‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3 (volume 5)Chapitre 87 sur 110 · V LANGUES ASIATIQUES VIVANTES ET MORTES · texte numérisé non relu

V LANGUES ASIATIQUES VIVANTES ET MORTES

Bencrali Leva.

Newari ( Nepaul ) Leva, Adjhi, Léo.

Tamoul Léven.

Malabar Léven.

Télougou Lévata, Ljédjé.

Tzengari Leva, Level, Lel.

Chingalais Léwo, Léo, Léwiyo.

Pâli Lévo.

Hindoui, Bradj , Bliakha, Mahratti, Goudjarati Kanara , Orissa, Vikanera etc Lew, Léva,Lévita, Lévatc

Barman ' " Leva.

Touchi, Ingouche Laie, Lelé, Daia.

Japonais Lai, Sin.

Circassien Tha, Tkha.

Garactakai Taîri.

Coréen Tchen.

Annamite Thien-chua, Chua-te Tuoug-Chua.

Chinois . .............. .' Tao, Ti, Thien. Thian, Thien, Tchu,

Chang-Ti, Hoang-thien , Chang- Thien, Tching-tchu, Tay-Y.

Zend Laêva,

Sancrit Leva, Lévata, Laivata, LivaiUas, Li-

vichat. Radical primitif Liv (splendeur).

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« Faisons ici quelques réflexions.

Les grands chaînons de cette série ascendante de transformation du mot Dieu, sont : 1° notre mot Dieu sous ses formes européennes, maintenant en usage ; 2° le mot Deus, des Romains ; 3° le mot theos (eeè?) des, Grecs; 4° les troisformcs chinoises Tao, Ti et Thien; S0 la forme arienne du Zend, Daeva; 6° enfinlaforme sanscrite Déva.

Or, nous savons très-bien que Dieu vient de Dcus, et que le Deus des Latins est identique avec le theos des Grecs, les modes de transition nous ayant été transmis. Nous savons d'ailleurs avec certitude que les langues latine et grecque sont postérieures aux langues chinoise, zende et sanscrite, et qu'elles tirent une foule de mots de cette dernière; on sait donc que Deus ou Divus et eéoç viennent d'un des mots Thien, Tao, Daéva Déva, ou d'une langue mère antérieure au zend, au chinois et au sanscrit.

« Quant auxmots Thien, Tao, Daéva, Déva, il n'est pas facile de dire lequel a engendré les autres ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils ont un fond commun. Or, quelle est l'idée correspondante à ce fond commun?

« Les mots Dôva et Daéva, impliquent pour fond commun l'idée de splendeur, de lumière et leur terminaison indique la possession, de sorte qu'ils signifient étymologiquement; L'être quiposséde la splendeur.

« Les mots chinois Tao, Ti, et Thien, ont aussi un fond commun qui implique l'idée de ciel mêlée à celle d'unité, de grandeur, de raison, et même d'esprit. Le signe graphique de Thien se compose de deux signes dont fun est le symbole de la plus grande étendue, et l'autre celui de l'unité (1). Le mot Ti, usurpé par l'empereur, signifie primitivement l'esprit du ciel,

(l) Le signe chinois de la pins- grande étendne est celui-ci ; a II rappelle l'homme êtondant autairt que possible ses jambes et ses bras. Le signe de l'unité est celui-ci : — . Les deux réunis donnent

le suivant : -t- Or ce dernier est le signa graphique du mot Ihien lui-même (Dieu}. C'est ainsi que le Ciel, Dieu, s'écrit en chinoi».

ou le maître du ciel. Et le mot Tao signifie, dans les plus anciens livres, l'éternelle raison. On trouve aussi Ta, Da et Tha ayant l'idée-, de père;.

^ <c L'emploi usuel de tout ces mots ne s'est pas trop éloigné de l'étymologie; car Deva, dans ses modifications indiennes, signifie le céleste, l'habitant du ciel, le roi du ciel, etc. Le Thien des Chinois signifie pour eux le ciel encore aujourd'hui; leur Ti signifie le maître, le souverain, et leur Tao signifie toujours l'étemelle raison, la raison, la voie par excellence.

