L. Lcevenbruck
ADALBOLD, élève de l'école de Liège sous Notker, probablement écolàtre de Saint-Ursmer à Lobbes, évêque d'Utrecht en 11 10, se distingua par la culture des sciences, par la protection qu'il accorda à la réforme monastique dirigée par saint Poppon de Stavelot et par l'extension qu'il sut donner à la puissance territoriale du siège d'Utrecht. Pendant son épiscopat, il fit profession de la règle bénédictine; il mourut le 27 novembre 1026. Il écrivit : 1° un traité De ratione inveniendi crassitudinem sphserse, dédié à Silvestre II, Pez, Thés, anecd. noviss.t Augsbourg. 1721, t. m, 2, p. 85-92; P. L., t. cxl, col. 1103- 1108; Olleris, Œuvresde Gerbert, Paris, 1867, p. 471-478; cf. Berthelot, dans Mélanges d'arch. et d'hist., 1885, t. vr p. 184, 186, 195-196, 220; Gùnther, Gesch. des mathem. Unterrichts im M. A., Berlin, 1887, p. 118-120; Cf. Le Paige, dans Bull.lnst. arch. Liégeois, 1890, t. xxi, p. 461- 463; — 2" un commentaire surle passage de Boèce : O qui perpétua mundum ratione g ubernas, édité par W. Moll en 1862 ; cf. NeuesArchiv.f. aelt. d. G. Kunde, 1886, t. xi, p. 140; — 3° une biographie de l'empereur Henri II, qu'on ne peut identifier sûrement avec le fragment publié dans les Mon. Germ. hist., Script., t. iv, p. 679-695; — i°un office nocturnal de saint Martin, Sigeb. Gembl. de script, eccl., c. cxxxvm. On lui attribue faussement une vie de sainte Walburge, et peut-être aussi le traité: (Juemadmodum indubitanter musiese consonantise judicari possint. Gerbert, Scriptores eccl. de musica, typ. San Blas., 1774, t. i, p. 303-312, P. L., t. cxi„ col. 1109- 1120. Adalbold fut en relations scientifiques avec Gerbert d'Aurillac, Hériger de Lobbes, Bernon de Beichenau, l'gbert de Liège.
Hist. litt. de la France, t. vu, p. 201, 252-259; Ceillier, Hist. aut- eccl., 2*édit.,t.xm, p. 74-76; Van der Aa, Adelbold bisxchop van Utreckt, Groningen, 1862; W. Moll, Bisschop Adelbuld commentaar op een metrum van Boethius, dans Kist. en Moll, Kerkhistor. Archie f.,i862, t. m, p. 163-221; Hirsch, Jahrbïtcher Heinrichs II, Berlin, 1864, t. n, p. 296-301 ; W. Moll, Kerkgeschiedenis van Nederland, Utrecht, 1866, t. n, p. 5059; .). de Theux, Le chapitre de S. Lambert à Liège, Bruxelles, 1871, p. 40-42 ; Ladewig. Poppo von Stablo, Berlin, 1883. p. 66-67 ; E. Voigt, Egberts von Lïittich Fecunda Ratis, Halle, 1889, p. ix- XViu ; Wattenbach, Dcutschlands G. Quellen, 6* édit., Berlin, 1893, 1. 1, p. 389-391 ; Sackiir, Die Cluniacenser, Halle, 1894, t. n, p. 179; Hauck, K. G. Deutschlands, Leipzig, 1896, t. m. p. 485-486.
U. BerliÈRE.
1. ADAM, nom hébreu signifiant de soi homme, comme le mot grec àvôptouo; et le mot latin homo, mais devenu par appropriation le nom personnel de celui qui fut le premier homme et le père du genre humain. Prise dans son ensemble, la monographie d'Adam présente des aspects multiples qui donnent lieu à des études de détail. On peut voir en lui le père naturel ou propagateur du genre humain, et cette considération mène à tout ce qui se rapporte à l'homme en général, à l'espèce humaine : antiquité, nature, origine, état primitif, unité d'espèce et de souche, etc.; tout ce courant d'idées appartient à l'article Homme. On peut ensuite voir dans Adam le chef moral ou juridique de l'humanité élevée gratuitement à l'état de justice originelle, placée par Dieu dans l'heureux séjour du paradis terrestre, puis déchue par la faute de nos premiers parents; questions de première importance, mais qui reviennent aux articles JUSTICE ORIGINELLE, PARADIS TERRESTRE, PÉCHÉ ORIGINEL. Knlin, on peut voir dans Adam cet être individuel qui sortit immédiatement des mains du créateur, et eut sa vie distincte, personnelle; et là encore il offre matière à une
ADAM
assez large étude théologique. On peut la ramener aux idées suivantes :
I. Création du premier homme. II. Son élévation à l'état surnaturel. III. Son péché. IV. Son repentir et son salut. V. Lieu de sa sépulture. VI. Adam figure de Jésus- Christ.
I. Création du premier homme. — Le livre de la Genèse énonce clairement la création d'Adam, I, 27 : Et creavit Deus hominem ad imaginem suam; et il, 7 : Forniavit igitur Dominus Deus hominem de limo terrai. L'interprétation catholique de ces passages établit, comme dogme de foi, la création proprement dite de l'àme d'Adam, et comme doctrine commune aux Pères et aux théologiens, une action divine immédiate dans la formation de son corps. Gen., i, 26, 28; h, 7. Voir Transformisme.
/. les anges ont-ils eu part a sa création? — ceci supposé, on s'est demandé si cette action immédiate de Dieu excluait toute coopération des anges dans la formation du premier corps humain. En principe, la réponse dépend du sens qu'on donne à la question. Une coopération qui consisterait à organiser ou à former un vrai corps humain est inadmissible; dans des limites inférieures, elle ne serait pas impossible, comme l'insinue saint Augustin, De Genesi ad litt., 1. IX, c. XV, P. L., t. xxxiv, col. 403, et c'est là également tout ce qu'affirme saint Thomas d'Aquin, Sum. theol., Ia, q. xci, a. 2, ad lum : Potuit tamen fieri, ut aliquod ministerium in formalione corporis primi hominis angeli exhibèrent, sicut exhibebunt in ultima resurrectione, pulveres colligendo. Mais, en fait, la Genèse ne fait aucune mention d'une coopération semblable, et en général les Pères l'ignorent. Cf. Suarez, De opère sex dierum, 1. III, c. I, n. 4 sq. Ce qu'il faut certainement exclure, c'est cette opinion juive, que Dieu aurait eu les anges en vue, comme l'idéal suivant . lequel l'homme devait être formé, et qu'il leur aurait adressé des paroles : Faisons l'homme à notre ressemblance. C'est à sa propre image que Dieu fit Adam : Et creavit Deus hominem ad imaginem suam; ad imaginem Dei creavit illum. Voir entre autres, saint Basile, Hom., ix, in Hexaem., n. 6, P. G., t. xxix, col. 206, et saint Jean Chrysostome, Hom., vin, in Gen., n. 2, P. G., t. m, col. 71.
//. CONDITIONS SUBJECTIVES OU FUT CRÉÉ ADAM. — Dans
quelles conditions subjectives furent créés le corps et l'âme d'Adam?
1° Principe. — Un principe régit toute cette question dans la théologie patristique et scolastique : Le premier homme fut créé parfait. Cette perfection se mesure, soit sur ce qui convenait absolument à une nature humaine sortant des mains du créateur, soit sur ce qu'exigeait relativement dans Adam, sa mission de père et d'éducateur du genre humain.
