‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 146 sur 536 · II. ACTES DES APOTRES, XIX · texte numérisé non relu

II. ACTES DES APOTRES, XIX

Multiquc c.rcdentium veniebant confitentes et annuntiantes actus suos.

Kt beaucoup de ceux qui avaient cru venaient confesser et déclarer leurs actions.

HoXXoÉ TE (D, 7toXXoî 8e) TCÔV TrETtl<TTEUX.6T(jùV îîp)(OVTO.

éi;o|Ao).o"fO'itJ.svoi xa\ àvafféXXovTEç tàç 7ipdcSei<; aûnôv.

Il est raconté, dans les versets précédents, que certains juifs d'Éphèse avaient essayé inutilement de chasser, au nom du Christ, le démon d'un possédé, lequel même s'était jeté sur eux et les avait maltraités. « Ce fait, dit le texte, fut connu de tous les juifs d'Ephèse; ils furent saisis de crainte et ils glorifiaient le nom du Seigneur Jésus. Et beaucoup du ceux qui avaient cru, etc. » Le

ACTES (APOCRYPHES) DES APOTRES

texte ajoute que beaucoup aussi brûlèrent publiquement ieurs livres de magie, représentant une valeur de cinquante mille deniers; et il conclut qu'ainsi la parole de Dieu croissait et était confirmée. Act., xix, 13-21.

De quelle confession s'agit-il dans le verset 18? La discussion du texte, à peu prés complètement négligée par les Pères (voir pourtant Œcuménius, P. G., t. cxvm,col.252), n'a pris une certaine importance, dans l'histoire de l'exégèse, que depuis les controverses nées au xvie siècle entre catholiques et protestants. Ceux-ci objectant que l'Écriture ne mentionne nulle part la pratique de la confession sacramentelle, les théologiens catholiques furent amenés à étudier de plus près le texte des Actes, et plusieurs crurent y trouver une réponse à l'objection qu'on leur faisait. Un des principaux fut Bellarmin, qui discuta assez longuement le texte dans ses Controverses, De psenitenlia, 1. III, c. iv, Lyon, 1590, t. Il, p. 1624. Mais son exégèse est un peu sommaire, et il s'applique surtout à réfuter Luther et Calvin qui, contrairement à l'évidence, voyaient dans les mots actus suos, Ta; itpâÇec;, non des actions coupables, mais des actions miraculeuses. Les commentateurs du xvne et du xvme siècle étudièrent plus sérieusement ce passage, en aboutissnnt d'ailleurs à des conclusions différentes. L'opinion qui se prononce pour la confession sacramentelle est surtout représentée par Cornélius a Lapide, Commentarius in Acla apostolorum , Anvers, 1698, p. 290. L'opinion négative, qui ne voit dans le texte qu'une confession semblable à celle qu'exigeait le précurseur avant de conférer son baptême, est défendue surtout par Estius, Annotationes in prsecipua ac difficiliora sacrae Scripturœ loca, Paris, 1663, p. 601, et par Lorin, Commentarius in Actus, Cologne, 1617, p. 715. Entre ces deux opinions, quelques exégètes ne veulent pas se prononcer, sous prétexte que les deux s'équilibrent. De ce nombre est Calmet. Commentaire littéral sur les Actes des apôtres, Paris, 1726, p. 979, rangé à tort parmi les partisans delà première opinion par Crelier, Les Actes des apôtres (collection Lethielleux, Paris, 1883, p. 233. — Les deux opinions ont continué, au xixesiècle, à diviserles interprètes, avec cette différence que les partisans de la première semblent avoir moins de valeur exégétique, si l'on excepte cependant le P.Corluy,qui a su l'exposer avec une force et une netteté inconnues de ses prédécesseurs, dans son Spicilegium dogmatico-biblicum, 188i, p. 444-448. L'autre interprétation est surtout représentée par Beelen, Commentarius in Acta apostolorum, Lou vain ,1850, t. il, p. 132-134; Patrizi, In Actus commentant, Rome, 1867, p. 153; Cambier, De divina inslitutione confessionis sacramentalis, Louvain, 1884. Voir t. ni, col. 833-834.

