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Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3

hist. biog.) Dans la seconde moitié du second siècle de l'ère chrétienne, un jeune philosophe voyageait, par amour de la science, comme autrefois Platon, dont il était le disciple et l'admirateur. Il avait déjà parcouru la Grèce, pays de sa naissance, l'Italie, l'Asie Mineure, la Syrie et la Palestine, mettant partout en pratique la règle qu'il s'était imposée de ne se livrer exclusivement à aucune secte, mais de choisir dans tous les systèmes ce qui lui paraîtrait raisonnable.

Parvenu à Alexandrie, il s'empressa, selon sa coutume, d'aller entendre les leçons des savants qui professaient dans cette ville, célèbre alors par sa bibliothèque, par ses musées, et par les écoles dephilosophiequi ont gardé son nom. Il y en avait un, nommé Pantène, pédagogue fameux, mais en même temps chrétien, que l'évèique avait chargé de faire un cours d'instruction religieuse aux cathécumènes. Notre jeune philosophe devint son disciple assidu, il l'écouta avec autant d'admiration que d'intérêt, et conçut pour ce nouveau Socrate une vénération qu'il garda toute sa vie. Il disait qu'il avait eu beaucoup d'excellents maîtres, mais

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que celui-là les avait tous surpassés.

C'est qu'il avait trouvé dans la paroledusage Pantènece qu'il cherchait avec sincérité, aveepassion, la vérité.

A ses explications, il vit les erreurs de l'idolâtrie, son âme s'éclaira des lumières de la foi, et sa raison fut satisfaite. Il sentit la supériorité de la théologie chrétienne sur toutes les sciences profanes, éprouva le besoin d'en étudier sérieusement les mystères, en comprit l'importance pour le bonheur de l'homme, et, sans renoncer aux autres connaissances, lit de celle-là sa première étude ; « car, disait-il, la vertu est le plus précieux des biens, et cette théologie n'a d'autre but que celui de perfectionner la vie par toutes les vertus. »

Il perdit son maître. L'évêque Démétrius envoya Pantène, en qualité de missionnaire, jusques dans les Indes. Mais alors le jeune philosophe était devenu un chrétien si édifiant par les mœurs et si fort par la science, Cjue l'évêque ne balança pas à lui confier la chaire des catéchèses devenue vacante par le départ du maître. Il surpassa ce maître lui-même dans la charge de catéchiste, devint célèbre, et forma des disciples, au nombre desquels s'en trouva un que Dieu desti-

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liait à plus de célébrité qu'aucun autre et qui fut le grand Origène.

Il fut ordonné prêtre dans les premières années du règne de Sévère, et continua de tenir son école. Mais l'empereur, ayant, selon l'habitude des Césars, ordonné une persécution dans la seconde année du troisième siècle, notre pédagogne fut obligé de fermer son école, il erra dans divers pays, enseignant toujours. L'histoire le retrouve à Jérusalem entouré de nombreux auditeurs, puisa Antioche, et enfin le voit revenir à Alexandrie et y mourir vers la fin du règne de Caracalla.

Saint Jérôme l'a appelé le plus savant des écrivains ecclésiastiques, et tous les anciens auteurs ont célébré la sainteté de sa vie. Plusieurs de ses ouvrages sont parvenus jusqu'à nous ; ils sont d'une grande étendue philosophique, et juslilieni tous les éloges qu'il a reçus de la part des Pères de l'Église.

La bonne foi, là droiture d'intention, la franchise furent la vertu distinctive de ce grand homme ; il ne s'en tint pas à pratiquer cette vertu relativement à lui-même, comme nous l'avons raconté lors de ses premières relations avec le sage Pantène, dont la doctrine sainte et raisonnable trouva en lui un admirateur franc et un cœur ouvert; il ne cessa jamais d'en user à l'égard des autres, aussi bien à l'égard des philosophes païens ses premiers maîtres, qu'à l'égard des chrétiens. Accepter le vrai, le juste, le bon, de quelque part qu'il vienne continua d'èlre, jusqu'à la fin de sa vie, sa règle intellectuelle et morale. Il appliqua même cette théorie à sou enseignement, à sa prédication évangélique, et à l'instruction des catéchumènes; sa méthode consistait à faire briller d'abord, à leurs yeux, les bons principes de la philosophie profane, à leur faire aimer la morale naturelle, à éclairer leur raison par degrés, et à l'élever petit à petit, des vérités philosophiques, aux régions sublimes de l'enseignement chrétien.

La loyauté et la franchise sont les seules armes que puisse accepter la vraie religion; elle exige qu'on en

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use, sans partialité aucune, à l'égard de ses ennemis eux-mêmes ; notre pédagogne comprenait l'importance de ce principe pour le succès, et sa belle âme ne pouvait, d'ailleurs, en pratiquer d'autre. Aussi fut-il grand devant Dieu et devant les hommes, et heureux dans sa culture du champ évangélique.

Cet homme aussi saint que savant fut un des Pères et docteurs de l'É-j glise, et l'un des plus rapprochés des apôtres selon l'ordre des- temps. Il se nommait Titus-Flavius Clément, et est connu sous le nom de Clément d'Alexandrie, dit saint dans quelques églises.

