‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 357 sur 536 · OUVRAGES DE THÉOLOGIE MORALE. — 1° Opuscules SW · texte numérisé non relu

OUVRAGES DE THÉOLOGIE MORALE. — 1° Opuscules SW

le probabilisme. — Nous groupons ici les différentes dissertations du saint sur ce sujet. La première est datée de 1749, et porte ce titre : Dissertatio scholaslicomoralis pro itsn moderato opinionis probabilis in concursu probabilioris. La seconde parut en 1755, sous le même titre : ce sont les mêmes arguments développés avec plus de largeur et mis dans un meilleur ordre. Il n'existe aucun indice que l'auteur ail mis dans le commerce ces deux dissertations publiées sous le voile de l'anonymat. En 1756, nous avons sa réponse à un anonyme qui a censuré les Gloires de Marie ainsi que la Théologie morale; dans la seconde partie de cette réponse, notre saint parle très brièvement et avec beaucoup de réserve du choix des opinions.

Dès 1757, il écrivit, pour la 3e édition de la Morale, une nouvelle dissertation ayant simplement pour titre : Dissertatio de usu moderato opinionis probabilis ; elle continua à figurer dans la 4e (1760) et la 5e(Bassano, 1763). C'est d'après cette édition de 1763 qu'elle a été plusieurs fois reproduite, ce qui fut cause qu'on finit par lui attribuer faussement cette date. En comparant ces diverses dissertations, l'on remarque plusieurs différences qui nous font assister au travail de l'esprit cherchant la formule qui exprimera mieux sa pensée. En 1762, nous la trouvons définitive dans une courte dissertation sur YUsage modéré de l'opinion probable. Cet écrit, rédigé en italien, fut aussi mis en latin, et publié l'année suivante, 1763, avec quelques modifications.

Des attaques violentes, dirigées contre cet opuscule, donnèrent au saint l'occasion d'exposer plus amplement et de défendre plus vigoureusement sa doctrine. La guerre s'ouvrit par une lettre d'un anonyme, religieux, prétendant réfuter la thèse d'Alphonse. Celui-ci, sans perdre de temps, y fit (176i) Une réponse apologétique où il réfute point par point les arguments de son antagoniste. C'était, dit le père Berthe, l'escarmouche avant la bataille. Cette bataille fut engagée par un adversaire bien plus redoutable, le fameux père dominicain Vincent Patuzzi. Il publia, en septembre 1764, un opuscule sous ce titre : La cause du probabilisme, remise sur le lapis par MoT de Liguori, et de nouveau convaincue de fausseté par Adelfo Dositeo, nom de guerre de Patuzzi. C'était un pamphlet plutôt qu'un ouvrage théologique. Le saint docteur y répondit, dès janvier 1765, par une Apologie pour la défense de la dissertation sur l'usage de l'opinion probable contre les attaques d'un certain Père lecteur {professeur) qui prend le nom d'Aldelfo Dositeo. Cette apologie fut dédiée à Clément XIII.

Patuzzi répliqua par des Observations théologiques sur l'Apologie de M'JT de Liguori. 11 n'y avait guère que des redites. Alphonse, pour toute réponse, se contenta de fondre ensemble, dans un nouvel opuscule, l'Apologie et la Courte dissertation de 1762, qui l'avait motivée, et d'y réfuter en passant les quelques objections inédites. Dans ce but, il utilisa deux thèses, qu'au cours de la lutte il avait fait paraître pour établir, dans l'une : qu'une loi ne saurait avoir de force obligatoire, si son existence n'est pas établie d'une façon convaincante, ou, du moins,

plus probable que l'opinion contraire; dans l'autre : qu'une loi incertaine ne saurait imposer une obligation certaine. Cet ouvrage parut encore en 1765, avec la dédicace à Clément XIII; il porte pour titre : De l'usage modéré de l'opinion probable ; c'est le plus complet et le plus développé sur la matière.

