Le corps du Christ est enseveli
Le Noie.
CROIX (signe de la). C'est l'action de former une croix sur soi-même, en portant la main du front à la poitrine, et de l'épaule gauche à l'épaule droite, en prononçant ces mots : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit. Ces paroles sont de Jésus- Christ même, lorsqu'il institua le baptême. Matt., c. 28, f 19.
C'est une profession abrégée du Christianisme, de laquelle les premiers fidèles contractèrent d'abord l'habitude. « A toutes nos actions, » dit Tertullicn, lorsque nous en- » trons ou sortons, lorsque nous pre- » nous nos habits, que nous allons » au bain, à table, au lit, que nons » prenons uue chaise ou une lumière, » nous formons la croix sur notre » front. Ces sortes de pratiques ne » sont point commandées par une loi » formelle de l'Ecriture; mais la » tradition les enseigne, la coutume » les confirme, et la foi les observe. » De corona, c. 4. Les chrétiens opposaient ce signe vénérable à toutes les superstitions des païens.
Origène, Select, in Ezcch., c. 9, dit la même chose; saint Cyrille de Jérusalem recommande cette pratique aux fidèles, Catech., 4 ; saint Basile, L. de Spiritu Sancto, c. 27, n° 06, dit que c'est une tradition apostolique.
Les Pères nous apprennent que l'onction du baptême et celle de la contir-
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cno
mation se faisaient en forme de croise sur le front du baptisé ; ils attestent qu'il se faisait des miracles par le signe de la croix; que ce signe puissant suffisait pour mettre en fuite les démons, et pour déconcerter tous leurs prestiges dans les cérémonies magiques des païens. Lactance, 1, 4, Livin.Instit., c. 27 : de Morte persec, c. 10, etc.
Puisque la tradition a suffi pour introduire ce signe parmi les premiers fidèles, nous demandons aux protestants pourquoi elle nJapas suffi pour autoriser aussi le culte rendu à la croix ; quelle différence il y a entre former sur nous une croix par motif de religion, et rendre un respect religieux à ce même signe placé sous nos yeux. Voilà ce que nous ne concevons pas.
Dans le saint sacrifice de la messe, dans l'administration des sacrements, dans les bénédictions, dans tout le culte extérieur, l'Eglise répète sans cesse le signe de la croix; c'est pour nous apprendre et nous convaincre qu'aucune pratique, aucune cérémonie ne peut produire aucun effet qu'en vertu des mérites et de la mort de Jésus-Cbrist; que toutes les grâces de Dieu nous viennent en considération des souffrances de ce divin Sauveur, et du sang qu'il a versé pour nous sur la croix.
Une coutume assez commune chez les cophtes etchez les autres chrétiens orientaux, est d'imprimer avec un fer chaud le signe de la croix sur le front des enfants, ou sur une autre partie du visage. Quelques auteurs mal instruits ont cru que ces chrétiens faisaient cette cérémonie par religion, et qu'ils se persuadaient qu'elle peut tenir lieu du baptême; ils se sont trompés : l'abbé Renaudot, mieux informé, soutient qu'il n'y a dans cette coutume rien de superstitieux. Elle est venue de ce que les maliométans enlèvent souvent les enfants des chrétiens pour en faire des esclaves et pour les élever dans le mahomélisme malgré leurs parents ; mais comme ils sont ennemis de la croix, qui est le signe du Christianisme, ils ne veulent pas d'un enfant ni d'un esclave qui a cette marque imprimée au front
ou an visage. Perpét. delà foi, tom.s 1. 2,c. 4, pag. 106. '
BERGrER,
CROIX (fête delà). L'Eglise romaine célèbre aeux fêtes à l'honneur de la sainte croix : la première le 3 mai sous le nom de l'Invention ou de la découverte de la sainte croix ; elle a été instituée en mémoire de ce que sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin, l'an 326, fit chercher et trouva, sous les ruines du Calvaire la. croix à laquelle Jésus-Christ avait été attaché. Cet événement est rapporté par saint Cyrille de Jérusalem, qui fut placé sur le siège de cette Eglise vingt-cmq ans après ; il en parle a ses auditeurs comme témoins oculaires, et sur le lieu même. Catech., lusamt Paulin, Epist. 31 ; saint Jérôme' Srtlpice-Sévère, saint Ambroise, de obitu Thcod. Saint Jean Chrysostome, Ruflm et Théodoret en ont" aussi fait mention.
En comparant leurs récits, l'on voit que les païens s'étaient appliqués à dérober aux chrétiens la connaissance du heu de la sépulture de Jésus- Cbrist. Non-seulement ils y avaient amassé une grande quantité de pierres et de décombres, mais ils y avaient élevé un temple de Vénus, et avaient érigé une statue de Jupiter sur le lieu où s'était accompli le mystère de la résurrection. Sainte Hélène, après avoir fait démolir le temple, fit creuser â côté du Calvaire, et l'on y découvrit enfin le tombeau du Sauveur, avec les instruments de sa passion. Comme on trouva trois croix, celle de Jésus- Christ fut reconnue par un miracle qu'elle opéra. L'impératrice en envoya une partie à Constantin, une autre partie à Rome, pour être placée dans une Eglise qu'elle y fonda sous le titre de la Sainte-Croix de Jérusalem. Elie laissa la plus grande portion dans l'Eglise qu'elle fit bâtir sur le saint sépulcre, et qui fut appelée Basilique de la Sainte-Croix, l'Eglise du sépulcre ou de la Résurrection.
Les protestants, prévenus contrôle culte de la croix, ont objecté qu'Eusebe n'a pas parlé de cette découverte ; mais que prouve ce silence contre le récit des témoins oculaires, des con-
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temporains, ou des auteurs voisins de l'événement î Le père de Montfaucon nous apprend qu'Eusèbe fait mention de la découverte de la croix dans son Commentaire sur le Ps. 87, p. 549.
« Les miracles de Jésus-Christ, dit » saint Cyrille de Jérusalem, rendent » témoignage à sa puissance et à sa » grandeur, aussi bien que le bois de » la croix trouvé ces jours-ci parmi » nous, et duquel ceux qui en pren- » nent avec foi ont presque rempli » tout le monde.., Il en est de même » du sépulcre où il a été enseveli, et » de la pierre qui est encore aujour- » d'hui dessus. » Catec, 10. Dans la quatrième et la treizième catéchèse, il dit que les parcelles de la croix sont répandues jiar tout le monde. Les fidèles qui visitaient les lieux saints désiraient tous d'en avoir. Quand nous n'aurions point d'autre témoin que celui-là, il ne serait pas récusable ; il était né et il parlait sur le lieu même, il pouvait avoir vu de ses yeux le fait qu'il attestait, et plusieurs de ses auditeurs en avaient été témoins comme lui.
Basnage a néanmoins osé écrire, dans son Ilist. des Juifs, liv. 6, ch. 14, sect. 10, que Grégoire de Tours, mort l'an 596, est le premier qui en ait parlé. C'est ainsi que sont instruits les auteurs que les protestants regardent comme des oracles. Tillemont, tom. 7, p. 5. Dans les Vie des Pères et des Martyrs, tom. 4, pag. 91, l'on trouvera un détail curieux touchant les divers instruments de la passion du Sauveur.
La seconde fête de la sainte croix esl celle de son Exultalion, le 14 septembre : l'institution en est plus ancienne que celle de la fête précédente; elle remonte au règne de Constantin.
On est persuadé qu'elle fut établie l'a# 333, soit en mémoire de la croix qui avait apparu miraculeusement à cet empereur, soit pour célébrer la découverte que sainte Hélène sa mère avait faite de la croix de Jésus-Christ. Du moins les Grecs et les Latins la solennisaient au cinquième et au sixième siècle, et ils l'avaient fixée au jour de la dédicace de l'Eglise que sainte Hélène avait fait bâtir sur le
Calvaire. Toutes les années, à ce jour, l'évêque de Jérusalem montait sur une tribune élevée, et il y exposait la sainte crtii à la vénération du peuple : de là le nom d'Exaltation donné à la fête. Les Grecs nommaient cette cérémonie, les Mystères sacrés de Dieu, ou la sainteté de Dieu, au rapport de Nieéphore.
Vers l'an 614, Chosroës, roi de Perse, après avoir vaincu les Romains, s'empara de Jérusalem ; il emporta dans la Perse la sainte croix, qui était renfermée dans une châsse d'argent.
Mais l'an 628, Chosroës fut vaincu à son tour par l'empereur Héraclius, et obligé de recevoir les conditions de la paix. L'un des premiers articles du traité conclu avec Siroës son fils, fut la restitution de cette précieuse relique. Elle fut rapportée par Zacharie, patriarche de Jérusalem, qui avait été fait prisonnier, et fut replacée par Héraclius lui-même dans l'Eglise du Calvaire. Cet événement rendit plus célèbre la fête de l'Exaltation de la sainte Croix. Dans le huitième siècle, les Latins établirent une fête particulière le 3 de mai, en mémoire de l'invention ou de la découverte de cette relique. Voyez Acta Sanct., 3 maii; Thomassin. Traité de Eûtes, p. 479; Vie des Pères et des Martyrs, t. 8, 14 septembre, etc.
Quant à l'apparition miraculeuse d'une croix que l'empereur Constantin vit dans le ciel, DOjtfioGoNSTASîîR.
Beruier.
CROIX PECTORALE; c'est une croix d'or, d'argent, ou de pierres précieuses, que les évoques, les archevêques, les abbés réguliers et les abbesses portent pendue à leur cou, et qui est une des marques de leur dignité.
Cet usage parait ancien : Jean le Diacre représente saint Grégoire dans son mausolée avec un reliquaire pendu à son cou, et nomme cet ornement filateria; peut-être est-ce une corruption du mot 'jihylacteria. Voy. Phylactères. Saint Grégoire lui-même, expliquant ce terme, dit que c'est une croix enrichie de reliques. Innocent III dit que par cette croix les Papes ont voulu imiter la lame d'or que le grand prêtre
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des Juifs portait sur son front. Cet usage des Papes a passé aux évoques.
Quant à la croix que l'on porte devant les archevêques, voyez PonTE-cnoix, et Y ancien Sacramentaire, première partie, p. 103.
Bergier.
CROIX (chevaliers delà), ou PORTE- CROIX, a-uciferi [Théol. hist. ordr.
relig.) — Cet ordre religieux et militaire qui existe encore en Autriche, en Bohème, en Moravie et en Hongrie, eut d'abord pour but de secourir les pauvres et les pèlerins, puis ajouta à cette mission celle de moraliser les âmes et de se livrer à l'étude. La maison-mère est à Prague ; tous les membres sont prêtres ; on en compte quatre-vingts. Le signe extérieur est une croix de Malte rouge au-dessous de laquelle est une étoile rouge à six pointes. L'ordre est approuvé du Saint- Siège.
« Les chevaliers de la Croix ou les Porte-Croix de France et ceux des Pays-Bas, disent MM. Schôbl et Sehr, ont une même origine. Ils furent fondés en 1211 par le P. Théodore de Celles, qui était d'une famille noble.
Après avoir accompagné l'empereur Barberousse en Terre-Sainte, il obtint un canonicatà Liège, et décida quatre de ses collègues à fonder avec lui une communauté sérieuse et sévère.
Il les quitta momentanément pour prêcher une mission parmi les Albigeois, et, à son retour, il trouva ses quatre confrères disposés à quitter le monde. L'évêquede Liège leur donna, pour favoriser leur projet, l'église de Saint-Thibaud, bâtie sur une colline, nommée Clair-Lieu, non loin de la ville detluy. Ils y fondèrent l'ordre des chevaliers de la Croix, qui, de là, se répandit en France et dans les Pays-Bas.
« Dans le commencement ils vécurent uniquement d'aumônes, ayant renoncé à tous leurs revenus et à tous leurs biens personnels ; mais peu à peu le couvent de Clair-Lieu devint, par des donations successives, un des monastères les plus riches et les plus magnifiques de la Chrétienté. Le pape Ilonorius III confirma la fondation, qui, du vivant même de S. Théodore
(f 1244 ou 1246), s'était déjà propagée au loin.
