‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 51 sur 114 · LOT · texte numérisé non relu

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sur les traces des marcionites, des manichéens, et d'autres hérétiques, ont fait plusieurs objections sur la conduite de ce patriarche, et sur ce qui en est dit dans l'histoire sainte, !«., c. 19.

Ils ont dit, 1° que l'excès de la brutalité des sodomites n'est pas croyable. Mais si l'on veut comparer ce trait d'histoire avec ce que plusieurs voyageurs ont écrit touchant les mœurs de quelques nations idolâtres des Indes et des autres parties du monde, on verra qu'en fait de corruption rien n'est incroyable.; et plût à Dieu qu'il n'y eût jamais eu rien de semblable chez les nations où l'on professe le christianisme ?

2° Ils soutiennent que Lot fut criminel lui-même d'offrir à ces brutaux ses deux filles pour, assouvir leur passion. Nous convenons qu'il ne peut être excusé que par la crainte et le trouble dont il fut saisi, et qui lui ôtèrent la réflexion.

3° Que le changement de la femme de Lot en statue de sel est un phénomène impossible. Mais le texte signifie simplement qu'elle fut statue, c'est-à-dire rendue immobile par le sel, et non changée réellement en sel. Or, qu'un air infecté de vapeurs de nitre, de soufre, de bitume, de vitriol, puisse tuer une femme et la rendre immobile comme une statue, ce n'est ni un prodige inouï, ni un phénomène impossible. Quant à ce quia été dit par quelques historiens, que cette statue subsistait encore plusieurs siècles après l'événement, etc., nous ne sommes pas obligés de le croire.

4» L'on ne conçoit pas, disent ils, que Lot, plongé dans l'ivresse, ait commis deux incestes successifs avec ses deux tilles, sans le sentir, comme il est dit dans le texte. Mais le texte signifie seulement qu'il ne s'en souvint point à son réveil, et lorsque l'ivresse fut dissipée.

5° Ils jugent que Moïse ou un autre historien juif a forcé cette narration, pour rendre infâme l'origine des Moabites et des Ammonites, et pour fournir à sa nation un prétexte de maltraiter et de dépouiller ces deux peuples. La vérité est que les

Juifs n'ont dépouillé ni l'un ni l'autre, et n'ont pas envahi un seul pouce de leur terrain. Jephté le soutient ainsi aux Ammonites, Judic, c. 11, ^ 15; et il cite pour preuve les faits rapportés dans le livre des Nombres, c. 22, faits que les Ammonites ne pouvaient ignorer. Les guerres survenues dans la suile entre les Juifs et ces deux peuples furent toujours causées par des hostilités commencées par l'un des deux : on le voit par la suite de l'histoire.

6" Ils ont souvent répété que ces traits de l'histoire sainte sont de très-mauvais exemples. Cela serait vrai, si l'histoire les approuvait; mais on n'y voit aucun signe d'approbation. Il s'ensuit seulement que Moïse et les autres auteurs sacrés ont écrit avec toute la sincérité et l'impartialité possibles ; qu'ils n'ont dissimulé aucun des crimes commis par les patriarches et par leurs descendants; qu'ils n'ont pas cherché à nourrir l'orgueil des Juifs, ni à leur inspirer des prétentions injustes. Par le tableau qu'ils tracent des anciennes mœurs, ils nous font comp rendre que, dans tous les temps, les bienfaits que Dieu a daigné accorder aux hommes ont été très-gratuits :

que s'il avait traité la race humaine comme elle le méritait, il n'aurait pas cessé un moment de tonner et de frapper. Comme cette vérité est très-importante, il a été nécessaire de l'inculquer dans tous les temps; il n'est pas inutile de la répéter encore aujourd'hui. Voyez la Dissertation de B. Calmet sur la ruine de Sodome, Bible d'Avignon, t. 1 , p. 593. '

Barbeyrac, dans son Traité de la morale des Pérès, c. 3, § 7, a censuré saint Irénée et les autres Pères de l'Eglise, qui n'ont pas voulu condamner rigoureusement la conduite de Lot, et qui ont cherché à atténuer le crime qu'il a commis avec ses filles. Saint Irénée pose pour maxime, que quand l'Ecriture rapporte une action sans la blâmer, nous ne devons pas la condamner, quelque criminelle qu'elle nous paraisse, mais y chercher un type ou une figure.

Barbeyrac dit à ce sujet que, quand nous y trouverions un type, cela ne

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peut pas effacer le crime ; que l'excuse dont se servent les Pères donne lieu à des conséquences très-pernicieuses aux mœurs.

Nous convenons qu'un type n'efface pas un crime; mais les Pères Ont-ils pensé le contraire, et n'ontils pas donné d'autre excuse? Saint Irénée dit que Lot accomplit ce type, ou fit l'action dont nous avons parlé, non de propos délibéré, ni par une affection criminelle, mais sans en avoir la pensée ni le sentiment. Adv.

Eser., 1. 4, c. 31 [olim 50 et 51). C'est donc principalement par le défaut de connaissance et de liberté dans l'ivresse, et non à cause du type de cette action, que saint Irénée excuse Lot. Origène, saint Jean Chrysostome, Théodoret, saint Ambroise, saint Augustin ont fait de même; et ils ont cru que Lot avait été enivré par surprise, et non par sensualité. Nous ne voyons pas quelle conséquence il en peut résulter contre la pureté des mœurs. Grabe, plus judicieux que Barbeyrac, dit qu'il y a de la témérité à porter un jugement sur tout cela. Yoy. les ISotes de Feuardent et de Grabe, sur saint Irénée.

Beugier.

LOUIS DE GRENADE (Fra Luis de Grenada). (Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce grand prédicateur et auteur ascétique espagnol, qu'on a surnommé le Bossuet de l'Espagne, tire son nom de la ville de Grenade où il naquit en 1504, de parents pauvres. Un jour, le comte de Tendilla rencontra sur le chemin deux enfants qui se battaient avec une telle vivacité qu'il jugea prudent de les séparer par la force; l'un d'eux marche droit au comte et se justifie devant lui avec tant de logique et d'éloquence, que celui-ci en est stupéfait, le prend en amitié et l'associe à l'éducation de son propre iils. Ce fut cet enfant qui devint Louis de Grenade, une des gloires de l'ordre de Saint-Dominique. Il fut nommé archevêque de Braga, mais il refusa cet honneur et lit mettre à sa place Barthélémy des Martyrs. Il mourut à Lisbonne en 1588, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.

Ses ouvrages sont écrits les uns en

latin, les autres en espagnol ; il traduisit lui-même dans sa langue n relie quelques-uns de ses livres latin .

La collection de ses œuvres comprend ses Sermons; le Guide des pécheurs; le Mémorial de la vie chrétienne; le Traité de l'oraison; le Catéchisme; le Traité de la fréquente communion; k Traité du devoir des Evêques ; la Bhétorique ecclésiastique; Mélanges de philosophie morale; Forêt de lieux communs pour tous les prédicateurs de la parole divine.

Celui de tous ses écrits qu'il estimait le plus lui-même était La guida de pecadores. On trouve dans tous une grande vivacité méridionale, beaucoup d'élan poétique, et une chaleur évangélique qui ne se ralentit jamais.

Saint François de Sales écrivait à un prêtre : « Ayez, je vous prie, Grenade » tout entier, et que ce soit votre se* » cond bréviaire. Le cardinal Borro- » mée n'avait pas d'autre théologie » pour prêcher que colle-là, et néan » moins il prêchait très-bien. » « Ja»

mais, disait Capmany, auteur ascétique n'a parlé de Dieu, avec ce ton digne et élevé, lorsqu'il dépeint la faiblesse et la misère de l'homme eD face de la toute-puissance et de la miséricorde divine, lorsqu'il représente l'amour intini de Dieu et notre ingratitude, il est incomparable ; il est parmi les mystiques ce qu'est Bossuet parmi les orateurs. » Le môme ajoute dans son Teatro historico critico de la clocuencia espanola, qu'on « peut considérer Louis de Grenade comme l'Espagnol le plus éloquent du xvi e siècle. »

M. L. Vives a donné une édition en 22 vol. in-8° des œuvres complètes de Louis de Grenade, traduites intégralement pour la première fois en français par MM. Bareille, T. Duval, A Crampon, J. Boucher et C. Berton.

