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que ces commandements ne nous imposent aucune obligation dont la droite raison ne sente la justice et la nécessité, que ce n'est rien autre chose que la loi naturelle mise par écrit ; Jésus-Christ en a fait l'abrégé le plus simple en les réduisant à deux, savoir, d'aimer Dieu sur toutes choses et le prochain comme nousmêmes.
Dieu s'était fait connaître aux Hébreux comme créateur et souverain Seigneur de l'univers, et comme leur bienfaiteur particulier ; c'est à ce double titre qu'il exige leurs hommages, non qu'il en ait besoin, mais parce qu'il est utile à l'homme d'être reconnaissant et soumis à Dieu. Conséquemment il leur détend de rendre un culte à d'autres dieux qu'à lui, de se faire des idoles pour les adorer, comme faisaient alors les peuples dont les Hébreux étaient environnés.
Il leur défend de prendre en vain son saint nom, c'est-à-dire, de jurer en son nom conlre la vérité, contre la justice et sans nécessité. Le serment fait au nom de Dieu est un acte de religion, un témoignage de respect envers sa majesté suprême ; mais s'en servir pour attester le mensonge, pour s'obliger à commettre un crime, pour confirmer de vains discours qui ne servent à rien, c'est profaner ce nom vénérable.
Dieu leur ordonne de consacrer un jour de la semaine à lui rendre le culte qui lui est dû, et il désigne le septième qu'il nomme sabbat ou repos, parce que c'est le jour auquel il avait terminé l'ouvrage de la création. Il était important de conserver la mémoire de ce fait essentiel, de graver profondément dans l'esprit des hommes l'idée d'un Dieu créateur; l'oubli de cette idée a été la source de la plupart des erreurs en fait de religion. Dieu fait remarquer que le sabbat, commandé dès le commencement du monde, Gen., c. 2, ^ 3,^ est non-seulement un acte de religion, mais un devoir d'humanité ; qu'il a pour objet de procurer du repos aux esclaves, aux mercenaires, et même aux animaux, afin que l'homme n'abuse point de leurs forces et de leur travail.
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Pour imprimer aux Hébreux le respect pour ses lois, Dieu déclare qu'il est le Dieu puissant et jaloux, qu'il punit jusqu'à la quatrième génération ceux qui l'offensent, mais qu'il fait miséricorde jusqu'à la millième à ceux qui l'aiment et lui obéissent. Les incrédules, qui ont objecté que Moïse n'a pas commandé, aux Hébreux l'amour de Dieu dans le Dècalogue, n'ont pas vu qu'il suppose l'amour et la reconnaissance à la loi.
Ceux qui ont été scandalisés du terme de Dieu jaloux, n'ont pas montré beaucoup de sagacité. Voyez Jalousie. Tels sont les commandements de la première table.
Dans la seconde , Dieu ordonne d'honorer les pères et mères. On conçoit que, sous le terme d'honorer, sont compris tous les devoirs de respect, d'amour, d'obéissance, d'assistance, que la reconnaissance peut nous inspirer pour les auteurs de nos jours; et que la reconnaissance doit s'étendre à tous ceux dont l'autorité est établie pour notre avantage:
sans cette subordination, la société ne pourrait pas subsister.
Dieu défend le meurtre, par conséquent tout ce qui peut nuire au prochain dans sa personne ; l'adultère, et l'on doit sous-entendre toute impudicité qui de près ou de loin peut porter à ce crime ; le vol, conséquemment toute injustice, qui dans le fond se réduit toujours à un vol ; le faux témoignage, et celui-ci comprend la calomnie et même la médisance qui produisent à peu près le même effet sur la réputation du prochain ; enfin les désirs injustes de ce qui appartient à autrui, parce que ces désirs mal réprimés portent infailliblement à violer le droit du prochain.
