‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 113 sur 536 · SG · texte numérisé non relu

SG

III. Usage de ces termes dans les questions relatives A L'INCARNATION. — 1° La nature moine de l'incarnation et une loi fondamentale du langage règlent l'emploi des termes abstraits et concrets dans les matières de .l'incarnation. — 1. Par le mystère de l'incarnation, la nature humaine est unie hypostatiquement au Verbe, et deux natures, la divine et l'humaine, se rencontrent dans l'unité d'une même personne. Cette personne est réellement distincte de la nature humaine et réellement identique à la nature divine. C'est là le fait que les formules composées de termes abstraits ou concrets devront exprimer plus ou moins explicitement et ne jamais contredire. — 2. Une loi du langage humain veut que la personne soit le sujet d'attribution des actions produites par la nature : acliones sunl suppositorum. Cet axiome doit être complété par celui-ci : passiones sunt suppositorum. En un mot, tout ce qui se fait ou. se subit dans une nature doit être rapporté à la personne qui possède cette nature. Chez moi, c'est la substance corporelle qui souffre, ce sont les membres qui s'agitent, c'est l'âme qui pense, et cependant tout cela est concentré par le langage dans un même moi, et c'est ce moi, c'est-à-dire la personne qui dit : « Je pense, je m'agite, je souffre. » — 3. Application. — Chez l'homme, où la personne et la nature se confondent, les qualités et les actions de celleci s'attribuent sans difficulté à celle-là. Dans le Christ, une seule personne possède deux natures. Dans quelle mesure et en quels termes les actions jaillies de la nature divine, les actions et les passions de la nature humaine s'attribueront-elles à la personne? C'est ce que les anciens appelaient àv-i6oai:, et ce que la théologie nomme communicalio idiomatum.

2° Dans cette question, il y a lieu de distinguer non seulement les termes essentiels divins abstraits ou concrets, ou les termes relatifs désignant la seconde personne de la Sainte Trinité, mais encore l'acte notionel ou fait personnel au Verbe de prendre la nature humaine ; les termes signifiant d'une manière abstraite ou concrète la nature et les qualités humaines; et enfin les activités et les passivités dont cette nature est la source ou le siège. — 1. On peut affirmer des noms essentiels divins concrets tous les noms humains concrets, sauf ceux qui désignent seulement une partie de la nature humaine. On peut dire : « Dieu est homme, l'Éternel est mortel; » mais on ne peut dire : « Dieu est corps, l'Éternel est âme. » Les termes réduplicatifs (voir ce mot) échappent à cette loi, et l'on ne peut dire : « Dieu, en tant que Dieu, est homme. » — On ne peut affirmer les noms humains abstraits et dire : « Dieu est humanité, » car le terme Dieu désigne la nature et la personne divine, et le terme humanité désigne seulement la nature humaine sans la personne. — Enfin on peut attribuer aux termes divins concrets soit les activités ou passivités humaines, soit le fait de prendre la nature d'homme. Ainsi, je puis dire que Dieu a mangé, qu'il a bu, qu'il a dormi, qu'il s'est reposé des fatigues de la route, qu'il a souffert et qu'il est mort. Cf. Denzinger, Enchiridion, n. 368. Je puis dire encoie que Dieu s'est fait homme. — 2. Des noms essentiels divins abstraits, on ne peut affirmer ni les noms humains concrets : « la divinité est mortelle ; » ni les noms humains abstraits : « la divinité est humanité; » ni les activités ou passivités humaines : « la divinité a mangé, a bu, s'est reposée, a souffert; » ni enfin le fait de prendre In nature humaine : « la divinité a pris l'humanité. » En effet, ces termes divins font abstraction de la personne divine qui seule justifie l'attribution à Dieu des qualités, actions ou passions humaines. — Si quelques Pères se sont parfois servis de formules semblables, ils ne l'ont pu faire que par une figure de langage et en prenant l'abstrait pour le concret. — 3. On peut affirmer de la seconde personne de la Trinité, Verbe ou Christ, tous les noms concrets ou abstraits divins : « le Christ est Dieu, le Christ est tout-puissant ou la toute-puissance; »

