IN BEI FILIUM SIVE IN DEUM
2. L'union hypostatique devenait donc une union purementaccidentelleetextrinsèque, au lieu d'être une union intimeetsubstanlielle. Saint I bornas, In I V Sent., 1. III, dist. VI, q. m, a. 2, combat tout spécialement cette erreur. De là cette autre formule admise par Roland Bandinelli, trop fidèle alors à l'erreur abélardienne qu'il devait condamner comme pape (infra) : « Le Verbe comme homme n'est point une réalité nouvelle, il reçoit seulement un mode nouveau. » Non enim ex eo quod Christus homo est, aliquid, scd potius, si fas est, dici potest alicujus modi. Gietl, Die Sentenzen Rolands, p. 176.
3. Pour mieux exclure le caractère substantiel de l'union hypostatique, cette École niait aussi que le corps et l'âme du Christ fussent unis entre eux pour former une substance humaine. Le corps et l'âme auraient été mus par le Verbe isolément l'une de l'autre, ce qui nous ramène aux conceptions apollinaristes. Cf. Pierre Lombard, Sent., 1. III, dist. IV; Jean de Cornouailles, Euloqium, P. L., t. cxcix, col. 1047.
3° Les textes invoqués en faveur de ces théories sont réunis par le Maître des Sentences, loc. cit. Celaient surtout Phil., il, 7, habitu invenlus ut homo, et certains passages de saint Augustin, De grat. Novi Test., c. iv ; De Trinitate, 1. IV, c. xxi, de saint Hilaire, De Trinitale, 1. X. Mais le grand argument des nihilistes était la définition si connue de la personne par Boèce. Si Jésus- Christ comme homme est une réalité, il ne peut être qu'une substance et une substance raisonnable : mais, d'après Boèce, toute substance raisonnable est une personne. Il y aurait donc en Jésus-Christ une personne humaine, ce qui serait le pur nestorianisme. Aussi Pierre Lombard, Sent., 1. III, dist. X, c. I, formulait-il la question en ces termes : An Christus sit, secundum quod homo, persona vel aliquid ?
4° L'adoptianisme était une conséquence nécessaire de ce nihilisme. Si le Verbe n'est point réellement homme, le Christ, comme homme, ne saurait être fils naturel de Dieu. Cette négation fut le grand scandale des docteurs fidèles à la tradition. Parmi les thèses des novateurs.
ADOPTIANISME AU XIIe SIÈCLE
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recueillies par Gerhoch, dans Bach, loc. cit., t. H, p. 393, la douzième affirmait que Jésus-Christ ne doit pas être appelé Dieu, nisi forte, ut aiunt, per adoplionem. Cf. Gauthier de Saint-Victor, dans le Lib. contra IV Labyrinthos Francise, P. L., t. clxxxxix, col. 1127. Mais (el cette remarque est capitale), Abélard et ses disciples les plus habiles se gardaient bien d'affirmer que Jésus-Christ est fils adoplif de Dieu. Ils le niaient au contraire expressément, par cette raison, d'ailleurs insuffisante, que l'humanité de Jésus-Christ, conçue sans péché, n'a jamais existé sans la grâce. A ce compte, la sainte Vierge ellemême ne serait point fille adoptive de Dieu. V. Abélard, In Epist. ad Romanos, 1. I, P. L., t. clxxviii, col. 795; Sentences de Saint-Florian, d'Ognibene et de Roland, dans Gietl, Die Sentenzen Rolands, p. 179.
L'erreur essentielle du système consistait donc à refuser à Jésus-Christ, comme homme, toute filiation divine, soit naturelle, soit adoptive, et, sur ce point, la Sunima senlentiarum de l'école de Saint-Victor a trop subi l'influence d'Abélard. P. L., t. clxxvi, col. 76.
