C. Toussaint
ALEXANDRIE. - I. Église d'Alexandrie. II. Conciles d'Alexandrie. III. École juive d'Alexandrie. IV. École chrétienne d'Alexandrie.
I. ALEXANDRIE (Église d'). L'Église d'Alexandrie a brillé beaucoup, mais elle n'a pas brillé longtemps. Qui la considère au point de vue de ses rapports avec l'histoire de la théologie n'a pour ainsi dire plus à s'en occuper dès la fin du vne siècle. Pour se conformer à cet état de choses, les pages qui suivent s'appesantiront de préférence sur les origines et la période antérieure à la conquête arabe : elles passeront légères sur les temps postérieurs. Il y sera dit un mot des diverses confessions religieuses actuellement représentées en Egypte. Par contre il n'y sera question ni de l'Église copte ni de sa fille l'Église abyssine destinées à être traitées à part. Voici d'ailleurs les divisions du présent article : I. Introduction du christianisme en Egypte. II. Mission de saint Marc. III. Premiers évêques. IV. Sièges suffragants d'Alexandrie. V. Bibliothèque et mouvement scientifique. VI. Hérésies et schisme. VII. Comput ecclésiastique et liturgie. VIII. Martyrs et moines. IX. Du concile de Nicée à celui de Chalcédoine. X. Du concile de Chalcédoine à la conquête arabe. XI. De la conquête arabe au schisme photien. XII. Du schisme à Méhémet-Ali. XIII. Situation actuelle et titres. XIV. Église latine d'Alexandrie. XV. Nombre et différentes confessions des chrétiens établis en Egypte.
I. Introduction du christianisme en Egypte. — Au début de notre ère, les Juifs avaient fait d'Alexandrie le centre de beaucoup le plus important, le plus riche et le plus éclairé de la dispersion : ils pullulaient sur tous les autres points de la Basse-Egypte et dans toute la Cyrénaïque. Philon, Adv. Flacc., vi;J. P. Thrige, Res Cyrenensium, in-8», Copenhague, 1828, p. 219. C'est par eux que le christianisme pénétra de très bonne heure dans ces deux provinces. Simon, qui aida le Sauveur à porter
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sa croix, tirait son origine de Cyrène. Matth., xxvn, 32; Marc, xv, 21 ; Luc, xxm, 26. Aux miracles de la Pentecôte assistaient, entre autres témoins, des gens venus de l'Egypte et de la Cyrénaïque. Act., il, "10. Les deux synagogues des Cyrénéens et des Alexandrins, à Jérusalem, comptaient des représentants parmi les contradicteurs du diacre Etienne. Act., VI, 9. Lucius et plusieurs de ceux qui évangélisèrent les premiers Antioche étaient des Cyrénéens, établis, semble-t-il, dans la ville sainte. Act.. xi, 20; xin, 1. Apollos, un des plus vaillants auxiliaires des apôtres, appartenait par sa naissance à la communauté juive d'Alexandrie. Act., xvm, 24. Ces quelques faits et les étroites relations qu'ils supposent entre la Palestine et le nord-est de l'Afrique ne permettent pas de douter que cette dernière contrée n'ait reçu la bonne nouvelle bien avant la prédication de l'évangéliste saint Marc.