La question, dit avec raison, M. Vacant, dans Vigoureux, Dictionnaire de la Bible, art. Confession, t. H, col. 915, revient à savoir si les croyants qui venaient ainsi confesser leurs actions étaient baptisés, oui ou non ; car, s'ils avaient reçu le baptême, il y a lieu de regarder leur confession comme sacramentelle ; et s'ils n'étaient pas baptisés, la chose est impossible. L'opinion affirmative invoque les raisons suivantes : 1° Le terme de « croyants » désigne, dans le Nouveau Testament, les fidèles baptisés. Act., n, 44; iv, 32; v, 14; xv, 5; xxi, 20, 25; Ephes., i, 19, etc. — 2° Il y a ici une raison spéciale de donner ce sens au mot TOiufjTsuxdTwv, car le texte distingue ces « croyants » des juifs et des gentils dont il est question au verset précédent. Sans doute, cette distinction ne parait pas nettement dans le grec, où il y a uoXXot te, et non uoXXoî ôè ; mais c'est une leçon qui n'est pas absolument certaine, attendu qu'il y a uoXXoi 8e dans l'important manuscrit D (voir l'art. Actes des apôtres) ainsi que dans les versions coptes. — 3° Il est plus naturel de penser que les Éphésiens ainsi amenés, par la crainte du démon, à avouer leurs fautes et à se défaire de leurs livres de magie, étaient des chrétiens dont la conscience n'était pas tranquille. Cet aveu se

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comprend moins chez des juifs et des gentils, même disposés à se convertir, car ils ne pouvaient pas songer à recevoir l'absolution sacramentelle, et ils avaient d'ailleurs le baptême à leur disposition. — L'opinion négative fait valoir les arguments suivants : 1° Le terme de « croyants » ne s'applique pas exclusivement aux baptisés, dans les Actes des apôtres; il désigne aussi des catéchumènes non baptisés. Act., xi, 21; xvm, 8. Le P. Corluy reconnaît lui-même que le mot 7rE7u<rTsuxdT<j>v ne signifie pas nécessairement, malgré sa forme passée, des fidèles baptisés depuis un certain temps, mais peut désigner l'état d'esprit des juifs et des païens qui avaient été impressionnés par les événements racontés dans les Actes, et avaient déjà commencé à croire. — 2° La distinction qu'on veut établir entre ces « croyants » et les autres n'est pas fondée. La leçon iroXXoî te est suffisamment garantie par la quasi unanimité des manuscrits et des versions. En bonne critique, on ne peut pas hésiter entre cette leçon quasi unanime et celle qui est donnée par le manuscrit D, où abondent des variantes singulières, et par deux versions dont l'importance exacte est encore mal connue. — 3° L'aveu dont il s'agit se comprend mieux, dit-on, chez des chrétiens. Un aveu sacramentel, oui; un aveu extra-sacramentel, non. Or, la question est précisément de savoir dans quelle catégorie il faut le ranger. C'est à tort que certains partisans de la première opinion croient trouver un argument favorable dans le mot ÈÇop.oXoYoilxîvoc, confitentes, attendu que c'est le même mot qui désigne l'aveu fait au précurseur. Matth., m, 6. — 4° Il est invraisemblable que des chrétiens récemment baptisés, comme étaient les Éphésiens, eussent continué en si grand nombre à se livrer à la magie après leur baptême. Or, il ressort clairement de l'ensemble du texte que les personnes ainsi adonnées à la magie étaient les mêmes que les « croyants » mentionnés par saint Luc. — 5° Enfin la seconde opinion peut revendiquer en sa faveur la conclusion finale du récit, où il est dit que « la parole de Dieu croissait et se fortifiait », c'est-à-dire, d'après le sens ordinaire de cette formule, que l'Église recrutait de nouveaux fidèles. — Ces derniers arguments, sans être décisifs, nous paraissent plus probants que ceux de la première opinion. Ils sont assez solides, en tout cas, pour mériter d'être pris en sérieuse considération par les théologiens, qui éviteront ainsi de prouver une thèse certaine par des arguments contestables. J. Bellamy.

III. ACTES (apocryphes) DES APOTRES. — I. Actes de saint Jean. II. Actes de saint André. III. Actes de saint Thomas. IV. Actes de Pierre et de Paul. V. Actes de Paul et de Thécla. VI. Actes de saint Philippe.

La littérature des actes apocryphes des apôtres se compose de ce qui nous est parvenu, en des rédactions plus ou moins expurgées, de ces IlepioSoi du IIe- IIIe siècle, où se sont exprimées par des fictions, romanesques et puériles pour la plupart, certaines tendances soit morales, soit dogmatiques, du catholicisme populaire. Ce sont les traces de ces expressions que nous voulons relever dans cet article.