Dans la suite de ses lois, Moïse détaille plus au long les différentes actions qui peuvent blesser la justice, nuire au prochain, troubler l'ordre et la paix de la société ; il les défend, établit des peines pour les punir, et des précautions pour les prévenir; mais toutes ces lois, soit celles qui commandent des vertus, soit celles qui proscrivent des crimes, peuvent se rapporter à quelqu'un des préceptes du Dècalogue. Là se trouve concen-
trée, pour ainsi dire, toute la législation ; dès qu'il réprime la cupidité, la jalousie, la volupté, la vengeance, passions terribles, il suffit pour arrêter tous les crimes.
Ce code de morale si court, si simple, si sage, si fécond dans ses conséquences, a été formé environ l'an 2500 du monde, près de mille ans avant la naissance de la philosophie chez les Grecs. Quiconque voudra le comparer avec tout ce qu'ont produit dans ce genre les législateurs philosophes, appelés les sages par excellence, verra aisément si ce Dècalogue est parti de la main de Dieu ou de celle des hommes. Moïse ne le donne point comme son ouvrage, il le montre pratiqué déjà par les patriarches longtemps avant lui. Dans le livre de Job, que plusieurs savants croient plus ancien que Moïse, nous voyons ce saint homme suivre exactement cette morale dans sa conduite. A proprement parler, le Dècalogue est aussi ancien que le monde; c'est la première leçon que Dieu a donnée au genre humain.
Pour le faire observer par les Hébreux, Dieu y ajoute la sanction des récompenses et des peines temporelles; mais cette sanction particulière pour lanation juive ne dérogeait point à la sanction primitive des peines et des récompenses éternelles que Dieu y avait attacbées pour tous les hommes. Par la destinée d'Abel, Dieu avait assez fait voir que les récompenses de la vertu ne sont point de ce monde, et la prospérité des méchants avertissait assez qu'il y a pour le crime des peines dans une autre vie. Les incrédules qui ont accusé Moïse de les avoir laissé ignorer aux Hébreux, se sont trompés lourdement; nous le prouverons ailleurs.
Mais il y a ici d'autres remarques à faire. 1° Malgré l'évidence de cette loi divine, elle n'a jamais été bien connue que par la révélatien. Aucun philosophe ne l'a exactement suivie dans ses leçons de morale, tous l'ont attaquée et contredite dans quelque article. Fait essentiel, qui prouve combien les déistes se trompent, lorsqu'ils supposent qu'il ne faut point de révélation pour apprendre à
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l'homme des vérités spéculatives ou pratiques conformes à la lumière naturelle ou à la droite raison. Autre chose est de les découvrir sans autre secours que la lumière naturelle, et autre chose d'en voir l'évidence lorsque la révélation nous les a découvertes ; c'est sur cette équivoque sensible que sont fondées la plupart des objections que font les déistes sur la révélation.
Les anciens philosophes avaientils une faculté de raisonner moins parfaite que la nôtre ? Non, sans doute ; cependant quelques-uns ont jugé que la communauté des femmes, la prostitution publique, les impudicités contre nature, le meurtre des enfants mal conformés, la vengeance, le droit de vie et de mort sur les esclaves, les guerres cruelles faites aux peuples qu'ils nommaient barbares, le brigandage exercé chez les étrangers, ne sont pas contraires au droit naturel. Où avons-nous puisé les lumières qui nous en font juger autrement, sinon dans la révélation, dans la morale del'Ancien et du Nouveau Testament.
2° Moïse a mis une très-grande différence entre les lois morales naturelles renfermées dans le Décalogne, et les lois céi émonielles, civiles, politiquesqu'ila aussi donnéesaux Juifs delà partde Dieu. Le Décalogue fut dicté par la bouche de Dieu même au milieu des feux de Sinaï, avec un appareil redoutable ; les lois cérémonie! les furent données à Moïse successivement et à mesure que l'occasion se présenta. Laloi morale fut imposée d'abord après la sortie d'Egypte; c'est par là que Dieu commence ; la plupart des cérémonies ne furentprescrites qu'après l'adoration du veau d'or, et comme un préservatif contre l'idolâtrie. Moïse renferma dans l'arche d'alliance les préceptes moraux gravés sur deux tables ; il n'y plaça point les ordonnances du cérémonial. A l'entrée de la Terre promise, le Décalogue fut gravé sur un autel de pierres, il n'en fut pas de même des autres lois. Les prophètes ont souvent répété aux Juifs que Dieu faisait fort peu de cas de leurs cérémonies, mais qu'il exigeait d'eux l'obéissance à sa loi, la
justice, Iacharitô,lapureté des mœurs.