II. Mission de saint Marc. — A saint Marc cependant revient l'honneur d'avoir constitué l'Église alexandrine. Si la tradition tardive qui nous montre l'apôtre Simon sur les bords du Nil n'a, pour ainsi dire, aucune valeur historique, Acta sanct., t. xn octobris, p. 424, 425, celle qui se rapporte au disciple préféré de saint Pierre paraît infiniment plus fondée. Recueillie par Eusèbe, H. E., n, 16, P. G., t. xx, col. 173; Chrome, il, P. G., t. xix, col. 539, elle a été acceptée par saint Épiphane, Adv. hxr., haïr, li, 6, P. G., t. xli, col. 900, par saint Jérôme, De viris ill., vin, P. L., t. xxm, col. 621, et par tout le monde après eux. Au rapport d'Épiphane, loc. cit., et de Jérôme, loc. cit., Marc tenait sa mission du prince même des apôtres : c'est pour ce motif que le sentiment de l'antiquité chrétienne, si bien interprété par saint Grégoire le Grand, Epist., 1. VII, epist. xl, P.L., t. lxxvii, col. 899, et si énergiquement rappelé par Nicolas Ier, Responsa ad consulta Bulgarorum, P. L.,t.cxix,col.976, n'a jamais hésité à reconnaître des fondations de saint Pierre dans tous les sièges primitivement patriarcaux, c'est-à-dire dans les sièges d'Antioche, de Rome et d'Alexandrie. Les dates assignées à l'arrivée de saint Marc en Afrique sont trop contradictoires pour être relatées ici. L'itinéraire de ses courses n'est guère plus connu. On dit pourtant que l'évangéliste, en partant de Rome, prêcha tout d'abord dans la Cyrénaïque; on ajoute même que cette province le revit une seconde fois peu de temps avant sa mort. Sans être historiquement prouvé, l'apostolat de Marc à Cyrène et aux environs ne laisse pas que de présenter quelque vraisemblance : il explique, beaucoup mieux que la position géographique elle-même, la juridiction constamment exercée par le siège alexandrin sur l'Église cyrénéenne. Cette juridiction n'a pu découler de la situation politique où le nord-est de l'Afrique se trouvait alors. Unie à la Crète, formant avec elle une province dévolue au Sénat, la Cyrénaïque avait à sa tête un propréteur, investi du titre de proconsul; l'Egypte au contraire était une province impériale, ou, pour mieux dire, un domaine de la liste civile administré au nom de César par un simple chevalier. Voir J. Marquardt, Organisation de l'Empire romain, trad. franc de P. Louis-Lucas et A. Weiss, 2 in-8», Paris, 1889-1892, t. il, p. 405, 432. Dans ces conditions, et malgré la position géographique, l'Kglise de Cyrène aurait dû plutôt, semble-t-il, se rattacher, comme celle de Crète, au patriarcat d'Occident. Si elle n'en lit rien, c'est que, peut-être, en dehors du voisinage, de pressants motifs d'ordre religieux, des origines chrétiennes communes, l'enchaînaient ailleurs.
III. Premiers évêques. — Au ive siècle, les chrétiens d'Alexandrie vénéraient les reliques de leur premier pasteur à l'est de la ville, dans le quartier nommé linukolia. Acta S. Pétri Alex., P. G., t. xvm, col. 161. Là reposaient également les successeurs de l'évangéliste martyr, op. cit., col. 162. Eusèbe nous a conservé leur nom avec la date, d'ailleurs impossible à contrôler, de
leur pontificat. Ses Chroniques, P. G., t. xix, col. 543, 549, 551, 555-, 555, 558, 559, 560, 561, 565, et son Histoire ecclésiastique, n, 24; m, 14, 21; iv, 1, 4,5,11, 19; v. 9, 22, jP. G., t. xx, col. 205, 248, 249, 256, 303, 308, 309, 329, 377, 453, 489, permettent d'établir pour les deux premiers siècles la liste suivante : Annianus, Abilius, Cerdon, Primus, Justus, Eumenes, Marcus II, Celadion, Agrippinus et Julianus. Ce dernier mourut probablement le 4 mars 189. Les pontifes qui le suivirent sont, pour la plupart, illustres à plus d'un titre. Il sera question d'eux, d'après Eusèbe et divers autres auteurs, soit en des articles spéciaux, soit à propos de 1' école catéchétique et de ses docteurs, soit à propos d'Arius et de son hérésie : qu'il me suffise ici de les noter au passage. Démétrius, l'ami et plus tard l'adversaire d'Origène, semble avoir occupé le siège de saint Marc jusqu'au 8 octobre 232, pendant un épiscopat de 43 ans; il éleva son Eglise à un tel degré de splendeur que celles d'Antioche et d'Éphèse s'en trouvèrent éclipsées. Héraclas poursuivit son œuvre de 232 à 247 ; il garda la même ligne de conduite vis-à-vis d'Origène. Photius, Interrog. ix, P. G., t. civ, col. 1229. Denys, dont l'œuvre sera étudiée à part, attira pendant dix-sept ans tous les regards de la chrétienté. Après lui, Maxime et Théonas brillèrent, mais d'un éclat moins vif, le premier de 265 à 282, le second de 282 à 300. Puis vint saint Pierre, qui mourut pour la foi en 311 ou 312, après un épiscopat troublé par la persécution, le schisme et l'hérésie. Saint Alexandre siégea de 313 au 17 avril 328 : ses efforts contre l'arianisme, qu'il combattit en Egypte et à Nicée, remplissent les premières pages de l'histoire de cette hérésie.