I. Actes de saint Jean. — Nous avons de larges fragments de la rkp£o8o<; 'Iuivvou primitive, composition de la seconde moitié du IIe siècle. M. Bonnet en a donné l'édition critique dans les Acta apostolorum apocrypha, Leipzig, 1898, t. H, 1, p. 151-216. Les premiers fragments sont des épisodes miraculeux, sans couleur doctrinale. Dans le troisième cependant nous relèverions plusieurs belles invocations d'un style liturgique fort archaïque (77-84).

Le quatrième fragment, de tous le plus caractéristique, est un récit concernant le Sauveur et mis sur les lèvres de saint Jean lui-même. Jésus, après avoir choisi Pierre et André, vient vers Jean et Jacques et leur dit de le suivre. Jacques demande à son frère : Cet enfant, qui

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sur le rivage nous appelle, que veut-il? — Quel enfant? réplique Jean. — Tu ne vois donc pas un homme debout, au visage allègre? — Non, repart-il; mais débarquons et voyons ce qu'il veut. Comme en silence nous mettions la barque à sec, 77 vint nous aider. Et II m'apparut avec la tète chauve et la barbe chenue, tandis que Jacques le voyait jeune et imberbe. Souvent, poursuit saint Jean, il m'apparut sous les traits d'un homme petit, vilain. Autre prodige : lorsque je reposais sur sa poitrine, tantôt sa poitrine me semblait molle, tantôt elle me semblait résistante comme la pierre. Une fois il me conduisit avec Jacques et Pierre sur la montagne où il avait coutume de prier, et nous lui vîmes une clarté lumineuse indicible. Une autre fois sur cette même montagne, comme il s'était relevé pour prier à l'écart, j'approchai seul et je le vis sans ses vêtements, nu, mais il ne ressemblait point à un homme : ses pieds, plus blancs que la neige, illuminaient la terre, sa tète touchait le ciel. La surprise me fit pousser un cri. Il se retourna, et je ne vis plus qu'un homme petit, qui, me prenant le menton, me dit : Jean, ne sois pas incrédule, niais plein de foi. Pour moi je souffris du menton pendant trente jours, jusqu'à lui dire : Si une caresse de toi fait ce mal, que serait-ce d'un soufflet? Et lui : A toi de ne point tenter celui qui ne peut être tenté. Une autre fois, à Génézareth, la nuit, Jean entend une voix qui dit à Jésus : Ceux que tu as choisis ne croient pas encore en toi. Et le Seigneur répond : Tu dis bien, car ils sont hommes. Encore des prodiges : un jour j'essaie de le saisir, et je découvre qu'il est immatériel, incorporel et comme s'il n'était pas. Un pharisien nous invite à un repas, chaque convive a un pain devant soi : Jésus partage son propre pain entre les convives et cette parcelle suffit à rassasier chacun. Souvent marchant avec lui je voulus voir la trace de ses pas sur le sol, et jamais je ne la vis. Ce que je vous dis là est peu de chose, car les grandes merveilles doivent actuellement être tues, elles sont indicibles et on ne peut pas plus les rapporter que les entendre (87-93). A la suite, saint Jean rapporte l'hymne que Jésus aurait chantée avec ses disciples avant d'être livré (9i-96), et qui est une prière de style archaïque, gnosticisant.

Plus loin, toujours dans le même fragment quatrième, vient un récit de la passion. Saint Jean n'est pas demeuré auprès de Jésus, il s'est enfui à la montagne des Oliviers : là, sur la sixième heure du jour, au moment où les ténèbres se font sur toute la terre, Jésus apparaît devant Jean. Là-bas, lui dit-il, en Jérusalem on me met en croix, on me perce d'une lance, on m'abreuve de fiel : à toi je parlerai, écoute ce que je dirai. Je t'ai fait venir sur cette montagne pour que tu entendes ce qu'un disciple doit entendre d'un maître, un homme de Dieu. Ce disant, il me montrait une croix lumineuse, et la foule. Et je vis le Seigneur sur la croix. Il n'avait pas d'apparence (i/v-ua), mais seulement une voix, une voix qui n ; tut pas si vzix f iiiiiIk re, mus une voix douce et belle, vraiment d'un Dieu, et qui disait : Cette croix de lumière est appelée tantôt verbe, tantôt esprit, tantôt Jésus, tantôt Christ, tantôt porte, tantôt route, tantôt pain, tantôt semence, tantôt résurrection , tantôt fils, tantôt père, tantôt vie, tantôt vérité, tantôt foi, tantôt grâce. Ainsi pour les hommes, mais en réalité elle est en soi la pensée et pour nous l'exprimé, définition de tout..., non point la croix de bois que tu vas voir, non plus que je ne suis le crucifie', moi que tu entends sans le voir. J'ai été pris pour ce que je ne suis pas, ce qu'ils disent que je suis est humble et indigne de moi. Et comme le lieu de mon repos ne se voit ni ne se dit, je ne serai pas vu, moi, le maître d'icelui. Ce galimatias gnostique se poursuit, et nous l'abrégeons pour ne citer que les traits caractéristiques. Sache, dit