Le saint en avait fini avec Patuzzi, mais de nouvelles attaques lui vinrent de la Sicile. Il y répond en 1769 par son Apologie de la théologie morale accusée de laxisme, comme tenant le système du probabilisme relâché qui permet de suivre l'opinion moins probable. En 1774, un certain abbé Magli, Calabrais, revint à la charge et provoqua la plus catégorique des réponses dans l'admirable opuscule intitulé : Exposé du système embrassé par l'auteur touchant la règle des actions morales.

Des dates que nous venons de rapporter, il résulte que les publications d'Alphonse sur le probabilisme doivent être divisées en trois périodes : la première, de 1749 à 1762, où la formule est bien celle du probabilisme, mais où perce une certaine hésitation motivée par le reproche de laxisme plus ou moins mérité par quelques probabilistes. La seconde, de 1762 à 1774, où le système de l'auteur est exprimé par la formule de l'équiprobabilisme qui lui parait écarter plus efficacement les opinions trop larges. Sa thèse est solidement prouvée et victorieusement vengée des attaques auxquelles elle est en butte. La troisième, de 1774 à la mort, c'est, dirions-nous volontiers, la tranquille possession de la vérité; l'exposé de la doctrine, dégagé des luttes de la polémique, gagne encore en précision. Il est facile de voir où il faut chercher la vraie pensée du saint docteur.

2° Theologia moralis. — Cet important ouvrage parut pour la première fois à Naples, en 1748, sous ce titre : Medidla theologise moralis R. P. Hermanni Busenbaum S. J. cum adnotationibus perR. P. D . Alphonsum de Ligorio adjunctis, 1 vol. in-4". Ce n'était encore qu'un essai timide où de courtes notes venaient éclaircir et compléter les formules si concises de Busenbaum; mais ces notes trahissaient un maître. Elles devinrent vite des traités complets où le texte de Busenbaum figurait simplement comme fil conducteur. La seconde édition, notablement augmentée, parut à Naples en 2 vol. in-4° (1753-1755). Les éditions subséquentes furent publiées par Bemondini de Venise en 3 vol. in-fol. sous le titre de Theologia moralis, que l'ouvrage a gardé. Les frontispices n'indiquent pas toujours le même lieu d'impression. C'est un artifice d'éditeur employé pour l'avantage du commerce.

Au fur et à mesure que les éditions se succédaient, elles s'augmentaient de nouvelles dissertations qui, pour la plupart, devinrent de simples chapitres de l'ouvrage. Nous ne nous y arrêterons pas.

Le traité qui subit le plus de modifications est celui de la conscience. La première édition ne renferme que des notes sur le texte de Busenbaum; dans la seconde, on trouve en appendice une petite dissertation : De usu moderato opinionis probabilis. Peu satisfait de ce travail, le saint publia une nouvelle dissertation en 1757 et l'inséra dans la troisième édition de sa Théologie morale. Elle reparait encore dans la quatrième et dans la cinquième (1763), mais, cette fois, ce fut contre le gré de l'auteur. En ellet, quand parut cette cinquième édition, il avait écrit (1762) la dissertation italienne De l'usage modéré de l'opinion probable, où sa pensée a trouvé sa formule définitive; il l'avait traduite en latin pour l'insérer dans la nouvelle édition, à la place de la dissertation de 1757 qui n'exprimait plus sa pensée. Par une incurie bien regrettable de l'éditeur, la substitution n'eut pas lieu. Nous insistons sur ce détail parce que la présence de la dissertation de 1757 dans la cinquième édition de la morale (1763), est de nature à égarer la critique. Le saint docteur remit sur le métier la disserta-

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tion laissée en souffrance, la perfectionna encore, et l'inséra dans la sixième édition (1767), où elle figure toujours. Dans la septième (1773), nous trouvons, à la fin du traité de la conscience, un Monilum important, où l'auteur précise encore sa pensée sur le probabilisme. Dans la huitième (1779), ce Monilum est fusionné avec le traité De systemate morali, qui, enfin, a sa forme définitive; la neuvième édition, 3 vol. in-i°, 1785, n'étant que la reproduction de la huitième.

