‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 16 sur 114 · LEB · texte numérisé non relu

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et orateur solide du département de la Manche, né vers le commencement de ce siècle et mort il y a quelques années, à Coutances, vicaire général et protonotaire apostolique, après avoir professé d'abord la philosophie puis dirigé le grand séminaire, fut, après mon père, la seule personne qui exerça quelque influence sur ma raison (V. Logique générale) ; c'est pourquoi je prolite de. l'occasion qui m'est offerte de lui payer mon tribut de reconnaissance en lui donnant ici une petite biographie. Cet homme grave et juste eut le grand mérite, au moment même où le torrent des esprits catholiques et lettrés se jetait avec le plus de fougue vers la doctrine du sens commun de Lamennais, surtout dans le pays où il se trouvait, de s'élever presque seul contre la nouvelle logique, et de professer hardiment et carrément le rationalisme cartésien. Je ne fus pas un de ses élèves en philosophie, mais je fus un de ses néophytes en théologie, et mon âme, déjà préparée par fa nature et par les leçons de mon père dans cette direction, trouva en lui le guide qui était fait pour elle.

M. Le Brec a laissé un P.tilosopkix cursus elementarius, en trois volumes in-12, le premier: de Logica, le second : de Théodicea, le troisième : de Psychologia. Le cours de morale n'a pas été publié. Ses traités élémentaires sont partout remarquables par une logique forte et sobre ; mais la partie par laquelle ils se distinguent, est la logique générale dans laquelle il est question du critérium ultérieur decertitude, et dont nous donnons, au mot Logique, une traduction.

Le Noir.

LEBRIJA(/Elius-Antonin de). [Théol.

hist. biog. et bibliog.) — Cet auteur espagnol, né en 1442 à Lebrija et mort à Alcala en 1522, fut l'ami du cardinal Ximenès qui le protégea contre l'inquisition ; celle-ci interdit les deux premières feuilles de ses Recherches bibliques à cause de la franchise avec laquelle il critiquait des passages de la traduction de la Vulgate, mais plus tard, il obtint par Ximenès la permission de reprendre

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sa publication. Les deux décades de Lebrija sur le règne de Ferdinand et d'Isabelle sont une des sources les plus précieuses de l'histoire de cette époque. Lebrij a avait exercé une grande influence contre la barbarie, sous le règne d'Isabelle la Catholique, par la philologie et par la méthode d'indiquer le latin, introductiones latinse, à tel point qu'on disait de lui:

Veni, vidi, vici.

Le Noir.

LEÇON, manière de lire. Dans la Bible, dans les écrits des Pères et des auteurs ecclésiastiques, les différentes leçons ou variantes sont les termes différents dans lesquels le texte d'un même auteur est rendu dans les différents manuscrits anciens : cette diversité vient pour l'ordinaire de l'altération que le temps y a causée, ou de l'inattention des copistes.

Les versions de l'Ecriture portent souvent des leçons différentes du texte hébreu, et les divers manuscrits de ces versions présentent souvent des leçons différentes entre elles. La grande affaire des critiques et des éditeurs est de déterminer laquelle de plusieurs leçons est la meilleure ; ce qui se fait en confrontantes différentes leçons de plusieurs manuscrits ou imprimés, et en préférant celle qui fait un sens plus conforme à ce qu'il paraît que l'auteur a voulu dire, ou qui se trouve dans les manuscrits ou les imprimés les plus correts. Voyez Variantes.

LEÇON. Ce qui doit être lu. En termes de bréviaire, ce sont des morceaux détachés, soit de l'Ecriture sainte, soit des Pères, ou des auteurs ecclésiastiques, qu'on lit à matines. Il y a des matines à neuf leçons, d'autres à trois leçons ; les capitules sont des leçons abrégées.

On appelle aussi leçons de théologie, ce qu'un professeur de cette science enseigne à ses écoliers, et chaque séance qu'il emploie à cette fonction.

Enfin, leçon signifie quelquefois instruction ; dans ce sens, nous disons que l'Evangile nous donne d'excellentes leçons. Beugieu.

