COMMUNICATION D'IDIOMES
terme consacré parmi les théologiens, en traitant du mystère de l'incarnation, pour exprimer l'application des attributs des deux natures unies en Jésus-Christ à sa divine Personne.
En vertu de l'union hypostatique des deux natures dans une seule Personne divine, on attribue avec raison à cette Personne tous les idiomes ou toutes les propriétés de la nature humaine, qui ne sont point incompatibles avec la Divinité. Ainsi l'on dit que Dieu a souffert, que Dieu est mort, etc., choses qui, à la rigueur, ne conviennent qu'à la nature humaine ; cela signifie que Dieu a souffert , quant à sou humanité, qu'il est mort en tant qu'homme, parce que, selon l'axiome reçu en théologie, les dénominations qui signifient les natures ou les propriétés de nature, tombent sur le suppôt ou sur la personne. Or, comme il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule Personne, qui est la Personne du Verbe/c'est à elle qu'il faut attribuer les dénominations des deux natures et de leurs propriétés. Mais, par la communication d'idiomes, on ne peut pas attribuer à Jésus-Christ ce qui est incompatible avec la Divinité,
ce qui ferait supposer qu'il n'est pas Dieu ; ce serait détruire l'union hypostatique qui est le fondement de la communication d'idiomes. Ainsi l'on ne peut pas dire que Jésus-Christ est un pur homme, qu'il est faillible, capable de pécher, etc. Par la même raison, l'on dit de Jésus-Christ qu'il est la sagesse éternelle, qu'il est toutpuissant, etc., attributs propres de la Divinité, parce que la Personne de Jésus-Christ est le Verbe divin.
Les nestorions rejetaient cette communication d'idiomes; ils ne pouvaient souiïrir que l'on dit, en parlant de Jésus-Christ, que Dieu a souffert, qu'il est mort, que Marie est mère de Dieu; d'où l'on conclut qu'ils admettaient deux Personnes en Jésus- Christ quoiqu'ils ne l'affirmassent pas formellement. Les luthériens sont tombés dans l'excès opposé, en poussant trop loin la communication d'idiomes, en prétendant que Jésus- Christ, non-seulement en tant que Dieu, mais en tant qu'homme, est immortel, immense, présent partoutpropriétés qui ne peuvent, en aucun sens, convenir à l'humanité. Voy. Incarnation. Bergier.
COMMUNION DE FOI, croyance uniforme de plusieurs personnes, qui les unit sous un seul chef, dans une même Eglise; sans ce caractère, l'Eglise ne peutavoirune véritable unité.
Telle a été la persuasion de ses membres, dès les premiers siècles ; on le voit par les canons du concile d'Elvire, tenu vers l'an 30, et c'est ainsi que l'on a toujours entendu le symbole de Nicée, qui appellel'Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Par conséquent toutes les sectes qui ont cessé d'être en communion de/b('avec elle, ont cessé d'être membres de l'Eglise de Jésus-Christ. Le souverain Pontife est le chef de la communion catholique; l'Eglise de Rome, ou le Saint-Siège, en est le centre; on ne peut s'en séparer sans être schismatique.
Jésus-Christ, parlant de ses ouailles, a dit qu'il en ferait un même troupeau sous un seul pasteur Joan. , cap. 10, f 16, Saint Paul répète continuellement aux iidèles qu'ils sont
COM
COM
un seul corps, Rom., cap. 12, f S; I Cor., cap. 12, f 25, etc. Cela ne peut pas être, à moins que tous n'aient une même foi, les mêmes sacrements, la même morale, un même culte ; autrement l'unité ne serait qu'extérieure et apparente. Pour qu'elle soit réelle et constante, un centre de subordination est aussi nécessaire qu'un drapeau ou une enseigne pour rallier les soldats.
L'évidence de ce principe est confirmée par une expérience de dix-sept siècles. Tous ceux qui n'ont pas voulu se soumettre à cette constitution de l'Eglise, se sont séparés pour aller faire bande à part ; et bientôt cette première secte s'est sous-divisée en plusieurs autres, qui n'ont pas eu entre elles plus de liaison qu'avec le tronc duquel elles s'étaient séparées. Elles se sont détestées et condamnées mutuellement, comme elles étaient rejetées elles-mêmes par l'Eglise catbolique. L'inconstance naturelle de l'esprit humain, l'orgueil qui se flatte de mieux penser que les autres, l'ambition d'être chef de parti, sont des maladies qui dureront autant que l'humanité; il n'y a point d'autre remède contre leurs ravages qu'un frein qui les retienne, et qui les force de plier sous le joug de l'enseignement commun. V. Eglise,|§ IL Bergieh.
COMMUNION DES SAINTS. C'est l'union entre l'Eglise triomphante, l'Eglise militante et l'Eglise souffrante; c'est-à-dire, entre les saints qui sont dans le ciel, les âmes qui souffrent en purgatoire, et les fidèles qui vivent sur la terre. Ces trois parties d'une seule et même Eglise forment un corps dont Jésus-Christ est le chef invisible; le Pape, vicaire de Jésus-Christ, en est le chef visible, et les membres sont unis entre eux par les liens de la charité, par une communication mutuelle d'intercession et de prières. De là l'invocation des saints, la prière pour les morts, la confiance au pouvoir des bienheureux auprès du trône de Dieu.
La communion des saints est un dogme de foi, un des articles du symbole des apôtres, constamment reconnu par la tradition, et fondé sur
l'Ecriture sainte. « Nous sommes » tous, dit saint Paul, un seul corps, » et membres l'un de l'autre. » Rom., c. 12, f 5. « Qu'il n'y ait donc point de » division dans ce corps, mais que » les membres aient soin l'un de l'au- » tre. » I Cor., c, 11, f 25. « Crois- » sons tous dans la vérité et dans la » charité, en Jésus-Christ qui est notre » chef. » Ephes., c. 4, f 15, etc.
De là nous concluons que tout est commun dans l'Eglise, prières, bonnes œuvres, grâces, mérites, etc. ; qu'un des plus grands malheurs pour un chrétien est d'être privé de la communion des saints par l'excommunication, par le schisme ; que c'est y renoncer en quelque manière que de mépriser le culte public, et de lui préférer par mollesse un culte domestique et particulier.
