‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 315 sur 536 · L'ÉCOLE ET SES MAITRES. EXPOSÉ CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE ET SES MAITRES. EXPOSÉ CHRONOLOGIQUE

'1° L'école. — D'après une ancienne tradition (Eusèbe, 11. E., il, 16, P. G., t. xx, col. 173; S. Jérôme, De vir. illustribus, vm, P. L., t. xxiii, col. 654), l'évangéliste saint Marc aurait fondé l'Église d'Alexandrie. Le christianisme y fit de rapides progrès ; et cette ville devint bientôt la métropole de l'Orient chrétien et lettré. Dans l'antique capitale des Ptolémées abondaient les ressources d'une haute culture scientifique : centre intellectuel où s'unissaient les influences orientales et occidentales. De bonne heure , suivant le témoignage d'Eusèhe, H ip/aiou eôo-j;, H. E., V, 10, P. G., t. XX, col. 453, il exista une institution scolaire portant le titre

d'école des catéchumènes, tt,ç xa-rr|-/TJ<T£io; 6iSaaxa>,eïov. Eusèbe, H.E.,\i,'S, P. G., t. xx, col. 528 sq. Dans la seconde moitié du il' siècle, elle prend une grande importance et devient une véritable école de théologie scientifique. D'après toutes les apparences, cette école est une dépendance de l'Église. L'évéque intervient dans la nomination et la révocation de ses chefs : elle a un caractère officiel ou semi-officiel. De la sorte, elle semble la première institution de ce genre, ayant avec l'Eglise d'étroites relations; les écoles de Justin, Tatien, etc., étaient plutôt des écoles privées. Harnack, Realencyclopàdie fur protestantisclie Théologie, 3e édit., Leipzig, 1896, art. Alexandria. Autant que nous pouvons en juger, du temps d'Origène, l'organisation parait avoir été des plus rudimentaires. Point de local déterminé, semble-t-il; on se réunissait à la maison du maître, à une heure quelconque de la journée. Pas d'appointements, mais des libéralités privées — du moins dans cette période primitive du n* et du me siècle. Un riche Mécène, Ambroise (voir Mor Batiffol, Anciennes littér. chrét. ; la littérature grecque, Paris, 1897, p. 182) entretenait pour Origène tout un personnel de scribes : « Sept tachygraphes et plus, qui se relevaient à tour de rôle, écrivaient sous la dictée d'Origène : il y avait autant de bibliographes, et aussi des jeunes filles exercées à calligraphier. » Eusèbe, H. £.. vi, 23, P. G., t. xx, col. 576.

Le recrutement des auditoires se faisait dans les milieux les plus divers : étudiants de toute condition et de tout âge, idolâtres aussi bien que catéchumènes et chrétiens baptisés. Dans son Panégyrique, saint Grégoire le Thaumaturge nous donne quelque idée du programme des études : vaste encyclopédie, où l'esprit se formait d'abord par une culture générale des sciences, puis étudiait et commentait les écrits des poètes et des philosophes de toute école. Il n'y avait d'exclusion que pour les épicuriens. Platon et Aristote étaient tenus en grande estime. La préoccupation morale pénétrait et dominait tout cet enseignement. Surtout, l'effort total semblait converger vers la méthode dialectique. Sans doute, il faut entendre par là une méthode avant tout préoccupée de distinguer et de définir les notions fondamentales de la morale et de la religion.

2° Les maîtres. — La direction de l'école était confiée à un chef, dans certains cas assisté d'un coadjuteur. C'est ainsi que se succédèrent : Pantène (finalement assisté par Clément), Clément, Origène (avec l'aide d'Héraclas), Héraclas et Denys, puis probablement Théognoste, Pierius, Sérapion, Pierre, Macaire ('?), Didyme et Rhodon.