Il vajêtrè question de ses ouvrages, dans les deux articles suivants. Le N oir

CLÉMENT D'ALEXANDRIE, philosophe éclectique, ou qui n'était attaché à aucune secte, fut disciple et successeur de Pantliène dans l'école d'Alexandrie ; il y eut pour auditeurs Origène et Alexandre, évêque-de Jérusalem, et mourut au commencement du troisième siècle. La meilleure édition de ses ouvrages est celle qu'à donnée Potter, à Oxford, en 1715, in-folio. Elle a été réimprimée à Venise en 1758.

Comme il nous apprend lui-même qu'il avait vu et entendu les successeurs immédiats des apôtras, Sfront., liv. 1, pag. 322. ses écrit:, méritent la plus grande atterOon. Dans Swi Exhortation aux Gentils, il s'est proposa de faire sentir l'absurdité de l'idolâtrie, des fables du pagjcavsme, de ce qu'en ont dit les philosophes e'; les poètes. Ses Stromates, ou tapisseries, sont un mélange de la doctrine des philosophes comparée à celle de l'Evangile. Dans le traité intitulé :

Quel riche sera sauvé? il montre qu'il n'est pas nécessaire de renoncer aux richesses pour être sauvé, pourvu que l'on en fasse un bon usage. Le Pédagogue est un traité de morale, dans lequel on voit la manière dont les chrétiens fervents vivaient dans ces premiers temps. Il avait écrit plusieurs autres ouvrages, desquels il ne resle que des fragments.

Clément d'Alexandrie est un des Pères de l'Eglise contre lesquels les

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critiques anciens et modernes ont montré le plus d'humeur. Ils ont dit, non-seulement que ses ou\ rages sont sans ordre, son style négligé, ses raisonnements vagues et obscurs, ses explications de l'Ecriture sainte souvent fausses, ses maximes de morale outrées, mais que sa doctrine n'est rien moins qu'orthodoxe.

Scultet, Daillé, Le Clerc, Mosheim, Brucker, Semler, Barbeyrae, ont répétéàpeu près les mêmes reproches, cl se sontplu à exagérer les méprises vraies ou apparentes de ce docteur vénérable; nos incrédules modernes u'ont fait que copiertous ces censeurs protestants.

Nous convenons que ce Père est souvent obscur, qu'il est difficile de prendre le vrai sens de ce qu'il dit ; mais les philosophes qu'il copie ou qu'il réfute n'étaient pas eux-mêmes fort clairs. Quiconque cependant se donnera lapeine de le lire, sera frappé de l'étendue de son érudition, des grandes idées qu'il avait conçues de la miséricorde divine, de l'efficacité de la rédemption, de la sainteté à laquelle un chrétien doit tendre. Il a jugé les païens, qu'il connaissait trèsbien, aveemoins de sévérité quen'ont fait plusieurs autres ['ères; mais il n'a dissimulé ni loin s erreur* ni leurs vices. Photius l'accuse d'avoir enseigné des erreurs monstrueuses dans ses livres des Hj/i othyposes, que nous n'avons [dus; mais peut-on en croire Photius, lorsqu'on trouve une doctrine contraire dans les ouvrages de Clément qui nous restent? Quelques anciens ont pensé que les hérétiques avaient altéré plusieurs de ses ouvrages; Photius a pu être trompé par un exemplaire ainsi falsifié. Eusèbe, saint Jérôme, saint Epiphane, saint Cyrille, Théodoret, etc., tous capables d'en juger, ont rendu pleine justice au mérite de Clément.

Mais les critiques modernes n'ont pas été aussi équitables; plusieurs l'ont accusé d'à oir dit, en termes formels, quoDieu e.-i corporel. Strom., liv. ci, c. 14, il a dit le contraire. Selon Clément, les stoïciens disent que Dieu, aussi bien que l'âme, est une nature composée de corps et d'esprit; vous trouverez cela, dit-il, dans nos

Ecritures" ; mais il ajoute que les stoïciens en ont mal pris lesens. En effet, les stoïciens concevaient Dieu comme l'âme du monde ; selon ce système, D eu était revêtu d'un corps aussi bien que l'âme humaine ; mais, continue Clément, nous ne disons pas comme eux que Dieu pénètre ton Le la nature ; nous disons qu'il est créateur de la nature par son Verbe. 11 réfute ensuite Aristote et des antres philosophes qui admettaient deux principes, l'esprit et la matière ; il dit que Platon n'en admettait qu'un, que cette matière imaginaire a été forgée sur ce qui est dit dans l'Ecriture : La terre était sans forme et sans ordre, etc.

Dans son Exhortation aux Gentils, c. 4, p. 35, il enseigne que « la seule » volonté de Dieu est la création du » monde ; qu'il a tout fait seul, parce » qu'il est seul vrai Dieu; que sa vo- » lonlé seule opère, et que l'effet suit » son seul vouloir. » Il n'est pus possible d'attribuer à Dieu, d'une manière plus énergique, le pouvoir créateur :

or, ce pouvoir ne peut convenir qu'à impur esprit. Comme Platon, il n'admet qu'un seul premier principe de toutes choses, qui est l'esprit. Il dit ailleurs, Pxdag., 1. 1, c. S, p. 140, que Dieu est un et au-dt sshs del'unité ; cela serait faux s'il était corporel.

Le Clerc, dansson ArtcrUique, tome 3, p. 12, s'est néanmoins obstiné à soutenir que Clément d'Alexandrie a.

supposé l'éternité de lamatière, puisqu'il n'a pas réfuté formellement Platon et les autres philosophes qui admettaient une matière éternelle.

Mais il n'a pas non plus réfuté formellement Heraclite, qui soutenait l'éternité du monde; s'ensuit-il que Clément a été dans la même, erreur ?

