demeure permanente.
« Ce fut l'époque la plus brillante de l'activité littéraire d'Erasme, activité dont les offres les plus honorables ne purent le détourner. Ainsi François I" voulut l'établir au Collège de France, qu'il venait de fonder, aux conditions les plus avantageuses.
Ferdinand, archiduc d'Autriche, frère de l'empereur, lui promit une pension annuelle de 400 thalers si, sans être tenu à la moindre obligation, il consentait seulement à demeurer à Vienne, pour faire l'ornement de la cour, du monde savant et de l'université; car c'était une chose importante que le lieu où séjournait le grand Erasme, cujus adea celebritatem nominis et eruditionem incomparabilcm Mus terraram hodie décantât
orbis (f)
« Erasme, sourd à toutes les sollicitations, s'occupait de la critique de la sainte Écriture, des œuvres des saints Pères, d'études philologiques, auxquelles les théologiens surtout l'encourageaient journellement (2).
Les fruits de ces études furent : l'édition du texte original grec, la traduction latine et la paraphrase du Nouveau Testament (3). La traduction latine jointe au texte grec, qui semble l'avoir plus occupé que le texte grec lui-même, était entièrement nouvelle, indépendante et souvent différente de la Vulgate. Les paraphrases de tous les livres du Nouveau Testament, sauf l'Apocalypse, devaient faciliter l'intelligence des
(1) Fe.hBr.de Episr. Timue. Frasmo.
(ï) Ad Christ. Fuc/ier prutonotur. aposl., ép. 103. ' '
(3) Yoy. B.ble (éditions île la).
écrits du Nouveau Testament pour ceux qui trouvaient encore trop de diflicultés dans le texte primitif, en présenter la suite, en expliquer la liaison. Elles sont écrites d'un style pur et facile ; c'est ce qu'Erasme a fait de mieux pour la littérature biblique, et elles n'ont jusqu'à ce jour été surpasssées par aucune des paraphrases qui ont paru. Erasme y travailla dans les années 1517-23 et les publia une à une, en les dédiant successivement à Charles-Quint, Ferdinand I er , Henri VIII, François I", Clément VU, et à d'autres personnages; elles ne parurent réunies qu'en 1523-23, chez Froben, à Bâle (dernière édition, Berlin, 1778-80, en 3 vol.).
« Pendant l'impression de cet ouvrage, il s'occupa aussi des écrits des Pères de l'Eglise dont il pensait publier des éditions critiques. Il commença par ceux de saint Jérôme, qu'il édita à Bâle en 1316-20, en9 volumes in-fol. et dédia à son ami l'archevêque Warhani. Ces ouvrages rvaient porté la renommée d'Erasme à son apogée, et nul savant en Europe n'était plus célèbre et plus honoré que lui. Les Papes et les rois, les princes et les simples particuliers, les laïques et les ecclésiastiques lui adressaient à l'envi les témoignages de leur admiration, et, quoiqu'il ne manquât pas d'adversaires déterminés, nul homme de lettres ne parvint jamais à un tel degré de gloire et de considération; nul ne devint comme lui le centre même du mouvement littéraire de l'Europe. Quiconque avaitla moindre prétention d'être savant ou lettré voulait le voir, obtenir la dédicace d'un de ses livres ou posséder une de ses lettres; aussi en écrivait-il souvent plus de quarante par jour...
« Erasme avait contribué', sans en avoir l'intention, à frayer la voie à la réforme par le ton comme par la teneur de ses écrits. Personne n'avait plus et mieux que lui poursuivi du fouet de l'ironie les excès de la superstition et les abus ecclésiastiques. Le plus souvent il frappait à mort l'usage dont il réprouvait l'abus. En même temps la manière caustique et légère dont il traitait les questions
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ecclésiastiques et les matières théologiques, semant à pleines mains le cloute et le soupçon sur sa route, était parfaitement propre à augmenter le malaise dans lequel de nombreux abus et l'immoralité du clergé avaient jeté l'Eglise, à exciter la défiance contre la doctrine catholique, à préparer les esprits à une grande révolution religieuse et aux nouvelles doctrines qui allaient se fair jour...
Beaucoup de catholiques l'accusèrent d'avoir été la cause du mouvement luthérien, disant que ses écrits, et surtout ses annotations, avaient été l'occasion de tout le bruit qui se faisait ; que les Luthériens avaient puisé le poison de leur doctrine dans ses imprudentes déclamations ; que beaucoup de ses principes dogmatiques étaient tellement d'accord avec ceux du moine de YVittenberg que nécessairement ou Luther les avait empruntés d'Erasme, ou Erasme de Luther, quoiqu'on reconnût que Luther niait hardiment ce qu'Erasme mettait en doute, et que le premier proclamait hautement ce que le second disait à peine tout bas (1).
