I. Pour déiuunlrer au fataliste la première partie
à l'ordre de Dieu, il est récompensé et proposé pour modèle à tous les hommes, c. 22, f 16. S'il a été conduit par un mouvement de la grâce, plus invincible que celui de la nature, où est le mérite de cette action ?
Après que Dieu eut donné des lois aux Hébreux, il leur dit par la bouche de Moïse : « La loi que je vous o impose n'est ni au-dessus de vous, » ni loin de vous ;...,. elle est près de » vous, dans votre bouche et dans » votre cœur, afin que vous l'accom- » plissiez.,.. J'atteste le ciel et la terre » que je vous ai proposé le bien et le » mal, les bénédictions et les malé- » dictions, la vie et la mort ; choisis- » sez donc la vie, atiu que vous en » jouissiez, vous et vos descendants, et » que vous aimiez le Seigneur votre » Dieu. » Deut.y c. 30, y H et suiv.
Josué, près de mourir, leur répète la
je m'adresse a lui-même, et je lui soutiens que sa propre conduite est la preuve évidente de se liberté.
Vous donnez quelquefois des conseils aux personnes qui vous intéressent ; vous les exhortez, vous les engagez à faire ce que vous jugez honnête ou utile. Mais tout cela prouve que vous les croyez libres ; car, si vous les jugez nécessitées, vous devez penser qu'elles le sont, on aux choses que vous leur proposez, ou aux contraires. Vos conseils, vos exhortations, sont, dans le premier cas, inutiles ; dans le second, saperons. Daus le fait, vous n'imaginez jamais d induire des hommes aux choses qui sont hors de leur pouvoir. Lors donc que vous leur conseillez quelque action, vous croyez qu'ils sont les maîtres de la faire.
Dans la maladie vous appelez un médecin. Dans votre système de fatalité c'est encore une inconséquence; il ne pourra vous prescrire que ce à quoi la nécessité le contraindra. Si vous êtes nécessité à guérir, il ne vous aura servi de rien : si vous l'êtes a mourir, il ne vous en empêchera pas.
Vous donnez des ordres à vos inférieurs; quand ils vous désobéissent, vous les réprimandez, vous les punissez : mais s'ils n'ont pas été libres d'obéir, vos commandements sont absnr.ies, vos reproches injustes, vos châtiments barbares Les préceptes de Dieu lui-même à des créatures qu'il aurait nécessitées sont illusoires.
Vous conûez un secret à votre ami, vous lai remettez un dépôt. Mais, dans votre système de fatalité, vous êtes souverainement déraisonnable. Où il n'y a pas de liberté la Gdélité est un -Mfet sans cause... Et quel reproche aurez-vous droit de faire à celui qui aura trahi votre confiance, quarid pour sa justification, il vous rappellera à votre propre principe, qu'il a été nécessité à ce qu'il 4 fait ?
Vous vous croyex tenu à la reconnaissance portr le bien que tous avez reçu ; voua pensez qu'on vous en doit pour celui que vous avez fait. C'est encore là un sentiment inconciliable avec votre persunsi-n que le bien comme te mal se fait par nêcess té. Vous jugez-vous redevable de quelque ehose ea- Ters la fotitaiue qui vous fournit set eaux?
Vous vous liez tous les jours avec d'autres
ÏP
LIB
même leçon, c. 24, f 14 et suiv. Que pouvait-il signifier, si les Hébreux n'étaient pas libres et maîtres absolus de leur choix ?j
Les prophètes supposent cette même liberté, lorsqu'ils reprochent à ce peuple ses infidélités, qu'ils l'exhortent à se repentir et à rentrer dans l'obéissance. Les Juifs, punis par des châtiments éclatants, n'ont jamais osé dire qu'ils n'avaient pas été libres d'éviter les crimes dont ils étaient coupables : quelquefois ils ont prétendu qu'ils étaient punis des péchés de leurs pères, et Dieu leur a témoigné le contraire, Ezech., cap. 18, ^ 2 ; Jerem., cap. 31, f 29. Le châtiment n'aurait pas été plus juste, si leurs propres fautes n'avaient pas été libres .
L'auteur du livre de l'Ecclésiastique le fuit très-bien sentir, c. 15, f il et suiv. : « Ne dites point, Dieu me man-
» que ; ne faites point ce qui lui défi plait : n'ajoutez point, c'est lui qui » m'a égaré ; il n'a aucun besoin des x> impies ; il déteste l'erreur et le blas- » phème. Dès le commencement, il » a créé l'homme et lui a remis sa » conduite entre les mains ; il lui a » donné des lois et des commande- » ments : si vous voulez les garder et » lui être toujours fidèle, vous serez » en sûreté. Il a mis devant vous l'eau » et le feu, prenez celui qui vous » plaira. L'homme a devant lui le » bien et le mal, la vie et la mort, ce » qu'il choisira lui sera donné....
» Dieu n'a commandé à personne de » mal faire, et n'adonné à personne » lieu de pécher ; il ne désire point » de multiplier ses enfants ingrats et » infidèles. » Cet auteur avait évidemment dans l'esprit les paroles de Moïse ; il ne fait que les conlirmer.
Jésus-Christ semble y avoir aussi
hommes par des contrats: sans les conventions réciproques la société ne pourrait subsister ; mais, vous croyant eutiainé par une nécessité absolue, vous devez les juger sans motif et sans but. Vous n'avez pas de raison pour contracter un engagement, s'il n'est pas en votre pouvoir de le tenir : vous êtes daus l'Impuissance de le tenir, si vous êtes nécessité à l'eufreindre. Celui-là ne pont pas être soumis à l'empire de l'obligation, qui l'est au joug de la nécessité. Vous ne pouvez concevoir ni une société sans devoirs mutuels, ni un devoir sans liberté.
Enfin, pour terminer ce détail que je pourrais étendre beaucoup plus, il n'y a pas jusqu'aux efforts que vous faites pour établir votre doctrine, qui ne montreat que vous n'en êtes pas persuadé. Si vous pensez réellement que je suis nécessité à me croire libre, qu'espérez- vous de tous les arguments que vous entassez puur me prouver que je ne le suis pas ?
Ainsi il n'y a pas un jour de votre vie où vou i ne contredisiez votre système, pas une de vos actions <]ui ne soit un démenti à vos principes. Si vous croyez do bonne foi votre doctrine véritable, essayez de la suivre dans la pratique. Si vous êtes contraint de l'abandonner dans votre conduite, vous devez l'abjurer dans la spéculation.
2. L'ordre civil qui régit les hommes en société suppose pareillement leur liberté. Il serait absurde de prétendre diriger par dos lois morales des êtres nécessités à toutes leur? actions. Il ne peut y avoir pour ceux-là que des lois physiques qui les contraignent [irrésistiblement, telles que les lois du mouvement pour la matièro. L'être privé de la liberté est dans l'impuissance d'obéir au précepte : il ne peut que céder à la nécessité. Il n'y a personne, pas même le fataliste, qui prescrive les actes nécessaires, tels que de s'aimer soi-même. Si tous les actes humains sont également nécessités, il est également déraisonnable de les commander. La loi est mutile pour celui qui est nécessité ù l'observer, impuissante contro celui qui est nécessité à l'enfreindre.