Par là est réfuté l'entêtement des Juifs pour leur loi cérémonielle, à laquelle ils donnent la préférence sur la loi morale.
3° Lorsque Jésus-Christ donne des lois morales dans l'Evangile, il ne les oppose point aux lois du Décalogue, telles que Dieu les a données, mais aux fausses interprétations des docteurs juifs. « Vous avez ouï dire qu'il » a été dit aux anciens : Tu aimeras » tonprocbain,et tuhalras tonemiemi.»
Matlh., c. 5, f 20 et 43. Ces dernières paroles ne se trouvent point dans la loi, c'était une glose fausse des scribes et des pharisiens. Le dessein de Jésus-Christ n'est donc point de montrer des erreurs de morale dans la loi, mais de réfuter les commentaires erronés des Juifs.
4° Les conseils de perfection qu'il y ajoute, loin de nuire à l'observation de la loi, tendent au contraire à en rendre la pratique phis sûre et plus facile, à déraciner les passions qui nous portent à l'enfreindre. Voyez Conseils. Si les docteurs juifs et les incrédules avaient daigné faire toutes ces observations, ils se seraient épargné la peine de faire plusieurs objections très-déplacées.
DECAMPS (Alexandre Gabriel.) (Theol. hist. biog, et œuv. d'art.) — Ce grand et orignal coloriste français, né à Paris en 1803, et tué à Fontainebleau par son cheval emporté dans la forêt, a le genre trop humouristique pour être classé parmi les peintres philosophes et religieux ; il est un peu le Rembrandtfrancais; l'énergie de couleur, le piquant de l'idée, l'originalité des sujets, et l'esprit caustique le caractérisent; il force les contrastes, empâte la toile, dispose avec audace les lumières et les ombres ; il partagea, avec Eugène Delacroix, Ingres et Horace Yernet les premiers honneurs de l'incomparable exposition de 1853. Quoique l'Etat n'ait jamais couru après ses tableaux, et que nos musées en soient pauvres, les particuliers les payaient des prix fous, signe de la tendance qui commençait à s'accentuer vers l'esprit matérialiste, aux dépens du sentiment.
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Les singes et les animaux sont ses personnages; c'est l'imagination dans e réalisme, et dans ce qu'on appelle le tableau de genre. ,
On peut citer parmi ses œuvres.
Chevaux de hallage; Anes et chiens savants; le Chenil; Poules et canards; le Sinae au miroir ;les singes houlan&m, les Singes charcutiers : le Singe peintre ; les Singes experts, satire piquante du Jury de Imposition de peinture, etc.; beaucoup de toiles orientales : Paysage en Anatolie; Anes d'Orient; Café turc; Bazar turc; Enfants turcs; la Sortie de l'école turque; la Ronde de Smyrne; etc. On voit par les sujets eux-mêmes qu'il y a peu, dans Decamps, pour le sérieux philosophico-théologique.
Ce qu'il a fait dans le genre historique est aussi ramené à un naturel matérialiste, quoique très- original et très fortement exécuté ; tels sont : le Moïse sauvé des eaux; Joseph vendu par ses frères; ses neuf scènes De la vie de Samson en dessins; la Défaite des Cimbres ; etc. Le musée du Louvre acheta après sa mort, son Passage du gué, qui y ligure aujourd'hui.
v ' ^ Le Noir.
DÈCE (Philippej, {thêol. hist. biog.et UUiog.) - Ce savant jurisconsulte italien naquit à Milan en 1454, se rendit très-célèbre par ses cours de droit canon, fut l'objet de la jalousie de ses confrères, assista au faux concile que réunit Louis XII, roi de France, le défendit même par deux écrits et se ht excommunier par lePape.puis relever de l'excommunication par son ancien élève Léon X. Il mourut en 1535.
