‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3 (volume 5)Chapitre 44 sur 110 · II ORGANES EXCLUSIFS A L'HOMME · texte numérisé non relu

II ORGANES EXCLUSIFS A L'HOMME

20° Sagacité comparative, esprit de comparaison ; à la partie moyenne et supérieure du front.

21° Esprit métaphysique, pénétration; au côté externe du précédent.

22° Esprit de saillie, bel esprit, caus-

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ticité; partie antérieure supérieure et latérale du front.

23° Talent poétique, idéalité; audessus et un peu en avant de la mécanique.

24° La bonté, la bienveillance, presque à l'extrémité de la suture frontale, à sa partie supérieure.

25° L'imitation, la mimique; à la partie antérieure et supérieure du front.

26° La fermeté, la persévérance : au sommet de la tête.

27° L'instinct religieux, la vénération ; tout à fait au sommet de la tète.

« Plusieurs autres organes ont encore été ajoutés, depuis Gall, par des phrénologistes modernes ; tels sont ceux de l'habitativitê ou attachement pour les lieux ; de la conscience ou de la justice ; de l'espérance ; de la merveillosité ; de l'étendue ; de la tactilité ou de la pesanteur; de l'ordre ou de l'arrangement méthodique; du temps ou éventualité. »

A cette nomenclature, M. Focillon ajoute les observations suivantes :

« A l'aide de ces facultés combinées dans toutes les proportions imaginables, on comprend que Gall cherchait à expliquer et à comprendre cette immense quantité de caractères que l'on rencontre dans le monde. Ainsi, supposez un développement exagéré de l'instinct de la propriété, chez une nature vulgaire, sans éducation, dans laquelle on n'a pas cherché à développer l'instinct religieux uni à celui de la fermeté, à celui de la bienveillance, on pourra avoir affaire à un voleur; on pourrait pousser très-loin ces déductions ; mais nous devons ajouter que cet exemple est déjà une réponse au reproche fait a Gall, à savoir : que son système conduisait au fatalisme, à l'athéisme. A cela il répond : que les natures brutes et incultes, les individus qui n'ont pas été éclairés au flambeau de la religion ou de l'éducation composent une masse dans laquelle, en effet, toutes les mauvaises passions tendent à se développer et à pulluler, et que c'est par la religion seule, et par l'éducation et l'instruction, que les organes qui représentent les facultés

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intellectuelles, peuvent, en se développant par un exercice incessant, ainsi que l'enseigne la physiologie, contrebalancer et vaincre les instincts mauvais. Ainsi religion, éducation, instruction, voilà le trépied de la vie sociale. »

Nous avons commencé par dire que l'observation pratique des crânes a à peu près renversé le système de Gall et de Spurzheim dans la société savante. On vient de voir, par les dernières observations de M. Focillon, comment Gall se lavait du reproche de fatalisme et d'athéisme, en attribuant un grand empire à la religion, i l'éducation et à l'instruction, qui, d'après lui, donnaient à l'âme laforce de lutter contre les mauvais instincts dont les protubérances du cerveau étaient comme lesmembres. De même, par exemple, que lamain est poussée par l'instinct à prendre et à porter à la bouche l'aliment qui appartient à autrui, quand l'estomac a faim et que cependant l'âme la retient, quand elle est instruite par la religion de ses devoirs, de même elle peut avoir à lutter contre les tendances de ces membres intérieurs qui lui servent de corps dans lequel elle est incarnée, mais apprend à résister à ces tendances quand elles sont mauvaises, à leur céder quand elles sont bonnes.

On ne peut donc pas dire que le système soit ni fataliste, ni matérialiste, ni, encore moins, athée, car quelque soit le mode dont on imagine l'effet, la nécessité de la cause reste nécessairement.