La critique actuelle rejette le témoignage de Philippe de Side suivant lequel Athénagore aurait précédé Pantène. De Pantène nous savons fort peu de chose. D'après Eusèbe, H. E., v, 10, P. G., t. xx, col. 453, c'est un stoïcien converti, quelque temps occupé à propager le christianisme dans les Indes. Clément, qui se donne pour son disciple, Hypotyposes, dans Eusèbe, H. E., vi, 13, ibid., col. 548, parle d'ailleurs dans ses Stromates, i, 1, P. G., t. vin, col. 700 : « De ces hommes saints et dignes de toute louange dont il a eu le bonheur d'être le disciple; l'un en Grèce, il était Ionien; deux autres en grande Grèce, l'un était de Cœlé-Syrie, le second d'Egypte; deux autres en Orient, l'un d'Assyrie, l'autre un Hébreu de Palestine. Mais celui que j'ai rencontré le dernier et qui était le premier pour la valeur, je le trouvai caché en Egypte, et n'en ai plus cherché d'autre que lui. » Ge dernier semble bien être Pantène.

Sans doute originaire d'Alexandrie et païen converti, Clément succède à son maître vers 190. Origène, d'abord son disciple, le remplace durant la persécution de Septime Sévère. A cette époque, Clément semble avoir quitté Alexandrie sans retour. Il mourut vers 215. H avait composé de nombreux ouvrages, dont nous possédons encore : le Protrepticos (avertissement aux Grecs],

ALEXANDRIE (ÉCOLE CHRÉTIENNE D'

le Pédagogue ; les Stromates (tapisseries), et le court traité : Quis dires salveturf (Quel riche sera sauvé?) Voir Clément d'Alexandrie. •

Son successeur, Origéne, porta au plus haut point la renommée de l'école catéchétique. A peine âgé de dixhuit ans, il en était le chef. Après deux périodes d'enseignement, entre lesquelles il faut placer une visite à Rome et un premier séjour à Césarée de Palestine (215), Origéne séjourna de nouveau à Césarée et fit un voyage jusqu'à Athènes. Lorsqu'il revint à Alexandrie (231), Démétrius le fit déposer. Il se retira à Césarée de Cappadoce et emprisonné sous la persécution de Dèce, mourut à Tyr en 253, par suite des mauvais traitements subis. Son activité littéraire avait été incomparable. Voir Ori- Gène.

En 231, Héraclas lui avait succédé. Mais il fut remplacé lui-même, dans la fonction de catéchéte, par Denys, disciple d'Origène et converti par ce dernier. Érudit profond, philosophe remarquable, le nouveau chef de l'école suivit souvent les traditions de son maître, autant que nous pouvons le savoir par des fragments conservés. Il illustra le siège épiscopal d'Alexandrie (248-264). Saint Basile lui donne le nom de Grand. Epist., CLXXXvm, P. G., t. xxxn, col. 668. Ses successeurs furent probablement Théognosteet l'ierius, d'après Photius et l'Apologie pour Origéne. Voir Mflf Batillol, Anciennes littératures chrétiennes ; la littérature grecque, p. 184-185, Paris, 1897. Au cours du IVe siècle l'école semble perdre son importance et disparaître graduellement, malgré l'éclat passager que jeta l'aveugle Didyme, prodige de science encyclopédique, dont la réputation fit venir à Alexandrie Rufin et Jérôme. Les Pères Cappadociens recueillent, dans leur dogmatique, l'héritage intellectuel des Alexandrins et ils en perpétuent les éléments vraiment traditionnels.

On a récemment proposé de comprendre sous la désignation générale A' École d'Alexandrie quelques théologiens de la fin du ive siècle et du Ve siècle; le plus important est saint Cyrille d'Alexandrie. Leur caractère commun, d'après la récente critique allemande, serait « de s'être placés au point de vue antithétique de l'école d'Antioche, et d'avoir été les pères du monophysitisme aussi bien que de l'interprétation antinestorienne du concile de Chalcédoine et, de la sorte, d'avoir été les instigateurs intellectuels, Die gcisligen Urliebcr, des décisions du III* et du Ve concile ». Harnack, dans Realencyclopàdie, 3e édit. , Leipzig, 1896, article Alexandria. La formation de ce groupe, d'une part, d'autre part son rattachement à l'école catéchétique, supposent des vues systématiques, surajoutées au point de vue historique proprement dit; elles ne sauraient être considérées comme l'expression de faits positifs, acquis à la science. Voir Cyrille (Saint) d'Alexandrie.

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