« Erasme frémit des accusations de ses adversaires et avoua qu'il avait parlé trop légèrement de beaucoup de questions religieuses, telles que la confession auriculaire, les indulgences, le baptême des enfants, le culte des saints, etc., etc. Dès lors il prit à tâche dans tous ses écrits de donner une interprétation favorable à d'anciennes expressions dont ses ennemis abusaient, de déclarer en toutes circonstances qu'il se soumettait absolument à l'autorité de l'Eglise, affirmant qu'il n'avait jamais voulu rien enseigner, rien écrire, qui fût contraire à la doctrine de l'Eglise.
Toutefois il lui était difficile, avec son caractère pacifique et son aversion de toute dispute, de s'élever contre les chefs des réformateurs, dont il estimait d'ailleurs le mérite scientifique et avec, lesquels il était en correspondance littéraire et amicale. En 1518 il justifiait encore
Luther, dans une lettre adressée au recteur d'Erfurt, Jodoc Jonas : « Luther a fait des observations excellentes; seulement il serait à désirer qu'il se mit un peu plus doucement à l'œuvre. Quant au mérite de sa doctrine dogmatique je ne veux ni ne puis m'expliquer (1). » En mai 1519 il écrit directement à Luther, do Louvain : « Mieux vaut s'en prendre à ceux qui abusent de l'autorité papale que de s'élever contre le Pape lui-même. 11 faut, quand on parle et agit, ne trahir ni orgueil ni amour du bruit; il faut préserver son cœur de la colère, de la haine el de la vanité (2). » Désirant par-dessus tout la conciliation des partis religieux, il recommandait des deux côtés la condescendance, et mettait sa confiance dans le bien qu'on pouvait attendre de l'entente sincère de Charles-Quint et de Léon X (3). Il conseillait encore à la diète de Cologne (décembre 1520) de terminer pacifiquement la controverse, et déplorait la publication de la bulle de condamnation, craignant qu'elle n'empirât le mal. Invité à se rendre à la diète de NYorms (avril 1521), il s'excusa sur l'état de sa santé de n'y pas comparaître, ayant dès lors perdu tout espoir de concilier, les partis et ne voulant jouer aucun rôle dans cette affaire épineuse. Aussi lorsque Luther eut été mis'au ban de l'empire et que ses écrits curent été condamnés, Erasme regretta sincèrement tout ce qu'il avait .jusqu'alors dit et écrit à la louange de Luther; il se défendit de toute participation aux menées des ennemis de l'Eglise, déclara être et vouloir rester fidèle aux dogmes catholiques, ne reconnaître, ne professer, n'enseigner que ces dogmes. Les protestants, le fougueux Ulrich de Hutten en tète, cherchèrent en vain à l'attirer de leur côté, Mélanchthon etZwingle h le réconcilier avec Luther; mais Léon X, Adrien VI et Clément VII, avec lesquels Erasme était en active correspondance, l'engagèrent aussi vainement à écrire contre l'hérésiarque.
(i) Dœllinger, la Tleforme, ttatisb., 1816, t. I, (I) Ép. 325.
p, 1,2. Conf. Lettres du prince de Carpi d (2) Ép. 427.
Érasm-, dans Ê'-asme, Hesse, t. I, p. 491-493. (3) Ép. 478.
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« Ce ne fut que lorsqu'il se vit en danger de se brouiller également avec les deux partis, et que Luther luimême déclara sa foi suspecte, qu'en 1524 il finit par se prononcer publiquement contre Luther, par son traité polémique de Libero Arbitrio diatribe, auquel Luther répondit par son écrit de Serve- Arbitrio, contra Des. Erasmum. Erasme, sensiblement blessé, répliqua par son Hiperaspistes, Diatribe contra servum arbitrium Lutheri, dans lequel il attaquait la violence et l'amertume de Luther d'une manière non moins amère et violente, et cherchait surtout à se laver du reproche qu'on lui adressait de n'être qu'un sceptique, n'ayant ni foi certaine, ni sens religieux. Il déclarait qu'il n'y avait plus de doute pour lui dès que l'Eglise s'était prononcée sur des points en litige, les avait expliqués et définis; que dès lors il laissait tomber tous les arguments humains, s'en tenait à la décision de l'Eglise et ne savait plus ce qu'était le scepticisme. A dater de ce moment Luther conçut contre Erasme une inextinguible haine, le nommant un libre penseur, un indifférentiste moqueur, qu'il fallait fuir comme la peste