« Mais quelle est la déduction naturelle à tirer de ces observations?

c'est que, si l'on reporte son esprit, à l'époque primitive où ces mots sortirent d'un type commun, on trouve que l'idée régnante de la divinité, der vait être celle d'un être qui possède la splendeur en propre, est le maître des deux, habite le ciel, est l'esprit souverain, est la grande unité, est 1? éternelle raison.

« Or, cette collection d'attributs implique le monothéisme; et il serait impossible d'en rendre compte ainsi que des mots qui les expriment, si le polythéisme avait été la doctrine religieuse de l'époque contemporaine de la formation de leur commune racine.

« Ce n'est que longtemps après, • c'est-à-dire dans le second âge, que le vocable de la divinité fut profané ' tantôt par l'usurpation des tyrans qui osaient en parer leur orgueil, tantôt par l'application au soleil, aux astres, au ciel matériel, tantôt par la conception mythologique de plusieurs génies distincts représentant chacun un attribut du Dieu suprême, tantôt par l'adoration de mille symboles, tels que des animaux, desplantes, des montagnes, des mers, des fleuves, même des statues et des fétiches sous les noms de Dieu. C'est ainsi que ce nom, essentiellement singulier dans l'origine, prit un pluriel insultant pour l'être qu'il exprime.

« Quelques grandes âmes, tellesque Lao-Tseu, Zoroastre, Platon, cherchèrent à le ramener à sa signification primitive; mais ne réussirent guère.

C'est le Christ qui devait déterminer

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l'avènement progressif du troisième âge, que nous voyons se former peu à peu, et dans lequel le mot Dieu, Beus, Dcva, Théos, Thien, et Tao recommencent à exprimer ce qu'ils exprimèrent d'abord, le monothéisme.

« On pourrait cependant faire contre cette famille de vocables une objection qui ne serait point applicable à celles que nous exposons aux mots aleah, K.HODA et jehovah. On pourrait dire que ce qu'exprima la première racine, fut simplement le ciel matériel; mais, outre que ces autres étymologies réfutent cette interprétation, nous avons assez de notions historiques sur la philosophie des premiers âges chez les peuples les plus anciennement possesseurs de ce vocable, pour que cette interprétation soit inadmissible.

« Il y a, dans l'Inde, une série d'ouvrages remontant à des antiquités considérables, et ces ouvrages démontrent avec évidence qu'au milieu des fictions polythéistes les plus exhubérantes, il y eut toujours, sans interruption un certain nombre de lettrés qui professaient l'existence d'un être auquel ils attribuaient les propriétés snivantes :

« Auteur et principe de toutes » choses, éternel, immatériel, présent » partout, indépendant, infiniment » heureux, exempt de peines et de i soucis, vérité pure, source de toute «justice, gouvernant tout, disposant » de tout, réglant tout, infiniment » éclairé, infiniment sage, sans forme, » sans figure, sans étendue, sans na- » ture, sans nom, sans caste, sans » parenté, d'une pureté qui exclut »■ toute passion, toute inclination, » toute composition. »

« Dans la Chine, les sinologues modernes ont fait les mêmes observations, et ont vengé les anciens Chinois de l'accusation qu'on avait élevée contre eux au sujet de l'idée de Dieu. Le P. Prémare, par exemple, a prouvé que le mot Thien signifiait pour eux une intelligence supérieure (I). Et qui

(t) Nous avons entendu M. Stanislas Julien, en traduisant devant nous, mot a mot, le chou-king faire remarquer le signe dont est accompagné le mot Thien, lorsqu'il s'agit de Dieu et non du ciel matériel.

douterait du sens antique de Tao après des paroles comme celles-ci de Lao-Tseu : « La confusion de tous les » êtres précéda la naissance du ciel » et de la terre; oh! quelle immensité » et quel silence. 1 un être unique » planait sur tout, immuable, et tou- » jours agissant sans jamais s'altérer; » il est la" mère de l'univers; j'ignore » son nom, mais je l'appelle Tao, » verbe, raison, principe. »

« On sait par le Zend-avesta, qu'il en fut de même dans l'ancienne Arie.