Jésus, que je suis tout dans le l'ère el le l'ère eu moi.

Je n'ai souffert rien de ce qu'ils diront que j'ai souffert :

cette passion que je t'ai montrée je veux qu'on l'appelle mystère. Ce que tu vois, je te l'ai montré; ce que je suis, moi seul le sais, personne autre. Tu entends que j'ai souflert, je n'ai pas souflert; que je n'ai pas souffert, j'ai souffert; que j'ai été meurtri, je n'ai pas été frappé; que j'ai été pendu, je n'ai pas été pendu; que mon sang a coulé, il n'a pas coulé; simplement ce qu'ils disent de moi n'est pas réel, mais ce qu'ils ne disent pas, cela, je l'ai souflert. Entends : meurtrissure du Verbe, sang du Verbe, blessure du Verbe, crucifixion du Verbe, mort du Verbe : pense au Verbe d'abord, pense ensuite au Seigneur, troisièmement à l'homme et à ce qu'il a souflert. L'apôtre Jean, ayant fini de rapporter les discours du Christ, conjure les fidèles qui l'écoutent de vénérer non point un homme, mais un Dieu indéfectible, un Dieu immuable, un Dieu plus haut que toute puissance et tous les anges et créatures, un Dieu plus ancien que les siècles (97-105).

Le cinquième fragment, désigné d'ordinaire sous le titre de Metaslasis ou mort de saint Jean, débute par une sorte d'homélie adressée par Jean aux fidèles accourus un dimanche. L'homélie est suivie d'une prière à Dieu, d'une couleur liturgique qui va s'accentuer encore. Car Jean demande du pain et prononce une véritable prière eucharistique. Après quoi, il rompt le pain avec ses fidèles. Puis il s'en va hors de la ville, fait creuser sa tombe et s'y couche, non sans prononcer une dernière prière : 0 toi qui m'as donné la pure science (yveiTiv) de toi, Dieu Jésus, père et maître des choses supercélestes; toi qui m'as conservé jusqu'à cette heure pur et n'ayant touché aucune femme; toi qui, lorsque jeune je voulais me marier, m'es apparu et m'as dit : Jean, j'ai besoin de toi; toi qui, lorsque je voulais encore me marier, m'as dit sur la mer : Jean, si tu n'es pas mien, je te laisse te marier; toi qui m'as laissé deux ans gémir et qui la troisième année m'as ouvert les yeux de l'intelligence; toi qui as fait que mon àme ne possède rien d'autre que toi seul... (106-115).

Le cinquième fragment, qui a dû sa conservation à ce qu'il renferme le récit de la fin solennelle de l'apôtre, a gardé la trace de préoccupations encratites. Les encratites ne sont pas une secte, ils sont un esprit très répandu au IIe siècle, esprit de rigorisme qui prélude aux schismes des inarcionites,des montanistes, plus tard des novatiens, et pour lequel le salut a pour condition l'abstinence de toute sensualité : de là, la condamnation du mariage en même temps que l'usage de la viande et du vin. C'est bien l'esprit que nous trouvons dans le prière de saint Jean remerciant Dieu d'avoir échappé au mariage, et le sens de la parole de Jésus : « Si tu n'es pas mien, je te laisse te marier. » La tendance encratite est assez commune au IIe siècle, pour que nous devions avoir à en retrouver plus loin mainte autre trace.