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LECTEUR, clerc revêtu de l'un des quatre ordres mineurs. Les lecteurs étaient anciennement de jeunes enfants que l'on élevait pour les faire entrer dans le clergé ; ils servaient de^ secrétaires aux évêques et aux prêtres, et s'instruisaient ainsi en lisant et en écrivant sous eux; conséquemment on choisissait ceux qui paraissaientles plus propres à l'étude, et qui pouvaient être dans la suite élevés au sacerdoce : plusieurs cependant demeuraient lecteurs toute leur vie.

La plupart des savants pensent que la fonction des lecteurs n'a été établie qu'au troisième siècle, et que Tertullien est le premier qui en ait parlé. Pour prouver que cet ordre est plus ancien, le père Mônard a cité la lettre de saint Ignace aux iidèles d'Antioche, c. 12. Mais cette lettre est supposée. La fonction des lecteurs atoujoursété nécessaire dansl'Eglise, puisque l'on y a toujours lu les Ecritures de l'ancien et' du nouveau Testament, soit à la messe, soit à l'office de la nuit. On y lisait aussi les actes des martyrs, les lettres des autres évèques, ensuite les homélies des Pères, comme on le fait encore ; il étaitnaturel de préférer pour cette fonction les hommes qui avaient une voix plus sonore, un organe plus agréable, une prononciation plus nette que les autres. Bingham, Orig.

ecclés., 1. 3, c. 5, tona. 2, pag. 29, observe que dans l'église d'Alexandrie l'on permettait aux laïques, même aux catéchumènes, de lire l'Ecriture sainte en public, mais qu'il ne paraît pas que cette permission ait eu lieu dans les autres églises ; il pense que tantôt les diacres, tantôt les prêtres, et quelquefois les évêques, s'acquittaient de cette fonction : cela peut être ; mais il n'est pas prouvé qu'elle ait été interdite à ceux des laïques qui en étaient capables.

Les lecteurs étaient chargés de la garde des livres sacrés, ce qui les exposait beaucoup à être inquiétés pendant les persécutions. La formule de leur ordination marque qu'ils doivent lire pour celui qui prêche, chanter les leçons, bénir le pain et les fruits nouveaux, L'évêque les exhorte

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à lire fidèlement, et à pratiquer ce qu'ils lisent, et les met au rang de ceux qui administrent la parole de Dieu. Comme il leur appartenait de lire l'épitre et l'évangile, saint Cyprien jugeait que cette fonction ne convenait mieux à personne qu'aux confesseurs qui avaient souffert, pour la foi, Epist. 33 et 34, puisqu'ils avaient confirmé par leur exemple les vérités qu'ils lisaient au peuple.

Dans l'Eglise grecque, les lecteurs étaient ordonnés par l'imposition des mains, mais cette cérémonie n'avait pas lieu pour eux dans l'Eglise latine. Le quatrième concile de Cartilage ordonne que l'évèque mettra la Bible entre les mains du lecteur en présence du peuple, en lui disant : Recevez ce livre, et soyez lecteur de la parole de Dieu ; si vous remplissez fidèlement votre emploi, vous aurez part avec ceux qui administrent la parole de Dieu. Voyez le Sacram.

de S. Grêg. p. 233, et les Notes dupère Ménard, pag. 274 et suiv.

Les personnes de la plus haute considération se faisaient honneur de remplir cette fonction, témoin l'empereur Julien et son frère Gallusqui, pendant leur jeunesse, furent ordonnés lecteurs dans l'église de Nicomédie. Par la novelle 123 de Justinien, il fut défendu de prendre pour lecteurs des jeunes gens au-dessous de dix-huit ans ; mais avant ce règlement l'on avait vu cet emploi rempli par des enfants de sept à huit ans, que leurs parents destinaient de bonne heure à l'Eglise, afin que par une étude continuelle ils se rendissent capables des fonctions les plus difficiles du saint ministère.

11 paraît par le concile de Chalcédoine, qu'il y avait dans quelques églises un archilecleur, comme il y a eu un archiacolyte, un archidiare, un archiprètre, etc. Le septième concile général permet aux abbés qui font prêtres et qui ont été bénis par l'évèque, d'imposer les mains à quelques-uns de leurs religieux poulies faire lecteurs.

Bergieb.