Et Pkrfos, après Pythagore, nous est aussi un garant des antiques croyances du genre humain, à l'égard de»

l'unité de Dieu; il n'en parlerait pas avec tant de respect et d'insistance s'il n'en avait trouvé des signes épars, assez éloquents pour frapper son génie. » ( Hakmon. art. hist.) Le Noib.

DEVIN, DIVINATION. L'on anommé en général devin un homme auquel on a supposé le don, le talent ou l'art de découvrir les choses cachées ; et comme l'avenir est très-caché aux.

hommes, l'on anommé dirinution l'art de connaître et de prédire l'avenir,

La curiosité et l'intérêt, passions inquiètes, mais naturelles à l'humanité, sont la source de la plupart de ses erreurs et de ses crimes. L'homme voudrait tout savoir ; il s'est imaginé que la Divinité aurait la complaisance de condescendre à ses désirs. Souvent il lui importe de connaître des choses qui sont au-dessus de ses lumières; il s'est flatté que Dieu, occupé de son bonheur, consentirait à les lui révéler.

Il n'a donc pas été nécessaire que des imposteurs vinssent lui suggérer cette confiance; ses désirs ont été la source de son erreur. Il a cru voir des ; révélations et des prédictions (5&as tous les phénomènes de la nature ; c'est une des raisons qui ont fait imaginer partout des esprits, des génies, des intelligences prêtes à faire du bien ou du mal aux hommes. Tout événement surprenant a été regardé comme un présage et un pronostic de bonheur ou de malheur.

Un peu de réflexion suffit pour faire concevoir que cette démangeaison de

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tout savoir est une espèce de révolte contre la Providence divine. Dieu n'a voulu nous donner que des connaissances très-bornées, aiin de nous rendre plus soumis à ses ordres, et parce qu'il a jugé que des lumières plus étendues nous seraient plutôt pernicieuses qu'utiles. Ainsi la divination n'est point un acte de religion, ni une marque de respect envers Dieu, mais une impiété; elle suppose que Dieu secondera nos désirs les plus injustes et les plus absurdes. Les patriarches consul taient le Seigneur, mais ils n'usaient d'aucune divination, et nous verrons que Dieu la défendait sévèrement aux Juifs. Levit., c. 19, et Deut., c. 18.

Il serait à peu près impossible de faire l'énumération de tous les moyens qui ont été mis en usage pour découvrir les choses cachées et pour présager l'avenir, puisqu'il n'est point d'absurdités auxquelles onn'ait eu recours. Mais pour montrer que la fourberie des faux inspirés a eu beaucoup moins de part à ce désordre que les faux raisonnements des particuliers, il nous suffira de parcourir les différentes espèces de divination dont il est parlé dans l'Ecriture; elles ont été à peu près les mêmes chez tous les peuples, parce que les mêmes causes y ont contribué partout.

La première se faisait par l'inspection des astres, des étoiles, des planètes, des mies ; c'est l'astrologie judiciaire ou apotélesmatique, c'est-àdire efficace, que Moïse nomme moénen. Comme on s'aperçoit que les divers aspects des astres annoncent souvent d'avance les changements de l'air, ce phénomène joint à leur cours régulier et à l'influence qu'ils ont sur les productions de la terre, persuada aux hommes que les astres étaient animés par des esprits, par des intelligences supérieures, par des dieux ; qu'ils pouvaient donc instruire leurs adorateurs ; que dans leur marche et leurs apparences tout était sigificatif ; de là les horoscopes, les talismans, la crainte des éclipses et des météores, etc.