^ « En France les chevaliers parurent d'abord, de concert avec les Pères Dominicains, comme missionnaires parmi les Albigeois et s'organisèrent d'après la règle de l'ordre de Saint- Dominique, ce qui fut également adopté par les couvents des Pays-Bas.
Innocent IV autorisa cette transformation.
« Ils obtinrent un si grand succès en France par leur ardente prédication que S. Louis les appela lui même à Paris. Les Français obtinrent plus tard un provincial, tandis que le général continua à résider à Clair-Lieu.
Ils portaient une robe de laine blanche, un scapulaire et un manteau noir lorsqu'ils sortaient. Dans le commencement, et avant leur communauté avec les Dominicains, ils avaient une robe de laine noire. Ils se répandirent également des Pays-Bas en Allemagne, à Cologne, à Aix-la-Chapelle; on les nommait les Pères hospitaliers (1).
« Quant aux Porte-Croix italiens, on ignore l'époque de leur fondation, qui, dans tous les cas, n'est pas antérieure aux croisades. La discipline de l'ordre étant complètement tombée en 1656, Alexandre VII se vit obligé de dissoudre la congrégationitalienne.
Il lit don de leurs biens à la république de Venise, pour la soutenir dans la guerre qu'elle faisait aux Turcs.
On les nommait aussi Chanoines réguliers; ils suivaient la règle de Saint- Augustin, et ne s'étendirent pas hors de l'Italie, où ils étaient partagés en cinq provinces. Leurs couvents étaient en même temps des hôpitaux.
« L'Irlande et l'Angleterre eurent aussi des chevaliers de la Croix; leur histoire est toutefois obscure et peu importante (2). »
Ou donna enfin souvent le nom de chevaliers de la Croix à d'autres ordres de chevalerie, par exemple aux chevaliers Teutoniques.
Le Noir.
(i) Voy. Hélvot, Ordres relig. et milit., t. II, p. 269.
(2) Voy. Hélyot, 1. c, II, 267.
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CROSSE, bâton pastoral que portent les archevêques, les évêques et les abbés réguliers, et que l'on porte devant eux quand ils officient.
Il paraît que dans l'origine c'était un bâton pour s'appuyer, mais de tout temps cet appui, nécessaire aux vieillards, a été une marque de distinction. Num., c. 17, f 2, et c. 21, ^18. Nous voyons les chefs des tribus d'Israël distingués par le bâton, et c'est l'origine du sceptre ou bâton de commandement. On lit pour la premièrefois,dansle concile de Troyes de l'an 867, que les évêques de la province de Reims, qui avaient été sacrés pendant l'absence de l'archevêque Ebbon,reçurentdelui, après qu'il eut été rétabli, l'anneau et le bâton pastoral suivant l'usage de l'Eglise de France. En 885, dans le concile de Nîmes, on rompit la crosse d'un archevêque de Narbonne, intrus, nommé Seka. Balsamon dit qu'il n'y avait que les patriarches en Orient qui la portassent.
On donne cette crosse à l'évêque dans l'ordination, pour marquer, dit saint Isidore de Séville, qu'il a droit de corriger, et qu'il doit soutenir les faibles. L'auteur de la vie de saint Césaire d'Arlesparle du clerc quiportaitsacrosse; et saint Burchard, évêque de Wurtsbourg, est loué dans sa vie d'avoir eu une crosse de bois. Voyez l'ancien Sacramentaire, première partie, p. ISO, 1S4. Bergier.
CROYANCE. Croire, en général, est la même chose qu'être persuadé et convaincu ; aussi croyance signifie persuasion ; mais toute persuasion ne peut pas être appelée croyance.
Nous sommes persuadés que deux et deux font quatre, que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits; ces deux propositions sont évidentes par elles-mêmes.
Quoique nous ne concevions pas comment la liberté peut se concilier avec l'immutabilité, nous sommes convaincus cependant que Dieu est libre et immuable, parce que c'est une vérité qui se déduit évidemment de la notion d'Etre nécessaire, conséquemment une vérité démontrée.
Nous sommes certains qu'un corps
est mû par un autre corps; nous le voyons de nos yeux, nous le sentons par le tact, quoique nous ne comprenions pas pourquoi le mouvement se communique d'un corps à un autre corps. Nous sentons que notre âme meut notre propre corps, c'est une vérité de conscience, quoiqu'il ne soit pas possible de concevoir comment un esprit peut agir sur un corps.
Dans tous ces cas, notre persuasion n'est pas proprement une croyance; nousne croyonspas,maisnous voyons et nous sentons.
Quoique nous n'ayons pas vu la ville de Rome, nous croyons son existence, sur le témoignagne de ceux qui l'ont vue, de ceux qui l'habitent, sur les relations que nous avons avec eux, etc. Les peuples de Guinée, qui n'ont jamais vu de glace, qui ne conçoivent pas comment l'eau peut devenir un corps solide, croient cependant l'existence de la glace, sur le témoignage de mille voyageurs ; s'ils ne la croyaient pas, ils seraient insensés. Les avougles-nésne conçoivent point les phénomènes des couleurs, unmiroir,uneperspective,untableau; ils en croient cependant l'existence, et cette persuasion leur est dictée par le bon sens. Dans ces divers cas, la croyance est une foi humaine fondée sur le témoiognage des hommes.
Nous croyons que Dieu est un en trois Personnes, que le Verbe incarné est Dieu et homme, que Jésus-Christ est réellement dans l'Eucharistie, etc. ; quoique nous ne concevions pas ces mystères, nous les croyons sur le témoignage de Dieu, ou parce que Dieu les a révélés : cette croyance est une foi divine. Nous sommes convaincus de la révélation par les motifs de crédibilité dont elle est revêtue.
Lorsqu'on demande, pouvons-nous croire ce que nous ne concevons pas ?
c'est demander si les aveugles-nés peuvent croire l'existence des couleurs, si les peuples de Guinée peuvent croire l'existence de la glace, si nous-mêmes pouvons croire la communication du mouvement d'un corps à un autre. Cependant l'on a fait des libelles pour prouver qu'il est impossible de croire sérieusement ce que l'on ne conçoit pas, que c'est un
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enthousiasme et une folie, que nos professions de foi ne sont qu'un jargon de mots sans idées, queproposer à un homme unniystère, c'est comme si on lui parlait une langue inconnue, etc, ; et toutes ces maximes sont autant d'axiomes de la philosophie des incrédules.
Pour croire un dogme de foi divine, est-il nécessaire que ce dogme soit ohscur et inconcevable ? Non. La spiritualité et l'immortalité de l'àme nous paraissent des vérités démontrées ; mais nous pouvons faire abstraction des preuves naturelles que nous en avons, et croire ces mêmes vérités, parce que Dieu les a révélées ; un ignorant, qui n'a jamais réfléchi sur les preuves, croit ces deux dogmes, parce que la religion les lui enseigne.
Ceux qui virent Jésus-Christ opérer un miracle, pour prouver qu'il avait le pouvoir de remettre les péchés, Matth., c. 9, f G, furent témoins oculaires de la révélation, ou du signe par lequel Dieu attestait le pouvpir de Jésus-Christ ; ils en eurent une certitude physique. Sans avoir vu les miracles du Sauveur, nous en avons une certitude morale portée au plus haut degré : non seulement ils nous sont attestés par les écrits des témoins oculaires et par une tradition vivante qui n'a jamais été interrompue, mais par l'effet qu'ils ont produit, qui est l'établissement du Christianisme.
Jamais les apôtres n'auraient converti personne, si les faits qu'ils annonçaient n'avaient pas été indubitables.
Voyez CiiimiQDE.
Quand on reproche aux athées et aux autresincrédules les conséquences de leur doctrine, etles funestes effets qu'elle doit produire sur les mœurs, ils disent que la croyance influe trèspeu sur la conduite des hommes, que le tempérament seul décide de leurs vices ou de leurs vertus ; de là ils concluent que la religion est la chose du monde la plus indifférente et la plus inutile. D'autre part, ils soutiennent que les vices et les malheurs des hommes viennent de leurs erreurs, qu'il faut leur enseigner la vérité pour les rendre heureux, qu'il est bon par conséquent de prêcher l'athéisme, parce que c'est la vérité ;
ils ajoutent que les erreurs ea fait ds religion sont la cause de la plupart des crimes commis dans le monde.
La contradiction de ces principes est palpable. De quoi servira aux hommes la vérité, si cette connaissance ne peut influer en rien sur leur conduite t Comment la religion, qui commande toutes le? vexius et défend tous les vices, peut-elle produire par elle-même l'effet directement opposé au but de son institution?
Il ne sert à rien de citer l'exemple des chrétiens vicieux, pour prouver que leur religion n'influe en rien sur leurs mœurs. Lorsque la croyance gène les passions, il n'est pas étonnant que celles-ci soient souvent les plus fortes, et entraînent l'homme au crime malgré les remords que la religion lui cause. Au contraire, si la doctrine favorise les passions, en brisant le lien qui tend à les réprimer, elle doit certainement rendre l'homme plus vicieux, puisqu'elle étouffe en lui la voix de la conscience et les reniords. Tel estdonc l'effet que produiraient l'athéisme et l'irréligion sur tous ceux qui sont nés avec des passions violentes.
Où les faits décident, les conjectures et les raisonnements sont superflus. Il est incontestable que le Christianisme, dès qu'il fut établi, causa une révolution sensible dans les mœurs des Juifs et des p.-iiens, etles rendit beaucoup meilleures qu'elles n'étaient; c'est un fait avoué parles ennemis mêmes de la religion. Donc il n'est pas vrai, en général, que la croyance des hommes n'influe en rien sur leur conduite.
CRUCIFIEMENT. Quelle qu'ait été
la méthode des Romains et des Juifs d'attacher à la croix ceux qui étaient condamnés à mourirpar ce supplice, nous ne pouvons douter de la manière dont Jésus-Christ y fut attaché.
Lanarration desévangélistes ne laisse aucune incertitude sur ce point; il est dit que Jésus-Christ, après sa résurrection, fit voir et toucher à saint Thomas les plaies formées dans ses mains etdansses pieds par les clous.
Joan., ç. 20, f 25 et 27. Sur la vraie croix, conservée à Rome, on reniai'-
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que encore les vestiges des clous; lorsqu'elle fut retrouvée par sainte Hélène, on retrouva aussi les clous par lesquels Jésus-Christ y avait été attaché.
Ce supplice était cruel ; il n'est pas étonnant que Jésus-Christ épuisé par une nuit entière de souffrances, par la flagellation, par la fatigue de porter sa croix, par les plaies de ses membres, n'ait conservé sa vie sur la croix que pendant trois heures, et soit mort plus tôt que les deux voleurs crucifiés avec lui. Aucun des ennemis du Christianisme n'a osé disconvenir autrefois que Jésus-Christ n'ait expiré sur la croix ; mais de nos jours, il s'en est trouvé qui ont affecté de douter s'il était véritablement mort lorsqu'il en fut détaché. Ils n'ont pas vu qu'ils faisaient disparaître une de leurs plus pompeuses objections contre la résurrection ; ils disent que si Jésus-Christ était véritablement ressuscité, il aurait sans doute reparu en public, et se serait montré à ses ennemis pour les confondre. Mais, par la même raison, s'il n'était pas mort, il n'a tenu qu'à lui de reparaître et de se montrer aux Juifs, s'il l'avait voulu.
Constantin, converti au Christianisme, abolit avec raison le supplice de la croix. Dès ce moment, elle a passé non-seulement, -comme le dit saint Augustin, du lieu des supplices sur le front des empereurs, mais du lieu des supplices sur les autels.
Plusieurs incrédules ont prétendu qu'il y a contradiction entre les évangélistes au sujet de l'heure à laquelle Jésus- Christ fut attaché à la croix.
Saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, après avoir raconté le crucifiement, disent que depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, c'est-àdire depuis midi jusqu'à trois heures, la Judée fut couverte de ténèbres ; d'où il résulte que le Sauveur fut attaché à la croix vers midi. Mais saint Marc, c. 15, f 25, dit, en parlant des Juifs, il était la troisième heure, ou neuf heures du matin, et ils le crucifièrent. Au contraire nous lisons dans saint Jean, c. 19, f 14, qu'il était environ la sixième heure, ou midi, lorsque Pilate présenta Jésus
aux Juifs, qui demandèrent sa mort; il ne put donc etc.:; crucifié que quelques heures après midi. Comment concilier tout cela ?
Fort aisément, avec un peu d'attention. Saint Jean ne dit pas qu'il était la sixième heure précise, mais environ la sixième heure ; il n'était donc pas encore midi lorsque les Juifs demandèrent la mort de Jésus, et que Pilate le leur livra : or, l'évangéliste ajoute, f 16, que tout de suite ils le conduisirent au Calvaire, chargé de sa croix; Jésus-Christ put donc y être attaché à midi, comme les trois autres évangéiistes le supposent. Lorsque saint Marc dit qu'il était la troisième heure, et qu'ils le crucifièrent, on doit entendre que dès les neuf heures du matin les Juifs se disposèrent à le crucifier, après que Pilate le leur aurait livré ; autrement il y aurait contradiction entre le f 25 et le f. 33 du même chapitre de saint Marc. Il est évident que, dans les $ 23, 24, 23 et 26, cet historien n'a ni suivi l'ordre des faits, ni prétendu marquer l'heure précise. Cette circonstance n'était pas assez importante pour mériter beaucoup d'attention ; et quand un copiste, par inadvertance, aurait mis la troisième heure pour la sixième heure, ce ne serait pas un grand malheur. Bergier.
CRUCIFIX, image de Jésus-Christ attaché à la croix. Les catholiques honorent le crucifix en mémoire du mystère de la rédemption, et pour exciter en eux la reconnaissance de ce bienfait, les protestants ont ôté les crucifix des églises. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que, du temps de la prétendue réformation d'Angleterre, la reine Elisabeth put en conserver un dans sa chapelle. Nous ne savons pas pourquoi les réformateurs ont témoigné tant d'horreur pour ce signe si capable d'exciter la piété, L'on en voit cependant encore dans plusieurs temples des luthériens.
Autrefois un. catholique se serait fait scrupule de ne pas avoir un crucifix dans sa chambre ; aujourd'hui on laisse au peuple ce pieux usage ; il est dangereux qu'en perdant de vue l'image, on n'oublie bientôt ce
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qu'elle représente. Le culte de la croix et l'usage des crucifix devinrent plus communs dans l'Eglise, immédiatement après l'invention de la sainte croix. VoyezV ancien sacramentaire, par Grancolas, première partie, page 66. Bergirr.
CRUICE ( l'abbé P. M. ) {Théol.
hist. biog. et bibliog.) — L'abbé Craice est un humaniste français, directeur de l'école normale ecclésiastique, et auteur d'une quarantaine de volumes relatifs à l'enseignement élémentaire ou supérieur, parmi lesquels des traductions, des éditions annotées des classiques et des recueils de morceaux littéraires. On peut encore citer de lui : Essai critique sur l'hexameron de saint Basile, 1844 ; Notice sur l'école des hautes études ; Annuaires de cette école ; Vie de Mgr. Afre, 1849-1854.
Le Noir.
CRYPTES {Théol. hist. génêr.) — Ce mot qui vient du grec cruptein (xpûx- •teiv) caclier, et qui signifie, en général, des lieux cachés et souterrains, fut appliqué, durant les persécutions, aux catacombes et autres caveaux plus ou moins considérables où se cachaient les chrétienspoury célébrer leur culte et y ensevelir leurs morts. Plus tard ou bâtit souvent des églises au-dessus de ces cryptes, et en même temps s'établit l'usage d'en faire au-dessous qui servaient de chapelles et dans lesquelles on construisait les tombes des personnes les plus distinguées, surtout du clergé. Il existe aujourd'hui des cryptes curieuses au point de vue de l'art chrétien sous un grand nombre de cathédrales et autres édifices religieux.
Le Noir.
CUJAS (Jacques) (théol. hist. biog. et bibliog.) — Né à Toulouse en 1522 et mort en 1590, Cujas fut un de nos plus grands jurisconsultes. «Il représenta, dit M. Rosshirt, parfaitement l'esprit de son époque, qui, abandonnant les voies du moyen âge, prétendit rebrousser au delà, et arriver, par des recherches scientifiques et archéologiques à des résultats différents de ceux qui sont la conséquence logique
et nécessaire du développement naturel des siècles
« Cujas, dont l'influence date de vingt-cinq ans après Alciat, s'était voué tout entier aux travaux philologiques du droit romain, et son plus grand ouvrage, sous tous les rapports, fut ses Notes sur Ulpien ; il y puisa tout ce dont il eut besoin pour expliquer les Pandectes. A cet égard il est incomparable; mais on oublie trop souvent que Cujas faisait le plus grand cas de la Glose et de Barthole. Il en appelle fréquemment à la Glose et à l'homme qui eut la science la plus profonde, au moyen âge, en Italie, à Paul de Castre, qui cependant ne s'éleva jamais au niveau de Barthole.
« Le peuple français, malgré sa légèreté, a toujours conservé sa nationalité, et il n'y a pas de droit moderne dans lequel on retrouve plus l'esprit de Barthole que dans le droit français. Quelques écrivains germaniques modernes ont seuls appelé barbare la méthode de Barthole, parce qu'ils ne la comprenaient pas ; toutefois elle pouvait être nommée ainsi en ce qu'elle ne s'accordait point avec le droit romain au point de vue philologique. Mais la méthode seule n'imprime pas une directionprépondérante aux pensées d'un siècle. La philologie n'est qu'une science auxiliaire, et elle ne saurait jamais aspirer à diriger une époque. Cujas, qui était un philologue avant tout et par-dessus tout, qui traitait de ce point de vue l'exégèse du droit romain avec autant de justesse que de précision, et dont les écrits révèlent nettement ce caractère (1), fut un esprit critique, comme son siècle fut une période critique, mais son caractère n'avait pas la fermeté de son savoir. Le meilleur historiographe de Cujas, Berriat Saint- Prix (2), raconte de Cujas que ce fut précisément à son époque que la plupart des jurisconsultes passèrent au protestantisme, et que lui-môme, partageant complètement leur manière de voir, demeura néanmoins catholique, sans qu'on sache si ce fut
(1) Voy. les trois premiers volumes de l'édit-oo do Fabrot.
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par conviction ou par politique. Quoi qu'il en soit, ses rapports avec des hommes d'un caractère ferme et vigoureux, comme l'évêque de Montluc, et sa perspicacité politique le maintinrent, malgré sa méthode scientifique, dans la voie dont tantd'autres dévièrent, et dans laquelle il persévéra, parce qu'il suivait plus en pratique l'expérience que la théorie....
« Il inaugura une nouvelle méthode d'interprétation du droit romain, et parvint à l'intelligence véritable du Corps du Droit civil par l'étude du droit antérieur et postérieur à Justinien, par la connaissance sérieuse des langues latine et grecque, par celle de l'archéologie et l'intelligence approfondie de tout ce qui était romain. Il lut d'abord et élabora les Institutes, puis les Titres (Tituli) d'Ulpien, les Sentences de Jules Paul JuliiPauli Sententiœ receptse, en même temps que les écrits grecs des temps anciens, rédigea des sommaires (Paratitla) sur lesPandectes, des commentaires sur quelques titres et sur Africain. Puis il étudia le Code Justinien et s'appl qua surtout à reconnaître l'histoire du droit impérial dans les trois derniers livres de ce Code; il arriva aux Novelles, et enfin il prouva par ses observations avec quel soin et quelle solidité il avait étudié l'ensemble. Ce sont là les ouvrages qu'il publia lui-même, et c'est dans ce choix et cettte exposition qu'on reconnaît toute la valeur de l'homme. Les sept autres tomes renferment ses œuvres posthumes et prouvent l'assiduité et l'immense érudition de ce savant...
« Quant aux rapports de Cujas avec le droit canon, il faut observer qu'il porta consciencieusement ses investigations philosophiques d'abord sur le droit canon en vigueur, et notamment sur les recueils des Décrétales dont Grégoire IX avait tiré son grand travail authentique. Antoine Augustinus avait fait imprimer d'abord sa Colleotio Innocenta lU, 1576, llcrdee, avec le recueil de Bernardi prxpositi Papiensis et de Joannes Gallensis. Charles Labbé la publia pour la seconde fois, avec des notes et des corrections de Jacques Cujas, Paris, 1009. On voit
que les études de ce grand jurisconsulte portaient sur les sources mêmes du droit plus que sur les travaux du droit, ce qui était moins grave dans l'interprétation du droit romain que dans celle du droit canon, où il s'agissait de la pratique actuelle et vivante d'nn droit nouveau. En effet le droit canon avait sa source immédiate dans les ordonnances de l'Église, et il ne s'agissait que de concilier le présent avec le passé. Mais Cujas voulait scruter le passé avant de penser au présent. Désarmer les abus, tel était le mot d'ordre de son temps ; c'est pourquoi Cujas, dans son testament, recommande à sa femme et à sa fille de s'en tenir au texte pur des saintes Ecritures, sans commentaires, sans interprétation. D'ailleurs, en général, la fermentation de son siècle troublait souvent ses opinions sur l'autorité ecclésiastique ; sa méthode était en contradiction avec les opinions de l'Eglise, d'après laquelle il est impossible que tout soit fondé sur la parole écrite. »
Le Noir.
CULTE, honneur que l'on rend à Dieu, ou à d'autres êtres, par rapport à lui et par respect pour lui. Il est impossible d'admettre en Dieu une providence, sans en conclure qu'il est juste et nécessaire de lui rendre un culte, non parce qu'il en a besoin, mais parce que nous avons besoin nous-mêmes d'être reconnaissants, respectueux, soumis à notre Créateur:
quiconque ne l'est pas envers Dieu, l'est encore moins envers les hommes.
Respecter sa majesté suprême, sentir en tout lieu sa présence,' reconnaître ses bienfaits, croire à sa parole, se soumettre à ses ordres et à sa volonté, se confier en ses promesses et en sa bonté, l'aimer sur toutes choses : voilà les sentiments dans lesquels consiste le culte en esprit et en vérité; tous réunis forment ce que nous appelons Y adoration ouïe culte suprême qui n'est dû et ne peut être rendu qu'à Dieu seul(l).
Avant d'entrer dans aucune ques-
(i) Voyez L'article religion.
Gousset.
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tion sur ce sujet, il faut commencer par expliquer les termes. Dans toutes les langues, culte, honneur, respect, vénération, révérence, service, sont synonymes, surtout dans le langage commun et populaire. Dans l'Ecriture sainte même, le terme hébreu qui désigne le culte suprême rendu à Dieu, exprime aussi l'honneur que les patriarches ont rendu plus d'une fois aux anges, et celui qu'ils ont témoigné aux hommes; dans ces divers passages, les versions emploient indifféremment le mot adorer, ou se prosterner Cependant le mot et l'action ne peuvent pas désigner le même sentiment ni le même degré de respect à l'égard d'objets si différents; il faut donc que la signification des mots change suivant les circonstances et suivant l'intenlion des écrivains.
Conséquemment l'on est obligé de distinguer différentes espèces de culte, et iî convient d'en prendre l'idée dans l'Ecriture sainte. Faute d'avoir eu des notions justes et nettes sur ce point, les théologiens hétérodoxes ont fait une infinité de raisonnements et de réflexions fausses ; il n'est aucun article de la doctrine catholique qu'ils aient mieux réussi à défigurer.
