ALEXANDRE NOËL — ALEXANDRE DE HALÉS
9 vol. in-fol.. plus 2 vol. de supplément et un 3e publié en 1791 ; Venise, 1778-1793, 11 vol. in-fol. dont 2 de supplément, édition du P. Zaccaria ; Bingen (Bingii ad Rhenum), 1785-1790, 20 vol. in-4°, les deux derniers de suppléments. Le P. F. A. Zaccaria, S. J., a publié diverses dissertations de l'Histoire ecclésiastique de Noël Alexandre dans : Thésaurus théologiens in quo Nat. Alcxandri, D. Petavii, 1. Sirmondi, Io. Mabillon, P. Coustant, alionimque clarissimorum virorum dissertationes theol. hist. crit. exhibentur ad ordinem Summx D. Thomx, Venise, 1762, 14 vol. in-4».
//. théologie. — Theologia dogmatica et moralis secundum ordinem catechismi concilii Tridentini, Paris, 1694, 10 vol. in-8°. L'arcbevêque de Rouen, Colbert, avant recommandé à son clergé, dans son mandement pastoral de 1696, plusieurs ouvrages, parmi lesquels la théologie du P. Alexandre, un anonyme (le P. Buffier, S. J.) écrivit ses Difficulté! proposées a monseigneur l'archevêque de Rouen, par un ecclésiastique de son diocèse sur divers endroits des livres dont il recommande la lecture a ses curez, 1696. Alexandre répondit par ses Eclaircissemens des prétendues difficulté! proposées a monseigneur l'archevêque de Rouen sur plusieurs points importants de la morale de Jesus-Christ, 1697, et l'archevêque de Rouen par sa Lettre pastorale de M. l'archevêque de Rouen au sujet d'un libelle publié dans son diocèse, intitulé : Difficulté!, etc., 1697. L'auteur du libelle, ayant refusé de se soumetlre aux rétractations exigées par l'archevêque et ses supérieurs, fut exilé à Quimper-Corentin.
Un anonyme ayant publié les Lettres d'une dame de qualité à une autre dame savante, Mons, 1697, où l'on prenait la défense du P. Alexandre, le P. Daniel, jésuite, écrivit dix Lettres théologiques au R. P. Alexandre, où se fait le parallèle de la doctrine des thomistes avec celle des jésuites sur la morale et la grâce, Rouen, 1697, auxquelles le P. Alexandre répondit par six Lettres d'un lltéologien aux RR. PP. jésuites pour servir de réponse aux lettres adressées auP. Alexandre, 1697. Le roi fit imposer silence aux deux combattants. Le P. Daniel ayant fait réimprimer, Cologne, 1698, ses lettres, en s'attribuant la victoire, Alexandre donna une nouvelle édition de ses lettres, de celles d'une dame de qualité et de diverses autres pièces sous ce titre : Recueil de plusieurs pièces pour la défense de la morale et de la grâce de Jésus-Christ, Delft, 1698. Il en existe une traduction latine, sans lieu ni date, in-4°, 142 pp. En 1701, Alexandre publia ses Paralipomena theologix moralis, seu variai de rébus moralibus epistolx, Delft. Ce sont des consultations théologiques données par Alexandre en diverses circonstances. Elles furent jointes à sa théologie dans l'édition de 1703 et les suivantes.
La théologie du P. Alexandre a eu un grand nombre d'éditions, ce qui témoigne du succès qu'obtint cet ouvrage. Venise, 1698, 2 vol. in-fol. L'édition de 1703, revue et complétée, fut reproduite dans la suite dans le même état et sous le même titre : Theologia dogmatica et moralis secundum ordinem catechismi concilii Tridentini in quinque libros tributa, hac jmstrema editione omnium accuratissima plurimis accessionibus aucta, illustrata, confirmata, locupletata, Paris, 1703, 2 vol. in-fol.; Venise, 1705, 2 vol. in-fol.; Paris, 171 i, 2 vol. in-fol.; Venise, 1725, 2 vol. in-fol.; Paris, 1743, 4 vol. in-4" ; Venise, 1759, 2 vol. in-fol.; Paris, 1759, 2vol. in-fol.; Paris, 1767. 4 vol. in-4" ; Venise, 1769, 2 vol. in-fol.; Einsiedeln, 1768-1772, 10 vol. in-8°; Venise, 1770, 1771, 177-2, toutes les trois, 2 vol. in-fol.; Venise, 1783, 4 vol. in-4». Le P. S. M. Roselli, O. P., en a publié un abrégé : Natalis Alcxandri theologia dogmatica et moralis in epitomen redarta, Rome, 1 TT^i, 4 vol. in-8<s Venise, 1786; Borne, 1787, 1792, 1837, toutes en 4 vol. in-8°. Fr. Basselier a aussi publié un compendium : Summa alexandrina, sire R. P. Nat. Alexan-
dri theologix moralis compendium absolutissimum, Borne, 1705, 4 vol. in-8°; Bassano, 1767, 2 vol. in-4°.
///. écriture saixte. — Expositio litteraliset moralis sancti evangetii secundum quatuor evangelistas, Paris, 1705, 1703, 1 vol. in-fol.; Venise, 1704, 1 vol. in-fol.; Utrecht, 1721, 1 vol. in-fol. ; Paris, 1745, 1769, 2 vol. in-4°; Venise, 1782, 2 vol. in-4°. — Commetitarius litteraliset moralis in omnes epistolas sancti Pauli et in septem epistolas catholicas, Bouen, 1710, 1 vol. in-fol.; Venise, 1772, 3 vol. in-4°; Venise, 1788, 3 vol. in-4°.
Les deux ouvrages ont paru ensemble à Paris en 1745 et 1746.
iy. écrits polémiques. — 1° Disse rtationum ecclesiasticarum trias. Prima de divina episcoporum supra presbyteros eminentia adversus Rlondellum. Altéra de sacrorum ministrorum cœlibatu , sive de historia Paphnutii cum Nicxno canone concilianda. Tertia de vulgata Scripturse sacrai versione, Paris, 167S, 1 vol. in-8°. — 2" Dissertatio polemica de confessione sacramentali adversus libros quatuor Johannis Dallxi calvinistx divinam ejus institutionem et usum in Ecclesia pcrpetuum impugnantis, Paris, 1678, 1 vol. in-8°. — 3° Dissertatio ecclesiastica, apologelica et anticritica adversus F. Claudium Frassen , seu Dissertationis Alexandrinx de vulgata Scripturse sacrœ versione vindicte, Paris, 1682, 1 vol. in-8°. — 4° Dissertationes historien et criticx, quibus officium vetierabilis sacramenti S. Thomx vindicatur contra RR. PP. Henschenii et Pappebrochii conjecturas. Deinde titulus prxceptoris S. Thomx ex elogio Alexandri Halensis expungUur contra popularem opinionem. Accedit panegyricus angelici doctoris dictus, Paris, 1680, 1 vol. in-8°. — 5° Apologie des dominicains missionnaires de la Chine, en réponse au livre du P. Le Tellier, jésuite, intitulé : Défense des nouveaux chrétiens : et à l'éclaircissement du P. Le Gobien, de la même compagnie, sur les honneurs que les Chinois rendent à Confucius et aux morts, par un religieux, docteur et professeur en théologie de l'ordre de Saint-Dominique, Cologne, 1699, in- 12. Alexandre ajouta à cette apologie des Documenta controversiam missionariorum apostolicorum, etc. Édition en italien, Cologne, 1699, 1 vol. in-8°. — 6° Conformité des cérémonies chinoises avec l'idolâtrie grecque et romaine, pour servir de confirmation à l'apologie des dominicains missionnaires de la Chine, par un religieux, docteur et professeur en théologie, Cologne, 1700, in-12. Traduction italienne, Cologne, 1700. — 7° Lettre d'un docteur de l'ordre de Saint-Dominique sur les cérémonies île la Chine, etc. Elle fut suivie de six autres, 1700. Elles furent publiées, en italien, la même année, à Cologne. Clément XI condamna le 19 mars 1705 la pratique des cérémonies chinoises.