Une connaissance parfaite de l'astronomie ne suffisait pas pour détromper les hommes de ce préjugé,

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puisque les Chaldéens, qui étaient les meilleurs astronomes, étaient aussi les plus infatués de l'astrologie judiciaire ; ce n'est pas seulement le peuple, mais les philosophes qui ont cru que les astres étaient animés.

Moïse, plus sage, avertit les Hébreux que les astres du ciel ne sont que des flambeaux que Dieu a fait pour l'utilité des hommes. Deut., c. 4, ^19.

Un prophète leur dit de ne point craindre les signes du ciel, comme font les autres nations. Jerem., c. 10,

La seconde est nommée mecatscheh, que l'on traduit par augure ; c'est la divination par le vol des oiseaux, par leurs cris, par leurs mouvements et par d'autres signes : les oiseaux font souvent pressentir le beau temps ou la pluie, le vent ou l'orage; ils préviennent l'hiver par leur fuite, ils annoncent le printemps par leur retour. On a cru qu'ils pouvaient annoncer de même les autres événements. Sur ce point, les Romains ont poussé la superstitionjusqu'à la puérilité : cet abus était défendu aux Juifs, Deut., c. 18, v 10. Un savant critique pense que le mot hébreu peut signifier aussi la divination par le serpent, parce que nahhasch signifie un serpent. Mémoires de l'Académie des Inscript., tome 70, in-12, p. 104.

La troisième, appelée mecatscheph, est exprimée dans les Septante par pratiques occultes et maléfices. Ce sont peut-être les drogues que prenaient les devins, et les contorsions qu'ils faisaient pour se procurer une prétendue inspiration. Il y a plusieurs espèces de plantes et de champignons qui causent à ceux qui les mangent un délire dans lequel ils parlent beaucoup, et font des prédictions au hasard : des hommes simples ont pris aisément le délire pour une inspiration. Il était encore défendu aux Juifs de les consulter et d'y ajouter foi. Ibid.

La quatrième est celle des holberim ou enchanteurs , de ceux qui employaient des formules de paroles et des chants pour recevoir l'inspiration.

Personne n'ignore jusqu'où a été portée la superstition des paroles efficaces ou des formules magiques, pour opérer

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des effets surnaturels. C'est une suite de la confiance que l'on avait à la prière en général. Moïse interdit cette pratique. Beut., c. 18, ^ H.

5° 11 ne veut pas que l'on interroge les esprits pythons, oboth, que l'on croit être les ventriloques. On sait aujourd'hui que le talent de parler du ventre est naturel à certaines personnes ; mais ceux qui en étaient doués autrefois ont pu fort aisémeut étonner les ignorants, en faisant entendre des voix dont on n'apercevait pas la cause, et qui semblaient venir de fort loin. La voix, renvoyée par les échos, a donné lieu à la même illusion. Le même critique que nous avons déjà cité est d'avis que ob signifie esprit, ombre, mânes des morts puisque la pythonisse d'Emlor est appelée Bahhalath ob, celle qui commande aux ob, aux esprits ; dans ce cas, c'est la nécromancie que Moïse défend dans cet endroit.

6° Il proscrit les jiddéonim , les voyants, ceux qui prétendaient être nés avec le talent de deviner et de prédire, ou l'avoir acquis par leur étude.

Ces deux dernières espèces de divination sont les seules dont l'origine vienne certainement de la fourberie des imposteurs.

La septième est l'évocation des morts, nommée par les Grecs nécromancie. Elle fut quelquefois pratiquée par les Juifs, malgré la défeuse de Moïse. Beut., c. 18, f 11. On se souvient que Saùl voulut interroger Samuel, après sa mort, pour apprendre de lui l'avenir, et que Dieu fit paraître en effet ce prophète, pour annoncer à Saùl sa mort prochaine.