Le Noir.

LOUIS DE LÉON. (Théol. hist. biog.

et bibliog.) — Ce poète espagnol, ermite de Saint- Augustin, naquit • Grenade en 1527, et mourut à Salamanque, vicaire général et provincial de son ordre. Il avait été injustement suspecté d'hérésie par l'inquisition, à l'occasion de "sa traduction et de

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son commentaire du Cantique des cantiques, avait été emprisonné par elle et tenu pendant cinq ans nonseulement séparé de toute société humaine, mais encore privé de la lumière du jour. Seul avec sa conscience il fut pendant ces cinq années consécutives d'une sérénité d'esprit « qu'il ne put jamais recouvrer à ce degré, dit M. Schrodl, quand il fut rendu à la liberté et rétabli dans ses dignités. »

» Contemporain du célèbre Fernand de Herrèra, mort en 1578, ajoute M. Schrodl, Louis de Léon passe pour le poète espagnol le plus correct; nul écrivain moderne n'a eu autant que lui le sentiment des anciens et n'a mieux que lui transporté leur génie dans la poésie moderne.

Bouterweck dit qu'il est difficile de décider qui de Louis de Léon ou d'Horace mérite davantage le titre de poète dans toute la force du terme.

Si les odes d'Horace sont plus artistisques, si la délicatesse des pensées, la noblesse des images attirent et séduisent davantage chez lui, Louis de Léon surpasse le poète romain par la profondeur de la pensée, par l'élan d'un esprit qui plane dans le monde pur des idées morales et religieuses.

» Louis de Léon a lui-même divisé ses œuvres poétiques en trois livres.

Le premier renferme, ses propres poèmes, qui sont presque tous des odes, dont l'ardent enthousiasme enlève le lecteur aux pensées de la terre et le transporte dans un monde meilleur dont l'auteur décrit les mystères.

Les deux odes : la Nuit sereine et la Vie dans le ciel, sont particulièrement célèbres. Le second livre contient des traductions en vers de tous les poètes de l'antiquité classique; le troisième, des traductions également en vers des Psaumes et des fragments de Job. — On peut encore citer un excellent écrit en prose de cet auteur, intitulé : la Perfecta Casada, la femme parfaite. »

LOUIS DE PONTE (Luis de la Puentc). (Théol. hist. biog. et bililiog.) — Cet auteur ascétique espagnol, sans êtreclassique comme Louis de Gcaade, est un des plus grands

maîtres de la vie spirituelle. Il naquit en 1554 sous Charles-Quint, étudia sous le célèbre Suarez, entra dans la société de Jésus, professa la philosophie à Salamanque, fut pendant trente ans le confesseur de la célèbre Marina d'Escobar, et mourut en 10£4.

« L'édition espagnole de ses œuvres, (1690) dit M. Zingerlé, se compose de cinq volumes in-folio. Beaucoup de ses écrits ont été traduits en allemand; tels sont : Méditations sur les principaux Mystères de la foi ; Quatre-vingts Méditations sur la Passion et la mort de Jésus-Christ. La traduction latine de ses Méditations est entre les mains d'un grand nombre de prêtres et de religieux.

» Les Méditations de Louis dePonte sont écrites avec beaucoup de simplicité et de clarté; elles donnent de longues explications sur les dogmes de la foi et les préceptes de l'Evangile. Sous leur forme calme et paisible elles répandent une douce chaleur de dévotion, et enseignent d'une manière très-pratique toutes les vertus chrétiennes. Elles olfrent une mine féconde au prédicateur qui pense et ne se contente pas de réciter ce qu'il a appris par cœur. Dans son Traité de la Perfection du Chrétien, il expose les devoirs de chaque état et indique les moyens d'y parvenir à la perfection, avec une exactitude qui dénote une profonde connaissance du cœur humain. Ses ouvrages méritent d'être étudiés à fond et fréquemment consultés. »

Le Nom.

LOUIS BLANC (Jean- Joseph).

(Théol. hist. biog. et bibliog.) — Cet historien français, né à Madrid vers 1814 d'une famille française (Blanc), du Rouergue, qui avait vu périr son chef sous la terreur, se lit connaître vers 1834 par une appréciation du xvm° siècle, dans laquelle il se prononçait énergiquementpour Rousseau contre Voltaire. Dans les années suivantes, il concourut à la rédaction de plusieurs journaux avancés et dirigea le Bon Sens. En 1839, il fut victime d'un attentat dont les auteurs restèrent inconnus ; frappé de coups, à sa rentrée chez lui, rue Louis le

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Grand, il fut laissé comme mort. Il publia en 1840 son fameux traité De l'organisation du travail dans lequel il rêve la disparition de l'intérêt individuel, et l'égalité des salaires malgré l'inégalité de production. Il donna en 1841' et les années suivantes sou Histoire de dix aus, dont le succès fut immense. Vint ensuite en 1847 son Histoire de la Révolution française; et sa popularité devint telle parmi les ouvriers qu'il fut porté au gouvernement provisoire en 1848.

C'est lui qui fit abolir la peine de mort en matière politique. On sait le bruit que tirent en France ses conférences du Luxembourg en faveur de l'organisation du travail. On lui a attribué sans raison la création des ateliers nationaux ; cette mesure pratique fut imaginée et réalisée par les membres les plus modérés du gouvernement. Ses autres aventures tragiques suivies de sa fuite en Angleterre sont connues. M. Louis Blanc nous est revenu depuis la chute de l'empire et il ligure aujourd'hui parmi nos représentants radicaux les plus modérés.

On a de lui, outre les ouvrages déjà cités : Appel aux honnêtes gens, 1849; Catéchisme des socialistes, 1840 ; Pages d'histoire de la Révolution de février, 1850; etc. etc.

M. Louis Blanc vient de prononcer, au moment môme où nous rédigeons cet article, (6 mai 1874) à un banquet donné hier pour célébrer l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, un discours aussi éloquent que substantiel ; mais il a jeté au milieu de ce discours une parole àlaquelln nous devons une réponse. Il a dit que Jésus, tout en posant le principe de l'égalité de tous les hommes devant le père céleste, n'avait point « parlé expressément contre l'esclavage, » et que « saint Paul avait parlé pour. »

Unepareilleassertion tendrait à prouver que M. Louis Blanc lui-même a reçu du positivisme à la mode des éclaboussures qui ont laissé des taches dans son jugement ; en tout cas, elle doit être considérablement modilléc. Nous le ferons voir au mot Piiilemox ilépitre de saint Paul à)

et l esclavage aa'tiqce, ainsi qu'au mot : Polygamie (la), le divorce ru

DROIT MARITAL, ET L' ESCLAVAGE. Dans le

premier de ces articles nous reproduirons son discours.

Le Noia.

LOUP (Servatus), abbé de Feiuuères. (Thêol. ldst. biog et bibliog.) — Cet écrivain du ix° siècle, ami du fameux Eginhard, naquit en 803, assista à plusieurs conciles, et mourut peu de temps après celui de Soissons de 862. « On a de lui, dit M. Schrôdl :

» 1. Lettres à des personnages de toute condition, papes, princes, évèques, abbés, moines, professeurs, amis, parents, sur leurs affaires, sur les sciences, les intérêts de l'Église et toutes sortes de sujets.

» 2. La Vie de saint Wigbert, abbé de Fritzlar, avec quelques homélios et quelques lrymnes de ce dernier.

» 3. La Vie de saint Maximin, étriqué de Trêves.

» 4. Le livre de Tribus Quscstionibus.