Tout fidèle quiseconnaitlui-même et se rend justice, a peu sujet de compter sur ses vertus et ses bonnes œuvres ; mais il se repose sur l'intercession, les prières, les mérites de l'Eglise, qui sontceuxde Jésus-Christ, et qui tirent de lui toute leur valeur. C'est ce qui soutient l'espérance chrétienne, et nous excite à faire le bien.
Ce même dogme de la communion des saints devrait encore contribuer à rapprocher les cœurs, à étouffer les haines générales et particulières, à inspirer à tous les chrétiens des sentiments defraternité. «En Jésus-Christ, » dit saint Paul, il n'y a plus ni Juif, » ni Gentil, ni Grec, ni Barbare, ni » maître, ni esclave; vous êtes en lui » un même corps et uneseulefamille.»
Galat., cap. 3, f 28. Telle a élé l'intention de notre divin Maître ; si nous y répondons souvent très-mal, ce n'est pas la faute de notre religion.
Dans les premiers siècles, les différentes Eglises étaient dans l'usage de s'écrire mutuellement des lettres de fraternité et d'amitié, que l'on nommait lettres de communion. Elles attestaient, parce moyen qu'elles étaient unies entre elles, non-seulement par les liens d'une même foi et d'un même culte, mais encore par une charité mutuelle ; qu'elles s'intéressaient à la prospérité les unes des autres, et prenaient part au bien ou au mal qui pouvait leur arriver.
COM
COM
Saint Paul appelle aussi communion les secours mutuels d'aumônes et de services que les fidèles se rendaient les uns aux autres : Bcnepcentiœ et communionis nolite oblïvisci. Hebr., c. 13, f. 16. Dans quelques Chartres du treizième siècle, on a donné le nom de cûm?/î!(hîû)( aux offrandes que les fidèles taisaient en commun.
Beugier.
COMMUNION EUCHARISTIQUE ou SACRAMENTELLE. — C'est l'action de recevoir, dans le sacrement de l'eucharistie, le corps et le sang de Jésus-Christ, action qui est évidemment la plus auguste et la plus sainte de notre religion. « La coupe que » nousbéuissons, dit saint Paul, n'est- » elle pas la communion du sang de » Jésus-Christ, et le pain que nous » rompons, n'est-il pas la participa- » tion au corps de Jésus-Christ? Nous » sommes tous un seul pain et un » seul corps, nous qui participons au » même pain et à la même coupe. »
I Cor., c. 10. Ainsi l'apôtre nous fait sentir toute l'énergie du terme de communion.
Dans toutes les religions, l'usage à été constant de manger en commun les chairs de la victime que l'on avait offerte en sacrifice ; dès les premiers temps, le père de famille présidait à la cérémonie, rassemblait ses enfants, ses domestiques, souvent les étrangers, pour prendre part à ce repas fraternel. Les païens se flattaient, dans cette circonstance, de manger avec, les Dieux ; les adorateurs du vrai Dieu, plus sensés, se regardaient comme assis à la table du Père commun de toutes les créatures.
Jésus-Christ, qui connaissait si bien les ressorts qui font mouvoir le cœur humain, et l'iulluence que les cérémonies ont sur les mœurs, ne pouvait manquer d'en conserver une aussi touchante que celle-ci ; mais il en a retranché ce que les anciens sacrifices avaient de trop grossier. Elle est bien froide, quand on ne l'envisage que comme un simple symbole destiné à nous rappeler le souvenir de la dernière scène de Jésus-Christ; un repas ordinaire ferait sur nous plus d'impression. Mais que la com-
munion est touchante, quand on croit que ce divin Sauveur est tout à la fois le prêtre, la victime, la nourriture de ses adorateurs !
La communion de foi et la communion des saints sont une conséquence de la communion sacramentelle, qui en est le signe. « Nous sommes un seul » corps, dit saint Paul, nous tous qui » participonsàunmèmepain. » ICor., c. 10, y 17. Mais il explique la nature de ce pain, en disant que c'est la participation au corps du Seigneur.
Il confirme cette idée en comparant les chrétiens aux Israélites, qui participaient au sacrifice, en mangeant la chair de la victime. Si l'eucharistie n'est pas un vrai sacrifice, la comparaison est fausse, la participation est imaginaire; la chair des victimes était une image beaucoup plus sensible du corps de Jésus-Christ mort sur la croix, que le pain et le vin.
Il n'est donc pas étonnant que les protestants, en faisant de l'eucharistie un signe sansréalité, aient renoncé en même temps à l'efficacité de la communion sacramentelle, à la communion de foi et à la communion des saints. Chaque particulier, dans sa famille, peut consacrer l'eucharistie et faire la communion dans le sens qu'ils donnent à ce terme. ; il ne faut ni prêtre, ni autel, ni cérémonies; avec une foi c.alvinienue et un peu d'enthousiasme, toute la famille communie à chacun .de ses repas. C'est mal à propos que saint Paul a tiré de la cène eucharistique une instruction qu'il pouvait faire également sur chaque repas pris en famille, ou du moins sur celui dans lequel plusieurs familles se trouvent rassemblées.
Dès le premier siècle de l'Eglise, saint Clément ; au second, saint Ignace et saint Justin ; au troisième, Tertullien et d'autres, nous montrent avec quelle pureté, quel respect, quelle ferveur, les premiers fidèles faisaient cette sainte action , et ce qu'ils en pensaient. Dans toutes les liturgies, les prières qui précèdent la communion, la formule dont elle est accompagnée, l'adoration de l'eucharistie, la manière dont on la recevait, l'action de grâces qui suit, démontrent que de tout temps les fidèles ont cru
Ml
COM
COM
y recevoir non un simple symbole du corps et du sang de Jésus-Christ, mais la réalité et la substance de ces dons divins. Nos controversistes ont mis ce point de fait et de doctrine dans un degré d'évidence auquel il n'est pas possible de se refuser. Voyez Perpétuité de la Foi, tom. k, liv. 3, c. 1 et suivants. On ne conçoit pas comment Bingham, malgré ses préjugés anglicans, ne l'a pas senti en rapportant les monuments de l'antiquité sur ce point. Orig. ecd., 1. 15, c. 3.
