LIBERTÉ DE LA CONSCIENCE
DEVANT ELLE-MÊME, DEVANT LA PUIS- SANCE RELIGIEUSE ET DEVANT LA PUIS- SANCE civile. (Théol. mixt. philos, mor. relig. et polit.) — Nous avions préparé, sous ce titre, un article trèslong qui répondait à de nombreux renvois de ce dictionnaire. Cet article renferme des discussions et des notes très-développées sur les bulles Mirari vos, quanta cura et sur le Syllabus. Nous ne savons pas si nos interprétations eussent été acceptées ou rejetées par l'autorité romaine, et, dans le doute, nous supprimons cet article. On peut voir par la note que nous mettons en tète de la nouvelle édition de notre Dissertation préliminaire sur le concile du Vatican, les motifs qui nous déterminent à cette suppression. Ceux de nos lecteurs qui désireront lire cette étude, qui est très-sérieuse et très-approfondie, la trouveront dans un livre particulier que nous ferons paraître plus tard sous ce titre : Système de conciliation proposé au pontife romain par la civilisation moderne. Le Noir.
(!) Tout cet article de Bergier se compose Je réflexions morales, qui ue sont pas pour la plupart dénuées de vérité, mais qui n'ont tien de précis ni d'arrêté comme sy.tème. Ce n'ost pas ainsi que les Thomas d'Aquin, les Suarez, les Bellarmin, les Eslios, les Fénelon établissent leurs thèses. Nous en donnerons uneau mot Politiqub (philosophie de la) ,qui sera posée et soutenue dans le genre de celles de ces grands théologiens, et qui ne ressemblera en rien à ces polémiques décousues dans lesquelles tomba parfois notre autour. Les idées sur les questions de politique générale se aont, d'ailleurs, depuis Bergier, grandement modifiées, et il convient aujourd'hui d'eiposer et de résoudre tes questions d'une autre manière. La No:».
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LIB LIBERTINI. Voyez Affranchis.
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LIBERTINS, fanatiques qui s'élevèrent en Flandre vers l'an 1547. Ils se répandirent en France : il y en eut à Genève, à Paris, mais surtout à Rouen, où un cordelier infecté du calvinisme enseigna leur doctrine. Ils soutenaient qu'il n'y a qu'un seul esprit de Dieu répandu partout, qui est et qui vit dans toutes les créatures; que notre âme n'est autre chose que cet esprit de Dieu, et qu'elle meurt avec le corps ; que le péché n'est rien ; et qu'il ne consiste que dans l'opinion, puisque c'est Dieu qui fait tout le bien et tout le mal ; que le paradis est une illusion, et l'enfer un fantôme inventé par les théologiens. Ils soutenaient que les politiques ont forgé la religion pour contenir les peuples dans l'obéissance, que la régénération spirituelle ne consiste qu'à étouffer les remords de la - conscience ; la pénitence, qu'à soutenir que l'on n'a fait aucun mal ; qu'il est permis et même expédient de feindre en matière de religion, et de s'accommoder à toutes les sectes.
Ils ajoutaient à tout cela des blasphèmes contre Jésus-Christ, en disant que ce personnage était un je ne sais quoi, composé de l'esprit de Dieu et de l'opinion des hommes. Ces principes impies leur firent donner le nom de libertins, que l'on a toujours pris depuis dans un mauvais sens.
Ils se répandirent aussi en Hollande et dans le Brabant. Leurs chefs furent un tailleur de Picardie, nommé Quintin, et un nommé Coppin ou Chopin, qui s'associa à lui et se fit son disciple.
On voit que leur doctrine est en plusieurs articles la même que celle des incrédules d'aujourd'hui ; le libertinage d'esprit qui se répandit à la naissance du protestantisme, devait naturellement conduire à ces excès tous ceux dont les mœurs étaient corrompues.
Quelques historiens ont rapporté autrement les articles de croyance des libertins dont nous parions, et cela n'est pas- étonnant; une secte, qui professe le libertinage d'esprit et
de cœur, ne peut pas avoir une croyance uniforme.
On dit qu'un des plus grands obstacles que Calvin trouva lorsqu'il voulut établir à Genève sa réformation, fut un nombreux parti de libertins, qui ne pouvaient souffrir la sévérité de sa discipline ; et l'on conclut de là que le libertinage était le caractère dominant de l'Eglise romaine. Mais ne s'est-il plus trouvé de libertins dans aucun des lieux où la prétendue réforme était bien établie et le papisme profondément oublié? Jamais le nombre d'hommes pervers, perdus de mœurs et de réputation, n'a été plus grand que depuis l'établissement du protestantisme; on pourrait le prouver par l'aveu même de ses plus zélés défenseurs. Il est évident que les principes des libertins n'étaient qu'une extension de ceux de Calvin. Ce réformateur le comprit très-bien, lorsqu'il écrivit contre ces fanatiques ; mais if ne put réparer le mal dont il était le premier auteur. Eist. de l'Eglise gallicane, t. 18, an. -1 549.
Bergieh.
LIBRE. Dans le xvi" siècle on donna ce nom à quelques hérétiques qui suivaient les erreurs des anabaptistes, et qui secouaient le joug de tout gouvernement, soit ecclésiastique, soit séculier. Ils avaient des femmes en commun, et ils appelaient union spirituelle les mariages contractés entre frère et sœur; ils défendaient aux femmes d'obéir à leurs maris lorsqu'ils n'étaient pas de leur secte. Ils se prétendaient impeccables après le baptême, parce que, selon eux, il n'y avait que la chair qui péchât ; et dans ce sens ils se nommaient des hommes divinisés. Ce n'est pas ici la seule secte dans laquelle le fanatisme se soit joint à la corruption des mœurs ; plusieurs autres ont eu recours au même expédient pour étouffer les remords et satisfaire plus librement les passions.
Gauthier, Chronique, sect. 10, c. 70.
Bergier.