Ses ouvrages sont : les écrits dont il vient d'être dit un mot, intitulés:
1» Concilium pro Ecclesix auctoritate supra Papam in causa Si/nodi Pisanse; 2° Sermo de eadem materia •pro justificatione Concilii Pisani. ; Commentâmes in Dccratalia, Digestum vêtus et Codicem, Lugduni, 1531; Commentarius de regulis juris, Colon., 1569; Consilium de reprobatione instrument^ Venet., 1546,Spirœ, 1590; Additiones in Baldum Vbaldum ad Codicem, Digestum, etc., Lugd., 1545; Concilwrum t. II, Venet., 1451.
« Pallavicini, dit M. Schrodl, remarque dans son Histoire du concile
de Trente , que Déce appartenait à la classe des légistes favorables à l'opinion d'après laquelle les lois humaines n'obligent pas en conscience.»
Le Nom.
DÉCLINAISON DE L'AIGUILLE AIMANTÉE (Thêol. mixt. scien. physiq.) — V. Boussole.
DÉCOLLATION ; ce mot n'est d'usage en français que pour exprimer le martyre de saint Jean-Baptiste, à qui Hérodelit couper la tête. Il se dit mêmemoins fréquemment du martyre de ce saint, que de la fête qu'on célèbre en mémoire de ce martyr, ou des tableaux de saint Jean dans lesquels la tète est représentée -séparée du tronc.
L'historien Josèphe, parlant du saint précurseur, dit : « C'était un homme » d'une grande vertu, qui exhortait » les Juifs à la justice et à la piété, à » recevoir le baptême et joindre la » pureté de l'âme à celle du corps.
» Hérode, qui redoutait son pouvoir, » l'envoya prisonnier dans la forte- » resse de Mâcheras, où il le fitmou- » rir. » Josèphe ajoute que les Juifs attribuèrent à cette injustice les malheurs qu'IIérode éprouva. Peu de temps après, son armée fut taillée en pièces par Arétas, roi de l'Arabie Pétrée, qui se rendit maître du château de Machérus et d'une partie des états d'Hérode. Antiq. Jud., 1. 18, c. 7,
Bergier.
DÉCRET DE DIEU. Voyez Volonté de Dieu, Prédestination.
DÉCRETS DES CONCILES. Voyez CONCILES.
DÉCRETS, DÉCRÉTA LES. On peut voir, dans l'article Concile, la difl'érence qu'il y a entre les décrets qui regardent le dogme et ceux qui concernent la discipline. Quant aux décrétâtes des Papes, le som de distinguer celles qui sont vraies ou fausses appartient aux canonistes plutôt qu'aux théologiens. Il suffit de remarquer que personne n'est plus assez ignorant, pour vouloir fonder un point de croyance ou de discipline sur
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les fausses décrétâtes, forgées sur la fin du huitième siècle.
Quelques censeurs fort mal instruits ont attribué ces fausses décrétâtes à l'ambition des Papes. Mais celui qui les a fabriquées n'a été suscité ni payé par les Papes ; il les a faites en Espagne et non en Italie; il a voulu étayer, par de faux titres, une jurisprudence établie avant lui.
Comme tous les romanciers, il a prêté aux personnages des quatre premiers siècles de l'Eglise les idées et le langage du huitième siècle. Le pouvoir temporel des Papes sur tout l'Occidentavait commencé longtemps avant cette époque, et c'a été l'ouvrage de la nécessité plutôt que de l'ambition.
Quand on examine de sang-froid l'histoire de ces temps-là, on voit que ce pouvoir, quoique porté à l'excès et devenu abusif, a fait beaucoup plus de bien que de mal.
Bergier.
DÉCRET DE GRATTEN {Théol. hist.
bîbliog.) — V. Corps du droit canon.
DÉDICACE, cérémonie par laquelle on vous ou l'on consacre un temple, un autel à l'honneur de la Divinité.