I Reg., c. 18. Ceux qui rendaient un culte aux morts, supposaient qu'ils étaient devenus plus savants et plus puissants que les vivants^ et pouvaient leur être utiles. Les rêves, dans lesquels on croyait avoir vu des morts et les avoir entendus parler, ont inspiré naturellement cette confiance.

La huitième consistait à mêler ensemble des baguettes ou des flèches marquées de certains signes ; et à juger de l'avenir par l'inspection de celle que l'on tirait au hasard. On appelait cet art bélornancie ou rabdo-

mancie; il en est parlé dans Osée et dans Ezéchiel.

La neuvième était Vhêpatoscopie, ou la science des aruspices, l'inspection du foie et des entrailles des animaux. Par cette inspection, l'on pouvait juger de la salubrité de l'air, des eaux, des pâturages de tel canton, par conséquent de la prospérité future d'une métairie ou d'une colonie que l'on voulait y établir. Maison poussa la folie jusqu'à croire que cette inspection pouvait faire prévoir les événements de toute espèce. Pour comble de démence, on imagina que l'avenir devait être marqué encore plus clairement sur les entrailles des hommes que sur celles des animaux.

Nous ne pouvons penser, sans frémir, aux horribles sacrifices auxquels cette frénésie a donné lieu, mais nous n'en voyons aucun vestige chez les Juifs 10° Enfin, Moïse leur avait défendu de prendre confiance aux songes.

Beut., c. 10, f 11. Cette faiblesse n'a pas été seulement la maladie des ignorants, mais aussi celle des personnes instruites, dans tous les temps et chez toutes les nations ; il n'a pas été nécessaire que les imposteurs travaillassent à en infecter les hommes.

Il faut y ajouter la divination par les lignes tracées, par des caractères jetés au hasard, par les serpents, etc Ce détail que l'on pourrait pousser plus loin, démontre qu'une mauvaise physique, des expériences imparfaites de médecine, des observations fautives sur l'influence des astres, sur l'instinct des animaux, sur des événements fortuits, ont été la cause de toutes les erreurs et de toutes les superstitions possibles ; que le polythéisme, ou la confiance aux prétendus génies moteurs de la nature, a dû nécessairement les produire ; que la folle curiosité des peuples y a eu beaucoup plus de part que la fourberie des faux inspirés.

Moïse n'en avait épargné aucune, il les avait toutes proscrites sous le nom généralde divination. D'ailleurs, l'histoire de la création, la croyance d'un seul Dieu, d'une Providence générale et particulière, devaient en préserver tous les adorateurs du vrai

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Dieu. Moïse promet aux Hëbreux quo Dieu leur enverra des prophètes, il leur ordonne de les écouter et de fermer l'oreille aux "vaines promesses des devins etdcs faiseurs de prestiges.

Ibid. Un législateur, qui prend tant de précautions pour prémunir sou peuple contre toute espèce d'imposture, ne peut pas être lui-même un imposteur. Mais les Juifs ont souvent oublié les leçons et les lois de Moïse; en se livrant à l'idolâtrie, ils retombaient dans toutes les folies dont elle fut toujours accompagnée.

Cependant quelques incrédules prétendent que le patriarche Joseph avait appris et pratiquait en Egypte l'art de la dirinatiwi. Il fait dire à ses frères, par son envoyé, Gen., c. 44, ^ 3 : « La coupe que vous avez prise, » est celle dans laquelle monseigneur »> boit, et dont il se sert pour tirer » des augures. » ^ 15, il leur dit luimême : « Ignorez-vous qu'il n'y a » personne qui m'égale dans la scien- » ce de deviner ?» Il est clair, par ces paroles, que ïosepli pratiquait la divinationpar les coupes, qui consistait àjeter des caractères magiques dans une coupe remplie d'eau, et à y lire ce qui en résultait. Mais un écrivain récent, qui entend très-bien l'hébreu, a fait voir qu'il faut traduire ainsi ces deux versets : « N'avez-vous pas » la coupe dans laquelle mon maître » boit? Voilà qu'il fait et qu'il fera » encore des recherches à cause

» dY lie Ne concevez - vous pas

» qu'un homme comme moi la » chercherait et rechercherait avee » soin ? » Le même terme qui signifie augurer ou deviner, signifie aussi rechercher, et ce sens ne laisse aucune difficulté.