LE CLERC (Jean). (Théol. hist. biog.

et bibliog.) — Ce savant, du xva» et

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du xvm e siècle, qui se fit fortement suspecter de socinianisme et de rationalisme, par les calvinistes stricts ses coreligionnaires, naquit à Genève en 1657 et mourut, sans enfants, en 1736, satisfaisant encore, presque machinalement, son activité littéraire tout privé qu'il fût depuis plusieurs années de la parole par des attaques d'apoplexie. Il entretenait une correspondance immense avec tous les savants de toute l'Europe. Chargé en 1684 par le synode de Rotterdam, du cours de philosophie et de langues anciennes au célèbre gymnase arminien d'Amsterdam, et, après la mort de Limborch, de l'enseignement de l'histoire ecclésiastique au même gymnase, il publia une multitude d'ouvrages de lui et des autres; voici les principaux :

Entretiens sur diverses matières de théologie, Amst. 1685.

Sentiment de quelques théologiens de Hollande sur l'histoire critique du vieux Testament composée par leP.R. Simon.

Amst. in-8, 1685. — « Dans cet ouvrage, dit M. Hœuslé, il tâchait de développer l'idée d'une inspiration plus libre, en se séparant tout à fait des opinions de la Confession helvétique de 1675, et avançait la thèse, qu'il rétracta plus tard, que Moïse ne pouvait pas être l'auteur du Pentateuque. A la réplique de Simon il opposa, en 1686, une Défense des Sentiments, etc., dans laquelle il voulait surtout justifier ses idées sur l'inspiration. Simon revint encore sur cette idée dans un nouvel écrit, mais Le Clerc garda cette fois le silence. »

Bibliothèque universelle et historique journal historique, fondé avec Cornand de La Croze, (25 vol., 1686- 1693, dont les 10 premiers appartiennent aux deux fondateurs, les vol. H, 12, 14, 19, exclusivement à Le Clerc, et dont les vol. 20 à 25 ont été continués par Bernard).

Traduction en français de trois ouvrages de Burnet, 1690 et, en latin, d'une partie de l'Histoire de l'ancienne philosophie de Thomas Stanley.

4 éditions de Moreri (4 vol. in-fol.) dont il fut le principal éditeur littéraire.

Opéra philosophica, 4 vol. iu-8, qui

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furent augmentés d'un cinquième avec une autobiographie de Fauteur.

Traduction, avec explication, en latin, des livres de l'Ancien Testament, Amst. S vol. in-fol. 1693, 1696, 1708, et 1731. Il y soutient des opinions libres sur les miracles bibliques.

Ars critica, 2 vol. Amst. 1696.

Epistobx criticse et ecclesiasticse , 1700, formant la 3 e partie de l'Ars critica.

Traduction latine du Nouveau Testament avec paraphrases et annotations , édité en anglais par Henri Hammond, 2 vol. in-fol. Francf. 1714.

Edition des Pères apostoliques de Cotelier, 2 vol. in-fol. Amst. 1724.

Publication du célèbre ouvrage du P. Petau De theologicis dogmatibus, avec préface, remarques et dissertations, 6 vol. in-fol. Anv. 1700 sous le nom de Théophile Alethinus.

Qusestiones Hieronymiana, Amst.

1700, où il n'épargne pas saint Jérôme.

Continuation de la Bibliothèque universelle et historique sous le nouveau titre de Bibliothèque choisie, 27 vol., 1703 à 1713.

Nouvelle suite sous le titre de Bibliothèque ancienne et moderne, 27 vol. , 1714 à 1727.

Appendix Augustiniana, Antverp.

1703. « Le Clerc dans cet ouvrage, dit M. Hœuslé, se prononce avec la liberté qui lui est naturelle sur des erreurs qu'il relève dans saint Augustin. »

Bistoria ecclesiastica duor. prirn.

swcul. Amst. 1716.

Traité de l'incrédulité, in-8, Amst.

1696; augm. 1714.

De veritate religionis christianss, Amst. 1709, 1717, 1724.

Petavii doctrina temporum, 3 vol.

in-fol. Amst. 1703.

Éditions de classiques grecs et latins, tel que Tite Live.

Petits traités philologiques.