« Cependant Erasme continuait ses travaux habituels avec une activité extraordinaire. Il écrivit, durant son séjour à Bàle (1521-29): de Conscribendis Epistolis ; — de Ratione studiorum ; — Christiani matrimonii institutio ; Yidua Cliristiana ; — Modus orandi Deum ; Ciceroniunus, seu deoptimo dicendi génère ; traduisit du grec quelques écrits de saint Athanase, d'Origène et de saint Chrysostome ; soigna une nouvelle édition de ses Colloquia ; édita les œuvres de saint Hilaire, saintlrénée, saint Ambroise,
Sénèqueet Pline l'Ancien
« Après l'invasion de Bàle par les évangéliques, Erasme, quitta, comme les autres catholiques, la ville, et se rendit à Fribourg, où il resta six ans, s'occupant de la publication des œuvres complètes de saint Augustin, de saint Chrysostome, de l'apologie d'Algérus, de Veritate corporis et sanguinis Domini in Eucharistia( comme preuve de l'orthodoxie de sa propre foi à l'égard de la transsubstantia-
tion ) ; d'un commentaire d'Haymo sur les Psaumes, dont on avaittrouvé le manuscrit dans la maison des chanoines réguliers de Marpach, en Alsace ; des écrits d'Aristote et de Démosthènes ; des Comédies de Tcrence ; de la Géographie de Ptolémée, et de cinq livres nouveaux do Tite-Live( XLIV-XLVIII), que Grynseus avait découverts dans le couvent deLaurisheim. En outre il écrivit:
Consultatio de bello Turcis inferendo ; — de Civiiitate rnorum puerilium; — Apophthegmatum libri VIII ; — Purgatîo adversus epistolam non sobriam Lutheri ; — Liber de Consolatione ad mortem, adressé à sir Thomas Boleyn, comte de Rochefort, père d'Anna Boleyn ; — Liber de amabili Ecdesix Concordia ; traduisit le Hiéron de Xénophon, et surveilla une nouvelle édition corrigée de ses Adages et une édition abrégée des Élégances de Laurent Valla. Il y achev? aussi sa célèbre instruction aux prédicateurs, Ecclesiastes, sive Concionator evangelicus, qu'il ne put publier qu'à Bàle en 1535, et qui obtint un tel succès que la première édition, tirée à2,600 exemplaires, s'écoula rapidement et fut suivie d'une seconde...
« Il revint à Bàle en Io3o, ne devantplusquiftercette ville, caril était arrivé au terme de sa carrière. Lepape Paul III, Farnèse, qui avait succédé à Clément VII, non-seulement le fit assurer de sa bienveillance et de sa protection, mais lui accorda, en août 1533, la prévôté de Devcnter, dont on estimait les revenus à 1, 500 ducats (environ 18,000 fr.), et ses amis de Rome, parmi lesquels six cardinaux, sollicitèrent pour lui le chapeau de cardinal, qu'il aurait certainement obtenu s'il n'avait lui-même instamment prié ses amis de renoncer à un projet inutile, vu, disait-il, que ses souffrances le mettaient chaque jour aux portes de la mort.
« Il soulfrit horriblement de la goutte et d'une lièvre lente depuis l'automne de 1535, fut obligé de garder le lit pendant tout l'hiver, ce qui ne l'empêcha pas de -travailler infatigablement à son édition d'Origène et de classer ses^ lettres et celles de ses amis. Lorsqu'il vit, en parcourant cette nom-
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breuse correspondance, combien d'entre eux avaient disparu, que Monljoie et Warham étaient morts, que son fidèle Thomas Morus avait été décapité, que Fisher, le noble évèque de Hocbcster 1 , avait versé son sang sur l'échafaud, il fut saisi d'une profonde tristesse et s'écria : « El moi aussi je désire mourir, s'il plaît au Christ, mon Seigneur! » — Il rendit en effet le dernier soupir, après avoir fait preuve d'une patience toute chrétienne, en disant : « Jesu, miscricordia! Domine, libéra me! Domine, fac fi,nernl Domine, miserere mei! ■• On n'a pas d'autres détails sur sa mort. On ne sait s'il avait désiré l'assistance d'un piètre, et par quelles circonstances il arriva qu'il mourut sans avoir reçu les derniers sacrements; mais ce qui résulte évidemment de ses paroles et de ses lettres, c'est qu'il ne voulait pas mourir dans une ville réformée. Le 28 juin 1536, c'est-à-dire à peine deux semaines avant sa mort, il écrivit à son ami Jean Goclen que, « quoiqu'il vécût à Bâle parmi ses meilleurs amis, il préférait mourir ailleurs, à cause de la diversité des croj ances (1). » Dès son départ puni' Bâle, le 17 mai 1535, il avait mandé au trésorier François Bonvalot « qu'il ne supporterait dans la maison aucune personne qui fût infectée des nouvelles doctrines. » Nous ne pouvons par conséquent pas partager l'opinion des biographes protestants d'JErasme, qui disent : « Dans tous les cas, l'Eglise romaine n'eut pas l'honneur, si c'est un honneur, de le voir mourir dans son sein, comme un lils fidèle jusqu'à la mort; car il mourut suivant le langage des moines, sine crux, sine lux, sine Deus (2),..