IV. Sièges suffragants d'Alexandrie. — En 328, lorsque le diacre Athanase recueillit la succession de saint Alexandre, le patriarcat d'Alexandrie, pleinement constitué, étendait sa juridiction sur une centaine d'églises. Cet état de choses ne remontait pas bien haut. Jusqu'au me siècle, en effet, l'Egypte ne formait qu'un seul diocèse, dont l'évêque d'Alexandrie partageait l'administration avec un collège de douze prêtres institué par saint Marc. C'est là, du moins, ce que racontent les Annales d'Eutychius. Le Quien corrige Eutychius touchant la qualité des douze coadjuteurs qu'il transforme, à tort ou à raison, en évêques auxiliaires, mais il admet dans une certaine mesure le fond même de son récit, Oriens christianus, t. H, col. 316; peut-être faut-il l'imiter en cela. De fait, à défaut de toute autre preuve, l'organisation politique de l'Egypte d'alors parle très haut dans le sens du tardif historien. Ce qui frappe dans cette organisation, c'est la centralisation administrative exceptionnelle voulue par Auguste. Ailleurs, en Italie et dans la plupart des provinces, le pays se divise en un certain nombre d'unions communales et de territoires urbains administrés par des assemblées et des magistrats locaux. Ces autonomies, indépendantes l'une de l'autre, fonctionnent côte à côte, librement, sous le seul contrôle de l'autorité romaine. En Egypte, rien de pareil. Marquardt, op. cit., t. il, p. 409 sq. L'ancien royaume de Cléopâtre forme un ensemble compact dont toutes les parties se commandent l'une l'autre comme les rouages d'une machine : il est divisé en épistratégics, chaque épistratégie en nomes, chaque nome en toparchies, chaque toparchie en territoires, chaque territoire en districts. Le régime des libertés communales y est inconnu, sauf, partiellement, à Alexandrie et dans trois ou quatre villes dotées de privilèges. Cela revient à dire que l'Egypte n'a pas de cités. Or, ce sont les cités et les cités seules qui reçurent des évêques aux deux premiers siècles. Rien d'étonnant, dès lors, que les terres évangéliséès par saint Marc aient attendu le pontificat de Démétrius pour se fractionner en plusieurs circonscriptions épiscopales. Avec Démétrius, les choses Commencèrent à se passer aux bords du Nil comme sur la rive gauche du Jourdain et dans la Palestine du Sud.
