Les lois, pour êtrejjbserTées, sont munies de
la sanction des récompenses, et surtontdes peines. Mois c'est encore une absurdité, c'est mémo une barbarie, s'il n'y a pas de liberté. De quel droit pourrait-on punir l'être qui ne fait que recevoir l'impulsion de l'invincible nécessité?Punit-on le couteau avec lequel un homme s'est blessé ? la punition suppose le crime, et le crime la liberté. Il serait aussi déraisonnable que cruel, de punir celui qui a été contraint par une force majeure irrésistible : par exemple, de qui des hommes plus forts que lui ont tenu et poussé le bras. Que ce soit par contrainte, que ce soit par nécessité, que l'homme ait été foccé à son action, dès qu'il n'a pas pu s'en abstenir, il n'a pu devenir coupable. Si donc les actions humaines ne sont pas produites par la liberté, il faut abolir toutes les lois, supprimer tontes les peines, renverser tous les tribunaux. On rit, au théâtre, du juge qui gravement fait le procès à un chien pour avoir mangé un chapon. Le procès intenté à un homme sans liberté serait tout aussi ridicule, y a-t-il une loi qui ordonne de punir les personnes privées de liberté. les enfants, les insensés, les malades en délire S'est-il jamais trouvé un juge qui ait imaginé de les citer à son tribunal ? On a vu des accusés, pour sa soustraire à lacondamnation, employer toutes sortes de moyens, excepté l'excuse de l'impérieuse nécessité. Et si un fataliste, étant juge, entendait un criminel se justifier par cette allégation; croirait il devoir l'absoudre ?
Concluons. Dans le système de la fatalité, toute législatioujest absurde. Le précepte de la loi est sans objet sur des êtres nécessités à faire ou la chose ordonnée ou la chose contraire. La sanction de la loi, sans utilité pour l'individu, sans force pour l'exemple, n'est qu'une barbarie sans justice. Au contraire, la totalité de la législation repose sur la doctrine de la liberté humaine. Le précepte de la loi suppose que l'homme est libre de l'observer : la sanction de la loi suppose qu'il est libre de l'enfreindre. — M. de la Luzerne, ibid., chap. 6.
Gousset.
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fait allusion, lorsqu'il a dit : « Si vous
voulez trouver' la vie, gardez les commandements, » Mitt., c. 19, y 17. Ses auditeurs, étonnés des conseils de perfection qu'il leur donnait, lui demandèrent : Qui pourra » donc être sauvé ? Il leur répondit :
« Cela est impossible aux hommes, » mais tout est possible à Dieu, »
ibid., f 26. Il suppose donc que Dieu rend possibles par sa grâce, non-seulement les commandements, mais encore les conseils de perfection. A quoi pensaient les incrédules, qui ont dit que ce divin Maitre n'a pas enseigné clairement la liberté de l'homme ? En parlant de sa morale, il dit que c'est un joug agréable et nn fardeau léger, Matth., c. 11, f 29 ; le serait -il, si Dieu ne l'allégeait par sa grâce, et si la concupiscence était un joug invincible 7
Saint Paul nous assure que Dieu, fidèle à ses promesses, ne permettra pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces,!. Cor., c. 10, 1 13. Il en imposerait aux fidèles, si l'homme, dominé par la concupiscence, n'était pas le maître d'y résister.
On aura beau tordre par des subtilités le sens de tous ces passages : ou les écrivains sacrés sont des sophistes qui ont violé toutes les règles du langage, ou il faut avouer qu'ils ont enseigné clairement et sans aucune équivoque la liberté de l'homme. Bayle, qui a fait tous ses efforts pour renverser ce dogme, est forcé de convenir, que, s'il est faux, tous les systèmes de religion tombent par terre.
Dans l'ouvrage que nous avons déjà cité, le père Petau fait voir que tous les Pères de l'Eglise ont toujours entendu par liberté l'indifférence ou le pouvoir de choisir ; et tom. 3, de Opif.
sex dier., 1. 3, 4 et 5, il prouve que tous, sans excepter saint Augustin, ont attribué ce pouvoir à l'homme dans ses actions morales ; il répond aux passages que les hérétiques ont cherché dans les ouvrages des Pères, pour obscurcir cette vérité, n traite encore la même question, tom. 4, liv. 9, cap. 2 et suiv. On ne peut apporter plus d'exactitude dans une discussion théologique ; mais il ne nous
est pas possible d'entrer dans le même détail.
Cependant les théologiens hétérodoxes prétendent que les Pères qui ont combattu les pélagiens, et en particulier saint Augustin, ont soutenu contre ces hérétiques que, par le péché d'Adam, l'homme a été dépouillé de sa liberté.
Il y a ici une grossière équivoque dont il est aisé de démontrer l'illusion. Qu'entendait Pelage par liberté ou libre arbitre ? Il entendait une égale facilité de faire le bien ou le mal, une espèce d'équilibre de la volonté humaine entre l'un et l'autre ; c'est en cela qu'il faisait consister Vindifférence ; saint Augustin nous en avertit, et c'est encore ainsi que les calvinistes définissent la liberté d'indifférence, Hist. du Munich., liv. 7, ch.
2, § 4 ; notion fausse s'il en fut jamais. Voici, dit le docteur, comment Pelage s'est exprimé dans son premier livre du Livre arbitre : « Dieu » nous a donné le pouvoir d'em- » brasser l'un ou l'autre parti (le bien » ou le mal)... L' homme peut à son gré » produire des vertus ou des vices....
» Nous naissons capables et non rem- » plis de l'un ou de l'autre ; nous som- » mes créés sans vertus et sans vices. »
Saint Augustin L. de Grat. Christi, c. 18, n. 19; L. de Pec. orig., cap. 13, n. 14. Julien soutenait encore cet équilibre prétendu, L. 3, Op. imperf., n. 109 et 117 ; et les semi-pélagiens avaient retenu la même notion du libre arbitre ; saint Prosper, Epist. ad August., n. 4. De là les pélagiens concluaient que la nécessité de la grâce détruirait la liberté, parce qu'elle inclinerait la volonté au bien et non au mal. Voyez saint Jérôme, Dial. 3 contra Pélag., etc. Si l'on perd de vue cette notion pélagienne de la liberté, on ne comprend rien à la doctrine de saint Augustin, et on ne réussira jamais à concilier ce saint docteur avec lui-même.
Il soutient avec raison que la liberté, ainsi conçue, ne s'est trouvée que dans Adam avant son péché ; que, par sa chute, l'homme a perdu cette grande et heureuse liberté ; que, par la concupiscence, il est beaucoup plus porté au mal qu'au bien ; qu'il
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a besoin du secours de la grâce pour rétablir en lui l'indifférence telle que Pelage le concevait. L.deSpir. etLitt., c. 30, n. 52; L. 3, contra duas Epist.
Pelag , c. 8, n. 24 ; Epist. 217 ad Vital., c. 3, n. 8, c. 6, n. 23, etc. ; qu'ainsi la grâce, loin de détruire le libre arbitre, le répare et le guérit de sa blessure ; L. do Grat. Christi, cap. 47, n.