Mais, sans nier ce que pourrait avoir de vrai la phrénologie crâniologique, considérée en elle-même, nous ne croyons pas que l'observation

Euisse conduire, à des données probales, encore moins régulières et fixes, sur les facultés morales dont on vient de lire la nomenclature. Toutes ces facultés sont trop soumises à la loi de l'acquis dans l'individu pour qu'on puisse induire de l'examen des bosses du crâne, en supposant qu'elles correspondent exactement aux variantes de formes du cerveau, ce qui doit être soumis à une foule d'exceptions, des pronostics assez probables pour être utiles. Ce ne sont pas, d'après nous,

les choses fixes de la nature individuelle qu'il faut consulter pour arriver à deviner l'homme ; ce sont les choses mobiles, variables qui sont le résultat de l'usage qu'il a l'ait de ses facultés. Dans le physiognomonisme de Lavatcr il y a aussi à distinguer les caractères fixes, tels que la forme du nez, dont il prétend tirer des indications, et les caractères qui résultent de l'usage, tels que le regard, le sourire, et mille autres qui constituent la physionomie. Nous croyons que l'œil habile, qui s'est exercé dans ce genre d'observations, peut tirer de ces derniers caractères des indices presque certains, malgré le grand nombre de physionomies trompeuses.

Mais nous ne croyons pas que les autres puissent servir à grand' chose.

Nous dirons de même de la graphologie, qui se fonde sur l'écriture pour deviner les caractères moraux. Tout ce qui, dans l'écriture, est spontané et mobile, peut donner des indices; mais ce qui est fixe soit par suite du système calligraphique acquis, soit autrement, n'en peut, à notre avis, donner aucun.

Juger de l'individu par les formes qu'il a lui-même données à son visage, à ses gestes, à son écriture, etc., c'est le juger à ses fruits; et cela est logique, c'est le simple bon sens ; mais le juger d'après ce qui ne vient pas de lui, de sa liberté et de l'emploi qu'il en a fait, c'est s'exposer à se tromper presque toujours. L'homme a la puissance de se faire lui-même moralement ; qui ne le dit pas est fataliste ; prenons-le donc dans ce qui résulte de l'usage qu'il a fait de cette puissance si nous voulons deviner son intérieur par son extérieur, son âme par son corps. V. pimÉNOLOGiE ,

PHYSIOGNOMONISME , GUAPUOLOGLE

Le Nçtm.

CRÉATEUR, CRÉATION. Créer, c'est produire des êtres par le seul vouloir. On ne peut attribuer ce pouvoir à Dieu d'une manière plus énergique et plus sublime que l'a fait Moïse, Gènes., c. i. f 3. « Dieu dit : » que la lumière soit, et la lumière » fut. » C'est ainsi qu'il représente successivement toutes les productions

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de Dieu ; elles ne lui coûtent qu'une parole, un seul acte de volonté. Selon le psalmiste, Dieu a dit, et tout a été fait; il a commandé, et tout a été créé, Ps. 148, f S. Dieu lui-même dit, par la bouche d'Isaïe : « J'ai ap- » pelé le ciel et la terre, et ils se sont » présentés, » c. 45, f 24 ; c. 48, f 12. Judith parle de même : « Vous avez » dit, Seigneur, et tout a été fait ; » Vous avez soufflé, et tout a été » créé. » Judith, chap. 16, f 17. La mère des Machabéas représente à son fils que Dieu a fait de rien le ciel, la terre, tout ce qu'ils renferment, et la race humaine. II. Machab., c. 7, f 28. Le dogme de la création a donc été constamment professé chez les Juifs ; a-t-il pu venir d'une autre source que de la révélation primitive ?

En effet, Moïse nous apprend que Dieu bénit et sanctifia le septième jour ; pourquoi, sinon afin qu'il servit de monument perpétuel de lucréation ?

La semaine ou l'usage de compter les jours par sept a été observé par les patriarches, avant que l'on pût le rapporter à des calculs astronomiques, Noé demeura sept jours avant de sortir de l'arche. Gen., c. 8, f 10 et 12. Les noces de Jacob durèrent sept jours, c. 29, f 27 ; ses funérailles de même, c. 50, ^ 10. La loi de sanctifier le sabbat, ou le septième jour, en mémoire de la création, fut renouvelée dans le désert. Exod., c. 16, ? 23; c. 20, ? 11. De là le respect des Juifs pour le nombre septénaire.