Parmi les autres dissertations qui sont venues enrichir la Théologie morale, mentionnons les suivantes : 1° Dissertatio super abusu malcdicendi mortuis, publiée déjà séparément en 1746; —1° Dissertatio super censuris circa Immaculatam B. M. Virginis Conceptionem , 1748; —3" Dissertatio de Romani Ponlificis auctoritate et infallibilitate, 1748; — 4° Dissertatio de pista prohibitione et abolitione librorum nocuse lectionis , publiée séparément en 1754 et insérée l'année 1755 dans la deuxième édition. Il faut ajouter une double série de questions réformées par l'auteur : la première, insérée dans la deuxième édition, en compte 99; la seconde en renferme 26, dont 23 appartiennent à la sixième édition et 3 à la neuvième.

Après la mort du saint, et surtout après sa canonisation, la Théologie morale eut une diffusion telle qu'Userait difficiled'enénumererles éditions. Les Actes du doctorat (1870) en citent une cinquantaine. Le P. Gaudé en a commencé une édition critique, à Rome, en 1905.

3° Pratique du confesseur pour bien exercer son ministère, publiée en 1748 et traduite en latin sous le titre de : Praxis confessant ad bene excipiendas confessiones, en 1760. Livre d'or pour les confesseurs, il n'a pas eu moins d'éditions que la Théologie morale. Il faut dire la même chose des autres ouvrages que notre saint fit paraître sur cette branche de la science ecclésiastique. Nous le notons ici une fois pour toutes.

4° Instruction pratique des confesseurs, 3 vol. in-8° (1757j. C'est un résumé de la Théologie morale, à laquelle l'auteur renvoie presque à chaque page. A partir de la sixième édition de 1 Instruction (1765), nous y trouvons, insérée au chapitre de la conscience, la dissertation de 1762 sur l'usage modéré de l'opinion probable.

5° Homo apostolicus, traduction latine de l'ouvrage précédent (1759). A partir de la troisième édition (1770), c'est l'Apologie de 1769, traduite en latin, qui forme le traité de la conscience probable. A signaler quatre opuscules, communément reproduits comme appendices de Yllomb apostolicus : 1. Quomodo se gerere debeat confessarius in dirigendis animabus spiritualibus , traité succinct mais complet, d'une remarquable lucidité, sur le mysticisme;— 2. De assistentiaerga m oribundos ; rien n'est oublié de ce qui peut être utile à un prêtre pour assister les moribonds à leur passage à l'éternité; — 3. Examen ordinandorum ; écrit en vue de la préparation immédiate des examens d'ordination, cet opuscule est plus riche en doctrine que son titre ne semblerait l'indiquer; — 4. De nonnullis monitis notabilioribus ad confessarios et parochos, adjecta praxi orationis mentalis. Le titre indique suffisamment le contenu de ces quelques pages . Les curés et les confesseurs qui les liraient fréquemment, y puiseraient une direction salutaire pour l'exercice de leur ministère.

6° Le confesseur des gens de la campagne (1764), résumé succinct de toute la morale, suffisant, d'après le saint, pour les confesseurs des gens de la campagne, où les cas compliqués se rencontrent rarement.

7° Petit traité Sur la fréquente communion, en 1762, avec une addition en 1765.

8° Instruction au peuple sur les préceptes du Décalogue et sur les sacrements (1767). Opuscule des plus utiles pour instruire le peuple sur ses devoirs ainsi que sur les moyens de salut. 11 fut traduit en latin (1768)

sous le titre de lnstructio catechistica ad populum in prœcepta Decalogi et sacramenta.

9° Nous avons du même temps un opuscule sur les Honoraires des messes (1769), leur licéité et les abus qui peuvent s'introduire en cette délicate matière.