Basnage n'a pas été plus judicieux.
De la manière dont on communiait dans les premiers siècles, il prétend tirer des inductions pour prouver que l'on ne croyait pas alors la présence réelle de Jésus- Christ dans l'eucharistie, ni la transsubstantiation.
Il observe qu'on ne la recevait pas toujours à jeun, qu'on la donnait aux enfants immédiatement après le baptême, et on croyait que ces deux sacrements leur étaient également nécessaires. Les adultes la recevaient dans leurs mains, on leur permettait de l'emporter chez eux ; quelquefois-on la mettait dans la bouche des morts et on l'enterrait avec eux .
Quelques évèques la portaient dans des paniers d'osier et dans des coupes de bois ou de verre. Les diacres, non-seulement la distribuaient, mais pouvaient la consacrer ; on n'en réservait rien pour les malades ni pour les mourants. La plupart de ces usages, dit-il, seraient aujourd'hui regardés comme des crimes ; sans doute on en aurait jugé de même dans les premiers siècles, si l'on avait eu pour lors lamème idéede l'eucharistie, que l'Eglise romaine s'en est formée dans la suite des siècles. Hist. de l'Eglise, liv. 14, c. 9. Daillé avait déjà fait à peu près les mêmes observations.
Il nous paraît que les unes ne prouvent rien, et que les autres donnent lieu à des conséquences directement contraires à celles que tirent les protestants.
1° 11 n'est pas étonnant, que pendant les persécutions, l'on ait été souvent obligé de célébrer les saints mystères pendant la nuit, et que les iidèles aient été dans l'impossibilité de communier à jeun ; la disposition quel'on
a toujours jugée la plus nécessaire pour cette action sainte, est la pureté de l'âme; le cas de nécessité absolue peut dispenser des autres. On a loué saint Exupère, évèque de Toulouse, de ce qu'après avoir donné tout aux pauvres, il était réduit à porter l'eucharistie dans un panier d'osier et dans une coupe de verre ; s'ensuit-il de là que l'on faisait partout de même? C'était pendant l'irruption des Goths et des autres Barbares; les peuples étaient alors réduits à une misère extrême ; on louerait encore un êvèq^e qui imiterait saint Exupère en pareil cas.
Dans les pays où la profession du catholicisme n'est pas soufferte, les prêtres sont obligés de porter aux malades la communion dans leur poche, et sans aucun appareil extérieur ; on ne croit pas pour cela manquer de respect au sacrement.
2° Les premiers chrétiens, exposés tous lesjours au martyre, emportaient chez eux l'eucharistie, atin de puiser dans la sainte communion le courage dont ils avaient besoin pour endurer les tourments ; preuve qu'ils ne pensaient pas, comme les protestants, que cette action n'est que la ligure du dernier souper de Jésus-Christ, et que la communion faite en particulier n'est d'aucun mérite ; les prétendus martyrs des protestants n'ont pas fait de même, parce qu'ils n'avaient pas sur l'eucharistie la même croyance que .les premiers fidèles.
3° Si l'on avait cru pour lors, comme les protestants, que l'on ne participe au corps de Jésus-Christ que par la foi, se" serait-on avisé de donner l'eucharistie aux enfants incapables d'avoir cette foi ? Nous n'entrerons pas dans la question de savoir s'il est vrai que saint Augustin et d'autres Pères ont pensé que l'eucharistie était aussi nécessaire aux enfants que le baptême, et si la coutume de la leur donner était aussi générale que Basnage le prétend ; quand cela serait inconstestable, il s'ensuivrait toujours que la croyance de l'Eglise de ces temps-là était fort différente de celle des calvinistes, et que l'on ne pensait pas, comme eux, que la foi seule fait toute l'efficacité des sacrements.
COM
L'abus défendu par quelques conciles, de mettre l'eucharistie dans la bouche des morts, aurait encore moins pu s'introduire, si l'on avait été dans le même sentiment que les protestants ; mais cette défense ne prouve pas que cet usage abusif ait été aussi fréquent que Basnage veut le persuader.
4° Comment peut-il soutenir que Tonne réservait pas l'euchaiistiepour les malades et pour les mourants, pendant qu'il avoue que l'on permettait aux pénitents de la recevoir à l'heure de la mort? N" était-elle donc réservée que pour eux seuls ? Voilà ce qu'il aurait fallu prouver.
Au mot Diacre, nous ferons voir qu'il est faux que les diacres aient eu le droit ou le pouvoir de consacrer l'eucharistie.
Parmi les incrédules, les uns ont accusé les catholiques de ne pas croire à leur religion, puisque la communion produit sur eux si peu d'effets ; les autres ont vomi contre le dogme de l'eucharistie des sarcasmes grossiers que l'honnêteté seule aurait dû leur interdire. Telle est l'injustice de nos censeurs ; ils blâment également les saints qu'une foi vive semble dépouiller de toutes les affections terrestres, et les chrétiens imparfaits qui n'ont pas le courage de vivre d'une manière conforme à leur croyance. Que faudrait-il pour les satisfaire ? S'il est si difficile d'être vertueux, même quand on a la foi, le serons-nous plus aisément lorsque nous ne croirons rien ? Leur exemple n'est pas propre a. nous le persuader. Bergiee.
COMMUNION SPIRITUELLE. On
appelle ainsi, dans l'Eglise catholique, le désir de recevoir la sainte eucharistie, et les sentiments de ferveur par lesquels un fidèle s'excite lui-même à s'en rendre digne. C'est une excellente pratique de piété que de faire la communion spirituelle toutes les fois que l'on assiste à la sainte messe. Bergier.
COMMUNION SOUS LES DEUX ESPECES ; c'est-à-dire, sous l'espèce du pain et sous celle du vin. C'a été
COM
un sujet de dispute entre les théologiens catholiques et les protestants, de savoir si, pour ressentir les effets de l'eucharistie, il est* absolument nécessaire de recevoirles deux espèces, et si l'on viole le commandement de Jésus-Christ en communiant seulement sous l'espèce du pain, comme les protestants le prétendent.