Nous appelons culte intérieur les sentiments d'estime, d'admiration, de reconnaissance, de confiance, de soumission à l'égard d'un être que nous en jugeons digne ; et culte extérieur, les signes sensibles par lesquels nous témoignons ces sentiments ; comme les génuflexions, les prosternements, les prières, les vœux, les offrandes, etc. Lorsque ces témoignages ne sont pas accompagnés des sentiments du cœur, ce n'est pas un culte vrai et sincère, c'est une pure hypocrisie :
vice que Jésus-Christ et les prophètes ont souvent reproché aux Juifs.
Comme le culte change de nature, suivant la différence des molif's qui l'inspirent, il faut distinguer le culte civil d'avec le culte religieux. Lorsque nous honorons dans un personnage des qualités, un pouvoir, une autorité qui n'ont rapport qu'à l'ordre civil et temporel de la société, c'est un culte purement civil; si nous voulons honorer en lui une dignité, un pouvoir, un mérite surnaturel, avantages qui
n'ont rapport qu'à l'ordre de la grâce et au salut éternel, c'est un culte religieux, puisque la religion seule nous peut faire connaître et nous faire estimer les dons de la grâce. Mais nous ne pouvons pas exprimer le culte religieux par d'autres signes que le culte civil, c'est la diversité du motif qui en fait toute la différence.
Par conséquent le culte ne' peut pas non plus être le même lorsque nous avons une idée toute différente des personnes ou des objets auxquels nous l'adressons. Comme nous reconnaissons en Dieu seul toute perfection, les attributs de Créateur et de seul souverain maître, nous lui devons des sentiments d'admiration, de respect, de reconnaissance, de confiance, .
d'amour, de soumission, que nous ne pouvons avoir pour aucune créature; ainsi, nous lui rendons non-seulement un culte religieux, mais un culte suprême, que nous appelons proprement adoration ; il y aurait de la folie et de l'impiété à vouloir rendre ce culte à un autre qu'à lui.
Lorsque nous respectons et honorons, dans les anges et dans les Saints, les grâces surnaturelles que Dieu leur a faites, la dignité à laquelle il les a élevés, le pouvoir qu'il leur accorde, ce n'est certainement plus un culte divin, ni un culte suprême, mais un culte inférieur et subordonné; c'est néanmoins toujoursun culte religieux, quisqu'il a pour motif la religion, ou le respect que nous avons pour Dieu lui-même. Lorsque Dieu dit aux Israélites, Exod., c. 23, y 21 : « Res- » pectez mon ange, parce que nion » nom est en lui, » il ne leur prescrivait pas un culte civil. Lorsqu'une femme de Samarie se prosterna devant Elisée, parce que ce prophète venait de ressusciter son enfant, elle ne prétendit poiut honorer en lui une dignité ni un pouvoir civil, mais la qualité de saint prophète, d'homme de Dieu, et le pouvoir d'opérer des miracles, IV Reg., c. 4, f 9 et 37.
Dans l'ordre civil, on peut appeler culte suprême celui que l'on rendau roi, et culte inférieur celui que l'on témoigne à ses ministres. Pourquoi cette dénomination n'aurait-elle pas lieu en fait de mite religieux!
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Pour mettre plus de clarté dans leur langage, les théologiens appellent latrie le culte rendu à Dieu, et dulie celui que l'on rend aux saints ; mais dans l'origine, ces deux termes tirés du grec- signifiaient également service, sans distinction.
Il faut encore se souvenir que nous employons souvent les mêmes démonstrations extérieures, pour témoigner un culte inférieur et pour rendre un culte suprême; et c'est alors l'intention seule qui détermine la signification des signes. On s'incline, on se découvre, on se met à genoux, on se prosterne devant les grands aussi bien que devant les- rois, sans avoir pour cela l'intention de leur rendre un honneur égal ; il en est encore de même dans le culte religieux h l'égard de Dieu, et. à l'égard des anges et des saints. Presque toute la différence se trouve dans la forme des prières; nous demandons à Dieu de nous accorder ses grâces par lui-même, et nous supplions les saints de les obtenir pour nous par leur intercession :
cela est très-différent.
Le culte, soit civil, soit religieux, est tantôt absolu et tantôt relatif ; les honneurs que l'on rend au roi sont un culte cicil absolu, le respect que l'on a pour son image ou pour son ambassadeur est relatif; on ne les honore pas pour eux-mêmes, mais en considération du roi, Il est dit dans le psaume 98, Hebr. 99, f S et 9 : « Adorez Peseabeau des pieds du Sei-
» gneur, parce qu'il est saint Ado-
» rez sa sainte montagne. » Lorsque les Juifs se prosternaient devant l'arche d'alliance, devant le temple, devani. la montagne de Sion; lorsqu'ils se ton maient de ce côté-là pour prier, ils ne prétendaient pas rendre leur culte à la montagne, au temple, ni à l'arche, mais à Dieu, qui était censé y être présent : donc lorsque nous faisons de même devant une image du Sauveur, ou devant sa croix, ce n'est point à ces symboles que se termine notre mite, mais à Jésus-Christ luimême. Il dit à ses disciples : « Celui
» qui vous reçoit, me reçoit ; celui
» qui vous écoute, m'écoute, et celui » qui vous méprise, me méprise. »
Matth., c. 10, ?40; lue, c, 10, f 16.
Il n'est donc pas vrai qu'en fait de culte religieux, la distinction que nous mettons entre le culte absolu et le culte relatif soit une invention moderne des théologiens, qui n'est point fondée sur l'Ecriture sainte, comme les protestants le prétendent.
Avec le secours de ces notions, qui nous paraissent claires, nous parviendrons aisément à résoudre les questions que l'on a coutume de proposer touchant le culte en général: 1° Est-il permis de rendre un culte religieux à d'autres êtres qu'à Dieu ? 2° La religion ne consiste-t-elle que dans le culte intérieur! Ne faut-il pas absolument témoigner ce culte a l'extérieur? 3° Lapompe, dansle cultedioin, est-elle un abus? 4° Que doit-on entendre -par culte superstitieux, indu et superflu?
I. Les protestants soutiennent que tout culte religieux, rendu à d'autres êtres qu'à Dieu, est une impiété et une idolâtrie ; c'est un des principaux motifs qu'ils ont allégués pour justifier leur séparation d'avec l'Eglise romaine. Dieu, disent-ils, s'en est clairement expliqué; Deut., c. 6, f 13.
« Vous craindrez le Seigneur votre » Dieu, et vous le servirez seul. »
Jésus-Christ a répété ces paroles dans l'Evangile, Matth., c. 4, ^ 10. La loi est claire et sans réplique.
Nous répondons que cette loi défend de rendre à d'autres êtres qu'à Dieu seul le culte Suprême, le culte qui atteste sa qualité de seul souverain Seigneur , mais qu'elle ne défend point de rendre à d'autres le culte inférieur et subordonné, qui suppose que ce sont des créatures dépendantes de Dieu, parce que ce culte, loin d'ôter à Dieu son titre de seul souverain Seigneur, le lui confirme au contraire. Nous prouvons que tel est le sens de la loi : 1" Parce que Dieu luimême dit aux Juifs, Sxod., c. 23, f 21 : « J'enverrai mon ange qui vous » précédera,... respectez-le, observa » eum, ne le méprisez pas, parce que » mon nom est en lui. » Il est donc faux que Dieu ait défendu ailleurs tout culte quelconque adressé à d'autres êtres qu'à lui. 2° Parce que nous voyons les patriarches, les juges, les prophètes, se prosterner devant dos
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anges, et leur rendre le plus profond respect. Abraham se prosterna devant trois anges qu'il reçut chez lui, Balaam fit de môme devant celui qui lui apparut, Josué devant un autre, Daniel devant celui qui vint lui révéler l'avenir. L'ange qui se nomme le prince de l'armée du Seigneur, dit à Josué : « Déchaussez-vous, » le lieu où vous êtes est saint. Jos., c. 5, f 14 et suiv. Josué, pénétré de respect, se prosterne et lui dit : « Que mon seigneur ordonne-t-il » à son serviteur? » Josué a-t-il en
cela violé la
Vainement les pro-
testants diront que ce n'était là qu'un culte civil ; nous avons démontré le contraire d'avance par la simple notion des termes.
Ils prétendent que, dans ces différentes circonstances, c'était le Fils de Dieu qui apparaissait aux anciens justes, cela peut être; mais ces justes le savaient-ils ? Dieu ne les en avait pas prévenus, et ces anges ne le disent point; au contraire, Dieu, qui avait averti les Israélites que son ange les précéderait, Exod., c. 23, ^ 21, promet dans la suite à Moïse qu'il les précédera lui-même, c. 33, f 17. Il y avait donc une différence entre Dieu et son ange. Celui qui se nomme prince de l'armée du Seigneur, ne s'attribue pas la divinité.
3° Nous ajoutons qu'il est impossible de respecter sincèrement Dieu, sans honorer des êtres qu'il a nommés ses amis, ses saints, ses élus.
Nous soutenons même que la loi du Deutéronome ne défend point de témoigner du respect pour des choses inanimées, lorsque ce sont des symboles de la présence de Dieu ; comme étaient la nuée lumineuse dans laquelle Dieu parlait à Moïse, l'arche d'alliance, le tabernacle et le .temple ; Dieu, au contraire, dit aux .Israélites, Levit., c. 26, f 2 : «Soyez ; » saisis de frayeur devant mon sanc- » tuaire, » et il leur ordonne de respecter comme saint tout ce qui sert à son culte. David dit, Ps. 98, f 5 :
« Louez le seigneur notre Dieu, ado- » rez l'escabeau de ses pieds, parce » que c'est une chose sainte, » Il est absurde de nous opposer toujours une ou deux lois, et de ne tenir
aucun compte de toutes les autres.
Ainsi, rien n'est plus faux que la notion que Bcausobre a voulu donner du culte religieux, lorsqu'il a dit que c'est celui qui fait partie de l'honneur que l'on rend à Dieu. Hist. du Munich., 1. 9, c. S, § 4 et suiv. Afin de persuader qu'il n'y a point de culte religieux que celui que est dû à Dieu, et lorsqu'il a décidé que les mêmes cérémonies qui se pratiquent innocemment dans le culte civil, à l'égard d'une créature, ne sont plus permises pour lui rendre un culte religieux, il a formellement contredit l'Ecriture sainte.
C'était, dit-il, un acte d'idolâtrie de baiser sa main en regardant le soleil et en s'inclinant devant lui, Job, c. 31, f 26 ; cependant les païens ne le regardaient que comme un être dépendant et un instrument du Dieu suprême. Cette observation est encore fausse. Jamais les païens n'ont connu un Dieu créateur, suprême et maître du soleil ; ils croyaient cet astre animé, intelligent, puissant par luimême, par conséquent un Dieu trèsindépendant d'un Dieu suprême ; nous le verrons ci-après.
Il convient que les manichéens rendaient un honneur direct au soleil et à la lune.parce qu'ils les envisageaient comme des temples dans lesquels Jésus-Christ résidait par ses deux attributs de vertu et de sagesse ; mais il les absout d'idolâtrie, parce qu'ils ne rendaient pas à ces deux astres l'adoration suprême qui n'appartient qu'à Dieu seul. Il allègue une citation de Fauste le manichéen, qui dit :
Nous avons pour ces choses la même vénération que vous avez pour le pain et pour le calice. Or, les catholiques, dit Beausobre, n'avaient pour le pain et pourle calice qu'un respect religieux, parce que c'étaientles ligures du corps et du sang de Jésus-Christ.
Admettons pour un moment cette raison fausse. Il s'ensuit : 1° qu'il n'est pas vrai que tout culte ou tout respect religieux adressé à un autre être qu'à Dieu soit une idolâtrie comme le soutiennent les protestants. 2° Que si les Pères sont coupables d'une inconséquence, en blâmant le culte des manichéens, pendant qu'ils approuvent
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celui des catholiques, Beausobre y tombe lui-même, en condamnant l'idolâtrie, le culte des catholiques, pendant qu'il justifie celui des manichéens. 3° Sa décision à l'égard de ceux-ci est formellement contraire au passage de Job qu'il a cité.