L'œuvre morale de saint Alphonse est une œuvre magistrale; on y trouve la solution d'une infinité de cas pouvant se produire dans toutes les circonstances de la vie. Ces différentes solutions sont étroitement liées entre elles et s'harmonisent dans une vaste synthèse. Les principes fondamentaux sont largement exposés et solidement prouvés; les conclusions particulières en découlent logiquement et portent la conviction dans les intelligences. La méthode est moins rigoureuse que celle de saint Thomas, mais une argumentation suivie se rencontre partout et n'échappe qu'aux esprits superficiels.

Son système moral opéra une révolution dans la science morale. Ce fut la défaite définitive et irrévocable des rigoristes à tous les degrés. Ce n'est pas que saint Alphonse inventât, pour se régler dans le dédale des opinions, une règle absolument nouvelle et inconnue avant lui : la vérité est de tous les temps et toujours, dans l'Eglise, l'on a su résoudre les cas de conscience selon les règles de la prudence chrétienne. Mais le saint docteur perfectionna les formules et les appuya de si bonnes raisons, qu'elles finirent par prévaloir dans l'enseignement catholique. Il ne les avait pas reçues des lèvres de ses maîtres qui enseignaient le probabiliorisme. D'abord, il avait admis leur système, l'expérience lui en montra vite les inconvénients, l'étude lui en fit voir la fausseté. Il se tourna alors du côté des probabilistes, mais avant d'embrasser leur doctrine, il voulut se rendre compte des raisons qui l'appuient. Dans ce but, il fit paraître en 1749 une dissertation dans laquelle il faisait valoir tous les arguments des probabilistes. Il s'arrêta à leur formule : Licitum est sequi opinionem probabilem in concursu probabilioris, modo illa gravi motivo nitatur, sive inlrinseco, scilicet ex ratione, sive extrinseco ex auctoritate doctorum, Peu satisfait de cette élucubration, Alphonse revient sur la question en 1755 et publie une nouvelle dissertation bien plus soignée que la première. Il conserve la même formule, mais déjà il fait une restriction : Nisi probabilitatis excessus sit notabilis. Cette restriction va être de plus en plus accentuée. Visiblement le saint a peur qu'on en prenne trop à l'aise avec la loi, trouvant toujours qu'aucune preuve n'est suffisante pour l'établir, tandis que tout argument paraîtra grave, dès qu'il est en faveur de la liberté. C'est en 1762 que, se dégageant des vieilles formules, il établit clairement son système : Cum opinio minus tuta est seque probabilis, dit-il, potest quis eam licite sequi ; par contre, non licel sequi opinionem minus probabdem quando opinio quse stat pro lege est notabiliter et certo probabilior. Le système de l'équiprobabilisme, comme on le voit, prend de plus en plus corps. Les discussions engagées pour défendre la dissertation de 1762 le mirent de plus en plus en relief; nous en trouvons la formule définitive dans la 6e édition de la Theologia moralis (1767) : Dico igitur non licere sequi opinionem minus probabilem, cum opinio quse stat pro lege est notabiliter aut certo probabilior ; dico aut certo, quia cum opinio pro lege est certo et sine ulla hsesitalione probabilior, tum opinio illa non potest esse nisi notabiliter probabilior. Par contre, cum opinio minus tuta est œque vel fere œque probabilis, potest quis eam licite sequi. Le dernier opuscule du saint sur cette matière : Exposé du système que tient l'auteur, n'est (1774) pas moins explicite. L'équiprobabilisme est donc bien le système enseigné et défendu par saint Alphonse ; c'est ce système qui donne à toute sa morale un ton de modération et de juste milieu que les souverains pontifes se sont plu à signaler bien souvent.