La solution de cette question dépend beaucoup de l'opinion que l'on a de l'eucharistie. L'Eglise catholique, qui soutient que Jésus-Christ est réellement présent sous chacune des espèces eucharistiques, et que, dans l'état d'immortalité dont il jouit, son corps et son sang ne peuvent plus être réellemeat séparés, conclut conséquemment que l'on reçoit Jésus- Christ tout entier en communiant sous une seule espèce, et aussi parfaitement que si on recevait toutes les deux. Les calvinistes, au contraire, qui pensent que l'eucharistie est seulement un symbole, une figure, un gage du corps et du sang de Jésus- Christ, que l'on reçoit spirituellement par la foi, soutiennent que c'est un crime de diviser ce symbole, et que c'est en altérer la signification, par conséquent lui ôter tout son effet. Si le principe sur lequel ils raisonnent étaitvrai, la conséquence serait assez bien déduite ; mais ce principe est une erreur.
Il fauteonvenir que la discipline de l'Eglise a varié sur ce point ; qu'autrefois les fidèles ont ordinairement communié sous les deux espèces, et que cet usage a subsisté très-longtemps. Mais il n'est pas moins certain que, dans plusieurs cas, l'on n'a communié que sous une espèce ; que l'Eglise n'a jamais cru que cette communion fût criminelle ou abusive, contraire à l'intention de Jésus-Christ, ou moins efficace que l'autre. Saint Justin nous apprend que déjà dans le second siècle, l'usage était de porter la communion aux absents ; il n'y a aucune preuve qu'on la leur ait toujours portée sous les deux espèces; cela eût été très-difficile dans lestemps de persécution. Bientôt l'usage s'introduisit de donner l'eucharistie aux enfants immédiatement après le baptême ; ils ne pouvaient la recevoir
COM
COM
que sous l'espèce du vin. S. Cypr., I. de kq)sis, pag. ISO.Tertullien et saint Cyprien attestent qu'au troisième siècle on portait la communion aux malades en danger de mort, et aux confesseurs détenus dans les.prisons ; que les iidèles recevaient l'eucharistie dans leurs mains, l'emportaient chez eus, la conservaient pour se communier eux-mêmes, s'ils se trouvaient exposés au martyre ou à quelque autre danger; ils ne la prenaient que sous l'espèce du,pain. Tertull.,,1.
2, ad lucor., c. 5. Dans aucun temps la communion n'a été refusée aux abstèmes, c'est-à-dire, à ceux qui avaient une répugnance naturelle pour le vin. Bingham, quoique persuadé de le nécessité de la communion sous les deux espèces, est convenu de tous ces faits. Origin. ecclés., 1. 15, e. 4. Comment a-t-il pu faire un crime à l'Eglise romaine de l'usage dans lequel elle est, depuis plus de cinq siècles, de ne donner aux fidèles la communion que sous l'espèce du pain?
Basnage, plus entêté, n'a pas été d'aussi bonne foi ; il a supprimé les faits dont nous venons de parler. Hist de l'Eglise, 1. 27, c. il. Il dit que l'Eglise a communié sous les deux espèces jusqu'au neuvième siècle, que toute la terre a toujours ainsi communié. C'est une imposture. Outre les exemples contraires que nous venons de citer, Origène, au troisième siècle, parle de la communion sous l'espèce du pain, sans faire mention de celle du vin. Contra Gels,, 1. 8, n° 33. Eusèbe, Hist. ecclés., 1, 6, n° 44, rapporte l'histoire d'un vieillard mourant, communié avec du paiu consacré et détrempé d'eau. Au cinquième les manichéens, par superstition, s'abstenaient de recevoir Va. communion sous l'espèce du vin ; saint Léon, serm. 4, de Quadrag., c. 5. C'est ce qui engagea le pape Gélase à faire un décret qui ordonnait à tous les fidèles de communier sous les deux espèces. Comme le manichéisme a subsisté en Occident jusque vers le treizième siècle, il n'est pas surprenant que jusque-là l'on ait ordinairement reçu l'eucharistie de cette manière ; voilà ce que Basnage n'a eu garde d'observer. Mais, avant le
décret de Gélase, il était libre aux lidèlesde ne communier que sousune seule espèce. Au sixième siècle, l'an 566, le deuxième concile de Tours, can. 3, ordonna : que le corps de Notre-Seigneur fùt.gardé, non parmi les images, mais sous la croix de l'autel ; pourquoi le garder, sinon pour le donner en viatique aux malades ? On n'y gardait pas de même le vin consacré. Au septième , le onzième concile de Tolède, tenu l'an 675, can. 11, parle des malades qui ne pouvaient à cause de la sécheresse de leur gosier, avaler l'eucharistie sans boire le calice du Seigneur; donc, hors de cette circonstance, on ne leur donnait que l'espèce du pain.
Au huitième, dans la règle de saint Chrodegand, il n'est fait mention de la messe que pour les dimanches et les fêtes ; est-il probable que l'on n'ait pas réservé du pain consacré pour communier les fidèles, et surtout les malades ?
Il n'est donc pas vrai qu'en aucun temps l'Eglise ait regardé, comme un commandement de Jésus-Christ, ces paroles qu'il dit à ses apôtres, après îa consécration du ca lice , buvez-en tous, ni la communion sous les deux espèces, comme une obligation imposée aux fidèles par Jésus-Christ. Si sa croj'ance avait été la même que celle des protestants, jamais elle n'aurait osé dispenser personne de communier sous les deux espèces. Elle a toujours cru, au contraire, que le corps de Jésus- Christ, après sa résurrection, ne pouvant être réellement séparé de son sang, Jésus-Christ est renfermé tout entier sous l'une et sous l'autre espèce ; qu'ainsi en recevant l'une ou l'autre, on reçoit tout à la fois le corps et le sang du Sauveur.