tous les noms concrets humains : « le Christ est homme, le Christ est mortel. » Cependant on ne pourrait dire : « le Christ est humain ou divin, » si l'on entendait par là signifier une participation accidentelle ou analogique à l'humanité ou à la divinité et exclure la possession réelle par le Christ de la nature humaine ou de la nature divine. C'est dans ce sens que Nestorius appelait le Christ Oîoçôpov et le Verbe <japxo?ôpov. On peut encore attribuer au Christ ou au Verbe les activités ou passivités humaines et dire : « le Verbe, ou une personne de la Sainte Trinité, ou le Christ a souffert. » Cf. Denzinger, Enchiridion, n. 181, 194, 203, 601. — On peut lui attribuer également l'acte notionel de prendre la nature humaine. Mais on ne peut affirmer du Verbe ou du Christ les termes abstraits humains et dire : « le Verbe est humanité, » parce que ces termes excluent de leur contenu la signification de la personne. — 4. Des noms concrets humains, à moins qu'ils ne soient réduplicatifs, on peut affirmer les noms divins abstraits ou concrets : « Dans le Christ, l'homme est Dieu, le mortel est immortel, l'homme est divinité, le mortel est éternité ; » parce que les termes concrets humains enveloppent la personne du Christ, laquelle est identique à la divinité et à l'éternité. On peut aussi leur attribuer les activités divines : « cet homme a créé le monde; » mais non l'acte notionel propre au Verbe : « cet homme a pris la divinité ou l'humanité. » — 5. Des noms abstraits humains on ne peut affirmer ni les noms divins abstraits ou concrets : « l'humanité est Dieu » ou « est divinité; » ni les actes divins : « l'humanité connaît toutes choses, a créé le monde; » ni l'acte notionel relatif à l'union hypostatique : « l'humanité a pris la divinité ; » mais on peut dire que l'humanité a été prise par le Christ ou par Dieu.

IV. Usage de ces termes dans la mariologie. — 1° L'emploi des termes abstraits ou concrets dans la mariologie est commandé par les lois qui les régissent dans les matières de l'incarnation. Il faut, pour le comprendre, se rappeler qu'en principe la maternité consiste à donner le jour à une nature d'espèce semblable. Il est indifférent à l'essence de la maternité que la nature produite constitue une personne ou qu'elle appartienne à une personne distincte non produite par la mère. — Il faut se rappeler, en outre, qu'en fait Marie a donné le jour à une nature humaine très réelle, bien qu'elle appartint à une personne distincte, la seconde personne de la Sainte Trinité. Étant enfin supposé que ce qui concerne la nature peut être et doit être attribué à la personne, dans quelles conditions pourra-t-on employer les termes abstraits et concrets pour désigner la maternité de Marie et la filiation du Christ?

2° Si l'on considère la filiation du Christ, on pourra attribuer le titre de « fils de Marie » à tout ce qui signifie ou la nature humaine née de Marie, ou la personne qui possède cette nature ; par conséquent, aux termes essentiels divins concrets : « Dieu, l'Éternel est fils de Marie ; » aux termes relatifs concrets : « le Verbe, le Christ est fils de Marie;» aux termes humains abstraits ou concrets : « l'homme est fils de Marie, l'humanité (dans le Christ) est fille de Marie ; » mais on ne pourra l'attribuer aux termes divins abstraits : « la divinité est fille de Marie, » parce qu'ils n'indiquent ni la nature issue de Marie, ni la personne possédant cette nature.

3° Si l'on considère la maternité de Marie, on pourra dire, pour les mêmes raisons, en termes concrets que « Marie est mère du Christ, de Dieu, de l'Éternel », ou, en termes abstraits, qu' « elle est mère de l'humanité (du Christ) », mais on ne pourra dire qu'elle est mère de la ditinité.

S. Thomas, Sum. theol., III", q. xvi, et ses commentateurs; Petau, De incarnation e, 1. IV, c. XV, xvi ; et en général les traités théologiques De incamatione, De communication idiomatum; Denzinger, Enchiridion, n. 73, 143, 177, 204, 237, 873, 880.