2° Corps. — Conformément à ce principe, son corps nous est représenté comme un chef-d'œuvre du divin ouvrier pour les proportions, la beauté, la grandeur et la majesté. Mais la critique, comme la saine théologie, rejette ces récits légendaires ou fantastiques sur la taille gigantesque d'Adam, qu'on rencontre chez des écrivains orientaux et qui s'inspirent de sources rabbiniques ou talmudiques. Au Xe siècle, l'évêque syrien Moses Bar Cepha nous donne un remarquable échantillon de ces singulières opinions, dans son livre De paradiso, part. I, c. xiv, P. G., t. exi, col. 498. Dans la supposition que le paradis terrestre se trouvait au delà de l'océan, la question se posait : Comment nos premiers parents ont-ils passé sur le continent? Et les partisans de la taille gigantesque de répondre imperturbablement, qu'ils avaient passé la mer à pied : per vadosum mare pedibus commeasse, quum essent staturm procerissimœ. Quelques-unes de ces fables reposent sur une fausse interprétation de textes bibliques, comme on peut le
voir dans Benoît Pereyra, In Genesim, 1. IV, Disputatio de formations et prsestantia corporis humani, q. m, n. 99-100.
Adam fut créé à l'état adulte. Saint Augustin énonce la question, sans la trancher, dans le De Genesi ad litt., 1. VI, c. xiii, n. 23, P. L., t. xxxiv, col. 3't8; mais il est plus expressif dans un autre ouvrage, De peccator. merit. et remiss., 1. I, c. xxxvn, P. L., t. xliv, col. 144) : Non parvulus factus est, sed perfecta mole membrorum. Un état d'enfance n'a guère de sens que dans le cas d'une production naturelle par voie de génération. Au reste, l'ensemble des détails que fournit la Genèse sont significatifs : aussitùt après sa création, Adam nous apparaît capable de travailler la terre et apte à la fin du mariage. C'est abuser de cette expression : Infans enim fuit, dont se sont servis quelques Pères, en particulier saint Irénée, Cont. hser., 1. IV, c. xxxvm, P. G., t. vu, col. 1105, que de l'appliquer à la condition physique du premier homme ; chez Irénée, elle signifie qu'il n'eut pas dès le début toute la perfection finale dont il était susceptible; dans la pensée des autres Pères, elle se rapporte aux qualités de simplicité et d'innocence enfantine qui ornaient Adam avant sa chute. Voir dom Maran, Prsefat. in opéra S. Justini, part. II, c. v, P. G., t. VI, col. 43; Petau, De opificio sex dierum, 1. II, c. ix. A quel âge répondait exactement le degré de développement physique possédé par le corps d'Adam au jour de sa création, c'est ce qu'il est superflu et même impossible de déterminer : pour des raisons diverses, les conjectures varient d'une trentaine à une soixantaine d'années. Pereyra, op. cit., n. 97; Suarez, n. 5-6.
Saint Augustin signale une singulière opinion qui, de son temps, eut cours dans le peuple ; sur une interprétation trop littérale de ces paroles que la Genèse dit de nos premiers parents après leur chute, m, 7 : « Et leurs yeux s'ouvrirent, et ils s'aperçurent de leur nudité, » on se figura qu'Adam et Eve avaient été créés aveugles : Neque enim ceeci creali erant, ut imperitum vulgus opinatur. De civit. Dei, 1. XIV, c. XVII, P. L., t. xli, col. 425. Le grand docteur réfute cette ineptie, et rétablit le vrai sens du texte, au même endroit et en divers autres passages de ses écrits. De Gènes.' ad. litt., 1. XI, c. xxxi, P. L., t. xxxiv, col. 4i5; De nupt. et concup., 1. I, c. v, P. L., t. xliv, col. 416, etc.
3° Intelligence. — A la perfection naturelle d'Adam se rattachent, comme un corollaire des plus importants, les dons intellectuels dont son àme fut enrichie par le créateur. On distingue la science inftise et la science acquise ou expérimentale. Que le premier homme ait été capable de cette dernière, nul n'a jamais songé à le nier; la question ne saurait porter que sur la science infuse, et les conditions spéciales dans lesquelles s'est trouvée l'intelligence d'Adam au jour de sa création. Faut-il concevoir le père du genre humain comme ces êtres primitifs que le rationalisme nous montre vivant dans un état sauvage et voisin de la bête? Faudrait-il, du moins, le concevoir comme Hirscher, Gùnther et quelques autres catholiques qui, tout en reconnaissant dans Adam une faculté intellective parfaite, la soumettent toutefois à la loi commune d'un développement progressif, et, par suite, lui refusent la science infuse? Ce n'est assurément pas là l'idée que nous donnent la sainte Écriture et les Pères. C'est à nos premiers parents qu'il convient d'appliquer d'une façon toute particulière, sinon exclusive, ce passage de l'Ecclésiastique, xvn, 1, 5-6 : « Dieu forma l'homme de la terre, et il le fit à son image... Il lui forma une aide de lui-même ; il leur donna le discernement, une langue, des yeux, des oreilles et un esprit pour penser, et il les remplit de science. Il créa en eux la science de l'esprit, remplit leur cœur de sagesse et leur fit connaître les biens et les maux. » Pour ce qui est d'Adam en particulier, les saints Pères voient un indice non équivoque de sa portée intellec-
ADAM
tuelle dans ce fait que la Genèse, n, 19-20, nous le représente, aussitôt après la création, donnant aux animaux et aux oiseaux des noms qui leur convenaient parfaitement. Eusèbe, Prœparat. evang., 1. XI, c. vi, P. G., t. xxi, col. 856; S. Jean Clirysost., In Gen., homil. xiv, n. 5, P. G., t. un, col. 110-117; Severianus de Gabala, Orat., vi, n. 2, P. G., t. lvi, col. 486: S. Augustin, Opus imperf. contra Julian., 1. LI, c. i, P. L., t. xlv, col. 1432; Serenns, dans Cassien, Collât., vm, c. xxi, P. L., t. xlix, col. 757-758. Aussi, saint Augustin ne craintil pas de dire qu'auprès de celui d'Adam, nos esprits les plus subtils ne sont que lourdeur, plumbei judicantur. Opus imperf., 1. IV, c. lxxv, P. L., t. xlv, col. 1381. Et saint Cyrille d'Alexandrie affirme expressément que le chef du genre humain n'acquit pas la science successivement, comme nous, mais qu'au moment même de sa création, le Verbe de Dieu projeta sur lui ses rayons lumineux et lui communiqua une intelligence parfaite. In Joann., 1. I, c. IX, P. G., t. lxxiii, col. 127.