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Le bourg principal de chaque territoire se mit à jouer un rôle : sous le nom de métrocomie, il devint presque le rival de la cité et reçut comme elle son évèque propre. Telles sont les considérations, tels sont les faits, qui me semblent plaider en faveur des renseignements fournis par Eutychius : à ces renseignements il faut, si je ne me trompe, reconnaître un fond de vrai. Mais ceci, bien entendu, supplique à la seule Egypte. La Cyrénaïque jouissait d'une organisation toute différente. Comme l'indique son nom de Pentapole, elle possédait avec Cyrène, Ptolémaïs, Bérénice, Apollonia et Arsinoë, cinq cités particulièrement remarquables, toutes désignées pour devenir très vite autant d'évêchés. Voilà tout ce qu'on peut dire sur le début des Églises suffragantes d'Alexandrie. Quoi qu'il en soit de leur origine, il est certain qu'au synode tenu contre Arius, en 320 ou 321, saint Alexandre réussit à réunir près de cent évêques. Sur le nombre, ceux de Cyrénaïque seuls avaient une sorte de métropolitain : tous les autres relevaient du patriarche alexandrin sans intermédiaire aucun. Peu à peu, grâce à l'influence lente mais inéluctable de divisions administratives introduites par Dioclétien et par Théodose, cette organisation spéciale au patriarcat d'Alexandrie se modifia et les suffragants s'y groupèrent, comme ailleurs, en différentes provinces. Nous connaissons actuellement 103 sièges de l'ancienne Église égyptocyrénéenne : 1 patriarcal, 8 métropolitains ou quasi métropolitains, 94 épiscopaux. On les trouvera dans Le Quien, Oriens christianus, t. il, col. 385-640. Je me borne ici à donner la liste des 9 provinces avec leur centre ecclésiastique et le nombre de leurs diocèses simplement épiscopaux : 1° Egypte Ire, Alexandrie, 13 évèchés, sans compter celui que les eusébiens réunis à Tyr en 335 prétendirent ériger à Maréotis en faveur d'Ischyras; 2° Egypte IIe, Cabasa, 8 évêchés; 3° Augustanmique Ire, Péluse, 13 évèchés; 4° Augustamnique IIe, Léontopolis, 7 évèchés; 5° Arcadie, Oxyrrhynchus, 10 évêchés; 6° Thébaïde 1", Antinoé, 8 évêchés; 7° Thébaïde IIe, Ptolémaïs Hermii, 14 évêchés; 8° Libye In ou Pentapole, Ptolémaïs, 14 évêchés; 9° Libye IIe ou Marmarique, Darnis, 7 évêchés. La prétendue province de Libye métropolitaine, insérée par Migne dans son -Dictionnaire géographique, t. I, col. 818, n'a jamais existé qu'au sein de notices fautives.
V. Bibliothèque et mouvement scientifique. — C'est à Xicée, dans le 6e canon du concile, que l'Église de saint Marc vit sa juridiction solennellement confirmée. Pitra, Juris Ecoles. Grxcorum hist. et monumenta, in-4°, t. i, Borne, 1864, p. 429. Elle l'avait mérité par les services rendus, services d'ordre surtout scientifique, dont il faut chercher la cause principale, bien qu'indirecte, dans la présence de la fameuse bibliothèque. Celle-ci a toute une histoire. Créée par les premiers Lagides, fort éprouvée durant la révolte du futur Ptolémée VII contre son frère Ptolémée VI, relevée et développée par leurs successeurs, elle comptait, dit-on, jusqu'à 700 000 volumes rangés mi-partie dans le Sérapéion et mi-partie dans le Musée, le jour où ce dernier monument partagea le sort de la flotte égyptienne incendiée par Jules César. Pour réparer ce désastre, Antoine offrit à Cléopâtre tous les trésors littéraires des Attalides, et Caracalla, 250 ans plus tard, releva l'édifice détruit. Les dépouilles de Pergame et les dépôts du Sérapéion constituaient encore une assez belle bibliothèque : malheureusement cette collection sans rivale eut beaucoup à souffrir des luttes qui ne tardèrent pas à éclater entre le christianisme triomphant et le paganisme vaincu. Sous Théodose, le temple de Sérapis était la principale citadelle du polythéisme égyptien, le principal centre de résistance à la politique des empereurs : il fut livré aux flammes et presque tous ses volumes périrent avec lui. Les rouleaux recueillis sous les cendres ou conservés ailleurs disparurent définitivement au