Après le traité De la conscience, ceux où la science et

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l'expérience du saint auteur paraissent davantage, sont ceux Du scandale et De la coopération; dans ces traités se rencontrent au même niveau et l'observation du philosophe et l'exquise discrétion de jugement du théologien. Notons encore le traité De lajusticeoù sontdiscutés et résolus nombre de cas non abordés avant l'auteur; celui De la 'pénitence où les confesseurs trouvent le guide le plus sûr à suivre. Particulièrement remarquables sont les chapitres sur les pénitents habitudinaires ou récidifs dans le péché. Ce qui caractérise l'œuvre entière, c'est la sagesse et le discernement dans le choix des opinions, avec le souci constant d'alléguer les arguments de raison et d'autorité qui l'appuient.

Plus était éclatant le mérite de la Théologie morale d'Alphonse, plus forte était l'opposition qu'on lui faisait en certains milieux. On sait les difficultés qu'il fallut vaincre, en France, au commencement de ce siècle pour s'en déclarer ouvertement partisan. Un homme surtout contribua beaucoup à l'accréditer, ce fut le cardinal Gousset, dont la Justification de la morale de saint Alphonse eut un si grand retentissement. Les vulgarisateurs se mirent à l'œuvre, et bientôt il y eut nombre de Manuels de théologie morale se faisant l'écho du maître. Citons quelques noms : Neyraguet, Compendium theologiœ moralis ex sancto Alphonso, lre édit., Lyon, 1839; Scavini, Theologia moralis universa ad mentent sancti Alphonsi, lre édit., Novare, 1835; Gury, Compendium theologiœ moralis, lre édit., Lyon, 1850; Ninzatti, Theologia moralis sancti Alphonsi, lre édit., Venise, 1879; Konings, Theologia moralis novissimi Ecclesise doctoris sancti Alphonsi, lr* édit., Boston, '1874; Aertnys, Theologia moralis juxta doctrinam sancti Alphonsi, 1" édit., Tournai, 1885; Marc, Institutiones morales alp/ionsianœ, lre édit., Borne, 1886.

Il y eut bien aussi quelques adversaires combattant comme trop sévères ou comprenant mal certaines opinions du saint. Sa doctrine fut défendue contre eux dans un livre ayant pour titre Vindicise alphonsianse, Paris, 1872. Les appréciations des hommes, on le voit, ne sont pas toujours les mêmes. Au commencement du xixe siècle on regardait la doctrine du saint comme trop large, aujourd'hui on la trouve trop sévère. L'Église ne trouve ni l'un ni l'autre. Inter implexas theologorum sive laxiores, sive rigidiores sententias, tutam stravit riant per quant Christi fidelium animarum moderatores inoffenso pede incedere possunt, dit le décret du doctorat.

il. ouvrages dogmatiques. — Ces ouvrages se divisent naturellement en différents groupes dont la seule énumération fait voir l'utilité qu'en peut tirer le théologien.

1» Vérité de la 7-eligion catholique. — Pour la démontrer, saint Alphonse a écrit : Dissertation contre les erreurs des incrédules modernes (1756); Evidence de la foi par les motifs de crédibilité (1762), et dans une forme plus populaire : Réflexions sur la vérité de la révélation divine (1773); Vérité de la foi (1767). Ce dernier ouvrage comprend trois parties : la première contre les matérialistes qui nient l'existence de Dieu; la seconde contre les déistes qui nient la religion révélée; la troisième contre les sectaires qui nient que l'Église catholique soit la vraie et unique Église.

2° Divinité de l'Église. — En dehors de l'ouvrage précédent, elle est mise en lumière par la Conduite (iilniirable de la divine Providence dans l'œuvre de la Rédemption des hommes (1775). Saint Alphonse n'est pas moins profond que Bossuet dans son Discours sur l' histoire universelle; mais il est plus populaire et rend accessibles les vérités les plus sublimes.

3° Suprématie du Saint-Siège. — Elle est solidement prouvée dans les Vindicte pro suprema Pontificis potestate advenus Febronium (1768). 11 faut rappeler ici l'intéressante dissertation insérée dans la Théologie murale : De Romani Pontificis supra concilium œcume-

nicum auctoritate, alque in fidei qusestionibus infallibilitale (1718). Ces deux opuscules, traduits en français et enrichis de plusieurs chapitres tirés de divers traités du saint, ont formé le bel ouvrage Le pape et le concile, qui a exercé une si heureuse influence sur nombre d'évêques réunis à Borne pour la célébration du concile de 1870.