Le docétisme est plus rare parce que, erreur non plus morale, mais christologique, il a été éliminé plus vite. Le docétisme est un essai de christologie qui distingue Jésus du Christ, fait du Christ un être impassible et veut que Jésus seul ait souffert : deux êtres dont l'un, le divin, est intermittent, à moins que l'autre, l'humain, soit fantomatique. L'auteur de notre quatrième fragment conçoit le Sauveur comme une apparition : à Jacques il se montre sous les traits tantôt d'un enfant, tantôt d'un jeune homme, à Jean sous les traits tantôt d'un vieillard petit et laid, tantôt d'un être lumineux et impalpable. La passion surtout prête à ces développements. Une apparence (a/r,ij.a) soutire sur la croix, un je ne sais quoi d'humble et d'indigne du Christ. L'impalpable Christ au contraire n'a pas souffert, n'a pas été crueilié, n'est pas mort; ce qu'a élé son étal pendant la passion est un mystère; ce qui paraissait était irréel, ce qui était réel a élé impénétrable comme le Verbe qui en est le sujet. El ce Verbe luï-même est tout dans le l'ère. La distinction du Père et du Fils n'existe pas, car les termes de

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Verbe, de Lumière, d'Esprit, de Jésus, de Christ, de Fils, de Père, de Vie, de Vérité, de Grâce sont identiques, comme autant de qualificatifs du Divin. Nous reconnaissons là les caractéristiques de la christologie des grands gnostiques, Basilide, Valentin, Saturnin, exprimés non point en formules, mais en images. En un temps où la christologie était loin encore des précisions d'analyse consacrées par les définitions d'Éphèse et de Chalcédoine, il était inévitable d'exprimer en des images enfantines la distinction confusément conçue des deux natures.

II. Actes de saint André. — De la IlspioSoç 'AvSpso-j, composition contemporaine de la IlepioSoç 'Iwâvvou, il ne nous est parvenu que des remaniements tardifs, expurgés. On trouvera l'édition critique de ces divers textes dans M. Bonnet, Acta apostolorum apocrypha, t. ii, 1, p. 117-127.

D'abord un Map-rjpcov en forme de lettre soi-disant adressé par les prêtres et les diacres des églises d'Achaïe à toutes les Églises du monde, composition qui n'est pas antérieure au IVe siècle et qui n'a de remarquable que la belle invocation de saint André à la croix sur laquelle il va mourir : Salve crux... o bona crux quse decorem et pulcriludinem de membris Domini suscepistl, etc.

Ensuite un MapTvpiov,où est rappelée d'abord la mission dévolue à chacun des apôtres, puis celle d'André qui est de prêcher en Bithynie, en Lacédémonie et en Achaïe, et la conversion qu'il fit à Patras du proconsul Lesbios. Mais Lesbios est remplacé par ^Egéates, qui fait arrêter l'apôtre, le fait crucifier, puis de désespoir se suicide. Ce récit dépend de la fkpt'oooç originale. Quelques passages ont une sensible couleur archaïque, telle l'invocation à la croix (14) : « Salut, ô croix... qui dès longtemps m'attendais : je viens à toi qui me désirais. Je connais le mystère pour lequel tu es dressée : tu es dressée dans le monde pour fortifier les instabilités : tu t'élèves vers les cieux pour manifester le Verbe : tu t'étends à droite et à gauche pour mettre en fuite la puissance ennemie et pour réunir le monde en l'unité : tu es plantée en terre pour unir aux supracélestes les choses de dessous terre. O croix, instrument du salut du Très Haut, etc. » Nous avons vu déjà la croix jouer un rôle dans les actes de saint Jean : elle était appelée Croix de Lumière et elle était une entité que l'on identifiait au Verbe, à l'Esprit, au Père, au Fils, à tous les vocables divins. « La croix, lisons-nous dans un fragment du valentinien Théodote, est le signe de la séparation qui est dans le plérôme : elle sépare les fidèles des infidèles, comme elle sépare le monde du plérôme : par ce signe qu'il a porté sur ses épaules, Jésus introduit les semences dans le plérôme. » Excerpt. Theodot., 42. Dans la théologie gnosticisante où se multiplient à l'infini les intermédiaires surnaturels, la croix est peut-être le plus synthétique comme elle est le plus concret. Le docétisme, en réduisant le Christ à un fantôme, était amené à exalter la Croix pour ne pas réduire à rien la vertu rédemptrice de la passion. L'entité croix ne se distingue plus du crucifié : « Belle est la croix, dit encore le MaprJpiov de saint André (16), car elle est vivifiante : beau est le crucifié, car il est le rédempteur des âmes. » On pourra comparer le texte de notre Maptûpiov et le texte si connu Salve crux... o bona crux quse décorent, etc., que la liturgie a popularisé, pour juger de la transformation que le thème archaïque -i subie en se dépouillant de tout gnosticisme.