Citons encore parmi les autres ouvrages édités du P. Alexandre : Institutio concionatorum tripartila, seu prxcepta et regulx ad prxdicatores informandos cum ideis sive rudimentis concionum per totum annum, Delft, 1701, 1 vol. in-8°; Paris, 1702, in-8»; Venise, 1731, in-4°; Augsbourg, 1763, in-8°.
Catalogue complet des œuvres du Père Alexandre, Paris, 1710; Quétif-Echard, ScriptorpS ordinis prœdicatorum, Paris, 1749-21, t. il, p. 810; A. Touron, Histoire des hommes illustres de l'ordre de Saint-Dominique, Paris, 1743, t. v. p. 805. Cette biographie de Touron est traduite en latin dans l'édition de Hisl. eccles., Venise, 1778, t. m. Voy. aussi t. I du Supplément. Dupin, Histoire ecclésiastique du xvn' siècle, Paris, 1714, t. iv, p. 41S; Hurter, Nomenclutor literarius, 2* édit., t. H, col. 1136; Kirclfiile.vicon, 2* édit., i, 501; Dollinger-Reusch, Geschichtc der Moralstreitigkeiten, Nordingen, 1889, t. I, p. 617; Renscb, Der Index der verltotenem Bûcher, Bonn, 1885, t. u,p. 581.
P. Mandonnet.
14. ALEXANDRE DE HALÉS ou de ALÉS. - I. Vie. IL Écrits. III. Somme de théologie, IV. Méthode. V. Doctrine. VI. Alexandre de llalés et saint Thomas d'Aquin.
ALEXANDRE DE HALES
I. Vie. — La date et le lieu de sa naissance sont inconnus. Il prit son nom du couvent de Halés, au comté de Glocester, où l'on pense qu'il avait fait ses premières études.
Il vint à Paris, y fréquenta les écoles, y fut reçu docteur et y enseigna la philosophie et la théologie. C'était un professeur très renommé quand il entra, en 1222, ou plus probablement en 1231, Denifle, Chartul. univers. Paris., Paris, 1889, t. I, p. 135, dans l'ordre des frères mineurs, qui le chargèrent aussitôt de la direction de leurs études. Jean de Florence, second général des franciscains, leur avait défendu de prendre le titre de docteur, comme contraire à l'humilité dont ils faisaient profession. Alexandre, qui portait ce titre avant sa réception dans l'ordre, le garda avec sa chaire sous l'habit de saint François. Les frères mineurs l'imitèrent depuis lors. De son vivant, l'université de Paris ne songea pas à leur •en contester le droit.
Alexandre travaillait sans relâche à la préparation de ses cours. Ses historiens le disent et nous en avons la preuve dans la Somme qui reproduit son enseignement. On le désigna sous le nom de doctor irrefragabilis. Ce titre lui fut-il donné spontanément par ses élèves? Nous ne savons. Plusieurs auteurs pensent qu'il lui fut attribué à la suite d'une bulle d'Alexandre IV, du 28juillet 1256, dont il sera question plus loin, et où ses sentiments sont traités d'irréfragables, sententiarum irrefragabilium. Quoi qu'il en soit, il n'est pas surprenant qu'il ait excité l'admiration de ses contemporains.
Il eut certainement pour disciple Jean de la Rochelle. Saint Bonaventure, qui entra dans l'ordre de Saint- François en 1238, appelait plus tard Alexandre son père et son maître, paterel magister tioster. IV Sent., 1. II, dist. XXIII, q. m. Ce qui suppose qu'il avait aussi suivi ses leçons. Furent-elles aussi entendues par saint Thomas d'Aquin en 1244? Wadding et Sbaralea l'ont soutenu. Ils se fondaient sur une épitaphe qui ornait le tombeau d'Alexandre de Halés. Mais il semble bien que la première épitaphe qui fut placée sur cette tombe n'a rien contenu de pareil. D'autre part, si nous en croyons les biographes de saint Thomas, ce dernier aurait commencé l'étude des sciences sacrées à Cologne, à l'école d'Albert le Grand, et ne serait venu à Paris qu'après la mort d'Alexandre. Wadding croit encore que Duns Scot fut l'élève du premier docteur franciscain. Cette opinion ne s'appuie sur aucun texte; elle est même tout à fait invraisemblable, car Duns Scot mourut en 1308, soixantetrois ans après la mort d'Alexandre de Halés.
Jean de la Rochelle enseigna sous Alexandre, et figure en 1238, parmi les maîtres en théologie de l'université de Paris. Denifle, op. cit., t. i, n. 108, p. 158.
En 1242, Alexandre de Halés composa avec les franciscains Jean de la Rochelle, Richard et Robert de Bastia, une explication de la règle de saint François, Wadding, Scrip. ord. minorum, p. 9, et il fut envoyé au chapitre général de son ordre qui se tenait à Bologne.
Il mourut trois ans plus tard, le 21 ou le 27 août 1245 suivant Wadding, ibid., le 15 août suivant Denifle, op. cit., p. 187. Il fut inhumé dans l'église du couvent des cordeliers à Paris, où l'on voyait son tombeau jusqu'en 1790. Jean de la Rochelle l'avait précédé de quelques mois dans la tombe. Denifle, ibid.
II. Écrits. — On a attribué à Alexandre de Halés un grand nombre d'écrits philosophiques, historiques, exégétiques ou théologiques, dont la plupart ne sont pas de lui. Nous ne parlerons que de ceux qui ont été imprimés.
1° Ouvrages philosophiques. — Alexandre de Halés avait enseigné la philosophie. Il est donc probable qu'il laissa des travaux sur cette science. On a imprimé sous son nom : 1. Commentarii in metaphysicam Aristotelis, Venise, 1572, et 2. Expositio super tertium librum de anima (Oxford), 1480. Mais le premier de
ces ouvrages a pour auteur Alexandre d'Alexandrie, qui était général des mineurs en 1313. Pour le second, il est si rare que les critiques n'ont pu l'examiner. Sbaralea, Supplementum Waddingi, Rome, 1806, p. 19, incline à penser qu'il est aussi d'Alexandre d'Alexandrie.
2° Ouvrages historiques. — On a attribué à Alexandre de Halés De faclis Mahommedi, ou De origine, progrcssu et fine Mahumetes et quadruplici reprobatione prophétisa ejus, Strasbourg, 1550; Cologne, 1551, mais cet ouvrage a pour auteur Jean de Galles, franciscain anglais du xme siècle. Histoire littéraire de la France, t. xviii, p. 326.
3° Écrits exégétiques. — On a publié sous le nom d'Alexandre de Halés : Poslilla in psallerium, Venise, 1496; Leipzig, 1554; Venise, 1556. Cette attribution est fautive, car le même ouvrage a été aussi publié sous le nom de Hugues de Saint-Cher, Venise, 1516 et 1546, etc., et il est bien de ce dernier auteur. On a encore imprimé, sous le nom d'Alexandre, d'après un manuscrit du couvent des franciscains d'Anvers, Commentarii in Apocalypsim sancti Joannis, in-fol., Paris, 1647. Les critiques doutent que ce commentaire soit de la main d'Alexandre. Cependant parmi des citations d'auteurs du xne siècle, cet ouvrage n'en contient aucune d'écrivains postérieurs au commencement du xme siècle. C'est un indice en faveur de son authenticité.