Histoire des provinces unies des Pays- Bas, in-fol. Amst. 1723 à 1728.

Etc. etc.

Le Clerc eut de plus à soutenir plusieurs querelles littéraires, dont uue, avec Bayle, dura jusqu'à la mort de ce dernier. « Le Clerc, dit M. Hœuslé,

en avait donné l'occasion par son livre intitulé Parrhasiana, ou Pensées diverses sur des matières de critique, d'histoire, de morale et de politique; avec la défense de divers ouvrages de M. L. C, par Théodore Parrhase, Amsterd., 1699, in-8°, 2 vol., 170S.

Dans le premier volume, pages 301 sq., Le Clerc prétendait, contre l'assertion de Bayle, — qui, dans les articles Manichéens et Pauliciens de son Dictionnaire, soutenait que notre raison était insuffisante pour réfuter les objections tirées contre la bonté de Dieu des maux moraux et physiques de ce monde, — qu'un partisan a'Origène, à plus forte raison un vrai et solide philosophe, pouvait réïuter ces objections des Manichéens. Bayle avait assez bien admis cette réplique ; mais lorsque Le Clerc, dans la Bibliothèque choisie, en annonçant l'ouvrage de Cudworth : bitellectual Système of the wùverse, et celui de Grews, Cosmologia sacra accepta le principium vitale de Grews et les natures plastiques et immatérielles de Cudworth, naturœ plasticx, lesquelles, intermédiaires entre l'esprit et la matière, produisent, par une activité qu'elles tiennent de Dieu sans en avoir conscience, les animaux et les plantes, Bayle nia cette opinion, disant qu'admettre de pareils êtres intermédiaires, c'était ouvrir les portes et les fenêtres à F athéisme. Le Clerc nia naturellement cette conséquence, renouvela la querelle relative aux objections des Manichéens, et des deux côtés la discussion devint vive et amère. »

« Le Clerc, dit encore M. Hœuslé, avait un talent plus critique qu'original; il devançait son époque par le socinianisme, l'indifférentisme et le rationalisme dont il faisait profession ; il éttrit vain, vif, irritable, mais irréprochable dans sa vie privée. On comprend qu'au milieu des luttes si vives qu'il soutint, au milieu des travaux si multipliés qu'il entreprit, parmi les publications si diverses qu'il surveilla, sa science ait souvent manqué de solidité, son esprit de calme, son caractère d'impartialité. »

Le Noïh.

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LE COURAYER (Pierre-François).

(Théol. hist. bioy. et bibliog.) — Ce chanoine de Sainte-Geneviève, professeur de théologie et bibliothécaire de l'abbaye de soii ordre, naquit à Rouen en 1681, et mourut à Londres âgé de quatre vingt-quinze ans en 1776, léguant toute sa fortune à désœuvrés de bienfaisance. « On s'occupait beaucoup, alors, dit M. Ha?gelé,duprojetde réunir les divers partis religieux, notamment du retour de l'anglicanisme à l'unité catholique, et les savants faisaient de nombreuses recherches à cette occasion. Excité probablement par l'ouvrage d'un ecclésiastique irlandais qui soutenait que l'épiscopat de l'Église anglicane remontait sans interruption jusqu'aux Apôtres, ouvrage que Masson, évèque de Norfolk , et l'archevêque Brucsal avaient publiquement approuvé, Le Courayer lit paraître en 1723 , à Nancy, sous le voile de l'anonyme, comme imprimé à Bruxelles, une Dissertation sur la validité des ordinations anglaises et sur la succession des évéques dans l'Eglise anglicane , qui eut une influence décisive sur sa vie. Il prétendait y démontrer que la question de l'ordination ne pouvait faire obstacle à l'union de l'anglicanisme avec l'Église; car, premièrement, disait-il, on peut prouver qu'il y a une série non interrompue d'évèques anglais remontant aux temps les plus anciens ; deuxièmement, les évéques, au temps de la réforme, étaient tous régulièrement ordonnés ; troisièmement, une nouvelle ordination n'est donc pas nécessaire pour leurs successeurs

« Les adversaires de Le Courayer ne se firent pas attendre. D. Gervaise, abbé de la Trappe, le savant Uardouin, le P. Le Quin, le chanoine Pelletier de Reims et d'autres élevèrent leurs voix contre lui. Il répondit en se déclarant, en 1724, dans le Journal des Savants, l'auteur de la dissertation attaquée, et en publia une défense en 1726.

