‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 30 sur 114 · VI · texte numérisé non relu

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la société. Un autre ne veut reconnaître ni pour bons citoyens, ni pour tons politiques, ceux qui travaillent à détruire la religion, parce qu'en affranchissant les hommes d'un des freins de leurs passions, ils rendent 1 infraction des [lois de l'équité et de la société plus aisée et plus sûre à cet égard.

Enfin, 'un de nos écrivains pense que l'on doit laisser à la prudence du gouvernement et des magistrats à déterminer en ce genre ce qu'il vaut mieux ignorer que punir.

Ainsi, voilà la liberté de penser, de parler et d'écrire, condamnée par ceux mêmes qui en ont fait usage.

2° Ses partisans les plus outrés sont convenus que les systèmes d'irréligion ne sont pas faits pour le peuple, qu'il a besoin d'un frein pour le contenir et réprimer ses passions, qu'à tout prendre il vaut encore mieux qu'il ait une religion fausse que de n en point avoir du tout. Quelle est donc la témérité et la démence de ceux qui publient des recueils d'objections contre la religion, qui s'attachent à les mettre à portée du peuple, et à le plonger ainsi dans l'irréligion ?

3° Un des principaux reproches qu'ils font à la religion est de faire naître des disputes et des divisions parmi les hommes ; mais en écrivant contre elle, ils fournissent matière à des disputes nouvelles, plus capables qu'aucune autre à mettre les hommes aux prises. Il s'agit de savoir si le christianisme est vrai ou faux, utile ou pernicieux à la société, s'il y a un Dieu ou s'il n'y en a point, une vie à venir ou un anéantissement éternel, etc. Qui peut leur répondre que, si leurs principes venaient à former une secte nombreuse, on ne verrait pas renaître les séditions, les guerres, les massacres, dont ils ne cessent pas de renouveler le souvenir?

4° Ils ont applaudi aux souverains qui n'ont pas voulu permettre l'établissement du christianisme dans leurs Etats, qui ont même employé les supplices pour le bannir, parce qu'il leur a semblé propre à troubler la tranquillité de leurs sujets. Mais si les souverains de l'Europe sont bien convaincus de la vérité, de la sainteté,

de 1 utilité du christianisme, et des pernicieux effets que peut produire la liberté de penser, ont-ils moins de droit de sévir contre cette liberté, que les souverains [infidèles n'en ont de proscrire le christianisme ?

5o L'on a cité cent fois la liberté que laissaient les [Romains de parler et d'écrire contre lajreligion.dela jouer sur le théâtre, de lancer des sarcasmes contre les dieux, de professer l'athéisme en plein sénat, etc. D'autre part, on sait avec quelle rigueurils ont défendu l'introduction de toute religion nouvelle, avec quelle cruauté ils ont persécuté les prédicateurs et les sectateurs du christianisme ; ils ont poussé le fanatisme jusqu'à croire qu'ils étaient redevables de leurs victoires et de leur prospérité à la protection des dieux, que le salut de l'empire dépendait de la conservation du paganisme. Voy. l'Hist. del'Acad.

des Inscript., t. 16, in-12, p. 202. Mais on sait aussi l'effet qu'a produit cette contradiction ridicule ; Polybe et d'autres ont observé que l'irréligion des particuliers, et surtout des grands, étouffa peu à peu les vertus patriotiques, causa la décadence, et enfin la ruine totale de l'empire. Cet exemple même doit servir de leçon à tout gouvernement qui serait tenté d'imiter une conduite aussi absurde.

Vainement l'on a encore insisté sur la liberté de la presse qui règne en Angleterre ; la conduite des Anglais n'a été ni plus conséquente, ni plus sensée que celle des Romains. Dans le temps que le gouvernement laissait publier impunément des livres d'athéisme et d'irréligion, si un écrivain avait fait un livre pour prouver qu'il fallait rétablir en Angleterre le catholicisme et l'ancienne autorité des rois, il aurait expié cette liberté de penser sur un échafaud. Enfin, à force detolérer la licence, le gouvernement s'est trouvé obligé de la réprimer, et de punir les auteurs de livres impies.