II. Histoire et phases diverses du néo-adodtia- Nisme. — 1° Controverses à Rome sous Honorius II (1124-1130). — D'après les témoignages de saint Bernard, de Gerhoch et de Jean de Cornouailles, la paternité de cette erreur appartient à Abélard. Mais ce fut à Rome que des disciples plus hardis et plus logiques que leur maître enseignèrent tout d'abord l'adoptianisme le plus explicite. Gerhoch de Beichersberg, Epist., xxi, ad collegium cardinalium, P. L., t. cxcin, col. 576, signale deux tentatives. Un maître venu de France, Luitolphe, enseignait, vers 1126, que « le Christ, comme homme, est fils naturel de l'homme et fils adoptif de Dieu. » Dans une discussion publique en présence du pape Honorius II, Gerhoch lut un écrit composé par un chanoine de Latran, dont le pape approuva la conclusion : quod etiam secundum hominem Christusesl filins Uei naturalis, non adoplivus. Epist. ad Adrianum P., dans Bach, loc. cit., t. il, p. 427. Un peu plus tard, un disciple d'Abélard devenu chanoine de Latran, Adam, renouvela les mêmes erreurs sous une forme non moins choquante. Il disait que « le Christ est en partie Dieu, en partie homme », ou, comme le lui reproche Gerhoch, semi deus. Le prieur de Reichersberg le confondit et Adam, préférant l'apostasie à la soumission, s'enfuit en Apulie.
2° Controverses en Allemagne entre Folmar et Gerhoch (1150-1164). — Folmar, prévôt de Triefenstein, dans le diocèse de Wurzbourg, avec de grossières erreurs sur l'eucharistie, propagea l'adoptianisme envisagé surtout dans ses conséquences. Jésus-Christ, disait-il, n'étant ni Fils de Dieu, ni égal à son Père, on doit lui refuser l'adoration et tout culte de latrie. L'infatigable Gerhoch écrivit aussitôt, contre celui qu'il nomme follis amarus, son livre De gloria et honore Filii hominis, P.L.,t. Clxxxiv, col. 1174 sq., et dénonça le novateur à Éberhard, évéque de Salzbourg. Des conférences tenues à Bamberg, sous la présidence de ce prélat, envenimèrent la querelle. C'est, qu'en effet, Gerhoch et son frère, Arno, doyen du même monastère de Reichersberg, par horreur de l'adoptianisme, tombaient dans l'écueil opposé et, tout en anathématisant Kutychès, revendiquaient non seulement pour la personne de l'Homme-Dieu, mais pour la nature humaine elle-même, les attributs de la divinité, la science incréée, la toute-puissance, l'égalité absolue avec le Père, préludant ainsi, sans le vouloir, aux luthériens ubiquistes. Les jésuites Stewart, /'. /.., . cxciv, col. 1530, et Gretser, Opéra, t. xn, part. II, p. 100, l'avaient justement remarqué et le !)' Bach, Dogmengeschichte, t. n, p. Vil, les a, bien à tort, accusés à ce sujet de favoriser l'adoptianisme. L'erreur de Gerhoch, constatée par B. Pez, Thésaurus anecd., t. v, dans /'. /.., t. cxcm, col. 478, se trahit en mille endroits, par exemple In Psalm. vui, 2, P. L., t. cxcm, col. 743; lu
Psalm. xm, 1, ibid., col. 815; In Psalm. cxxxiu, P. L., t. cxciv, col. 896 : œcjite omnipotens in utraque natura divina et humana, cum sit ulriusque naturse una el indivisa gloria; Epist. ad ep. Ramberg, P.L., t. cxciv, col. 1067-1068; Epist. ad Ottonem, P. L., t. cxcm, col. 596, et surtout 600. Cette erreur de Gerhoch explique seule son insuccès et les péripéties de la controverse : d'abord l'opposition ardente d'Éberhard, évêque de Bamberg, qui signale avec une grande sagacité l'équivoque dont Gerhoch est victime. Epist., vin, contra Gerhochum, P. L., t. cxcm, col. 501 et surtout 506; — ensuite la décision du synode de Frisach qui se prononce unanimement contre Gerhoch et ses deux frères, ses seuls défenseurs. Cf. Gerhoch, Epist., xvn, ad Alex. III, P. L., t. cxcm, coi. 566; Lib. de gloria et honore Filii, c. xvn, P. L., t. cxciv, col. 1136; — enfin le refus d'Alexandre III de trancher un différend que rendaient alors inextricable les exagérations des deux partis. Le pape, tout en louant le zèle de Gerhoch, dans deux lettres du 22 mars 1164, lui imposa, aussi bien qu'à ses adversaires, un silence absolu sur ces questions. P. L., t. ce, col. 288-289; Jaffé-Loewenfeld, n. 11011 (7369) et 11012 (7370).