viie siècle, par le fait de la conquête musulmane, sans qu'on puisse dire comment. D'après Aboul Faradj, le général Amr ibn el As, lieutenant du calife Omar, les aurait employés à chauffer les bains de la ville : mais cette affirmation d'un historien relativement tardif passe aux yeux de beaucoup pour une légende, bien que d'autres auteurs arabes l'aient répétée. Avant ces malheureux événements, durant les premiers siècles de notre ère, la vieille bibliothèque des Ptolémées attirait encore les savants de tous les pays. Alexandrie, grâce à elle, se maintenait toujours au rang de capitale des lettres qu'elle avait précédemment conquis. Fixée dans cette ville, placée dans le centre le plus intellectuel de l'époque, sortie du judaïsme le plus éclairé, obligée de tenir tête au paganisme le plus séduisant, l'Église de saint Marc devint, parmi les communautés chrétiennes, la reine de la science et des idées. En 325, le concile de Nicée lui reconnut presque officiellement cette suprématie : s'il laissa, comme de juste, à l'autorité romaine le soin de promulguer la date annuelle de Pâques, c'est le savoir alexandrin qu'il chargea de calculer cette date. Cyrille d'Alexandrie, Epist., lxxxvii, P. G., t. lxxvii.coI. 385; Léon Ier Epist., cxxi, P. L., t. liv, col. 1056. Mieux que par ce fait la supériorité intellectuelle d'Alexandrie nous est prouvée par le grand nombre et le grand renom des hommes qu'elle a fournis à l'Église des IIIe et ive siècles. Je ne puis toutefois les citer ici, car leur place est toute marquée dans l'article relatif à 1ÉCOLE chrétienne d'Alexandrie.
VI. Hérésies et schisme. — Avant de produire d'illustres écrivains et d'illustres pontifes, l'Église de Marc avait témoigné de sa vitalité féconde en donnant le jour à de multiples hérésies. Cela ne saurait étonner : les Alexandrins d'alors remuaient une masse effrayante d'idées, et toutes les doctrines, les plus sensées comme les plus folles, passaient parmi eux en changeant. La gnose ne pouvait qu'y fleurir : elle y fleurit à merveille. Cf. L. Duchesne, Les origines chrétiennes, lithograph., Paris, p. 139-156. C'est à Alexandrie, que Basilide et Carpocrate dogmatisèrent sous Hadrien : c'est d'Alexandrie que Valentin vint à Borne sous Antonin le Pieux. C'est de là aussi que le pape Anicet vit accourir Marcellina; c'est là également qu'Apelles, forcé de quitter l'Italie, alla chercher la somnambule Philomène et le livre des Bévélations. Je n'ai pas à énumérer les disciples et les émules de ces hérésiarques : on les trouvera mentionnés à l'article Gnose, avec le résumé général de leurs doctrines. Quant aux détails de leur vie ou aux particularités de leur système, il faut les chercher sous le nom de chacun d'eux.
Après le gnosticisme, qui fut la plaie du IIe siècle, l'Église d'Alexandrie fut travaillée par l'hérésie antitrinitaire de Sabellius. Cet homme était né en Libye : les erreurs qu'il enseignait à Borne sous le pape Zéphirin (202-217) eurent vite fait de pénétrer dans sa patrie. Au milieu du siècle, elles avaient gagné plusieurs évêques de la Pentapole. Athanase, Epistola de sentcntia Dionysii, 5, P. G., t. xxv, col. 485. Pour les ramener, saint Denys écrivit plusieurs lettres ainsi qu'un traité en quatre livres. Eusèbe, H. E., VII, 26, P. G., t. xx, col. 708. Son action n'empêcha pas le sabellianisme de se maintenir en Egypte et d'y compter encore de nombreux partisans au temps de saint Pierre. Les efforts de saint Athanase ne devaient pas être de trop pour la réprimer. Voir Sabellius.