4° Ouvrages théologiques. — On a impimé sous le nom d'Alexandre les ouvrages suivants: 1. Summa virtutum, Paris, 1509; ouvrage inachevé. La Somme théologique d'Alexandre dont nous allons parler, ne contient pas les questions De virtutibus in génère qu'il avait annoncées. On en a conclu qu'il devait avoir écrit un traité des vertus, qui se serait détaché de la somme. Mais nous verrons que sa somme est inachevée et qu'elle offre plusieurs autres lacunes semblables. D'autre part, il s'est trouvé que la Summa virtutum dont on faisait honneur au docteur franciscain, avait des ressemblances avec la seconde partie de la Somme de saint Thomas d'Aquin. Bien que ces ressemblances fussent lointaines (S. Bonaventurse opéra, Quaracchi, 1882, t. i, p. 60,61), on accusa ce dernier de plagiat : ce qui envenima la discussion. La vérité est que cette Summa virtutum n'est point d'Alexandre, mais d'un auteur franciscain postérieur, Zeiler, DerKatholik, 1879, 1. 1, p. 38-39; S. Bonaventurse, Opéra, Quaracchi, 1882, t.i, p.LXi, lxii ; Prosper de Martigné, La scolastique et les traditions franciscaines, Paris, 1888, p. 55. Simler, Des sommes de théologie, Paris, 1871, p. 118-134, analyse assez longuement la Summa virtutum dont il a découvert un exemplaire et soutient qu'elle est l'œuvre d'Alexandre. Mais il y a une grande différence entre ce qu'on dit de la foi dans la Summa theologise (voir plus loin) et dans la Summa virtutum. Simler, op. cit., p. 127, 128. La Summa virtutum est en outre divisée en collationes, articuli et quœstiones, et non en quœstiones, membra et articidi. Ce qui prouve qu'elle n'a jamais fait partie de la Theologiœ summa, dont les divisions sont intitulées de cette dernière manière. Cependant la Theologise summa est le seul ouvrage attribué à Alexandre par la bulle d'Alexandre IV, du 28 juillet 1256 (voir plus loin), qui n'aurait pas manqué de signaler aussi la Summa virtutum, puisqu'elle en est distincte, si elle avait été attribuée dès lors au célèbre docteur franciscain. — 2. Expositio quatuor magistrorum in rcgulam sancti Francisci, imprimé dans Firtnamentum trium ordinum, Nuremberg, 1482. C'est l'explication de la règle de saint François que nous avons vu rédiger par Alexandre en collaboration avec trois de ses confrères. — 3. Un sermon sur l'Immaculée Conception, attribué à tort (cf. Prosper de Martigné, La scolastique et les traditions franciscaines, p. 367 sq.) à Alexandre de Halés (voir plus loin son opinion sur ce dogme), a été imprimé à Louvain en 1663, par les soins de Pierre de Alva. — 4. Quœstiones
ALEXANDRE DE IIALÉS
in quatuor Sentent, libros, Lyon, 1515. Cet ouvrage ne (litière pas de la Summa tlicologiœ dont il va être question. D'anciens auteurs ont attribut', il est vrai, à Alexandre d'avoir commenté le Maître des Sentences; mais il est probable qu'ils donnaient le titre de commentaire à sa Somme dont les grandes divisions répondent à celles de Pierre Lombard. Plus tard on a cru à tort que c'étaient deux œuvres différentes. Oudin, Commenlarius de scriptoribus ecclesiaslicis, Leipzig, 1722, t. m, p. 131, 132.
Parmi les ouvrages que nous venons d'énumérer, l'explication de la règle de saint François, est le seul qui ait certainement Alexandre de Halés pour auteur. Il nous reste à faire connaître son œuvre principale, intitulée Universse theologim summa.
III. Univers-e theologi/E summa. — 1° Histoire. — Wadding raconte et l'Histoire littéraire de la France, loc. cit. infra, admet, à sa suite, que cet ouvrage fut rédigé par ordre d'Innocent IV et qu'il fut soumis à l'examen de soixante-dix docteurs de l' université de Paris. Aucun texte conserve- parmi les bulles pontificales ou aux archives de 1' université de Paris ne confirme ces affirmations. Denille, Chartul., t. i, p. 329. Files sont d'autant plus suspectes qu'il n'en eet pas question dans la bulle d'Alexandre IV du 28 juillet 1256 qui prescrit de compléter l'ouvrage d'Alexandre. Sbaralea, Bullarium franciseanum , Rome, 1759-1768, t. h, p. 151, 152. Cette bulle se trouve aussi dans Echard, Scriplores ordinis prsedicalorum , t. I, p. 361, qui est le premier à l'avoir publiée in extenso, dans Prosper de Martigné, op. cit., p. 50 et dans Denifle, Chartul. univers. Paris., t. i, n. 286, p. 328. D'après cette bulle, Alexandre de Halés étail mort avant d'avoir pu terminer son vaste travail; le franciscain Guillaume de Méliton avait reçu la mission d'achever l'œuvre du docteur irréfragable, mais il ne s'en était pas encore acquitté en 1256. Alexandre IV ordonne au ministre général des frères mineurs en France d'adjoindre à Guillaume quelques autres franciscains pour l'aider dans cette œuvre. La bulle donne à entendre qu'Alexandre de Halés avait travaillé à son ouvrage durant les dernières années de sa vie et jusqu'à sa mort. Oudin, De scriploribus ecclesiasticis, Leipzig, 1722, t. m, p. 217, dit que le complément rédigé par Guillaume de Méliton a été publié dans l'édition de la Summa de Lyon, 1515. Il n'a pas été réimprimé dans les dernières éditions de 1575 et de 1622. Elles reproduisent en effet le travail d'Alexandre tel qu'il est sorti de ses mains. Cela résulte d'un grand nombre d'indices. Le texte de ces éditions renferme beaucoup de lacunes; il est inachevé comme nous allons le dire tout à l'heure. Il cite souvent les trois premiers livres de la Morale à Nicomaque d'Aristote d'après deux versions latines du commencement du XIIIe siècle et il ne cite jamais (nous n'avons fait l'examen que pour la seconde partie de la Somme) les sept derniers livres qui furent traduits en latin pour la première fois en 1240. Vacant, Les versions latines delà Morale à Nicomaque, Paris, 1885, p. 6, 13, I i cl dans Revue des sciences ecclésiastiques, 1885, t. n, p. 389 sq. Les bulles qui sont citées nous prouvent aussi que le texte de la Theologiœ summa a été écrit tout entier dans les dernières années qui précédèrent la mort d'Alexandre de Halés (1215), et avant 1256, époque à laquelle la bulle d'Alexandre témoigne qu'on n'y avait encore fait aucune addition. La seconde partie, q. ci. xi, m. xi, invoque en effet une décrétale de Grégoire IX de 1231.1 l'autre part, la quatrième partie, q. XXXI, m. n, a. 2, 4, établit la légitimité des prescriptions de la règle de saint François par les approbations qu'elle a ci m' i! Innocent III, d'Honorius III cl de Grégoire IX. Elle cite en particulier les décrétâtes Nimis pravaeX A'imis iniqua de Grégoire IX. Décret., 1. V, tit. xxxi, De e.rccssibus prœlatorum, c. 16, 17. Si la dernière rédaction de celle question xxxi avail étéachevée après l'année 1215, et à plus forte raison après l'année 1255,
on n'aurait pas manqué d'y parler aussi des nouvelles approbations données à la même règle, en 1245 par Innocent IV, et en 1255 par Alexandre IV. Nous pouvons conclure de l'omission de ces bulles dans une des dernières questions traitées (la quatrième partie est la dernière de la somme, et cette partie n'a que 35 questions) et des autres indices précédemment notés, que la somme, telle que nous la possédons dans les éditions de 1575 et de 1622, est tout entière de la main d'Alexandre et qu'elle ne contient point d'addition de Guillaume de Méliton.