« Naturellement les Anglais ne manquèrent pas de traduire une dissertation émanée d'un prêtre catholique qui leur était aussi favorable et de vanter outre mesure le nom de

l'auteur. L'affaire devenait grave en France; le roi et le haut clergé se virent obligés d'intervenir ; car Le Courayer non-seulement maintenait les propositions de sa dissertation, mais il attaquait le saint sacrifice de la messe, la doctrine des sacrements de l'Église, de ses cérémonies, la juridiction ecclésiastique et la primauté du Pape. Tandis que, le 28 mai 1727, l'université d'Oxford conférait à Le Courayer le diplôme de docteur en théologie, une assemblée du clergô français, formée de vingt-deux prélats, présidée par le cardinal de Bissy et réunie à Saint-Germain des Prés, condamnait, le 22 avril de la même année, trente-deux de ses propositions. Peu de temps après, c'est-àdire le 31 octobre, le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, qui jusqu'alors avait été son protecteur, censurait ses écrits, et les tribunaux les condamnaient à être détruits.

Le 3 novembre Le Courayer écrivit au cardinal et parut se soumettre ; mais les Chanoines de Sainte-Geneviève avaient des motifs de douter de la sincérité de cette soumission :

l'abbé , de concert avec tous les membres de la congrégation, excommunia en 1728 l'ancien bibliothécaire de Sainte-Geneviève. Celui-ci écrivit une Relation apologétique des sentiments et de la conduite du P. C., Amsterdam, 1729, et parut prendre une résolution définitive en publiant un Supplément aux deux ouvrages faits pour défendre la validité des ordinations anglicanes, Amsterdam, 1732, in-12.

« On ne sait pas au juste à quel moment Le Courayer se retira en Angleterre; ce fut probablement dans l'hiver de 1732 à 1733, la lettre par laquelle il acceptait le diplôme d'Oxford étantdatéedu I e " décembre 1732. Il l'ut bien accueilli; la reine Caroline- Mathilde lui lit donner une pension de 100 livres sterling, et il amassa une fortune assez considérable. 11 continua à écrire, mettant son style vif, net et clair, au service des opinions anticatholiques de sa nouvelle patrie.

« Son principal travail lut la traduction française de Y Histoire du

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Concile de Trente, de Paul Sarpi, qu'il publia en 1736 à Londres, en 2 vol.

in-fol., augmentée de notes critiques, historiques, théologiques ou plutôt antithéologiques. Elle fut réimprimée plusieurs fois, à Bâle en 1738, à Halle en 1761-1766, édition pleine de fautes, de lacunes et d'inexactitudes. Le Courayer dédia sa traduction à la reine d'Angleterre, et dans une très-longue préface il se plaignit des persécutions qu'il avait souffertes, en même temps qu'il prouvait dans les notes mêmes de l'ouvrage que ces persécutions n'étaient pas imméritées ; il y manifestait contre le Pape et le clergé une haine telle qu'il niait le caractère indélébile de la prêtrise, renversait ainsi le principal argument sur lequel avaient reposé sa fameuse Dissertation, sa Défense et son Supplément, et ne voulait plus entendre parler de l'Eucharistie, de l'Extrôme- Onction, du culte des Saints, du Purgatoire, de l'usage du latin dans le culte divin, etc.

« Cette traduction de Sarpi ayant été condamnée à Rome, et divers mandements l'ayant signalée à la réprobation des fidèles, Le Courayer publia comme justification de ses notes, en 1744, un Examen des dé<fauts théologiques où l'on indique les moyens de les réformer, Amsterdam, in-12 (publié d'abord sans nom d'auteur), dans lequel il apprend aux Catholiques que leurs théologiens ont su, de la simple et pure doctrine de l'Eglise, fabriquer un inextricable tissu de propositions obscures, de définitions inutiles, d'expressions techniques embarrassantes , qu'ils ont augmenté à plaisir le nombre des hérésies au lieu de tirer quelque in- ' «traction solide des travaux apostoliques, critiques et historiques des protestants.