Si la sanctification du sabbat fut ordonnée sous peine de mort, c'est à cause de l'importance du dogme delà création. 11 est évident que l'intention de Moïse, en écrivant la Genèse, a été de prémunir les Hébreux contre l'erreur des autres peuples, qui admettaient plusieurs dieux, qui adoraient les astres et les éléments , et contre tous les faux systèmes philosophiques qui devaient éclore dans la suite des siècles. Conséquemmcnt il leur enseigne qu'un seul Dieu a tout créé ; Dieu n'a donc pas eu besoin de coopérateur, puisqu'il opère par le seul vouloir; les astres et les éléments ne sont pas des dieux, puisque ce sont des créatures que Dieu a

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faites pour l'utilité de l'homme ; lui seul gouverne tout par sa providence, puisque c'est lui qui a établi, dès le commencement , l'ordre qui règne dans la nature; il est donc le seul distributeur des biens et des maux, et ce serait une absurdité de les attribuer à d'autres qu'à lui seul. Ainsi, d'un seul trait, Moïse a sapé par la racine les fondements du polythéisme et de l'idolâtrie, le faux système des émanations, qui a été la source de tant d'erreurs, l'hypothèse non moins absurde du destin ou de la fatalité, et toutes les autres rêveries philosophiques, longtemps avant leur naissance.

En second lieu, de la notion de Créateur s'ensuivent tous les attributs de Dieu ; ce dogme seul nous en donne la vraie notion. Dieu est l'Etre néeessnire ou existant de lui-même, puisqu'il est la première cause sans la- ' quelle rien n'aurait pu sortir du néant ; il est éternel, rien n'était avant lui, et il est avant tous les temps ; il est tout-puissant, rien peut-il résister à celui cpii opère par le seul vouloir ? Il est infini, aucune cause n'a pu le borner; par quel espace pouvaitil être limité avant la création'? Il est pur esprit, puisqu'il a tiré du néant la matière, et qu'il agit avec intelligence ; pour connaître tout ce qui est, tout ce qui sera, tout ce qui peut être, il n'a besoin que de voir l'étendue de son pouvoir : il ne doit pas lui en coûter davantage pour gouverner le monde, qu'il ne lui en a coûté pour le former.

Faute d'avoir connu ce dogme essentiel, les philosophes ont été incacapables de démontrer l'unité, la simplicité, la parfaite spiritualité de Dieu : ou ils l'ont conçu comme l'âme du monde, ou ils ont pensé que Dieu avait laissé à des esprits inférieurs le soin de le fabriquer et de le gouverner. La théologie de Moïse, qui est celle de notre premier père, était donc le meilleur préservatif contre les divers égarements du genre humain.

Cependant des écrivains téméraires ont avancé que la création est un dogme nouveau, une idée philosophique ; qu'il n'est pas enseigné clairement par Moïse; que plusieurs Pères de l'Eglise l'ont ignoré; qu'il

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n'est pas fort essentiel à la théologie, etc. Toutes ces assertions, hasardées et répétées aveuglément par nos incrédules, tombent d'elles-mêmes à la vue de la clarté et de l'énergie du texte sacré.

C'est une grande question entre les plus habiles critiques, de savoir s'il n'est aucun des anciens philosophes qui ait admis le dogme de la création, si tous l'ont rejeté formellement ; si tous ont soutenu ou l'éternité du monde, ou l'éternité de la matière.

Cudworth, dans son Système intellectuel, avait avancé que les philosophes plus anciens qu'Aristote n'avaient point regardé le principe, rien ne se fait de rien, comme incontestable ; il avait cité quelques passages qui semblaient prouverquePythagorc, Platon et quelques-uns de leurs disciples, ont supposé une espèce de création.