C'est à ces deux éditions de 1575 et de 1622, dont les divisions sont identiques, que se rapportent les références de cet article.
2" Division et objet. La somme d'Alexandre et les quatre livres des Sentences. — Alexandre de Halés a suivi dans sa somme la division en quatre parties des livres des Sentences de Pierre Lombard. Les titres des éditions de 1575 et de 1622 expriment l'objet de chaque partie, dans une énumération qui ne répond point aux idées directrices d'Alexandre. Voici comment il formule lui-même sa division, dans un prologue placé en tête de la troisième partie (il n'y a pas d'introduction en tête de la première) : Inquisitio catholica de his quee pertinent ail /idem quatriparlita est. Prima pars pertinet ad cognitionem substanlise divinse trinitatis et unilatis; secunda ad opéra divinœ conditionis ; terlia ad personam Salvatoris in natura divinilatis et natura humanilalis, quarla vero pertinet ad sacramenta salutis et opéra futurse glori/icalionis. Ainsi la première partie traite de Dieu, la seconde des créatures, la troisième du Christ, la quatrième des sacrements et des fins dernières.
Chaque partie est subdivisée en questions. Dans les dernières éditions publiées en 1575 et 1622, la première partie renferme 74 questions; la seconde, 171; la troisième, 64; la quatrième, 35. (La division n'est pas tout à fait la même dans les éditions antérieures pour les trois dernières parties qui y sont partagées en un plus grand nombre de questions.) Les questions sont subdivisées en membres, membra ; les membres en articles et quelques articles en paragraphes (S).
Nous avons dit que la grande division d'Alexandre était empruntée à Pierre Lombard. Il est visible qu'il s'inspire aussi des quatre livres des Sentences dans ses subdivisions et les développements qu'il donne à la doctrine. Cependant il ne suit pas en tout son guide. Dans la première partie Pierre Lombard, après une première distinction sur l'Écriture, commençait par la trinité et finissait par les questions de nos traités De Deo uno. Alexandre ouvre une autre voie que devait suivre la Somme de saint Thomas d'Aquin. Après deux questions préliminaires De doctrina theologica, q. I, et De cognitione Dei, q. Il, il commence par la matière De Deo uno, q. iii-xli, et aborde seulement ensuite le mystère de la sainte Trinité, q. xlii-lxxiv, en s'étendant plus encore que Pierre Lombard sur le sujet des )ioms divins, q. xlviii-lxx, où se mêlent les questions relatives au De Deo uno et au De Deo trino.
Dans sa seconde partie, Alexandre suit pas à pas le Maître des Sentences. Comme lui, il s'occupe successi- \emenl du principe des choses, des ailles, de l'œuvre des six jours, de l'homme et du péché. Mais il insisle davantage sur les questions philosophiques ou sur d'autres points qui lui paraissent importants : il développe ce qui regarde les causes, q. l-vi (qu'il divist* en causes exemplaires, efficientes e1 finales), la nature des créatures, q. x-xv, la nature des anges, q. xxx-xxxv, la nalure de l'âme humaine, q. LXIX-LXXIII, cl le péché, q, xciv-ci xxi, qu'il étudie en commençant par la question générale du mal, q, xciv.
Dans sou troisième livre, Pierre Lombard rattachait à la question du Christ la matière de la loi, de l'espé-
ALEXANDRE DE HALÉS
rance et de la charité, à la suite de laquelle il étudiait les vertus et le décalogue. Alexandre de Halés place également l'étude de la morale à la suite de celle du Christ, objet de notre foi. Mais son plan de morale, qui prépare encore celui de saint Thomas, est supérieur à celui du livre des Sentences. Il commence par l'étude des lois, sur lesquelles il s'étend longuement: il entre en matière par deux questions, q. xxvi, xxvn, De lege œterna et De lege naturall, pour passera la loi de Moïse, q. xxvmlv, dans laquelle il étudie tout le décalogue, et à la loi évangélique, q. lvi-lx. Il traite après cela de la grâce, q. lxi-lxvii. Son plan comprenait ensuite un traité des vertus, des dons et des béatitudes. Mais, comme nous le dirons, il ne l'a pas rempli et n'a pu rédiger que deux questions, q. lxviii et lxix, De jide formata et De articulas fidei.
La partie IVd'Alexandre de Halés suit aussi le même plan que le IVelivre des Sentences. Elle devait embrasser la matière des sacrements en général, des sept sacrements en particulier et des fins dernières; mais elle est inachevée et s'arrête au milieu du sacrement de pénitence. Alexandre insiste sur les questions générales relatives aux sacrements et sur les œuvres de satisfaction, en particulier sur l'aumône, q. xxix-xxxv, ce qui lui donne occasion de s'arrêter longuement à la pauvreté volontaire, telle que la prescrit la règle de saint François. A la question x, au milieu du membre v, relatif à la consécration, se trouve intercalé un Tractât us de officio missse, qui n'est pas annoncé dans le plan de l'ouvrage. C'est un commentaire des prières et cérémonies de la inesse depuis l'Introït jusqu'à la communion.
3° Imperfections et lacunes. — Nous savons par la bulle d'Alexandre IV, du 28 juillet 1256, qu'Alexandre de Halés, surpris par la mort, a laissé son œuvre inachevée, ■perfectœ pietatis imperfectus est labor. Telle que nous la possédons, elle renferme, par suite, des matières qui n'entrent pas dans le plan annoncé, comme le Tractatus de officio niissœ dont nous venons de parler. D'autres sont développées en dehors de leur place naturelle. C'est ainsi que nous trouvons, à la troisième partie, q. xj.-xliv, une étude sur les obligations des juges, des accusés, des accusateurs et des avocats, à l'occasion des préceptes judiciaires de la loi mosaïque. Il y a surtout ■dans cette vaste encyclopédie théologique de nombreuses lacunes, c'est-à-dire de nombreuses omissions de parties nécessaires ou annoncées comme devant être traitées. Voici les principales de ces omissions. Il n'y a pas de prologue général en tête de l'ouvrage bien qu'il y en ait un en tète du livre III. Le livre I parait complet. Le livre II se termine par la question CLXix,De scandalo. En tète de cette question, on annonce cependant des •études sur l'homicide, soit en duel, soit dans les tournois, la rapine, l'usure, le contrat frauduleux, le vol. Ces études ne se trouvent pas à la suite de la question. Celles sur l'homicide (non sur le duel et les tournois), et le vol (non sur l'usure et le contrat frauduleux) sont l'objet des questions xxxiv, De quinto prsecepto, et xxxvi, De septimo prsecepto, du livre III II manque dans ce livre III les traités sur les vertus en général, la vertu formée d'espérance, la charité, les vertus cardinales, les ■dons, les fruits et les béatitudes, traités qui devaient ■être faits d'après le prologue du livre III et les introductions aux questions XXVI, lv, lxi, lviii. Il manque au livre IV ce qui concerne les sacrements d'extrême-onction, d'ordre et de mariage, et les fins dernières, matières qui étaient annoncées par le prologue du livre III. Voir sur <;es lacunes une dissertation de De Rubeis,dans Summa Iheol.D. Thomse Aquinatis, t. iv,p. m-xx, Naples, 1763.
