V. Oblet
ALIX Ferdinand, prêtre français, né en 1740 à Frasne (Doubs). Il fit ses études théologiques à Besançon. Pendant la période révolutionnaire, il dut émigrer en Suisse. Il y publia, de 1794 à 1796, les ouvrages suivants : 1° Le manuel des catholiques ; 2° Les impies modernes; 3° Le dernier prône d'un prêtre du Jura. Son but est d'éclairer les fidèles et de les mettre en garde contre
les évêques intrus et schismatiques. Il revint en France après la conclusion du Concordat et fut nommé à la cure de Verceil (diocèse de Besançon). C'est là qu'il mourut, le 4 février 1825.
Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1855; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1895, t. m, col. 736.
ALLATIUS Léon, savant grec du xvne siècle, dont la biographie est encore à écrire. Quoique d'une notoriété universelle, son nom est loin de présenter dans tous les pays la même orthographe. Tandis que nous disons communément Allatius, les Italiens écrivent Allacio ou Allacci et les Grecs 'AXXiuoç. Toutes ces formes sont également légitimes, chacune pouvant se réclamer de la signature de l'auteur. Celui-ci aurait dû, conformément à l'étymologie, écrire Halacius ou Halacis, du grec vulgaire 'AXâi-Çr)?, saunier, sobriquet que son père Nicolas fut le premier à porter, au lieu de son patronymique Vestarchis. C'est du moins ce qu'affirme Etienne Gradi. Né à Chio,en 1586, du mariage de Nicolas Allatius avec Sébaste Neuridis, Léon montra, dès ses plus jeunes années, un goût très vif pour l'étude, malgré l'extrême délicatesse de sa constitution. Telle était sa maigreur qu'on l'avait surnommé Y Asperge. Il étudia d'abord auprès de son oncle maternel, Michel Neuridis, pédagogue excellent, mais sévère, qui, pour mieux faire entrer la leçon, usait largement du fouet. C'était, au demeurant, un homme de grand conseil et, comme tous ses compatriotes, fort habile en affaires. Lorsque Clément VIII avait envoyé à Chio, pour y fonder un collège, les deux jésuites Vincent Castagnola et Georges Giustiniani, il n'avait cru mieux faire que de leur adjoindre le jeune Michel Neuridis, qui venait d'achever sa philosophie au collège grec de Rome. Revêtant pour la circonstance l'habit religieux, Neuridis enseigna le grec à ses compatriotes dans la nouvelle maison des jésuites. Au bout de trois ans, il repartit pour Rome, emmenant avec lui son neveu Léon, qu'il désirait placer au collège grec. Trop jeune encore pour être admis sur-le-champ, Léon fut laissé, à Paola, entre les mains de Mario Spinelli, très lié avec la famille du P. Castagnola. Après l'avoir gardé deux ans en Calabre, Spinelli envoya son hôte à Naples, où il lui fit apprendre le latin, mais en négligeant le grec. Désireux de combler cette lacune, Léon demanda et obtint l'autorisation de se rendre à Rome. Arrivé dans cette ville le 1er novembre 1599, il entra aussitôt au collège grec de Saint-Athanase, fondé, vingt-deux ans auparavant, par le pape Grégoire XIII. Sous la direction de maîtres habiles, Léon apprit à fond le latin et le grec. Au lieu de la stimuler, ses professeurs devaient plutôt modérer son ardeur. En peu de temps, grâce à une prodigieuse mémoire, son esprit s'enrichit de tous les trésors de l'antiquité. Si vif était son amour pour la poésie qu'à l'exemple d'Ovide, il ne s'exprimait qu'en vers. Le 9 mars 1610, il soutint avec éclat ses thèses de philosophie et de théologie.