Qu'il ait ou n'ait pas admis les idées éternelles de Platon, qu'il ait même prétendu que ce philosophe les avait prises dans Moïse, il ne s'ensuit lien ; celle opinion n'entraîne aucune conséquence contraire au dogme du Christianisme.

Lorsqu'il appelle l'âme de l'homme l'esprit corporel, il entend l'esprit revêtu d'un corps humain, et. non une matière subtile, comme Bayle, Beausobre, d'Aryens et leurs copistes af-

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fectent de l'entendre. Dès qu'un auteur s'est une fois expliqué, il est absurde d'argumenter contre lui sur un mot.

Une autre injustice de la part de Le Clerc, est de vouloir persuader que Clément d'Alexandrie ne s'est pas exprimé d'une manière orthodoxe sur la divinité du Verbe ; ce Père a été vengé par Bullus, Defens. fidHNicxn., sect. 2, cap. 6; et par Bossuet, sixième avert. aux Protest., n° 79.

Ce même critique fait grand bruit de ce que Clément et plusieurs autres Pères, trompés par la version des Septante, ontcruque lesanges avaient eu commerce avec les filles des hommes, et avaient engendré des géants : nous convenons du fait, et nous ne voyons pas ce que cette erreur a pu avoir de si dangereux. Voy.

Ange.

D'autres ont dit que Clément n'avait pas admis le péché originel. Nonseulement il l'admet, mais il le prouve parles paroles de Job, c. 14, f 4 et H, selon les Septante : Personne n'est exempt de souillure, quand il n'aurait vécu qu'un seul jour. Selon lui lorsque David a dit : J'ai été conçu dans l'iniquité et formé en péché dans le sein de ma mere,Ps. 50, f 5, il parlait d'Eve dans un sens prophétique. Strom., liv. 3, c. 16, p. 556, 557. Mais il s'élève contre ceux qui concluaient de là que la procréation des enfants est un péché, et qui condamnaient le mariage.

Un reproche plus grave que lui fait Barbeyrac, est d'avoir très-mal enseigné la morale. Après avoir donné, à sa manière, un extrait du Pédagogue de Clément d'Alexandrie, il lui reproche : 1° d'avoir écrit avec peu d'ordre, et de n'avoir pas fait de la morale un système méthodique.

Lorsqu'on nous aura fait voir quelles nouvelles vertus ont fait éclore parmi nous les systèmes méthodiques de morale enfantés par les philosophes modernes, quels vices ils ont corrigés, nous consentirons à reconnaître le tort des Pères de l'Eglise, et nous regretterons que Jésus-Christ et les apôtres n'aient pas fait eux-mêmes des traités méthodiques et raisonnes pour sanctilier les mœurs.

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2° Barbeyrac dit que Clément d'Alexandrie n'a point parlé des devoirs qui regardent Dieu directement. Cependant ce Père a souvent insisté dans ses ouvrages sur la nécessité d'adorer Dieu en esprit et en vérité, comme faisaient les chrétiens, de croire à sa parole, d'être reconnaissants de ses bienfaits, résignés aux ordres de sa providence, soumis aux lois qu'il nous a prescrites dans l'Evangile. Il nous parait que ces devoirs regardent Dieu très-directement.

3° Selon ce même censeur, Clément a voulu inspirer aux chrétiens l'apathie des stoïciens, a voulu qu' un gnostique, c'est-à-dire, un parfait chrétien, fût exempt de passion. Lorsqu'on veut en juger avec un peu d'équité, on reconnaît que ce Père exige seulement qu'un chrétien réprime si exactement ses passions, qu'il ne paraisse plus en avoir. Quand sur ce sujet il aurait répété quelqu'une des expressions dont se servaient les stoïciens, il ne faudrait pas en conclure, comme fait Barbeyrac, que Clément a.

pensé comme eux, puisque souvent il combat leurs maximes.

4° Un autre critique a dit que ce Père exhortait les chrétiens au martyre par l'exemple des anciens païens qui se donnaient la mort. C'est une calomnie. Clément dit au contraire que ceux qui cherchent la mort ne connaissent pas Dieu, et n'ont rien de chrétien que le nom ; il taxe de témérité celui qui s'expose au danger sans nécessité; il dit qu'en se présentant aux juges il se rend coupable de meurtre, et contribue, autant qu'il est en lui, à l'injustice des persécuteurs; que s'il les irrite, il est dans le même cas que celui qui provoquerait un animal féroce. Strom., liv. 4, no 4 et 10, p. 571, 597. Barbeyrac lui fait encore un crime de cette décision, et soutient que Clément la prouve par de mauvaises raisons.

5U Enfln.il assure et s'efforce de prouver que ce Père a voulu justifier l'idolâtrie des païens. Dans le passage qu'à cité Barbeyrac, Clément dit seulement que, selon l'intention de Dieu, c'était pour les païens un moindre mal d'ado-

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rer le soleil et la lune que d'être sans divinité, ou d'èti'e entièrement athées ; puisque leur vénération pour les astres devait les conduire à la connaissance du Créateur. Mais il ajoute, qu'à moins qu'ils ne se soient repentis, ils sont condamnés, les uns, parce que pouvant croire en Dieu, ils ne l'ont pas voulu ; les autres, parce que, quoiqu'ils le voulussent, ils n'out pas fait tous leurs ellbrts pour devenir fidèles. Strom., liv. 6, c. 14, p. 795,

Après avoir reconnu que les expressions de Clément d'Alexandrie sont souvent obscures, il y a de l'imprudence à vouloir juger de ses sentiments par un seul passage.