Il n'est pas étonnant qu'avec ces notions fausses du culte religieux, nos adversaires n'aient jamais su s'accorder entre eux. Daillé, calviniste, soutient que tout culte religieux, qui ne s'adresse pas directement et uniquement à Dieu, est une idolâtrie, ou du moins une superstition. Les sociniens, au contraire, prétendent que, quoique Jésus-Christ ne soit pas Dieu, on peut cependant l'adorer comme Dieu, parce qu'il a dit que l'on doit honorer le Fils comme on honore le Père. Beausobre juge que l'on a pu, sans idolâtrie, donner le nom de Dieu à des créatures ; mais que l'on ne peut pas, sans tomber dans ce crime, leur rendre l'honneur qui est dû à Dieu seul ; comme si on pouvait leur faire plus d'honneur que de les appeler des dieux. Heyde, anglican, blâme les chrétiens de la Perse, parce qu'ils aimaient mieux être mis à mort que d'adorer le soleil et le feu. Derelig. vet. Pers., c. t. Beausobre les approuve; mais il prétend que ce mite était innocent de la part des Perses, des manichéens etdessabéens.I//s<.duIHa/M'c/i.,tom.2, 1. 9, c. 1, n. 9. Sans doute, suivant son avis, ces mécréants entendaient tous mieux la question que les chétiens. Engel, autre calviniste, ne veut pas que l'on taxe d'idolâtrie le culte que les Chinois rendent aux esprits ou génies, aux âmes de leurs ancêtres et à Confucius. Selon la foule des déistes, celui que les païens rendaient à leurs dieux n'était pas une idolâtrie, parce qu'il se rapportait indirectement au vrai Dieu ; et les honneurs rendus aux mânes des héros étaient un hommage adressé à la vertu. Cependant, quoique nous honorions dans les saints des vertus beaucoup plus pures que celles des prétendus héros, on nous en fait un crime. Voyez Paganisme, § IV et V.
Basnage, aussi peu équitable que ies autres, nous reproche d'adorer les anges et les saints ; il dit que l'on
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condamne à Rome ceux qui enseignent que l'adoration est due à Dieu seul.
Histoire de l'Eglise, tom. 2,liv. 18, cl, n. 2. Il savait bien que ce n'est là qu'une équivoque frauduleuse, que nous ne nous servons jamais du terme d'adoration en parlant du culte des anges et des saints, parce que dans l'usage ordinaire, ce mot signifie le culte suprême; il n'ignorait pas que l'Eglise romaine fait profession de rendre cecwteàDieuseul. N 'importe, il lui a paru plus utile d'en imposer aux ignorants, que de dire la vérité.
Mais afin de se contredire aussi bien que les autres, il avoue, n. 7, qu'il est permis de vénérer les martyrs. Qu'il nous fasse donc voir que, dans l'Ecriture sainte, adorer et vénérer ne signifient jamais la même chose. Ensuite il nous oppose Lactance, qui a dit qu'il ne faut avoir de vénération que pour Dieu seul. Nous verrons ci-après de quelle vénération ce Père a voulu parler.
Ce critique accumule contre nous des preuves négatives ; et pour les rendre plus fortes, il y ajoute du sien. « Les anciens n'exhortaient les fidèles » qu'à honorer et à prier Dieu. » Mais ont-ils défendu expressément d'honorer et de prier les anges et les saints? Bientôt nous ferons voir le contraire.
Les premiers chrétiens, selon lui, n'adressaient leurs prières qu'à Dieu,puisqu'il ne nous reste des premiers siècles aucune prière, ni aucune hymne, qui soient adressées aux saints. Malheureusement il ne nous en reste pas davantage de celles que l'on adressait à Dieu ; les liturgies n'ont été mises par écrit que sur la fin du quatrième siècle, et il y est fait mention de l'intercession et de l'invocation des saints.
Il cite Pline le jeune et Eusèbe, qui disent que les chrétiens n'adressaient qu'à Jésus- Christ leurs hymnes et leurs cantiques ; et c'était une preuve de sa divinité. Fausse citation.
Pline rapporte que les chrétiens s'assemblaient le dimanche pour chanter des hymnes à Jésus-Christ comme à un Dieu. Eusèbe dit que, dans les cantiques des fidèles, la divinité lui était attribuée, bonne preuve de la croyance de l'Eglise contre les ariens, mais preuve nulle contre nous ; nous
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convenons que des hymnes, des cantiques, des louanges de la Divinité, ne peuvent être adressés qu'à Jésus- Christ. Selon Tertullien, continue Basnage, on ne doit demander des bienfaits qu'à celui-là seul qui peut les donner, Apolog., c. 30 ; d'accord. Dieu seul peut les donner par lui-même; mais les anges, les saints, nos frères vivants, peuventles obtenir pour nous.
C'est pour cela que saint Jacques nous ordonne de prier les uns pour les antres, c. S, jM6. Tertullien n'a pas condamné cette pratique. «Vous vous êtes » approchés, dit saint Paul, de la Jéru- » salem céleste, de la multitude des an- » ges, de l'assemblée et de l'Eglise des » premiers-nés qui sont écrits dans le » ciel, de Dieu qui est le juge de tous, » des esprits des justes qui sont dans » la gloire, de Jésus médiateur de la » nouvelle alliance, etc. » Heb., c. » 12, f 22. De quoi nous sert cette société avec les anges et les saints, s'ils ne peuvent rien nous donner et si nous n'avons rien à leur demander?
Avant de citer Origène, il aurait dû le lire. Ce Père, selon lui, soutient contre Celse, que quand les génies auraient le pouvoir de guérir les maladies et de nous faire du bien, il ne faudrait encore s'adresser qu'à Dieu.
C'est une fausseté ; Origène enseigne le contraire; voici ses paroles, 1. 8, n. 13 : « Si Celse parlait des vrais mi- » nistres de Dieu, qui sorties anges, » et s'il disait qu'il faut leur rendre » un culte, peut-être qu'après avoir » épuré les sens du mot culte, et les » devoirs dans lesquels il consiste, je » lui dirais à ce sujet ce qui convient; » mais comme il appelle ministres de » Dieules démons adorés parles gen- » tils, refusons de les honorer et de » les servir, parce que ce ne sont point i) de vrais ministres de Dieu, n. 34 et » 3*1. Les anges regardent comme )> leurs associés et leurs amis les vrais » adorateurs de Dieu : ils s'intéressent » à h'iu- salut, ils les aident et leur » fontdubien ;.... l'ange gardien pré- » sente à Dieu les prières de celui dont » le soin lui est confié, et il prie avec » lui, n. 60. Au lieu de compter sur » le secours des démons ou génies, il » vaut bien mieux nous confier en » Dieu par Jésus-Christ, lui demander
» toute espèce de secours et l'assistance » des saints anges et des justes, afin » qu'ils nous délivrent des mauvais » démons. » Est-ce là désapprouver le culte des anges et toute confiance en eux? 11 serait absurde de prétendre que nous ne devons aucune reconnaissance, aucune confiance, aucun respect, aucun hommage aux esprits bienheureux, qui nous considèrent et nous assistent comme leurs associés et leurs amis ; ces sentiments n'ontils pas toujours pour objet principal Dieu, qui a daigné nous accorder ce puissant secours?
Mais un protestant ne démord pas; les Pères, dit Basnage, donnaient le culte d'un seul Dieu pour la marque distinctive du Christianisme; c'est pour cela que les chrétiens forent accusés d'athéisme. On soutenait contre les ariens, que si Jésus-Christ n'était pas Dieu, il ne serait pas permis de l'adorer ni de se confier en lui. Tout cela est vrai, et il ne s'ensuit rien contre nous : c'est à un seul Dieu que nous rendons notre culte, et non à plusieurs dieux ; des honneurs et des respects, très-inférieurs et très-différents du culte suprême, adressés aux anges et aux saints, loin de déroger au culte divin, en sont au contraire un effet et une conséquence inséparable. Si Jésus-Christ n'était pas Dieu, ce serait une impiété de l'adorer comme Dieu, et de nous confier en lui comme étant Dieu ; cet argument était très-solide contre les ariens : il ne l'est pas moins contre les sociniens : mais il ne prouve rien contre nous, puisquejamaisilnenous est venu dans l'esprit d'honorer d'an culte divin les anges et les saints, m de nous confier en eux comme étant des dieux.
Non-seulement les païens accusèrent les chrétiens d'athéisme ; mais par une contradiction grossière, ils leur reprochèrent d'honorer les martyrs comme des dieux ; les Actes du martyre de saint Pohjcarpe, Julien, Lihanius, dans l'oraison funèbre de cet empereur, Porphyre et d'autres, ont forgé cette calomnie ; les protestants la répètent, et cela ne leur fait pas beaucoup d'honneur.
Ils nous objectent que celte dis-
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traction que nous faisons entre deux espèces de culte religieux ne se trouve point dans les anciens Pères : voyons pourquoi, et tâchons de prendre le vrai sens de ce qu'ils ont dit. Il est prouvé, par tous les monuments de l'antiquité, que chez les païens tout culte religieux était censé culte divin, culte suprême, et qu'ils n'en connaissaient point d'autre. Jamais les païens n'ont attribué à leurs dieux du second ordre, ni aux mânes de leurs héros, un simple pouvoir d'intercession, un pouvoir subordonné aux volontés d'un Dieu souverain ; chaque Dieu était indépendant et maitre absolu dans son département; souvent dans les poêles nous voyons les grands dieux et Jupiter lui-même, demander le secours des dieux du bas étage. Nous ferons voir ailleurs que l'on abuse du terme, quand on prête aux païens en général, et même aux philosophes antérieurs au Christianisme, la notion d'un Dieu souverain, dont les autres n'étaient que les serviteurs et les ministres ; le prétendu Dieu suprême des anciens philosophes était l'âme du monde, et cette âme ne se mêlait point de gouverner les choses d'ici-bas ; on ne peut lui attribuer une providence que dans un sens faux et abusif.
Après la naissance même du Christianisme, quelques philosophes changèrent de langage ; mais sans toucher au fond de leur système. Cclse, qui fait sémillant d'admettre une providence divine, la nie cependant, puisqu'il décide que Dieu ne se fâche pas plus contre les hommes que contre les singes et contre les mouches ; et qu'il ne leur fait point de menaces. Origène contre Celse, 1. 4, n. 99. Jamais il n'a dit qu'il faut rendre un culte au Dieu souverain ; Porphyre décide formellement qu'il ne faut lui en rendre aucun, de l'Âbstin., 1. 2, n. 34. Tout le culte était réservé pour les dieux gouverneurs du monde : à plus forte raison le commun des païens pensaient-ils de même. Voyez Paganisme.
Il est donc évident que tout culte était direct et absolu, se bornait au personnage auquel il était adressé, et n'avait aucune relation à un Dieu
souverain ; il était même pour tous les dieux, et il consistait dans les mêmes pratiques. Basnage observe que les anciens ne connaissaient pas la distinction de latrie et de dulis.
Cela n'est pas fort étonnant ; les païens contre lesquels ils écrivaient ne pouvaient en avoir aucune notion, puisque chez eux tout était latrie, où culte divin, adoration prise en rigueur.
Conséquemment les Pères ont dû être très-réservés sur l'emploi du mot culte religieux, à cause du sens que les païens y attachaient. Quand ils auraient dit tous, comme Lactance, qu'il ne faut avoir de la vénération que pour Dieu seul, il ne s'ensuivrait encore rien, puisque entre eux et les païens, vénération, respect, honneur, etc., signifient toujours le culte divin, le culte suprême. Voilà pourquoi Origène a dit que s'il s'agissait entre Celse et lui du culte des anges, il faudrait commencer par épurer le sens du mot culte, et voir en quoi il doit consister.