LIBRE ESPRIT (Frères et sœurs du). (Théol. hist. sect. et associât.) — Cette secte panthéistique du xm c siècle, dont maître Eckard fut un des
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chefs à Cologne, et qui avait beaucoup de rapports avec le bouddhisme indien, se montra dès 1212 à Strasbourg sous le nom d'ùrthébiens, paraissant sortir de l'école d'Amaury de Bône, qui avait été censuré eu 1204 pour un panthéisme qu'il tirait d'Aristote. On la retrouve en 1216 très -répandue en Turgovie et tout le long du Rhin, puis en 1260 en Souabe où ces sectaires se mêlent aux beghards et gagnent beaucoup de moines et de religieuses. Ils se retrouvent aussi en France surtout parmi les Vaudois de Lyon où le peuple les appelle, par dérision, turlupins, parce qu'ils « habitaient les lieux que fréquentaient les loups. » Enfin on sait par la lettre de Clément V à l'évêque de Crémone, datée de 1311, qu'ils s'étaient aussi répandus dans ce diocèse, puisque ce souverain pontife y sollicite l'évêque à en extirper la secte du libre esprit. La même lettre apprend que ces sectaires s'étaient étendus, à la même date, dans la province de Spolète.
« Leur piété apparente, dit M.
Kober, jointe à un ardent prosélytisme, l'attrait propre à tout système panthéiste, un clergé mondain, un culte superficiel, l'incapacité de beaucoup de prêtres inaptes à satisfaire les besoins spirituels du peuple, furent autant de causes qui rendirent cette secte très-dangereuse à l'Église et attirèrent dans ses lacets maints fidèles à leur insu et contre leur gré ; aussi fut-elle poursuivie de tous côtés; beaucoup de sectaires expièrent leurs égarements sur le bûcher, supplice qu'ils subirent avec une merveilleuse fermeté et un calme incroyable. En 1418 une troupe de ces malheureux fanatiques, conduite par un certain Jean, s'abattit en Bohême, tint ses assemblées à Prague et en d'autres lieux, et y reçut le nom do Picards et d'Adamitcs. En 1421 Ziska, qui les soupçonnait de diverses infamies, les attaqua, les défit, en massacra une partie dans une bataille, en brûla une autre, et dès lors leur nom disparait de l'histoire. »
Voici comment l'auteur que nous venons de citer analyse le panthéisme des frères et sœurs du libre esprit :
« Leur dogme fondamental était :
Dieu est formellement tout ce qui est...
le monde est éternel ; le monde est le Fils consubstantiel du Père, que celui-ci engendre perpétuellement.
Tout ce qui est créature n'est rien, est un pur néant, unum purum nihil; il n'y a pas de monde (parce que tout est Dieu) ; il n'y a que des formes et des apparences transitoires de la substance éternelle et divine.
L'àme raisonnable de l'homme est une partie de l'essence divine, incréée et incréable; elle renferme toutes les perfections divines et elle a tout fait avec le Père. Chaque homme est le fils de Dieu, engendré de toute éternité par le Père ; le Christ n'a pas de privilège sur les autres hommes; tout ce que l'Écriture dit du Christ est dit à la lettre de chaque homme; le Christ n'a pas souffert pour tous, il n'a souffert que pour lui ; chaque homme doit se libérer lui-même et peut aller au delà des mérites du Christ; mais l'homme ne le peut qu'autant que, se plaçant « au point de vue de l'absolu » et reconnaissant la divinité de sa propre nature, il s'affranchit des liens du fini et plonge tout son être dans l'abime de la substance divine; alors il devient un avec Dieu et devient substantiellement le fils de Dieu. Les saintes Ecritures ne sont que des descriptions poétiques des idées panthéistes, multu in cis sunt poctica; ils sont un pur produit de l'esprit humain ; mais les inspirations du cœur de l'homme méritent autant de croyance que l'Evangile. Celui qui aime son prochain aime par là même Dieu, et celui qui dit qu'il aime Dieu plus que son prochain n'est pas encore parfait, parce qu'il ne sait pas encore qu'il n'y a pas de différence entre l'homme et Dieu.
« Quant aux fins dernières do l'homme, ils tiraient également les conséquences extrêmes de leur système et niaient le dogme de l'immortalité personnelle. Comme tout est émané de Dieu, tout revient à Dieu; il n'y a pas de jugement dernier; ce jugement l'homme l'exerce sur lui-même au moment de sa mort.
Il n'y a ni enfer, ni purgatoire; toute
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âme s'identifie avec la substance universelle et divine, et se perpétue de cette manière, mais sans en avoir la conscience personnelle. »
Enfin, quant à la morale de cette secte, M. Kober la résume ainsi :
« Les plus grands excès des sens ne peuvent souiller l'âme, et celui-là n'est pas encore converti à Dieu, n'est point encore parvenu à la liberté complète, qui, à la vue des corps nus d'un autre sexe, se sent encore la moindre émotion, la plus légère sensation. Ils allaient donc accompagnés de femmes, qu'ils appelaient sœurs, avec lesquelles ils vivaient dans les relations les plus libres ; le peuple les nommait Schwestriones (dn mot allemand, Schwestcr, sœur), tandis qu'eux-mêmes., faisant allusion à leur affranchissement de toute loi, se nommaient Frères et Sœurs du Libre-Esprit. Cependant...
en beaucoup de circonstances, ils ne violaient pas la pureté malgré leur commerce avec les sœurs.
« Ils ne se tenaient pas obligés au travail, parce que le travail empêche l'âme de s'élever à Dieu ; toute propriété était commune parmi eux, le vol permis et la mendicité le droit inaliénable de tout homme parfait.
Ils traversaient les villes et les bourgades, dans des costumes extraordinaires, criant habituellement : « Du pain par Dieu! » cherchant à gagner des partisans à leurs doctrines secrètes. Ils en recrutaient en effet très-souvent parmi les ecclésiastiques comme parmi les laïques, car ils avaient une merveilleuse adresse à s'attacher par leur piété hypocrite des âmes simples, telles que celle d'unTauler, qui, dans sa prévention, affirmait, après mûr examen, n'avoir nen trouvé de suspect dans les doctrines d'un des chefs de la secte qu'il avait soigneusement étul dlée O)- » Le Noir.