6° D'autres lui ont fait un crime d'avoir cru le salut des païens vertueux, et d'avoir ainsi frayé le chemin au pélagianisme. Pour disculper ce Père, il suffit de comparer son sentiment à celui de Pelage. Cet hérétique soutenait qu'un païen pouvait être sauvé sans grâce, par le mérite des vertus qu'il pratiquait par les seules forces de la nature. 11 faisait consister toute la grâce de la rédemption en ce que Jésus-Christ nous a donné des leçons et des exemples de vertu ; dans cette hypothèse, il est clair qu'un païen qui ne connaît pas Jésus-Christ, n'en reçoit aucune grâce.

Si donc il était sauvé, il le serait sans que Jésus- Christ eût aucune part à son salut. Voilà ce que saint Augustin n'a cessé de reprocher aux pélagiens. « Comment, dit-il, celui qui » ose promettre le salut à quelqu'un » sans Jésus-Christ, peut-il espérer » lui-même d'être sauvé par Jésus- » Christ?» Serm. 294, c. 4, n° 4.

Est-ce là le sentiment de Clément d'Alexandrie? Il dit que le Verbe de Dieu prend soin de toutes les créatures, et fait l'office de médecin de la nature humaine. Psedag., liv. 1, c. 2, pag. 101. Selon Pelage, la nature humaine n'avait pas besoin de médecin, puisqu'elle n'est pas malade. Dans les Stromates, liv. 6, c. 13, p. 793, Clément enseigne qu'il n'y a qu'un seul testament de salut qui nous vient d'un seul Dieu par un seul Seigneur, mais qui opère son effet de différentes manières. Il n'admet donc pas un

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salut sans Jésus-Christ. Il dit que Dieu, seul tout-puissant et bon, a voulu de siècle en siècle donner le salut par son Fils, liv. 7, c. 2, p. 831 et suiv., etc. Pour trouver là du pélagianisme, il faut supposer, comme les pélagiens, que Jésus- Christ ne donne point de grâce à ceux qui ne le connaissent pas; c'est une erreur que jamais les Pères n'ont admise, qu'ils ont même combattue de toutes leurs forces; en enseignant le contraire, ils ont réfuté les pélagiens d'avance.

Il nous a paru d'autant plus nécessaire de justifier Clément d'Alexandrie, que les reproches qui lui ont été faits par les protestants, sont regardés par nos critiques incréd ules co m me des objections sans réplique et des décisions irréfragables. Le père Battus en a démontré la fausseté dans sa Défense des saints Pères accusés de platonisme, liv. 4, etc. BEnGiEn.

CLÉMENT D'ALEXANDRIE (les ouvrages de). (Thëol. hist. bibliog.) — L'arlicle de Bergier qu'on vient de lire est insuffisant relativement à l'importance qu'on doit attacher à un auteur aussi ancien que Clément d'Alexandrie ; nous le complétons par l'analyse raisonnée qu'a donnée de ses travaux M. Fessier dans le Dict. Ëncycl. de la théol. cathol.

« Il n'est parvenu jusqu'à nous, des nombreux écrits de Clément, que quatre ouvrages complets :

1° V Exhortation aux Gentils (Aoyoç

itporpMraxdç -rrpdç °EX>.T|Votç ) , Exhortatio ad ûentes ;

2° Le Pédagogue [à nw.Sayu^^Paidag'ogus;

3° Les Stromates (stpujjuxte';).

Ces troissont liés les uns aux autres;

4° les riches •peuvent-ils être sauves ? kk à cruÇônEvoç (Aoiimoî, quis clives salutem consequi possit)

« Clément part de cette conviction :

le Logos, l'éternelle Vérité, le Verbe du Père éclaire tout homme venant en ce monde ; cependant le rayon do cette lumière supérieure se brise, s'affaiblit et s'obscurcit dans chaque homme, suivant ses dispositions, suivant sa capacité, suivant sa réceptivité. Le Christ, le Fris de Dieu fait

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homme, est le soleil levant de l'humanité, en qui réside la plénitude de la vérité, tandis que l'on n'en trouve que des rayons épars dans les anciens philosophes (1). Si ces philosophes, Platon et d'antres, ont proclamé beaucoup de vérités, ils les ont puisées dans les sources de la révélation divine. Ce que Dieu a révélé parle Verbe dans l'Ancien et le Nouveau Testament, ce qu'il a confié en dépôt à sa sainte Église, c'est là l'unique et complète vérité, vérité qu'il faut concevoir avec une foi vivante, à laquelle se rapportent toute science et toute sagesse, et qui engendre l'amour, perfection et consommation de la foi et de la

science.

« Or, ces vérités traditionnelles, disséminées, comme des rayons épars, dans l'antiquité païenne (2), Clément entreprit de les réunir et de les concentrer dans un système général, et, en s'appropriant ainsi la forme dominante de la philosophie éclectique alors en faveur (3), il prépara les esprits à reconnaître le vide et la vanité du paganisme, dépouillé de ce qui ne lui appartient pas, et à admettre le Christianisme, éternelle source de la vérité de tous les temps. Quant aux gnostiques, il les fit connaître tels qu'ils étaient, dévoila leurs principes, stigmatisa leur pratique, opposa à leur folie superbel'humble et profonde sagesse de l'Évangile, à leur morale décevante le sublime idéal du Chrétien.