Lorsque les protestants veulent tourner à leur avantage l'explication d'un terme, ils ont grand soin de faire attention aux circonstances, aux personnes, à la question dont il s'agit : lorsqu'il est de leur intérêt de le rendre équivoque, ils ne veulent plus d'explication. Cependant l'Ecriture sainte nous force de distinguer deux sortes de culte religieux, l'un pour Dieu seul, l'autre pour les personnes et pour les choses qui ont un rapport spécial avec Dieu ; n'importe, ils n'en veulent point. Depuis deux cents ans, ils répètent les mêmes sophismes, et ils les renouvelleront jusqu'à la fin des siècles, bien sûrs qu'ils en imposeront toujours aux ignorants. Mais enfin nos preuves tirées de l'Ecriture sainte demeurent en leur entier. Yoy.
Anges, Saints, Martyrs, etc.
II. Le culte extérieur est-il nécessaire pour former une religion ? M l'est absolument, et la preuve de cette vérité est sensible. Les sentiments de respect, de reconnaissance, de confiance, de soumission à l'égard de Dieu, naîtraient difficilement dans le cœur de la plupart des hommes ; ils n'y dureraient pas longtemps, si l'on
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n'employait pas des signes extérieurs pour les exciter, les entretenir et se les communiquer les uns aux autres ; ce qui ne frappe point nos sens ne fait jamais sur nous une impression vive etdurable. Il fautdonc à l'homme un culte extérieur, des signes expressifs de ce qu'il sent, des symboles, des cérémonies. Nous ne pouvons témoigner à Dieu nos affections que par les mêmes signes qui servent à les faire connaître à nos semblables (1).
Nous convenons qu'il n'est pas besoin d'une révélation pour comprendre que des prières et des vœux, l'action de se prosterner, des présents et des offrandes, des attentions de propreté et de décence, des signes de joie à l'aspect d'une personne, des regrets de lui avoir déplu, sont capables d'exciter sa bienveillance ; il est naturel d'en conclure que ce qui plaît aux hommes est aussi agréable à Dieu; ainsi ont raisonné tous les peuples. Mais Dieu n'a pas attendu que l'homme fit toutes ces réflexions ; les livres saints nous apprennent qu'il a daigné instruire le premier homme, puisque les enfants d'Adam, qui n'avaient point eu d'autre instituteur que leur père, ont offert des sacrifices au Seigneur, Gen., c. 4, et que les patriarches ont usé, par religion, de toutes les pratiques dont nous venons de parler.
Il est dit dans l'histoire de la création, que Dieu bénit le septième
(i) Dieu, en unissant la matière à l'esprit, Ta associée à la religion, et d'une manière si admirable que, lorsque l'âme n'a pas la liberté de satisfaire son zèle, en se servant de la parole, des mains, des prosternements, elle se sent comme privée d'une partie du culte qu'elle voudrait rendre, et de celle même qui lui donnerait le plus de consolation ■ mais si elle est libre, et que ce qu'elle éprouve au dedans la touche visiblement et la pénètre, alors ses regards vers le ciel, ses mains étendues, ses cantiques, ses prosternements, ses adorations diversiûées en cent manières, ses larmes que l'amour et la pénitence font également couler, soulagent son cœur en suppléant à son impuissance , et il semble que c'est moins l'ame qui associe le corps à sa piété et a sa religion, que ce n'est le corps même qui Sd hâte de venir à son secours et de suppléer à ce que l'esprit ne saurait faire ; en sorte que dans la fonction non-seulement la plus spirituelle, mais aussi la plus divine, c'est le corps qui tiont lieu de ministre public et de prêtre, comme ilans le martyre, c'est le corps qui est le témoin visible et le défenseur de la vérité contre tout ce qui l'attaque. — Extrait de i' Encyclopédie, art. Religion. Voyez Rbligion.
Gousset.
jour, et le sanctifia, Gènes., c.2,^3; il le consacra donc à son culte : ce n'est pas l'homme qui est auteur de cette distinction. Le repos du septième jour était une profession formelle du dogme de la création, par conséquent de l'unité de Dieu; un préservatif contre le polythéisme et l'idolâtrie : les hommes n'y sont tombés que pour avoir méconnu Dieu créateur. Caïn et Abel offrent à Dieu en sacrifice leur nourriture, c'était pour eux le plus précieux des biens, Gen., c. 4, $ 3 et 4. Ils reconnais-, sent donc que tout vient de Dieu, que c'est à lui de nous prescrire l'usage que nous devons faire de ses dons.
Il est dit d'Enos, y 26, qu'il commença à invoquer le nom du Seigneur ; mais d'habiles interprètes jugent qu'il y a dans le texte hébreu :
« Alors on commit des profanations » en invoquant le nom du Seigneur. »
Le culte extérieur de religion était déjà établi.
En accordant pour nourriture à nos premiers parents les fruits delaterre, Dieu leur avait interdit un fruit particulier, Gen., c. 1, ^29; c. 2, y 17. Dans la suite, il accorde à Noé et à ses enfants la chair des animaux, mais il leur en interdit le sang, c. 9, f 3 et 4 ; Noé distingue des animaux purs et impurs, c. 7, f 2 ; c. 8, f 20. Nouvelle preuve de respect et de dépendance que Dieu exigeait de l'homme. Il se laisser apaiser par les sacrifices de Noé, c. 8, f 21. Hénoc se rend recommandable par sa piété, et Dieu le délivre des misères de cette vie, c. 5, f 24.
Des leçons aussi énergiques ne pouvaient manquer de produire leur effet.
Dans le livre de Job, qui est de la plus haute antiquité, il est parlé d'holocaustes et de sacrifices pour le péché, de prêtres et de victimes choisies, de vœux et de prières, de pratiques de pénitence, d'expiations et d'ablutions.
Dans l'histoire des patriarches^ nous voyons des serments faits au nom de Dieu, des libations ou des effusions d'huile odoriférantes, des promesses faites à Dieu, des honneurs rendus aux morts, qui attestent la croyance de l'immortalité, etc,
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On a souvent écrit, surtout de nos jours, que le culte des premiers hommes était très-simple et dégagé des sens ; que le cérémonial fut de l'invention des prêtres, et fit bientôt dégénérer la religion. Autant de faits avancés au hasard, et contredits par nos livres saints.
Le cérémonial des patriarches n'est ni très simple ni dégagé des sens, puisque nous y trouvons des prières et des prosternations, des autels et des offrandes, des sacrifices et un choix des victimes, des ablutions et des expiations, des abstinences, des vœux, Ses consécrations, des serments, les louanges de Dieu, et les signes de joie religieuse, les assemblées et les repas communs, les fêtes, l'usage de changer d'habits avant d'offrir un sacrifice, le soin de renoncer à tous les signes d'idolâtrie, les honneurs funèbres et le respect pour les tombeaux. Tout cela était connu avant qu'il y eût des prêtres, et s'il n'y avait point eu de cérémonial, il n'y aurait jamais eu de sacerdoce.
Un homme qui désire ardemment de gagner lesbonnes grâces d'un bienfaiteur ou d'apaiser un maitre irrité, n'a pas besoin de leçons des prêtres pour imaginer comment il doit s'y prendre ; les désirs ardents donnent de l'esprit et de l'adresse aux plus stupides, et un instinct naturel nous porte à faire pour Dieu ce que nous faisons pour nos semblables. D'ailleurs Dieu lui-même y avait pourvu.
11 n'est donc pas vrai que ce soit le cérémonial qui a fait dégénérer la religion, puisqu'il est aussi ancien que la religion même. Au contraire, celleci n'a dégénéré que quand les hommes se sont écartés du cérémonial primitif pour suivre l'instinct des passions aveugles et capricieuses. Pendant qu'ils s'égaraient, la religion des patriarches est demeurée pure et constamment la même durant deux mille cinq cents ans.
Les philosophes, qui ont si mal conçu l'origine du culte extérieur, n'en ont pas mieux aperçu l'importance : elle est cependant palpable.
1° De tout temps ce culte a été une profession solennelle des dogmes les plus essentiels,de la création, de l'unité
de Dieu, de sa providence, delà chute de l'homme, de la venue d'un Rédempteur, de la vie future. Les peuples qui n'ontpas été fidèles à pratiquer le cérémonial tel que Dieu l'avait prescrit, n'ont pas tardé de méconnaître ces mêmes vérités.
Le culte extérieur du Christianisme est une profession très-claire des dogmes de notre croyance ; de tout temps on s'en est servi pour montrer aux hérétiques la vraie doctrine de Jésus- Christ et des apôtres, et pour éclaircir au besoin le sens des passages de l'Ecriture sainte sur lesquels on contestait. Ainsi, l'on a opposé aux ariens les cantiques des lidôles qui attribuaient à Jésus-Christ la divinité ; aux pélagiens, les prières par lesquelles l'Eglise implore continuellement le secours de la grâce divine ; et le pape Célestin Ier renvoyait à ces mêmes prières pour discerner la croyance ancienne de l'Eglise. On a fait de même pour montrer aux protestants qu'ils se sont écartés de la foi primitive et universelle, et on a tiré des anciennes liturgies un argument contre eux, auquel ils ne peuvent rien répliquer de solide. Nous ne devons pas être étonnés de ce qu'ils ont supprimé chez eux tout cet appareil extérieur de culte qui les condamnait.
2° C'est une leçon de morale qui rappelle continuellement aux hommes leurs devoirs envers Dieu, envers leurs semblables, envers eux-mêmes: devoirs qui s'ensuivent naturellement des dogmes dont nous venons de parler. En effet, si Dieu est le seul distributeur des biens de ce monde, il faut nous contenter de ce qu'il nous donne, ne pas envahir ce qu'il a daigné accorder aux autres : lorsqu'il nous les prodigue au delà de nos besoins, il est juste d'en faire part à ceux qui en sontprivés. Puisqu'il est le seul arbitre de la vie et de la mort, il n'est pas permis d'attenter à la vie de personne. Il a béni et sanctilié le mariage ; la fécondité est un don de sa puissancet Gen., c. i, f 28;c.4 ? 1 et 23 : c'esdonc un crime de souiller le lit d'aus trui, etc. La conduite des anciens juste, démontre qu'ils onttiré toutes ces conséquences, ou plutôt que Dieu les leur a fait apercevoir. Il ne serait pas dif-
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flcile de faire voir que les cérémonies du Christianisme sont une leçon de morale encore plus énergique et plus éloquente que toutes les cérémonies anciennes. Voyez Christianisme.
3° Le culte extérieur est un lien de société qui réunit les hommes au pied des autels, leur inspire les sentiments de fraternité, maintient parmi eux l'ordre et la paix, contribue à la civilisation ; le culte primitif a formé la société domestique, la culte mosaïque la société nationale, le culte chrétien le société universelle de tous les peuples.
4° C'est un monument des faits qui, dans la suite des siècles, ont prouvé la révélation ; ainsi la pâque et l'offrande des premiers-nés rappelaient aux Juifs leur sortie miraculeuse de l'Egypte ; la Pentecôte, la publication de la loi sur le mont Sinaï, etc. Le dimanche nous atteste la résurrection de Jésus-Christ; nos fêtes célèbrent les principaux événements de sa vie, etc.
Plusieurs philosophes de nos jours ont décidé que le culte intérieur est le seul qui honore Dieu : maxime commode pour se dispenser de toute pratique de religion, mais maxime très-fausso. Dieu n'aurait pas institué le culte extérieur, s'il ne s'en tenait pa= honoré, et s'il n'était pas nécessaire pourentretenirle culte intérieur.
Nous voudrions savoir si ceux qui renoncent à toute pratique sensible sont les adorateurs de Dieu les plus fervents.