A. CllOLLET.

ABUCARA — ACACE DE CONSTANTINOPLE

ABUCARA Théodore est un syrien, né à Édesse et disciple de saint Jean Damascène. Il fut évêque catholique de Haran (et non de Cara). Le nom d'Abucara lui est venu de sa dignité et il signilie « père » ou évéque « de llaran ». Évêque, il alla prêcher en divers pays, au sud jusqu'en Egypte et au nord en Arménie, où il obtint un grand succès parmi les monophysites et il ramena à l'orthodoxie le roi d'Arménie, Asot Msaker. Voir le récit de Vardan, dans E. Ter-Minassiantz, Die armenische Kirche in ihren Beziehungen zu den syrisclien Kirchen, Leipzig, 1904, p. 92 (où Abucara est nommé Épicure). Il vivait dans la fin du vme siècle, et on a eu tort de le confondre avec Théodore, évêque de Carie, qui au concile de 869 suivit le parti d'Ignace après avoir embrassé celui de Photius. Abucara avait écrit en syriaque contre les jacobites et en arabe. Plusieurs de ses ouvrages ont été traduits en géorgien et les manuscrits de cette traduction sont nombreux. Brosset, Histoire et littérature de la Géorgie, 1838, p. 135-136. Cette version a servi de prototype à la traduction grecque. 11 y a en grec 43 opuscules, la plupart sous forme de dialogue, contre les hérésies orientales du vin» siècle, P. G., t. xcvn, col. 1461-1609. Les plus importants sont le 2e, le 4e et le 43e. Arendz.en a publié, d'après un manuscrit du British Muséum, son traité arabe De cullu imaginum, Bonn, 1897. Le P. Const. Bâcha, a édité : Les œuvres arabes de Théodore Aboucara évêque d'Haran, Beyrouth, 1904. Ce sont dix traités théologiques sur la trinité, l'incarnation et la rédemption. Le 9e, le plus important de tous, sur la primauté pontificale, a été réédité et traduit en français par le P. Bâcha : Un traité des œuvres arabes de Théodore Abou-Kurra, Tripoli, s. d. (1905).

Chabot, Chronique de Michel le Syrien, Paris, 1905, t. III, p. 29, 32-34 ; Theologische Revue, 29 mars 1906, p. 148-150.

E. Marin.

ABULPHARAGE. Voir Bar-Hébr^us.

ABYSSINIE. Voir Ethiopie.

1. ACACE DE BÉRÉE (Alep), né vers 322, embrassa fort jeune la vie monastique aux environs d'Antioche. Eusèbe de Samosate, revenant de l'exil après la mort de Valens, reconnut ses mérites et l'ordonna évêque de Bérée (378). Acace jouit d'un renom de science et de vertu, exerçant largement, dit Sozomène, l'hospitalité. //('st. eccles., vu, 28, P. G., t. LXVII, col. 1504; Théodore t, Ilisl. eccles., vi, 4, P. G., t. lxxxii, col. 1204; Relig. hisl., 2, col. 1314. Peu après son élévation à l'épiscopat, il apporta, de la part de Mélèce, au pape Damase, les actes du concile d'Antioche (380 V) et assista à un synode à Borne, où il souscrivit à la doctrine des deux natures. Son entremise termina le schisme d'Antioche. En 381, il prit part au concile général de Constantinople. Théodoret, v, 8, col. 1209. Damase l'écarta de sa communion à cause de l'ordination illégitime de Flavien d'Antioche, à laquelle il avait coopéré. Au commencement de l'épiscopat de saint Jean Chrysostome (398), Acace vint à Constantinople, où, se croyant mal reçu, il se joignit à Sévérien etAntiochus pour conspirer contre le saint, dont il disait « qu'il lui servirait un tour de son métier : êyw a-JT<i> àprjco -/ûrpav ». Pallade, Vit. Chrysosti, 6, 8, P. G.', t. xlvii," col. 22-29. Il demanda sa déposition et joua un rôle actif dans les synodes réunis contre lui. Aussi, lorsque, plus tard, il écrivit, avec Alexandre d'Antioche et les évoques de Syrie, au pape Innocent I°r, celui-ci ne lui accorda des lettres de communion que par l'intermédiaire d'Alexandre, qui appuyait sa demande, et sous la .condition de renoncer sans réserve à toute anirnosité contre Chryso-slome et ceux de sa cause. Innocent, Epist.,\\\ (xix). Cf. Epist., xix (xvii) et xx (xv), P. L., t. xx, col. 539-544. Il eut avec saint Cyrille d'Alexandrie, avant le concile d'Éphèse,