« Les savants et les poètes célébrèrent la mémoire de cet illustre défunt par toutes sortes d'épitaphes, d'éloges et de panégyriques.
« L'abondante correspondance d'Erasme, dont il reste encore 2,000 lettres, l'ait parfaitement connaître son caractère. C'est là qu'il se montre dans ses vertus et ses défauts, dans
(I) Ép. 1299.
•i) Éouko, Note» sur la Vie d'Erasme, par Bnrigoy, t. II, p. «3.
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sa grandeur et ses faiblesses, Nous emprunterons quelques traits, tirés de cette volumineuse correspondance, à Burigny, dans sa Vie d'Erasme ({), pour achever le portrait de ce savant extraordinaire.
« Erasme était fort aimable en société; il plaisantait agréablement, et les mots ingénieux et piquants abondaient dans sa conversation. Il était sensible à l'amitié, fidèle à ses amis, très-libéral, surtout à l'égard des pauvres étudiants, qu'il soutenait volontiers; doux, poli envers tout le monde et plein d'aménité dans son commerce habituel. Il se mettait souvent en colère, surtout quand il avait la plume à la main; mais il reprenait promptement sa bonne humeur. Il avait, d'après son propre aveu, trop de penchant à la plaisanterie et à lasatire et parlait souvent avec plus de liberté que de prudence. Il n'était ni cupide, ni ambitieux, et n'aimait pas les dignités. Son refus constant de se rendre auprès des princes qui désiraient se l'attacher et son refus de devenir cardinal prouvent son indifférence à l'égard des honneurs et des richesses.
1 1 était tellement franc et loyal que son amour de la vérité lui fut fréquemment nuisible; il éprouvait un invincible dégoût de tout ce qui ressemblai tau mensonge, et la présence d'an menteur le faisait trembler. Il parlait hardiment, sans penser aux suites que pouvait avoir pour lui sa sincérité. Il se flattait de pouvoir éclairer son siècle, mais ne pensait pas que ses écrits dussent exciter la moindre agitation, car il haïssait toute espèce de trouble et ne craignait rien autant que d'y donner occasion.
« Le parti de Luther l'effrayait. Les Luthériens avaient espéré qu'il s'unirait à eux, et il est vrai que dans l'origine du conflit il ne blâmait pas tout en Luther; mais, dès que l'hérésiarque fut excommunié par l'Eglise, Erasme se prononça hautement et sans crainte contre lui. La multitude de ses ouvrages prouve son érudition, la fécondité de son esprit et son amour du travail. Cette foule d'écrits est d'autant plus surprenante que nous
(l)T. II, p. 537.
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savons que, dès son enfance, il fut
faible et délicat. Il se plaignait déjà
de sa santé dans une lettre de 149!),
où il assure que, même lorsqu'il se
trouvait le mieux, il n'aurait pu ni jeûner, ni veiller, ni manquer en rien à la plus stricte modération. Le moindre dérangement dans sa nourriture, tout changement d'air le faisaient souffrir, et cependant sa vie fut presque un perpétuel voyage. Il ne put jamais, tout Flamand qui! était, s'habituer à la chaleur des poêles. Il n'avait jamais jeûné sans avoir la fièvre ; l'odeur seule du poisson le rendait malade. Ce dégoût naturel et invincible l'avait obligé de demander à Rome la permission de faire gras lesjours d'abstinence;[il l'obtint et en fit aussi peu que possible usage, craignant par-dessus tout de donner du scandale, et ne mangeant de viande que lorsqu'il était seul.
« Il était petit de taille, d'un extérieur avenant ; il avait la peau blanche, les yeux bleus, un regard agréable, une voix douce, une" belle prononciation. Il était toujours vêtu comme il convenait à un conseiller de l'empereur, à un théologien et à un prêtre. •
Erasme avait arrêté lui-même la division de ses ouvrages dans l'ordre suivaut :
Tome I, Ecrits qui ont rapport à la langue et aux belles-lettres, ad institutionem littcrarum ;
T. II, Adages;
T. III, Lettres;
T. IV, Ecrits moraux, qux faciuul ad morum institutionem ;
T. V, Ecrits religieux, qux iustituwit ad pietatem;
T. VI, le Nouveau Testament avec es Notes ;
T. VII, les Paraphrases;
T. VIII, Traductions de saint Chrysostome, saint Athanase, Origène et saint Basile;
T. IX et X, Ecrits polémiques.
ERASTIENS, secte qui s'éleva en Angleterre, pendant les guerres civiles, en 1647; on l'appelait ainsi, du nom de son chef Erastus. C'était un parti de séditieux, qui soutenaient
que l'Eglise n'a point d'autorité quant à la discipline, qu'elle n'a aucun pouvoir de faire des lois ni des décrets, encore moins d'infliger des peines, de porter des censures et d'en absoudre, d'excommunier, etc.