Son désir, en quittant le collège, était de rentrer à Chio, pour y travailler à l'instruction de ses compatriotes; mais Bernard Giustiniani, évêque d'Anglona, le retint à ses côtés et lui confia, bien qu'il ne fût pas dans les ordres, la charge de vicaire général. Après trois ou quatre ans passés en Lucanie, Allatius, que tourmentait sans cesse l'amour du pays natal, s'embarqua pour Smyrne et de là se rendit à Chio. L'évêque latin de l'île, Marc Giustiniani, trouva en lui un précieux auxiliaire; il n'hésita pas à le nommer son vicaire général. Lorsque, peu de temps après, Giustiniani se rendit à Rome pour s'y défendre de certaines accusations portées contre lui par une confrérie de son diocèse, il se fit accompagner d'Allatius. Celui-ci consacra à l'étude de la médecine les loisirs que lui laissaient les affaires, et il suivit à la Sapience les leçons du célèbre Jules-César Lagalla, dont il écrivit plus tard la vie. Au mois d'oc-
ALLATIUS
tobre 1616, il obtenait le diplôme de docteur en médecine. Au lieu de repartir pour Chio avec son évéque, Léon reste à Rome et devient l'hôte de Paul Regius, dont la maison est à cette époque le rendez-vous du monde savant. Attaché, en qualité d'écrivain, à la bibliothèque vaticane, il entreprend dés lors à travers les manuscrits ces fructueuses enquêtes, qu'il devait poursuivre avec une ardeur passionnée jusqu'à son dernier soupir. Le cardinal Benoit Giustiniani le fait nommer, peu après, professeur de rhétorique au collège Saint-Athanase. Mais, au bout de deux ans, l'ambitieuse rivalité et les procédés blessants d'un autre Grec, Matthieu Caryophillis, l'obligent à se retirer, au grand préjudice du collège lui-même et au vif déplaisir du cardinal Barberini, le nouveau protecteur de l'établissement. Son ancien professeur de grec, Nicolas Alemanni, qui était devenu custode de la Vaticane, lui fait confier par le pape Grégoire XV la délicate mission de se rendre à Heidelberg pour y prendre livraison de la fameuse bibliothèque palatine, offerte au Saint-Siège par Maximilien de Bavière, en retour des subsides qu'il en avait obtenus pour la guerre du Palatinat. Parti de Borne le 28 octobre 1622, Allatius y rentre le 28 juin 1623, ramenant avec lui 196 caisses remplies de manuscrits et d'imprimés précieux. Il a lui-même écrit de ce voyage un intéressant journal, publié une première fois par Chr. Baehr, dans Heidelbcrger Jahrbïtcher der Literatur, 1872, n. 31-32, et une seconde fois, par Giov. Beltrani dans la Bevista Europea, t. xxvni, p. 5-31. On a beaucoup écrit sur ce transfert de la Palatine. En dehors des ouvrages de A. Theiner, 1844, et de Baehr, 1845, il faut signaler le suivant qui épuise complètement le sujet : Curzio Mazzi, Leone Allacci e la Palatina di Heidelberg, in-8°, Bologne, 1893. Grégoire XV songeait à récompenser dignement Allatius quand il expira subitement, peu de jours après le retour de ce dernier (8 juillet). Allatius perdait en lui un protecteur qu'il ne retrouva plus dans le nouveau pape, Urbain VIII, dont il avait trop vivement critiqué les vers grecs. Il n'en resta pas moins fidèle à la science, au service de laquelle il avait voué sa vie. A défaut d'Urbain VIII, d'autres princes de l'Église romaine lui permirent par leurs libéralités de poursuivre ses travaux. Le cardinal Biscia le nomma son théologien ; Félix Contelori, successeur d'Alemanni à la custodie de la Vaticane, l'honorait d'une amitié d'autant plus vive qu'il trouvait en lui le meilleur auxiliaire pour la mise en ordre et le catalogue des manuscrits palatins. Ici s'arrête malheureusement la Leonis Allatii vita, d'Etienne Gradi, l'ami et le successeur d'Allatius. Du reste, en dehors de ses livres, cet homme célèbre n'a plus guère d'histoire. Travailleur infatigable, il mène l'existence calme et retirée du vrai savant, partageant ses journées entre l'étude et ses amis. Il entretient une correspondance littéraire avec Combefis, avec Neuhaus, avec Goar, avec tous les savants de cette époque, la plus féconde pour la science qui ait jamais existé. Tous lui demandent des consultations, et tous trouvent en lui un avis utile, un appui efficace, une direction salutaire. Certaines de ses lettres grecques ou latines sont de véritables traités, et combien agréables à lire! Les heures que lui laissent ses amis ou ses correspondants, il les emploie à traduire et à expliquer des auteurs grecs de tout genre. Il accumule chaque jour de nouveaux matériaux, car il nourrit un vaste projet que nul mieux que lui ne pouvait réaliser : celui de réunir, dans une même collection, les ouvres de tous les écrivains profanes et sacrés. La Byzantine du Louvre le compte parmi ses éditeurs. Cependant, le monde romain et les travaux qu'il y accomplit ne peuvent lui faire oublier sa patrie. Le retour à l'unité de l'Église grecque le préoccupe sans cesse. Il aborde tour à tour dans ses nombreux écrits les grandes questions controversées entre Rome et Byzance, atténuant les divergences, mettant au contraire
en relief les points de croyance et de discipline communs aux deux Églises. Non content de travailler par la plume à ce rapprochement, il soutient cette noble cause parla parole; dans son éphémère existence (1635- 1640), YAccademia Basiliana, sorte de Grœcia ortliodoxa en action où se traitent les divers points de controverse gréco-romaine, ne compte pas de membre plus assidu, ni plus actif. Cf. P. Batiffol, L'abbaye de Bossano, in-8°, 1891, p. 41. Custode de la Vaticane depuis 1661, il en remplit les fonctions jusqu'à sa mort, c'est-àdire jusqu'au 18 janvier 1669. E. Legrand a publié le testament de l'illustre savant, Bibliographie liellcnique du xvue siècle, t. m, in-8°, Paris, 1895, p. 447-459.