Au commencement de la controverse de Gottschalk, Charles le Chauve s'était fait donner verbalement par Loup son opinion sur la doctrine de cet hérétique et sur les questions soulevées par ce moine, relativement à la prédestination, à la liberté et à la portée de la rédemption opérée par la mort du Christ. L'opinion de Loup ayant soulevé quelque opposition de la part de ceux qui se déliaient de son orthodoxie, qui me putant de Deo non pie fidelite)-quesentire,'ûen rendit compte, vers 850, dans un écrit adressé au roi (ep. 128), et, à la même époque, il écrivit sur ce sujet à Hincmar, archevêque de Reims (ep. 129). Enfin il exposa plus en détail sa doctrine sur la liberté, la prédestination et la mort du Christ dans sou livre de Tribus Quxstionibus (terminé vers 852). »

( Dans cet écrit, l'abbé de Ferrière* s'appuie beaucoup sur saint Augustin, et l'interprète dans lesenspiédestinatien autant qu'il est possible, sans pourtant aller jusqu'à tomber précisément dans l'hérésie prèdéslinatienne proprement dite de Golischalk. Cette tendance est, selon nous, très-mauvaise en théologie dogmatique; la liberté humaine n'es! guère

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conservée dans ce système, qu'en paroles et en aflirmations qui nous font l'effet de contradictions avec les principes posés ; nous aimons beaucoup mieux la tendance moliniste qui, sous ce rapport, écarte tous les dangers des doctrines fatalistes, brutales comme celle de Calvin, ou subtiles comme celle de Jansénius.

Le Noir.

LOURDOUEIX (Jacques-Honoré Lelarge, baron dej. (Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce publiciste français, né au cbâteau de Bcaufort (Creuse), devint l'ami et le collaborateur de M. de Genoude à la Gazette de France surtout depuis 1830. Polémiste ardent parmi les légitimistes qu'on appelait alors les Hérésiarques de la légitimité ou encore les Voltairiens de la droite, il soutint avec un talent qui, sans égaler celui du maître, n'en était pas indigne, le système mixte de conciliation de la souveraineté du peuple avec le droit delà royauté, et l'alliance des tendances philosophiques et libérales avec les traditions légitimistes et religieuses. Ce furent MM. de Genoude et Lourdoueix qui, les premiei's, réclamèrent le suffrage universel qui devait triompher en 1848. Ce fut M. de Lourdoueix qui, après la mort de M. de Genoude, arrivée en 1849, devint le propriétaire et rédacteur en chef de la Gauite de France. Il mourut en 1860, défendant toujours les mêmes principes. On a de lui : les Folies du siècle, 1817; les Séductions politiques ou l'an 1821, roman in-8°, 1 822 ; De la Restaura lion de la société française, in-8°, 1833; De la évité universelle 'pour servir d'introiuctionàlaphilosophie du Ferôe,in-8°, 1838; ta Raison monarchique, in-8°, 1838; en collaboration avec M. de Genoude; Elévations et prières, 1847, 2 e édit. 18B0; etc., et des brochures politiques.

Le Nom.

LOU VAIN (Université de). (Théol.

Ust. ècol. célëb.) — La célèbre école de Louvain (Lovaniensis) fut fondée par le duc de Brabant Jean IY, en 1 425 , etinauguréeavec approbation du pape Martin V en 1426. Au xvi e siècle elle

cumptait six mille étudiants, et parmi ses professeurs, le pape Adrien VI, Juste, Lipse et d'autres personnages célèbres. Sa faculté de théologie était surtout célèbre et florissante. On sait l'ngitation qui s'y produisit plus tard sous les professorats des Baïus, des Jansénius et des Lessius. Quand ellefut abolie en 1797 , elle avait quarante-deux collèges, dont dix-sept de théologiens, et la plupart trèsrichement dotés ; l'un de ces derniers avait 36,000 florins de revenus. On lit dans le Dkt. encycl. de théol. cathol., le précis historique qui suit sur les temps modernes de cette université et sur son existence actuelle.

« Joseph II fonda un séminaire général à Louvain. Au mois de juin. 1788 toutes les facultés de l'université, sauf celle de théologie, furent temporairement transférées à Bruxelles.

» Après la révolution de 1789 les Français envahirent la Belgique.

Le 4 brumaire an VI (25 octobre 1797) l'administration centrale du département de la Dyle abolit l'université, dont l'enseignement n'était pas conforme aux principes républicains.

Les cours, les collèges, les musées furent fermés; les principaux ouvrages de la bibliothèque, qui n'avait pas été ménagée par les commissaires français en 1794 et 95, furent transportés à Bruxelles; il fut ordonné aux présidents des collèges de les évacuer dans l'espace de dix jours; le recteur, J.-J. Havelange, fut conduit en France ; plusieurs ecclésiastiques furent déportés, et les biens de l'université remis à la direction des domaines nationaux.

Plus tard l'Empire ordonna l'ouverture d'un lycée à Louvain.

» Lorsque la Belgique fut attribuée à la Hollande, en 1815, les professeurs deHouvain s'efforcèrent d'obtenir du gouvernement le rétablissement de l'université. En effet, conformément à une ordonnance du roi Guillaume I er , du 25 septembre 1816, les quatre facultés de philosophie et de philologie, de mathématiques et de sciences naturelles, de médecine et de droit, furent ouvertes solennellement le 6 octobre 1817. L'univer-

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site compta la première année deux cent trente élèves ; peu avant la révolution de Belgique , en 1830 , elle en avait de six à sept cents.

» Depuis la révolution de 1830 la Belgique n'a plus que deux universités royales, Gand et Liège. Les évêques profitèrent de la liberté d'enseignement proclamée par la constitution pour fonder, avec le consentement du Saint-Siège, une université purement catholique, destinée à succéder à l'ancienne école de Louvain. En février 1834 l'archevêque deMalines et les évêques de Tournay, Gand, Liège, Namur et Bruges, engagèrent les Catholiques à contribuer par leurs souscriptions à la réalisation de ce projet.

« Malgré le bruit des soi-disant libéraux, le 4 novembre 1834, les facultés de philosophie, de sciences naturelles et de théologie, furent inaugurées à Malines. On y compta d'abord quatre-vingt-six élèves.

L'année suivante l'université fut transférée à Louvain, et ouverte, le 1 er décembre, devant deux cent soixante et un élèves. Leur nombre monta bientôt à sept cents.

» Cette université catholique continue à être entretenue par les souscriptions volontaires du clergé et des fidèles ; tous les ans on fait, dans ce but, une quête dans toutes les églises de la Belgique. En 1841 les évêques essayèrent d'obtenir des Chambres les droits de corporation pour l'université de Louvain; mais ils retirèrent leur demande en février 1842, à la vue de l'attitude hostile prise par les libéraux.

» L'université a cinq facultés, celles de théologie, de droit, de médecine, de philosophie (philologie) et des sciences (mathématiques et sciences naturelles). A sa tête se trouve un recteur, un conseil rectoral (imposé du vice-recteur, des cinq doyens et d'un secrétaire) ; le sénat est formé par le corps des professeurs. Ceux-ci sont nommés par les évêques, dans leurs réunions annuelles. Les étudiants, qui doivent être Catholiques, sont tenus de remplir leurs devoirs religieux, de fréquenter les cours et d observer la disciplineecclésiastique.

Un certain nombre d'étudiants demeurent dans des collèges ; les théologiens, dans le collège du Saint- Esprit ; les philosophes et les juristes, dans le collège du pape Adrien VI • les médecins et les élèves des sciences, dans le coMége de Marie-Thérèse.

» En 1839 on rattacha à l'université une espèce de gymnase, nommé collège de la Haute-Colline, avec uu internat et un externat, qui eut d'abord cent vingt-cinq, puis cent soixante élèves. Depuis le mois d'octobre 1844 on a également créé un institut philologique, analogue à celui des universités allemandes.

» En outre, à l'université se rattachent : 1° une société littéraire de professeurs et d'étudiants, dirigée par trois professeurs et quatre étudiants, qui a, tous les quinze jours, des réunions scientifiques ; 2° une société de littérature flamande ; 3° une société de Saint- Vincent de Paul, qui s'occupe des pauvres et des malades.

Le règlement concernant les promotions aux grades universitaires est sévère, notamment dans les facultés de droit canon et de théologie; on n'y peut obtenir le diplôme du baccalauréat qu'après quatre années d'études, la licence après six, le doctorat après neuf ou dix ans. La collation de la dignité de docteur, que précède une discussion de trois jours, sur soixante-douze thèses, se fait d'une manière très-solennelle et est accompagnée de cérémonies religieuses. »

Lk Noir.