3° En France, progrès du MiAî7isme(1140-1177). — Deux maîtres contribuèrent puissamment à acclimater dans les écoles le semi-nestorianisme : Gilbert de la Porrée, au moins d'après Gerhoch, qui donne souvent à tous les partisans du système le nom de Gilbertins, P. L., t. cxcm, col. 590-593; t. cxciv, col. 1080, et Pierre Lombard qui, en l'admettant à titre d'opinion plausible dans son troisième livre des Sentences, dist. VI-X, lui gagna une foule d'adeptes, grèges scolarium, dit Jean de Cornouailles, lui-même longtemps séduit. En face des novateurs, Bobert de Melun et Maurice de Sully, dans leur enseignement à Paris, puis Jean de Cornouailles et le trop ardent Gautier de Saint-Victor dans leurs écrits, défendirent la vérité et préparèrent la décision de 1177. Cf. Jean de Cornouailles, Eulogium, P. L., t. cxcix, col. 1055.
4° Retentissement de la controverse en Orient. — En 1166, l'empereur grec Manuel Comnène réunit à Constantinople un grand synode dont les canons seuls étaient connus, dans Mansi, Concil. ampl. coll., t. xxn, col. 4, quand le cardinal Mai retrouva les actes et les publia dans sa Scriptorum veterum nova collectio, t. iv, p. 1-96. Le but de l'empereur était de mettre un terme à de vives polémiques sur ces paroles du Christ, Joa., xiv, 28 : « Le Père est plus grand que moi. » Fallait-il les appliquer à l'humanité de Notre-Seigneur, et prendre à la lettre la formule du symbole dit d'Athanase : minor Pâtre secundum humanitdtem1'? A la suite de l'empereur, le synode, dans son canon 2, affirma, de concert avec la tradition, l'infériorité de la nature humaine. Voir Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, t. Vil, p. 468-470. Or, ce débat est précisément celui qui avait éclaté en Allemagne entre Gerhoch et ses adversaires. D'ailleurs, le Dr Bach, Dogmengescliichte, t. n, p. 725-728, a prouvé par les textes des historiens et des théologiens orientaux (Nicolas Choniates, Jean Cinname, Démétrius de Lampe et Jean de Corcyre), que cette controverse en Orient était née des disputes occidentales.
III. Condamnation tar Alexandre III (1161-1177). — Dans le concile de Tours (mai 1163) une discussion s'engagea devant Alexandre 111 et les 127 évéques assemblés sur la fameuse question, an Chris tus secundum (juod homo,sit persona vcl aliquid, mais d'après Jean de Cornouailles, Eulogium, Prseamb., P. L., t. cxcix, col. 1043, la question fut laissée en suspens. — En 1164, au concile de Sens, la question fut reprise, d'après les innales de Beichersberg. Cf. Motiumcnta Germanix, t. xvn, p. 477 ; Déni Ile, Chartularium univers. Paris., 1. 1, n. 4. Alexandre III ayant assemblé, le 24 décembre, les
417 ADOPTIANISME, NOUVELLES CONTROV. DEPUIS LE XIVe SIÈCLE 418
docteurs et les savants au nombre, dit-on, de plus de trois mille proscrivit chez les théologiens l'abus des formules inexactes et figurées, ainsi que les discussions d'une curiosité téméraire. La vraie doctrine sur Jésus- Christ ne fut pas définie, mais défendue devant le pape et approuvée par lui. Cf. Jaffé-Loewenfeld, n. 11084.
Ces mesures n'ayant pas arrêté la diffusion de l'erreur, Alexandre III dut dans trois rescrits successifs la condamner explicitement. Le premier, adressé à Guillaume de Champagne, archevêque de Sens (28 mai 1170), renouvelle l'ordre autrefois donné viva voce, d'extirper par tous les moyens « la doctrine perverse de Pierre Lombard auparavant évêque de Paris », à savoir : quod Chrïstus, in quantum est homo, non est aliquid. Cf. P. L., t. ce, col. 685; Jaffé-Loewenteld, n. 11806 (7894); Denifle, Chartularium Univ. Paris., t. I, p. 4. — Le deuxième, analogue au précédent, est adressé aux évêques de Bourges, Reims, Tours et Rouen. Jaffé-Loewenteld, n. 12785 (8467); P. L., t. ce, col. 686. — Le troisième rescrit du 18 février 1177, adressé comme le premier à Guillaume de Champagne, devenu archevêque de Reims, est le plus important, parce qu'il formule enfin l'anathème contre l'erreur. Nous en donnons le texte d'après Denifle, Chartularium Univers. Paris., t. i, p. 8-9; cf. Jaffé-Loewenfeld, 12785 (8467).