Bergikh.
ERDMAN.N (Johann - Edouard ).
(Thêol. hist. Mo(j. et biblioy.) — Ce philosophe allemand, né en 1805, d'un ministre protestant fut l'élève de Schleiermacher et de Hegel, et devint en 1836, professeur à l'université de Halle. Son principal ouvrage porte pour titre : Essai d'un tableau scientifique de l'histoire de la. philosophie moderne, Leipzig, 1834-51, t. i à v.
On cite du même auteur: Dissertation sur le Croire et tur le Savoir, 1837; Compte rendu do notre foi, I83S et 2« édit. 1842; Nature et création, 1840; Le corps et l'âme is:t7 et 1848; Elément de psychologie, 1810 et 1847; Elémentsde logique ri de métaphysique, 1841 et 1848; Lettres psychologiques 1851 ; Du rire <i des larmes, 1831 ; Du charme poétique de la superstition, 1851 ; de l'ennui, 1852.
Le Noir.
ÈRE. (Théol. mixt. et hist. gêner.
social.) Quelle esl cette étrange propriété que possède l'homme de ne pas secontenter, comme l'animal, de son existence individuelle et du moment présent, mais de la rattacher à un passé et à un avenir, non-seulement desoi, mais d'une suite degénôrations dent il fait partie? Il y a dans cet effort d'assimilation du temps a l'éternité, la révélation intime de l'immortalité. C'est l'aveu que se fait à elle-même une nature qui se sent créée, maiscréée pour toujours. Cette nature prend des points de départ, d'où elle comptera indéfiniment la durée. C'est de cette idée philosophique qu'est née, dans l'humanité, l'habitude des ères, car tout vient, chez elle, d'intuitions philosophiques, et c'est la philosophie avec la religion qui constitue tout l'homme.
Il n est pas de société qui n'ait eu et qui n'ait encore son ère. Nous ne parlerons pas des ères qui sont ou qui
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furent étrangères à notre Christianisme, telles que celles des Grecs ou des Olympiades, celles des Chinois, celle des Musulmans, ou de l'Hégire (V. ce mot) ; nous donnerons seulement la nomenclature de nos ères chrétiennes.
La plus ancienne est l'ère des martyrs, seramartyrum, qui l'ut en usage en Egypte et qui s'appelait aussi l'ère dioclétienne, parce qu'elle partait de l'an 284 après J.-C, commencement du règne de Dioclétien, sous lequel il y eut tant de martyrs. C'est de cette ère que se servent encore aujourd'hui les chrétiens coptes et abyssiniens dans le calcul des fêtes.
A partir de Constantin le Grand vint la coutume de compter par indictions ; l'indiction était une période de quinze années, qui était fondée, comme l'a prouvé Savigny, sur l'organisation des impôts fonciers de l'empire romain, dont la répartition était réglée tous les quinze ans par un nouveau cadastre.
Au v° siècle s'introduisit en Espagne Y sera hispanica qui commençait 38 ans après la naissance du Christ, d'après notre ère vulgaire, et qui fut en usage jusqu'au xiv 6 siècle, époque à laquelle cette ère, qui est l'ère dionysienne, la remplaça. Pour ramener les années de l'ère hispanique à celles qui partent de la naissance du Christ, il suffit d'en retrancher le nombre 38.
L'ère dionysienne, sera dionysiana, fut établie dans le vj" siècle par Denyslc-Petit ; elle compte les années à partir de celle de la naissance de J.-C.
Denys nomma 1 er janvier de l'an 1 après J.-C. le 1 er janvier qui suivit le mois de décembre dans lequel naquit le Christ. C'est l'ère chrétienne vulgaire que nous suivons aujourd'hui ; mais il se glissa, dans l'établissement du calcul de Denys-le- Petit, qui ne fut, à l'origine, qu'un calcul privé, de l'inexactitude. Citons M. Héfélé :
« D'après son calcul le Christ naquit à la fin de la l ro année, post hicarnationem. Denys fut conduit à cette singularité par cela que, comme beaucoup d'autres, il entendait par incarnatio, non la naissance, mais la conception du Christ (25 mars), qui
ne s'éloigne pas autant du le janvier que le 25 décembre, jour de la Nativité. Il voulait, par conséquent, dire : le 23 mars de l'an I, le Christ fut conçu.