« Tel est le plan de sa trilogie scientifique. C'est le Logos lui-même, qui, dans son premier ouvrage, exhorte les païens à reconnaître et à abandonner les erreurs du polythéisme ; qui, dans le second ouvrage, entreprend leur éducation morale, et, dans le troisième, leur fait entrevoir la vérité sous toutes sortes déformes et d'images mystérieuses.

« Dans l'Exhortation aux païens, qui ne forme qu'un livre, Clément expose l'origine du polythéisme et montre la folie de la mythologie hellénique, de l'idolâtrie égyptienne, la fu-

(1) Strom., 1, 15.

(2) Cohort,, c. 6.

(3) Slrom., 1, 7.

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tilité et l'ignominie des mystères païens, la vanité du naturalisme et les profonds égarements du panthéisme philosophique (I). Après avoir ébranlé ainsi le paganisme dans ses bases, il exhorte les païens à s'élever des créatures au Créateur, qu'ont reconnu d'avance lesplus grands d'entre les philosophes et les poètes de l'antiquité grecque, qu'ont pré lit les sibylles prophétesses du paganisme, qu'ont clairement annoncé les voyants del'Anciea Testament, qui, hérauts au Dieu .nique, ont en même temps montré aux hommes la voie du salut, c'est-à-dire le Christianisme, proclamant le Dieu trois fois saint, son Verbe incarné et l'Église fondée par lui pour perpétuer son œuvre parmi les hommes, Il les encourage à embrasser la foi chrétienne en leur mettant devant les yeux l'amour de Dieu pour le genre humain, tel qu'il se manifeste dans l'œuvre de la Rédemption, ainsi que la justice divine atteignant les impies; il réfute l'objection vulgaire qu'on ne peut facilement renoncer aux coutumes de ses pères, et fait un magnifique tableau de tous les avantages que le Christianisme offre aux hommes (2).

« Son second ouvrage, lePédagogue, renferme trois livres destinés à l'éducation morale des païens. Avant que l'homme, plongé dans la fange de la sensualité, puisse reconnaître la lumière de la vérité et l'aimer, il faut qu'il ait commencé par écouter la voix de sa conscience. L'homme moralement pur est seul capable de recevoir la vérité de la foi ; celui-là seul qui entend la voix intérieure de Dieu et lui obéit est disposé à admettre la voix de Dieu dans sa révélation extérieure et positive. Le véritable éducateur de l'humanité est le Verbe, Jésus-Christ, l'Homme - Dieu , qui comme Dieu est libre de tout péché, et dans son amour pour nos âmes nous remet nos péchés, nous fortifie de sa vertu, et qui, comme homme, nous instruit, nous encourage et nous propose son exemple. Ce divin éducateur, à qui Dieu a confié tous les hommes, mais surtout ceux qui sont

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baptisés, qui, dès l'origine, à travers tout l'Ancien Testament, a veillé sur l'éducation de la race humaine, le maître et le parfait modèle deJ'humanité, possède toutes les qualités nécessaires pour parfaire cette éducation, la prudence, la bienveillance, la sincérité. L'idéal auquel il veut élever l'homme est sa ressemblance avec Dieu (I).

« Dans les deux livres suivants Clément donne les prescriptions spéciales concernant l'âme, le corps, les choses extérieures, en rappelant sans cesse les tristes mœurs et les odieux abus de la vie païenne. Il ramène aux principes du Christianisme le boire et le manger, les repas et les récréations, le sommeil, le mariage, la chasteté, le vêtement, la beauté physique. Il blâme fortement le luxe et enseigne le véritable usage des richesses. II recommande énergiquement la connaissance de soi-même, l'abnégation, le véritable amour de Dieu et du prochain, sommaire de

tous les devoirs (2)

« Les Stromntes ou Tapis forment sept livres, car on peut considérer comme peu authentique, le huitième livre. Dans cet ouvrage, dont le num provient de la variété des matières, Clément commence à exposer les vérités du Christianisme en les voilant toutefois de façon que les initiés seuls puissent les reconnaître, tandis que.

lesnon-initiésnepeuventles discerner dans leur enveloppe mystérieuse (3).

On le considère comme une préparation à l'exposition proprement dite du Christianisme; car Clément n'y conduit qu'aux portes de 1 Église, et il déclare à la lin du septième livre qu'il exposera le reste d'un autre point de vue. La philosophie accordée à l'homme par la Providence divine le mène à la sagesse, qui n'est autre chose que la éritahle connaissance des choses divines et humaines. Cette philosophie, qui servait aux Grecs de moyens de salut, est toujours une science préparatoire utile à ceux qui, arrivés à un degré supérieur d'ms-

(t) Lib. i.

(?.) Lib. u et m.

(2) Strom., I, i, 2, 12; IV, 1 ; VI, I ; VII, VB.

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traction et de civilisation, doivent être menés à la foi par des démonstralions humaines. La foi nécessaire au salut est celle qu'on accorde à la la vérité éternelle elle-même, celle qui opère par la charité, et qui, par cette activité dans la charité, s'assimile la science humaine. Or, la philosophie, la philosophie vraie, qu'il faut soigneusement distinguer de la fausse philosophie (de la sophistique1, s'identifie avec la vérité, caria vérité est une ; elle se trouve partiellement soit chez les anciens Grecs, soit chez les philosophes non grecs ic'est-à-dire chez les Hébreux), c'est-à-dire chez ces peuples que les Grecs nommaient barbares, chez lesquels, d'après leurs propres aveux , ils cherchèrent la sagesse, florissantepanni les Hébreux bien avant l'ère philosophique de la Grèce, et dont les docteurs, tels que Moïse, Salomon, Daniel, furent incontestablement les maîtres de la sagesse hellénique (I).