Il n'est pas plus vrai qu'en 1415, le concile de Constance, en ordonnant que désormais la communion fût donnée aux fidèles sous la seule espèce du pain, a changé l'ancienne doctrine de l'Eglise, qu'il a retranché du plus auguste de nos sacrements une partie de ce qui en fait la matière et l'essence, qu'il a condamné l'institution de Jésus-Christ et la pratique des apôtres, qu'il a privé les fidèles do la participation au sang de Jésus-
Christ, etc., comme Basnage s'obstine à le soutenir. Lorsqu'une secte d'hérétiques s'est abstenue de communier sous l'espèce du vin par superstition, en conséquence d'un dogme faux et absurde qu'elle soutenait, l'Eglise a ordonné aux fidèles la communion sous les deux espèces, atin qu'ils témoignassent ainsi qu'ils ne donnaient point dans cette erreur; lorsqu'une autre secte a prétendu que cette communion sous les deux espèces était nécessaire au salut, que l'Eglise ne pouvait, sans prévarication, retrancher la coupe aux laïques, l'Eglise a décidé le contraire, et la leur a retranchée en effet, alin de réprimer la témérité des sectaires. Ce changement dans la discipline, loin de prouver une variation dans la croyance, en atteste au contraire l'uniformité.
Beausobre, Hist. du Munich. , tom.2, 1. 9, c. 7, § 4, a voulu tirer avantage de ce que saint Léon et Gélase ont dit des manichéens. Il s'ensuit, dit-il : 1° qu'au cinquième siècle, il n'élait permis ni au prêtre de communier les fidèles sous une seule espèce, ni à ceux-ci de n'en recevoir qu'une seule; car, si l'.usage d'une seule espèce avait été permis, le refus que faisaient les manichéens, de recevoir le vin consacré, n'aurait pas pu servir à les faire reconnaître, comme le veut saint Léon. 2° Gélase dit que, puisque quelques-uns s'abstiennent du calice par je ne sais quelle superstition, les iidèles doivent ou recevoir le sacrement tout entier, ou en être privés entièrement, parce que la division d'un seul et même mystère ne se peut faire sans un grand sacrilège. Ce n'est plus là ce que pense l'Eglise romaine. 3° 11 faut que la doctrine de Gélase ait encore été crue au douzième siècle, lorsque Gratien iit la collection du décret, autrement ce moine n'aurait pas osé y insérer le canon de Gélase. 4° Suivant son avis, les manichéens qui, au lieu de vin, consacraient l'eucharistie avec de l'eau, faisaient moins mal que ceux qui ont retranché tout à fait le calice, et ne permettent pas au peuple d'y participer.
Si l'on veut y faire attention, il
COM
s'ensuit seulement, de ce que dit saint Léon, qu'avant l'arrivée des manichéens à Rome, il y avait peu de fidèles qui ne communiassent sous les deux espèces ; mais lorsqu'un grand nombre de ces hérétiques, persécutés en Afrique par les Vandales, se furent réfugiés à Rome, et recurent la communion avec les catholiques, on s'aperçut que la multitude de ceux qui refusaient la coupe était beaucoup augmentée, et c'est ce qui fit reconnaître les manichéens; car entin, si aucun des tidèles n'avait été dans l'usage de communier sous une seule espèce, pourquoi Gélase aurait-il dit qu'il fallait, ou que les fidèles reçussent le sacrement tout entier, ou qu'ils en fussent absolument privés?
Aurait-il pu soupçonner les fidèles d'imiter les manichéens?
2° Ce pape avait raison de dire que ta division d'un seul et même mystère ne peut se faire (par superstition, comme faisaient les manichéens) sans un grand sacrilège. C'en était un, en effet, de croire comme ces hérétiques, qu'il y avait du mal ou du danger à recevoir l'espèce du vin, de laquelle Jésus-Christ s'est servi en instituant l'eucharistie. Mais où est le crime de ne pas la recevoir, ou par une répugnance naturelle pour le vin, ou par le dégoût de boire dans la même coupe dans laquelle ont bu cent personnes, ou pour quelque autre raison ?
3° Le moine Gratien ne courait aucun danger, au douzième siècle, en plaçant dans sa collection le décret de Gélase ainsi entendu; et personne, à l'exception des protestants, n'a été tenté de l'entendre autrement.
4° Les manichéens, en consacrant de l'eau et non du vin, changeaient l'institution de Jésus-Christ; Beausobre en convient : l'Eglise catholique n'y change rien, puisqu'elle consacre de l'eau et du vin comme a fait Jésus-Christ. La question est de prouver qu'en instituant ce sacrement, le Sauveura eul'intention d'obliger tous les tidèles à recevoir les deux espèces. Si on le prétend, parce qu'il a dit à ses disciples : buvez-en tous, il faut soutenir aussi qu'il a imposé à tous les fidèles l'obligation de consacrer
COM
COM
l'eucharistie, puisqu'il a dit en même temps : Faites ceci en mémoire de moi. Luc, c. 22, f 19.
Une preuve positive que l'Eglise romaine, depuis plus de douze cents ans, n'a point changé de croyance, c'est que les Grecs et les autres sectes orientales, séparées d'elle depuis cette époque, ne lui ont jamais fait un crime de la communion sous une seule espèce, quoiqu'elles aient conservé l'usage de communier sous toutes les deux ; plus équitables que les protestants, elles ont compris la sagesse des raisons qui ont dirigé sa conduite. Perpêt. de la foi, t. S, 1. 8, p. 134.
Il n'y a donc eu aucune nécessité de céder aux instances qu'ont faites^ les hussites, les calixtins, les disciples de Carlostad, pour que l'on rétablît la communion sous les deux espèces ; l'opiniâtreté y avait plus de part que la dévotion. Le retranchement de la coupe était une discipline établie depuis longtemps pour remédier à plusieurs abus, et pour prévenir le danger de profaner le sang de Jésus- Christ. La complaisance qu'eut l'Eglise de s'en relâcher par le compaclum du concile de Constance, en faveur des hussites, ne produisit aucun bon effet; ces hérétiques persévérèrent dans leur révolte contre l'Eglise, et continuèrent à inonder de sang leur patrie.