« Cette première année après le Christ, selon Denys, tombait l'an 754 de la fondation de Rome ; or, il est depuis longtemps reconnu que ce calcul était inexact, et qu'il fallait que le Christ fût né plusieurs années auparavant. Hérode le Grand mourut, d'après Josèphe, au printemps de 750 de la fondation de Rome ; le Christ, comme le prouve le massacre des Innocents, dut naître pendant la vie de ce prince, par conséquent avant le printemps de 750. Il est probable que le Seigneur vint au monde en 747 de la fondation de Rome ; car cette année-là eut lieu par extraordinaire une triple conjonction remarquable des planètes Jupiter et Saturne dans la constellation du Poisson, conjonction chins laquelle Jupiter et Saturne se rapprochèrent tellement que ces planètes purent apparaître comme une seule et même étoile particulièrement grande. C'est là probablement l'étoile des mages d'Orient, comme Kepler l'avait admis et comme l'ont redit dans les temps modernes Ideler (1) et Sepp 2). Il résulte d'autres faits cités par ces savants que l'année 747 est très-vraisemblablement celle de la naissance idu Christ; par conséquent l'ère dionysienne compte sept années en moins depuis la Nativité, et ainsi, au lieu de 1860, nous devrions écrire 1867. »
L'usage de l'ère dionysienne ne se généralisa que peu à peu. On découvrit le calcul de Denys vers le milieu du VI e siècle, et presque aussitôt après, on le suivit à Rome. Au vn e , l'Italie entière le connut et l'adopta ; au vin , levénérable Bède l'introduisit dans sa chronologie ; le Concil. germ. de l'année 742, data ses actes suivant cette ère ; c'est le plus ancien des actespubliesqui soit ainsi daté ; et Charleniagne fut le premier
(!) Chronol, II, p. 400.
(S) Vie du Christ, I, 30, trad. en francs par Charles Saiute-Foy.
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souverain qui s'en servit ; au x c elle était devenue générale en France et en Allemagne; enlin au xi e , le pape Léon IX et ses successeurs l'adoptèrent, et c'est de ce moment qu'elle est devenue universelle.
« Les expressions, dit M. Héfélé, dont on se servait et dont on se sert encore en employant cette ère étaient:
A6 Incarnatione, anno gratix, anno trabeationis (trabea , vêtement , revêtement de la nature humaine).
« Quant aux Chrétiens d'Orient ils se servaient d'autres ères ; ainsi :
« 1° L'ère séleucide, qui commençait en automne 312 avant le Christ et est encore en usage dans l'Église de Syrie ;
« 2° L'ère antiochienne , dont par exemple fait usage l'historien Ëvagre, et qui commence le 1 er septembre avant J.-C. ;
« 3° L'ère arménienne, qui commence en 551 après J.-C. ;
« 4° L'ère byzantine, qui fut longtemps en [usage chez les Grecs et les Russes ; qui l'est encore chez les Albanais, les Serviens, les Grecs modernes ; qui date de la création du monde, de sorte qu'on compte 5508 ans jusqu'au commencement de l'ère dionysienne. »
Le Noir.
ERFURT (concile d' ). {Théol. hist.
conc ). Ce concile fut convoqué par le roi Henri I er , à la demande de Hildebert, archevêque de Mayence en 932.
Treize évèques etuu plus grand nombre d'abbés y assistèrent. Ses actes formèrent neuf chapitres. D'après Trithème, le but était de remédier à la simonie et aux mœurs dépravées du clergé ; on porta des décrets sur l'observation des jours de jeune et de fête ; il fut défendu aux tribunaux de siéger pendant ces jours ; un évêque qui entrait en commerce avec un excommunié devait être considéré par le roi comme excommunié luimême , etc.
Le Moir.
ERFURT (l'université d'). {Théol.
hist. écol. céléb. ) Cette école occupait le 5° rang dans la série des universités allemandes; elle venait après
Prague fondée en 1318, Vienne en 1365, Heidelberg en 1386 et Cologne en 1388 ; elle avait été ouverte, avec Jean Muller d'Armstad pour recteur, en 1392. « Dès le premier rectorat, dit M. Seiters, les matricules de l'université comptèrent einq cent vingttrois étudiants, et habituellement il y en avait trois à quatre cents ; en 1455 il y en eut cinq cent vingt-huit présents. Les savants les plus considérés y professaient et y formaient une génération digne d'eux. Des fondations pieuses augmentèrent sa prospérité. Ainsi, en 1412, Amplon de Fago, de Rheinbergen, fonda le collegium Amplonianum, appelé aussi la Porte du Ciel, pour quinze étudiants ; en 1448 Henri de Gesbstat fonda l'école des Juristes pour sept étudiants; d'autres donations créèrent la bourse des pauvres, bweapauperum, et plusieurs prébendes eteommendes. Tilemann Brandis, chanoine de Hildesheim créa, eu, 1520, l'institut de Saxe ou de Drandis, pour huit étudiants :
ce fut à peu près la dernière fondation gratuite faite en faveur de l'université pendant une longue période.