LOVT{lavtus, loftus, Dudley).(77i<?o/.

hist. biog. et Libliog.) — Ce jurisconsulte et orientaliste irlandais, né à Refernham, près Dublin vers 1638, fut protégé par le célèbre L'sserius qui le fit entrer à Oxford, occupa de hautes dignités, après avoir professé à Dublin le droit et les langues orientales, et mourut en 1005 vicaire général d'Irlande. Ou a de lui sur l'Orient : Version latine des Psaumes arméniens; Version latine du Nouveau Testament éthiopien ; Discours de Lh nyt le Syriarjuc; Explications des Evafr giles, et plusieurs autres écrits traduits du syriaque : Vie il'Abulpha-

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radsch, traduite de l'arabe ; Rcductio litium de prxdestinatione et libero arbitrio ; Ai-fa^Iai; àSntïa, etc. Le Nom.

LOYOLA (Ignace de). {Théol. hist.

biog. et bibliog.) — V- Ignace (S) de Loyola.

LOYSON (l'abbé Charles) plus connu sous le nom du père Hyacinthe.

{Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce grand orateur de la chaire française, qui, après avoir brillé durant cinq ans à la place même qu'avait illustrée Lacordaire, est devenu un moment, après le concile du Vatican, le principal soutien de la nouvelle secte dite des vieux catholiques, naquit à Orléans, en 1827, d'un père appartenant à l'université, fut présenté au baptême par le P. de Géramb, se fit connaître, durant ses humanités, dans lés salons de Pau, où il avait suivi son père, par un talent naissant pour la poésie, entra 5 dix-huit ans au séminaire Saint-Sulpice où se trouvait encore (184s) le même M. Renan qui devait devenir l'auteur de la Vie de Jésus, et fut ordonné prêtre à Paris en 1851. Après avoir professé, en 1834, la philosophie au séminaire d'Avignon, en 1855 et 1856 la théologie dogmatique à Nantes, puis exercé le ministère en qualité de vicaire de la paroisse Saint-Sulpice pendant une année, M. Loyson entra, en 1857, dans la congrégation des frères prêcheurs du père Lacordaire, mais la quitta, deux années après, pour celle des Carmes Déchaussés de l'Immaculée Conception, où il prononça ses premiers vœux en 1860 et fit son noviciat de profès à Lyon sous le père Hermann prieur. Ce fut en 1861 que le père Hyacinthe commença, sous l'habit de carme déchaussé, sa carrière de prédicateur. Bientôt le cardinal-archevêque de Lyon le surnommait « la lumière du Carmel », et en 1864 l'archevêque de Paris le chargeait de recommencer les avents de Notre-Dame qu'avait rendus si célèbres, quinze années auparavant, le prince de nos orateurs chrétiens du xix° siècle.

Avant sa première station à Notre- Dame, le père Hyacinthe avait prêché,

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dans la même année, le carême à Périgueux et avait défini son libéralismedansun sens qui, d'une part, lui avait permis de terminer son explication par ces mots de Lacordaire : « Je veux vivre et mourir en catholique pénitent et en libéral impénitent, »

et qui, d'autre part, devait aussi lui permettre de terminer son avent à Notre-Dame, au lendemain même de l'apparition de la Bible quanta cura et du Syllabus, par ces paroles : « L'Eglise se résume et se personnifie dans l'évêque des évèques, le père des pères, le pontife romain; je soumets ma parole, comme mon âme, à cette autorité suprême. Oh ! j'ai sucé avec le lait d'une mère chrétienne le respect et l'amour du Saint-Siège. Avec la grâce de Lieu, j'emporterai cette obéissance intacte et triomphante au tombeau ! »

Le père Hyacinthe n'avait ni le génie enflammé de Lacordaire, ni la précision convaincue du père de Ravignan, ni le feu profond et romantique de l'abbé Cœur, ni la belle paraphrase biblique de l'abbé Combalot, ni la longue énergie du père Ventura; mais il avait une philosophie malebranchienne et poétique qui élevait sa calme, sympathique et sentimentale éloquence au niveau des plus grands, et la perte de cet orateur pour le catholicisme a été considérable.

Ce fut à l'occasion de la déclaration de l'infaillibilité pontificale par le concile du Vatican qu'il se retira de son ordre et qu'il suivit le célèbre professeur de Munich, Dollinger, dans son vieux catholicisme. Il lit plus, il se maria vers 1872 avec une veuve et mère Américaine, ayant à peu près son àge,queses efforts, joints à ceuxdn père Gratry, avaient ramenée du protestantisme puritain au catholicisme, et à lamelle il avait fait faire sa première communion dans la chapelle des Dames de l'Assomption, à Auteuil, en 1 868. On peut lire le discours qu'il prononça à cette occasion dans un volume in-12 publié par lui en 1872 sous ce titre : I)e la réforme catholique ; ce discours est un chef-d'œuvre du genre. Cette dame lui manifesta avec une persistance que rien ne put vain-

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;re, une affection qui toucha si vivement son cœur au milieu de la répulsion universelle qu'il s'était naturellement attirée par le changement de front de son esprit, qu'il prit la résolution étrange de l'épouser et fit connaître subitement cette résolution au public par une lettre que tous ont lue, dans laquelle il disait que la discipline de l'Eglise, qu'il avait fidèlement observée jusque-là, n'étant point une raison suffisante pour retenir sa philosophie, il cédait à une affection reconnaissante. Ne pouvant se marier régulièrement en France, par suite de nos lois civiles, il alla le faire à Londres ; et ce fut dans cette nouvelle situation qu'après avoir fait à Genève dans la salle de la réformation, des conférences qui lui avaient valu des applaudissements frénétiques d'un immense auditoire, il fut élu curé de cette ville par le parti des vieux catholiques, et agréé officiellement sous ce titre par le conseil fédéral en remplacement du prêtre orthodoxe qu'avait expulsé, avec Mgr. Mermillod, la dernière persécution suisse. Après son élection à la cure de Genève, M. Loyson devint père de famille; il fit de temps en temps diversion à son ministère schismatique, dans lequel il introduisait en partie l'usage de la langue vulgaire, en allant prêcher dans les pays voisins tels que la Hollande, et donnant libre cours à sa parole indépendante, mais toujours calme et sympathique, maigre les foudres qui tombaient sur sa tète du Vatican et de toute la catholicité.

Le père Hyacinthe avait renoncé par son schisme et par son mariage, au plus brillant avenir que pût espérer un prêtre catholique dans la hiérarchie commune; et il faut bien qu'il y ait eu dans cette âme des convictions fortes, car il a renoncé de même à celui que pouvaient lui qfcvrir les gouvernements de la Suisse et les autres gouvernements protestants qui s'ingèrent dans les affaires de religion. A la suite de quelques difficultés avec le comité administrateur, il a donné au conseil fédéral sa démission de la cure de Genève par la lettre suivante, en date de l'un des premiers jours d'août 1874 :

* Messieurs,

» Attaché du fond du cœur à l'église dans laquelle j'ai été baptisé, dont je désire la réforme, mais non le renversement; convaincu en outre, par une expérience aujourd'hui suffisante, que le catholicisme libéral de Genève n'est ni libéral en politique ni catholique en religion, j'ai l'honneur de vous offrir ma démission de mes fonctions de curé de cette ville.

» Hyacinthe Loyson. »

Cette lettre est celle d'un homm»

fortement assis sur ses principes, qui dit : Périsse mon église plutôt que la liberté ! Elle honore son caractère.