Cum Chrïstus perfectus Dcus Comme Jésus - Christ Dieu
perfectus sit homo, mirum est, parfait est aussi homme parfait, qua temeritate quisquam audet c'est une étrange témérité d'odicere, quod Christus non sit ser dire que Jésus-Christ en aliquid secundum quod homo. tant qu'homme n'est pas un Ne autem tanta possit inEccle- être substantiel. Afin d'empèsia Dei abusio suboriri vel er- cher dans l'Église de Dieu l'inror induci, fraternitati tua? per traduction de pareils excès et apostolica scripta mandamus, la propagation de si graves quatenus convocatis magistris erreurs, nous ordonnons à votre scolarum parisiensium et Re- fraternité par ce rescrit aposmensium et aliarum circum- tolique, de convoquer les maîtres positarum civitatum auctoritate des écoles de Paris, de Reims nostra sub anathemate interdi- et des autres villes voisines, et cas, ne quis de cetero dicere d'interdire à tous, en vertu de audeat Christum non esse ali- notre autorité et sous peine quid secundum quod homo, quia d'anathème, d'affirmer désorsicut verus Deus ita verus est mais que Jésus-Christ, en tant homo ex anima rationali et hu- qu'homme, n'est point une réamana carne subsistons. lité substantielle. Car de même
qu'il est vrai Dieu, il est aussi véritablement homme subsistant dans le composé d'un corps humain et d'une âme raisonnable.
Cette décrétale d'Alexandre III, insérée dans le Corpus juris, Friedberg, c. 7, X De hsereticis, fut dès lors alléguée par les docteurs et mit fin aux débats. Voir S. Thomas, In IV Sent., 1. III, dist. VI, q. m, a. 2. Au IIIe concile de Latran en 1179, si l'on en croit le récit confus de Gautier de Saint-Victor, dans d'Argentré, Colleclio judicioruni,t. i, p. 112, les adversaires exagérés de la scolastique voulurent ranimer la discussion et obtenir la condamnation en bloc dos Sentences de Pierre Lombard, qu'attaquait alors bruyamment Joachim de Flore. Mais les disciples de Pierre, en particulier Adam, évêque de Saint-Asaph, défendirent leur maître et nulle décision ne fut promulguée. En 1215, sous Innocent III, le quatrième concile de Latran condamna au contraire le libelle de Joachim et approuva la doctrine de Pierre Lombard sur la Trinité.
Sources contemporaines. — Représentants de l'adoptianisme : Abélard, In Epist. ad Rom., 1. 1, P. L., t. CLXXVIII, col. 794 sq. ; Roland Randinelli dans Gietl, Die Sentenzen Bolands, Fribourg-en-Rrisgau, 1801, p. 176; Pierre Lombard, Sent.,\. III, dist. VI-X, P. L., t. cxctl, col. 767. — Contre l'adoptianisme : Hugues de Saint-Victor, De sacramentis, 1. II, part. I, surtout Epist-, IV, tx, P. L., t. CLXxvi, col. 376; Gerhoch de Reichersberg, passim dans tous ses ouvrages, spécialement dans sa correspondance avec Éberhard, Epist., vu, xxn, P. L.,
DICT. DE TIIÉÛL. CATI10L
t.cxcm, col. 496, 606; Epistola ad Adriamcm Param. cod. ms. Admunt., n. 434 (extraits dans Rach, op. cit., p. 391-395 des 80 thèses erronées des dialecticiens); L. de gloria et honore Filii hominis, P. L., t. cxciv, col. 1074 sq. ; Liber contra duas hiereses, P. L., t. cxciv, col. 1162, surtout Epist., I, n, iv; Arno de Reichersberg, frère de Gerhoch, Apologeticus contra Folmarum, cod. ms. bav. 439 (extraits importants dans Rach, op. cit., p. 471); Migne a édité seulement le début, P. L., t. cxcix, col. 1530; Joannes Cornubiensis (Jean de Cornouailles), Eulogium ad Alexandrum III, P. L., t. cxcix, col. 1043-108G, traité modéré sur ce sujet, écrit vers 1176 et analysé par d'Argentré, Collectio judiciorum, t I, p. 113-115; Apologia pro Verbo incarnato, continens objectiones contra eos qui dicunt Chi'istum non esse aliquid secundum quod est homo, P. L., t. clxxvii, col. 295-316; cet ouvrage, faussement attribué à Hugues de Saint-Victor, serait plutôt de Jean de Cornouailles, d'après YHist. litt. de la France, t. xiv, p. 196 ; Gautier de Saint- Victor, Contra manifestas et damnatas in conciliis hsereses, quos sophistx Abaitardus, Lombardus, Petrus Pictaviensis et Gilbertus Porretanus, quatuor labyrinthi Franci.-r, uno spiritu aristotelico afflati, libris sententiarum sucrum acuunt, limant, roborant, extraits dans Du Roulay, Historia univers. Paris., t. Il, p. 629-660, et P. L., t. cxcix, col. 1129-1172. Ce pamphlet, écrit après la condamnation de 1177, manque de mesure et de critique, cf. Denifle, Archiv fur Kirchcngcschichtc, t. i, p. 405, 416, etc.; dom Mathoud dans P. L., t. ccxi, col. 789.