« A dater de 1450 diverses catastrophes frappèrent la ville et l'université. Les guerres perpétuelles de la Thuringe et de la Saxe, des épidémies dangereuses, et notamment la peste de'1463, qui enleva vingt-huit mille âmes dans le territoire d'Erfurt, le grand incendie de 1472, qui avait été allumé par un moine échappé du couvent et réduisit eu cendres plus de deux mille maisons, les révoltes des étudiants de 1480 et de 1510, tous ces événements ne pouvaient manquer d'avoir de. tristes conséquences pour l'université. Mais le plus grand des malheurs, celui qui opéra le plus de ravages, ce fut la déplorable réforme de Luther.
« Luther avait étudié à Erfurt depuis 1501, puis il y avait professé; bientôt l'université de cette ville, que, malgré les catastrophes qui l'avaient ébranlée, Luther pouvait encore appeler avec raison h paradis de l'Allemagne, fut mise à deux doigts de sa perte par le tumulte, l'agitation, les perturbations que les essais de réforme du docteur de Wittenberg y intro-
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duisirent. Son apparition à Erfurt, en lri-21, eut pour résultat ce. qu'on appela l'assautde la prétraille( Vfaffemturmen) : on tomba avec nue |aveugle fureur sur la personne et les maisons des ecclésiastiques. L'université demeura divisée et déserte ; ainsi, de 1520 à 1 020, dans l'espace de cent neuf années, il n'y eut pas une promotion dans la faculté de théologie, tandis que depuis sa création jusqu'en 1520 on avait fait cent vingt docteurs en théologie. En 1523 on n'immatricula que trente-quatre étudiants, vingt-quatre en 1524, vingt et un en I 525, quatorze en 1526.
« Les fureurs de la révolte des Paysans contribuèrent à ruiner les établissements de l'université, et la guerre de Trente Ans rendit vailles
toulcs les tentatives faites pour la relever, même (elles de Gustave-Adolphe. Ce ne fut qu'après la paix de Westphalie, qui restitua Erfurt à l'électoral de Mayence, que l'université reprit quelque vie el putcélébrer son troisième jubilé séculaire, en 1692. Les archevêques de Mayence rendirent, dans le siècle suivant, de très-grands services a l'université, et au commencement du dix-huitième
siècle ses COUrs étaient assez, fréquentés. Ils avaient réveillé la libéralité de quelques riches donateurs; on fonda de nouveaux établissements, et lorsque l'université fêta son quatrième jubilé, en 1792. elle comptait sept professeurs de la faculté de théologie catholique el cinq protestants, dix professeurs de droit, sept de médecine, plus un professeur privé, privatdocent, et dix professeurs de la faculté de philosophie ( îles lettres), outre
cinq professeur^ privés.
« Cependant Erfurtne pul se maintenir à côté îles autres universités florissantes d'Allemagne, et sa suppression, arrêtée dès 1802, fut proclamée le 12 novembre 1816. »
Le Nom.
LRGOT. ( Théol. mixt, scini. nat.
It/ihni... — Combien de mystères encore dans la nature ! Voici une substance dont les effets étranges ront
incontestables et à peu près incontestés aujourd'hui, et dont la qualilica-
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tion seule n'a pas encore dépassé l'état problématique; quanta la manière dont elle agit, c'est l'obscurité la plus complète.
Qu'est-ce que Virçjot du seigle ou du blé ergoté? on prétend, sans en être certain, que c'est un champignon qui se. développe sur le grain et lui ajoute cette protubérance en forme d'ergot, forme qui lui a donné son nom. M. Tulasne soutient que ce champignon, quand il est à l'état d'ergot, ne fait que de prendre une première forme et de passer par une phase germinative, à laquelle succédera la perfection du champignon; Vergot ne serait que ce qu'on appelle le mycélium du champignon. M. Leveillé soutient que c'est le champignon parfait. La vérité est qu'on n'est pas même certain que l'ergot soit un champignon.