Lorsque Jésus-Christ a dit que les vrais adorateurs rendront à Dieu un culte en esprit et en vérité, Joan.,cA, f, 23, il n'a pas prétendu exclure le culte extérieur, puisqu'il l'a observé lui-même. Il a institué par lui-même le baptême et l'eucharistie, par ses apôtres les autres sacrements et la forme de la liturgie. Il condamnait, comme les prophètes, le culte permanent extérieur, auquel le cœur n'a point de part, Matth., c. 13, jfr 8; mais il a loué les signes de componction du publicain, l'offrande de la veuve, et a commandé la prière ; en parlant des purifications et des œuvres de charité, il a dit qu'il fallait pratiquer les unes et ne pas omettre les autres. Luc, e. 11, ^ 42.
Les déclarations contre les abus du culte extérieur ne sont souvent qu'un trait d'hypocrisie. Jusqu'à la fin des siècles, les hommes abuseront des choses les plus saintes; les passions savent tourner à leur avantage le frein même destiné à les réprimer.
Mais le plus odieux de tous les abus est de vouloir supprimer toutes les institutions desquelles on peut abuser. Faut-il bannir delà société civile les démonstrations de bienveillance et d'amitié, parce que ces signes sont souvent faux et perfides ?
Quand il s'est agi de déterminer ce qu'il fallait approuver ou blâmer, conserver ou abolir dans le culte extérieur del'Eglise romaine, les protestants ne se sont pas mieux accordés que sur les principes desquels il fallait partir. Les calvinistes ont réduit le leur à la prédication, à la prière publique, au chant des psaumes, à la cérémonie du baptême et à celle delà cène, faite sans aucun appareil : ils ont jugé tout le reste abusif. Les luthériens en ont retenu un peu davantage, mail leur cérémonial n'est pas uniforme dans les différents pays. Les anglicans en ont conservé plus que les autre sectes, c'est un des reproches que cellesci leur font ; elles disent que les anglicans sont encore à moitié papistes; qu'il fallait en abolir toutes les superstitions de Rome, ou les conserver dans leur entier. Aussi un écrivain de cette nation avoue qu'il n'est pas aisé de déterminer jusqu'à quel point il convient de se prêter à l'iufirmité humaine en fait de cérémonies, ni de fixer un milieu dans lequel on puisse flatter les sens et l'imagination, sans blesser la raison, et sans ternir la pureté de la véritable religion. Il est singulier que, sans savoir jusqu'où il fallait aller, ni où l'on devait s'arrêter, on ait commencé par condamner l'Eglise romaine, et qu'on accuse d'avoir passé toutes les bornes quand o4 ne peut pas dire où il fallait plante!1 les bornes.
On lui reproche d'avoir établi une multitude de cérémonies ridicules qui détruisent la véritable religion, qui me tendent qu'à enrichir le clergé, qui entretiennent les peuples dans l'ignorance et dans la superstition
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Mais n'est-ce pas cotte accusation même qui suppose beaucoup d'ignorance? 1° Aux yeux des déistes, les cérémonies des protestants ne paraissent pas moins ridicules que les nô-> très ; ils n'en veillent point du tout ; ce que les protestants diront pour juetiiier les leurs, nous servira pour faire l'apologie des nôtres. 2" Le clergé n'a pu avoir aucun motif d'intérêt pour multiplier les cérémonies, puisque las rétributions manuelles ou les droits casuels n'ont été établis qu'après le huitième siècle, lorsque les biens de l'Eglise ont été pillés par les seigneurs. Peut-on prouver que la multitude des cérémonies n'a pris naissance que depuis ce temps-là?
Dans un moment nous prouverons le contraire. On a été aussi forcé d'établir en Angleterre un casuel, après le pillage des biens ecclésiastiques fait par les protestants, et ces droits sont beaucoup plusforls qu'en France. Le clergé anglican a donc eu plus d'intérêt à inventer de nouvelles cérémonies que les prêtres catboliques. 3° Les sectes deckrétiens orientaux sont séparées de l'Eglise romaine depuis le cinquième siècle; cependant leur cérémonial est pour le moins aussi cliargé que le nôtre, et leur clergé n'en est pas plus riche pour cela, Nous cherchons vainement dans toute l'antiquité ecclésiastique des preuves d'un intérêt prétendu des prêtres à multiplier les cérémonies. Elles sont évidemment plus anciennes que les schismes des Orientaux. 4° De nouvelles cérémonies n'ont pu être établies que par les évoques : or, ceuxci n'ont jamais pu y avoir aucun in-* térêt, puisque leurs richesses ont toujours été des fonds, et non des droits casuels, Voilà comme on raisonne au hasard, quand on ne prend pas la peine de consulter l'histoire.
"Nous connaissons plusieurs conciles ou assemblées du clergé qui ont proscrit des cérémonies nouvelles et superstitieuses ; on ne peut pas en citer "un qui en ait introduit.
Jamais nous ne concevrons comment les cérémonies peuvent entre- 1 i rnr le peuple dans l'ignorance ; i. >ns avons fait voir, au contraire, \ ic c'est un moyen que Dieu a pris
pour instruire les hommes. Une paiv tie del'instruction chrétienne consiste à faire concevoir au peuple le sens et les raisons des cérémonies religieuses.
Cet appareil extérieur, disent encore les protestants et les incrédules, sera toujours un piège pour le peupleil fait plus de cas des cérémonies que des vertus, et comme les Juifs.il croit avoir rempli toute justice lorsqu'il a satisfait au culte extérieur.
Ici nos adversaires ne voient pas qu'ils se confondent encore ; puisque le peuple aime les cérémonie?, qu'il y attache beaucoup d'importance, qu'il les regarde comme une partie essentielle de la religion, c'est donc lui qui en a voulu, et ce ne sont pas les prêtres qui en sont les auteurs.
Quand ceux-ci no s'en seraient pas mêlés, le peuple en aurait fait malgré eux; et, en dépit des philosophes, il y a des cérémonies et un culte extérieur quelconque dans toutes les contrées de l'univers, même chez les Sauvages.
Mais il y a plus. Dieu savait sans doute mieux que nos censeurs les inconvénients, les abus, les erreurs auxquels les cérémonies ne manqueraient pas de donner lieu ; il en a cependant ordonné depuis le commencement du monde : il en augmenta beaucoup le nombre en donnant sa loi aux Juifs, et Jésus-Christ lui-même a daigné les observer. Il prévoyait tout le mal que le culte extérieur pourrait produire dans son Eglise ; il a cependant donné à ses apôtres le pouvoir de l'établir, puisqu'ils l'ont fait. Si ce mal était aussi réel et aussi grand que le prétendent nos adversaires, il serait étonnant que Jésus-Chirst n'eût pris aucune précaution pour le prévenir, et qu'il n'eût pas donné à ce sujet les avis les plus clairs et les leçons les plus expresses. Où sont-elles dans l'Evangile ?
L'abus, s'il y en a, date de fort loin. Les prétendus réformateurs imaginaient que la multitude des cérémonies avait été introduite dans les bas siècles, au milieu des ténèbres de l'ignorance. Quand on les a retrouvées chez les sectes orientales, il a fallu convenir que le cérémonial ôiait plus ancien que leur schisme; on en a
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placé l'origine au quatrième siècle.
Mais les critiques les plus récents, par une sagacité supérieure, ont découvert que le très-grand nombre des cérémonies sont venues du platonisme des anciens Pères. Or, ils voient ce platonisme, non-seulement dans les écrits des auteurs du second siècle; mais les sociniens et les déistes l'aperçoivent dans l'Evangile de saint Jean; et son Apocalypse nous présente le plan d'une liturgie pompeuse. On ne peut pas remonter plus haut. Voyez Liturgie. Ainsi s'accordent encore nos adversaires sur l'origine du cérémonial.
III La pompe et la magnificence dans le culte extérieur de religion sont-elles un abus? C'est l'avis des incrédules et de la plupart de nos dissertateurs modernes. Dans un siècle où le luxe est porté à son comble et ruine tous les états, on a jugé que l'économie ne serait nulle part plus nécessaire que dans le mile dhin; on en a calculé exactement la dépense : on sait ce qu'il en coûte pour le luminaire, povr le pain bénit, pour les funérailles, pour l'entretien de. la fabrique.
Voilà sûrement ce qui ruine le peuple, il faut absolument retrancher le superflu. Il nous semble voir les Athéniens qui avaient condamné à mort tout citoyen qui voudrait faire employer à d'autres usages l'argent destiné pour les spectales.
Nos sages économistes, animés du même esprit, trouvent très-bon que les richesses soient prodiguées pour les fêtes publiques, pour les théâtres qui corrompent les mœurs, pour les amusements de toute espèce ; ils déplorent la dépense qui se fait pour les spectacles de religion, parce qu'ils instruisent les hommes, les excitent à la vertu, les consolent par l'espérance d'un bonheur à venir. Ils affectent de la compassion pour la misère du peuple ; non-seulement ils ne voudraient rien retrancher sur leurs plaisirs pour la soulager, mais ils veulent ôter au peuple le seul moyen qui lui reste de se consoler et de s'encourager dan3 les temples du Seigneur, par des motifs de religion.
Sans doute il vaut mieux, suivant leur opinion, qu'il aille s'en distraire
dans les lieux de débauche et dans les. écoles du vice ; aussi les a-t-on multipliés pour sa commodité. Mais où iront ceux qui craignent l'infection de ces lieux empestés, et qui ne veulent pas se pervertir? Laissons déraisonner les insensés; consultons la simple lumière naturelle et l'expérience de toutes les nations.
Il est nécessaire de donner aux hommes une haute idée de la majesté divine, et de rendre son culte respectable; on n'y parviendra pas sans le secours d'une pompe extérieure.
L'homme ne peut être pris que par les sens ; voilà le principe duquel il faut partir ; on ne réussira point à captiver son imagination, si l'on ne ■metsous ses yeux les objets auxquels il attache un grand prix. A moins que le peuple ne trouve dans la religion la même magnificence qu'il aperçoit dans les cérémonies civiles, à moins qu'il ne voie rendre à Dieu des hommages aussi pompeux que ceux que l'on rend aux puissances de la terre, quelle idée se formera-t-il de la grandeur du Maître qu'il adore? C'est la réflexion de saint Thomas. Les protestants sentent aujourd'hui les suites funestes de la nudité à laquelle ils ont réduit le culte divin : un incrédule même est convenu que le retranchement du culte en Angleterre en a banni la piété, y a fait éclore l'athéisme et l'irréligion; le mépris de ce culte a produit le même effet parmi nous.
Quand on nous demande, avec Juvénal, àquoi sertl'ordansles temples:
Licite, pontifices, in templo quid facit aurum ? Nous répondons qu'il sert à témoigner le respect que l'on a pour Dieu, à reconnaître que tous les biens viennent de lui, et que tout doit être consacré àson service. Ceux qui refusent do contribuer à la pompe du culte divin, n'en sont pas pour cela mieux disposés à secourir les pauvres. Le peuple veut de la magnificence, parce qu'il aime la religion, elle est sa seule ressource ; les incrédules réprouvent cet éclat imposant, parce qu'ils détestent la religion.
Il est convenable que, pour assister aux assemblées religieuses les jours de fête, le peuple se mette le pluspro-
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prement qu'il lui est possible, afin que cet appareil extérieur le fasse souvenir de la pureté de l'àme qu'il doit y apporter ; afin que les grands, qui dédaignent ces assemblées, aient moins de répugnance à se mêler avec le peuple ; afin que l'énorme disproportion que mettent les richesses entre les uns et les autres, disparaisse un peu devant le souverain Maître, aux yeux duquel tous les hommes sont égaux. Jacob, prêt à offrir un sacrifice à la tête de sa maison, ordonna à ses gens de se laver et de changer d'habits. Gen. c.
35, y 2. Dieu commanda la même chose aux Hébreux, quand il voulut leurdonner sa loi sur le mont de Sinaï. Exod., c. 19, y 10. Ce signe extérieur de respect se retrouve chez toutes les nations; toutes, sans exception, mettent dans les hommages qu'elles rendent à la Divinité le plus de pompe qu'il leur est possible.