« Enfin le dernier ouvrage important de Le Courayer fut une traduciion française de l'Histoire de la Réforme, de Sleidan (La Haye, 1767- 1769, 3 vol,in-4°), augmentée, comme toujours, de notes inexactes, hostiles à l'Eglise catholique, et qui donnent la mesure, de la foi qu'on peut ajouter au récit des écrivains protestants quand ils racontent que le religieux

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excommunié allait assidûment à l'église à Londres et à Eaton, qu'il resta toujours attaché à l'Église catholique romaine, qu'il continua à prendre le titre de Chanoine de Sainte-Geneviève, et protesta dans son testament de 1774 qu'il mourait dans le sein de l'Église catholique. »

LE COURTIER (l'abbé F.-J.) (Théol.

hist. biog. et bibliog.) — Ce prédicateur français, né vers 1800, et élevé au siège de Montpellier d'où il vient de se retirer, a publié plusieurs livres de piété : Manuel de. la messe in-12, 1835, 3 e édit., 1854 ; Explication des messes de l'cucologe de Paris, 2 vol, in-18, 1837-38; le Dimanche, in -8, 1839, 2 e édit., 1849 ; etc.

Le Noir.

LECTICAIRES, clercs qui dans l'Eglise grecque étaient chargés de porter les corps morts sur un brancard 'nommé lectum ou lectica, et de les enterrer ; on les nommait aussi copiâtes et doyens. Voy. Funérailles.

Bergier.

LECTURES DE BOYLE. Suite de discours publicsfondés en Angleterre par Robert Boyle, en 1691, dans le dessein de prouver la religion chrér tienne contre les infidèles et les incrédules, et de répondre aux objections de ces derniers, sans outrer dans aucune des controverses et des disputes qui divisent les chrétiens. Ces discours ont été recueillis en anglais par extraits en 3 vol. in-fol. et traduits en français sous le titre de Défense de la religion, tant naturelle que révélée, etc. en 6 vol. in-12.

Il est fâcheux, sans doute, qu'une pareille fondation ait été nécessaire en Angleterre, et que notre nation môme ait eu besoin de recevoir des remèdes contre lavapeur pestilentielle de l'incrédulité qui nous a été communiquée par les Anglais. Mais nous ne devons pas être moins reconnaissants envers ceux qui ont travaillé à guérir cette maladie et à en arrêter les progrès. Si les incrédules français avaient été aussi exacts à lire ce qui a été écrit en faveur de la religion,

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chez nos voisins, que ce qui a été fait contre elle , ils auraient peut-être rougi de copier des impostures et des sophismes qui avaient été complètement réfutés dans la langue même dans laquelle ils avaient paru d'abord, et ils auraient été moins hardis à nous donner comme nouvelles des objections très-connues de tous les théologiens instruits.

Pour connaître les écrivains anglais qui ont attaqué la religion et ceux qui l'ont défendue, il faut consulter l'ouvrage de Jean Leland, intitulé : Wiws of the Deistical Writers, etc., ou Tableau des Ecrivains qui ont professe le déisme en Angleterre en 3 vol. in-8°. Cet auteur donne une notice exacte de leurs livres, et de ceux que l'ona composés contre eux; il en fait l'extrait ; il expose les principes et les paradoxes des incrédules, etles réfute sommairement. Laplupartdes réfutations qu'il nous fait connaître ont été traduites en français; l'ouvrage même dont nous parlons l'aurait été,, s'il y avait plus d'ordre et de méthode; mais il auraithesoin d'être entièrement refondu.

Il faut que dans ce combat l'avantage soit demeuré aux apologistes du christianisme, puisque ses ennemis ont été réduits au silence, et n'ont pas osé répliquer ; ce n'est pas par crainte , ^ puisque la liberté de la presse est très-observée en Angleterre; c'est donc par impuissance. Il en sera de même de ceux qui ont parlé si haut parmi nous, et qui se sont fait une réputation en copiant servilement les Anglais; leurs plagiats, mis au grand jour, suffisent déjà pour les couvrir d'opprobre.

Voyez Incrédules.