auquel, en raison de son âge avancé, il n'assista pas, une correspondance où il montre son désir de l'amendement de Nestorius aussi bien que son zèle pour l'orthodoxie. Voir Labbe, Conciliorum collectio, 1726, t. ni, col. 379-385. Mais il avait d'abord écrit contre les CapituladeCyrille. C. Lupus, Ad Ephesinumconcilium varix PP. cpislolœ, Venise, 1726, t. vu, p. 57. Il se rendit dans la suite aux raisons du saint docteur, p. 183. On trouve dans le recueil de Lupus les lettres d'Acace à Cyrille, p. 173; à Ilellade, p. 177; à Alexandre d'Iliérapolis, p. 178. La plus importante est donnée à la page 128. — Ce serait aussi à la sollicitation d'Acace que saint Épiphane aurait composé' son livre des hérésies. Bar., i, 2, P. G., t. xli, col. 176.

Les variations que nous offre la conduite d'Acace montrent qu'en vrai Syrien, comme le dit Lupus, il fit preuve de plus de versatilité d'esprit que de malice, p. 57. Pour ce motif, sans doute, il n'eut pas à subir, comme la plupart des persécuteurs de saint Jean Chrysostome, unemort misérable. Pallade, loc. cit., 17, col. 58- 59. Il termina sa vie en 432, à l'âge de cent dix ans. Voir Lettre de Jean d'Antioche à Théodose (431). Lupus, 023. cit., p. 55. J. Parisot.

2. ACACE DE CONSTANTINOPLE. Acace (Axâxioç) était grand orphanotrophe de Constantinople et simple prêtre, quand il succéda à Gennadios sur le siège patriarcal de cette ville, en 471. Trop désireux de jouer un rôle considérable dans l'Eglise et rêvant d'étendre son autorité spirituelle dans l'empire d'Orient tout entier, il embrasse successivement les opinions les plus opposées; habile à ménager ses intérêts, souple et rusé dans la poursuite de ses ambitieux desseins, « il se montre par plus d'un trait le précurseur de Photius. » Hergenrôther, Photius, Patriarchvon Constanlinopel, 1867, t. I, p. 110.

Sous Basilisque (475-477), quand l'évêque monophysite d'Alexandrie, Timothée jElure, rappelé d'exil, essaie d'amener à sa doctrine les catholiques de la capitale, Acace paraît incliner tout d'abord vers les idées de Timothée et disposé à signer 1 Encyclique impériale contre le concile de Chalcédoine. Ce sont les moines qui avertissent le pape de la situation de l'Église de Byzance, et dans sa réponse Simplice s'étonne du silence d'Acace en cette affaire. Mais rappelé à son devoir par l'attitude résolue du peuple et des moines, le patriarche finit par se poser en défenseur de l'orthodoxie menacée. Il fait prier le saint stylite Daniel de venir diriger la résistance aux prétentions doctrinales de l'empereur. Celui-ci craignant un soulèvement populaire, effrayé d'ailleurs par l'approche de son rival Zenon, révoque l'encyclique par une Contre-Encyclique où Nestorius et Eutychès étaient condamnés avec tous leurs adhérents. La chute de Basilisque (477) passa pour une victoire de l'orthodoxie, ce qui valut à Acace une grande considération dans tout l'Orient. Cependant les décisions de Chalcédoine continuaient à soulèvera Anlioche, à Jérusalem, à Alexandrie surtout, des protestations qui se manifestèrent plus d'une fois par des émeutes sanglantes. Pour y mettre fin, le patriarche de Constantinople, d'accord avec le patriarche monophysite d'Alexandrie, Pierre Monge, imagina de réunir catholiques et monophysites dans l'adhésion à un symbole de conciliation, où se trouveraient renfermés les articles de foi communs aux uns et aux autres. L'empereur publia ce symbole nouveau sous le nom A'Hénolicon ou formulaire d'union (482). Dans la pensée de ses auteurs, cet édil dogmatique devait servir de base à la pacification universelle par la fusion de toutes les communions en une seule. L'Hénoticon déclarait rejeter tout autre concile que ceux de Nicée et de Constantinople, et tout en condamnant Nestorius et Eutychès, se contentait de dire que Jésus-Christ est un seul Fils de Dieu et non deux, sans parler de la question des deux natures; il portait anatheme contre quiconque, à Chai-