L'usage des dédicaces est très-ancien. Les Hébreux appelèrent cette cérémonie Hanuehah; ce que les Septante ont rendu par êyxaivtï, renouvellement. Il est pourtant bon d'observer que les Juifs ni les Septante ne donnent ce nom qu'à la dédicace du temple faite par les Machabées, qui y renouvelèrent l'exercice de la rcligioninterdit par Antiochus, qui avait profané le temple.
Les Juifs célébrèrent cette fête pendant huit jours avec la plus grande solennité. I Machab., c. 4. f 36 et seq. Ils la célèbrent encore aujourd'hui. Jésus-Christ honora cette fête ) de sa présence, Joan., c, 10, j!' 22; mais il ne paraît pas qu'ils aient jamais fait l'anniversaire de la première dédicace du temple qui se fit sous Salomon, ni de la seconde, qui fut célébrée après sa reconstruction sous Zorobabel. Retond, antiq. vet. Eebrœor., 4 part. c. 10, § 6 ; Prideaux, hist. des Juifs, liv. 11, iom. 2, pag. 79.
On trouve dans l'Ecriture des dédi-
caces du tabernacle, des autels du premier et du second temple, et même des maisons de particuliers, deprètres, de lévites. Chez les chrétiens, on nomme ces sortes de cérémonies consécrations, bénédictions, ordinations, et non dédicace, ce terme n'étant usité que lorsqu'il s'agit d'un lieu spécialement destiné au culte divin.
La fête de la dédicace dans l'Eglise romaine est l'anniversaire du jour auquel une église a été consacrée. Cette cérémonie a commencé à se faire avec solennité sous Constantin, lorsque la paix fut rendue à l'Eglise. On assemblait plusieurs évêques pour la faire, et ils solennisaient cette fête, qui durait plusieurs jours, par la célébration des saints mystères, et par des discours sur le but et la fin de cette cérémonie. Eusôbe nous a conservé la description des dédicaces des églises de Tyr et de Jérusalem. Sozomène, Hist. ecclés., liv. 2, c. 26, nous apprend que tous les ans l'on en céébrait l'anniversaire à Jérusalem pendant huit jours.
On jugea depuis cette consécration si nécessaire, qu'il n'était pas permis de célébrer dans^une église qui n'avait pas été dédiée, et que les ennemis de saint Athanasc lui firent un crime d'avoir tenu les assemblées du peuple dans une pareille église. Depuis le quatrième siècle, on a observé diverses cérémonies pour la dédicace, qui ne peut se faire que par un évêque ; elle est accompagnée d'une octave solennelle. Il y a cependant beaucoup d'églises, surtout à la campagne, qui ne sont pas dédiées, mais seulement bénites : comme elles n'ont point de dédicaces propres, elles prennent celles de la cathédrale ou de la métropole du diocèse dont elles sont. On faisait même autrefois la dédicace particulière des fonts baptismaux, comme nous l'apprenons du pape Gélase dans son sacramentairo ; Ménard, Notes sur le sacrament., p. 203.
Les protestants ont affecté de remarquer que l'on ne trouve aucun vestige de la dédicace des églises avant le quatrième siècle. N'est-ce donc pas là une assez haute antiquité, pour qu'elle ait dû leur paraître respectable? Dans ce siècle, qui a été incon-
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testablement l'un des plus éclairés et des plus fertiles en grands évèques, on faisait profession comme aujourd'hui de suivre la doctrine et les usages des trois siècles précédents ; c'en est assez pour nous faire présumer que la consécration ou la dédicace des églises n'était pas alors une nouveauté. Dans un moment nous verrons les conséquences qui s'ensuivent.