La raison intime de cet insigne privilège se tire de la mission qui incombait à Adam, comme père et éducateur du genre humain : « De même, dit saint Thomas, Ia, q. xciv, a. 3, que le premier homme fut formé dans un état parfait quant au corps, pour être aussitôt en état de propager la nature humaine, de même il fut formé dans un état parfait quant à l'âme pour être en état d'instruire et de gouverner les autres. » En vertu de ce même principe, le docteur angélique donne pour objet à la science d'Adam tout ce que l'homme est naturellement susceptible d'apprendre, omnium scientiarum in quibus homo natus est instrui ; il lui refuse ce qui dépasse la portée naturelle de l'intelligence humaine, comme les pensées du cœur ou les futurs contingents, et ce qui n'est pas nécessaire pour la direction de la vie. De plus, comme il le remarque ailleurs, Qusest. disput., q. xvm, De veril., a. 4, il ne s'agit pas nécessairement ici d'une science réduite en acte, mais des principes subjectifs de la connaissance, de ce qui dans l'Ecole s'appelle Yhabitus : Quidquid unquam homo aliquis de cognitionc eorum naturali ingenio assequi potuit, hoc totum Adam naturali cognilione habitualiter scivit. Ce qui n'exclut pas l'ignorance expérimentale des choses qui ne s'apprennent que par l'usage et la réllexion. Ces considérations permettent de réduire la science du premier homme au degré de perfection relative qui lui convenait pour qu'il pût instruire et gouverner les autres d'une manière conforme à son état et à sa mission. Aller plus loin en attribuant à cette science une perfection absolue, ce serait, semble-t-il, trop conclure du principe posé. Des théologiens récents ont fait à ce propos de justes remarques. Voir Christ. Pesch, Prselectiones dogmaticœ, t. m, n. 211-212. En particulier, la perfection intellectuelle d'Adam allait-elle jusqu'à exclure la possibilité de toute erreur positive? C'est là une question secondaire où l'accord n'est pas complet. L'opinion courante tient pour l'affirmative insinuée par saint Augustin, De lib. arbilr., 1. III, c. xvm, n. 52, P. L., t. xxxn, col. 1296, et soutenue par saint Thomas, Ia, q. xciv, a. 4; d'autres suivent cependant l'avis contraire, regardé comme suffisamment probable par saint Bonaventure, In IV Sent., 1. II, dist. XXIII, a. 2, q. II.
4° Volonté. — A la perfection de l'intelligence répondait, chez noire premier père, une perfection proportionnée de la volonté, que l'Écriture et les saints Pères expriment d'ordinaire par l'idée de rectitude. D'une façon [dus précise elle emporte en Adam l'existence de toutes les vertus morales, sinon quant à l'exercice, du moins quant au principe, Vhabitus. Aussi, saint Jean Damascène nous le montre-t-il muni virtutum génère decoratum. De fide orthod., I. II, c. xn, /'. G., t. xciv, col. 922. L'École n'a fait que développer cette idée. S. Thomas, IIIa, q. xcv, a. 3; Suarez, 1. III, c. XI.
5° Langage. — Enfin ce fut une opinion assez commune parmi les théologiens des diverses confessions, que le premier homme reçut, avec la science infuse, la révélation d'une langue toute formée, la langue hébraïque. Mais cette opinion n'a de fondement ni dans la sainte Écriture ni dans la tradition. Ceux des Pères qui ont traité la question, attribuent à l'homme l'invention du langage. S. Augustin, De ordine, 1. II, c. XII, n. 35, P. L., t. xxxn, col. 1011 sq. ; S. Grégoire de Nysse, Contra Eunom., 1. XII, P. G., t. xlv, col. 975, 991 sq., 1006. Et c'est bien là ce qui parait plus vraisemblable. Pesch, p. 214-216. Au reste, l'étude générale de la relation, plus ou moins nécessaire, qu'il peut y avoir entre la connaissance humaine et le langage, appartient aux articles Langage (Origine du), Traditionalisme, Fidéisme.
II. Élévation d'Adam a l'état surnaturel. — Dieu ne se contenta pas de prodiguer au chef-d'œuvre sorti de ses mains les dons de la nature; il y joignit ceux de la grâce par l'élévation du premier homme à l'état surnaturel.
1° Élévation à l'état de grâce. — Cette élévation comprend tout d'abord ce qui forme comme l'essence même de cet état, c'est-à-dire la grâce sanctifiante avec tout ce qui l'accompagne inséparablement. C'est là une vérité de foi, intimement liée à deux dogmes fondamentaux, le péché originel et la rédemption du genre humain par Jésus-Christ. Le second concile d'Orange, tenu en 529 contre les semipélagiens, l'avait déjà suffisamment indiqué dans son 19e canon, Denzinger, Enchiridion, n. 162, mais le concile de Trente l'exprime plus nettement en deux endroits. Ainsi, nous lisons dans le décret concernant le péché originel, sess. V, can. 1 et 2, « qu'Adam, le premier homme, ayant transgressé le commandement de Dieu dans le paradis, est déchu de l'état de sainteté et de justice dans lequel il avait été établi... qu'il a perdu ainsi, pour nous comme pour lui- • même, la justice et la sainteté qu'il avait reçue. » Puis, nous apprenons par le c. 7 de la VIe session, que cette justice et cette sainteté consistent essentiellement dans la réception de la grâce sanctifiante et des dons qui l'accompagnent; ceux qui sont régénérés par le baptême, nous sont dépeints « recevant cette justice chrétienne, qui est la vraie justice, comme te robe première qui leur est donnée par Jésus-Christ, à la place de celle qu'Adam a perdue pour lui et pour nous, par sa désobéissance ».
Toute cette doctrine, si nettement formulée par l'Église, repose surtout sur cette grande idée, scripturaire et patristique : Jésus-Christ est le second ou le nouvel Adam, parce qu'il nous a renouvelés dans cet état de justice et de sainteté intérieure, que le premier ou l'ancien Adam avait reçu, puis perdu par son péché, pour lui et pour toute sa race. Rom., v, 9-21; II Cor., v, 15-21; Eph., i, 4-12; Col., i, 12-22; et plus spécialement Eph., iv, 22-24; Col., m, 9-10. Cet état de justice et de sainteté intérieure consistant essentiellement dans la grâce sanctifiante, il s'ensuit que celle-ci l'ut donnée au premier homme avant sa chute. Saint Jean Damascène résume l'enseignement des Pères, quand il dit, De fide orth., 1. II, c. xxx, P. G., t. xciv, col. 975 : « Le souverain artisan qui forma l'homme, lui infusa sa grâce divine, et par elle se communiqua luimême à sa créature, » divinam ci gratiam suam impertiens seque per eam ipsi commun ira us. Ce sciait évidemment aller contre cet enseignement si clair de notre foi, que de faire consister la sainteté primitive de l'homme dans une justice purement naturelle ou purement extrinsèque, mais l'étude de ces erreurs, baianistes, jansénistes, hermésiennes ci gunthériennes, se rapportent plus directement à la question de la justice originelle. Cf. Katschthaler, Theologia dogmatica calholica specialis, Ratisbonne, 1877, 1. l,p. 2, n. 260.