Ces imperfections ne sont pas imputables à Alexandre de Halés, car il les aurait fait certainement disparaître si la mort ne lui en avait ôté le temps. En les laissant dans son ouvrage, les frères mineurs du xme siècle et les éditeurs du xive, du xve et du xvie siècle, nous ont
fourni la preuve que nous possédons vraiment l'œuvre d'Alexandre sans retouche, et telle qu'elle est sortie de ses mains. Il y a lieu de nous en féliciter.
Cette raison et les autres que nous avons indiquées plus haut dans l'histoire de la Théologies summa nous semblent mettre l'authenticité de cette somme au-dessus de toute contestation, au moins pour les parties qui rentrent dans le cadre tracé en tête des questions. Le savant P. Mandonnet dit cependant avoir des raisons de lui attribuer une date postérieure au milieu du xme siècle ; mais il n'indique pas ces raisons. Revue thomiste, janvier 1899, p. 691. Roger Bacon semble dire au contraire que cette somme serait antérieure à Alexandre. Il affirme qu'elle lui a été attribuée, à son entrée chez les franciscains, par respect, opusniinvs, Londres, 1859, p. 326. C'est une boutade qu'explique sa mauvaise humeur contre le docteur irréfragable. En d'autres endroits il reconnaît l'authenticité de cette somme. Em. Charles, Roger Racon, Bordeaux, 1861, p. 107.
4° Editions et résumes. — La somme d'Alexandre de Halés a eu un assez grand nombre d'éditions : Venise, 1 175, 4 in-fol., sous le titre de Summa D. Thomse. Alensis; Nuremberg, 1481, 1482, 4 in-fol.; Pavie, 1489, 4 in-4°; Venise, 1496, 4 in-fol.; Bàle (Nuremberg, suivant Sbaralea), 1502; Lyon, 1515, 1516, 4 vol. in-4° (sous le titre Quœstiones in quatuor Sentenliarum libros, avec le complément de Guillaume de Méliton); Venise, 1576, 1575, 4 vol. petit in-fol. Cette édition est la meilleure. Elle contient en tête cinq excellentes tables, imprimées en 1576. Le texte de la somme a été imprimé en 1575, avec additions de titres, de résumés, de conclusions pour chaque article, de références marginales pour les citations faites dans le texte. L'ouvrage y porte le titre de Universse theologise summa. Une dernière édition, publiée à Cologne, en 1622, en 4 grands in-fol., reproduit complètement l'édition de 1575, mais sur un mauvais papier que l'encre a jauni. La division en questions n'est pas la même dans ces deux éditions que dans les précédentes, nous l'avons déjà remarqué.
Pierre Roschinger a composé un résumé ou une clef du grand ouvrage d'Alexandre de Halés : Repertorium in universam summam Alensem, Venise, 1502; Lyon, 1517. On en trouve d'autres résumés manuscrits dans quelques bibliothèques. Cf. Sbaralea, p. 17.
IV. Méthode. — Depuis longtemps déjà, on rédigeait des sommes où l'on cherchait à synthétiser en un corps de doctrine l'ensemble de la théologie . Les quatre livres des Sentences de Pierre Lombard étaient une somme véritable, publiée sous un autre titre. On avait fait d'autres sommes dans l'école d'Abélard (voir ce mot) et dans celles de Saint-Victor. En composant la sienne, Alexandre de Halés n'entrepr.t donc rien de nouveau. Le but qu'il se proposait était celui de ses devanciers; il voulait laisser une synthèse de la théologie qui servit à l'enseignement des écoles, comme en témoigne la bulle d'Alexandre IV, du 28 juillet 1256 : Studia sua publias utilitatibus commodavit et laboriosi operis sanctum aggrediendo proposition super quœstionibus theologicis... quant prolixam molilus est summam profeclibus in lege Domini sludere volentium compendiosius profuluram.
Cependant, son œuvre se distingue des sommes antérieures par deux caractères qui font d'Alexandre de Halés le précurseur de saint Thomas d'Aquin : 1° l'usage non seulement de la logique, mais de presque toute la philosophie d'Aristote,et 2° la manière d'étudier chaque question en particulier.
1° Jusqu'au xme siècle, on ne possédait d'Aristote que des traités de logique; au commencement du xme siècle, on ne connut les autres ouvrages de ce philosophe que par des résumés ou des traductions faites sur l'arabe et entachées d'erreurs qui les firent proscrire des écoles de Paris, en 1215, par le légat Robert de Courçon. Alexandre
ALEXANDRE DE HALES
de Halés eut l'avantage de posséder à peu près tous les ouvrages d'Aristote. Jourdain, Recherches sur les anciennes traductions latines d'Aristote, 2e édition, Paris, 18i3; Vacant, Les versions latines de la morale à Nicomaque, Paris, 1885. Encouragé sans doute par le décret de Grégoire IX du 23 avril P231, qui permettait d'expliquer de nouveau dans l'université de Paris tous les ouvrages d'Aristote, Potthast, Begesta pont. Rom., n. 8719; Denille, Chartul., n. 87, p. li-3, il prit aussi, vis-à-vis de ces ouvrages, une autre attitude que ses devanciers. Guillaume de Paris, qui écrivait vingt ans auparavant, traitait ordinairement Aristote en adversaire et le combattait. Alexandre de Halés en appelle au contraire à l'autorité de ce philosophe. Il invoque assez fréquemment ses écrits. Cependant il ne les invoque le plus souvent qu'en passant et pour confirmer des doctrines établies par ailleurs. Il ne s'inspire pas moins de la philosophie de saint Augustin que de celle d'Aristote. Endres, Des Alexander von Haies psi/cltologische Lehre dans Pliilos. Jahr., 1888; De Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, p. 25i, 2."». Il possède en latin le De anima du philosophe de Stagire. Cependant, dans une question consacrée tout entière à la définition de lame, part. II, q. i.ix, il propose sept ou huit définitions, sans en demander aucune à Aristote. Il ne dit pas, comme fera bientôt saint Thomas, que l'âme est la forme du corps, mais qu'elle est unie au corps ad niodum formas cum materia. Il admet et concilie ensemble les diverses divisions de Yintellectus, qu'il lit dans saint Augustin, saint Jean Damascène et Aristote. Parfois, d'ailleurs, il connaît ce dernier par des interprétations d'Avicenne qui seront bientôt rejetées. Outre un intellect agent et un intellect possible, il admet, par exemple, avec Avicenne, un intellect matériel, part. II, q. lxix, m. n, a. 2. On pourrait dire qu'Aristote est un de ses maîtres en philosophie, mais qu'il suit plus souvent les interprétations d'Avicenne que le texte même du philosophe grec. En théologie, Aristote n'est son maître à aucun titre. Il ne voit pas en lui un adversaire ; mais il n'appuie aucune conclusion sur ses principes. Les maîtres préférés d'Alexandre, en théologie, sont saint Augustin, saint Jean Damascène, Hugues de Saint-Victor, saint Bernard, saint Anselme. Cependant, même dans les questions toutes théologiques, Alexandre trahit son esprit philosophique par ses développements sur la nature intime des choses. Cela ressort de la simple indication que nous avons donnée plus haut des sujets sur lesquels il s'est arrêté avec le plus de prédilection.