(1). lUynakl ann. 1329, „. 13, Cml Statut mr ] c L{> a ™'nep. Colon., contra Bgghardos «un. 1306, dans Moslioim, de Berjhardis et Demnabus Comm., p. 210; Ckmens V contra beghardos in Alemannici, ann. 1311, dans losl.eim, I. c, p. 618; Joanms, episc. Argent., tpist. circul. ann. 1317, dans Moslieim, 1. c. I iDS ,;/°«™« XXH bulta, aan. 1329, dans %oald, ann. 1329, n. 70.
LICENCE, LICENCIÉ. Dans la faculté de théologie, on nomme licence le cours d'études de deux ans qui se fait depuis qu'un étudiant a reçu le degré de bachelier, jusqu'à ce'qu'il obtienne celui de licencié. Un bachelier enlicenceest celui qui fait ce cours d'études; il est obligé d'assister à toutes les thèses qui se soutiennent, d'y argumenter, de subir plusieurs examens et de soutenir des thèses.
Le degré de licencié est ainsi nommé, parce que celui qui l'obtient reçoit non-seulement la licence ou la permission de se retirer, mais le privilège de lire et d'enseigner publiquement la théologie. Voyez Degré.
.Comme le goût dominant de notre sièele est de changer tout ce qui s'est fait autrefois, il s'est trouvé des censeurs qui ont blâmé cette manière d'exercer les jeunes gens à la théologie. Ils pnt dit que les études do licence n'étaient bonnes qu'à faire des disputeurs, à perpétuer les subtilités de la scolastique, à dégoûter du travail paisible du cabinet; que de fréquents examens à subir, et la lecture assiduedes bons auteurs seraient plus capables dedonneraux ecclésiastiques les connaissances dont ils ont besoiu pour servir utilement l'Eglise.
On nous permettra de prendre la défense de l'usage établi. 1° Il faut un aiguillon puissant pour exciter à l'étude des jeunes gens souvent paresseux, dissipés, trop confiants à leur capacité naturelle. Le plus puissant de tous est certainement l'émulation ou le désir de se distinguer parmi des compagnons d'étude; un jeune théologien ne connaît bien ses forces ni sa faiblesse que quand il s'est mesuré avec ceux qui courent la même carrière. Le désir de mériter l'approbation et les suffrages des examinateurs ne sera jamais aussi vif que l'ambition de l'emporter sur des concurrents. Une preuve de cette vérité, c'est que plusieurs négligent l'étude après leur licence, parce qu'ils n'ont plus le même motif d'émulation.
2° Quoi qu'on en dise, la mélhode scolastique est nécessaire : nous le prouverons en son lieu. Les hérétiques l'ont décriée, parce qu'elle aguerrit contre eux les théologiens catho-
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liques, et il esl fort aisé d'en corriger les défauts, s'il s'y en trouve encore.
Se flattera- t-on de créer aujourd'hui, par une méthode nouvelle, des théologiens plus habiles que Bossuet, Féîielon, Tournély, etc., qui avaient fait leur licence ?
3° Rien n'empêche les évoques d'établir pour les ecclésiastiques, après la licence, des examens sur les questions de morale et de pratique, sur l'explication de l'Ecriture sainte, sur la discipline de l'Eglise, etc. Autrefois la maison épiscopale était le séminaire des clercs, et l'évêque lui-même leur premier maître ; aucun ecclésiastique ne refuserait de se soumettre à ce nouveau cours d'études en sortant de dessus les bancs; l'émulation y serait entretenue par l'espérance d'être plus promptement et plus avantageusement placé qu'un autre. Il faudrait donc commencer par essayer quelque part la méthode que l'on juge être la meilleure; si elle réussissait mieux que l'ancienne, il serait permis alors de raisonner d'après ce succès : jusqu'à ce que l'épreuve soit faite, il faut se délier beaucoup du jugement des réformateurs.
LSeugier.
LICITE ET VALIDITÉ. {Théol. mixt.
et pur. polit, génér. théol.) — V. Validité et Licite.
LIEBERMANN (François-Léopold- Bruno). {Théol. hist. biog. etbiblog.) — Ce docteur en théologie, vicaire général du diocèse de Strasbourg, né à Molsheim en 17S9, mourut à Strasbourg à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. 11 avait été arrêté par ordre de l'empereur Napoléon I er en 1804, sous le faux prétexte de relations avec le duc d'Enghien et retenu prisonnier pendant huit mois à Sainte- Pélagie, n'ayant que son bréviaire et un volume de l'Evangile médité ; il s'était distrait de sa captivité en faisant des vers. Voici la liste de ses ouvrages :
De» pamphlets politiques sous la Teneur; Institutioncs Juris COnoniri universatis non imprimées : Réponse à Mgr Snurine ; Sept Sermons sur les sept dons du Saint-Esprit, Mayence ;
Oraison funèbre de Mgr Colmar, Mayence, 1818; Sermons, Mayence, 1831, 3 vol. Institutioncs Theologiat dogmaticœ, 5 vol., Mayence, 1819, ouvrage qui eut du succès ; Dévotion en l'honneur de saint Louis de Gonzague pour la congrégation de ce nom, Mayence. Liebermann rédigea aussi pendant quelque temps avec Gdrres la revue allemande intitulée le CaA tholique.
Le Nom.
