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II. ADOPTIANISME AU XII* SIÈCLE. — I. Origine ci caractère de l'adoptianisme abélardien. II. Histoire et phases de la controverse. III. La condamnation par Alexandre III.
I. Origine et caractère du néo-adoptianisme. — 1° La renaissance de l'adoptianisme fut sans doute favorisée par l'oubli des décisions de Francfort. Mais l'origine de cette controverse, une des plus vives de la scolastique naissante, doit être cherchée dans le fond même du système d'Abélard sur l'incarnation. Cf. II. Abélard, Articles condamnés, col. 46. Tandis qu'au vnr siècle la filiation naturelle ou adoptive de Jésus-Christ était directement discutée, au XIIe le débat porte sur la constitution même de la personne de Jésus-Christ et sur le rôle de la nature humaine dans cette personne. Le néoadoptianisme ne fut qu'une conséquence de la conception erronée de l'union hypostatique chez Abélard et dans la grande école qui relève de lui. Cette erreur, comme toutes les autres de ce temps, revêtit d'abord une forme purement dialectique. Ainsi que saint Thomas l'a justement remarqué, In IV Sent., 1. III, disl. VI, édit. Parm., t. vu, p. 77, toutes les écoles anathématisaient sincèrement Nestorius et Eutychès, mais quand une analyse subtile cherchait le sens des formules catholiques « le Verbe s'est fait homme », « Jésus-Christ est Dieu, » etc., la fausse intelligence de l'union personnelle ramenait logiquement les erreurs du monophysisme ou de Nestorius.
1. D'un côté, l'identité affirmée entre le Verbe et l'humanité du Christ entraînait Hugues de Saint-Victor et ses disciples à confondre les attributs des deux natures et à placer dans l'humanité les opérations et les perfections divines, par exemple la science incréée de Dieu, la toute-puissance, et même l'éternité ou l'immensité. Hugues de Saint-Victor, De sacramentis, 1. II, part. I, c. vi, P. L., t. clxxvi, col. 383, 413; surtout De sapientia animas Cliristi, ibid., col. 855. Cf. Summa sentent., tract. I, c. xvi, ibid., col. 74.
2. D'un autre côté, l'école dialecticienne d'Abélard, effrayée de ces formules : Deus est homo, Homo est Deus, proclamait hardiment que, dans la rigueur logique, elles étaient impropres, figurées et fausses. Deus igitur nec caro, nec homo proprie dicendus est, écrivait Abélard dans VIntroduclio ad theol., 1. III, P. L., t. clxxviii, col. 1107. Et son disciple, l'auleur des Sentences de Saint-Florian, dansGietl, Die Sentenzen Un lancls, p. 176, exprimait la même pensée : Si proprie deberemus loqui, non concederemus : Christus est Deus, Christus est homo. A première vue, on pourrait croire à un simple oubli de la communication des idiomes. Mais l'erreur est plus profonde : ne connaissant d'autre composition que celle dont les éléments constituent une nature nouvelle, l'école d'Abélard ne conçoit pas l'union personnelle de deux natures réunies substantiellement dans une seule personnalité qui laisse à chacune ses attributs propres. Une telle union substantielle, disentils, si elle était admise, identifiant l'humanité avec la personne du Verbe, introduirait dans la Trinité une personne créée, temporelle, finie : de là, chez Abélard et les siens, une étrange frayeur de voir entrer dans la Trinité un élément créé, ou encore une quatrième personne. Cf. II. Abélard, Articles condamnés, col. 46. Ils concluaient donc que, dans les formules « le Verbe est homme, Jésus-Christ est homme », la connexion entre les deux termes est purement accidentelle. Cf. surtout Gerhoch, Epist. ad Adrianum P., dans Bach, Dogmen-
geschichte, t. il, p. 391-395. — Telle est l'origine dialectique des trois célèbres systèmes sur l'union hypostatique qui, exposés par Pierre Lombard, Sent., 1. III, dist. VI-XI, analysés avec profondeur par saint Thomas, In 1 V Sent., 1. III, dist. VI, constituaient toute la christologie du xiie siècle. Cf. Hergenrœther, Hist. de l'Église, 5« période, S 331, trad. Belet, t. iv, p. 295; Hefele. flist. des conciles, § 624, Fribourg, 1886, t. v. 2° L'erreur capitale de la théorie abélardienne était ce qu'on nomma le nUiilianismc ou nihilisme christologique, condensé dans celte formule : « Jésus-Christ, en tant qu'homme, n'est point une réalité substantielle, » non est aliquid. Rien de plus étrange au premier abord, mais rien de plus logique. Ces théologiens ne contestaient pas la réalité du corps ou de l'âme de Jésus-Christ, mais ils niaient l'union substantielle qui permet d'affirmer l'identité de la personne du Verbe avec cette humanité.
1. D'après eux, le corps et l'âme du Christ ne sont pour le Verbe qu'un vêtement, tout au plus un instrument, mû par le Verbe, mais sans être un avec lui. Ils sont bien des réalités, mais non pas la réalité substantielle du Verbe incarné : ils sont plutôt sa propriété, un mode d'être. Cf. Epitome de l'école d'Abélard, c. xxvn, P. L., t. clxxviii, col. 1737. Ils aimaient ces formules enregistrées par Pierre Lombard, Sent., 1. III, dist. VI, 3a sent. : Sccundum baditum lanlum Deum hominem factum dicant; et sic secnndiim isljs Deus dicitur homo quia hominem accepit et esse homo quia bidet hominem vel quia est badens bominem. Ou encore Gerhoch, Epist. ad Adrian., dans Bach, loc. cit., p. 393, leur reproche de répéter que l'humanité est en Dieu, sans être un avec Dieu : astruere conantur hominem esse assumptum in dei filio sive in deo, non