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2° Moment de cette élévation. — A quel moment Adam reçut-il la grâce sanctifiante ? La révélation ne donne pns de réponse précise; au moyen âge, il y eut même partige d'opinions. De grands théologiens, comme Hugues de Saint- Victor, Pierre Lombard, Sent.,\. II,dist.XXlV, saint Bonaventure, Scot, soutenaient que le premier homme fut créé dans un état de rectitude naturelle et qu'avant de recevoir la grâce sanctifiante, il dut s'y disposer par ses actes. Ils invoquaient surtout des raisons de convenance, dont la principale ressort de l'énoncé même de leur opinion : la sanctification propre à un adulte demande qu'il y ait de sa part une disposition préalable, et celle-ci ne se conçoit pas sans intervalle de temps entre la formation de l'homme et son élévation à l'état surnaturel. A l'encontre, Albert le Grand, saint Thomas, Ia, q. xcv, a. 1, et toute son école admettaient la création et la sanctification simultanée du premier homme. Les Pères du concile de Trente ont évité à dessein de trancher cette controverse. Pallavicini, Hist., 1. VII, c. ix, n. 1 ; Massarelli-Theiner, Acta genuina ss. œcumenici concilii Tridentini, Agram (1874), t. i, p. 131, 136, 146. Mais la seconde opinion est devenue courante en théologie; elle se recommande par des raisons qui semblent prépondérantes. En général, les Pères la favorisent, soit en l'affirmant expressément, comme saint Basile, Adv. Eunom., 1. V, P. G., t. xxix, col. 727, et saint Hilaire, cité par saint Augustin, Contra Jidian., 1. II, c. vin, P. L., t. xliv, col. 692; soit en la supposant dans les interprétations qu'ils nous donnent de certains textes. Ainsi, dans le passage de l'Ecclésiaste, vu, 30, où il est dit que Dieu fit l'homme droit, ils verront cette droiture ou rectitude parfaite qui est due à la sainteté surnaturelle. S. Augustin, De corrept. et grat.,,c. xi, n. 32, P. L., t. xliv, col. 370. Dans ce texte de la Genèse, i, 26 : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance, » ou cet autre del'Épître aux Éphésiens, iv, 2i : « Revêtez-vous de l'homme nouveau, qui a été créé selon Dieu dans la justice et la vraie sainteté, » ils verront cette image parfaite ou ressemblance surnaturelle que la grâce sanctifiante mit dans le premier homme au jour de sa création et que Jésus-Christ rétablit en nous. S. Irénée, Cont. User., 1. V, c. x, n. 1, P. G., t. vu, col. 1148; S. Basile, Sermo ascel., n. 1, P. G., t. xxxi, col. 870; S. Grégoire de Nysse, Deopi/ic. hom., c. xxx, P. G., t. xliv, col. 255: S. Cyrille d'Alexandrie, In Joa., 1. II, c. i, P. G., t. lxxiii, col. 203; S. Jérôme, In Eph., iv, 30, P. L., t. xxvi, col. 514; S. Augustin, De Gen. ad. litt., 1. VI, c. xxiv, n. 35, P. L., t. xxxiv, col. 353, etc. De même encore, quand la Genèse, n, 7, nous parle d'un souffle de vie communiqué au premier homme : Et inspiravit in faciem ejus spiracidum vitse, ils verront la grâce sanctifiante, don du Saint-Esprit et principe de la vie surnaturelle. S. Basile, loc. cit.; S. Cyrille d'Alexandrie, De Trinit. dialog., c. iv, P. G., t. lxxv, col. 907. On peut, à la vérité, douter, et même nier, que ces Pères aient voulu donner alors le sens littéral, premier, de ces textes. Suarez, 1. III, c. ix, n. 29 sq. ; Petau, De opific, 1. II, c. n-iv ; Scheeben, Dogmatique, traduct. de l'abbé P. Bélet, Paris, 1881, t. m, n. 313 sq. Mais ceci n'infirme pas la preuve d'autorité dans la question présente; car du moment où ils appliquent ces passages à la sanctification d'Adam sortant des mains du créateur, ils supposent nécessairement cette sanctification soit en vertu du contenu implicite de ces textes, soit à titre de vérité connue par ailleurs. Le second concile d'Orange parle lui-même de cette intégrité dans laquelle la nature humaine avait été faite, in qua est condita; et c'est dans le même sens que saint Augustin donne à la grâce d'Adam l'épithète de naturelle, c'est-à-dire attachée à la nature humaine dans son origine. De spirit. et litt., c. xxvn, P. L., t. xliv, col. 2Li9.
Cette élévation primitive d'Adam à l'état surnaturel n'a rien que de convenable. Dieu le destinant à une fin du même ordre, il était juste qu'il le mît dès le début sur la voie et lui donnât dans la grâce sanctifiante des moyens d'action proportionnés. N'est-ce pas pour la même raison que saint Augustin nous montre Dieu créant les anges et les sanctifiant en même temps, s'nuul ils et condens naturam et largiens gratiam ? De civit. Dei, 1. XII, c. ix, n. 2, P. L., t. xli, col. 357. Au reste dans cette supposition, il n'est pas nécessaire de nier ce que la première opinion a de sérieux. Si quelques théologiens, comme Dominique Soto et Molina, ne voient pas la nécessité d'une disposition préalable ou coopération de la part d'Adam, le plus grand nombre la maintient, car c'est un mode de sanctification plus parfait en soi, et plus convenable aussi à un adulte, non moins qu'à la nature de la grâce sanctifiante qui dit amitié entre Dieu et l'homme. Mais il ne s'ensuit pas qu'il faille, à proprement parler, un intervalle de temps. Tout en admettant la simultanéité physique de l'acte créateur et de l'acte sanctificateur, on peut, dans l'unique instant réel où tout se passe, concevoir une certaine virtualité où se placent les actes qui auraient accompagné, chez Adam, l'infusion de la grâce sanctifiante. Deux remarques de saint Thomas aideront à comprendre ce point délicat. Entre la forme et la disposition qu'elle peut supposer dans le sujet, il y a tout au moins un rapport de subordination, ordo naturœ, mais non pas nécessairement un rapport de temps, ordo lemporis. Ia II*, q. cxm, a. 8. Par ailleurs, le mouvement de la volonté n'emportant pas l'idée de continu, ne suppose pas non plus de succession de temps. Ia, q. xcv, a. If ad 5um. Rien n'empêche donc que, même au premier instant de sa création, il y ait eu, de la part du premier homme, coopération à la grâce. Comme l'âme du Christ, au moment de l'incarnation, comme l'âme de la très sainte Vierge Marie, dans son immaculée conception, l'âme d'Adam nous apparaît, dans cet unique instant, d'une virtualité si riche, tout à la fois créée par Dieu, adhérant à lui sous l'action de la grâce actuelle par un acte d'intense charité et sanctifiée par la grâce habituelle dans cet acte même d'adhésion à sa lin suprême. Cf. Suarez, c. xix.
3° Conséquences de celte élévation. — Il suffit maintenant d'énoncer quelques conséquences qui résultèrent pour Adam de son élévation à l'état surnaturel. Aux dons insignes qui ornaient déjà son intelligence et sa volonté, s'ajoutèrent ces vertus infuses, théologales et morales, qui forment le noble et inséparable cortège de la grâce sanctifiante. En particulier, la foi s'implanta dans cette âme, comme la boussole d'une vie désormais orientée vers Dieu, fin surnaturelle. Adam crut certainement en Dieu fin et rémunérateur suprême, Hebr., xi, 6; vraisemblablement il connut le mystère de la très sainte Trinité, et même celui de l'incarnation, mais en tant qu'il se distingue du mystère de la rédemption. En un mot, saint Thomas assigne pour objet à la foi du premier homme ce qui lui était bon de connaître pour pouvoir diriger sa vie d'une façon conforme à l'état où il se trouvait, quanta erat nccessaria ad gubernalionem vitse humanse secundum station illum. Ia, q. xcv, a. 3; lla II*, q. n, a. 7; Suarez, c. xvm.
Enfin pour avoir une idée complète du chef-d'œuvre que fut Adam avant sa chute, il faudrait joindre aux dons proprement naturels ou surnaturels les privilèges appelés communément préternaturels, l'intégrité ou absence de concupiscence, l'immortalité, l'impassibilité, la félicité relative du paradis terrestre. Mais, comme tous se rapportent à l'état de justice originelle, il suffit de les indiquer ici, en faisant cette remarque : les théologiens ont une si haute idée de la perfection qui résultait de tout cet ensemble de dons insignes de l'intelligence et de la volonté, que la pluplart, suivant en cela
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saint Thomas, Ia II*, q. lxxxix, a. 3, affirment une sorte d'incompatibilité, au moins morale, entre le péché véniel, et l'état de justice originelle, qui exclut tout mal du corps et de l'àme. Le fait qu'Adam ait pu pécher mortellement ne renverse pas cette assertion, car le péché mortel détruisant l'état même de justice originelle, la question de conciliation entre les conséquences de ce péché et le bonheur du paradis terrestre ne se pose plus ; il en serait autrement dans l'hypothèse du péché véniel seul.