6° Pendant plus de cinquante ans les incrédules français ont joui à peu près de la même liberté que les Anglais ; il n'est aucune de leurs productions qui n'ait vu le jour: il y a de quoi former une bibliothèque entière d'irréligion. Ils out prêché successi-

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veinent le déisme, l'athéisme, le matérialisme ; ils se sont emportés avec une fureur égale contre les prêtres, contre les magistrats, contre les lois, contre les souverains : que diront-ils de plus, et quel effet ont-ils produit?

Ils ont enlevé à la religion quelques esprits faux, que le libertinage lui avait déjà débauchés ; ils ont augmenté la corruption des mœurs dans tous les états, ils ont multiplié les suicides autrefois inouïs ; ils ont donné lieu à des crimes dont les magistrats ont été forcés de punir les coupables. Tels sont leurs exploits et les grands avantages que produit la liberté de penser, d'écrire et de déraisonner. Voyez Tolérance, Intolérance, etc.

LIBERTÉ POLITIQUE. Cet article ne tient que très-indirectement à la théologie, mais, comme il a plu aux incrédules de soutenir que le christianisme est de toutes les religions la moins favorable à la liberté des peuples, il est de nôtre devoir de prouver le contraire. Après avoir montré, au mot Despotisme, que ce vice du gouvernement ne vient point de la religion, il nous reste encore à faire voir qu'il n'est point de vraie liberté que celle qui est fondée sur la loi divine et sur la religion, qu'aucune religion ne tend plus directement que la nôtre à contenir dans de justes bornes l'autorité du souverain.

La politique tirée de l'Ecriture sainte, par M. Bossuet, nous fournit des preuves surabondantes; mais nous ne prendrons que les principales, et les réflexions de nos adversaires mêmes achèveront de mettre en évidence le fait que nous soutenons.

Dans l'ancien et le nouveau Testament, nous apprenons que tous les hommes sont frères, nés du même sang, destinés tous à jouir des bienfaits du Créateur. Gen., c. 1. )K 28 ; c. 19, f. 7; Matt., c. 13. f. 8, etc.

Comme la société leur est nécessaire pour leur bien, Dieu les a formés pour vivre ensemble et s'aider mutuellement ; la société ne pouvant subsister sans subordination, il a fallu des lois et un pouvoir souverain pour les faire exécuter. C'est Dieu lui-même qui a donné des lois aux

premiers hommes, et qui a fondé la société civile par la société domestique ; afin de rendre les lois civiles plus respectables, Dieu fît placer dans un même code celles des Juifs avec les lois morales et les lois religieuses.

L'Ecriture nous enseigne encore que toute puissancchumaine vient de Dieu, quec'estluiquien a fixé l'étendue et les bornes. Rom., c. 13, f. 1 et suiv. Les rois ne sont donc pas les propriétaires du pouvoir souverain, mais seulement les dépositaires : c'est à Dieu qu'ils doivent en rendre compte. Dieu les nomme pasteurs de son peuple: comme le troupeau n'est point fait pourle pasteur, mais le pasteur pour le troupeau, ce n'est point pour l'avantage personnel des rois que Dieu les a placés sur le trône, mais pour le bien du peuple ; le peuple est à Dieu, et non au roi ; celui-ci doit être l'image de la bonté de Dieu, et le ministre de sa providence toujours juste et bienfaisante.

Dieu n'a point dispensé les rois de la loi générale qui ordonne à tout homme de faire aux autres ce qu'il veut qu'on lui fasse, Matth., c. 7, f 12 ; il leur commande, au contraire, d'avoir continuellement sa loi sous les yeux, cette loi éternelle, juste et sainte, qui ne fait point acception de personnes, et qui pourvoit également aux droits de tous, Deut., c. 18, f. 16 et suiv. Il les avertit que, quand ils jugent, ce n'est pas leur propre jugement qu'ils exercent, mais celui de Dieu ; qu'il les jugera lui-môme, et que s'ils abusent de leur pouvoir, il les punira plus sévèrement que les particuliers. Sap., cap. 6, f. 2, 3, 9, etc. En effet, l'histoire sainte nous montre les rois toujours punis de leurs fautes par la révolte de leurs sujets, par des ennemis étrangers, par les désordres de leur propre famille, par les fléaux que Dieu leur envoie.