Mais Beausobre, Le Clerc, Mosheim, Brucker et d'autres, sont d'avis que ces passages ne sont pas décisifs, qu'ils sont contredits par d'autres plus ci airs; d'où ils concluent qu'aucun philosophe n'a enseigné la création prise en rigueur. M. Anquetil s'est attaché à faire voir que Zoroastre et ses disciples ont formellement professé cette vérité. Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tom. 69, i'n-12, p. 123 (1).

Il faut avouer cependant qu'il est difficile de voir quel a été le vrai sentiment des philosophes, touchant une question qui passait leur intelligence, à cause des contradictions fréquentes dans lesquelles ils sont tombés. S'ils avaient admis un Dieu créateur, il est à présumer qu'ils auraient tiré de cette notion les conséquences qui en découlent évidemment, qu'ils en auraient conclu l'unité, la simplicité, la spiritualité, la providence de Dieu ; que jamais ils ne l'auraient pris pour l'âme du monde. Mosheim va jusqu'à prétendre que les platoniciens mêmes, du troisième et du quatrième siècle, qui connaissaient les dogmes du Christianisme, n'ont admis qu'en apparence celui de la création ; qu'ils l'entendaient, non dans un sens réel, niais dans un sens métaphysique, au-

(i) Voyez l'art. Disc.

Gousset.

qusl on ne conçoit rien. Cudworth) Syst. intel., tom. 2, p. 287. Quoi qu'il en soit, il demeure incontestable que le dogme de \a création est venu, non des raisonnements philosophiques, mais de la révélation primitive, et de la tradition conservée par les patriarches et parleurs descendants (1).

C'a donc été une témérité inexcusable de la part de Beausobre, de soutenir, après Burnet, qu'il est incertain si ce dogme a fait partie de l'ancienne théologie juive; qu'il n'y a, dans les livres saints, aucun passage par lequel on puisse le prouver démonstrativementà un esprit prévenu.

Hist. du Munich., tome 2, 1. 5, c. 4. Nous convenons qu'il n'est aucun passage assez clair, ni aucun argument assez démonstratif pour convaincre un esprit prévenu; mais la prévention d'un raisonneur opiniâtre change-t-elle la signification naturelle des termes? Nous avouerons encore que l'hébreu bara, le grec wcîÇetv, le latin creare, le français créer, n'expriment pas toujours la création propre-

(1) Il on est de même an jugement de M. Bergier, des dogmes essentiels de la spiritualité et de l'immortalité de l'aine. Voyez Ame. C'est aussi la doctrine de saint Justin. V. yez Certitude.

Ce n'est que lorsqu'on est instruit par la révélation, qu'on peut sentir et démontrer l'existence d'un Dieu créateur; or, voici comment les philosophes chrétiens ont coutume do procéder pour la dé* monstratiou du dogme de la création.

I. // existe quelque chose. L'on ne doit et l'on ne peut exiger aucune preuve de cette proposition: les athées en conviennent avec nous.

Un être ne peut exister à moins qu'il n'ait nne raison suffisante de son existence. Ce principe est d'une évidence telle qu'il serait ridicule d'entreprendre de le prouver. Ce serait d'ailleurs une peine inutile, car il n'est contesté par personne.

La raison suffisante de l'existence peut être dû deux genres, ou la propre nature de l'être, ou une cause extérieure. Tout être existe, ou par soin.ème ou par autrui. Ce principe est encore reconnu vrai par nos adversaires.

L'Etre qui existe par soi-même, en vertu de saj propre nature, existe nécessairement; il ne peut pas ne point exister. Cette vérité est encore évi-j dente et reconnue. Puisque l'existence fait partie de l'essence de cet être, il ne peut pas no pas l'avoir On l'appelle en conséquence l'Etre nécessaire.

Au contraire, l'être qui doit son ''xistenee à une cause étrangère, n'existe que Jépendainrnent de cette cause, et autant qu'il a été produit par elle. Son existence n'est pas une chose en soi nécesaire, puisqu'il a été un temps où il ne l'avait pas. On le conçoit non existant: i! pourrait donc l'être. Nous le nommons en conséquence l'être c mtingent.