LIÈGE (école de), {Théol. hist. écolA céléb.) — L'école de la cathédrale do Liège, dédiée à saint Laurent fut!
surtout célèlire dans le x° et dans le xi e siècle. « Elle était devenue, dit le Dict. encydop. de la théol. cathoL comme la haute école de toute l'Allemagne du nord-ouest. On dit que ce fut saint Évéraclus ou Euraclus, évoque de Liège (959-970), qui le premier éveilla dans l'Eglise et dans toute la province de Liège, jusqu'alors très-arriérées, le goût des études et qui fonda les premières écoles (1)3 Le souvenir de l'antique école de Tours planait devant lui comme l'idéal qu'il voulait réaliser. En 903 il créa à Liège un collège de trentfl chanoines, et ordonna qu'entre ces* chanoines et le clergé de Tours il jB aurait une alliance étroite, dont saint Martin de Tours serait le patron spécial (2). Liège possédait alors dans ses murs un ôvèque grec très-considéré, nommé Léon, qui avait fui s»£ patrie, et qui, favorablement aefl cueilli par Othun I er , avait pu tranquillement finir sesjours en Belgique (f 971). Sa présence eut probablement de l'inlluence sur les établissements littéraires qui furent fondés pendant son séjour en Belgique, d'autant plus que les fréquents rapports de ce diocèse avec l'Italie et l'alliance d'Othonavec Byzancey avaient ravivé l'étude du grec. La semence qu'Evélaclus avait répandue, et qui. irràr ses soins, avait prospéré, produisit les plus belles moissons, busqué la Providence lui donna, dans la personne de Notker (97l-100l|, un suc-
(1) Martine, Ampl. Coll., IV, 1035.
(i) Mirisuj, Cod. diiitom., I. S53.
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cesseur qui, sous le rapport de l'érudition et de la culture intellectuelle, n'eut pas d'égal à cette époque. Il appartenait à la célèbre et savante famille des Notker, qui, au x 6 siècle, acquit une si grande réputation ; il avait été prévôt et doyen de Saint- Gall et avait apporté son immense renom de savoir et de talent à Liège ; ce fut l'âge d'or de ce diocèse. De tous côtés affluèrent des élèves, que Notker accueillait avec bonté. Liège devint une pépinière de maîtres excellents, qui portèrent la lumière de la science dans les provinces de France et d'Allemagne et jusque chez les Slavons. L'Allemagne compta bientôt sept évêques disciples de Notker. Ce fut sous sa direction que l'école de la cathédrale, à l'instar de celle du couvent de Saint-Gall, fut divisée en deux parties distinctes : la première, composée d'élèves internes, était destinée à ceux qui se vouaient à la vie monastique ; la seconde, ne comprenant que des externes, était consacrée à ceux qui voulaient entrer dans le clergé séculier ou qui recherchaient simplement l'instruction. Notker enseignait la théologie aux uns, et en même temps consacrait ses soins à l'enseignement des jeunes laïques, qui avaient leur école particulière {quibus alendis sua seoksuh erat disciplina), et leur donnait les leçons qui convenaient à leur état. L'école de la cathédrale de Liège continua après Notker à jouir d'une juste réputation. » Wazo, le successeur de Notker, y établit même l'instruction gratuite ; il y nourrissait et habillait ses élèves des différents pays.
Le Noir.
LIEUX THÉOLOGIQUES. Ce sont les sources dans lesquelles les théologiens puisent des preuves pour appuyer les vérités qu'ils veulent établir. Dans le même sens, Cicéron a nommé lieux oratoires les sources qui fournissent des preuves aux orateurs.
Melchior Cano, dominicain, évêque des Canaries, qui avait assisté au concile de Trente, a fait un très-bon traité des Lieux lliéologiques. Il serait
à souhaiter que la forme en fût aussi agréable que le fond en est solide; mais il s'est trop attaché à la méthode scolastique ; c'est ce qui rend la lec- .
ture de cet ouvrage peu attrayante.
L'auteur est mort au milieu du xv ^siècle, dans un temps auquel les études de théologie n'avaient pas encore pris la bonne route qu'elles suivent aujourd'hui.
Après avoir remarqué que la théologie est une science de tradition, et non d'invention, d'autorité et non de raisonnements, il distingue dix espèces de preuves ou de lieux théologiques : 1. l'Ecriture sainte, qui est la parole de Dieu; 2. la tradition conservée de vive voix depuis les apôtres jusqu'à nous; 3. l'autorité de l'Eglise catholique; 4. les décisions des conciles généraux qui la représentent; 5. l'autorité de l'Eglise romaine ou des souverains pontifes; 6. le témoignage des Pères de l'Eglise; 7. le sentiment des théologiens qui ont succédé aux Pères dans la fonction d'enseigner, et auxquels on peut joindre les canonistes ; 8. les raisonnements par lesquels on tire les conséquences de ces différentes preuves; 9. l'opinion des. philosophes et des jurisconsultes; 10. le témoignage des historiens touchant les matières de fait.
On trouvera dans ce Dictionnaire des articles particuliers sur chacun de ces chefs.
i°Pour établir l'autorité de l'Ecriture sainte, l'évêque des Canaries observe que Dieu, dont elle est la parole, ne peut nous introduire en erreur, ni par lui-même, ni par l'organe de ceux qu'il a inspirés, et auxquels il a donné mission pour déclarer ses volontés aux hommes. Il prouve que le discernement des livres que l'on doit recevoir comme parole de Dieu, ne peut se faire que par le jugement de l'Eglise. Il répond aux raisons des hérétiques qui ont prétendu que l'on peut discerner ces livres par euxmêmes, et découvrir sans autres secours s'ils sont inspirés ou non. Quant aux livres dontlacanonicité a été révoquée en doute pendant quelque temps, il montre que l'on ne doit pas les rejeter. Il établit l'autorité de la version Vulgate, sans contester l'a»
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lilité des textes originaux, ni de l'étude des anciennes langues; il fait voir que cette version fait preuve et doit être reçue pour authentique dans le sens que l'a déclaré le concile de Trente. Il traite ensuite la question de savoir jusqu'à quel point l'on doit étendre l'inspiration et l'assistance que Dieu a donnée aux auteurs sacrés; il soutient que ces écrivains n'ont pu se tromper en rien, qu'il n'y a aucune erreur dans leurs écrits, qu'il n'a cependant pas été nécessaire que Dieu leur dictât jusqu'aux mots et aux syllabes. Voy. Canon, Ecriture sainte, Inspiration, etc.