Déjà il avait fait preuve de convenance et de bon goût en n'acceptant pas pour son temple la cathédrale catholique élevée nouvellement, grâce, en partie du moins, aux souscriptions recueillies par Mgr. Mermillod; il l'avait refusée par un discours prononcé devant le conseil fédéral qui la lui proposait. Lorsqu'il donna sa démission il venait de faire à la Grande Chartreuse une retraite qui avait grandement édifié les moines avant qu'ils eussent appris son nom et même encore après. Depuis qu'il n'est plus curé de Genève, l'Eglise des vieux catholiques, blessée au cœur par sa retraite, mais soutenue avec énergie par le gouvernement civil s'organise sans lui, et il forme, seul, une sorte de petit schisme dans le schisme; il réunit, au casino, la salle classique des concerts genevois, un très-petil tronpeau de fidèles devant lesquels il dit la messe le dimanche en un rite qui est, en partie, de sa création :

l'autel est une simple table; il est tourné, du commencement à la fin, la face du côté du peuple qui voit ainsi tout ce que fait Je célébrant; c'est ainsi, au reste, que le pape ditla messe à Rome dans l'église Saint-Pierre et dans celle de Saint-Jean de Latran; l'autel pontifical de Saint-Pierre *st aussi une table plane et elle n'a point de tabernacle; celui de Saint-Jean de Latran en a un petit. Le père Hyacinthe célèbre en français, comme les vieux catholiques, excepté au caMOi et le chœur avec le public chante en langue vulgaire, les passage» de la

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messe qui se chantent et des cantiques; puis le célébrant prend la parole. Voyez au mot Vieux Catholiques le -jugement sévère que nous portons contre cette nouvelle secte qui, d'une part, blesse sa propre logique en se disant catholique sans accepter une décision qui a pour elle l'acquiescement de toute la catholicité, et, d'autre part, ne blesse pas moins, en pratique, sa propre morale en sondant son autel à la puissance humaine.

M. Loyson (Charles) a un frère prêtre, (Théodose Loyson) qui est professeur à la faculté de théologie de la Sorbonne.

Les conférences du père Hyacinthe ont été recueillies par la sténographie et publiées en français; une traduction anglaise en a été faite et éditée aux Etats-Unis, durant un voyage qu'il y fit après sa séparation d'avec l'Eglise romaine.

Le Nom.

LUBIÉNICKI (Stanislas). (Théol.

hist. biog. et bibliog.) — Ce chef des antitrinitaires ou sociniens polonais, qu'il ne faut pas confondre, comme le fait la Biographie universelle, avec André Lubiénicki, prédicateur de Lublin, naquit à Rakow (1), fut traqué toute sa vie par les luthériens, mais protégé par Gustave-Adolphe roi de Suède, et par Frédéric roi de Danemark qui lui lit obtenir, à Friedrichsbourg, pour ses coreligionnaires de pratiquer leur culte dans leur maison, et enfin mourut à Hambourg — d'où les luthériens avaient encore obtenu des autorités qu'il fût chassé, — le 8 mai 1675, empoisonné, à ce qu'il parait avec deux de ses filles par une domestique.

On a de lui Thcatrum cometicum, 2 vol. iu-fol. 1688, ouvrage dédié au roi de Danemark, dans lequel il combat les superstitions relatives à l'apparition des comètes ; Historia reformationis Polonicse, in qua tum reformalornm, tum antitrinitariorum origo et progressus in Polonia et in finitimis procinciis narrantur, auctore Stanislao

( I i;La Biographie universelle et Fellar se trompent encore ici en le faisant naitre à Cracovie.

Lubinumo, cquite Polono. Frcistadii, apud Joannem jEonium, 168a, etc.

Le Nom.

LUC (saint), l'un des quatre évangélistes, auteur de l'Evangile qui porte son nom, et des Actes des Apôtres. Il était Syrien de nation, natif d'Antioche, et médecin de profession; il fut compagnon des voyages et des travaux de saint Paul, jusqu'à la mort de cet apôtre , mais, depuis ce moment, on ne sait plus rien de certain sur les lieux dans lesquels saint Luc prêcha l'Evangile, ni sur le genre de sa mort.

Selon l'opinion la plus commune, il écrivit son Evangile l'an S3 de Jésus-Christ, et les Actes des Apôtres dix ans après ; il cite l'Ecriture sainte, selon la version des Septante, et non selon le texte hébreu ; d'où l'on conclut qu'il était juif helléniste, et que l'hébreu n'était point sa langue maternelle. Il parle un grec plus pur que les autres évangélistes, mais on y remarque encore plusieurs expressions propres aux juifs hellénistes, et d'autres qui tiennent de la langue syriaque, usitée à Antiochc.

Ce qu'il dit au commencement de son Evangile donne lieu à quelques discussions. « Comme plusieurs, dit- » il, ont entrepris de l'aire l'histoire » des choses qui sont arrivées parmi » nous, de la manière que les ont » rapportées ceux qui en ont été té- » moins dès le commencement, et qui » étaient chargés de nous les annon- » cer, j'ai trouvé bon, mon cher » Théophile, de vous les écrire par » ordre, après m'en être soigneuse- » méat informé dès l'origine, afin » que vous sachiez la vérité de ce » que vous avez appris. »

Il n'est pas fort nécessaire de savoir si ce Théopiltile, auquel saint Luc adresse aussi les Actes des apôlres, était un personnage particulier, ou si c'est le nom appellatif de tout homme qui aime Dieu.

Il dit qu'il s'est informé soigneusement de tout; de là on conclut qu'il n'était point du nombre des soixante-douze disciples qui suivaient Jésus-Christ, mais qu'il avait été converti au christianisme Dar la prédiea-

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tioa des apôtres. Cependant ces mots, des choses qui sont arriiùcs ■parmi nous, semblent insinuer qu'il avait été témoin d'une bonne partie des actions du Sauveur.

Saint Luc ajoute qu'il a remonté à l'origine; en effet, il prend les faits de plus haut que les autres évangélistes, puisqu'il rapporte la naissance de saint Jean-Baptiste, l'annonciation faite à la sainte Vierge, et plusieurs événements de l'enfance du Sauveur, dont les autres n'ont point parlé.

Ce qu'il dit de ceux qui avaient entrepris d'écrire la même histoire, a fait croire à saint Jérôme que saint Luc voulait désigner par là les Evangiles faux et apocryphes, et qu'il avait pris la plume pour les réfuter.

Mais le texte ne donne aucun lieu à cette conjecture, puisqu'il ajoute que ces écrivains avaient fait l'histoire selon le rapport des témoins. Saint Luc peut donc avoir eu en vue les Evangiles de saint Matthieu et de saint Marc, qui existaient déjà, quoique peut-être il ne les eût pas lus. 11 a pu se proposer de suivre leur exemple, et non de les réfuter, puisqu'il ne les contredit en rien, ou de faire une narration plus détaillée que la leur, sans pour cela blâmer la leur.

C'est mal à propos que les incrédules ont voulu tirer avantage de la conjecture de saint Jérôme, pour conclure que les Evangiles apocryphes existaient déjà du temps de saint Luc, et qu'ils sont plus anciens que nos vrais Evangiles. Le premier auteur qui ait parlé des Evangiles apocryphes, est saint Irénée, qui n'a écrit que plus d'un siècle après saint Luc.

D'autres n'ont pas mieux rencontré, quand ils ont conclu que cet Evangéliste n'était pas content des Evangiles de saint Matthieu et de saint Marc, puisque le sien n'est pas opposé aux leurs, et ne les contredit en rien.

Quelques anciens, comme Tertullien et l'auteur delà Suiiopse attribuée à saint Athanase, pensent que l'Evangile de saint Luc était proprement l'Evangile de saint Paul; que cet apôtre l'avait dicté à saint Luc ; que quand il dit, mon Evangile, il entend l'Evangile de saint Luc. Mais saint Irénée, 1. 3, c. i, dit simplement que

saint Luc mit par écrit ce que saint Paul prêchait aux nations ; et saint Grégoire de Nazianze, que cet évangéliste écrivit aidé du secours de saint Paul. Il est vrai que saint Paul cite ordinairement l'Evangile de la manière la plus conforme au texte de saint Luc; on peut en voir des exemples, I. Cor., c. H, ^ 23 et 24; c. 15, f 5, etc. Mais saint Luc ne dit nulle part, qu'il ait été aidé par saint Paul : cette conjecture n'est fondée que sur la liaison qui a régné constamment entre l'évangéliste et l'apôtre.

Les marcionites ne recevaient que le seul Evangile de saint Luc, encore en retranchaient-ils plusieurs choses, en particulier les deux premiers chapitres, comme l'ont remarqué Tertullien, L. 5, contra Marcion., et saint Epiphane, User., 42. V. Tillemont, t. 2, p. 130, etc.