Si à ces grandes leçons nousi] outons toutes les vertus que Dieu commande aux souverains, la justice, la sagesse, la douceur, la modération, la clémence, la constance et la fermeté, la piété, la chasteté, l'assiduité aux affaires, la prudence dans le choix

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des ministres, le soin de soulager le?

pauvres et de protéger les faibles, de renoncer à toute conquête injuste, d'éviter la guerre, source féconde de désastres et de malheurs : quel préteste un roi trouvera-t-il dans sa religion pour opprimer les peuples, pour leur ravir le degré de liberté que Dieu leur a laissée, et qui est nécessaire à leur bonheur, pour établir T despotisme sur la ruine des lois ' Lorsqu'un philosophe a écrit que n superstition a fait croire aux hommes que les dépositaires de l'autorité publiqueavaientreçu des dieux le droit de les asservir et de les rendre malheureux, Polit, nat-, tom. 2, dise.

5, § 7, il devait du moins avouer que cette superstition n'est pas née du christianisme. Quel système nos profonds politiques ont-ils imaginé qui soit plus favorable à la liberté des peuples ?

Ils sont forcés d'observer euxmêmes qu'être libre ce n'est pas avoir lepouvoir de faire toutce qu'on veut, mais tout ce qu'on doit vouloir ; que l'homme étant destiné par la nature à vivre en société, il est par là même assujetti à tous les devoirs qu'exige le bien commun de la société dans laquelle sa naissance l'a placé. Ibid.

Le degré de liberté légitime est donc relatif au caractère de chaque nation, à la mesure d'intelligence et de sagesse qu'elle a pour se conduire, de vertu à laquelle elle est parvenue, ou de corruption dans laquelle elle est tombée. Un peuple léger, frivole, inconstant, perverti par le luxe et par un goût effréné pour le plaisir, auquel il ne reste ni mœurs, ni patriotisme, ni respect pour les lois, est-il capable d'une grande liberté ? Plus il la désire, moins il la mérite ; plus il semble redouter l'esclavage, plus il fait de pas pour y tomber ; ses clameurs contre le despotisme avertissent le gouvernement de bander tous ses ressorts et de renforcer son pouvoir : c'est parle despotisme même que Dieu menace de punir une nation vicieuse, hai., c. 19,

Nos politiques incrédules, qui ne veulent ni Dieu ni loi divine, commencent par supposer que l'hom-

me est libre par nature, affranchi d toute loi, maitre absolu de lui-mêm et de ses actions ; que sa liberté a peut être gênée qu'autant qu'il y consent pour son bien ; que la société civile est fondée sur un contrat par lequel l'homme s'est soumis aux lois et au souverain, afin d'en être protégé ; que quand il sent qu'il est mal gouverné, il peut rompre son engagement et rentrer dans l'indépendance.

Au mot Société, nous réfuterons ce système absurde ; il est bien étrange que des philosophes, qui nous refusent la liberté naturelle ou le libre arbitre, veuillent pousser si loin la libei'té politique. C'est une contradiction d'aftirmer que l'homme est destiné à la société par la nature, que cependant il est libre par nature et affranchi de tonte loi. La société peutelle donc aubsister sans loi, etya-t-il des lois lorsque personne n'est tenu de les observer? La nature ne signifie rien, si ' par ce terme l'on entend autre chose que la volonté du Créateur ; la nature, prise pour la matière, ne veut rien, n'ordonne rien, ne dispose de rien ; mais Dieu, créateur de l'homme, est aussi l'auteur de ses besoins et de sa destinée, par conséquent de la société et des lois sociales; c'est lui qui, sans consulter l'homme, lui a imposé pour son bien les devoirs de société. C'est donc une absurdité de supposer que l'homme, qui a Dieu pour maitre, est cependant son propre maître, qu'il peut disposer de lui-même contre la volonté de Dieu, qu'il faut un contrat pour limiter sa liberté, lorsque Dieu y a mis des bornes.