Sur saint André, on possède une pièce intitulée : Actes d'André et de Malhias dans la cité des Anthropophages, encore une pièce qui dépend de la LkpioSo; originale, mais faite de fictions énormes sans portée doctrinale. Il faut en dire autant d'une dernière pièce intitulée Actes de Pierre et d'André : en revenant de la cité des Anthropophages, André joint saint Pierre,

« l'évêque de toute l'Église, » et ensemble ils se rendent dans « la cité des Barbares » : ici encore des fictions expurgées de tout élément doctrinal et retenues pour leur seul merveilleux.

III. Actes de saint Thomas. — Nous avons, sinon la IkptoSos; ©cofjià originale, au moins une rédaction qui doit en être très voisine. M. Bonnet en a donné l'édition critique : Acta T/iomœ, Leipzig, 1883, qu'il a rééditée en 1903. On conjecture que la Elepcotac Ô<.>(j.à doit être une composition de la première moitié du me siècle.

Ces actes tels que nous les possédons se partagent en douze épisodes (7rpâÇet;) suivis de la passion de l'apôtre (p.apT\jpiov). En tète du premier épisode est rappelée, comme dans les actes d'André, la mission donnée par le Seigneur à chacun des apôtres, puis celle de Thomas qui est d'évangéliser l'Inde. Il arrive dans la cité d'Andrapolis, au milieu d'une fête publique donnée par le roi indien à l'occasion du mariage de sa fille. Thomas, qui assiste au banquet, se met à chanter un cantique à la sagesse, d'un symbolisme violent et d'une inspiration gnosticisante. Le soir venu, Jésus lui-même sous les traits de Thomas apparaît aux jeunes époux dans la chambre nuptiale. Sachez, leur dit-il, que si vous vous abstenez de tout commerce impur, vous deviendrez des temples saints. Gardez-vous d'avoir des enfants, car les enfants sont l'occasion de tous les soucis et de toutes les fautes. Que si vous conservez vos âmes dans la pureté pour Dieu, vous aurez des enfants vivants dans un mariage sans souillure et véritable, vous serez les paranymphes du fiancé qui est tout immortalité et lumière. Les deux époux convaincus déclarent le lendemain au roi et à la reine que l'œuvre d'opprobre et de confusion est loin d'eux. Indignation du roi qui veut faire saisir Thomas, mais l'apôtre est déjà parti. On voit la tendance encratite de ce petit roman : il exprime sans restriction la condamnation des justes noces, et que dans le mariage la paternité et la maternité sont une déchéance.

Dans le second épisode, le roi Goundaforos donne à Thomas, présenté comme architecte, l'ordre de bâtir un palais et lui remet l'argent nécessaire. L'apôtre distribue l'argent en aumônes, et quand le roi lui demande s'il peut visiter le palais, il lui répond qu'il ne pourra le visiter qu'en quittant la vie. Colère du roi, qui fait jeter Thomas en prison. Cependant Gad, frère du roi, meurt, et, dans l'autre monde, est admis à voir le palais que les aumônes de l'apôtre ont préparé au roi. Il ressuscite pour en instruire son frère et tous deux sont faits chrétiens par Thomas. La scène de leur initiation est d'une liturgie fort singulière. Les deux frères demandent « le sceau du bain » (tr,v a-çpa-pSa toO Xo-jTpoO), car, disentils à l'apôtre, tu nous a appris que le Dieu que tu prêches « par ce sceau qui est sien reconnaît ses brebis ». L'apôtre leur répond: «Je me réjouis de vous voir prendre ce sceau et participer avec moi à cette eucharistie et bénédiction du Seigneur et devenir parfaits en elle. » Il fait alors apporter de l'huile « pour que par cette huile ils reçoivent le sceau », et, l'huile apportée, l'apôtre debout leur donne le sceau (Èa-çpâYcaev aùto-J;) en répandant l'huile sur leur tète et prononçant une longue invocation d'un style liturgique gnosticisant : « Vienne le saint nom du Christ... Vienne le charisme suprême : vienne la mère miséricordieuse : vienne l'économie du mâle : vienne celle qui révèle les mystères cachés : vienne la mère des sept maisons, le prêtre des cinq membres... » Cela fait, l'apôtre rompt le pain et communie les initiés à l'eucharistie du Christ (26-27). Dans cette initiation, il n'est question que par accident du « bain », tandis que dans tout le reste l'initiation parait se réduire à une onction d'huile.