Les papiers d'Allatius, légués par lui au collège grec, ont passé à la bibliothèque vallicellane, où ils sont encore. Ils forment la matière d'environ 150 volumes manuscrits, dont 91 seulement sont classés et catalogués. Leur dépouillement fournirait sans doute beaucoup d'indications curieuses sur les affaires auxquelles Allatius a été mêlé, ou sur les auteurs byzantins pour lesquels il était particulièrement compétent. On y retrouverait peutêtre plusieurs de ses ouvrages considérés jusqu'ici comme perdus. Le P. Falzacappa a dressé des 91 manuscrits classés un index dont A. Berthelot a donné une analyse sommaire, dans les Archives des missions scientifiques et littéraires, 3e série, t. xm, in-8°, Paris, 1887, p. 850-854. Quant à la volumineuse correspondance de notre auteur, elle reste presque complètement inédite. « Au siècle dernier, un Chiote, Raphaël Vernazza, avait conçu le dessein de la réunir et de la mettre au jour. La mort, sans doute, l'empêcha de mener à bonne fin cette louable entreprise. Puisse un autre être plus heureux! Cette correspondance une fois publiée, on pourra songer à écrire une biographie digne d'Allatius, digne de ses éminents mécènes, digne de ses amis, digne enfin du siècle où il vécut et où il tint une si large place. » E. Legrand, op. cit., t. ni, p. 435.
Le programme de ce dictionnaire ne comporte pas la mention de tous les ouvrages d'Allatius. Écartant à dessein les écrits profanes, je me contenterai de citer, dans leur ordre chronologique, ceux qui, parmi ces ouvrages, traitent directement de questions théologiques, ou touchent à quelque point d'histoire ecclésiastique et d'archéologie chrétienne, ou qui enfin sont utiles à consulter pour la vie même de l'illustre écrivain. Je respecte naturellement, dans la transcription des titres, l'ordre et l'orthographe des éditions originales ; j'omets seulement le nom de l'auteur. J'indique aussi, pour quelquesuns d'entre eux, les réimpressions, d'un accès plus facile.