Ils ont encore observé que l'on ne dédiait pas pour lors les églises aux saints, mais à Dieu seul. Nous le savons, et quoi qu'ils en pensent, cet usage dure encore. Parce que l'on dédie une église à Dieu sous l'invocation d'un tel saint, il ne s'ensuit pas qu'elle est dédiée ou consacrée au saint ; et lorsque l'on dit : l'église de Notre- Dame ou de saint Pierre; on n'entend pas qu'elle est destinée au culte de ces patrons plutôt qu'au culte de Dieu. Les anglicans mêmes onteonservé ces dénominations vulgaires ; les luthériens et les calvinistes donnent encore à leurs temples les mêmes noms qu'ils portaient lorsque c'étaient des églises àl'usage des catholiques. S'ils doutent de l'intention de l'Eglise romaine, ils n'ont qu'à ouvrir Te pontifical ; ils verront que les prières que l'on fait pour la dédicace d'une église sont adressées à Dieu et non aux saints.
Bingham, qui a tant étudié l'antiquité, et qui a fait la remarque dont nous parlons, nous apprend aussi que, dès les premiers siècles, les églises furent non-seulement appelées Dominicum, la maison du Seigneur, mais encore Martyria, Apostolxa etProphetœa, parce que la plupart étaient bâties sur le tombeau des Martyrs, et parce que c'étaient autant de monuments qui conservaient la mémoire des apôtres et des prophètes. Orig.
ecelés.,\iv. 8, c. 1, § 8; c. 9, § 8.
De tout cela, il s'ensuit que les chrétiens des premiei's siècles n'avaient pas de leurs églises la même idée que les protestants ont de leurs temples.
Ceux-ci sont simplement des lieux d'assemblée, où il ne se passe rien que l'on ne puisse faire partout ailleurs ; conséquemment les protestants ont supprimé les bénédictions, les consécrations, les dédicaces, comme au-
tant de superstitions du papisme ; qu'en est-il besoin, en effet, pour un lieu profane? C'est autre chose, quand ou croit, comme les premiers chrétiens, que les églises sont consacrées par la présence réelle et corporelle de Jésus- Christ, qu'il daigne y habiter aussi véritablement qu'il est dans le ciel : alors on est en droit de dire comme Jacob : C'est ici la maison de Dieu et la porte du ciel; d'en faire une consécration, comme il consacra, par une effusion d'huile, la pierre sur laquelle il avait eu une vision mystérieuse. Il est à propos d'en renouveler chaque année la mémoire, afin de faire souvenir les fidèles du respect, de la modestie, de la piété, avec lesquels il doivent y entrer et s'y tenir. Quelques incrédules ont dit que c'est une cérémonie empruntée des païens; mais les païens l'avaient dérobée aux adorateurs du vrai Dieu. Voyez Consécration, Eglise.
Bergier.
DÉFAUT. Soyez Imperfection.
DÉFENSE DE SOI-MÊME. Cet article appartient directement à la philosophie morale ; mais comme certains censeurs de l'Evangile ont prétendu que Jésus-Christ interdit la défense de soi-même, et déroge ainsi à la loi naturelle, un théologien doit prouver le contraire.
Dans saint Matthieu, c. 5, f 38, Jésus-Christ dit : « Vous savez ce qui a » été ordonné par la loi du talion, que » l'on rendra œil pour œil et dentpour » dent ; et moi je vous dis de ne point y> résister au méchant; mais si quel- » qu'un vous frappe sur la joue droite, » tendez-lui l'autre ; s'il veut plaider » contre vous et vous enlever votre » tunique, abandonnez-lui encore » votre manteau, etc. » Il est évident que Jésus-Christ avertissait ses disciples de ce qu'ils seraient obligés de faire, lorsque le peuple et les magistrats, conjurés contre eux à cause de l'Evangile, voudraient leur ôter nonseulement tout ce qu'ils avaient, mais leur arracher la vie. « Le moment » viendra, leur dit-il, où tout homme » qui pourra vous ôter la vie, croira » faire une œuvre agréable à Dieu. »
Joan.,c. 16,? 2.
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Il aurait été alors fort inutile de vouloir opposer la force à la force, ou d'implorer la protection des lois et des magistrats ; mais ce qui était pour lors une nécessité pour les disciples du Sauveur, est-il encore une obligation pour le commun des fidèles, dans un état policé et sagement gouverné ? La loi qui nous oblige à supporter, pour la religion et pour la foi, les injustices etla violence des persécuteurs, ne nous commande pas de céder de môme à l'audace d'un voleur ou d'un assassin.