Beugier.

LUC DE TUY. (ThêoL' hist. biog. et libliog.) — Cet évèque de la ville de Tuy en Gallicie, — d'où il tira son nom — vécut vers le milieu du xm e siècle et mourut en 1288. On a de lui : Epistola de altéra vita, fcleique controversiis adversus Albigensium errores, lib. III, Ingolstadt, 1612, imprimé dans la Bibl. des Pérès et dans les œuvres de Gretser ; Une Histoire d'Espagne depuis Adam jusqu'en 1236.

C'est, à proprement dire, une continuation de la Chronique d'Isidore de Séville; on la trouve dans Schottii Hispania illustrata ; Vita et miracula sancti Isidori, insérée à la date du 4 avril dans les Actes des Saints, et dans Mabillon, in sxculo II Sanctor.

ord. S. Bened.

Le Noia.

LUCIDUS. (Théol hist. biog. et bibliog.) — Ce prêtre prédestination du v e siècle, quiprétendait tirer toute sa doctrine de saint Augustin, dont les propositions que nous allons citer furent condamnées par le concile d'Arles de 475, et qui eut pour correcteur exagéré, dans le sens semipélagien, Faust de Riez, mourut dans le giron de l'Eglise, après s'être retracté sans diflicullé, aussi bien que

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Faustus de Riez qui ne fut point condamné de son vivant.

Voici les propositions de Lucidus qui furent proscrites.

« 1° La liberté a été complètement anéantie par le péché d'Adam, ex toto arbitrium voluntatis exstinctum ;

» 2° L'activité de l'homme est inutile à côté de la grâce divine;

» 3° Quiconque se perd se perd par la volonté de Dieu, par cela que la prescience divine est une prédétermination absolue et pousse violemment l'homme au péché, prœscientia Dei homincm violenter compellit ad rnortcm;

» 4° Les uns sont prédestinés à la mort, les autres à la vie;

» S Le Christ n'est pas mort pour tous;

» C° Même après le Baptême, les hommes qui pèchent meurent en Adam, c'est-à-dire que le péché originel est couvert par le Baptême, mais non véritablement déraciné, et ainsi la renaissance sacramentelle n'a lieu que chez les élus. »

Le Noir.

LUCTANISTES, nom de secte tiré de Lucianus ou Lucunus, hérétique du second siècle. Il fut disciple de Marcion, duquel il suivit les erreurs, et y en ajouta de nouvelles.

Saint Epiphane dit que Lucianus abandonna Marcion, en enseignant aux hommes à ne point se marier, de peur d'enrichir le Créateur. Cependant, comme l'a remarqué le père Le Quien, c'était là une erreur de Marcion et des autres gnostiques. Il niait l'immortalité de lame qu'il croyait matérielle.

Les ariens furent aussi appelés lucianistes, et l'origine de ce nom est assez douteuse. Il paraît que ces hérétiques, en se nommunt lucianistes, avaient envie de persuader que saint Lucien, prêtre d'Antioche, qui avait beaucoup travaillé sur l'Ecriture sainte, et qui souffrit le martyre l'an 312, était dans le même sentiment qu'eux, et peut-être le persuadèrent-ils à quelques saints évèques de ce temps-là. Mais, ou il tant distinguer ce saint martyr d'avec un autre Lucien, duciple de Paul de

Samosate, qui vivait dans le même temps, ou il faut supposer que saint Lucien d'Antioche, après avoir été séduit d'abord par Paul de Samosate, reconnut son erreur, et revint à la doctrine catholique touchant la divinité du Verbe, puisqu'il est certain qu'il mourut dans le sein et dans la communion de l'Eglise. On peut en voir les preuves. Vies des Pères et des Martyrs, t. 1, p. 124.

Bercieb.

LUCIFER DE CAGLIARI. (Théol.

hist. biog. et bibliog.) — Cet évèque de la Sardaigne qui ne paraît dons l'histoire qu'en 334, mourut en 370 ou 371 ; les opinions sont partagées sur le point de savoir s'il faut le compter parmi les saints; Urbain VIII défendit de disputer là-dessus jusqu'il ce que les papes sefussent pruuoncés.

Voici ce que raconte M. Reusch du ce trop ardent défenseur de la foi contre les ariens, et ce qu'il dit do ses ouvrages : '

« Le pape Libère cherchait à cette époque à obtenir de l'empereur Constance, qui se trouvait à Arles, entouré d'Ariens, la convocation d'un nouveau concile qui put mettre un terme aux controverses ariennes, après la malheureuse issue du synode d'Arles de 3S3. II envoya en conséquence à Arles Lucifer, qui était alors à Rome, le prêtre Pancrace et le diacre Ililaire, avec une lettre adressée à l'empereur. Il leur donna en même temps une lettre pour Eusèbc, évèque de Vcrceil, qui s'adjoignit à la députation. Constance consentit à la demande du Pape, et le concile se réunit en effet à Milan, au printemps de l'année 35b. Lucifer y fut un des principaux adversaires des Ariens, qui insistaient surtout sur la condamnation d'Athanase. Les Ariens, voulant soustraire les évoques orthodoxes à la puissante influence de Lucifer, le firent enfermer dans le palais de l'empereur. Lucifer trouva moyen d'écrire à ceux qui partageaient son opinion, et au bout de quelques jours il fut remis en liberté.

Peu de temps après on renouvela le môme acte de violence, et cette fois l'empereur, caché derrière un ri-

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deau, entendit Lucifer disputer intrépidement avec les Ariens. On le garda à vue, et, comme rien ne pouvait l'ébranler, il fut exilé en Cappadoce, puis à Comagène, en Cœlésyrie, en Palestine, et enfin en Egypte. Mais Lucifer, proclamant partout ses opinions, irrita de plus en plus les Ariens contre lui. Ils ne cessèrent pas de le poursuivre et de le ^ maltraiter; ils se précipitèrent même un jour sur lui, en Palestine, pendant qu'il disait la messe, lui enlevèrent les vases sacrés et les livres, et tuèrent plusieurs assistants autour de lui.

» Lucifer composa, pendant son bannissement, divers écrits : I. De non conveniendo cum hxreticis; II. De regibus apostatis; III. Pro sancto Athanasio, libri duo; IV. De non parcendo inDeum delinquentibus;\. Moriendum esse pro Dei Filio.

» Dans le premier de ces livres il démontre qu'il ne peut pas plus y avoir d'union et de paix entre les Catholiques et les Ariens qu'entre les Israélites et les idolâtres. Le second ouvrage réfute une assertion de Constance, prétendant que ses sentiments ariens ne devaient pas être si désagréables à Dieu, puisque, malgré eux, il vivait et régnait heureux et tranquille. Lucifer rappelle l'exemple de beaucoup de rois israôlites que Dieu, malgré leur perversité, laissa vivre et régner longtemps.

Dans son écrit Pro Athanasio, Lucifer expose les motifs qui l'ont empêché de souscrire à la condamnation d'Athanase. Le quatrième ouvrage répond au reproche de l'empereur, prétendant qu'il était peu chrétien de la part de Lucifer et des autres évêques orthodoxes de traiter si durement les Ariens. Lucifer réplique qu'on trouve dans l'Écriture des expressions aussi dures, et que les saints de l'ancienne et de la nouvelle alliance avaient déployé une sévérité aussi inexorable à l'égard des impies, des hérétiques et d'autres hommes qui n'étaient pas plus mauvais que les Ariens. Dans le dernier ouvrage Lucifer expose pourquoi il est prêt à subir avec joie le martyre pour sa foi.

» Lucifer traite toutes ces matières

d'une manière qui lui est particulière.

On chercherait en vain dans ses livres une suite logique et un développement régulier de preuves. Partout il cite tout au long de nombreux passages des auteurs sacrés, qu'il applique à son sujet. Ces passages se suivent dans l'ordre où ils se trouvent dans l'Écriture même, de sorte qu'il est présumable que Lucifer parcourait chaque fois l'Écriture, choisissait les textes qui lui paraissaient s'adapter à son sujet, et les commentait à sa façon. La répétition uniforme des mêmes pensées sous des expressions différentes, de perpétuelles menaces, un style dur et raide rendent la lecture de ces écrits pénible, quoique la vigueur et la fermeté indomptables qui s'expriment à chaque phrase et l'éloquence hardie et originale de beaucoup de passages excitentl'étonnement et l'admiration.