Malgré les progrès de sciences naturelles, malgré les défenses et les menaces de la religion, il est encore des esprits curieux, frivoles, ignorants, opinâtes, qui ajoutent foi à la divination, qui seraient tout prêts à renouveler les superstitions du paganisme., parce que les passions qui les ont fait naître sont toujours les mêmes. Vainement l'on nous vante la philosophie comme un préservatif assuré oontre toutes ces. espèces de démence : les Grecs et les Romains,

qui se piquaient de philosophie, n'étaient pas plus sages sur ce point que les autres peuples. Suivant le témoignage de Xénophon, Socrate regardait la divination comme un art enseigné par les dieux; il consultait gravement l'oracle de Delphes, et conseillait aux autres de faire de même. On sait qnel fut l'entêtement de Julien et des autres nouveaux platoniciens pour la théurgie ; en cela ils ne faisaient qu'imiter les stoïciens.

L'incrédulité même n'est pas un remède fort efficace contre la superstition, puisque les épicuriens ont été souvent aussi superstitieux que les femmes. Il n'est pas impossible de trouver des hommes qui croient à la magie sans croire en Dieu.

Cicôron reproche à tous les philosophes en général, d'avoir contribué plus que personne à égarer les esprits. «Autant il est nécessaire, dit-il, » d'étendre et d'affermir la religion » par la connaissance de la nature, » autant il faut déraciner la super- » stition. Ce monstre, toujours attaché » sur nos pas, nous poursuit, nous » tourmente ; si on entend un devin, » si un présage frappe nos oreilles, » si on offre un sacrifice, si on élève » les yeux vers le ciel, si on rencontre » un astrologue ou un augure, s'il fait » un éclair, s'il tonne, si la foudre- » tombe, s'il arrive quelque chose d'ex » traordinaire qui ait l'air d'un proy> dige; et il est impossible qu'il n'en «arrive pas souvent, jamais on n'a » l'esprit en Tepos. Le sommeil même, «destiné à être le remède et la un de » nos travaux et de nos inquiétudes, » devient, parles songes, une nouvelle » source de soucis et de terreurs. L'on » y ferait moins d'attention, l'on parviendrait à les mépriser, s'ils ne troa- » vaient un appui chez les philoso- » phes même les plus éclairés et qui i> passent pour les plus sages. » -de Bivinat., lia. 2, n, 140.

Thiers, Traité des Super st., première partie, liv. 3, c. 1 et suiv., Bingham, Orig . Ecclés., liv, 16, c S, rapportent les décrets des conciles Et les passages des Pères de l'Eglise, qui condamnent et proscrivent toute espèce de divination. Voyez Magie, Superstition, Présage. Bergier,

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DEVOILLE (l'abbé Achille). Thcd.

hist. biog. et UUiog.) — Poète et moraliste français, cet abbé naquit à Besançon en 1 8 1 5 ; ses ouvrages sont: Voix de la solitude et Chants de l'exil, recueils de poésies, 1839; des romans et des légendes nouvelles et morales ; tels sont: Andréas ou le prêtre soldat, 2 vol, 1843; le Mendiant, 2 vol. 1844; Notre Lame de consolation, 2voL 1845; Un inièrimr, 2 vol. 1846.; Vengeance, 2 vol. 1847; les Travailleurs, 1849; le Moine de Luxeuil, 2 vol. 1851 ; Lettres d'un vieux paysan, 1 852 ; la Charrue et le comptoir, 1854; réédité en 1857; la Fiancée de Besançon, 2 vol. 1855; le Tour de France, 1857 ; la Croix du sud, l'Etoile du matin, les Prisonniers de la Terreur, 1858; la Cloche de Louville, les Échos de ma lyre,WJQ; etc.