La liberté du citoyen est-elle donc mieux en sûreté sous sa propre garde que sous celle de Dieu? S'il peut à son gré rompre ses engagements, la force seule peut l'assujettir ; un souverain, qui compte sur un autre moyen pour retenir ses sujets sous le joug des lois, est un insensé ; dès qu'il n'est pas despote, il n'est plus rien.

Ainsi, en voulant outrer la liberté politique, on l'anéantit,

Mais la religion y a mieux pourvn i en rapportant à Dieu la société civile, aussi bien que la société naturelle, elle a fondé sur une base inébran-

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lable l'autorité des rois, l'obéissance des peuples et les bornes légitimes de l'un et de l'autre. La loi divine, source de toute justice, le bien général de la société dont Dieu est le père, voilàlesdeux règles desquelles il n'est jamais permis de s'écarter. Ce bien général exige que le peuple ne soit jamais blessé dans les droits qui lui sont attribués par les lois ; mais il exige aussi que le souverain ne soit pas gêné dans l'exercice de son autorité par un pouvoir plus grand que le sien : le bien général ne demande point que le peuple soit le juge et l'arbitre de l'étendue de sa liberté, ni des bornes du pouvoir du souverain: l'expérience ne prouve que trop les abus qui résulteraient de cette constitution.

Nos adversaires n'ont pas pu les méconnaître ; plusieurs ont avoué qu'en général le peuple est incapable de se former une vraie notion de la liberté. « Pour peu, dit l'un d'entre » eux, que l'on consulte l'histoire des » démocraties, tant anciennes que » modernes, on voit que le délire et >> la fougue président communément » aux conseils du peuple... Une mul- » titude jalouse et ombrageuse croit » avoir à se venger de tous les ci- » toyens que le mérite, les talents ou » les richesses lui rendent odieux ; » c'est l'envie et non la vertu qui est » le mobile ordinaire des républi- » ques. » Il le prouve par l'exemple des Athéniens, de« autres peuples de la Grèce et des Romains; il montre le ridicide des Anglais, qui, par une crainte puérile de l'esclavage, ne font régner aucune police chez eux. « Est- » ce donc jouir d'une vraie liberté, » dit-il, que d'être exposé sans cesse » aux insultes, aux boutades, aux » excès d'une populace effrénée, qui » croit par ses désordres exercer sa » liberté ? » Polit, mit., tom. 2, dise. 7, §41; dise. », §6, etc.

Un autre a pensé de même : « Dans » la démocratie, dit-il, bientôt le » peuple, qui ne raisonne guère, qui » ne distingue nullement la liberté de • la licence, se -vit déchiré par des » factions; étourdi, inconstant, im- » pétueux dans ses passions, sujet à » des accès d'enthousiasme, il devint

» l'instrument de l'ambition de quel- » que harangueur, qui s'en rendit le

» maître et bientôt le tyran Ainsi

» la démocratie, en proie aux caba- » les, a la licence, à l'anarchie, ne » procure aucun bonheur à ses ci- » toyens, et les rend souvent plus in- » quiets de leur sort que les sujets » d'un despote ou d'un tyran, d Système social, 2 8 part. c. 2, pag. 24, 31, etc.

Un troisième n'a pas conçu une idée plus avantageuse de la liberté prétendue des Grecs et des Romains sous le gouvernement républicain; il pense qu'il y a plus de liberté populaire aujourd'hui, même dans les monarchies, qu'il n'y en avait dans les anciennes républiques. De la félicité publique, tom. 2, c. 4. David Hume avait déjà fait cette observation; et l'auteur, qui a recherché l'origine du despotisme oriental , semble l'avoir adoptée. Mais ces divers auteurs ne nous out pas instruits des causes de cette heureuse révolution; nous soutenons que l'Europe en est redevable au christianisme, puisqu'elle ne s'est faite que chez les nations chrétiennes.