Dans un autre épisode, l'épisode du dragon incube, la femme qui cinq années durant s'était livrée au dragon, une fois délivrée, demande à l'apôtre « le sceau ». Et ici encore nous avons une scène d'initiation. L'apôtre,

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lisons-nous, fit approcher la femme et posant la main sur elle la scella (ëcçpctYKTEv) au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; il scella aussi plusieurs autres postulants avec elle. Puis il dit au diacre d'apporter une table et un banc : sur la table on mit un linge, sur le linge le pain de la bénédiction (âprov tîjç eùXoytaç), et, debout, l'apôtre prononce une épiclèse pareille à celle que nous lui avons vu prononcer : « Viens miséricorde parfaite, viens communion du mâle, viens toi qui connais les mystères de l'ordre..., viens mère cachée,... viens te communiquer à nous dans cette eucharistie que nous faisons en ton nom... » Ce disant, il signa le pain du signe de la croix, le rompit et le distribua, à la femme d'abord : « Que ceci soit pour la rémission de tes péchés et la rédemption de tes fautes éternelles » (46-47).

Dans le sixième épisode un jeune homme, au moment où il porte l'eucharistie à ses lèvres, voit ses deux mains se dessécher. L'eucharistie t'a condamné, lui dit l'apôtre, quel est ton péché? Le jeune homme répond qu'ayant reçu « le sceau », il a conjuré sa concubine d'embrasser la pureté parfaite, que prêchait l'apôtre. La femme refusant, le jeune homme l'a tuée. A la demande du meurtrier, l'apôtre ressuscite la morte, qui, revenant à la vie, décrit les supplices qui sont infligés aux pécheurs dans l'enfer. La description de cet enfer est seule à noter (52-55).

Dans l'épisode de Charisios et de sa femme Mygdonia, la femme a été convertie par l'apôtre à la pratique de la parfaite pureté dans le mariage : cette conversion met le ménage en un désaccord dont les péripéties sont longuement racontées. Mygdonia reçoit le baptême. « Donnemoi, dit-elle à l'apôtre, le sceau du Christ et que de tes mains je reçoive le bain de l'incorruptibilité. » Puis s'adressant à sa nourrice, elle la prie d'apporter un pain et de l'eau. Comme la nourrice se récrie et propose d'apporter plusieurs pains et, au lieu d'eau, des mesures de vin, Mygdonia refuse : elle veut seulement de l'eau (jtpâ(Tiv 'jôaroç), un pain et de l'huile. La nourrice obéit et alors, Mygdonia debout, le front découvert, l'apôtre verse sur son front l'huile, en disant : « Huile sainte à nous donnée pour la sanctification, mystère caché en qui la croix nous fut montrée, tu es la simplicité des membres voilés, tu es celui qui montre les trésors cachés, tu es le progrès de l'utile : que ta puissance vienne et que ta liberté même s'établisse sur ta servante Mygdonia. » Il est vrai que, l'huile étant versée, il se trouve là une source pour baptiser Mygdonia : mais il n'est pas hors de doute que cette mention du baptême d'eau n'est pas une correction tardive, car aussitôt l'apôtre, rompant le pain et prenant la coupe d'eau, fait communier Mygdonia aux mystères du Christ, en disant : « Tu as reçu le sceau, prends possession de la vie éternelle. » Le sceau, c'est-à-dire l'onction, semble bien encore être l'élément principal de l'initiation. Sur la fin de l'épisode, l'officier Siphor se convertit avec sa femme et sa fille : ils se vouent à la pureté parfaite et demandent le « sceau ». Et l'apôtre les catéchise ainsi : « Le baptême est la rémission des péchés : il régénère et renouvelle l'homme, qui par lui est trois fois élevé et participe au Saint-Esprit. » Il ajoute : « Gloire à la puissance ineffable : gloire à qui entre dans le bain du baptême: gloire à toi, qui ramènes 1rs hommes de l'erreur et les fais participer à toi. » Ce disant, il versait de l'huile sur leur tète, puis il fit apporter un bassin (iv.o.yrl\) et les baptisa au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Puis on apporte du pain sur une table et l'apôtre le bénit : « Fais de ce pain le pain vivant pour que ceux qui en mangeront restent incorruptibles, etc. » Nous avons ici un baptême proprement dit; mais ici encore l'onction joue un rôle préalable et important. Notons aussi que le baptême et l'eucharistie sont étroitement rattachés à la conception encratite delà vie chrétienne.