( 2° Sur le second chef, MelchiorCano s'attache à prouver que les apôtres, outre les vérités qu'ils ont mises par écrit, en ont enseigné d'autres que l'Eglise a soigneusement conservées, et que l'on doit y croire comme à celles qui sont consignées dans l'Ecriture sainte. Il observe que l'Eglise de Jésus-Christ était formée avant que le Nouveau Testament eût été écrit, à plus forte raison avant que l'on eût pu le traduire dans les différentes langues des peuples convertis. Il fait voir que la virginité perpétuelle de Marie, la descente de Jésus-Christ aux enfers, la validité du baptême des enfants, etc., qui sont des dogmes de la foi chrétienne, ne se trouvent pas clairement et formellement révélées dans les Ecritures ; qu'il en est de même de plusieurs usages qui viennent certainement des apôtres. Il n'y a d'ailleurs aucune raison de croire que les apôtres ont mis par écrit tout ce qu'ils ont enseigné de vive voix ; celles que les protestants ont alléguées pour le prouver ne sont pas solides : notre auteur y répond ; il donne des règles pour discerner les traditions que l'on doit regarder comme apostoliques. Voyez Tradition-.
3" En troisième lieu, touchant l'Eglise, après avoir fixé le sens de ce terme, et après avoir montré qui sont les membres do cette société sainte, Cano prouve qu'elle ne peut ni tomber dans l'erreur, ni y entraîner les fidèles, conséquemment que le corps des pasteurs chargé d'enseigner ne peut ni se tromper, ni égarer le trou-
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peau : il discute les autorités, le»
faits, les raisonnements que les hérétiques ont opposés à cette vérité. Voyez Eglise, Infaillibilité.
4° Ce qui est vrai à l'égard de l'Eglise universelle s'applique naturellement aux conciles généraux qui la représentent; l'Eglise même ne peut professer et déclarer sa foi d'une manière plus authentique ni plus éclatante que dans une assemblée générale de ses pasteurs. Conséquemment Cano soutient que dans les matières qui concernent la foi et les mœurs, un concile général est infaillible; mais, comme tous les théologiens ultramontains, il fait dépendre cette infaillibilité de la convocation, de la présidence et de la confirmation qu'en fait le souverain pontife, tellement que si une de ces choses manque, le concile n'a plus aucune autorité :
doctrine à laquelle nous ne souscrivons point, et qui est contraire à celle du clergé de France (1). Voyez Concile, Infaillibilité.
5° De même, en traitant de l'autorité du souverain pontife en matière de foi, l'évèque des Canaries fait son possible pour la rendre égale à celle d'un concile général; il allègue les passages do l'Ecriture sainte, des conciles, des Pères de l'Eglise, surtout des papes, qui semblent favorables à cette opinion. Mais M. Bossuct, dens sa Défense de la Déclaration du clergé de France, de 1682, a solidement répondu à toutes ces autorités ; il a fait voir que les ultramontains en poussent trop loin des conséquences, et il leur oppose des preuves auxquelles Cano ne satisfait point (2). Voy. Pape, Infaillibilité.
6° A l'égard de l'autorité des Pères 9 de l'Eglise, il observe que leur sentiment, lorsqu'il n'est pas unanime, ou du moins suivi par le très-grand nom- Ci) Il o«t inutile d'ajonter que celle d<ir;i ino dit cierge de France est désormais rejet-o du ratluli- «isme par II concile du Vuhcan ; ce concilo, sans définir que l'infaillibilité de l'Eglise sur la Toi et sur les montra dépend de celle du aoiirerain Pontife, a. défiui directement celle de celui-ci lorsqu'il parlé ex cathedra et l'a déclarée indépendant') du cea- •entement de l'Ejliso.
La Xoia.
(i) Même observation que dans la n te précédente.
La Xoia,
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bre, ne fait qu'un argument probable.
A cette occasion, il s'élève contre les théologiens qui ont voulu faire du seul saint Augustin un cinquième évangile, et donner à ses ouvrages une autorité égale à celle des livres canoniques. Voy. Saint Augustin. Mais il soutient qu'en fait de matières dogmatique?, lorsque le très-grand nombre des Pères enseignent une même doctrine, on doit regarder ce consentement comme une marque certaine de vérité. En effet, si presque tous avaient adopté une môme erreur, il s'ensuivrait qu'ils y ont entraîné l'Eglise entière, puisque, en général, les fidèles ont toujours suivi avec docilité la doctrine des Pères, et les ont regardés comme leurs maîtres et leurs guides. D'ailleurs, comment un grand nombre d'hommes recommàndables par leurs lumières et par leurs vertus, qui ont vécu en différents temps et en différents lieux, entre lesquels il ne peut y avoir eu de collusion, auraient-ils embrassé tous la même opinion sans fondement, sans intérêt, contre toute apparence de vérité?
L'unanimité ou la presque unanimité de leurs sentiments sur une question dogmatique n'a pas pu se former par basard : on ne peut en imaginer une autre cause que la solidité des preuves. Voyez Pèhes de L'Eglise.
7° Après avoir allégué les reproches et les invectives que les hérésiarques et leurs partisans ont vomis contre les théologiens, l'auteur, sans dissimuler les défauts dans lesquels plusieurs scolastiques sont tombés, fait voir qu'on ne doit pas les attribuer à la théologie, de même que l'on ne rend point la philosophie responsable des défauts des philosophes.
Il convient que, quand les théologiens disputent et ne sont point d'accord sur une question, leur avis ne fait pas preuve ; mais lorsque le trèsjrand nombre sont de même sentiment, il y a de la témérité à le contredire et à le taxer d'erreur. En effet, non-seulement le commun des fidèles se trouve dans la nécessité de s'en rapporter à ceux qui sont chargés d'enseigner, mais les pasteurs mêmes de l'Eglise , assemblés en concile, n'ont jamais manqué de consulter les
théologiens et de prendre leur avis. Il en est de même des canonistes en matière de lois et de discipline. On voit aisément que les calomnies des hérétiques contre les théologiens leur onl été dictées par la passion ; il leur était naturel de haïr et de décrier des adversaires qu'ils redoutaient, et qui souvent les couvraient de confusion.
Voyez Théologie, Scolastique.
