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qnable énergie de son style, n'omettant rien de ce qui est nécessaire et supprimant tout ce qui est inutile ou ne sert qu'à obscurcir le discours au lieu de l'éclairer. »
Les traités de de Lugo sont les suivants : Disputationes de justifia et jure ; Disputationes scholasticx et morales de virtute fidei diuinx ; Disputationes seolasticx de incarnations dominica; Disputationes scolasticx et morales de sacramentis in génère, de venerabili eucharistix sacramento, de sacrosancto missx sacrificio, de virtute et sacramento pœnHentix, de suffragiis et indulgentiis[opus confessariis omnibus maxime utile) ; Responsa moralia.
M. L. Vives adonné une édition de ses œuvres complètes en 8 vol. in-8°.
Français Lugo, ou de Lugo, également jésuite et écrivain,mort en 1652, était son frère aine.
Le Nom.
LUITPRAND ou LIUTPRAND.
[Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce célèbre historien du x e siècle, évoque de Crémone, né à Pavie, d'abord protégé parle roi Hugues, puis secrétaire de Bérençcr d'Ivréc, enfin tombé dans la disgrâce de ce dernier, fut accueilIiparOthonl", empereurd'Allemagne, et commença sa fameuse histoire en 958 à Francfort. Ce fut Othon qui le nomma évèque de Crémone. II fut plusieurs fois envoyé à Rome pour des conciles, en qualité d'ambassadeur de l'empereur; et une dernière fois au même titre à Con.stantinople. Il mourut probablement en 972.
Nous avons de Luitprand trois ouvrages : Historia Imperatorum et Regum, qu'il nomma lui-même Antapodosis, parce qu'il reconnaît qu'il a l'intention d'y louer ses amis et de se venger de ses eunemis. Cette histoire, divisée en six livres, dont le dernier est inachevé, va de 893 à 950 : De rébus gestis Ottonis Magni, impera'oris; Muratori l'a ajouté au sixième livre de l'Antapodosis ; Pertz l'a publié à part ; Récit de son ambassade <i Constantinople, de 968.
Tons les autres ouvrages attribués à Luitprand manquent d'authenticité.
« Luitprand, dit M. Schrôdl, fut un
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des hommes les plus remarquables de son temps par son esprit, son talent et ses connaissances, mais son caractère moral ne fut pas au niveau de ses facultés. Son Antapodosis dénote une légèreté et un sans-gène extrêmes. Il rapporte sans le moindre embarras les faits les plus infâmes; il court après les anecdotes et les raconte d'autant plus volontiers qu'elles sont plus indécentes; tout ce qui sent l'aventure et le roman le séduit ; son style est plein de sarcasme et d'ironie.
Tous ces défauts ne permettent pas de lui accorder l'autorité absolue que lui attribuent, contrairement au célèbre Muratori (1), Martini (2) et même Pertz, qui serait fâché de renoncer aux belles histoires de Marozia et de Théodora. »
Le Nom.
LULLE (Raymond). (Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce fameux scolastique, une des têtes prodigieuses du xm e siècle, qu'il convient de classer, à notre avis, en quatrième rang, après les Albert le Grand, les Thomas d'Aquin et les Roger Bacon, et qui, en définitive, mourut martyr de sa foi religieuse à l'âge de quatre-vingts ans, naquit vers 1235 à Palma, dans l'île Majorque, d'une famille riche.
Jusqu'à l'âge de trente ans il mena une vie mondaine et luxueusement débauchée à la cour du roi Jacques d'Aragon. Vers 1265, à la vue de sa maîtresse, d'une grande beauté, qui venait d'être défigurée par un aecident, il conçut tout à coup un tel dégoût du monde, qu'il se retira dans la solitude pour s'y chercher lui-même et pour y chercher Dieu. Une vision qu'il eut du Christ le détermina à ne plus travailler qu'à la propogaii n de l'Evangile. Mais il lui fallait s'il struire ; il se mit à l'œuvre et apprit tout, à commencer par la grammaire. Son projet étant d'évangelisrr les Arabes, il étudia surtout leur langue et prit à cette intention un domestique arabe. Il employa dix ans à se préparer de la sorte, et en 1275 il se retira de nouveau dans la soli-
(i) Anna!. d'Italia.V.
(ï) Dus. de l'Acad. des Sciences de Munich, 1808-1809.
tude, après avoir distribué aux pauvres toute sa fortune qui était trèsconsidérable ; et au bout de sept mois de méditation profonde, il revint dans le monde armé de son grand art, ars universalis scientiarum, qui va être exposé plus loin.