En général, le conseil de souffrir l'injustice et la violence plutôt que de poursuivre nos droits à la rigueur, est toujours très-sage; l'opiniâtreté aies défendre, à plaider, à exiger des réparations, n'a jamais réussi à personne; les victoires que l'on peut remporter en ce genre ont ordinairement des suites très-fâcheuses.
A la vérité, les sociniens ont poussé le rigorisme jusqu'à décider qu'un chrétien est obligé, par charité, dese laisser ôterla vie par un agresseur injuste, plutôt que de le tuer lui-même ; mais nous ne voyons pas sur quelle loi ni sur quel principe peut être fondée cette décision. Lorsque Jésus-Christ ordonnait à ses disciples de souffrir la violence, ce n'était pas pour conserver la vie des agresseurs, mais parce qu'il savait que cette patience héroïque était le moyen le plus sûr de convertir les infidèles : c'est ce qui est arrivé.
Comme Bayle avait fait cette objection, Montesquieu lui reproche de n'avoir pas su distinguer les ordres donnés pour l'établissement du Christianisme d'avec le Christianisme même, ni les conseils évangéliques d'avec les préceptes. Une preuve que les leçons données par Jésus-Christ à ses apôtres ne sont ni impraticables ni pernicieuses à la société, c'est que les apôtres les ont pratiquées à la lettre ; et sans ce courage ils n'auraient pas réussi à établir le Christianisme.
Barbeyrac, appliqué à décrier la morale des Pères de l'Eglise, les accuse d'avoir condamné, d'un sentiment presque unanime, la défense de soimême. La vérité est que la plupart se sont bornés à répéter les maximes de l'Evangile, que par conséquent il faut
donner aux uns et aux autres la même explication. En effet, ceux qui se sont exprimés le plus fortement sur la patience absolue et sans bornes prescrite aux chrétiens, sont Athénagore, Légat.pro Christ., c. 1 ; Tertullien, dans son Livre de la patience, c. 7, 8, 10; saint Cyprien, Epist. 57, p. 95, et De bono Patient., p. 250 -, Lactance, Instit. divin., 1. 6, c. 18. Or, ces quatre auteurs ont vécu dansles temps de persécution ; et pour peu qu'on les lise avec attention, l'on voit évidemment qu'ils parlent de la patience du chrétien dans ces circonstances. Barbeyrac luimême est forcé de convenir que, dans ce cas, les chrétiens devaient tout souffrir sans se défendre, parce que leur patience héroïque était nécessaire, soit pour amener les païens à la foi, soitpoury confirmer ceux qui l'avaient embrassée. Les Pères des trois premiers siècles n'ont donc pas eu tort d'en faire un devoir pour les chrétiens.
Supposons que ceux du quatrième et des suivants, comme saint Basile, saint Ambroise etsaint Augustin, aient décidé, en général, qu'un chrétien, attaqué par un agresseur injuste, doit plutôt se laisser tuer que de tuer son adversaire ; cette morale est-elle aussi évidemment fausse que Barbeyrac le prétend? De son propre aveu, Grotius, aussi bon moraliste que lui, pour le moins, regarde cette patience d'un chrétien coi.ime un trait de charité héroïque. Annot. in Matth., c. 5, f 40. Les Pères ont donc pu penser de même, sans mériter une censure rigoureuse.
Barbeyrac décide le contraire pour trois raisons : c'est qu'il n'est pas juste qu'un innocent meure plutôt qu'un coupable, autrement la condition des scélérats serait meilleure que celle des gens de bien, et ce serait un moyen d'enhardir les premiers au crime. Cela est très-bien ; mais cet oracle de morale passe sous silence un inconvénient terrible, c'est que si le meurtre vient à être découvert, et que celui qui l'a commis ne puisse pas prouver qu'il l'a fait uniquement pour sauver sa propre vie, mm moderamine inculpatse tutelse, il sera puni comme meurtrier : dans ce cas, l'innocence ne se présume point, il faut la prouver.
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