« Dans le second livre Clément démontre ce que les Grecs ont emprunté aux Juifs, savoir : la doctrine de la foi, de l'espérance et de la charité, de la pénitence et de la vraie crainte de Dieu, ainsi que celle de la prudence, do la justice, de la force, qui donne à l'homme le courage de supporter patiemment les soutirances de cette vie et surtout d'affronter fe martyre, enfin la contiuence, base de toutes les vertus.

« Mais comme les gnostiques enseignaient des erreurs dangereuses au sujet de la continence et de l'obligation du martyre, Clément prouve contre eux que la continence est le devoir du Chrétien et de l'homme en général, mais que le mariage et la génération ne doivent en aucun cas être considérés comme illicites, et il expose longuement en quoi durèrent la continence recommandée par les philosophes et celle qu'exige le Christianisme (2;. Il étahlitde même l'excellence du martyre, le Chrétien ne devant craindre ni la mort, ni les souffrances, qui, considérées à la vraie lumière de l'Évangile, ne peuvent être

m Lib. i.

(2 Lib. III.

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appelées un malheur réel, puisque le Christ lui-même eu a fait l'éloge et que c'est par elles que l'homme peut déployer sa force et prouver l'amour qu'il a pour Dieu. Il continue en résolvant l'intéressante question de savoir si le Chrétien, qui possède dans la foi la chose suprême et indispensable, doit s'inquiéter d'une science plus haute frvûmç) (1), et dans quelle mesure la foi permet au Chrétien des investigations scientifiques ou le libre examen

« Dans les deux derniers livres (2) il fait ta description la plus brillante du Chrétien parfait, ou, comme il l'appelle, du vrai gnostique. Il montre quelles doivent être la nature et les qualités de sa foi, sur quelles bases elle repose, comment elle ennoblit toutes les branches de la science humaine, comment elle peut servir au but le plus élevé, comment elle se développe et devient la science parfaite de la vérité révélée (r™"<;) ; comment il faut qu'elle pénètre et anime tout l'homme, non-seulement sa pensée, mais sa parole, mais son action, mais sa vie entière, pour les transformer et leur donner un sens, et enfin comment cette foi, dans sa pureté et sa perfection, ne se trouve que dans l'Église catholique.

« Du reste, ses Stromates, malgré les choses magnifiques qu'elles renferment, nesontpas exemptes d'erreurs.

La principale parait consister dans son opinion sur le péché originel, qu'il ne comprend pas d'une manière assez nette ; d'où la part trop grande qu'il fait à la liberté et l'estime excessive qu'il accorde à la philosophie grecque, qu'il met presque au niveau fie larèvélationde l'Ancien Testament.

Il est d'ailleurs, dans ces trois ouvrages, tout à la fois apologiste, polémiste, dogma- tiste, moraliste, éxégète ; car il cite beaucoup de textes des saintes Écritures, les commente, avec une prédilection prononcée poulies interprétations allégoriques, conformes aux précédents de Philon et au goût du temps. Sa connaissance des Écritures de l'Ancien Testament

(l)Lib. IV.

(2) Lib. VI et VII.

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dépasse tout ce qu'on trouve dans ce genre parmi les écrivains de l'antiquité chrétienne (1).

« Le huitième livre des Stromates, si Clément en a écrit un, est, sans aucun doute, perdu. Mais nous avons encore deux dissertations séparées et supplémentaires, que Clément a pu composer sur des matières particulières traitées dans les Stromates, qu'on joint d'ordinaire à cet ouvrage, et c'est pourquoi Photius dit (2) qu'on trouve tantôt telle dissertation, tantôt tel traité indiqué comme huitième livre des Stromates.

« Le premier de ces petits écrits est un traité de logique, c'est-à-dire que ce sont des définitions des objets traités dans l'ouvrage complet, comme qui dirait la clet philosophique des Stromates. C'est Clément ou un de ses amis qui a ajouté ce supplément à son livre, pour en rendre l'intelligence plus facile, et dans nos éditions il forme d'ordinaire le huitième livre.

« L'autre petit écrit, également rattaché aux Stromates, et qui traite explicitement une question touchée seulement dans les autres livres (3), a pour titre : Les riches peuvent-Us être sauvés ? Clément y démontre trèsbien que le Christianisme n'enlève en aucune façon aux riches l'espoir d'être sauvés, et que la richesse, si on en fait un légitime usage, peut singulièrement faciliter la voie de l'éternelle béatitude.

« En outre, nous possédons encore sous le nom de Clément: Excerpta ex scriptis Theodotiet doetrinx, quseOrientalis vocatur, Epitome ; — Eclogse ex scripturis Prophetarum ; — Adumbrationes in aliquotEpistolas canonicas ; — ■ ce dernier seulement en latin. L'authenticité de ces trois écrits n'est pas absolue. — Les Hypotyposeï (uiroTuitûaeiç, esquisses), en huit livres, renfermaient une vue générale et une courte explication de toute l'Écriture sainte f4) ; mais, comme elles renfermaient diverses erreurs, et qu'on les jugeait

(1) Conf. Strom.. I, 21 ; V, 14; VI, 2.