Il est important de distinguer deux sortes de nécessité, l'une antécédente et absolue, l'autre conséquente et hypothétique. La première tient à la

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ment dite; aucune langue ne peut avoir un ternie sacramentel pour la désigner, puisque ce n'est pas une idée cpii soit naturellement venue à l'esprit des inventeurs du langage; mais n'y a-t-il pas d'autre moyen de l'exprimer? Si nous en croyons Beausobre, les auteurs sacrés, qui disent que Dieu a tout fait de rien, qu'il a tiré toutes choses du néant, qu'il a fait ce qui est de ce qui n'était point, n'ont pas enseigné la création assez clairement ; parce que les anciens ont appelé rien, néant, ce qui n'était pas, la matière et les êtres qui n'avaient pas encore reçu leur forme.

N'est-ce pas là se jouer des termes? Beausobre devait du moins nous dire de quelles expressions les écrivains sacrés devaient se servir pour enseigner la création assez clairement. En raisonnant comme lui, on prouverait que lui-même n'admet pas assez clairement ce dogme, malgré la profession qu'il en fait. Dieu a dit, et tout a été fait ; il dit que la lumière soit, et la lumière fut ; ainsi parlent les au-

teurs sacrés : ce langage se trouvet-il chez les profanes ?

Par la même prévention, Beausobre doute si saint Justin a vu la création de la matière dans les paroles de Moïse; parce que, dans sa première Apol, n° 59, il pense que Platon a emprunté de Moïse ce qu'il a dit de la formation du monde: or, Platon suppose que Dieu l'a formé d'une matière préexistante. Mais pour savoir ce qu'a pensé saint Justin, il ne lallait pas se contenter d'un seul passage. Dans son Exhortation aaxGrecs, u° 22, il dit que, « la différence qu'il » y a entre le Créateur et l'ouvrier » consiste en ce que le premier n'a » besoin que de sa propre puissance » pourproduire des êtres, aulieu que » le second a besoin de matière pour » faire son ouvrage ; » n° 23, il prouve que si la matière était incréée, Dieu n'aurait point de pouvoir sur elle, et qu'il ne pourrait pas en disposer.

Cela est-il assez clair ? Aussi Beausobre avoue que si ce Père a été constant dans ses principes, il faut qu'il

nature même et à l'essence de la chose. Ce qui est nécessaire de cette manière est austi essentiel. 11 implique contradiction que cela ne soit pas ; parce qu'il répugne qu'un être soit sans son essence. On appelle cette nécessité antécédente, non qu'elle précède réellement la chose, mais pareeque nouslacoo.eevonscomme le principe de la chose. On l'appelle abso- Itieparce que dans aucun cas, dans aucunesu[ position, elle ne peut pas ne pas être. L'hypothèse que l'on Tondrait imaginer de sa non-existence renfermerait Une contradiction, présenterait l'être et le non être. Cest ainsi, par exemple, que sont nécessaires les axiomes de la géométrie. Il est nécessaire d'une nécessité absolue que tous les points de la cireonléreoce d un cercle soient à; une é^ale distance du centre : on ne peut pas concevoir un cercle en excluant cette propriété essetielle. La nécessité conséquente on hypothétique est, comme le mot l'annonce, celle qui résulte d'une supposition quelconque. L hypothèse posée, la conséquence s'ensuit nécessairement : mais sans celte hypothèse la chose aurait pu n être pas. 11 est nécessaire qu'elle soit d après la supposition, il n'était pas nécessaire qu'elle lût avant la supposition. Par exemple, tous les événements passés ne peuvent pas ne pas avoir existépuisquou les suppose passés, il est nécessaire qui s aient eu lieu; mais il n'était pas nécesarie qu ils existassent. Il est maintenant nécessaire que Louis XIV ait vécu; ce n'était pas en soi une chose nécessaire qu il vécut. De même, dans l'ordre physique, le mouvement d'uu corps est l'effet néceesaire de l'impulsion qu'il a reçue. Il est impossible que telle impulsion donnée à tel corps dans telle direction ne produise pas un tel mouvement