La même question fut ensuite agitée au concile de Trente. L'empereur Ferdinand et le roi de France Charles IX demandaient que Ton rendit au peuple l'usage de la coupe. Le sentiment contraire prévalut d'abord; mais à la fin de la vingt-deuxième session, les Pères laissèrent à la prudence du Pape d'accorder cette grâce ou de la refuser. En conséquence, Pie IV, à la prière de l'empereur, l'accorda à quelques peuples de l'Allemagne, qui n'usèrent pas mieux de cette condescendance que les Bohémiens. Une foule de monuments ecclésiastiques prouvent que cette manière de communier n'est nécessaire ni de précepte divin, ni de précepte ecclésiastique ; qu'il n'y a par conséquent aucune nécessité de changer la discipline actuelle, qui a été établie pour de bonnes raisons, et que les
protestants n'ont attaquée que par de mauvais arguments. Beugier.
COMMUNION PASCALE estcelle qui sefaitàlafète de Pâques. Le quatrième concile de Latran, qui est le douzième général, tenu l'an 121 S, a porté le décret suivant, chap. 21 : « Que tout » fidèle de l'un et de l'autre sexe, » lorsqu'il sera parvenu à l'âge de » discrétion, fasse en particulier et » avec sincérité la confession de ses » péchés à son propre prêtre, au » moins une fois l'an;.... et qu'il re- » çoive avec respect, au moins à Pâ- » ques, le sacrement de l'eucharistie; » à moins que, du conseil de son » propre prêtre, il ne croie devoir » s'en abstenir pour un temps, pour » quelque cause raisonnable ; autre- » ment qu'il soit privé de l'entrée de » l'église pendant sa vie, et de la sé- » pulture chrétienne après sa mort. » Par l'usage de la plupart des diocèses, il est établi que la communion pascale peut se faire pendant la quinzaine de Pâques, à commencer depuis le dimanche des Rameaux jusqu'à celui de Quasimodo inclusivement; il y en a même quelques-uns dans lesquels les évèques étendent cet intervalle jusqu'à trois semaines, et permettent de commencer les communions pascales le dimanche de la Passion.
Il est encore établi par l'usage que la communion pascale doit se faire ou dans l'église cathédrale ou dans l'église paroissiale, afin que les pasteurs Euissent voir si leurs ouailles sont dèles à remplir ce devoir. Par le plus ou le moins d'exactitude des peuples à y satisfaire, on peut juger sûrement de la pureté ou de la corruption des mœurs d'une contrée. Dans les grandes villes, où se réunissent toutes les passions et les vices de l'humanité, on ne se fait plus de scrupule de violer la loi de l'Eglise, et à cause de la multitude des coupables, on ne peut plus les punir par les peines que le concile de Latran a décernées contre eux. Beugier,
COMMUNION FRÉQUENTE. Jésus- Christ a commandé aux adultes la communion par ces paroles : « Si vous » ne mangez la chair du Fils de
COM 73
» l'homme, et si vous ne buvez son » sang, vous n'aurez point la vie en vous. » Joan., c. 6, f 45. Mais il n'a fixé ni le temps ni les circonstances dans lesquelles ce précepte oblige; c'est à l'Eglise de les déterminer.
Dans les premiers siècles, la pitié, la ferveur, l'attente des persécutions engageaient les fidèles à communier fréquemment. Nous voyons dans les Actes des Apôtres que les fidèles de Jérusalem persévéraient dansla prière et la fraction du pain : paroles qui s'entendent de l'eucharistie. Pendant la persécution, les chrétiens se munissaient tous les jours de ce pain des forts, pour résister à la fureur des tyrans. Saint Cyprien, Epist. 56.
Lorsque la paix eut été rendue à l'Eglise, cette ferveur se ralentit; l'Eglise fut obligée de faire des lois pour fixerle tempsde la communion. Le dixhuitième canon du concile d'Agde, tenu l'an 506, enjoint aux clercs de communier toutes les fois qu'ils serviront au sacrifice de la messe, tom.
4, Concil., p. 1586; mais il ne parait pas qu'il y eût encore une loi précise pour obliger les laïques à la communion fréquente. Saint Ambroise, en exhortant les fidèles à s'approcher souvent de la sainte table, remarque qu'en Orient il y en avait beaucoup qui ne communiaient qu'une fois l'année, liv. 5, de Sacram., c. 4. Saint Jean Chrysoslome rapporte que de son temps les uns ne communiaient qu'une fois l'année, Jes autres deux fois, d'autres enfin plus souvent. « Les- » quels approuverons-nous ? dit-il : ni » les uns ni les autres, mais seulement » ceux qui communient avec un cœur » pur et une conscience nette, avec » une vie irrépréhensible. » Hom. 17 in Epist. ad llebr. Les Pères, en exhortant les fidèles à la communion fréquente, ne manquaient jamais de leur remettre sous les yeux les paroles de saint Paul ; « Celui qui mangera le » pain ou boira la coupe du Seigneur » indignement sera coupable du corps » et du sang de Jésus-Christ. »
Vers le huitième siècle, l'Eglise voyant les communions devenues trèsrares, obligea les chrétiens à communier trois fois l'année, à Pâques, à la Pentecôte et à Noël. Nous le
COM
voyons parle chap. Etsi7ion frequentius, deConsecr. Dist. 2, et par une décrétale que Gratien attribue au pape saint Fabien, mais qui est du huitième siècle. Vers le treizième, la tiédeur des fidèles étant encore devenue plus grande, le quatrième concile de Latran leur ordonna de recevoir au moins à Pâques le sacrement de l'eucharistie, sous peine d'être privés de l'entrée de l'église pendant la vie, et de la sépulture ecclésiastique après la mort. Nous avons cité son décret dans l'article précédent. Par ces paroles au moins, le concile montre qu'il souhaite que les fidèles ne se bornent point à la communion pascale, mais qu'ils reçoivent l'eucharistie plus souvent. Il laisse à la prudence du confesseur à décider si, dans certaines occasions, il n'est pas expédient de différer la communion, même pascale, eu égard aux dispositions du pénitent; ce qui prouve que le concile n'a pas eu moins d'attention que les Pères à la nécessité de ces dispositions.
Le concile de Trente, sess. 13, c.
19, a renouvelé le canon du concile de Latran ; c. S, il exhorte les fidèles à communier fréquemment. Sess. 22, c. 6, if désirerait qu'à chaque messe les assistants communiassent. Il décide que, pour ne pas communier indignement, il faut être exempt de péché mortel ; que pour communier avec fruit, il faut des dispositions plus parfaites; que pour communier fréquemment, il faut une foi ferme, une dévotion et une piété sincère , une grande sainteté, sess. 13, c. 8.