4° Dogmes catholiques. — La plupart des dogmes catholiques sont exposés et défendus dans deux ouvrages importants; le premier, Traité dogmatique contre les prétendus réformés, a pour objet propre les points discutés et définis par le saint concile de Trente (1769). C'est un arsenal où abondent les armes de nature à mener bonne guerre contre les protestants. Le second, Triomphe de l'Église ou Histoire et réfutation des hérésies, 3 vol. in-8°, 1772, nous montre tout à la fois le développement historique et la preuve théologique des principaux dogmes de notre religion. A mentionner comme très utiles aux prédicateurs les Dissertations théologiques et motales sur les fins dernières (1776).

5° Grâce. — Nous croyons devoir signaler à part l'opuscule consacré à cette matière par saint Alphonse, sous ce titre : Mode d'opération de la grâce. Il parut en 1769 comme appendice au Traité dogmatique contre les prétendus réformés, et devint le complément d'un livre publié dix ans auparavant (1759) : Du grand moyen de la prière. Alphonse se plaçait en dehors des discussions passionnées qui divisent thomistes et molinistes. Il admet une double efficacité de la grâce, l'une ab intrinseco, l'autre ab extrinseco. Cette dernière, dite grâce commune, est accordée à tous les hommes et les met à même de poser des actes faciles, surtout la prière ; moyennant celle-ci, chacun peut s'assurer les grâces spéciales nécessaires pour les œuvres les plus difficiles. Cf. J. Hermann. Tractatus de divina gratia secundum S. Alphonsi M. de Ligorio doctrinam et mentent, Borne, 1904.

Les ouvrages dogmatiques écrits en italien, sont moins connus que la Théologie morale. Ils renferment cependant un riche trésor de doctrine et offrent tous les éléments d'une théologie complète, mais positive et polémique plutôt que scolastique. Ils ont été traduits en latin par le P. L. Waller, S. Alphonsi Marias de Ligorio, Ecclesise doctoris, Opéra dogmalica, 2 in-4°, Borne, 1903.

///. ouvrages ascétiques. — Dans ses ouvrages ascétiques saint Alphonse parle de tous les objets de notre culte et enseigne â tous les fidèles la pratique de la vertu, à partir du degré le plus infime jusqu'au sommet de la perfection. On s'en convaincra par la simple énumération des écrits du saint docteur; nous les rangeons sous différentes rubriques qui en feront connaître l'objet.

1° Détachement des créatures. — Les maximes éternelles, ou méditations pour chaque jour de la semaine (1752); La préparation à la mort ou considérations sur les vérités éternelles (1758) ; Méditations pour huit jours d'exercices spirituels en particulier (1761); La voie du salut ou méditations et exercices spirituels pour arriver au salut (1766).

2° Mystères de notre Rédemption. — Neuvaine de Noël (1758). Ce livre renferme bien plus que le titre n'indique. On y trouve dix discours sur l'Incarnation, un autre sur le saint nom de Jésus, des méditations pour tous les jours de l'Avent et le temps de Noël jusqu'à l'octave de l'Epiphanie. Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (1761); cet ouvrage reçut plusieurs augmentations dont la plus notable en 1773 sous le titre de Réflexions sur la Passion de Jésus-Christ. Mais le plus célèbre des livres de piété est celui des Visites au saint sacrement (1745) auquel on joint fréquemment d'autres opuscules sur le même mystère, comme les Aspirations d'amour à Jésus-Christ dans le saint

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sacrement (1761); les Traits de feu (1766); l'Octave du Saint-Sacrement ; la Neuvaine au Sacré-Cœur de Jésus (1758); la Neuvaine. au Saint-Esprit (1767).