2° La manière dont Alexandre de Haie/; étudie chaque question particulière, est plus caractéristique. Elle dillère de la méthode plus ou moins oratoire usitée avant lui. Non seulement il fait connaître sur chaque point le pour et le contre, à la façon d'Abélard; non seulement il cherche, comme Pierre Lombard, à déterminer ce qu'il y a de vrai clans le pour et le contre et à concilier ainsi dans une sorte de synthèse les opinions discordantes; il partage encore la matière en autant de divisions et de subdivisions qu'il en faut pour l'épuiser et que l'exige une complète clarté; il étudie enfin chaque membre de ces subdivisions à part. Dans chaque article, il énumère séparément toutes les autorités qui militent en faveur d'une solution et toutes celles qui militent en laveur de la solution contraire; il propose ensuite sa solution; il termine en revenant sur les autorités contraires énumérées au début, pour les combattre et, le plus souvent, pour les expliquer. On reconnail la méthode suivie constamment par saint Thomas d'Aquin et dont Alexandre de Halés peut être regardé comme le père. Suivant la comparaison du pape Alexandre IV, dans sa bulle du 28 juillet, les arguments de la somme de Halés présentent l'aspect d'une armée rangée en bataille pour écraser de son poids les arguments de l'erreur : I)i qua sentenliarum irrefragabilium ordinatae
sunt actes ad obterendam veritatis pondère contentiosœ pervicaciam falsitatis. Mais, comme nous nous en sommes déjà aperçus, Alexandre, qui découvre souvent avec sagacité les traits communs des doctrines qui se ressemblent, cherche aussi parfois à concilier des opinions disparates.
Sa méthode est donc trop éclectique. Cet éclectisme le porte encore à multiplier les preuves et les autorités, au lieu de se borner aux meilleures. Comme, d'autre part, il s'arrête volontiers à toutes les questions qui l'intéressent, sa somme a pris des proportions extrêmement considérables. Dans sa bulle du 28 juillet 1256, le pape Alexandre IV l'appelle complexam . Il nous apprend que, même à cette époque, les délicats la trouvaient prolixe; mais que les frères mineurs qui l'étudiaient et sentaient l'utilité de toutes ses parties la jugeaient brève : Prolixilatem quippe, si cjuam ineadem summa lector delicatus abhorret, studiosis vobis in ea sic reddit continua partium snarum utilitas brevem. Roger Bacon, qui était pourtant franciscain , appréciait , quelques années plus tard, avec beaucoup moins de respect, cette lourde somme, dont un cheval aurait plus que sa charge, quse est plus quam pondus unius equi. Opus minus, Londres, 1859, p. 32G.
V. Doctrine. — La doctrine d'Alexandre a toujours été regardée comme une doctrine sûre. Elle n'a été l'objet d'aucune condamnation. Elle a reçu au contraire les plus grands éloges du pape Alexandre IV qui la traite d'irréfragable, sententiarum irrefragabilium , et appelle Alexandre un homme plein de Dieu, Deo plenus, nemo enim nisi in spiritu Dei loquens œternse veritatis mysteria ex inquisitionis indagine alligisset. Bulle du 28 juillet 1256, loc. cit.
Le premier docteur franciscain a vécu à une époque où la synthèse de la théologie s'élaborait; il a contribué puissamment à cette synthèse en inaugurant la méthode qui devait l'amener, en préparant les matériaux qui devaient y entrer, en posant des questions nouvelles qui devaient y être résolues; mais il n'a pas lui-même produit cette synthèse, ni donné beaucoup de solutions définitives et destinées à lui survivre. Il n'a fait école que de son temps. La Somme de saint Thomas supplanta la sienne, et l'école particulière des enfants de saint Erançois qu'il avait tant honorés, se rattacha à Duns Scot et à saint Bonaventure qui avaient utilisé les travaux d'Alexandre, non à Alexandre lui-même. Celui-ci fut, à partir du second tiers du xme siècle, un théologien respecté, mais peu étudié et même peu consulté. Roger Bacon dit que sa somme pourrit sans lecteurs chez les franciscains. Exemplar apud fratres putrescit et jacet inlaclum. Opéra médita, Londres, 1859, t. i, p. 326. Il n'en est fait aucune mention dans la liste des ouvrages qu'on mettait aux mains des étudiants, à Paris, à la fin du xinc siècle. Denille, Chartul. univ. Paris, t. i, a. 530, p. 6H sq.
On trouvera, dans les articles spéciaux de ce dictionnaire, les principales opinions qu'il formula, avec ses contemporains, sur les questions qui s'agitaient alors. Nous avons déjà vu, col. 175 et 189, ce qu'il pensait du rôle de la contrition et de l'absolution dans le sacrement de pénitence. Nous nous bornerons ici à signaler quelques particularités intéressantes de sa doctrine et quelques théories qu'il a conçues et qui ont vécu jusqu'aujourd'hui.
I" Conception de la sainte Vierge. — Il étudie dans son troisième livre, q. ix, m. n, la question du premier momenl de la sanctification de la sainte Vierge. On lui attribue d'avoir admis le dogme de l'immaculée conception, dont les franciscains devaient être plus tard les champions. La vérité est que, sans le dire expressément, il suppose (pie la sainte Vierge a dû être sanctifiée des le premier instant de l'existence de son Ame raisonnable. Mais comme iladinet quelecorpsde Marie, aussi bien que:
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celui des autres hommes, a vécu un certain temps avant l'inlusion de son âme raisonnable (c'est le sentiment d'Aristote, soutenu aussi par saint Thomas d'Aquin), il en conclut que la sainte Vierge n'a pas été sanctifiée avant cette infusion, ni par conséquent au moment de sa conception (active), ou immédiatement après sa conception (active), parce que la sanctilication ne peut s'appliquer qu'à une âme raisonnable, a. 3. Il ne parle pas expressément du moment de l'infusion de l'àme raisonnable dans le corps de Marie, c'est-à-dire du moment de sa conception passive, dans lequel nous devons croire aujourd'hui qu'elle fut immaculée. Il soutient seulement qu'après l'infusion de l'âme raisonnable de la sainte Vierge, Dieu l'a sanctifiée avant sa naissance, a. 4, que cette sanctilication l'a purifiée, non seulement du péché, mais encore de la concupiscence ou du fomes peccati, c'est-à-dire de l'inclination au mal et de la difficulté de faire le bien, a. 4. Il croit en conséquence que la sainte Vierge a été, dès lors, toute sainte dans sa personne; mais il estime que sa nature a dû être encore sanctifiée au moment de la conception du Sauveur, in ordine ad filium ex ea generandum, et qu'elle a été alors délivrée du pouvoir de pécher. Ibid., m. m, a. 1,2.