1° De Joanna Papissa Fabula Commentatio, in-4°, Rome, 1630; 2° Apes Urbanse sive de Vins ilhistribus, qui ab anno MDCXXX per totuni MDCXXXIII, Bomœ adfuerunt, ac Ujpis aliquid evulgarunt, in-8°, Rome, 16IÎ3; 3° De Psellis et eorum script is diatriba, in-8", Rome, 1634, reproduit avec rectifications dans A. Fabricius, Bibliot/ieca G rœca, in-4°, Hambourg, t. v, 1712; édit. Maries, t. x; p. 41-97; P. G., t. cxxn, col. 477-538; 4° De œtate et interstiliis in collatione ordiuum ctiam apud Grœcos scrvaiidis, in-8°, Rome, 1638; 5° De libris ccclesiasticis Grœcorum, Dissertationes duœ, in-4°, Paris, 1645 et 1646, reproduit dans la lre édition de la Bibliotheca Grœca de Fabricius, t. v; 6° De lemplis Grœcorum recentioribus ; De Narlhece Ecclesiœ veteris; nec non de Grœcorum hodie quorumdam opiuationibus, in-8°, Cologne, 1645. Les deux premiers opuscules avaient paru d'abord en appendice au traité précédent, De libris ecclesiasticis Grœcorum;!0 De Ecclesiœ occidentalis atque orientalis perpétua consensione, libri très, in-4°, Cologne, 1648. Ouvrage capital pour l'élude des relations entre les deux Églises; il contient en appendice deux dissertations : De Dominicit et hebdomadibus Grœcorum et De missa prsesanctificatonmi ; 8° Diatriba de Gcorgiorum scriplis , publiée en appendice à l'édition
ALLATIUS — ALLÉGORIES BIBLIQUES
du Louvre de Georges Acropolite, in-fol., Paris, 1631. Dissertation réimprimée par A. Fabricius, Bibliotheca Grseca, Hambourg, t. x; édit. Harles, t. xn, p. 85-102; 8° Grescise orthodoxes lomus primus, in-4°, Rome, 1652 ; tomus secundus, 1659. Morceaux tirés des écrivains grecs favorables à l'union, réédités par H. Lâmmer, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1864; 9° Symmicla, sive opusculorum , Greecorum et Latinorum, Vetustiorum ac Recentiorum, Libri duo, in-8°, Cologne, 1653. On peut voir le titre des différents opuscules que contiennent ces ■deux livres, dans l'index des dix livres des Symmicla, publié par l'auteur lui-même en 1668, et reproduit par Fabricius, op. cit., t. xiv, p. 1-21, et E. Legrand, op. cit., t. il, p. 220-236; 10° De utriusque Ecclesiee occidentales atque orientalis perpétua in dogmate de purgatorio consensione, in-8°, Rome, 1655; réimprimé par Migne, Theologise cursus comptetus, t. xvm, in-4°, Paris, 1841, p. 365 sq. L'édition originale contient en outre quatre opuscules, dont Migne n'a reproduit que le troisième, celui d'Eustrate sur l'État des âmes après la mort; 12° De processione Spiritus sancti enchiridion, in-12, Rome, 1658; 13° Symbolum magni Athanasii, in-12, Rome, 1659. Ces deux opuscules sont rédigés en grec vulgaire; 14° Librorum editorum elenchus, in-8°, Rome, 1659; 15° Joannes Henricus Hottingerus fraudis et impostures manifestée convictus, in-8°, Rome, 1661 ; 16° Vindictes synodi Ephesinse et S. Cyrilli de processione ex Pâtre et Filio Spiritus Sancti, in-8°, Rome, 1661 ; 17° De octava synodo Photiana, in-8°, Rome, 1662 ; 18° De Simeonum scriptis diatriba, in-4°, Paris, 1664; reproduite par Fabricius, op. cit., t. x, p. 296 sq. ; 19° In Roberti Creightoni apparatum, versionem et notas ad historiam concilii Florentini, in-4°, Rome, 1665; 20° Diatriba de Nilis, et eorum scriptis, en appendice à l'édition des lettres de saint Nil, in-fol., Rome, 1668, réimprimée par Fabricius, op. cit., t. x, p. 20-35.
D'autres opuscules analogues composés par Allatius n'ont vu le jour qu'après sa mort. Tels sont : 21° De Nicetarum scriptis, publié par Mai, NovaPalrum bibliotheca, t. vi b, p. 1-39; 22e De Philonibus, ibid., p. 40-71 ; 23° De Theodoris et eorum scriptis, ibid., p. 72-202.
Pour la vie d' Allatius, voir surtout Etienne Gradi, Leonis A llatii vita (restée incomplète), publiée par Mai, Nova bibliotheca Patrum, t. vi, seconde partie, p. v-xxvui, et E. Legrand, Bibliographie hellénique du xvn' siècle, in-8", t. m, Paris, 1895, p. 435-471. Les données de C. N.Sathas, NeosXXïjvcxri <piXoXoyfa, in-8% Athènes, 1868, p. 268-274, sont fort incomplètes et souvent inexactes. Quant à la biographie allatienne qui se trouve dans le livre du faux prince Demetrius Rhodokanakis, Leonis Allatii Hellas, Athènes, 1872, elle est, comme tous les écrits de Rhodokanakis, un salmigondis de détails apocryphes et ne mérite aucune créance. Cf. E. Legrand, Dossier Rhodocanakis, in-8\ Paris, 1895, p. 100 sq. La Bibliographie déjà citée de E. Legrand contient une description minutieuse de tous les ouvrages d' Allatius.