III. Péché d'Adam. — 1° Épreuve et faute d'Adam. — Apres qu'il eut formé l'homme, Dieu le prit et le plaça dans un jardin de délices, pour qu'il en prit soin et en fût le gardien. Et voici ce qu'il lui prescrivit : « Mange de tous les fruits du paradis, mais ne touche point à l'arbre de la science du bien et du mal, car du jour où tu mangeras de ce fruit, la mort sera ton partage. » Gen., il, '15-17. Ce fut là l'épreuve que le Seigneur voulut imposer au premier homme, comme à sa compagne Eve, avant de leur accorder la couronne de la suprême félicité. Il y avait précepte strict et grave, comme le prouvent assez la sanction qui l'accompagnait et les conséquences qui devaient résulter de la désobéissance. Cette gravité ne venait pas, il est vrai, de l'objet mémo du précepte, mais de sa fin : Dieu voulait affirmer et faire reconnaître son droit inaliénable de maître suprême. Suivant la pensée des Pères, de saint Jean Chrysostoine en particulier, In Gen., homil. xiv, n. 3, P. G., t. lui, col. 115, il en usait envers le premier homme, comme un maître généreux qui céderait un superbe palais, à la seule condition pour le donataire de reconnaître son droit de suzeraineté par une modique redevance. Combien de temps dura l'épreuve, c'est ce qu'on ne saurait dire sans se jeter dans l'arbitraire. Suarez, 1. IV, c. vin. Il ne semble pas qu'elle ait été longue, et elle ne fut pas heureuse. Eve, habilement tentée par le démon, succomba, et entraîna son mari dans sa chute, deditque viro suo, qui comedit. Gen., m, 1-7. Ce péché du premier homme s'appelle le péché originel au sens causal, peccatum originale originans. C'est comme tel, dans Adam, que nous devons l'étudier.
2° Possibilité du péché d'Adam. — La première question qui se pose, c'est la possibilité même de cette faute. Comment concevoir, dans cette volonté si droite, une pareille faiblesse ? dans cette intelligence si riche, une pareille erreur ? dans cette nature exempte de concupiscence, un mouvement désordonné soit à l'égard du fruit défendu, soit même à l'égard d'Eve, la séduisante provocatrice? Dans cette difficulté, il faut d'abord faire la part des suppositions inexactes ou gratuites. Ces dons si relevés de la volonté, de l'intelligence et de la nature n'existèrent en Adam et Eve qu'avant leur premier péché; or, rien n'autorise à dire que ce premier péché ait été accompagné d'un mouvement de concupiscence ou d'une erreur spéculative du jugement. L'homme, par le seul fait qu'il est libre, peut, par sa propre volonté, se porter vers un bien apparent, alors même que l'intelligence lui montre qu'il a tort; c'est l'erreur pratique, inséparablement jointe à tout choix mauvais, mais il n'y a pas nécessairement davantage : Video meliora proboque, détériora sequor... Reste donc la faiblesse de la volonté, et là, c'est le grand et mystérieux problème de la liberté créée qui se dresse devant nous : Deus ab initia constitua hominem, et reliquit eum in manu consilii sui. Eccle., xv, 14. La créature, si riche qu'elle soit des dons de la nature et de la grâce, reste libre, tint qu'elle n'est pas définitivement fixée au bien suprême par la vision béatifique, de s'arrêter en ellemême et de se détourner de Dieu ; elle peut toujours dire, théoriquement ou pratiquement : l'as de maître, non serviam. Les anges étaient incontestablement plus parfaits qu'Adam, et beaucoup sont tombés.
3° Nature du péché d'Adam. — Mais quel fut le péché du premier homme ? La réponse projettera quelque lumière sur le problème qui vient d'être soulevé. En mangeant du fruit défendu, Adam pécha évidemment par désobéissance ; cette faute, Dieu la lui reproche, quand le coupable interpellé s'excuse de s'être caché, sur la honte que lui cause sa nudité : (Juis enim indicavit tibi quod nudus esses, nisi quod ex ligno de quo prseceperam tibi ne confédérés, comedisti ? Gen., m, 11. Mais cette désobéissance eut un mobile intime; ce qu'il fut ne nous a pas été expressément révélé. Sans aucun doute Adam fut faible en face d'Eve ; il y eut de sa part complaisance coupable, Dieu le lui rappelle au moment du châtiment, m, 17 : Quia audisti vocem uxoris tuse et comedisti de ligno... Des Pères et des théologiens ont même vu là le premier péché. Il semble pourtant que le mobile initial, chez Adam, comme chez Eve, ait été ipielque chose de plus intime, un sentiment d'orgueil développé par ces paroles du tentateur, m, 5 : Erilis sicut dii, scientes bonum et malum. La sainte Écriture l'insinue, au livre de Tobie, iv, 14, quand ce saint homme fait à son fils cette recommandation : « Ne soutire jamais que l'orgueil domine dans ta pensée ou dans tes paroles, car c'est en lui que toute ruine a pris commencement, in ipsa enim inilium sumpsit omnis perditio. » Beaucoup de Pères sont fort explicites à ce sujet. Suarez, 1. IV, c. il, ni. C'est, en particulier la doctrine de saint Augustin. « Le mal les avait atteints au dedans, remarque-t-il, De civit. Dei, 1. XIV, c. xm, P. L., t. xli, col. 420, avant qu'ils n'en vinssent à la désobéissance formelle, car une mauvaise action est toujours précédée d'une mauvaise volonté. Or, quel a pu être le principe de cette mauvaise volonté, sinon l'orgueil, puisque selon l'Écriture, tout péché commence par là? » Et le même Père dit encore d'Adam, De Gen. ad lilt., 1. II, c. v, P. L., t. xxxiv, col. 432 : « Il ne faut pas croire que le tentateur eût vaincu l'homme, s'il ne s'était d'abord élevé dans l'àme de celui-ci un orgueil qu'il aurait dû réprimer. » Cette doctrine a été suivie et magistralement développée par le docteur angélique. Dieu ayant créé nos premiers parents dans un état de justice et de sainteté où la chair était parfaitement soumise à l'esprit, la révolte dut commencer par ce dernier, c'est-à-dire par le désir déréglé d'un bien d'ordre spirituel. L'homme pécha principalement en désirant de ressembler à Dieu dans la science du bien et du mal, désir inspiré à nos premiers parents par un amour déréglé de leur propre excellence. Voir IIa II», q. clxiii, a. 1 et 2; Suarez, loc. cit.