LEE (Anne). (Thcol. hist. biog. et bibliog. — V. Shakers.

LE FÈVRE (Jacques). (Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Ce savant exégète naquit à Etaples, (diocèse d'Amiens) en 1435 selon les uns, en 1445 selon les autres, et selou d'autres encore en 1455 ; il mourut à Nérac, âgé d'à peu près cent ans, en 1537 selon les uns et 1547 selon les autres, après avoir longtemps professé la philoso-

phie et être devenu docteur en Sorbonne. Voici ce que raconte M. Welte de ses écrits, de ses discussions théologiques et de la persécution dont il fut l'objet :

« Pendant son séjour près de l'évêque de Méant, Le Fêvre publia, entre autres écrits : de Maria Magdalena, 1516, 1518, et de Tribus et unica Magdalena (1519), deux dissertations par lesquelles il chercha à démontrer que la sœur de Lazare (1), Marie Madeleine (2) et la pécheresse (3) étaient trois personnes différentes.

« Ces dissertations soulevèrent une grande émotion parmi les théologiens et provoquèrent une foule d'écrits polémiques, parmi lesquels on remarqua surtout celui de Fisher, évèque de Rochester : Reverendi Patris Joannis Fisher Rosscnsis, inAnglia episcopi, neenon Cantabrig. academix cancellarii dignissimi, de unica Magdalena libri très, Paris, 15 If), et celui du théologien français Noël Béda :

Scholastica declaratio sententiae et ritus Ecclesise de unica Magdalena, per Na- ■ talem Bedam, etc., Paris, 1519. Ces deux écrits étaient solides , mais rudes. Quoique Érasme (4) reconnût que Fisher avait triomphé de son adversaire, l'opinion de Le Fêvre eut beaucoup de succès, et même, dans quelques bréviaires français, on désigna comme trois personnes distinctes les femmes nommées à ces trois endroits (5).

« Mais Le Fèvre entra par ces écrits en un conflit dangereux avec la Sorbonne ; ce conflit se termina en faveur de ses adversaires, qui, peu de temps après, trouvèrent l'occasion de lui faire sentir leur mauvais vouloir.

En effet,. le Fèvre publia en 1523 une traduction française du Nouveau Testament, avec de courtes remarques :

la première partie renfermait les Évangiles, la deuxième les autres parties du Nouveau Testament. Chaque partie était précédée d'une Épitre exhortatoire, dont la première blâmait les traductions trop libres et en forme

(I) Lut-, 7, 37 »q.

(3) Ibid., 7, 37 «t.

(•») Etiêt. 8, Libri VI.

(5) B»yle, Dicl., ». o.

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de paraphrases; la seconde recommandait aux fidèles la lecture de la Bible en langue vulgaire. Ce dernier point lui attira de nombreux et puissants adversaires, que déjà avait excités contre lui son Commentaire sur lesÉpîtres de saintPaul (1512). Enfin on le soupçonna d'être favorable aux innovations protestantes. Le Févre croyait, en effet, comme beaucoup de savants fort bien intentionnés de son temps, qui désiraient une réforme dans le sein de l'Eglise, mais une réforme suivant l'esprit de l'Eglise, que Luther et ses partisans n'avaient pas d'autre but et ne songeaient en aucune façon à se séparer d'elle.

« Il ne vit donc pas d'abord leur entreprise d'un mauvais œil. On put dès lors tirer de ses ouvrages une série de propositions dont on fit un texte d'accusation dans une réunion de prélats et de docteurs, devant laquelle il dut se justifier. Il y parvint sans peine ; mais ses adversaires ne se tinrent pas pour battus, et dénoncèrent au parlement (1525) une nouvelle traduction de l'Ancien Testament que Le Fèvre publiait (1). Le Févre crut devoir cette fois se soustraire aux poursuites par la fuite, et se rendit d'abord à Blois, puis en Guienne. La Sorbonne l'exclut de son sein et le priva de son titre de docteur. Cependant François I er , qui était alors prisonnier à Madrid, écrivit au parlement de ne rien décider par rapport à Le Fèvre, le rappela à Paris lorsqu'il fut lui-même de retour, lui confia l'éducation de son troisième fils, le prince Charles, et l'aurait élevé aux plus hautes dignités de l'Église si Le Fèvre ne s'y était refusé.