ïvll°",Se,lt q'"? Ce n'esL là 1"'l,Qe nécessité Hypothétique, qu une nécessité résultante de la supposition que l'impulsion a été donnée. Tout effet suppose une cause : il peut j avoir entre l'effet et

la cause une relation nécessaire; mais une nécessité de simple relation n'est pas absolue. La nécessité d un effet ne peut être que le résultat de existence et de l'opération de sa cause. Si j'ouvre la main, le corps que je tiens tombe nécessairement a terre; mais sa chute n'est nécessaire que d'après 1 hypothèse de l'ouverture de ma main. Un effet nécessaire dune nécessité absolue est une contradiction dans les termes. On s'exprimerait même plus exuc.ement en disant que l'effet estnécesssité. qu en le disant nécessaire. Il résulte de là q„e les choses nécessaires d'une nécessité seulome it hypothétique, sont en soi absolument contingentes • on les conçoit très-bien non esxistant et il n'y a point do contradiction à ce qu'elles n'eussent, pas été. II. /; existe un Etre nécessaire. Il implique contradiction que la totalité des êtres existants soit contingente ; dans ce cas elle existerait et ne pourrait pas exister. Elle existerait, c'est l'hypothèse : elle ne pourrait pas exister; car n'ayant pas l'existence par sa nature, elle n'aurait pu la recevoir d'antrui, puisque hors de la collection des êtres, il n'y a aucun être. Elle n aurait donc ni un principe interne, ni une cause externe de son existence. Elle n'aurait aucune raison suffisante pour exister. Il faut ou nier qu il existe aucun être, ou avouer qu'il y a quelque être existant par sa propre nature.

L'être contingent est par sa nature indifférent à 1 existence et à la non-existence. Il n'existera jamais, s il n y est déterminé par une cause hors de lui. Dans 1 hypothèse de tous les êtres contingents, il ne s en trouvera aucun qui les détermine à exister; si doue il n y a pas un Etre nécessaire, rien n'existera. Ainsi tel est notre premier concept, telle est la notion primitive que la raison nous présente do Dieu, et do laquelle elle fait découler toutes les antres idées qu elle nous en donne. C'est aussi celle que Dieu donnait à Moïse de lui-même. Je suis celui qui

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ait cru la création de la matière. Hist, du Manich., 1. 5, c. 5, § S. Or, saint Justin n'a pas puisé ce sentiment dans Platon, puisqu'il le réfute ; ni dans les autres philosophes, puisque aucun d'eux n'a enseigné la création. Ce Père déclare qu'il a renoncé à leur doctrine pour étudier les prophètes, Mal. cum Tryph. , n° 7 et 8 ; donc c'est dans les prophètes, ou dans les écrits de Moïse, qu'il a trouvé le dogme de la création.

Au reste, Beausobre n'a point dissimulé son intention, il voulait justifier les sociniens accusés de nier la création de la matière; pour les faire paraître moins coupables, il a trouvé bon de soutenir que ce dogme n'est pas assez clairement enseigné dans nos livres saints; qu'après tout, il n'est pas fort essentiel à la religion, puisqu'il ne conduit pas à l'athéisme; et quelques déistes l'ont ainsi affirmé sur sa parole. Suivant ce beau raisonnement, il faut excuser toutes les erreurs, dès qu'elles ne détruisent pas absolument toute religion. Mais

ce critique, si charitable à l'égard de tons les hérétiques, si ingénieux à faire leur apologie, aurait dû être plus indulgent pour les Pères de l'Eglise et pour les théologiens catholiques ; quand il s'agit de justifier les premiers, la moindre expression susceptible d'un bon sens lui suffit pour ne pas leur imputer une erreur; dès qu'il est quession des seconds, jamais ils ne se sont exprimés assez clairement à son gré; jamais ils n'ont raisonné assez exactement; il ne faut leur faire grâce sur rien.