8° Sur l'usage que l'on doit faire du raisonnement dans les matières théologiques, Cano convient que les scolastiques des derniers siècles en ont abusé, lorsqu'au lieu de fonder les dogmes de la foi sur l'Ecriture sainte et sur la tradition, ils se sont attachés à les prouver principalement par. des raisonnements philosophiques. Mais il n'approuve pas non plus ceux qui auraient voulu bannir de la théologie l'usage de la dialectique et des autres sciences humaines. Puisque les hérétiques et les incrédules s'en servent pour attaquer les vérités de la foi, un théologien, pour les défendre, est obligé de recourir aux mêmes armes ; et cela n'a jamais été plus nécessaire que dans notre siècle, pnirque l'on y a fait usage de toutes les sciences pour attaquer l'Ecriture sainte et les preuves de notre religion. Une élude indispensable est celle de la critique pour apprendre à distinguer les monuments authentiques d'avec ceux qui ne le sont pas. Voyez Critique, Métaphysique.
9° En parlant des philosophes, notre auteur ne dissimule pas que, dans l'origine du christianisme, ils en ont été les plus mortels ennemis, et que, selon les observations des Pères de l'Eglise, les hérésies ont été enfantées par des hommes qui ont voulu assujettir les dogmes révélés de Dieu aux opinions philosophiques. Les Pères ont donc été obligés de connaître ces opinions, et ils s'en sont servis avec avantage, soit pour réfuter les erreurs, soit pour défendre les vérités chrétiennes. Aujourd'hui on leur en fait un crime, sans vouloir considérer les circonstances dans lesquelles ils étaient, le caractère et le génie de leurs adversaires. Nous nous trouvons encore dans h' tnêmâ cas que les Pères, et nous sommes
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forcés de les imiter. Mais, loin de fonder les vérités révélées sur les opinions philosophiques, nous nous servons des premières pour discerner ce qu'il y a de vrai ou de faux dans les secondes. Celles-ci méritent d'autant moins de croyance, qu'elles changent de siècle en siècle. Il n'en est peut-être aucune qui n'ait déjà été successivement suivie et abandonnée, détendue et réfutée deux ou trois fois depuis la naissance de la philosophie. A la première apparition d'un système qui est ou qui paraît nouveau, les esprits superficiels l'embrassent avec enthousiasme ; mais bientôt il se trouve des raisonneurs qui le détruisent de fond en comble.
Nous pourrions en citer plusieurs exemples. Voyez Philosophie.
Selon la remarque judicieuse de notre auteur, c'est un abus de vouloir que les auteurs sacrés, qui parlaient pour tout le monde, se soient servis du langage philosophique plutôt que du style populaire : leurs expressions ne peuvent donc servir ni à prouver ni à combattre les opinions spéculatives des philosophes; mais on doit rejeter celles-ei lorsqu'elles paraissent imaginées exprès pour attaquer nos livres saints.
L'évèque des Canaries dit deux mots des jurisconsultes, et montre jusqu'à quel point un théologien doit avoir connaissance du droit civil, dans quel cas l'Eglise a dû conformer ses lois à celles des souverains. Voyez Lois ecclésiastiques.
Le dixième, et le dernier des lieux théologiijues, est le témoignage des historiens. Comme la plupart des preuves de la révélation sont des faits, la connaissance de l'histoire est absolument nécessaire à un théologien; il en a besoin pour concilier l'histoire sainte avec l'histoire profane : îi ne doit donc négliger ni l'étude de la chronologie, ni celle de la géographie, qui sont les deux yeux de l'histoire, et ces deux sciences sont portées aujourd'hui à uq grand degré de perfection. Mais ce serait une erreurde prétendre, comme font les incrédules, que la narration d'un auteur profane, souvent mal instruit, peut faire preuve contre un
fait articulé distinctement par les écrivains sacrés. Plus on consulte les anciens monuments, plus on e?t convaincu que ces derniers méritent mieux notre confiance que tous les autres. Jusqu'à présent les incrédules, malgré toutes leurs recherches, n'ont encore pu montrer dans nos livres saints aucune erreur en fait d'histoire.
Voyez Histoire sainte.
Cano examine, en détail, qui sont, parmi les historiens profanes ceux qui méritent le plus de croyance ; et ce point de critique n'est pas facile à décider. Il y a tant de variété entre eux sur les faits de l'histoire ancienne, que l'on ne sait souvent auquel on doit plutôt s'en rapporter. Il fait la même chose à l'égard des historiens ecclésiastiques ; il ne dissimule aucun des reproches qu'on leur a faits ; il déplore surtout l'imprudente crédulité de ceux qui ont dressé les légendes ou les vies des saints, qui ont adopté, sans examen et sans critique, lesfables populaires; quiont rapporté une multitude de prodiges dénués de preuves : mais inutilement les incrédules ont voulu en tirer avantage pour rendre douteux tous les faits favorables à notre religion. Voy. Légende.
C'est de leur part un préjugé très-injuste de préférer toujours le témoignage des écrivains ennemis du Christianisme à celui des Pères de l'Eglise et des apologistes de notre religion, de supposer qu'un auteur est indigne de foi dès qu'il croit en Dieu. Voyei Histoire ecclésiastique.
L'ouvrage dont nous faisons l'extrait est terminé par quelques discussions relatives aux objets qui y sont traités.
Après avoir expliqué ce que c'est que la théologie, quel est son objet, sa fin, le degré de certitude qu'on doit lui attribuer, l'auteur distingue deux sortes de vérités de foi; les unes sont celles que Dieu a expressément enseignées à son Eglise par une révélation écrite ou non écrite ; les autres en sont une conséquence évidente :
les unes ni les autres ne peuvent être niées ni révoquées en doute sans errer contre la foi. Sur cette matière, il est bon de consulter Holdcii, de Résolutione fidei.