Au onzième épisode le roi Misdaeos à son tour voit sa

femme convertie par Thomas. Ensemble Charisios et Misdaeos pénétrent dans le local où enseigne Thomas, le frappent violemment et le font jeter en prison. Mais dans sa prison, c'est le douzième épisode, tous les convertis de Thomas le rejoignent, plus le propre fils du roi Misdaeos, Vasanés, lequel vivait avec sa femme depuis son mariage dans une parfaite pureté ; il n'a pas de peine à devenir chrétien. Les portes de la prison s'ouvrent d'ellesmêmes, l'on se rend dans la demeure de Vasanés où vont être baptisés Vasanés et les sœurs de Mygdonia. « Thomas prit de l'huile dans une coupe d'argent, et dit : 0 fruit plus noble que les autres fruits, ô fruit incomparable, ô fruit miséricordieux, les hommes grâce à toi savent vaincre leurs adversaires : tu couronnes les vainqueurs, tu es le symbole de l'allégresse : tu évangélises aux hommes leur salut : tu donnes de la lumière à ceux qui sont dans les ténèbres, tu adoucis les amertumes : vienne, ô Jésus, ta force victorieuse, qu'elle fortifie cette huile... » L'apôtre verse l'huile sur la tête de Vasanés d'abord, puis sur la tête des femmes, en disant : « En ton nom, Jésus-Christ, que ceci soit pour ces âmes rémission des péchés, défaite de l'ennemi, salut. » Puis on baptise avec de l'eau, mais sans aucune solennité pareille, et immédiatement ensuite eucharistie. Le récit du martyre de saint Ihomas clôt ce long roman.

De cette rapide analyse il doit se dégager cette impression d'ensemble que les Acta Thomas prêchent un encratisme rigoureux. La liturgie s'y ramène à l'initiation et à l'eucharistie. Cette initiation, où le baptême joue un rôle si effacé que parfois il n'est même pas mentionné, est opérée par le « sceau », l'onction d'huile sur la tête, l'huile étant considérée comme une matière éminemment symbolique. La présence d'une onction d'huile dans la liturgie baptismale est attestée dès le IIe siècle; mais ici, manifestement, cette onction a une exceptionnelle importance qu'aucun texte ne lui donne. Celse parle de chrétiens chez qui « celui qui reçoit le sceau est appelé Nouveau et Fils et répond quand il la reçoit : Je suis oint de l'onction blanche de l'arbre de vie ». Contra Ccls., vi, 27. Ces chrétiens sont des gnostiques ophites, et c'est de milieux semblables que procède le symbolisme liturgique des Acta Thomas.

IV. Actes de Pierre et de Pm*l. — Larkpîoôo; ITIipou originale, composition de la seconde moitié du w siècle, croit-on, est perdue. Les pièces qui en dérivent ont été publiées en une édition critique par M. Lipsius dans les Acta apostolorum apocryplta, Leipzig, 1891, 1. 1, p. 1-234.

Le Martyrium du pseudo-Linus est fortement coloré d'encratisine. Saint Pierre y prêche la pureté parfaite dans le mariage. A sa voix, « un grand amour de la pudicité enllamme les femmes de tout âge et de toute condition, jusque-là que la plupart des matrones de Rome refusent de partager la couche de leurs époux pour sauvegarder la pureté de leur cœur et de leur corps. » Du nombre sont les quatre concubines du préfet Agrippa, qui font vœu de chasteté. Colère d'Agrippa. Puis c'est Xantippé, femme d'Albinus favori de César. Albinus et Agrippa dénoncent au sénat ce Pierre « qui nous sépare de nos femmes au nom d'une loi nouvelle, inouïe ». L'apôtre est arrêté, puis crucifié. En arrivant au lieu de son supplice, il prononce une belle invocation à la croix sur laquelle il va mourir : « O nom de la croix, mystère caché, grâce ineffable. O croix qui as uni l'homme à Dieu! etc. » Cette invocation rappelle celle de saint André, et nous avons dit en quoi ces thèmes se rattachaient au docétisme.

Les Aittts découverts dans un manuscrit de Verceil par M. Studemund et publiés par M. Lipsius, sont pour une part la réproduction en une recension différente du martyrium que représentait déjà le pseudo-Linus, mais pour une part (1-29) un récit dépendant, comme le pseudo-Linus, de la 1 1 eptoSoç Ilérpou originale. Ce récit s'ouvre par la description du départ de Paul pour l'Es-

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