Historiens et critiques. — Histoire littéraire de la France, t. xil, p. 140; t. xni, p. 197,200; t. xiv, p. 194; Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, t. vu, p. 405, 512, et 40*; 2" édit., allem. (Knopfler), t. v, p. 616 et 719; Hergenrœthci-, Hist. de l'Église, V" époque, n. 332, trad. Relet, t. îv, p. 293; Joseph Rach, Die Dugtnengeschichte des Mittelalters vom christologischen Standpunkte, Vienne, 1875, t. il, p. o90-747 ; cf. M'ticle dans Kirchenlexikon, 2' éd., t. I, p.242; K. Wernsr, Geschichte der apologetischen und polemischen Literatur der christliohen Théologie, t. Il, p. 454; Gietl, Die Sentenzen Rolands nachmals Papstes Alexander III, Fribourg-en-Brisgau, 1891, p. 175-180; Mignon, Les origines de la scolastique et Hugues de Saint-Victor, Paris, 1895, t. Il, p. 54 sq.
E. PORTALIE.
III. ADOPTIANISME. Nouvelles controverses depuis le XIV siècle. — I. Histoire. II. Sens incontesté du dogme. III. Critique des systèmes.
I. Histoire. — La formule : Jésus-Christ comme homme est fils adoptif de Dieu, malgré les condamnations de Francfort, reparut au grand jour dès le XIVe siècle, sous le patronage de théologiens renommés. — 1. Duns Scot, d'abord hésitant dans son grand commentaire des Sentences, 1. III, dist. X, Paris, 189 i, t. xiv, p. 406, 409, affirme nettement la probabilité de cette formule. dans les Reportata Parisiensia. ibid., f. xxin, p. 31Ô. - 2. Durand, IV Scnt.,\. III, dist. IV, en proclame résolument la vérité absolue. Il est suivi par Dassolis, IV Sent., 1. III, dist. X, et par plusieurs scotistes, tels que Hugo Cavelli, l'annotateur de Scot,
! et del Castillo, De incarn., disp. XVII, q. I, n. 47. — 3. Certains nominaux, Gabriel, Almain, etc., atlénuent l'expression et disent que le Christ est fils adoplif selon son humanité en ce sens seulement, que la. nature humaine est vraiment adoptée; mais ils oublient que l'adoption, qualité essentiellement personnelle, ne peut être attribuée à la nature seule. — 4. Les grands théologiens des xvie et xvne siècles, tout en repoussant la formule de Durand sur Jésus-Christ, fils adoptif, avouent qu'elle n'est pointeondamnée et, ce qui est plus grave, soulèvent de longs débats sur la formule opposée : « Jésus-Christ, en tant qu'homme, est fils naturel de Dieu; » les uns la rejettent absolument avec Vsambert, In Illim partem., q. xxm, a. 4; les autres ne l'approuvent qu'avec des réserves.
Sans entrer dans les subtilités de cette controverse, il faut déterminer jusqu'à quel point ces systèmes sont compatibles avec les définitions de Francfort.
II. Sens incontesté du dogme et origine de la controverse. — 1° Sens incontesté du dogme. — Voici trois propositions certainement définies : 1. Le Verbe est fils naturel du Père éternel, et en aucun sens il ne peut être appelé fils adoptif. Le nier, c'est l'hérésie arienne.