Cependant nos philosophes prétendent justifier leur avis. « L'excès de » la magnificence du culte public, di- » sent-ils, excite celle des particuliers; » on veut toujours imiter ce qu'on ad- » mire le plus. Il n'estpas vrai que cette » magnificence soit nécessaire; les » premiers chrétiens pensaient diifé- » renomment. Ori gène témoigne qu'ils » faisaient peu de cas des temples et » des autels. C'est en effet au milieu de » l'univers qu'ilfaut adorer celui qu'on » en croit l'auteur. Un autel de pierres, » élevé surune hauteur, au milieu d'un » vaste horizon, serait plus auguste et » plus digne de la majesté suprême, « que ces éd itices dans lesquels sa puis- « sance et sa grandeur paraissent res- « serrées entre quatre colonnes. Le » peuple se familiarise avec la pompe » et les cérémonies, d'autant plus ai- » sèment, qu'étant pratiquées par ses » semblables, elles sont plus proches »delui,eimoinspropresàluiimposer; » bientôt l'habitude les lui rend indif- » férentes.Sila synaxe ne se célébrait » qu'une fois l'année, et qu'on se ras- » semblât de divers endroits pour y » assister, comme on faisait aux jeux « olympiques, elle paraîtrait d'une » tout autre importance. C'est le sort » de toutes choses, de devenir moins » vénérables en devenant plus com- » munes. »
Cette sublime doctrine était déjà consignée dans deux Encyclopédies; on la retrouvera encore dans le Dictionnaire des Finances; ce serait dommage qu'elle se perdit. Malheureusement elle est fausse dans tous les points.
Il nous paraît d'abord qu'elle renferme une contradiction. D'un côté, l'on craint que la magnificence du culte n'excite celle des particuliers; de l'autre, on voudrait y voir autant de pompe et d'appareil que dans les jeux olympiques, afin qu'il parût plus vénérable, plus imposant, et plus capable d'exciter l'admiration. Cela ne s'accorde pas.
Mais i° il est faux que la magnificence du culte inspire du goût pour le luxe. Un particulier sent très-bien qu'il serait absurde et impie de faire pour lui-même ce qu'il fait pour Dieu, et de prendre la majesté des temples pour modèles de sa demeure. Dans le temps que les rois francs, bourguignons, goths et vandales, encore trèsbarbares, ne connaissaient point la magnificence pour eux-mêmes, ils la trouvaient très-bien placée dans les temples du Seigneur, et ils y contribuaient ; c'est ce qui servit un peu à les civiliser. Il serait bon de nous souvenir toujours que cette pompe du culte a conservé en Europe un reste de connaissance des arts. Voyez Arts.
Dès qu'il y a du luxe et de la pompe civile chez une nation, il est impossible de la retrancher dans le culte, sans l'avilir auxyeux de la multitude.
Ce n'est pas la pompe religieuse qui fait naître le goût pour le luxe ; mais le luxe, une foi établi, nous force de mettre plus d'appareil dans les cérémonies de religion.
| 2° Il est faux que la vue du ciel et d'un vaste horizon fassoplus d'impression surle commun deshommes qu'un temple décemment orné. Le peuple est plus accoutumé à voir le ciel et la campagne, qu'à voir des cérémonies pompeuses ; il ne médite ni sur la marche des astres, ni sur la magnificence de la nature. Le sacrifice offert au ciel une fois l'année sur une montagnepar l'empereur de la Chine, àla tête des grands de l'empire, est sans doute imposant ; cependant il n'a pas empêché lepeuple,les grands, etl'em-
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pereur lui-même, de tomber dans le polythéisme, et d'adorer des idoles dans lespagodes. C'est un fait devenu incontestable. Les Perses et les Chananéens offraient aussi des sacrifices sur les montagnes ; ils n'adoraient pas moins des marmousets sous des tentes. Aussi Dieu défendit ces sacrifices aux Israélites ; il voulut qu'on lui dressât un tabernacle, et ensuite un temple. Montesquieu observe trèsbien que tous les peuples qui n'ont pas de temples sont sauvages et barbares. A quoi sert de raisonner contre des faits?
3° Il est faux que lespremiers chrétiens aient pensé comme nos philosophes. Ils ne pouvaient avoir des temples, lorsqu'ils étaient forcés de se cacher pour célébrer les saints mystères ; mais ils bâtirent des églises dès que cela leur fut permis, et elles furent démolies pendant la persécution de Dioclétien. Il y en avait certainement du temps d'Origène. Voyez la Note des Editeurs, 1. 8. contra Cels., n. 17. Jamais les chrétiens n'ont tenu leurs assemblées en pleine compagne.
4° Entin il est faux que le culte extérieur soit devenu indifférent au peuple ; le contraire est prouvé par la foule rassemblée dans nos églises les jours de fête, au grand regret des incrédules. Dans les campagnes, où le peuple a encore plua de piété que dans les villes, aucun particulier ne manque d'assister aux offices divins, lorsqu'il le peut ; souvent même il assiste à la messe les jours ouvriers.
Il ne pourrait pas avoir cette consolation, si elle se célébrait aussi rarement que les jeux olympiques.
IV. Que doit-on nommer culte superstitieux, faux, indu ou superflu ? Rien de plus commun dans les écrits des hérétiques et des incrédules que le nom de superstition; mais nous ne savons pas encore précisément ce qu'ils entendent par là.
Les théologiens appellent superstitieux tout culte que Dieu a défendu, ou qu'il n'a ni ordonné ni approuvé ; il doit être censé tel, lorsque l'Eglise ne l'a ni approuvé, ni commandé, à plus forte raison lorsqu'elle l'a défendu ; parce que Dieu a donné à son Eglise l'autorité d'enseigner aux
fidèles la vraie doctrine, tant sur le culte, que sur le dogme et sur la morale : nous avons fait voir la liaison nécessaire de ces trois parties de la religion. Jésus-Christ, qui a promis d'être avec son Eglise jusqu'à la fin des siècles, de lui donner pour toujours le Saint-Esprit, pour lui enseigner toute vérité, ne peut pas permettre :
qu'elle ordonne ou approuve vacuité faux, absurde ou pernicieux. Les protestants, qui soutiennent qu'elle l'a fait, et qu'elle lefait encore depuis quinze cents ans, accusent indirectement Jésus-Christ d'avoir manqué à ses promesses.
Vainement on nous dit que, pour distinguer ce qui est ou n'est pas superstition, il faut consulter la raison. Si nous interrogions la raison des incrédules, la plupart décideraient que tout culte quelconque est superstitieux, qu'il n'y a point de Dieu, ou que s'il y en a un, il n'exige de nous aucun culte. Les fondateurs des différentes sectes protestantes ont suivi, sans doute, les lumières de leur raison, et il n'y en a pas deux auxquels elle ait dicté le même culte. Si on rassemblait les sectateurs des différentes religions du monde, chacun d'eux jugerait qaele culte auquel il est accoutumé est le plus raisonnable de tous, de même que chaque peuple prétend que ses mœurs, ses lois, ses usages sont les meilleurs. Quand un philosophe nous ordonne de consulter la raison, il entend sa raison propre et personnelle, et il suppose toujours modestement qu'il est le plus raisonnable de tous les hommes.
Faui-il s'en tenir à l'Ecriture sainte, à ce que Jésus-Christ a fait ou ordonné, àce que les apôtres ont prescrit ou pratiqué? Les réformateurs ont fait profession de suivre cette règle, et le résultat n'a jamais été le même. D'ailleurs, il est faux qu'ils l'aient suivie, et que leurs sectateurs s'en tiennent là. Jésus-Christ a lavé les pieds à ses apôtres, avant de leur donner l'eucharistie, et il leur a ordonné expressément de faire de même. Joan,, e. 13, ? 14. Il a soufflé sur ses disciples pour leur donner le Saint-Esprit, c. 20, f 22. Cependant les protestants ne font ni l'un ni
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l'autre. Les apôtres imposaient les mains sur les fidèles pour leur donner le Saint-Esprit; saint Jacques veut que les prêtres fassent une onction aux malades pour leur remettre les péchés ; pourquoi ces rites ne sont-ils pas pratiqués par les protestants ?
Si l'on nous demande pourquoi nous faisons les uns, et que nous omettons les autres, notre raison est simple, c'est que l'Eglise nous le prescrit et nous l'enseigne ainsi. Du moins notre conduiie est conforme à nos principes ; celle des protestants ne s'accorde pas avec les leurs.
Un culte est superstitieux, lorsqu'il est faux ou fondé sur une fausseté; tel était celui des païens, qui prenaient pour des dieux de prétendus génies, esprits ou démons, qui n'existaient que dans leur imagination; il était indu, puisqu'ils rendaient aux âmes des morts un culte divin qui ne leur est pas dû, et qui était fondé sur des raisons fausses. Il était superflu, parce qu'il consistait dans des pratiques inventées par pur caprice, par des terreurs paniques, ou pard'autres raisons encore plus odieuses. Il était pernicieux, parce que plusieurs de ces pratiques étaient des crimes. Celui des Juifs, légitime dans son origine., est devenu superstitieux, parce qu'il était relatif à un temps, à des lieux, à des raisons qui n'existent plus, à.
des promesses qui sont accomplies.
Celui des maliométans est faux et superstitieux, parce qu'il est l'ouvrage d'un imposteur qui n'avait aucune mission ni aucun caractère pour l'instituer, et que la plupart des rites dans lesquels il consiste sont fondés sur des fables. Celui des protestants est superstitieux, puisqu'il est illégitime, fixé et réglé par des hommes qui n'en avaient ni le pouvoir ni le caractère ; par des laïques, qui n'ont suivi que leur caprice dans ce qu'ils ont conservé ou retranché.
Pour pallier la témérité de cet attentat, il a fallu enseigner que le culte extérieur est indifférent ; que chaque société chrétienne doit avoir la liberté de le régler comme elle le juge à propos ; comme s'il pouvait y avoir quelque chose d'indifférent dans le culte qu'il faut rendre à Dieu ; comme
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si le culte n'avait aucun rapport au dogme ni à la morale. Dieu n'a laissé cette liberté ni aux patriarches, ni aux Hébreux ; c'est aux apôtres et à leurs successeurs, et non aux simples fidèles, que Jésus-Christ a donné commission de l'établir et de le régler; et lorsqu'il l'est une fois, aucune puissance civile n'a droit d'y ajouter n'y d'y retrancher. Il est fort singulier que toute société protestante ait eule droit d'arranger son culte comme il lui aplu, et que l'Eglise romaine n'ait pas eu le droit d'établir et de conserver le sein. Voyez Cérémonie, Superstition, Lois cérémonielles, etc.
Bergier.
CULTURE (Théol, mixt.indmt.) — Le fait de la culture des choses, dans l'humanité, s'étend à tout : il y a l'agriculture, oula culture des champs, l'horticulture, ou la culture des jardins, l'apiculture, ou la culture des abeilles, la pisciculture, ou la culture du poisson, la viticulture, ou la culture de la vigne, l'arboriculture, ou la culture des arbres, la sylviculture, ou la culture des forêts, l'hirudiculture, ou la culture des sangsues, l'ostréiculture, ou la culture des huîtres, etc., etc. Et nous laissons de côté toutes les cultures qui se rapportent directement ou exclusivement à l'esprit, pour ne parler que de celles qui ont pour objet les natures vivantes du règne végéta] et du règne animal.
L'homme cultive tout, et la bête ne cultive rien. L'homme a toujours cultivé quelque chose; les monuments paléontologiques suflisent pour le prouver, et la bète a toujours vécu do ce que la nature lui donnait sans culture de sa part; les mêmes monuments le prouvent aussi. Cette puissance de la culture, l'homme seul la possède donc, et c'est par elle que lui seul se rend vraiment propriétaire des choses ; il en devient en partie le créateur ; il s'approprie ce que Dieu met à sa portée en le modifiant par la culture. A l'état sauvage, les choses restent à peu près immuables; sous la culture de l'homme, elles se transforment; quelle ressemblance reste-t-il entre la plante sauvage et la plante cultivée, entre l'animal sau-