2° Les diverses espèces de foi. — La théorie d'Alexandre de Halés sur la foi mérite aussi d'être signalée. Il l'expose aux questions lxiv et lviii de sa troisième partie. Je ne vois pas qu'il ait examiné quel est le motif de la foi, ni qu'il ait remarqué nettement qu'elle ne peut avoir pour objet que les vérités révélées de Dieu. Cette observation ne se trouve dans aucune des nombreuses définitions qu'il donne de la foi, part. III, q. lxviii, m. v. a. 1. Il dit que l'objet de la foi est le vrai, en tant qu'il est bon, verum in quantum induit ralionem boni, q. lxiv, m. iv. Mais il étudie surtout cette foi au point de vue de son principe subjectif. Il distingue trois sortes de foi : 1. La fui humaine et naturelle qui n'est pas un don de Dieu mais un état (ftabitus) acquis par le raisonnement ou sur un témoignage. Cette foi naturelle nous fait croire ex ralione vel ex auditu Scripturœ, q. LXIV, m. v, a. 1. C'est par cette foi naturelle que les démons croient à la vue des miracles, q.LXiv, m. vm ; — 2. La foi informis qui n'est pas accompagnée de la charité. Alexandre la range parmi les grâces gratis datse, donnant à ce mot un sens plus large que celui que nous lui attribuons. Voir Grâce. Il étudie en conséquence la foi informis, en traitant des grâces gratis datse, q. lxiv, tandis qu'il étudie la foi formata, q. lxviii, en traitant des vertus. La foi informis est donc une grâce surnaturelle qui nous donne de connaître la vérité et d'y donner notre assentiment, mais non de tendre à la vérité, q. liv, m. ni. En un endroit, Alexandre, empruntant une formule de saint Jean Damascène (cf. q. lviii, m. n), définit cette foi indijudicabilis spes eorum quœ a Deo nobis annuntxata sunt, q. lxiv, m. II. On croirait à ce moment qu'il entend la loi comme les protestants du xvie siècle ; mais il y a entre lui et eux une profonde différence. Il regarde en effet cette foi informis comme ne pouvant inspirer l'amour de Dieu, mais seulement une crainte servile, q. lxiv, m. vi. Il admet même que les démons ne l'ont pas perdue au moment de leur chute, qu'ils la gardent dans l'enfer avec la foi naturelle dont nous parlions plus haut, et qu'elle est pour eux une source de tortures, en les éclairant sur leur malheur, q.LXiv, m. vn-ix; — 3. La foi formata est celle qu'accompagne la charité. Elle nous donne de tendre vers Dieu aflectivement, en croyant en lui, q. lxiv. m. v.
Alexandre regarde la fides informis et la fides formata comme deux habilus surnaturels qui restent distincts l'un de l'autre dans les fidèles justifiés. Mais il pense que lorsque la fides formata est entrée dans une âme, c'est elle qui produit tous les actes de foi, et que la fidis informis, capable seulement d'actes de crainte ser-
vile, cesse d'agir dans cette âme et y demeure à l'état de pur habitus, q. lxiv, m. VI.
3° Institution des sacrements en général, et du sacrement de confirmation en particulier. — Pierre Lom bard n'était pas encore bien fixé sur l'institution des sacrements de la nouvelle loi par le Christ. Il admettait que le mariage a été institué au temps d'Adam. Pour les six premiers sacrements, il estimait qu'ils n'ont pu être institués avant la venue du Sauveur; mais il ne faisait qu'eflleurer la question et n'examinait point s'ils ont été établis par le Christ lui-même, par les apôtres ou par l'Église. Sent., 1. IV, dist. II, P. L., t. cxcu.col. 842.
Alexandre de Halés étudie la matière en détail. Considérant la question d'une façon générale, il admet que le Christ a institué tous les sacrements de la loi nouvelle par lui-même ou par ses apôtres agissant en vertu de son autorité et de ses instructions. Le baptême et l'eucharistie ont été établis par Jésus-Christ lui-même; la confirmation et l'extrème-onction ont été établies par les apôtres en vertu de l'autorité et des instructions de Jésus-Christ. La pénitence, l'ordre et le mariage, qui existaient déjà dans l'Ancien Testament, ont reçu de Jésus-Christ des compléments qu'ils n'avaient pas jusqu'à lui. Tel est l'enseignement d'Alexandre dans son étude générale sur les sacrements, 1. IV, q. v, m. il, a. 1. Mais plus loin, lorsqu'il traite en particulier de la confirmation, il soutient une doctrine toute dilférente. Il rejette, en effet, expressément le sentiment qui en attribue l'institution aux apôtres, et cela, dit-il, parce que les apôtres donnaient le Saint-Esprit par la seule imposition des mains, sans onction ni paroles; d'où il conclut qu'ils ne donnaient pas le sacrement. A son avis, le sacrement de confirmation a été institué, par l'inspiration du Saint- Esprit, au concile de Meaux quant à la tonne des paroles et à la matière des éléments ; et le Saint-Esprit lui a donné la vertu de sanctifier, 1. IV, q. ix, m. i.
Si Alexandre avait apporté la dernière main à son œuvre, il y a lieu de croire qu'il aurait mis ces articles d'accord et qu'il aurait effacé de son ouvrage cette opinion singulière qui est en contradiction avec son propre enseignement.
4° Causalité des sacrements. — Alexandre a montré un coup d'oeil plus sûr dans l'exposé original et protond qu'il fait de la causalité des sacrements. Nous ne trouvons rien dans Pierre Lombard de la théorie qu'il formule ; elle ne se trouve pas davantage dans le De sacramenlis, attribué à Hugues de Saint-Victor, auquel le docteur franciscain emprunte pourtant quelques éléments. De sacramentis, 1. I, part. XI, c. v, P. L., t. clxxvi, col. 323-326.
Voici le système d'Alexandre de Halés. Tous les sacrements sont non seulement des signes, mais aussi des causes efficientes, par une vertu accidentelle qui leur vient surtout de l'institution du Christ et de sa passion. Ils ont la vertu de produire la grâce sanctifiante; mais c'est Dieu lui-même qui répand cette grâce dans l'âme, à cause du sacrement, et il ne la répand que dans les âmes qui n'y mettent pas d'obstacles. Il est un autre effet que la bénédiction renfermée dans les sacrements produit dans tous ceux qui les reçoivent même indignement. En effet, tous les sacrements impriment euxmêmes dans l'âme un caractère ou un ornement. La différence qu'il y a entre le caractère et l'ornement ainsi imprimés par les sacrements, c'est que le caractère est ineffaçable, tandis que l'ornement s'efface avec le temps. Le baptême, la confirmation et l'ordre impriment dans l'âme un caractère ineffaçable; c'est pourquoi on ne saurait les réitérer; les quatre autres sacrements impriment un ornement qui n'est pas ineffaçable : aussi peuton les recevoir plusieurs fois, 1. IV, q. v, m. iv. Si je ne me trompe, c'est cette théorie d'Alexandre de Halés, que saint Thomas indique comme soutenue avant lui et accepte, In 1 V Sent.,\. IV, dist. I, q.i,a. 4, q. I; à part quel-
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ques détails, elle est encore regardée aujourd'hui au Collège romain, comme exprimant la vraie pensée du docteur angélique. Billot, De Ecclesiœ sacramentis, q. lxii, lxiii, 2« édit., Rome, 1896, t. il, p. 50 sq.
5° Les indulgences et le trésor de l'Eglise. — Alexandre de Halés a été encore le premier à formuler une autre théorie qui est entrée dans l'enseignement catholique. Il fait dériver la valeur des indulgences de ce qu'on appelle le trésor de l'Église. Il distingue le mérite du corps de l'Église, merilum ecclesiasticm unitatis, du mérite propre de chaque fidèle et du mérite du Christ notre chef, 1. IV, q. xxiii, m. i, a. 1. Les indulgences, selon lui, sont tirées du trésor spirituel de l'Église, c'est-à-dire des mérites surérogatoires, soit des membres du Christ, soit surtout du Christ lui-même. C'est pourquoi elles ne sauraient être accordées que par les évêques qui ont la dispensation de ce trésor.