» Du reste, rarement un prince entendit un évêque lui parler un langage aussi rude et aussi hardi que celui que Lucifer adresse à Constance. De tous cotés on rencontre danssesécrits desapostrophescomme celles-ci : Vos estis servi diaboli, spirituelles adulteri, fila pestilentix et tenebrarum ; intelligeris esse filius pestilentiœ ; apostatas (angelos) in œternum tecum visurus eris torqueri, nisi temet eripueris ab eis; non delegimus ardere, sicut tu delegisti cum amatore tuo dia- 60/0. Etcependant L«a/<?r s'imagine ; 1) que ses écrits sont plutôt des instructions que des récriminations. Il est impossible de montrer plus de franchise, de hardiesse, de fermeté dans ses convictions, de mépris des avantages terrestres; mais aussi d'avoir moins de calme et de faire preuve d'un zèle plus inconsidéré que Lucifer dans tous ses ouvrages. Il les envoya directement à l'empereur, qui fut tellement étonné de cette audace qu'il lit demander par Florent, magister officiomm, à Lucifer s'il avait réellement envoyé ces écrits. Lucifer n'était pas homme à le nier. II dit même dans sa réponse a. Florent :

Jam tux erit generositatis agnitum a me sine ulla cunctatione defendvre.

(I) De Dcg. apostat.

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Athanase, ayant entendu parler de ces écrits, en demanda une copie, et lit, dans une seconde lettre, de grands compliments à Lucifer. On prétend aussi qu'il les traduisit en grec...

» Vers la même époque saint Hilaire de Poitiers publia son livre de Synodis ; quoique son orthodoxie fût hors de toute espèce de doute, Lucifer crut qu'il avait trop de condescendance pour les hérétiques, et il l'obligea à justifier les expressions blâmées par de courtes- explications que l'évêque de Poitiers ajouta à son livre.

» L'exil de Lucifer se termina avec la mort de Constance (361), Julien ayant autorisé le retour de tousles évêques bannis. Lucifer parait n'être pas retourné ou n'être revenu que pour peu de temps à Cagliari, car dès 362 nous le retrouvons agissant, avec Eusèbe de Vereeil, en Orient.

. Eusèbe et deux diacres de Lucifer assistèrent au concile convoqué par saint Athanase à Alexandrie, tandis que Lucifer s'occupait de son côté à mettre un terme au schisme méletien, dont Antioche était le foyer. Il choisit àcet effet un singulier moyeu, en opposant un troisième évèque aux deux prélats qui se disputaient l'Église d' Antioche. Paulin, candidat de Lucifer, fut en elîet reconnu en Egypte, dans l'ile de Chypre et en Occident par le Pape ; Eusèbe, au contraire, blâma ce moyen. — On avait décidé à Alexandrie que, sauf les chefs, non-seulement on recevrait dans l'Église les Ariens repentants, mais qu'on les laisserait enfonctions ou qu'on les replacerait. Cette mesure excita à un haut degré le mécontentement de Lucifer, qui toutefois se trouvait lié par la signature donnée en son nom par son diacre. D'après Rufin, dont le récit est d'accord avec ceux de saint Ambroise (1), de saiut Augustin (2), de saint Jérôme (3) et deProsper (4), Lucifer se sépara entièrement de la communion de ceux qui admettaient le concile d'Alexandrie,, et par conséquent de l'Église,

(1) T)e Sat., 1. 1, p. 1127.

(2) Ep. bO, c. 10.

(3) Dial. contra Lueif., c. 20.

(4) Citron., p. 732.

qui généralement approuvait ce concile. D'après Socrate et Sozomène, les partisans de Lucifer seuls seraient allés aussi loin et lui-même ne serait pas devenu schismatique.

» Ce qui est certain, c'est qu'on nomma Lucifériens ceux qui, par leur rigorisme, se séparaient de l'Eglise en prétendant qu'il était défendu de reconnaître jamais comme évêques catholiques les évêques qui avaient été une fois ariens ou qui s'étaient laissé contraindre à souscrire le concile de Rimini. S. Jérôme (1) blâma la conduite de Lucifer, mais le défendit contre ceux qui le soupçonnaient d Ravoir agi par ambition et par vanité (blessé qu'il devait être de ce q.u'Eusèbe critiquait les mesures qu'il avait prises à Antioche) ; et, m réalité, si Lucifer est devenu schismatique, sa faute s'explique par le rigorisme et la dureté même de son caraclère. En 363 Lucifer revint dans son diocèse. 11 passa par Naples, où il refusa, diton, d'entrer en -communion avec l'évêque Zozime, qui, sous Constance, avait été mis à la place de Maxime, et qui avait probablement renoncé à l'arianisme après la mort de l'empereur. »

L'article suivant de Bergier achèvera

d'éclairer le lecteur sur la secte des Lucifériens.

Le Nom.

LUCIFÉRIENS. Ce nom fut donné à ceux qui adhérèrent au schisme de Lucifer, évèque de Cagliari en Sardaigne; schisme qui arriva au quatrième siècle de l'Eglise.

Voici quelle en fut l'occasion. Après la mort de l'empereur Constance, fauteur des ariens, Julien, son successeur, rendit aux évêques exilés la liberté de retourner dans leurs sièges.

Saint Athanase et saint Eusèbe de Vereeil, dans le dessein de rétablir la paix, assemblèrent en 302 un concile à Alexandrie, où il fut résolu de recevoir à la communion les évêques qui, dans celui de Rimini, avaient par faiblesse trahi la vérité catholique, mais qui reconnaissaient leur faute. Cette assemblée députa Eusèbe

(1) Dial. contra Lucif., c. 20.

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pour aller calmer les divisions qui régnaient dans l'église d'Antioche, où les uns étaient attachés à leur évèque Eustathe, qui avait été chassé de son siège à cause de son attachement à la foi catholique; les autres àMélèce, qui, après avoir été dans le parti des semi-ariens, était revenu à cette même foi.

Lucifer, au lieu d'aller avec Eusèbe au concile d'Alexandrie, était allé directement à Antioche, et y avait ordonné pour évèque Paulin, dont il espérait que les vertus réuniraient les deux partis. Ce choix déplut à la plupart des évêques d'Orient, et augmenta le trouble, puisque au lieu de deux évèques et de deux partis, il s'en trouva trois. Lucifer, offensé de ce qu'Eusèbe et les autres n'approuvaient pas ce qu'il avait fait, se sépara de leur communion, ne voulut avoir aucune société avec les évêques reçus à la pénitence, ni avec ceux qui leur avaientfait grâce. Cependant les marques de repentir que les premiers avaient données, les rendaient dignes de l'indulgence de leurs collègues.

Ainsi ce prélat, recommandable d'ailleurs par ses talents, par ses vertus, par son attachement à la foi catholique, par ses travaux, troubla l'Eglise par un rigorisme outré, et persévéra dans le schisme jusqu'à la mort. On ne lui a reproché aucune erreur sur le dogme; mais ses adhérents furent moins réservés; l'un d'entre eux, nommé Hilaire, diacre de Rome, soutenait que les ariens, ainsi que les autres hérétiques et les schismatiques, devaient être rebaptisés lorsqu'ils rentraient dans le sein de l'Eglise catholique. Saint Jérôme le réfuta solidement dans son Dialogue contre les lucifériens ; il soutint que les Pères de Rimini n'avaient péché que par surprise; que leur cœur n'avait point été complice de leur faiblesse, puisque, s'ils n'avaient pas professé assez exactement le dogme catholique, ils n'avaient pas non plus énoncé l'erreur ; il le prouva par les actes mêmes du concile.

Les lucifériens étaient répandus, mais en petit nombre, dans la Sar-

daigne et en Espagne. Dans une requête qu'ils présentèrent aux empereurs Théodose, Valentinien et Arcade, ils firent profession de ne vouloir communiquer ni avec ceux qui avaient consenti à l'hérésie, ni avec ceux qui leur accordaient la paix; ils soutenaient que le pape Damase, saint Hilaire de Poitiers, saint Athanase et les autres confesseurs, en recevant à la pénitence les ariens, avaient trahi la vérité. Voyez Petau, t. 2, 1. 4, C; 4, § 10 et 11 ; Tillemont, t. 7, p. 514.