Ainsi s'explique le péché d'Adam, d'après ceux des docteurs de l'Église qui ont le plus et le mieux étudié la question. Explication naturelle, qui répond bien à la suggestion diabolique : « Vous serez comme des dieux connaissant le bien et le mal. » Elle répond aussi à ces paroles que Dieu dit après la chute et où perce une allusion ironique, in, 22 : « Voici qu'Adam est devenu comme l'un d'entre nous, connaissant le bien et le mal. » Il a fallu qu'on ignorât cette doctrine, pour rééditer de nos jours une objection vieille comme le pélagianisme, à savoir qu'il y a dans le procédé des théologiens catholiques un cercle vicieux, consistant à expliquer d'abord le péché originel par la concupiscence, puis, la concupiscence par le péché originel. Il n'en est rien; le premier péché' d'Adam et d'Lve s'explique sans la concupiscence, mais ce premier péché commis, la concupiscence existe et peut avoir son rôle dans les péchés suivants, comme seraient, du côté d'Adam, une affection déréglée à l'égard de sa compagne et, du côté d'Eve, un mouvement de curiosité sensuelle et de gourmandise, ni, G : Vidit igitur mulier quod bonum esset lignuM ml vescendum, et pulchrum oculis, aspectuque delectabile.
4° Gravité du péché d'Adam. — La gravité de la
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faute d'Adam ressort de la nature même de son péché et des circonstances qui l'accompagnèrent : « Il y eut mépris du commandement de Dieu, qui avait créé l'homme, qui l'avait fait à son image, qui lui avait donné l'empire sur les autres animaux, qui l'avait placé dans le paradis, qui l'avait comblé de toute sorte de biens, qui ne l'avait point charge' de préceptes nombreux, graves ou difficiles, mais ne lui en avait imposé qu'un seul, de courte durée et très facile. » S. Augustin, De civit. Dei, 1. XIV, c. xv, P. L., t. xli, col. 422. La responsabilité fut énorme par les conséquences qu'elle entraîna pour le genre humain, dont Adam était le chef moral et juridique ; sous ce rapport le péché de celui-ci, moindre à d'autres titres, l'emporte en gravité sur celui d'Eve. S. Thomas, a. 4; Suarez, c. v.
5° Conséquences du péché d'Adam. — Ces conséquences sont tout ce qu'emporte le péché originel considéré dans les descendants du premier homme, peccatum originale originatum; mais elles s'appliquèrent tout d'abord à la personne même d'Adam. Gen., m, 7-24. Il sentit le feu de la concupiscence s'allumer dans ses membres désormais insoumis ; il apprit l'état d'inimitié que sa faute avait créé entre Dieu et lui, et la puissance que le démon avait acquise sur sa race déchue ; il entendit prononcer sur lui et les siens l'arrêt solennel qui les condamnait aux souffrances de toute sorte, et finalement à la mort ; puis il dut quitter l'heureux et facile séjour du paradis terrestre, pour aller habiter et travailler à la sueur de son front dans une terre privée désormais de la bénédiction primitive. Le Concile de Trente a résumé toutes ces conséquences dans le 1er canon de sa V" session, dont l'objet est le péché originel ; il définit « qu'Adam, le premier homme, ayant transgressé le commandement de Dieu, dans le paradis, est déchu de l'état de sainteté et de justice, dans lequel il avait été établi ; que, par ce péché de désobéissance et cette prévarication, il a encouru la colère et l'indignation de Dieu, et en conséquence la mort, dont Dieu l'avait auparavant menacé, et avec la mort, la captivité sous la puissance du diable, qui depuis a possédé l'empire de la mort ; et que par cette offense et cette prévarication, Adam a subi un état de déchéance quant au corps et à l'âme ». Denzinger, Enchiridion, n. 670.
Pour bien comprendre le sens de ces dernières paroles, il faut remarquer que toutes les conséquences j énumérées par la Genèse et par le concile, atteignirent Adam, non dans sa nature humaine prise en elle-même ou dans ce qui la constitue foncièrement, mais dans cette nature, telle qu'elle existait avant la chute, c'est-àdire surélevée et enrichie de tous les dons propres à la justice et à l'intégrité originelle ; c'est cet Adam historique, cet homme primitif, surélevé et intègre, dont il faut dire qu'il a subi un état de déchéance quant au corps et à l'âme. Car il perdit les dons préternaturels attachés à la nature même comme apanage de la justice originelle, l'intégrité, l'immortalité, l'impassibilité. Perdit-il aussi les dons préternaturels attachés à sa personne, comme ces sciences infuses de l'ordre naturel qu'il avait reçues en sa qualité de chef et d'éducateur du genre humain ? Les documents révélés se taisent sur ce point. Adam déchu gardait cette mission primitive, mais la condition du genre humain n'était plus la même qu'au paradis terrestre ; tout autre aussi, par conséquent, devenait le rôle d'Adam chef et éducateur. Que dut-il garder de sa science primitive et, s'il la garda tout entière, quel usage en put-il faire désormais ? Saint Jean Chrysostome dit en passant, In Joa., homil. vu, n. 1, P. G., t. lix, col. 63, que, loin d'acquérir une science plus grande en mangeant du fruit défendu, Adam ne perdit pas peu de celle qu'il possédait auparavant. La question reste obscure et incertaine, et par le fait même on ne saurait apprécier sûrement le degré
de science que le premier homme possédait avant sa chute, par l'idée que les documents postérieurs pourraient nous donner de son état intellectuel ou de celui de ses descendants immédiats.
Dans l'ordre strictement surnaturel, Adam perdit la grâce sanctifiante et tout ce qui ne va pas sans elle, la charité, les vertus morales infuses et les dons du Saint- Esprit. Y eut-il aussi perte de la foi et de l'espérance ? Un certain nombre de Pères anciens l'affirment, dans la persuasion qu'Adam, comme Eve, mais après elle, crut aux paroles du serpent et douta de la véracité divine. Mais d'autres trouvent que rien dans la sainte Écriture n'autorise vraiment cette manière de voir ; saint Paul, entendu sans ambages, semble bien affirmer le contraire, quand il dit que la femme fut séduite, mais non pas Adam, I Tim., il, 14 : Adam non est seductus, mulier autem seducta in prsevaricatione fuit. C'est surtout l'opinion de saint Augustin, De Gen. ad lit., 1. XI, c. xlii, P. L., t. xxxiv, col. 452 ; De civit. Dei, 1. XIV, c. n, P. L., t. xli, col. 419; et les grands théologiens de l'Ecole l'ont en général suivi. S. Thomas, IIa II*, q. clxiii, a. 3-4; Cajetan, Comment, in h. loc. ; Suarez, 1. IV, c. iv; Salmant.,Z)e incarnat., dist. XXVIII, n. 101. Du reste on pourrait admettre chez Adam une certaine séduction, sans que le péché d'infidélité s'ensuivit, comme l'explique saint Thomas dans son commentaire sur la première Épitre à Timothée, c. il, lect. m. Ce qui est certain, c'est qu'aussitôt après la chute, Dieu s'adresse à la foi et à l'espérance du premier Adam, en faisant luire à ses yeux, dans le lointain de l'avenir, l'image obscure sans doute, mais déjà reconnaissable, du second Adam, Celui qui écrasera la tête du serpent. Gen., m, 15. Aussi, remarque Tertullien, Dieu qui destinait nos premiers parents à la réhabilitation, qui les voyait déjà se relever par l'aveu de leur faute, Dieu ne prononça pas contre eux de sentence de malédiction : Ideoque nec maledixit ipsum Adam, nec Evam, ut restitulionis candidatos, ut confessione relevatos. Adv. Marcion., 1. II, c. xxv, P. L., t. n, col.
