‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 109 sur 536 · V. Ermoni · texte numérisé non relu

V. Ermoni

ABSTINENTS. Nom donné a quelques partisans de Manès, au me siècle. Les abstinents se distinguaient par leurs principes outrés d'ascétisme. A l'exemple des encratites du ne siècle (voir ce mot), ils considéraient la matière comme le principe du mal et du péché et lui vouèrent pratiquement une haine farouche. De là, chez eux, la lutte de l'esprit et de l'âme contre le corps et ses concupiscences, l'abstention de la viande, des mortifications corporelles excessives, et, chose plus grave, l'horreur du mariage et de tout ce qui a rapport aux relations de l'homme et de la femme.

G. Bahlille

ABSTRACTION, suivant la doctrine scolastique.

— I. Ce qu'elle est. II. Ce qu'elle n'est pas. III. Ses espèces.

I. Ce qu'elle est. — 1° Étymologiquement et en général, l'abstraction (de abstraite re. tirer de) est l'action de séparer une chose d'une autre pour la retenir en dehors de cette dernière. On rencontre l'abstraction à tous les degrés de l'activité naturelle. Elle se trouve dans l'exercice des affinités électives des corps chimiques. La plante abstrait par la sélection des éléments nutritifs du sol. Les facultés sensitives, que Laromiguière appelait « des machines à abstraction », ne perçoivent leur objet qu'en vertu d'une abstraction : l'œil ne saisit que les couleurs indépendamment des autres qualités des corps: l'oreille ne perçoit que le son et ignore les couleurs et les odeurs, etc. L'intelligence abstrait quand elle considère une qualité, par exemple l'humanité, sans s'occuper du sujet qui la possède (abstraction formelle), ou encore quand elle perçoit une notion universelle, par exemple l'homme, en dehors et au-dessus des individus où elle peut être réalisée (abstraction totale). Cf. S. Thomas, Suni. theol., Ia, q. xl, a. 3. — On appelle abstraction réelle celle qui est faite par les corps chimiques ou par les plantes, parce qu'elle modifie les réalités et y opère des dissociations et des analyses réelles; l'abstraction des sens ou de l'intelligence est intentionnelle, parce qu'elle réside tout entière dans un procédé de connaissance dont elle ne change pas physiquement l'objet.

2° En particulier, l'abstraction est prise seulement dans le dernier sens et pour une opération exclusivement intellectuelle.

1. Parfois elle s'exerce sur les concepts déjà formés, les décompose en leurs éléments constitutifs et produit des jugements analytiques. Par exemple, j'analyse mon concept d'animal, j'y trouve l'idée d'être, de substance, de vie, de sensation, etc., et j'affirme que l'animal est un être, une substance, un vivant, etc. Cette opération (abstraction précisivé) est plutôt une analyse qu'une abstraction proprement dite. — 2. Celle-ci, au contraire (abstraction universelle), est, avant tout, l'opération originelle qui s'exerce sur des images sensibles, en dégage l'élément intelligible qu'elle isole des conditions matérielles et individuantes, et aboutit au concept universel. Une telle abstraction est nécessaire ; car les objets représentés dans l'imagination ne sont pas intelligibles en acte, étant enfermés dans des images ou espèces matérielles et organiques; et cependant l'intelligence perçoit ces objets. Il faut donc, après qu'ils ont été saisis par l'imagination et avant qu'ils le soient par l'intelligence, une élaboration qui, portant sur les images sensibles, en rende le contenu actuellement intelligible. Cette élaboration est l'abstraction. Elle a pour mission immédiate de proportionner les objets à la faculté intellectuelle, et pour cela de les rendre immatériels, comme celle-ci est immatérielle, en les dégageant des conditions physiques et matérielles. Elle a pour résultat de généraliser les objets. En effet, ceux-ci, étant isolés des conditions matérielles qui les individualisaient, deviennent, par le fait même, des objets universels. — La faculté de l'abstraction est l'intellect agent que saint Thomas, Sum. theol., Ia, q. lxxxv, a. 1; Compendium theologiœ, c. lxxxiii, situe entre les sens internes et l'intellect possible.

IL Ce qu'elle n'est pas. La dissociation. — On a cherché à renfermer l'abstraction dans l'ordre purement matériel et à en faire une sorte de dissociation des éléments de la perception sensible.

1° D'après Locke, Essai sur l'entendement humain, 1. II, c. xi, § 9; 1. III, c. m, § 6-9, Paris, 1839, l'abstraction serait le résultat de la comparaison de plusieurs objets chez lesquels apparaîtraient des qualités semblables. Elle consisterait à retenir ces qualités, à les réunir sur une seule idée et à donner un nom à celte idée.

2° D'après Huxley, Hume, sa vie, sa philosophie, p. 129,

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