A partir de ce moment, sa vie n'est plus qu'un prodigieux travail intellectuel dans tous les ordres de sciences à la fois, et, en même temps, une activité pratique saus trêve ni repos pour attirer leshommes à ses convictions et convertir les infidèles d'Afrique à Jésus-Christ. Il fonde des ordres de missionnaires ; il fait des voyages dans toute l'Europe; il cherche à convaincre le pape do l'efficacité de sa méthode ; il fait des cours publics ; il prêche les Arabes et court plusieurs fois avec eux le danger de perdre la vie ; il publie dos dissertations innombrables; il compose des traités à l'infini ; il prêche une croisade ; il est jeté en prison chez les Maures et délivré par des marchands' génois ; il s'adresse au concile de Vienne ; il s'adresse également aux cours de France, d'Espagne, d'Angleterre; on l'accuse, comme tous les savants de l'époque, défaire de l'or et d'être un magicien; etc., etc., etc. Enfin, à quatre-vingts ans, et après s'être fait franciscain, (1314) toujours infatigable, quoiqu'il n'eût éprouvé partout que des refus et n'eût été reçu qu'avec froideur, il prêche encore à Tunis avec une telle vivacité la foi catholique, qu'il est accablé de coups, mnrtyrisé véritablement pour sa foi et que les marchands de Cènes quileretirent encore des mains de la foule ameutée contre lui, ne rapportent à Majorque qu'un corps expirant (1315).
« Raymond Lulle, dit M. Maties, a écrit un nombre prodigieux de traités, d'une petite dimension pour la plupart; cependant il paraît exagéré de les porter au nombre de' quatre mille, comme ceux qui les réduisent à quatre cents demeurent au-dessous delà vérité. La plupart sont destinés directement ou indirectement à démontrer et à défendre son art ; tels sont : Ars brevis Ars magna (abrégé du même thème) ; de Auditu cabba-
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listico (introduction à toutes les sciences) ; Logica, philosophiw prineipia, etc. Les nombreux traités de chimie et de sciences naturelles de Lulle, comme de Secretis naturse, s. quinta essentia libellus ; Sécréta secretorum ; ^Clavicula et apertorium alchymiœ ; Liber de Mercuriis, doivent être lus avec critique, car beaucoup sont interpolés.
» Ses écrits théologiques ne sont pas moins nombreux; nous citerons :
Psalterium, s. liber de 100 nominibus Dei; Tractatus de Confessione ; de Contcmplatione et oratione; de Conscient i a; de Consolatione etvmetica ; Ars prxdicandi (major et minor); de Smsibus S. Scripturse; Liber 52 Scrmonum contra omnes incrcdulos ; de Antichristo ; de Arliculis ficlei; de Deo ignoto et mundo ignoto ; de Trinitate in unitate, seu de essentia Dei ; de Spiritu S., contra Grsecos; Liber adv. Judœos; de Modo convertendi infidèles ; de Prsedestinatione et libero arbitrio ; de Natura angelica; Liber nattais pueri Jesu; de LaudibusB. Virg. Marix; Commentaria in primordiale Evangelium Joannis, etc.
» Beaucoup de ces traités ont été souvent réimprimés, soit isolément, soit ensemble ; tels sont : Ars brevis ; de Auditu cabbalistico ; Duodecim principia philosophix Lullianœ; Dialectica s. logica; rhetorica; Ars magna; Articuli fidei, à Strasbourg, 1617, sous le titre Raymundi Lulhi opéra ea qnse ad adinventam ab ipso artem unwcrsalem scientiarum pertinent. En dernier lieu Salzinger a publié toutes les œuvres de Lulle, en 10 vol. in-fol., Mayence, 1721 sq. Raymond Lutte a eu beaucoup de commentateurs; les plus connus sont Jordan Bruno, le P.
Kircher, Agrippa, Valérius de Valérhs, particulièrement Lavinheta (Bcrnardi de Lavinheta opéra omnia, quitus tradidit artis Raymundi Lullii cornpendiosam explicationem et ejusdem applicationcm ad Logica, Rhetorica, Physica, Mathcmatica, Mechanica, Médita, Metaphysicu, Theologica, Ethica, Juridica, Problematica,ed. J.-H. Alstedio, Cologne, 1612) et Alsted (Clavis artis Lultianx, Strasbourg, 1333). »
Il y a cent propositionsextraite* 'lo« ouvrages de Raymond Lulle qui nous
semblent bien avoir été condamnées par Grégoire XI et par Paul IV, quoique les défauts en paraissent résider plutôt dans le style que dans les idées; aussi a-t-on beaucoup contesté l'authenticité de cette condamnation, et M. Maltes dit-il à ce sujet: . Il ne paraît pas vrai que Grégoire XI condamna un certain nombre de propositions tirées de ses écrits. »
Voici maintenant l'analyse, fort curieuse pour ceux qui n'ont rien étudié de Raymond Lulle, de ce qu'il appelait son Grand Art, donnée par le même M. Mattes:
« Il part de la conviction qu'il ne s'agit pas d'exiger des infidèles la foi, mais de les convaincre par des motifs raisonnables. On ne peut pas leur demander d'échanger tout simplement leur croyance contre une croyance nouvelle; mais, du moment qu'ils ont reconnu quelque chose comme véritable et nécessaire, il leur est impossible de refuser de l'admettre; durum enim et periculosum infidelibus crediditatem suam 'pro altéra credulitate seu fide dimittere; srd falsum et impossibile pro vero et necessario non deserere quis eorum poterit sustinere (1)? Cependant deux questions naissent tout d'abord :
» 1° N'est-ce pas infirmer la valeur et le mérite de la foi?