IV. Repentir et salut d'Adam. — 1° Vie d'Adam après sa chute. — La sainte Écriture nous donne fort peu de détails sur la vie du premier homme après sa déchéance. Il eut pour fils Caïn, puis Abel. Gen., iv, 1-2. Quand celui-ci tomba, victime innocente d'une haine fratricide, le père du genre humain dut comprendre toute la portée de l'arrêt de mort qui pesait désormais sur sa race. Seth remplace Abel, iv, 25 ; mais à côté de ces trois fils, nommément désignés, à cause du rapport spécial qu'ils ont eu avec l'histoire de la révélation, l'auteur de la Genèse signale d'une façon indéterminée d'autres fils et des filles, v, 4 : genuitque filios et fdias. Saint Épiphane donne, d'après le livre apocryphe des Jubilés ou Petite Genèse, le chiffre total de douze fils et de deux filles, Hicrcs., 39, P. G., t. xli, col. 672 ; Cedrenus, celui de trente-trois fils et vingtsept filles, Compend. histor., P. G., t. cxxi, col. 41 ; Honorius d'Autun, celui de trente-trois fils et trente-trois filles, De imagine mundi, 1. III, P. L., t. clxxii, col. 165. Aucun de ces renseignements n'offre de garantie suffisante, pour ne rien dire de plus.
Chassé de l'Éden, Adam dut travailler la terre, et lui demander, à la sueur de son front, ses moyens de subsistance, Gen., m, 17; ce qui en fit le premier agriculteur, sans parler des autres métiers que la nécessité le força sans doute à exercer. Cf. Ugolino, Thésaurus antiquitatum sacrarum, t. xxix, Comment, de re rustica veterum Hebrseorum, c. v, p. 255-257 ; Gœtzius, Dissert, de molis et pistrinis veterum, c. il, n. 7-10, ibid., p. 125- 129; Byna3us,Z)e calceis Hebrseorum, c. i, n. 2-3, ibid., p. 675. On ne saurait non plus douter de son influence sur le développement naissant des métiers et des arts qui se manifeste au chapitre iv de la Genèse. Par
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contre, il n'y a pas lieu de s'arrêter à toutes ces légendes orientales, juives ou musulmanes, où l'on détaille les ouvrages qu'Adam aurait composés et les livres mystérieusement tombés du ciel qu'il aurait reçus pour sa direction morale et la connaissance de l'avenir.
Ce qui est plus digne d'attention, c'est la part incontestable qu'occupe au foyer d'Adam la pensée de Dieu et l'esprit de foi. Eve devenant mère pour la première fois attribue à Dieu le fruit de ses entrailles : Possedi hoviinem per Deum. Gen., iv, 1. Plus tard, quand Setb vient la consoler de la mort d'Abel, c'est encore vers Dieu que, dans un élan de reconnaissance, son cœur de mère se reporte : Posuit mihi Drus semen aliud pro Abel, quem occidit Caïn, IV, 25. Les sacrifices, offerts à la divinité, sont chose courante dans cette première génération des fils d'Adam, iv, 3-5.
2° Repentir d'Adam. — Il suffirait de ces indices pour conclure qu'après son expulsion du paradis terrestre, le premier homme ne fut ni un rebelle ni un désespéré, mais un croyant et un pénitent. Au reste, le livre inspiré de la Sagesse nous fournit, sur le repentir d'Adam et sa justification, un renseignement direct et formel. Nous lisons aux chapitres ix, 19, et x, 1-2 : « C'est par la sagesse, Seigneur, qu'ont été guéris tous ceux qui vous ont plu dès le commencement. C'est elle qui garda celui que Dieu créa seul, qu'il avait formé le premier pour être le père du monde ; c'est elle aussi qui le tira de son pèche'. »
3° Salut d'Adam. — De cette repentance et de cette rentrée en grâce auprès de Dieu peut-on conclure au salut éternel d'Adam ? Si le texte sacré n'est pas précis sur ce dernier point, c'est du moins le sens qui vient le plus naturellement à la pensée, comme le remarque saint Augustin dans une lettre à Évode. Epist., clxiv, n. 6, P. L., t. xxxm, col. 711. La sagesse rend Adam l'objet de la complaisance divine, en le faisant sortir de son péché ; effet manqué, assurément, si Adam était ensuite retombé, puis mort dans l'impénitence. En tout cas, ajoutons avec l'évèque d'Hippone que la tradition complète la preuve : « A l'égard du premier homme, père du genre humain, presque toute l'Église s'accorde à reconnaître que Jésus-Christ le tira des limbes, et l'on ne doit pas présumer que cette croyance soit sans fondement. » Quod eam non inaniler credidisse credendurn sit, undecunitjue hoc traditum sit, eliamsi canonicarum Scripturarum hinc eœpressa non proferatur auctoritas. Aussi, quand vers la fin du IIe siècle, Tatien et les encratites ses sectateurs soutinrent qu'Adam était damné, ce sentiment fut vivement réprouvé et rangé dès lors dans le catalogue de leurs erreurs dogmatiques. S. Irénée, Cont. hser., 1. I, c. xxvm, /'. <;., t. vu, col. 690; S. Epiphane, Hser., xlvi, P. G., t. xli,co1. 839; Tertullien, De prœscript.,c. LU, P. L., t. n, col. 72; De pienit., c. xn, P. L., t. i, col. 1248; S. Philastre, De hseres., c. xi.viii, P. L., t. xn, col. 1164; S. Augustin, De hseres., n. 25, P. L., t. XLH, col. 30. A ces réprobations de l'erreur se joignent les autres témoignages qui montrent d'une façon positive la croyance des l'ères ou de leur époque au salut d'Adam. Origène, Comment, in Matt/t., n. 120, P. G., t. xm, col. 1777 ; S. Grégoire de Nazianze, Orat., xxxvn, n. 7, P. G., t. xxxvi, col. 289, où il dit de nos premiers parents : Vlrumque Chris tus passione sua sainte donavit ; Pseudo-Jérôme, Breviar. in Ps. xcvni, P. L., t. xxvi, col. 1123; S. Augustin, De peccat. mer., 1. 11, c. xxxiv, P. L., t. xi.iv, col. 185, où il dit d'Adam et d'Eve : Postca juste vivendo..., merilo creduntur per Domini sanguinem ab exlremo supplicio liberati.
Après cet ensemble de témoignages, on s'étonne qu'au xii" siècle, Hupert (f 1135), abbé du monastère de Saint-Héribert de Tuy, prés de Cologne, ait pu considérer le salut du premier homme comme douteux, In Gènes., I. III, c. xxxi, P. L., t. clxvii,
cul. 318 : Salvatio ejus et a multis libère negatur, et a nullo satis firmiter défend dur. Apparemment il n'avait qu'une connaissance imparfaite de la tradition patristique ; de plus, il était influencé par une idée fausse, qui maintenant serait une hérésie formelle, il ne regardait pas le livre de la Sagesse comme Écriture canonique. Cinquante ans plus tard, Philippe de Harveng (f 1183), abbé de Bonne-Espérance, dans le Hainaut, publia une Responsio de salute primi hominis, P. L., t. ccin, col. 593-622, où il montre des indices du salut d'Adam dans divers passages de la Genèse, mais s'appuie surtout sur le livre de la Sagesse, et finalement sur la tradition, c. xxv-xxvn. Les théologiens postérieurs se sont contentés de signaler l'opinion, particulière de Rupert en la réfutant brièvement ; l'antique croyance, restée commune, est considérée depuis longtemps comme une vérité acquise. Il est facile de comprendre les raisons de haute convenance qui la recommandent; saint Irénée les a développées, 1. III, c. xxm, P. G., t. vu, col. 960, celle-ci entre autres : Jésus-Christ, le nouvel Adam, est venu pour réparer la défaite du vieil Adam et briser la tète du serpent infernal ; assurément la victoire du second Adam serait bien pâle, si le premier Adam, chef physique et moral de l'humanité, restait à tout jamais au pouvoir de l'ennemi.