Vers la même époque Le Fèvre acheva une traduction française de tout l'Ancien Testament, et, pendant que les docteurs de Paris le poursuivaient à cette occasion, il obtenait l'approbation des docteurs belges. On imprima, à Anvers, le Pentateuque d'abord, en 1528, in-8", et le tout en 1530, avec privilège impérial, en 2 vol. in-fol., sous ce titre : la Sainte Bible en françoys, translatée selon la pure et entière traduction de saint Hiérome, conférée

(1) CoDf. La Long. Bibliotheca sacra, 1, 327.

et entièrement revisitée, selon les plus anciens et les plus corrects exemplaires, etc., imprimé ci Anvers par Martin Lempereur, A. MDXXX. Le Févre n'est nommé, il est vrai, ni dans cette traduction ni dans l'autre ; mais Le Long a démontré que toutes deux lui appartiennent (I). Cette version est importante sous un double rapport :

d'abord parce qu'elle est la première traduction française de la Bible, dans tous les cas, la première traduction faite avec soin, et qu'ensuite, malgré les attaques et les censures dont elle fut l'objet, elle servit de base aux autres versions françaises de l'Écriture (2).

« Le Févre a, il est vrai, traduit le texte latin de la Vulgate, mais il s'est . servi en même temps des textes originaux, d'après lesquels il se dirige lorsque la Vulgate lui paraît fautive.

Les notes abrégées qu'il a ajoutées au texte expliquent les mots ou les choses d'après les textes primitifs, ou sont des observations critiques.

« Pendant la persécution dont Le Févre fut l'objet, la reine de Navarre, Marguerite, était activement intervenue en sa faveur. Plus tard nous le trouvons dans l'entourage de la reine, à Nérac, où il passa tranquillement ses dernières années. C'est à cette époque qu'eut lieu sonvoyageà Strasbourg, qui ne fut pas, comme le crurent Erasme et d'autres, une fuite devant les persécutions, mais qui eut pour but, d'après le désir du roi, d'entrer en conférence avec Bucer et Capito sur les nouvelles doctrines, conférence qui n'eut aucun résultat. »

Le Fèvre est encore l'auteur des ouvrages qui suivent :

1° Commentant initiatoriiin quatuor Evangelia, Meldis, 1522, in-fol.

2° S. Pauli Epistolse cum commentariis, Paris, 1512. « Au commentaire, dit M. Welte, l'ordonnance est un peu différente de celle du Commentaire des Évangiles. A la Vulgate Le Févre ajoute une version latine du texte grec qu'il a faite, et les qua-

(i)Biblioth. s.,ï, 327 f.

(2) Conf. RoseomOller, Manuel de la Littérature, de la Critique et de l'Exégèse bibliques, IV, 332 eq. Meyer, Eist. de l'interprétation de la Bible, II, 310 sq., 545 sq.

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torzs Épitres de S. Paul se suivent ainsi immédiatement les unes les autres avec ces deux versions parallèles. On peut apprécier le rapport de la version latine de Le Févre avec la Vulgato, d'après le commencement de l'Épitre aux Romains :

« Version du grec de Le Fèvre.

... do Filio suo, facto ex semine David secuudum carnem,

Definito Filio Dei, in potestate, per Spiritum saoctitatis, ex resurrectione a moituis, Jlieau Christo Domino nostro,

Per queni aceepimus gratiam et Apostolatum pro noœino ejns, ad obediontiam fidei ia omnibus gentibns,

In quibus estis et vos vocati Jbesu Christi ;

Omnibus qui estis Rhoiaœ, iltlectis Dei, vocatis saoctis, giatia vubis et pax a Deo Pâtre nostro et Domino Jhesu Christo. »

« Vulgate.

3. De Filio suo, qui factus est ei ex semine David secunduta carnem.

4. Qui prœdestinatus est Filius Dei in virtute secundum Spiritum sanctificationis ex resurreetîone mortuornm Jesu Christi Domini nostri ;

5. Per quem aceepimus gratiam, et Apostolatum, ad obediendnm fidei in omnibus geotibus pro nomine ejus

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