Le Noir.

DEVOIR, obligation morale. Selon les principes de la théologie, tout devoir est fondé sur une loi, et la loi n'est autre chose que la volonté d'un législateur, d'un supérieur revêtu d'autorité, parce qu'à toute loi il faut une sanction. Où il n'y a point de loi, dit saint Paul, il n'y a point da prévarication. Rom,, a. 4, $ 13- Donc il n'y a point non plus de devoir ou d'obliga'ion ; mais Dieu n'apaspu créer l'homme tel qu'il est sans lui donner des lois.

Les matérialistes, qui ont voulu fonder nos obligations morales sur m constitution de la nature humaine telle qu'elle est, sans remonter plus haut, ont abusé de tous les termes pour en imposer à ceux qui ne réfléchissent pas. L'homme a des besoins sans doute, il ne peut y pourvoir sans le secours de ses semblables ; mais s'il se trouve assez fort ou assez habile pour contraindre ses semblables à pourvoir à ses besoins, sans rien faire en leur faveur, comment prouvera-t-on qu'il a violé un devoir ? La première nécessité pour lui, et par conséquent le premier devoir, est de pourvoir à ses besoins par tous les moyens qui se trouvent en son pouvoir ; en satisfaisant à cette nécessité, il suit l'impulsion de la nature ; quana il nuirait aux autres par là, en quoi peut-il pécher ?

Confondre la nécessité physique avec l'obligation morale, est un sophisme grossier. En résistant à la nécessité physique, nous souffrons, sans nous rendre pour cela coupables ; en résistant à l'obligation morale, nous sommes coupables, quand même nous ne souffririons pas. Faire violence à notre sensibilité physique, n'est pas toujours un erime; c'est souvent un acte de vertu ou de force de l'âme ; , et souvent nous y sommes obligés, pour ne pas résister au sentiment moral, ou à la voix de la conscience.

La sensibilité physique, le besoin et la nécessité qui en résultent, sont souvent une passion que la raison désavoue ; le sentiment moral et la nécessité qu'il nous impose, viennent de laloi : confondre toutes ces idées., ce n'est plus raisonner.

Plusieurs de ceux qui admettent un Dieu, disent que les devoirs de l'homme découlent de sa nature même, telle que Dieu l'a faite. Cela est très-vrai, puisque Dieu n'a pas pu donner à l'homme la nature qu'il lui a donnée, la raison, la liberté, la conscience, sans le destiner à telle fin, et sans lui imposer telles lois : mais il est absurde de faire ici une abstraction, démettre d'un côté la nature humaine, de l'autre la volonté divine ; de dire que nos obligations viennent de la première et non de la seconde. La nature humaine ellemême ne vient-elle pas de la volonté divine? La volonté que Dieu a eue de créer l'homme tel, a été libre et arbitraire ; la volonté de lui imposer telles lois ne l'était plus, elle a été nécessairement conforme à la première volonté, parce que Dieu est sage et ne peut pas se contredire.

Mais le principe immédiat de nos devoirs ou de nos obligations est la loi, ou la volonté divine conforme à la nature qu'il nous a donnée.

Dirons-nous que les devoirs de l'homme sont fondés sur la raison ?

La raison, ou la faculté de réfléchir, nous fait voir la sagesse de la loi qui nous est imposée, par conséquent la justice de nos devoirs; la conscience nous applique à nous-mêmes cette loi, nous fait sentir qu'elle est pour nous et qu'elle nous oblige.: en vio-

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lant la loi, nous nous écartons de la raison et nous réfistons à la voix de la conscience ; mais la raison et la conscience ne sont pas la loi ni le fondement de l'obligation, elles n'en sont que les interprètes, ou, si l'on veut, le héraut qui la publie et la fait connaître.