4° Culte d'Adam. — Mais quelle a été l'attitude officielle de l'Église en cette question ? Il faut distinguer l'Orient de l'Occident. Les Églises orientales honorent Adam et Eve d'un culte public. Chez les Grecs, leur fête se célèbre le dimanche qui précède la Nativité de Notre-Seigneur ; de plus, le 25 mars, Feria v;» in Parasceve, il y a mémoire d'Adam créé, déchu, mort et enseveli. Dans les codices syriaques manuscrits du Vatican, on trouve marquée au 6e jour du mois de nisan, la mort de notre Père Adam, puis à la 3e férié dans l'octave de Pâques, la commémoration d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, d'Adam, d'Eve, de Seth et d'L'nos. L'Église arménienne célèbre la fête des saints patriarches Adam, Abel, Seth, etc., le samedi qui suit le premier dimanche après la Transfiguration, ou 7e dimanche après la Pentecôte. Dans l'année ecclésiastique des coptes, la commémoration d'Adam et d'Eve est placée au 6e jour du mois pharemuthi ou avril. Voir pour tous ces points Nilles, Kalendarium manuale idriusque Ecclesise Orieidalis et Occidentalis... auctius ali/ue emendatius, Inspruck, 1897, t. il, p. 253-25i, 3S4, 541, 591, 717. Ajoutons enfin qu'Adam a sa chapelle sur le mont du Calvaire.
L'Église romaine n'a pas consacré publiquement le culte de nos premiers parents. Ouelques martyrologes latins font cependant mémoire d'Adam, soit le 25 mars, soit le 2i avril, soit encore le 23 août. Voir Acta sanctorum, t. vin, p. 532, 511 ; t. xi, p. 260; Usuardi Martyrol. Auctaria..., au 25 mars et au 23 août, P. L., t. cxxiii, col. 873, 87i ; t. cxxiv, col. 394.
V. Sépulture d'Adam. — Le premier homme mourut à l'âge de 930 ans : Et factum est omne tempus quod vixit Adam, anni nongenti triginta, et mortuus est. lien., v, 5. Où fut-il enterré? La sainte Écriture ne le dit pas, et la tradition n'a rien de fixe sur ce point. La question est, du reste, complexe cl liée à plusieurs problèmes dont les données nous échappent. Ainsi, où se trouvait le paradis terrestre? Adam, après en avoir été chassé, resta-t-il dans les environs, ou s'en alla-t-il au loin? Ses fils Penterrèrent-ils là où il mourut, et ses ossements restèrent-ils définitivement au lieu de sa sépulture primitive? Les réponses à tous ces problèmes sont aussi divergentes qu'incertaines.
/. SENTIMENT QUI PLACE LA SÉPULTURE D'ADAM AUX ENVIRONS DU PARADIS TERRESTRE. — Les uns se contentent de dire (pie vraisemblablement Adam resta dans les environs du paradis terrestre, qu'il v passa sa vie et y mourut. Voir, entre autres, Joli. Nicolai, De sepulchri
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Hebrœorum, 1. III, c. i, dans le Thésaurus d'Ugolino, t. xxxm, p. 203-210. On peut rapprocher de cette opinion ce qu'on lit dans plusieurs livres apocryphes, de date incertaine, mais antérieurs au VIe siècle. Ainsi, d'après Y Apocalypse de Moïse, Adam a été enseveli dans la région du paradis, à l'endroit où Dieu avait pris la poussière dont fut formé le corps du premier homme. Tischendorf, Apocalypses apocryphes, Leipzig, 1866, p. 21-23. Le Testament ou la Pénitence d'Adam précise davantage, car Seth y parle ainsi : « Après la mort de mon père Adam, nous l'ensevelîmes, moi et mon frère, à l'orient du Paradis, en face de la ville d'Hénoch, la première qui fut bâtie sur la terre... Et nous scellâmes ce testament, et nous le plaçâmes dans la caverne des Trésors, où il est resté jusqu'à ce jour, avec les trésors qu'Adam avait tirés du paradis, l'or, la myrrhe et l'encens. » Journal asiatique, Paris, 1853, Ve série, t. il, p. 457.
En dehors de cette première opinion, deux traditions particulières méritent d'être signalées.
;/. opinion qui la place a hébron. — L'une, courante chez les juifs, place le tombeau d'Adam à Hébron. Créé en Judée, le premier homme y revint après sa déchéance ; il y mourut et fut enterré près d'Hébron, dans la caverne dite Macpelali ou double, comme plus tard les trois grands patriarches Abraham, Isaac et Jacob. D'où le nom primitif de Cariath-Arbe, ou ville des quatre. Lightfoot, Fragmenta Terrse Sanctse historico-chorographica, § 3, il, Opéra posthuma, Utrecht, 1699, p. 66-67. Saint Jérôme est le principal représentant de cette opinion. De situ et non-An. locorum hebraic; Hebraic. queest. in Gènes., P. L., t. xxm, col. 862, 972; Comment, in Evang. S. Matth., xxvn, 33, P. L., t. xxvi, col. 209; Epist., cvm, ad Eustoch., n. 11, P. L., t. xxn, col. 886. Il la fonde partout sur un passage du livre de Josué, xiv, 15, ainsi traduit dans la Vulgate : Nomen Hebron ante vocabatur Cariath-Arbe ; Adam maximus ibi inter Enacim situs est. « Hébron s'appelait auparavant Cariath-Arbe, id est oppidum quatuor virorum ; le grand Adam repose là parmi les Enakims. » Pendant longtemps, grâce à l'autorité de saint Jérôme, cette interprétation fit loi en Occident. S. Isidore de Séville, De ortu et obitu Patrum, 1. I, n. 5, P. L., t. lxxxiii, col. 131; Bède, In Matth., xxvir, P. L., t. xcii, col. 123; Rupert, In Gen., 1. III, c. xxxi, P. L., t. clxvii, col. 318; S. Thomas, Comment, in Matth., xxvii, et in Joa., xix, lect. xxxi; Adrichomius, Theatrum Terrse Sanctse, 1590, p. 49, 202, etc. Elle est pourtant inadmissible, car voici le vrai sens du texte hébreu, qu'on peut du reste confirmer par Jos., xv, 13-14; xxi, 11 : « Hébron s'appelait auparavant Cariath-Arbe, c'est-à-dire la ville d'Arbé ; cet homme (Arbé) était le plus grand ou le père des Enakims. » Cf. Cornélius a Lapide, Masius et autres commentateurs, sur Jos., xiv, 15 ; Knabenbauer, Cursus Script.sacrx... ir. Matth., t. il, p. 517. Il faut du reste remarquer que saint Jérôme lui-même a fait par deux fois ses réserves. Ainsi dans la lettre à Eustochius, parlant d'Adam comme du quatrième personnage enterré dans la grotte d'Hébron, il ajoute : Licet plerique, Caleb putent, cujus ex latere memoria monstratur. Et dans le livre De situ et nominibus, il dit du premier homme : Licet eum quidam positum in loco Calvarise suspiœnttir. Pourquoi, malgré tout, tenait-il pour Hébron? Peut-être trouvait-il chez les Juifs une tradition indépendante du livre de Josué et qui lui semblait justifier son interprétation préférée.