» 2° N'est-il pas impossible de démontrer la vérité de la foi catholique?
» Raymond répond négativement aux deux questions.
» Par rapport à la première, il soutient que la foi demeure intacte en face de toute espèce d'intelligence scientifique du Christianisme, "d'une part comme base, d'autre part comme sommet de la science ; car la foi fonde historiquement la science, et en tant qu'acte religieux elle dépasse de beaucoup toute pensée purement logique.
De même que l'eau qui se mêle à l'huile ne peut faire aller celle-ci au fond, de môme la science ne peut faire perdre à la foi sa priorité.
» Quant à la seconde question, Raymond remarque en passant que l'assertion suivant laquelle la foi catholique ne peut être démontrée (fi~
(I) DeArtic. pi., eJ. Argent., p. 965-
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des sancta catholica est magis improbabilis quam probabilis) est malheureusement admise par la plupart des théologiens, et qu'elle est une honte véritable vis-à-vis des infidèles (unde sequitur infamia magna apud infidèles) ; que les Chrétiens eux-mêmes peuvent être entraînés par là à concevoir de tristes pensées de la foi, sinistre suspkari.
» Il cherche donc à démontrer positivement qu'une intelligence scientifique et par conséquent une démonstration des vérités de la foi est possible. On peut en effet démontrer strictement que Dieu existe et qu'il a telles ou telles perfections, perfectiones. Si ce point est démontré, tout ce qui constitue la teneur de la foi s'ensuit naturellement, et la démonstration désirée est fournie (1). Lorsque les théologiens disent (tulle a ici évidemment en vue saint Thomas) qu'on peut réfuter les objections élevées contre la foi chrétienne par des motifs nécessaires, per rationes necessarias, ils affirment au fond par là même qu'on peut prouver la foi chrétienne (probabilitas) comme telle, car la démonstration ressort de la foi même. Si, maigre cela, ils disent le contraire, ils se contredisent et leurs raisons sont vaines, ratio inanis (2)
» S'il en est ainsi, il ne s'agit plus que d'une méthode pour arriver à une démonstration qui soit à la portée de chacun et évidente pour tous. C-est ce qu'on ne peut attendre des conclusions ordinaires de la science scolastique, comme chacun peut s'en convaincre. 11 faut donc découvrir une méthode nouvelle, et c'est là le grand art de Raymond Lulle. Il se résume ainsi :
» Il faut distinguer dans tout ce qui est réel quatre choses : 1 . la substance (le sujet); 2. l'accident, qui est physique ou moral, celui-ci étant luimême vertu ou vice ; 3. l'attribut, qui est absolu ou relatif; 4. les questions. Par conséquent, eh toutes choses on considère sept points diffé-
(l)L. e., p. 927 et 928.
(2) C'est précisément ce qu'a défiai dans notre siècle le eoaciladn Vatican, d'une manière explicite : Ratio fidei fundamenta demonstrat.
L* Noir.
rents. Mais les objets dans lesquels se trouvent ces sept points sont au nombre de neuf, c'est-à-dire qu'il y a neuf sujets, neuf accidents, neuf attributs, neuf questions, dans l'ordre suivant:
» i. Les sujets: Dieu, les anges, le ciel, l'homme, l'image, l'animal, le végétal, l'élément, l'instrument;
« 2. Les accidents physiques : Quantité, qualité, relation, activité, passiveté, situation, position, temps, lieu;
» 3. Les vertus (l re classe des accidents moraux) : Justice, prudence, courage, modération, foi, espérance, charité, patience, piété;
» 4. Les vices (2 e classe des accidents moraux) : Avarice, gourmandise et ivrognerie, luxure, orgueil, paresse, envie, colère, mensonge, inconstance ;
» 5. Les attributs absolus (l re classe):
Bonté, grandeur, éternité, (durée), puissance, sagesse, volonté, vertu, vérité, gloire;
» 6. Les attributs relatifs (2° classe) :
Différence, accord, opposition, causalité, moyen, but, majorité, égalité, minorité ;
» 7 Les questions : Si, quoi, de quoi, pourquoi, combien, comment, quand, où, par quels moyens?
» Tout ce qui peut se penser dans le ciel ou sur la terre appartient à l'une ou à l'autre de ces catégories.
Lulle les dés'gne par les lettres 13, G, D, E, F, G, H, I, K, et a par conséquent 7 B, 7 C, 7 D, etc., etc., ce qu'il appelle l'alphabet de son art.
Toute la science consiste à combiner les notions, à lier les propositions.
Or.rien de plus facile ; c'est un simple mécanisme, qui sans doute peut et doit se compliquer à l'infini, mais qui peut toujours être facilement résolu.
» Ainsi, soit donné :