(2) Cnd. 111.

{3)Slrom., III, 0; IV, 0.

(4J Eusèbe, But eccl., VI, 13, 14.

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probablement pour ce motif moins dignes d'èlre recopiées, elles se perdirent de bonne heure ; peut-être aussi les erreurs que Photius y mentionne (1) n'ont-elles été ajoutées que plus tard par un copiste inlidèle et interpolées dans cet ouvrage, qui était généralement estimé par les anciens (2). Le Noir.

CLÉMENT (François). (Thcol. hist.

biog. et bibliog.) — Il fut l'un des savants les plus actifs de la congrégation de Saint-Maur. Né à Beze,en 1714, il mourut, d'une attaque d'apoplexie, en 1793. Clément se livrait avec tant d'ardeur au travail qu'il ne dormait, que deux heures, au moins dans sa jeunesse et son âge mùr. « Il travailla, dans le couvent des Blancs- Manteaux à Paris, dit son biographe du Dict. encycl, de la Ihéol. cathol., aux onzième et douzième volumes de l'Histoire littéraire de France, comprenant les années 1141-1167, et rédigea, entre autres articles intéressants, ceux d'Abélard et de Suger; puis il publia, avec D. Brial, le douzième et le treizième volume du précieux Recueil des historiens des Gaules et de la France, commencé par D. Bouquet en 1738. Mais son œuvre principale fut l'édition de l'Art de vérifier les dates qu'on a appelée, non sans fondement, « le plus beau monument d'érudition du dix-huitième siècle. »

La deuxième édition, de 1770, publiée par les soins de Clément, était, à proprement dire, un ouvrage tout nouveau. Il travailla plus de treize ans à la troisième édilion (Paris, 1783-1787, 3 vol, in-f°), lit des suppléments et des améliorations pour une quatrième, qui ne parut qu'en 1818, parles soins d'Allais. Clément était membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et préparait un nouvel ouvrage qui, plus que les précédents, devait être une preuve de sa gigantesque application, savoir : l'Art de vérifier les dates avant Jésus-Christ, lorsqu'éclata la Révolution, qui lui prit son

(!) Cod. 109.

(2) Hierouym., de Viris illuslr., c. 38. Tillemont, Mém., III, r. 191-195, et p. 654, éd. Venet.

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temps et sa robe ; il continua toutefois de travailler dans la maison d'un de ses parents. » Le Nom.

CLÉMENTINES ; ce sont des lettres, des homélies ou discours, et une histoire des actions de saint Pierre, qui ont été faussement attribuées à saint Clément, pape, et qui paraissaient èlre l'ouvrage de quelques hérétiques :

il n'en est pas fait mention avant le quatrième siècle. Voyez les Pérès apost. de Cotelier, tome I.

Mosheim, dans ses Dissertations sur l'histoire ecclésiastique, t. 1, p. 175 el suivantes, pense que cet ouvrage a été composé au commencement du troisième siècle; c'est lui attribuer une haute antiquité. Il juge que l'auteur était un philosophe d'Alexandrie , demi-juif et demi-chrétien; mais à cette conjecture il en ajoute beaucoup d'autres qui sont très-sujettes à contestation. Voyez encore sa dissert., De turbuta per recentiores platonicos Ecclesia, n° 34 et suiv.

Il ne faut pas confondre avec ces pièces apocryphes les décrétâtes de Clément V, que l'on nomme aussi clémentines, et qui font partie du droit canon. Bercier.

CLÉOB1ENS, secte de simoniens dans le premier siècle de l'Eglise.

Elle s'éteignit presque dans sa naissance. Hégésippe et Théodore!, qui en parlent, ne spécifient point par quels sentiments les cléobiens se distinguèrent des autres simoniens; on croit qu'ils ont eu pour chef un nommé Cléobius, compagnon de Simon. Il avait composé, avec cet hérésiarque, des livres sous le nom de Jésus-Christ, pour tromper les chrétiens. Hégésippe, apad Euseb., liv 4, chap. 2-2; Constit. apost., liv. G chap. 8 et 16.

On voit que les faux docteurs, opposés aux apôtres, n'ont négligé aucun artifice pour empêcher le succès de leur prédication; que s'il avait été possible de convaincre de faux les apôtres sur quelque fait ou sur quelque point de doctrine, cette multitude d'hérétiques, qui levèrent l'étendard contreeux, en serait certainement venue à bout. Cependant toutes

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ces sectes se sont dissipées, ruinées les uns les autres ; la vérité en a triomphée. Preuve évidente que le Christianisme est redevable de ses succès, non à l'ignorance ni à la docilité des peuples, mais à la certitude invincible des faits sur lesquels il est fondé.

Bergier.

CLERC, CLERGÉ. On comprend sous ce nom tous ceux qui par état sont consacrés au service divin ; il vient du grec, *Mil»os, sort, partage, héritage. Dans l'Ancien Testament, la tribu de Lévi est appelée le partage ou l'héritage du Seiijneur. Quoique tous les chrétiens puissent être envisagés de même, ceux qu'il a choisis et consacrés spécialement à son culte sont, dans un sens plus étroit, son partage ou son héritage, et en embrassant cet état, ils font eux-mêmes profession de prendre le Seigneur pour leur part et leur héritage. Lorsqu'un clerc reçoit la tonsure, il prononce ces paroles du psaume 15 :

« Le Seigneur ebt la portion d'héri- » tage qui m'est échue par le sort ; » c'est vous, ô mon Dieu ! qui me la » rendez. » Saint Pierre donne déjà le nom de clerc ou de clergé à ceux qui, sous les évêques, sont employésau saint ministère : neque dominantes in cleris. 1 Petr. c. S, f 3.