IV. Alexandre de Halés et saint Thomas d'Aquin. — Parmi les grands théologiens du xme siècle, ce fut saint Bonaventure qui s'inspira le plus des écrits du docteur irréfragable. Cependant on a accusé saint Thomas de plagiat vis-à-vis d'Alexandre de Halés. Cette accusation était encore insinuée au XVIIe siècle par Jean (et non Bernard, comme plusieurs le nomment) de la Haye, dans une vie d'Alexandre insérée en tête du commentaire sur l'Apocalypse, publié sous le nom de ce dernier, Paris, 1647. Dans les siècles précédents on l'avait surtout fondée sur la ressemblance de la Somme tliéologitjue de saint Thomas, avec la Summa virtutum, attribuée au docteur irréfragable. Mais nous avons vu que cette Summa virtutum est d'un auteur postérieur; ce qui ôte à l'accusation sa base principale. Jean de la Haye ne se sert plus de cet argument. Il indique un grand nombre d'articles que, selon lui, saint Thomas a empruntés en partie à la Tlieologise summa d'Alexandre de Halés. Il prétend même que l'article 2, Ia part., q. c, du docteur angélique reproduit textuellement le docteur irréfragable, part. II, m. I, q. xcv. Mais il n'y a de commun entre ces deux articles, que quelques preuves présentées d'ailleurs par saint Thomas dans d'autres termes que ceux d'Alexandre de Halés. Les autres ressemblances signalées par Jean de la Haye sont de même nature, lorsqu'elles existent. Le reproche de plagiat fait au docteur angélique est donc dénué de tout fondement.
Mais il y a lieu de reconnaître que saint Thomas d'Aquin doit quelque chose à Alexandre de Halés. Nous avons vu qu'il avait adopté pour la forme de ses articles, la méthode inaugurée par Alexandre. Il était en outre tout naturel qu'il utilisât aussi le fond de la somme prolixe de ce dernier, puisqu'il y trouvait d'excellents matériaux à mettre en œuvre. Parmi les nombreux arguments présentés par Alexandre, il fallait élaguer et choisir. Le docteur angélique le fit une première fois dans son commentaire sur le Maître des Sentences. Il le fit une seconde fois dans sa Somme théologique qui est plus concise. Il ne choisit pas seulement parmi les arguments à proposer mais encore parmi les questions à traiter. Il semble faire allusion à Alexandre, lorsqu'il parle île ceux qui ont fait des sommes trop prolixes propter niultiplicationem inutilium quœstionum, articulorum et argumentorum. Sum. tlieol., Proœmium. Sa Somme n'est assurément pas calquée sur celle d'Alexandre, mais traitant la même matière, il lui arrive souvent d'aborder les mêmes questions, et de se servir des mêmes preuves. Bien n'empêche de penser qu'en écrivant il avait l'ouvrage de son célèbre devancier sous les yeux et les rapprochements entre les deux sommes faits par Jean de la Haye semblent le démontrer pour certains passages. La parole attribuée à saint Thomas par Gerson, qu'il recommandait plus que toute autre élude ci Ile d'Alexandre de Halés, n'a donc rien d'invraisemblable. De Hulieis, hic. dt.infra, p.8. Mais avec des ressemblances, il y a entre les deux maîtres une différence
profonde. Nous avons dit que la prolixité d'Alexandre vient en partie de l'éclectisme avec lequel il acceptait ensemble des opinions parfois assez disparates. Tout autre est la manière du docteur angélique. Assurément il a aussi l'habitude de concilier, autant qu'il le peut, les anciences opinions qu'il expose. Mais il les concilie en vertu de principes supérieurs, à la lumière desquels on aperçoit un rapport profond entre des sentiments qui paraissaient irréductibles. Ses synthèses sont neuves et d'une justesse saisissante, là où celles d'Alexandre consistaient parfois en des juxtapositions sans lien. En d'autres termes Alexandre se borne dans bien des cas à entasser des matériaux mal adaptés et mal cimentés, tandis que saint Thomas construit avec ces matériaux un édifice d'une harmonieuse unité et d'une parfaite solidité, n'hésitant jamais à rejetertout ce qui n'entre point dans son plan ou ne cadre point avec ses conclusions.
Le docteur angélique procède en particulier de cette manière pour les données de la philosophie d'Aristote. Il admet ces données comme Alexandre; mais à la différence de celui-ci, il exclut tous les systèmes qui ne s'harmonisent point avec ces données. Sur ce terrain philosophique son œuvre avait d'ailleurs été préparé par des travaux postérieurs à ceux d'Alexandre, je veux dire par les commentaires d'Albert le Grand (voir ce mot) qui avaient mis la philosophie péripatéticienne en harmonie avec les dogmes et la morale de l'Évangile. Aussi tout en combattant ce qu'il y a de contraire à la doctrine chrétienne dans Aristote, le docteur angélique fait profession ouverte de lui emprunter ce qu'il a de bon et d'appartenir à son école.
Il suffit d'ailleurs de jeter un coup d'œil sur le plan de la somme de l'Ange de l'école pour en reconnaître l'incontestable supériorité. La première partie renferme les éléments dogmatiques des deux premiers livres de la Somme d'Alexandre; la troisième partie contient les éléments dogmatiques des deux derniers. Mais la morale, partagée par Alexandre entre son second livre, où il étudie les péchés qu'il rattache à la chute de l'homme, et son troisième où il étudie les vertus et les lois qu'il rattache à l'incarnation, est réunie tout entière par l'ange de l'école dans une partie distincte, la seconde. Le plan d'Alexandre l'obligeait à des répétitions; il avait en outre l'inconvénient de laisser dans l'ombre ce qu'il y a de naturel dans la morale. Le plan de saint Thomas n'est pas sujet à ces inconvénients. Il lui permet de faire une construction originale dans laquelle il réunit sans jamais se répéter, ni se contredire, les éléments de la inorale naturelle et de la morale évangélique.
Malgré une originalité et une valeur incontestable, Alexandre de Halés a donc été' bien inférieur à saint Thomas d'Aquin. Mais on doit lui faire honneur d'une partie de la supériorité de l'ange de l'école, parce qu'il lui a préparé les voies et qu'avec Albert le Grand, il a été comme son précurseur.
Alexandre de Halés n'a encore été l'objet d'aucune étude complète et approfondie. On peut consulter spécialement : 1" sur su vie et ses ouvrages :WsAàing,Scriptores ordinis minorum, infol., Home, 1650; Sbaralea, Supplementum et castigatio ad scriptares triant ordinutn sancti Francisci, in-fol., Rome, 1806; Histoire littéraire de lu France, t. xvui, p. 312-::jk, Paris, 1835 (article de Daunou); Kirchenlexicon, t. î. p. 496- 499, Fribourg, 1880 (article de Stockl);S. Bonaventurss Opéra, Quaracchi, 1882, Prolegomcnu, t. i, p. i. sq. ; Simler, Des sommes <ic théologie, Paris, 1871, p. 'J7-io7: Prosper de Martl-
gné, La scoluslii/iie cl les traditions franciscaines, Paris, 1SSH, p. 'il sip ; — 2° sur sa méthode: Hameau, Histoire île la philo- Sophie scolastique, t. u, p. 129-141, Paris, 1880, qui expose
aussi ses doctrines philosophiques, mais d'une manière peu exacte; Kirchenle.eicon, lac. cit.: l'ii'avol, Mietard et Ale.enndre île Unies créateurs de la méthode SCOlaStique, dans llil/tio-
thèque de l'École des Hautes-Études : sciences religieuses :
Études de critique et d'histoire, 2' série, Paris, 1896, p. 222- 280; Simler, op. cit., p. 108-188; - 3* sur ses doctrines théologiques : Du Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, Loil-