Il en est autrement des propriétés ; il est avéré que l'ergot est un toxique puissant qui produit deux sortes d'effets, des effets d'empoisonnement fort singuliers et des effets thérapeutiques. Les effets d'empoisonnement consistent surtout dans des convulsions à caractère épileptique ou dans des gangrènes des membres inférieurs. On sent d'abord des fourmillements, des froids et des engourdissements ; la peau devient livide et noire ; puis il se forme des points gangreneux ; et à la fin, si le mal n'est pas'réprimé, des phalanges se détachent, et même une jambe entière ou des doigts entiers. Si ce n'est pas la gangrène qui se développe, ce sont des accès spasmodiques accompagnés de cris aigus, d'un feu intérieur brûlant, de vertiges et de symptômes épilepfiques. fin ressemble à un possédé ; et ce qu'il y a de pire, c'est que la saignée, qui parait être le remède, est fort dangereuse en un pareil état. Quant aux effets thérapeutiques, ils sont particuliers au travail de l'enfantement, qu'ils facilitent; Prescote, médecin américain, a prouvé que l'ergot pris en poudre dans de l'eau provoque des contractions utérines très-fortes, et Chaussier, là dessus, malgré ses efforts, ne l'a pas réfuté. L'administration de ce remède à cette fin doit être soumise à une
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très-grande prudence, et n'être faite qu'à la fin du travail; cette précaution est très-importante et pour la •mère et pour l'enfant.
Quoi de plus mystérieux crue de pareils effets? Dieu a certainement caché dans les plantes une foule de propriétés spéciales directement appropriées à certains maux. Il n'est pas à contester, par exemple, que î'écorce de quinquina et 'surtout son extrait, la quinine, ou sulfate de quinine, n'arrête la fièvre. Il est probable que chaque maladie a son antidote dans quelque plante, Dieu a pourvu à tout, il ne s'agit pour l'homme que de trouver la plante mystérieuse et la manière de s'en servir. On peut croire pour l'avenir à un progrès très-grand dans cette voie.
Le N'oir.
ÉRIENS. Voy. Aériens.
ERIGÈNE (Scot) [Théol. hist. biog. et bibliog.). — V. Scot.
ERMITE, solitaire. Au mot Anachorète, nous avons fait l'apologie de la vie solitaire ou érémitique contre la folle censure des philosophes incrédules; nous avons fait voir que ce genre de vie n'est ni un effet de misanthropie, ni une violation des devoirs de société et d'humanité, ni un exemple inutile au monde, et nous avons réfuté les traits de satire lancés par les protestants contre les ermites. Aussi ces censeurs téméraires n'ont pu se satisfaire eux-mêmes, en recherchant les causes qui ont donné la naissance à la vie solitaire. Mosheim, après avoir donné carrière à ses conjectures sur ce point, a imaginé que saint Paul, premier ermite, put en puiser le goût dans les principes de la théologie mystique, qui apprenait aux hommes que, pour unir l'àme à Dieu, il faut l'éloigner de toute idée des choses sensibles et corporelles.
Hist. christ., sœc. 3, § 29. Il nous paraît plus naturel de penser que ce saint solitaire avait contracté ce goût dans l'Evangile, dans l'exemple de Jésus-Christ, qui se retirait dans des lieux déserts pour prier, qui y passait les nuits entières, et qui y demeura
quarante jours avant de commencer à prêcher l'Evangile. Ce divin Sauveur a fait l'éloge de la vie solitaire et mortifiée de saint Jean-Baptiste, et saint Paul a loué celle des prophètes En effet, nous voyons que Dieu retint pendant quarante jours Moïse sur le mont Sinaï, et qu'Elie passa une partie de sa vie dans les déser!s. Voilà donc un des principes de la théologie mystique consacré dans l'Ecriture sainte.
Mais la vie érémitique n'a jamais produit des effets plus salutaires que dans le temps des malheurs de l'Europe, et après les ravages faits par les Barbares. Lorsque les habitants de cette partie du monde furent partagés en deux classes, l'une de militaires oppresseurs et qui se faisaient honneur du brigandage, l'autre de serfs oppriméset misérables, plusieurs des premiers, honteux et repentants de leurs crimes, convaincus qu'ils ne pourraient pas y renoncer tant qu'ils vivraient parmi leurs semblables, se retirèrent dans des lieux écartés pour y faire pénitence, et pour s'éloigner de toutes les occasions de désordre.
Leur courage inspira du respect ; malgré la férocité des mœurs, on admira leur vertu. On alla chercher auprès d'eux de la consolation dans les peines, leur demander de sages conseils, implorer le secours de leurs prières. Nos vieux historiens, même nos romanciers, parlent des ermites avec vénération ; l'on comprenait que si leur piété n'avait pas été sincère, ils n'auraient pas persévéré longtemps dans le genre de vie qu'ils avaient embrassé.
Quelques-uns peut-être l'ont choisi par amour de l'indépendance, d'autres, pour cacher leur libertinage sous le voile de la piété : mais ces abus n'ont jamais été communs; et c'est très-mal à propos que les incrédules en accusent les solitaires en général. Il n'a jamais été fort difficile de distinguer ceux dont la vertu n'était pas sincère, leur conduite ne s'est jamais soutenue longtemps; les yeux du peuple, toujours ouverts, principalement sur ceux qu'il regarde comme des serviteurs de Dieu, ont bientôt découvert ce qu'il peut y
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