Sur la nécessité ou la suffisance des dispositions requises pour la communion fréquent'', les théologiens modernes sont tombés dans des excès et des erreurs très-opposées à la doctrine des Pères et à l'esprit de l'Eglise. Les uns, uniquement occupés de la grandeur et de la dignité du sacrement, de la distance infinie qu'il y a entre la majesté de Dieu et la bassesse de l'homme, ont exigé des dispositions si sublimes, que non-seulement les justes, mais lesplus grands saints , ne pourraient communier môme à Pâques. Tel parait être le résultat du livre De la fréquente com-
COM
COM
munion, fait par le docteur Arnaud.
Les autres, oubliant le respect dû à Jésus-Christ présent dans l'eucharistie et uniquement attentifs aux avantages que l'on peut retirer de la communion fréquente et journalière, n'ont cherché qu'à en faciliter la pratique, en négligeant d'insister et d'appuyer sur les dispositions que demande un sacrement si auguste. Ils ont enseigné que la seule exemption du péché mortel suflit pour communier souvent, très-souvent, et même tous les jours; que les dispositions, actuelles de respect, d'attention, de désir, et la pureté d'intention ne sont que de conseil , etc. C'est l'excès dans lequel est tombé le père Plchon, jésuite, dans un ouvrage intitulé : l'Esprit de Jésus-Christ et de l'Eglise sur la fréquente communion.
Ces deux écrits si diiférents ont trouvé dans leur temps des approbateurs et des censeurs respectables, ils ont fait naitre de vives contestations; heureusement elles sont assoupies, il n'est pas nécessaire de renouveler le souvenir de ce cpii a été dit de part et d'autre (I). Voyez l'ancien Sacreme)it,parGrancolas, lre partie, p. 294.
Bergier.
COMMUNION LAÏQUE. C'était autrefois un châtiment pour les clercs qui avaient commis quelque faute grave, d'être réduits à la communion laïque, c'est-à-dire, à l'état d'un simple fidèle, et d'être traités de même que si jamais ils n'eussent été élevés à la cléricature. V. Bingham, Orig.ecclês., 1. 17, c. 2. Cette punition même prouve que l'on a toujours mis une distinction entre l'état des clercs et celui des laïques. Bergier.
COMMUNION ÉTRANGÈRE ou PÉ- REGRLNE, autre châtiment de même nature, sous un nom différent, auquel les canons condamnaient souvent les évèques et les clercs. Ce n'était ni une excommunication, ni une déposition, mais une espèce de suspense
(1) Ici notre auteur ne se montre pas, ce nous semble, assez sévère à l'égard d'Arnaud et de son livre qui transpire tant le jansénisme. L'ii:nore-t-il, ou serait-il quelque peu janséniste lui-même ?
des fonctions de l'ordre, et la perte du rang que tenait un clerc; on ne lui accordait la communion que comme on la donnait aux clercs étrangers . Si c'était un prêtre, il avait le dernierrang parmi les prêtres et avant les diacres, comme l'aurait eu un prêtre étranger, et ainsi des diacres et des sous-diacres. Le second concile d'Agde ordonne qu'un clerc qui refuse de fréquenter l'église, soit réduit à la communion étrangère oupérégrine.
Bergier.
COMMUNION, dans la liturgie, est la partie de la messe où le prêtre prend et consume, sous les espèces du pain et du vin, le corps et le sang de Jésus-Christ. Ce terme se prend aussi pour le moment auquel on administre aux fidèles le sacrement de l'eucharistie ; dans ce sens, on dit que la messe est à la communion.
CommdiMon se dit encore de l'antienne que récite le prêtre après avoir pris les ablutions, et avant les dernières oraisons que l'on nomme postcommunion. Bergier.
COMMUNION (la) CHEZ LES PRO- TESTANTS. (Théol. hist. sacrem. et cêrém.) — Luther publia d'abord en 1523 sa Formula missœ, dans laquelle il conservait les parties principales de la messe latine. Puis il alla plus loin en 1526, dans sa Messe allemande, quoique en procédant toujours avec prudence, « pour ménager, disait-il, la simplicité des laïques. » Et enfin il devait aller plus loin encore, en retranchements, dans sa publication projetée du culte luthérien orthodoxe, que donna à sa place, après sa mort, le comte Z'nzendorf en suivant, diton, ses indications. Voici la Messe allemande.
« 1° Au commencement nous chantons un cantique spirituel ou un psaume allemand ;
« 2° Là-dessus trois fois Kyrie, eleison.
« 3° Alorsle prêtre lit une collecte;
« 4° Suit l'épître.
« 5° Après l'épitre on chante un cantique allemand ;
« 6° Le prêtre lit l'évangile;
« 7° Puis toute l'église chante en
COM 75
allemand : « Nous croyons en un Dieu.
« 8° On prêche sur l'évangile du dimanche ou de la fête.
« 9° Le sermon est suivi d'une paraphrase publique du Pater et d'une exhortation adressée à ceux qui veulent s'approcher du Sacrement.
« 10° Alors le prédicateur se tourne vers l'autel, commence la bénédiction ou la consécration, directement (c'està-dire sans canon) ; il chante les paroles de l'institution : « Notre-Séigneur Jésus-Christ, dans la nuit où il fut trahi, etc. » ; et, aux mots de la consécration, il bénit le pain et le vin par le signe de la croix. De bons et d'importants motifs ont fait abolir l'élévation du pain et du calice, qui doit rester abolie partout.
« 1 1° On s'approche de la communion pendant qu'on chante un cantique. Le prédicateur, en donnant le pain, doit dire : « Prenez et mangez; ceci est le corps de N.-S. J.-C. mort pour vous sur la croix ; qu'il vous fortifie dans la vraie foi pour la vie éternelle; » et, en donnant le vin :
« Prenez et buvez ; ceci est le sang de J.-C, qui a été répandu pour vous, pour la rémission de vos péchés; qu'il vous fortifie et vous garde dans la vraie foi pour la vie éternelle. » Le communiant dit: «Amen.»