ACACE DE CONSTANTINOPLE — ACACIENS

cédoine ou ailleurs, avait pensé ou dit autrement. C'était, au fond, l'abandon du concile de Chalcédoine. Aussi, le décret d'union, au lieu de ramener la paix, ne fit qu'augmenter encore les divisions ; s'il s'opéra un rapprochement, tout extérieur, entre les semi-nestoriens, les semieutychiens et quelques orthodoxes, les vrais catholiques et les eutychiens stricts repoussèrent YHénolicon avec une égale méfiance; en Egypte les eutychiens stricts se séparèrent de leur patriarche, qu'ils accusaient de tiédeur, et l'on compta une secte monophysite de plus, celle des acéphales. Le patriarche d'Alexandrie était alors Pierre Monge, l'un des plus ardents soutiens du parti monophysite. En 477, il avait succédé à Timothée yElure, mais déposé par le pape, banni par l'empereur et combattu par Acace lui-même, il avait dû se retirer. Mais en 481-482, le siège étant devenu vacant par la mort de Timothée Salophaciolos, Pierre Monge avait su gagner les bonnes grâces d'Acace et de Zenon et se faire reconnaître par eux comme seul patriarche d'Alexandrie, malgré le choix que les orthodoxes avaient fait de Jean Talaïa. Celui-ci vint à Rome se plaindre d'Acace au pape Félix III, successeur de Simplice. Il y trouva d'autres victimes du patriarche, évêques exilés pour n'avoir pas voulu signer l'Hénoticon, et moines venus pour chercher auprès du siège apostolique la lumière et la direction dont ils avaient besoin. Avant de prendre une décision, Félix voulut se renseigner sur place. Il envoya deux légats, Vital et Misène, qui devaient inviter Acace à venir se justifier devant un synode romain des accusations portées contre lui. Mais ces légats, après avoir d'abord vaillamment supporté les mauvais traitements, ne surent pas résister aux flatteries et aux présents et consentirent à communiquer avec Acace et Pierre Monge : en punition de leur infidélité, le pape les déposa de l'épiscopat et les excommunia dans le synode romain de 484. De son coté, Acace fut aussi déposé, séparé de la communion catholique, et à tout jamais frappé d'anathèine. La lettre par laquelle Félix III notifie au patriarche la condamnation, 28 juillet 484, indique en même temps les motifs de ce jugement : 1° Acace au mépris des canons de Nicée a usurpé les droits des autres provinces; 2° non seulement il a reçu les hérétiques à sa communion, mais il leur a même confié des évèchés; 3° il a soutenu Pierre Monge dans son intrusion sur le siège d'Alexandrie; 4° il a maltraité, emprisonné les légats romains et les a poussés à trahir leur mission; 5° il a relusé de répondre aux accusations portées contre lui par Jean Talaïa devant le Siège apostolique, résisté avec opiniâtreté aux instructions des pontifes romains et causé le plus grand scandale à toutes les Églises orientales. Le défenseur de l'Église romaine, Tutus, fut envoyé à Constantinople pour notifier au patriarche la sentence portée contre lui, et la faire connaître aussi à l'empereur, aux moines et au peuple. Acace, fort de la protection de Zenon, se refusa à recevoir l'acte de sa propre condamnation et n'en tint aucun compte; il réussit même à gagner à sa cause l'envoyé du pape; il effaça lui-même des diptyques le nom du pontife romain, marquant ainsi, d'une rupture plus profonde encore, la séparation des deux Églises. De nombreuses violences fuient exercées contre les catholiques, surtout contre les moines acémètes dont la fidélité à l'orthodoxie gênait les incessantes variations de l'évèque. En fait, ce schisme réalisait les vues ambitieuses d'Acace en faisant de lui le chef spirituel de tout l'empire d'Orient comme l'empereur en était le chef temporel. Acace mourut hors de la communion de l'Église romaine, en l'automne de 489. Le schisme acacien devait survivre à son auteur et durer trente-cinq ans, 484-519.

Les textes relatifs à ces controverses se trouvent dans Mansi, Coll. concil., Florence, 1742, t. vu, col. 977-1166, et dans P. G., t. lviii, col. 41-60 (lettres de Simplice) et col. 893-967 (lettres de Félix III). On a conservé

DICT. DE TIIÊOL. CATHOL.

d'Acace une lettre au pape Simplice, P. G., ibid., col. 982, et une autre à Pierre, évêque d'Anlioche. Ibid., col. 1121.