Bergier.

LUCIUS. (Théol. hist. pap.) — Trois papes ont porté le nom de Lucius.

LUCIUS I fut élu à la place de Corneille mort martyr en 252. Exilé dés après son élection, il reçut des lettres de félicitationet de condoléance de saint Cyprien. Il revint à Rome, maisonne sait d'une manière certaine ni l'époque précise, ni la durée de son pontificat, ni son genre de mort, bien qu'on croie que ce fut le martyre.

Cette mort arriva en 253.

« Nicéphore (1), dit M. Gams, lui donne à peine six mois de règne, Eusèbe huit mois (2). Il est certain que Lucius ne mourut pas sous Valérien, et que le Liber pontificalis et d'autres se trompent lorsqu'ils assignent trois ans et huit mois au pontificat de Lucius. Une fausse décrétale est attribuée à ce même Pape. D'après saint Cyprien (3), Lucius parait avoir écrit plusieurs lettres sur la manière dont il fallait agir envers les Chrétiens tombés durant la persécution; elles sont perdues. Lucius s'opposa aussi aux Novatiens. »

LUCIUS II.«Troisjours,dit M. Gams, après la mort de Célestin II, les cardinaux élurent le cardinal Gérard de Bologne, qui prit le nom de Lucius (12 mars 1 1 44) . Les Romains, excités par Arnaud de Brescia,se soulevèrent bientôt contre le nouveau Pape. Ils voulurent, outre le sénat, avoir un

(I) Bist. eccl., VI, 7.

(S) n<>: eni., vu, t.

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patrice pour chef temporel; ils exigèrent du Pape qu'il renonçât, au profit de leur patrice, à tous les revenus perçus dans la ville et hors de son enceinte; qu'il vécut, quant à lui, comme les anciens prêtres, de la dîme et d'autres dons volontaires. En même temps les partisans d'Arnaud s'adressèrent à l'empereur Conrad III, le priant de venir à Rome y établir le siège de sa puissance. Ils s'étaient emparés du Capitule pour exercer de là leur domination suprême, à la façon des anciens Romains.

» Le Pape, qui avait dû fuir de Rome, s'adressa de son côté à l'empereur pour en obtenir du secours, qui lui fut promis. Litchis, avant d'enproliter, voulut obliger les Romains à se soumettre. Il attaqua le Capitule à main armée ; mais il fut repoussé, et dans la lutte atteint d'une pierre, atteinte dont il mourut le 23 février 1145. Lucius avait décrété, autant que ses affaires personnelles le permirent, diverses mesures relatives à la réforme de l'Eglise et des couvents, et pris intérêt à la situation de la Terre-Sainte. »

LUCIUS III. « Après le décès du Pape Alexandre III, dit M. Gams, les cardinaux élurent , le 1 er septembre 1181, Humbald, de Lucques en Etrurie, évoque d'Ostie et de Vellétri et doyen du sacré collège. En 1182 le peuple se souleva contre le Pape, qui fut obligé de quitter Rome. Chrétien, archevêque de Mayence et chancelier de l'empereur, se mit en marche, à la tète d'une puissante armée, pour soutenir le Pape, et vint à bout des Romains. Sa mort suivit de près sa victoire. Au commencement de 1183 le Pape se trouvait à Vellétri, d'où il data l'érection d'Aci Reale, ville de Sicile, en archevêché.

» Cette même année le Pape, à ce qui semble, revint à Rome ; mais les Romains se portèrent à de nouveaux outrages contre lui. Us crevèrent les yeux à quelques-uns de ses fidèles partisans et se livrèrent à d'autres excès abominables. Le Pape excommunia les coupables et abandonna à jamais la ville. Il se rendit à Vérone, où il était plus rapproché des secours

de l'empereur Frédéric. Il passa par Bologne, dont il consacra l'église de Saint-Pierre; par Modène, où il fit la dédicace de l'église deSaint-Géminien, à la demande de l'archevêque de Ravenne. Il arriva à Vérone en juillet 1184. Peu de temps après, l'empereur entra également dans cette ville. Les deux souverains assistèrent à un concile qui s'occupa des affaires religieuses du moment, déclara les Romains ennemis de l'Eglise, et décida que l'on viendrait au secours des Chrétiens nécessiteux d'Orient; mais le Pape et l'empereur ne purent s'entendre sur les affaires des biens de la comtesse Mathilde. Ce fut aussi à la tête de cette assemblée que le Pape promulgua un sévère édit contre les cathares ou les nouveaux Manichéens, contre les pauvres de Lyon ( 1) et contre les disciples d'Arnauld. Les partisans de ces sectes furent frappés d'un perpétuel anathème. Le Pape entra en négociations avec les sultans Saladin etSeifeddin sur le sort etla délivrance des prisonniers.

» En 1184 les Chrétiens d'Orient envoyèrent au Pape une ambassade réclamant son appui. Le Pape les adressa avec une lettre à Henri II, roi d'Angleterre, qui, en expiation du meurtre de l'archevêque de Cantorbéry (2), s'était engagé à entreprendre une croisade. Les ambassadeurs arrivèrent en novembre 1 1 83 en Angleterre ; mais leur démarche demeura sans résultat.

» Ce pape mourut à Vérone, le 24 novembre 1185, après un pontificat de quatre ans deux mois et huit jours. »

LUCRÈCE (Titus Lucretius Carus).

(Théol. mixt. biog. et bibliog.) — Ce poète et philosophe romain, né l'an 93 avant Jésus-Christ, qui se donna la mort à lui-même à l'âge de quarante-quatre ans dans une frénésie causée par un philtre que lui avait donné sa femme Emilia pour se l'attacher davantage, a laissé son fameux poëme épicurien, De natura

(1) Voy. Vicbois.

(2) Yoy. Tbouas Decukst.

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rcrum, dont M. Leblanc a donné nne traduction envers. Lucrèce expose, dans ce poëme, le système des atomes.

Le Noir.

LUUOLPHE (Leutholph). (Théol.

hist. biog. et bibliog.) — Ce mystique Saxon entra vers 1300 dans l'ordre des Dominicains, puis à la fin de sa vie dans celui des Chartreux, dont il mourut prieur. On a de lui : Vita Jesu Christi, e sacris quatuor Evangeliorum sanctorumque Patrum fontibus derivata, traduit dans plusieurs langues; Enarralio in Psalmos Davidkos, ex SS. Hicronymo et Aagustino, et ex Cassiodoro Petroque Lombardo collecta.

LTJGO|(Jean Ae). [Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce jésuite célèbre connu sous le nom du cardinal de Lugo, qui, dès l'âge de quatorze ans, soutint une thèse sur la logique, enseigna la philosophie et la théologie dans divers collèges d'Espagne, puis, pendant ' vingt ans, la théologie à Rome, et resta modeste dans ses meubles autant que généreux envers les pauvres quand ilfut cardinal, mourut en 1660.

« On a de lui, dit M. Schrôld, un grand nombre d'écrits qu'on a réunis dans sept gros volumes in-folio, et qui appartiennent aux meilleurs ouvrages de théologie morale de la scolastique épurée. Saint Alphonse de Liguori estimait tellement les écrits de Lugo qa'il le nommait le prince des théologiens, après saint Thomas.

Ceux qui prétendent que le cardinal fut un des premiers à introduire dans sa théologie le péché philosophique ont fait preuve d'une grande partialité, et n'ont pu démontrer une accusation qui n'existe que dans leur imagination. »

Pallavicini qui succéda à de Lugo dans sa chaire du collège romain, a écrit de lui : « Jean de Lugo ne le céda à personne de son temps pour la vivacité de son génie et la solidité de son jugement. Il ne fut pas moins exact et rigoureux dans la théologie dogmatique que prudent dans la théologie morale... Ses ouvrages sont profonds et cependant faciles à comprendre. Qui n'admirerait la remar-

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