« 12° La communion achevée, le prédicateur se retourne vers l'autel et lit la collecte finale (actions de grâces).
« 13° Le prédicateur, se retournant enfin vers les fidèles, prononce les paroles de la bénédiction : « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, etc. » ; et les fidèles font la clôture de la solennité par un « Amen » final. »
Calvin, plus tranchant que Luther par nature, simplifia beaucoup plus le rite de la communion dans les Régies du culte réformé, qu'il publia en 1343.
Zwingle ne s'éloigna guère de la Formule de la messe de Luther.
Les réformés français réduisirent beaucoup encore sur les allemands; ils ne gardèrent à peu près que la fraction du pain comme étant le signe essentiel et conslitutil' de leur cène, tandis que les allemands gardaient une grande partie des cérémonies
COM
catholiques ; il résulta de ces différences des controverses.
La communion anglicane, telle que la règle la liturgie du Common prayerbook, conserve considérablement du rite catholique : elle a une préface et une espèce de canon.
Les quakers et tous les protestants vraiment spirilualistes, rejettent toute solennité visible et se contentent de la communion spirituelle, en sorte qu'il n'y a point chez eux de cène extérieure.
La Prusse élimina d'abord successivement tous les éléments catholiques etprotestants primitifs, tels que la pratique du levain, mais il en était résulté une telle aridité que le rituel prussien esst revenu à beaucoup des anciennes formes. Le Nom.
COMMUNION (la première) et l'E- VANGILE. (Théol. mU t. phi lus. mor. et art.) — L'idée nous vientd'offrir une petite diversion littéraire aux éludes plus ou moins arides que nous donnons en aliment ordinaire h nos lecteurs. C'est une pièce de poésie que nous adressâmes, il y a vingt-deux ans, à l'un de nos élèves, le jour de su première commnmon, en lui offrant une édition française du livre des évangiles. Le maître, comme le livre, a une enveloppe qui vieillit chaque matin ; mais son âme et ses affections, comme les paroles de Jésus, sont immortelles
Cher'enfant, voici l'heure sainte Qu'attendaient vos désirs pieux ; Votre âme est pure !... allez sans crainte Vous asseoir au banquet des cieux.
Allez, à la suite des Mages, Présenter vos dons au Seigneur ; Il préfère à tous les hommages Les battements d'un jeune cœur.
Allez, en présence des anges, Prêter le seruieut du soldat; Vous enrôler dans lesphahmges Que Jésus ruèue au grand combat.
Allez, emporté sur les ailes
De l'espérance et de l'amour, Aujourd'hui prince des iidèles, Faire au Hoi du ciel votre cour ,
COM
Non pas, comme aux rois de la terre, Avec des discours mensongers ; Comme à son Dieu, comme à son Père, Avec la candeur des bergers.
Il va se faire nourriture, Il va s'incarner, de nouveau, Pour exalter votre nature, Pour éclairer votre tombeau.
Oui, mon enfant, c'est Dieu lui-même, C'est l'amour du Père et du Fils Qui vous offre, dans cet emblème, Le pain dont vivent les esprits.
En quittant la terre des larmes, En lui faisant son testament, Jésus nous a laissé, pour armes.
Sa parole et son sacrement ;
De l'eucharistique symbole Il va vous ;.rmer chevalier!
Et, le livre de sa parole, Je vous le donne eu bouclier.
76 COM
D'espérance il nous rassasie,
Nous montre un ciel toujours d'azur'
Et nulle part la poésie
Ne s'exhale en parfum si pur.....
Néophyte, que Dieu convie Au premier repas de l'Agneau, Vous ne verrez plus, dans la vie, Le soleil se lever si beau !...
La vie est un pèlerinage A travers sables, monts et mers, Plus périlleux que le voyage De la caravane aux déserts.
Vous n'y verrez que des épiues Toujours renaissant sons vos pas, Des tempêtes et des ravines, Des avalanches, des frimas !...
Et l'ange aux perfides paroles Qui fera luire, à vos côtés, De ses jouissances frivoles Les éblouissantes clartés!...
A la fontaine des eaux vives Revenez !,.. revenez, alors, Respirer le frais sur ses rives, Vous plonger dans le bain des forts !.
Lisez souvent cet Évangile
Que Dieu vous offre, par mes mains!..
De votre âme il sera l'asile
Contre les préjugés humains.
C'est l'histoire du divin guide, Lorsqu'il prêcha dans nos vallons, Des opprimés se lit l'égide.
Aigle, mourut pour ses aiglons.
Quand vous auront poussé des ailes, Et que vous vous envolerez, Comme les jeunes hirondelles, Vers des horizons ignorés,
Ami, puissiez-vous, dans ces pages Fruit de l'éternelle raison, Trouver ce qu'y trouvent les sages, Antidote pour tout poison,
Chaleur propre à toute culture, Abri contre tout aquilon, Dictame pour toute blessure Et semence pour tout sillon!...
Ah ! puissent-elles vous apprendre Comme il est doux d'avoir la foi, Et comme il est beau de répandre L'odeur des bons autour de soi !
Vous apprendre la tolérance,
L'adoration de l'esprit,
La pitié de toute souffrance,
Le respect qu'on doit au proscrit!...
Prenant ce livre pour étoile, Vous pourrez, sur nos océans Courir au large, et faire voile A bon port, malgré les gros vents.
Oh ! si, trompé par les sirènes, Il vous arrivait, quelque jour, De vous perdre aux plages lointaines Du doute et du mauvais amour,
Que la parabole touchante De cet enfant qui s'égara Devienne, pour votre âme errante, La voix qui la ramènera
Au foyer du père céleste, Qui tient vides, à son festin, Autant de places qu'il lui reste D'enfants égarés en chemin !...
Qu'enfin cette offrande du maître, De l'ami de vos premiers ans, Vous rappelle le jeune prêtre Qui, lors du réveil des volcans,
Ne savait, dans sa solitude, Qu'attendre avec foi l'avenir, Vous prêcher la mansuétude, Aimer, pardonner et bénir !
L'abbé Le Nom.
; COMMUNISME [Théol. mixt. scien.
social, écon. polit.) — v. individualisme