11 cainine ensuite les divers de-
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grés d'erreur; il donne la notion d'une hérésie proprement dite; il montre en quoi elle est différente d'une simple erreur; quelles règles l'on doit suivre pour imprimer à une proposition la note d'hérésie: ce que l'on entend par une proposition erronée, qui sent l'hérésie, qui offense les oreilles pieuses, qui est téméraire ou scandaleuse, etc. Voyez Censure. Enfin, il expose les précautions que l'on doit prendre, en faisant usage des divers Lieux théologiques dont il a parlé : en quels cas les arguments que l'on en tire peuvent être plus ou moins certains. Il donne lui-même l'exemple, en traitant trois questions théologiques selon la méthode qu'il a prescrite, savoir, le sacrifice , de l'eucharistie, le degré de connaissance dont L'âme de Jésus-Christ a été douée dès l'instant de sa création, l'immortalité de l'âme.
Bergîer.
LIGATURE. On donne quelquefois ce nom aux amulettes ou préservatifs, parce qu'on les porte suspendus au cou, ou attachés à quelque partie du corps. Voyez Amulette.
Chez les théologiens mystiques, ligature signifie une suspension totale des facultés supérieures ou des puissances intellectuelles de l'âme; ils prétendent que quand l'âme est livrée à une parfaite contemplation, elle reste privée de toutes ses opérations, et cesse d'agir, afin d'être mieux disposée à recevoir les impressions et les communications de la grâce divine.
Cet état, selon eux, est purement passif; mais comme il peut venir d'une cause physique et d'une certaine constitution de tempérament, il est dangereux de s'y tromper, et l'on ne peut prendre trop de précautions avant de décider si cet état dans telle personne est naturel ou surnaturel. Voyez Extase.
Bergîer.
LIGORIENS OU L1GUORIENS.
(Thêol. hist. ordr. rel.) — V. Rédemptoristes.
LILIENTHA.L (Théodore-Christophe). (Théol. hist. biog. et bibliog.) —
Cet apologiste allemand , professeur de théologie à Kônigsberg, naquit en 1717; on a de lui : Vérité de la révélation divine défendue contre ses ennemis, 1750-1782, 10 vol. Cette longue apologie renferme beaucoup de choses inutiles ou peu solides, mais elle renferme aussi, dans ses réponses aux attaques des déistes anglais contre les textes bibliques, beaucoup de savoir et de jugement.
Le Noir.
LIMBES. Dans l'origine, limbus, en latin, est le bord ou la bordure d'un vêtement; aujourd'hui, limbes est un mot consaci'é parmi les théologiens, pour signifier le lieu où les âmes des saints patriarches étaient détenues, avant que Jésus-Christ y fût descendu après sa résurrection, pour les délivrer et les faire jouir de la béatitude.
Le nom de limbes ne se lit ni dans l'Ecriture sainte, ni dans les anciens Pères,' mais seulement celui d'enfers, inferi, les lieux bas. Il est dit de Jésus-Christ, dans le symbole, descendit ad inferos, et saint Paul, Ephes., c. 4, f 9, dit que Jésus-Christ est descendu aux parties inférieures de la terre ; tous les Pères se sont exprimés de même. Dans ce sens, il est vrai de dire que les bons et les méchants étaient dans les enfers, lorsque Jésus- Christ y est descendu ; mais il ne s'ensuit pas que tous aient été dans le même lieu, encore moins que tous aient enduré les mêmes tourments.
Dans la parabole du mauvais riche, Luc, c. 10, ^ 20, il est dit qu'entre le lieu où étaient Abraham etle Lazare, et celui dans lequel souffrait le mauvais riche, il y a un vide immense qui empêche que l'on ne puisse passer de l'un dans l'autre. Ainsi les Pères ont eu soin de distinguer expressément ces deux parties des enfers. Voy.
Petau, bogm. Théol., tome 4, 2° part.
Quelques théologiens pensent que les enfants morts sans baptême sont dans les limbes, ou dans le même lieu dans lequel les âmes des patriarches attendaient la venue de Jésus-Christ ; mais cette conjecture ne peut pas s'accorder avec le sentiment de saint Augustin et des autres Pères, qui ont
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soutenu, contre les pélagiens, qu'entre le séjour des bienheureux et celui des damnés, il n'y a point de lieu mitoyen pour les enfants. Au reste, peu importe dans quel lieu soient ces enfants, pourvu qu'ils n'endurent pas les supplices des réprouvés.
On ne sait pas quel est le premier qui a employé le mot limbus, pour désigner un séjour particulier des âmes ; on ne le trouve pas en ce sens dans le maître des sentences; mais ses commentateurs s'en sont servis.
Comme le terme à'enfer semblait emporter l'idée de la damnation et d'un supplice éternel, ils en ont employé un autre plus doux. Voyez Durand, in quart. Sent., dist. 21, q. 1, art. 1 ; D. JJonavent. ibid., dist. 15, art. 1, q. 1, etc. (1).
LIMBORCH (Philippe Van). {Théol.
hist. biog. et bibliog.) — Ce pasteur d'Amsterdam, né en 1633 et mort en 1712, professeur au séminaire des remontrants, a laissé :
Praest. ac eruclit. virorum epislolae eccles. et theologicse, Amstelodami, 1660, 1684, 1704, in-fol., renfermant surtout des lettres d'Arminius, de Uitenbogart, Vossius, Grotius, Épiscopius; Theologia Christiana, ad praxin pietatis ac promotioncm paris Christianse unice directa, Amstelodami, 1686, in-4° ; 1730, in fol., exposition du système des Arminiens ; De Veritate religionis Christianse arnica eollatio cum erudito Judœo, Gouda, 1687, in-4°; Historia Inquisitionis, Amstelodami, 1692; Commentaire des Actes des Apôtres, des Èpitres aux Romains, aux Hébreux, 1711.
Le Nom.
LIMITES (la méthode des). {Théol.
rnxxt. scien. mathém. philos, ontol.) — Il existe dans les mathématiques une méthode' de démonstration qui est d'une évidence péremptoire et contre laquelle, pourtant, on pourrait élever toutes les objections qu'élèvent les athées contre l'infini de la cause uni- Ci) Vnyez nr.tro article Demeures eteeïikllks et tous ceux qui on dépendent. Dans ces articles nous croyons, sauf réserre de définitions do l'Eglise qni pourraient éclairer dans l'avenir cette question, Souroir tire plus explicite. Le Nom*
verselle, et qui explique, en même temps, avec une clarté géométrique la diiférence infranchissable entre l'imparfait et le parfait, la créature et le créateur, le fini toujours perfectible et l'infini, solution suprême, inatteingible à jamais par le fini, mais nécessaire comme but aussi bien que comme cause. C'est la méthode de démonstration par les limites.