Je ne m'arrête point aux erreurs d'Origène ni à l'hérésie d'Arius. Outre que les tempêtes qu'elles soulevèrent sont plutôt postérieures, elles ont trop d'importance pour ne pas être traitées à part. En attendant les fatales divisions qu'elles allaient provoquer, l'Église égyptienne eut à subir le schisme de Mélèce, évêque de Lycopolis, qui se révolta contre saint Pierre et ne craignit pas d'instituer toute une hiérarchie à côté de la hiérarchie légi-
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time. Condamnée à Nicée, Théodoret, H. E., i, 8, P. G., t. lxxxii, col. 928, la secte sortie de ses ordinations anticanoniques ne s'en perpétua pas moins jusqu'après 450, pour le plus grand bien de l'arianisme dont elle fut l'ardente alliée.
VII. Comput ecclésiastique et LITURGIE. — Féconde à l'excès dans le domaine encore très vague de la philosophie et de la théologie, l'Eglise alexandrine des quatre premiers siècles le fut infiniment moins sur le terrain liturgique. Elle joua, il est vrai, un rôle des plus brillants dans la querelle pascale, ainsi qu'il résulte des textes anciens si bien mis en œuvre par M. L. Duchesne, La question de la Pâque au concile de Nicée, dans la Revue des questions historiques , t. xxvm, 1880, p. 5. Mais là se borna son action : en dehors du comput ecclésiastique, elle ne fit rien d'important relativement au culte chrétien. Dans la première moitié du ive siècle, sa liturgie se conservait encore identique à celle de Syrie. P. Batiffol, Une découverte liturgique, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, I, 1899, p. 81. Cela résulte du précieux document mis au jour par A. Dmitrievski, L'euchologe de Sérapion de Thmuis, in-8°, Kiev, 189i, extrait des Travaux de V Académie de Kiev, 1894, n. 2, et republié naguère comme inédit par G. Wobbermin, Altchrislliche liturgische Stïicke aus der Kirche A£gyptens nebst einem dogmalischen Brief des Bischofs Sérapion von Tlimuis, Leipzig, 1899. La liturgie grecque dite de saint Marc est donc postérieure à cette époque. M. L. Duchesne estime qu'elle remonte au Ve siècle pour le moins. Origines du culte chrétien, 2e édit., in-8°, Taris, 1898, p. 75. Les analogies frappantes qu'elle présente avec la liturgie copte décorée du nom de saint Cyrille ne sont pas faites pour contredire cette opinion. Il n'en reste pas moins que des quatre principaux types liturgiques, type syrien, type romain, type gallican et type alexandrin, celui-ci n'existait pas encore au temps du premier concile général. Ainsi instituée sur le tard, la messe de saint Marc ne se maintint pas longtemps parmi les grecs d'Egypte : elle subit d'abord des retouches byzantines; puis elle fut complètement remplacée par les messes en usage à Constantinople. A la fin du XIIe siècle, Balsamon ordonnait de la prescrire. P. G., t. cxxxviii, col. 953.
VIII. Martyrs et moines. — L'Église alexandrine eut, comme toutes les autres, ses confesseurs et ses martyrs. Vers 195, le feu, le fer et le glaive sévissaient parmi ses enfants. Clément d'Alexandrie, Stromat., Il, P. G., t. vin, col. 1069. En 202, Sévère, de passage à Alexandrie, y veillait en personne à l'exécution de son édit : au nombre des victimes on compta Léonide et plusieurs de ceux que son fils Origène instruisait. Eusèbe, H. E., 1. VI, c. i-v, P. G., t. xx, col. 521-533. En 249, sous le règne bienveillant de Philippe, une émeute des païens coûta la vie à la vierge Apollonie et à de nombreux fidèles. Eusèbe, op. cit., 1. VI, c. XLI, col. 605-012. Avec Dèce (250-253), la persécution s'étendit jusqu'aux bourgs les plus reculés de la Thébaïde. Eusèbe, op. cit., 1. VI, c. xli, xui; 1. VII, c. xi, col. 608-616, 661-673. Les chrétiens d'Alexandrie se vengèrent sous Gallus, à l'occasion de la peste, en poussant leur charité jusqu'à l'héroïsme : pour s'être prodigués autour des cadavres et des moribonds, plusieurs centaines d'entre eux devinrent les martyrs de leur dévouement et l'Eglise les honore au 28 février. Eusèbe, op. cit., 1. VII, c. xxn, col. 685-692. L'épidémie disparue, la persécution recommença. Eusèbe, op. cit., 1. VII, c. i, col. 640. Quelques années plus lard, en 257, à la suite du premier édit lancé par Valérien, les cachots regorgèrent de confesseurs et lous les chemins de l'exil en virent passer.