Cicéron semble avoir reconnu cette vérité dans son Traité des Devoirs, de Officiis; il avait fondé nos obligations morales sur le dictamen de la raison ; mais il a compris que cela ne suffirait pas : aussi, dans son second livre des Lois, il a établi le droit en général sur la loi suprême, qui est, dit-il, la raison éternelle du Dieu souverain.

Or, puisque nos devoirs et nos droits sont toujours corrélatifs, ils doivent avoir le même fondement. C'est aussi ce qu'a reconnu un célèbre philosophe moderne. Esprit de Lcibnitz, tom. I , page 383. Voyez Droit naturel.

On ne saurait pousser trop loin la

Îirécision sur cette matière, parce que es incrédules abusent de tous les termes pour fonder nne moralité de nos actions, indépendamment de la loi de Dieu.

Leurs raisonnements ne sont qu'un verbiage vide de sens, quand on l'examine de près. « Pour nous imposer des » devoirs, disent-ils, pour nous pres- » crire des lois qui nous obligent, il » faut sans doute une autorité qui ait » droit de nous commander. Refusera- »t-once droità la«éeessrté?Disputera- »t-onles titres de cette nature qui coin - » mande en souveraine à tout ce qui » existe ? L'homme a des devoirs, par- » ce qu'il esthomme, c'est-àdire par- » ce qu'il est sensible; aime le bien » et fuit le mal, parce qu'il est forcé "» d'aimer l'un et de haïr l'autre, par- » ce qu'il est obligé de prendre les » moyens nécessaires pour obtenir » le plaisir et pour éviter la douleur. » La nature, en le rendant sensible, » le rendit sociable. » Politique naturelle, tom. \, Disc. 4, §7 ;systëme social, première partie, c. 7. etc,

Ainsi, en confondant la nécessité physique avec l'obligation morale, les lois physiques de la nature avec les lois de la conscience, le plaisir et la douleur avec le bien et le mal moral, on peut déraisonner à son

aise. 1° Je nie que la nécessité ou la nature me commande ou me force de rechercher le plaisir présent, et de fuir une douleur présente ; de préférer l'un ou l'autre à un plaisir ou à une douleur future et que je prévo:s, ou de faire le contraire; nidepréférer un plaisir physique et corporel à un plaisir d'imagination, ou de m'exposer à une douleur corporelle, plutôt qu'à une douleur spirituelle, causée par les remords. Confondre les différentes espèces de plaisirs et de douleurs, c'est une supercherie absurde.

2° Si j'étais forcé à un de ces choix, mon action ne serait pas libre ni susceptible de moralité ; elle ne serait ni louable, ni blâmable, elle ne pourrait mériter ni récompense ni punition ; il est absurde de regarder comme vice ou vertu ce qui se fait par nécessité de nature. 3° II est faux que l'homme ait des devoirs et soit sociable, parce qu'il est sensible ; les animaux sont sensibles aussi bien que nous ; la nature leur fait rechercher, comme à nous, le plaisir etfuir la douleur; sont-ils pour cela sociables, ou susceptibles d'une obligation morale? Les incrédules sont les maîtres de s'abrutir tant qu'il leur plaira ils ne nous forceront pas de les imiter. 4° Dire que la nature ou la nécessité nous impose des lois, c'est un autre abus des termes ; la loi, proprement dite, est la volonté d'un être intelligent, revêtu d'une autorité légitime ; cela peut-il s'entendre d'une nature aveugle, qui, selon les incrédules, n'est rien autre chose que la matière.

Ils soutiennent que la crainte de perdre l'estime et l'affection de nos semblables fait beaucoup plus d'impression sur nous que celle des supplices éloignés, dont la religion nous menace dans une autre vie, puisque les hommes les oublient toutes les fois que des passions fougueuses ou des habitudes enracinées les portent au mal. La plupart en doutent, ou ils savent que l'on peut les éluder.

Tout cela est faux. 1° Ceux qui sont emportés par des passions fougueuses ne tiennent pas plus de compte de la haine et du mépris de leurs semblables, que des menaces de la reli-

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