En général, une quantité est la quantité limite d'une autre quantité variable, lorsque, la première étant, par rapport à la seconde, le parfait absolu, la seconde tend vers elle indéfiniment et peut en différer d'aussi peu qu'on le voudra sans cependant que la différence puisse jamais s'annuler complètement; par exemple, la série progressive suivante :
2"+! + § + Ï6+à' etC " àl ' infiQi '
laquelle consiste à conserver toujours le même numérateur 1 et à doubler toujours les dénominateurs, s'approche indéfiniment de l'unité sans pouvoir jamais l'égaler en sorte que l'égalité
etc.
est tout à la fois fausse et vraie : elle est fausse comme réalité objective puisque l'esprit voit clairement que la séiie, fut-elle prolongée durant l'éternité, laisserait toujours une fraction, qui, toute minime qu'elle fût, l'empêcherait d'égaler 1. tlle est est vraie hypothétiquement et par fiction métaphysique irréalisable, puisque l'esprit voit clairement qu'en supposant la série iolime, chose impossible en soi, elle devient véritablement égale à 1, et que 1 n'est que la réalisation parfaite de cet à l'infini.
C'est cet 1 qui est la limite.
Il en est de même du cercle par rapport aux polygones inscrits et circonscrits, dont on double indéfiniment le nombre des côtés. L'égalité arithmétique ci-dessus, peut exprimer cet etl'et aussi bien que tout autre de même espèce. Jamais lu polygone, soit insent soit circonscrit, n'égalera le cercle qui est la limite, quelque
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soit le nombre de côtés qu'on lui donne en les doublant toujours, mais il s'en approchera toujours davantage, et l'idée générale de son infinité en doublements possibles, équivaut à celle du cercle parfait, avec cette restriction qu'elle ne saurait avoir de réalité objective dans la nature. Le cercle y est, c'est le parfait; la série des potygones y est, c'est l'imparfait du cercle; mais l'égalité de la série réalisée, avec le cercle, n'y est pas ; l'un reste essentiellement distinct de l'autre .
Il y a là un grand mystère, qui pourtant repose sur l'évidence mathématique, et qui se présente constamment à l'esprit du géomètre.
Comment peut-il se faire que le cercle renferme dans son aire la multitude indéfinie des polygones inscriptibles, et qu'il la renferme dans son présent, non point comme substance matérielle si vous voulez, ce qui supposerait la question, mais dans sa modalité de cercle, vraiment existante? comment peut-il impliquer ce nombre sans nombre de possibles ?
Or, ce mystère ne diffère pas de celui de Dieu et de la création. Dieu est la limite absolue, le parfait, ce qu'est l'unité par rapport à la série fraer tionnaire citée plus haut en exemple, ce qu'est le cercle par rapport aux polygones qui s'en rapprochent toujours sans jamais l'atteindre. La création est ce qui tend vers lui indéfiniment, qui est sorti de lui comme les fractions sont sorties de l'unité, qui ne saurait jamais le joindre parce qu'il est le parfait absolu, l'infini, la limite inatteingible, dans larôalilé des natures, par tout ce qui est susceptible d'augmentation.
Mais il y a entre le cercle mathématique, par exemple, et le Dieu métaphysique, qui est le Dieu réel, parce que ta réalité, en lui, n'est pas distincte de son concept, une ressemblance qui devrait frappertoutmathématicien. La mesure exacte de l'aire du cercle, qui serait sa quadrature, est impossible à obtenir par la raison humaine a priori, c'est-à-dire en ne prenant que le cercle en soi; c'est une chose reconnue et qui s'exprime par cette formule : « La quadrature
du cercle est impossible. » De mêmela démonstration de la nature de Dieu, par exemple de sa trinité, est impossible à la raison pure l'étudiant véritablement a priori, et sans se prendre elle-même pourpoint de départ et pour base du raisonnement..
Comment la raison humaine pourrait-elle parvenir à voir vraiment a priori en faisant abstraction d'eJlemême, qu'il est do l'essence des choses que Dieu, étant un en substance, soit trine en essentialités plutôt que double ou quaterne? Mais si la créature se prend elle-même pour base apostériorique de sa recherche, tout change de face, et la comparaison du cercle et de ses polygones inscrits et circonscrits revient encore, très-exacte et très-lumineuse. Si l'aire du cercle ne peut être ni trouvée, ni démontrée a priori, elle ne s'en présente pas moins, avec une clarté inéluctable, à l'aide des polygones qui, d'une part donnent la leur, et qui, d'autre part, peuvent être multipliés à l'infini comme nombre de côtés, et, par là, être approchés autant qu'on le voudra du cercle lui-même. On aura donc, par la méthode dite des limites, une démonstration détournée et a posteriori de ce que le cercle se refusait à donner par lui seul et a pr ori.
De même, si nous nous considérons dans notre en soi, senti par nous, nous nous trouvons avec une surface triangulaire, dont les angles sont la force génératrice de l'intelligence, l'intelligence engendrée par cette force, et l'amour ou volonté, procédant de la force radicale et de l'intelligence ; puis remontant à la cause comme le mathématicien remonte des polygones au cercle, nous disons : Il faut qu'il y ait, dans celle cause, les trois mêmes angles à l'état parlait, complet, absolu, et par conséquent que sa surface soit trine, comme la mienne est trine. Il n'y a de différence entre la mienne que je sens et celle de la cause que je ne sens pas, que celle qui fait que la mienne est plus ou moins imparfaite et que la sienne est parfaite, comme il n'y a de différence entre l'aire des polygonesapprochant du cercle et l'aire du cercle lui-même, que celle qui fait