Eusèbe, op. cit., 1. VII, c. xi, col. 662-674. lui 304, Dioctétien publia son quatrième édil el dis Mois de sann rougir en! l'Egypte, depuis la mer jusqu'aux frontières méridionales de la Thébaïde. Eusèbe, op. cit., 1. VIII,
c. vin, ix, x, col. 757-760. Le sang coula de nouveau en '.HU6 et 307. Eusèbe, op. cit., 1. VIII, c. ix, x, col. 700- 768. Il coulait encore à Canope, le 31 janvier 312, des veines de saint Cyr et de saint Jean. Acta SS., t. il jan., p. 1081. En dehors des fidèles immolés sur le sol égyptien, l'Eglise alexandrine eut de nombreux enfants immolés ailleurs. Eusèbe, op. cit., 1. VIII, c. vi, col. 756. Elle en eut, par exemple, à Tyr. Eusèbe, op. cit.,\. VIII, c. vu, col. 756-757. Elle en eut de même à Césarée. Eusèbe, De martyr. Palest.,c. XI, P. G., t. xx, col. 1497- 1512. Elle en eut surtout à Agaune où tout un groupe de soldats recrutés dans la Haute-Egypte et connus depuis sous le nom de légion thébéenne, périt le même jour. Je ne dis rien de sainte Catherine : si elle appartenait à l'histoire, un dictionnaire de théologie devrait la signaler au premier rang des martyrs alexandrins, car elle est honorée dans certains ordres religieux, comme la patronne des études philosophiques et théologiques. Voir P. Allard, Histoire des persécutions, 5 volumes, passim.
Le triomphe du christianisme ne mit pas tout de suite un terme aux massacres de chrétiens en Egypte. On compta des martyrs à Alexandrie en 341 ou 342, sous le règne de Constance et le gouvernement de Philagre; saint Gallican y souffrit au temps de Julien en 362; les ariens y ensanglantèrent l'église Saint-Théonas en 372; les adorateurs de Sérapis y firent des victimes en 390.
Mais ce n'est pas de ces martyrs que l'Egypte chrétienne est surtout lière. Sa principale gloire lui vient de ses initiatives monastiques et de la multitude vraiment prodigieuse d'anachorètes et de cénobites qui peuplèrent ses déserts. Les origines du monachisme sont mal connues : un fait certain pourtant, c'est que l'enthousiasme pour la vie parfaite éclata tout d'abord sur les rives du Nil. Cette vie revêtit plusieurs formes : avec saint Paul on eut la forme érémitique dans toute sa grandeur sauvage; avec saint Pakbome la forme cénobitique dans toute son harmonieuse régularité. Cf. P. Ladeuze, Etude sur le cénobitisme pakhomien, in-8°, Louvain, 1898. Saint Antoine (-j- 356) servit d'intermédiaire de l'une à l'autre : solitaire au début de sa carrière, il ne put empêcher plus tard les disciples d'accourir autour de lui et de fonder une sorte de communauté à Phaïoum, dans la Thébaïde. Le nom de Tabennisi, le premier-né des monastères, est attaché à celui de Pakhôme; Nitrie, dans la Basse-Egypte, abrila les congrégations établies par Ammonius; Scété se peupla d'ascètes au premier rang desquels figurent Macaire l'aîné (f 390) et Macaire le jeune (f 394). Les chrétiennes d'Egypte imitèrent leurs frères : le nombre de leurs couvents fut considérable dans toutes les solitudes, et c'est au copte, langue indigène, qu'elles doivent un de leurs noms les plus répandus, celui de nonnes, qui veut dire chastes. Sainte Synclétique marche à la tète de ces vierges et de ces veuves. Voir Anachorètes, Monachisme, Antoine, etc.