Plusieurs critiques protestants ont soutenu que la distinction entre les clercs et les laïques n'avait pas lieu dans l'Eglise primitive, qu'elle n'a commencé qu'au troisième siècle. On leur a prouvé, parles lettres de saint Clément pape, par celles de saint Ignace, par Clément d'Alexandrie, que cette distinction a eu lieu dès le temps des apôtres. Bingham, Orig, ccclés., liv. i, chap. 5, § 2, t. 1, pag. 42 ; Dodwel, première Dissertation.

Quelquefois les auteurs ecclésiastiques ont désigné, sous le nom de dires, les ministres de l'Eglise inférii'urs aux diacres, c'est-à-dire les sous-diacres, les lecteurs, etc. Les clercs en général étaient aussi appelés canoniques ou chanoines, parce que leurs noms étaient inscrits dans un canon ou catalogue pour chaque église. Par là ils étaient distingués des laïques que l'on appelait séculiers

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et idiots, c'est-à-dire personnes privées, ou simples particuliers. Bingham, ibid.

Ceux qui ont étudié l'ancienne discipline de l'Eglise, ont remarqué la sagesse des précautions que l'on prenait pour s'assurer de la foi, des mœurs et de l'état de ceux que Ton élevait à la cléricature. Les soldats, les serfs, les acteurs de théâtre, ceux qui étaient chaigés des deniers publics, les bigames, tous ceux dont la condition et la profession n'étaient pas honnêtes, ne pouvaient aspirer à entrer dans le clergé. Il y avait des lois très-sévères pourmaintenirparmi les clercs la régularité des mœurs, la décence; la paix, l'assiduité à remplir leurs fonctions; des peines pour châtier les désobéissances et prévenir les moindres abus. La plupart des conciles ont étéassemblés pour cet objet; et il y a lieu de regretter que les règlements qu'ils ont faits n'aient pas toujours été observés avec la plus grande exactitude. Bingham, 1. 4, et 6; Fleury, Mœurs des chrétiens, n° 32.

Chez tous les peuples policés, l'on a compris que tout citoyen n'étaitpas propre à remplir les fonctions publiques du culte divin ; que ce ministère respectable devait être confié à un corps particulier d'hommes qui en fissent leur étude et leur occupation; sur ce point, la conduite des EgjTptiens, des Juifs, des Grecs, des Romains, a été la même.

Dans le Christianisme, cela était encore plus nécessaire. 1° Pour en enseigner une religion révélée, la mission est essentielle, et Dieu la donne à qui il lui plait ; Jésus-Christ ne l'a donnée qu'à ses apôtres et à ses disciples. 2° Los pouvoirs de ces ministres sont surnaturels; il n'appartient pas à tout fidèle de remettre les péchés, de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ, etc. 3° La multitude des fonctions dont ils sont chargés exige qu'ils s'y livrent tout entiers ; l'étude seule des dogmes et des preuves de la religion, des combats qui ont été livrés à cette doctrine, de la manière dont on doit la défendre, suffit pour occuper un homme pendant toute sa vie. 4° Les travaux apostoliques des missions doivent être

éu .

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continués jusqu'à la fin des siècles :

il faut des hommes libres de tout autre engagement, et toujours prêts à porter au loin la lumière de l'Evangile.

Ainsi en a jugé notre divin législateur. Il dit à ses apôtres qu'il les a tirés du monde, qu'ils ne sont plus de ce monde, ete. Eux-mêmes se sont regardés comme les hommes de Dieu, dévoués uniquement à son service et au salut de leurs frères. Leurs premiers disciples, saint Clément et saint Ignace, ont clairement distingué les évoques, les prêtres, les diacres, et nous montrent la hiérarchie comme établie par les apôtres. Cette discipline n'a jamais varié. Ce n'est pas ici le lieu de développer tontes ces preuves, ni de répondre en détail à toutes les subtilités par lesquelles les luthériens et les calvinistes ont tâché d'en détourner les conséquences. Ils ont élô réfutés non-seulement par les catholiques, mais par les anglicans qui ont conservé la hiérarchie.

Mais nous ne pouvons nous dispenser de mettre sous les yeux des lecteurs le tableau que la plupart des " protestants ont tracé des moeurs du Clergé dans tous les siècles, depuis la naissance de l'Eglise jusqu'à celle de la prétendue réforme; leur dessein a été de prouver que leur séparation d'avec les pasleurs catholiques était indispensable ; qu'il n'y avait point d'autre moyen de corriger les vices et les abus : nous verrons s'ils sont venus à bout de le démontrer. Commençons par quelques réflexions générales sur l'injusticede leur procédé; elles serviront aussi à faire voir la témérité des incrédules, qui répètent les mêmes reproches.

1° Il y a de l'injustice à prétendre que la sainteté du ministère ecclésiastique doit changer en d'autres hommes ceux qui en sont chargés, et étouffer en eux toutes les imperfections de l'humauilé; que Jésus-Christ a dû perpétuer en eux, par l'ordination, le même prodige qu'il avait opéré dans ses apôtres par la descente du Saint-Esprit. S'il avait voulu que les hommes fussent gouvernés par des anges, il en aurait envoyé, sans doute ; mais des anges mêmes ne se-

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