Brucker, moins entêté, avoue que la prévention des anciens. philosophes contre le dogme de la création.

leur a fait embrasser le système absurde des émanations, qui a été la source de toutes les rêveries des gnostiques; et que saint Irénée l'a très-bien compris en écrivant contre ces hérétiques. Hist. Philos., tome 6, p. 539, note (o). Ce dogme n'est donc rien moins qu'indifférent, et jamais il n'a paru tel aux Pères de l'Eglise.

Le père Baltus dans sa Défense des

suis. Tu diras aux enfants d'Israël : Celui qui est, m'a envoyé vers vous. Dieu est celui qui est, et qui ce peut pas ne pas être ; à qui l'être appartient en propre, et non pas en concession ; qui jouit de l'exis'.ence par la vertu de sa nature, et qui ne l'a reçue d'aucune cause ; qui la possède essentiellement, et qu'on ne peut pas concevoir non existant.

Cette vérité, qu'il existe un Etre nécessaire, est généralement reconnue par les athées; car ils prétendent que la matière existe nécessairement.

Ccpendantquolques-unsontimaginéon expédient : c'est de supposer une succession infinie d'êtres indifférents à exister, d'éti'es contingenta, qui se sont produits les uns les autres, sans qu'on puisse jamais arriver au premier de ces êtres produits.

Mais cette supposition est évidemment absurde, Aucun de ces êtres produits n'existe par nature; donc aucKn n'a, dans sa nature, un principe d'existence : ehamn d'eux a donc en soi-même le néant de ce principe. Qu'on multiplie jusqu'à l'infini les néants de principe d'existence, on ne formera jamais un degré de ce principe; car tous les néants imaginables des néants infinis d'un principe réel n'en peuvent pas produire un seul degré; donc cette collection infinie d'êtres produits ne peut pas se donner l'existence.

Achevons de mettre ce raisonnement dans le plus grand jour, par quelques comparaisons.

Qu'on multiplie à l'infini les zéros, ils ne donneront jamais la plus petite valeur : des zéros infinis ne valent pas plus qu'un zéro.

.l'on multiplie à l'infini les aveugles, ils ne formeront pas le moindre degré de puissance de voir : qû>: multitude infinie d'aveugles ne peut pas pli -s voir qu'un seul; parce que l'aveuglement élantle néant de la puissance de voir, une infinité d'aveugleoients ne seront que des néants infinis de puis-

sance de voir, qui ne donneront jamais aucun degré de cette puissance.

D'une multitude infinis de morts on ne verra point sortir la vie. Des flambeaux éteints, en quelque nombre qu'on les suppose, ne donneront point de iuraière. Eu multipliant les pauvres, on n'ôte pas la pauvreté, mais on l'augmente.

D'ailleurs, on nous donne comme inGnie cette chaîne de génération*, do productions; cependant elle ne l'est point. Si elle se termine on finit au moment présent, elle n'est donc pas infinie; si elle augmente, elle l'est encore moins; il est absurde que l'infini actuel puisse augmenter. On peut eonmencer actuellement une chaîne successive, infinie en puissance, qui ne sera jamais terminée, qui n'existera jamais tout entière ; mais une chaîne successive, actuellement infinie et actuellement terminée, est une contradiction.

On mille ans avant nous elle était déjà infinie, ou elle ne l'était pas. Si elle l'élait, mille ans de plus ne l'ont pas rendue plus longue; il est absurde que l'infini actuel puisse devenir plus grand. Si elle ne l'éthit pas, mille ans sont une durée : il est absurde que deux quantités bornées, ajoutées l'une à l'autre, produisent une quantité infinie.

Tous les êtres étant produits, il n'en est aucun duquel on ne puisse demander : Quelle est sa cause? En remontant à l'infini, loin de résoudre la question, l'on donne lieu de la renouveler à l'infini. En descendant la < Laine, tous les êtres sont cause de ceux qui suivent ; mais en remontant, ce ne sont plus que fis effets de ceux qui précédent : s'il n'ya point de première cause, ce sera une (lutine infinie d'effets sans cause.

Concluons donc qu'il est un Etre absolument nécessaire, un Etro qui existe par soi-même, en vertu de sa propre nature.

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