IX. Du concile de Nicée a celui de Chai.cédoine. — Les paragraphes qui précédent nous ont entraînés, à la suitedes liturgies, du martyrologe et du monachisme, bit n m delà de 328: revenons en arrière et reprenons la liste des successeurs de saint Marc. Athanase s'offre le premier (328-373). Sa figure qui domine tout un demi-siècle sera présentée au lecteur dans un article spécial. On y verra quelles vicissitudes traversa l'Église égyptienne d'alors et comment le pouvoir civil s'unit à l'arianisme pour faciliter la quadruple intrusion sur le siège alexandrin de l'istus, de Grégoire, de Georges et de Lucius. Les combats soutenus par Athanase contre les empereurs et 1rs prélats courtisans constituent les premières manifestations de la rivalité, ecclésiastique en apparence, politique dans le fond, qui devait tenir si longtemps Alexandrie et Constantinople en guerre ouverte l'une contre
l'autre. Quand paru! Constantin, la suprématie religieuse en Orient appartenait sans conteste à Alexan-
ALEXANDRIE (ÉGLISE D'
drie. Menacée par la fondation sur le Bosphore d'une capitale nouvelle, cette suprématie fut définitivement compromise lorsque Théodose Ier, renonçant aux palais de Nicomédie comme à ceux d'Antioche, fixa la cour d'une manière effective et permanente à Constantinople. Elle succomba tout à fait dés que l'exemple d'Arcadius et de Théodose II, qui ne parurent jamais à la tête des légions, eut permis aux premiers princes byzantins de rester enfermés dans leur ville impériale et d'y consumer leurs vastes loisirs à discuter de théologie. Les évoques d'Alexandrie se défendirent vaillamment contre leurs rivaux du Bosphore. Pierre II (373-4 février 381) imita son prédécesseur Athanase : il lutta comme lui contre Valens et comme lui courut chercher un refuge à Borne. Son dernier acte fut d'affirmer les prérogatives alexandrines en intervenant, sous Théodose Ier, dans les affaires ecclésiastiques de Constantinople. Timothée,son frère, lui succéda : il soutint Maxime le Cynique contre Grégoire de Nazianze et profita du IIe concile œcuménique pour amener la retraite du saint docteur. On a de Timothée 63 réponses canoniques. Pitra, Juris eccl. Grœc. hist. et mon., t. i, p. 630-645. Théophile (395- 15 octobre 412), Cyrille (412-28 juin 444) et Dioscore (444-451) virent les derniers beaux jours de l'Egypte chrétienne. Ils seront tous trois l'objet d'une étude particulière, mais je dois noter ici les triomphes, tantôt glorieux, tantôt regrettables, qu'Alexandrie remporta par eux sur Constantinople. Théophile ordonna Jean Chrysostome en 398 et le déposa au conciliabule du Chêne en 403. Cyrille présida en 431 le concile œcuménique d'Éphèse qui lança l'anathème à Nestorius. Dioscore dirigea le brigandage de 4i9 en faveur d'Eutychès contre Flavien. Cette victoire fut sans lendemain. En 451, les Pères de Chalcédoine, non contents de condamner Dioscore et le monophysisme, élevaient l'évëque de la ville impériale au-dessus de tous ses collègues orientaux. Dès ce jour, le fossé qui séparait Alexandrie de Constantinople devint un abîme. Furieux contre un concile dont le 28e canon était la prééminence à leur Église, mal disposés contre l'autorité impériale qui avait convoqué et qui soutenait ce concile, les chrétiens du Nil ne trouvèrent rien de mieux, pour marquer leur mécontentement, que d'embrasser en masse l'hérésie proscrite. Ils se firent monophysites et se proclamèrent coptes, c'est-à-dire égyptiens d'Egypte : aux grecs, fonctionnaires ou marchands, qui restaient sur leur sol, fidèles au dogme catholique, ils donnèrent le sobriquet de melkites, qui signifie impériaux.