Voir aussi Ceillier, Hist. générale des auteurs sacrés. Paris, 1748, t. xv, p. 125-152; Hergenrother, Photius Patriarch von Constantinopel, Ratisbonne, 1867, 1. 1, p. 110-145 ; E. Marin, Les moines de Constantinople, Paris, 1897, p. 228-232, 267-270; P. Batiffol, Littérature grecque chrétienne, Paris, 1897, p. 319.

E. Marin.

3. ACACE DE MÉLITÈNE. Acace ( 'Axixioç), êvêque de Mélitène (431-438), qu'il ne faut pas confondre avec un autre Acace, évêque de Mélitène et thaumaturge, que les grecs honorent le 11 mars et le 17 avril, gouverna son Église avec tant de sagesse qu'après sa mort, ses diocésains ne l'appelaient que « le grand Acace notre père et notre docteur ». Bien qu'il eût été l'ami de Nestorius, il avait composé dès 431 un traité contre ses erreurs; au concile d'Éphèse il essaya par tous les moyens de persuasion, soit en particulier, soit en public, de le ramener à l'orthodoxie, mais ce fut en vain. On possède d'Acace une homélie qu'il prononça en présence du concile : il y donne plusieurs fois à la très sainte Vierge le litre de ©sotôxo;, mère de Dieu; il y distingue clairement en Jésus-Christ les deux natures. Toutefois, dans une lettre adressée à saint Cyrille d'Alexandrie, il semble croire que c'est une erreur de dire qu'après l'union du Verbe avec l'humanité il y a deux natures et que chacune d'elles a son opération propre : mais ceux chez qui il blâme ces formules lui paraissaient confondre li s expressions « deux natures » et « deux fils ». Pour lui, il reconnaissait « un Fils en deux natures, né du Père avant tous les siècles, et né selon la chair dans les derniers temps, le même Seigneur Jésus-Christ, impassible selon sa divinité, et qui a souffert volontairement pour nous dans son humanité ».

L'homélie d'Acace au concile d'Éphèse se trouve dans Mansi, Coll. concil., Florence, 1761, t. v, col. 181-186, et dans P. G., t. lxxvii, col. 1468-1472. Il y a deux lettres de lui à saint Cyrille, parmi les œuvres de Théodoret, P. G., t. lxxxiv, col. 693, 838. Cf. Ceillier, Hist. générale des auteurs sacrés, Paris, 1747, t. xm, p. 445-448.

E. Marin.

4. ACACE LE BORGNE ou DE CÉSARÉE, disciple d'Eusèbe et son successeur, en 340, sur le siège métropolitain de Césarée en Palestine, personnage influent de l'arianisme strict, remarquable par son talent et son érudition, comme par son caractère intrigant et versatile. Il avait composé des ouvrages estimés : 17 volumes sur l'Ecclcsiaste, des Questions diverses et autres traités dont il ne reste que des fragments insignifiants. On en trouve le détail dans Fabricius, lliblioth. grseca, Hambourg, 1801 sq. (Index, p. 1, à la fin du t. xn).

Acace apparaît parmi les chefs du parti eusébien dans divers synodes : à Antioche en 341, à Philippopolis en 343, à Milan en 355, à Antioche en 358. Saint Jérôme, De viris illustr., 98, P.L., t. xxm, col. 699, attribue à ses menées l'intrusion de Félix sur le siège du pape Libère. En 357 ou 358, il fait déposer saint Cyrille de Jérusalem qu'il avait consacré six ou sept ans plus tôt et qui contestai! ses droits de métropolitain sur la ville sainte. En 359 et 360, aux synodes de Séleucie et de Constantinople, il devient chef de secte. Voir Acaciens. Sous Jovien, il souscrit au symbole de Nicée, à Antioche, en 363; mais il retourne à l'arianisme sous Valens. Déposé à Lampsaque, en 365, par les semiariens, il n'en reste pas moins sur son siège et meurt en 366.

Voir dom Ceillier, Hist . gén. des auteurs sacrés, Paris, 1737, t. VI, c. m, n. 8; TiUemont, Mémoires, Paris, 1704, t. vi, p. 304 sq. ; Le Quien, Oriens christ., Paris, 1740, t. m, col. 559.

Page 1