On' a fait un crime à M. Bossuet d'avoir prouvé que le pouvoir des rois doit être absolu, Polit, tirée de l'Ecriture sainte, tom. 1, liv. 4, art. 1".

L'on a, pour rendre cette doctrine odieuse, affecté de confondre le pouvoir absolu avec le pouvoir illimité et arbitraire. Mais Bossuet lui-même s'est récrié contre cette injustice; il a soigneusement distingué ces deux choses. Par le pouvoir absolu, il entend 1° que le prince n'est pas obligé de rendre compte à personne de ce qu'il ordonne ; 2° que quand il a jugé, il n'y a point de tribunal supérieur auquel on puisse en appeler; 3° qu'il n'y a point de force coactive contre lui. Sans cela, dit-il, le prince ne pourrait faire le bien, ni réprimer le mal ; il faut que sa puissance soit telle que personne ne puisse espérer de lui échapper : la seule défense des particuliers contre la puissance publique doit être leur innocence. Ibid.

Mais il faut observer que les rois ne sont pas affranchis pour eela des lois, encore moins d'écouter les re-

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présentations et les remontrances ; il prouve que les lois fondamentales de la monarchie doivent être sacrées et inviolables ; qu'il est même très-dangereux de changer sans nécessité celles qui ne le sont pas, tom. 1, liv. 1 , art. 4. Après avoir fait voir en quoi consiste le gouvernement arbitraire, il dit que cette forme est odieuse et barbare, qu'elle ne peut avoir lieu chez un peuple bien policé ; que sous un Dieu juste il n'y a point de pouvoir purement arbitraire, tom. 2, liv. 8, art. 1, prop. 4; art. 2, prop. 1. C'est donc très-mal à propos qu'on l'accuse d'avoir favorisé le despotisme.

Ce sont plutôt nos adversaires qui travaillent à l'établir, en délivrant les rois du frein de la religion. Un souverain, qui envisagerait les hommes comme un vil troupeau de brutes sorties par hasard du sein de la matière, serait-il plus porté à respecter leur liberté et à s'occuper de leur bien-être, que celui qui les regarde comme les créatures d'un Dieu juste et sage, comme une grande famille dont Dieu est le père, comme des âmes rachetées par le sang d'un Dieu, comme les héritiers futurs d'un royaume éternel, etc.

Ils disent que la religion ne fait point d'impression sur les rois; que s'ils étaient athées, ils ne pourraient pas être pires; que le seul moyen de les forcer à être justes, est la raison :

déclamation fougueuse et absurde.

La crainte agit-elle plus puissamment sur les despotes que la religion ? Un sultan ne peut ignorer qu'à tout moment il peut être détrôné, emprisonné et étranglé : il ne faut pour cela qu'une sentence du mufti, ou une révolte des soldats : on en connaît plusieurs exemples ; ont-ils produit beaucoup d'effet? La Chine a essuyé vingt-deux révolutions générales; elles n'y ont pas allégé le joug du despotisme. Ron\e n'a été opprimée par un plus grand nombre de mauvais empereursque dans le temps qu'ils étaient massacrés impunément:

on en compte trente-deux en moins d un siècle. Nous cherchons vainement dans l'histoire ce que les peuples y ont gagné.

Nous convenons qu'un roi athée, s'il était né bon, ferait moins de mal que s'ilétait né méchant ; mais coin me nous n'en connaissons aucun qui ait fait profession d'athéisme, nous ne savons pas jusqu'à quel point un tel monstre serait capable de porter la cruauté. Peut-on prouver que parnù les princes chrétiens, ceux qui ont été les plus religieux et les plus pieux, ont été les plus mauvais? La plus grande grâce que l'on puisse faire aux incrédules est d'oublier les invectives séditieuses auxquelles ils se sont livrés (1). Voy. Autorité, Gouvernement, Roi.

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