3° Tris sainte Vierge Marie. — Après Jésus, Marie occupait la première place dans le cœur d'Alphonse. Il lit paraître dès 1730 ses Gloires de Marie, ouvrage remarquable, où se rencontrent, dans la plus parfaite harmonie, une science profonde, une vaste érudition et une affection filiale autant qu'ardente, qui ne le cède en rien aux plus fervents serviteurs de Marie. Cet ouvrage est dogmatique autant qu'ascétique; il faut remonter à saint Bernard pour trouver quelque chose de comparable sur ce sujet.

4° Mentionnons encore et de suite : Neuvaine à sainte Thérèse (1745); à saint Michel (1758); à saint Joseph (1758); pour les défunts (1775). Saint Alphonse est aussi l'auteur d'un bon nombre de Cantiques spirituels d'une délicatesse de sentiment et d'une beauté poétique vraiment remarquables. Il ne dédaigna pas de composer la musique de plusieurs d'entre eux; maintenant encore son œuvre musicale est fort appréciée par tous les connaisseurs. Il voulait surtout, par là, produire une salutaire influence sur le peuple; il y réussit pleinement : à l'heure qu'il est on chante encore ses suaves compositions.

5° Hagiographie. — Nous avons : Victoires des martyrs des premiers siècles et du Japon (1775); Vie du père Janvier-Marie Sarnelli de la C. du T. S. Rédempteur (1752); Vie de Vito Curzio, frère servant de la même congrégation (1752); Vie du père Paul Cafaro du même institut (1766); Vie de sœur Thérèse-Marie de Liguori, cousine de notre saint (1761).

6° Traités de spiritualité. — La pratique de l'amour envers Jésus-Christ (1768) est un traité complet de perfection pour les personnes de toute condition. On y sent un cœur brûlant de l'amour de Dieu et n'oubliant aucune des exigences de la vertu. Rapportons aussi à cet ouvrage La pratique de la perfection tirée des enseignements de sainte Thérèse (1752), précieux opuscule où l'on trouve en peu de pages toute la synthèse de la perfection chrétienne.

Quelques sujets particuliers sont traités dans les opuscules suivants '.Manière de converser familièrement avec Dieu (1753); Conformité à la volonté de Dieu (1755) ; Repos des âmes scrupuleuses dans l'obéissance à leur directeur (1754) ; De l'espérance chrétienne (1765) ; Motifs de confiance et Avis propres à consoler et à fortifier les âmes désolées (1776); De l'amour divin et du moyen de l'acquérir (1776). Un opuscule digne d'être tout particulièrement mentionné, c'est le Règlement de vie pour un chrétien (1767). Avec une insistance qui est une note caractéristique de son ascétisme, saint Alphonse aimait à traiter de la prière; il y revient dans la plupart de ses livres, on a de lui deux opuscules spéciaux sur cette matière : Le petit traité de la prière (1758); le Grand moyen de la prière (1759) où le même sujet est développé avec plus d'étendue et d'érudition.

7° Perfection religieuse. — Nous avons : Avis sur la vocation et Encouragements aux novices pour la persévérance dans la vocation (1759); Exhortation aux religieux pour les faire avancer dans la perfection de leur état (1775). Mais le plus important de ses ouvrages sur la matière est s;ins contredit : La véritable épouse de J éstis-Christ ou la Religieuse sanctifiée par la pratique des vertus propres à son état (1760). C'est un traité absolument complet sur l'excellence et les devoirs de la vie religieuse.

8° Perfection sacerdotale. — C'est pour les prêtres que saint Alphonse a écrit le plus. Ses œuvres morales et dogmatiques s'adressent surtout à eux. Il nous reste à mentionner ce que le saint a écrit pour leur sanctification personnelle et le fructueux exercice du ministère de la prédication. La série s'ouvre par les Réflexions et

les avis aux évêques pour le bon gouvernement de leurs diocèses (1745) ; notons aussi le Règlement pour les séminaires (1762). Le plus important des ouvrages de cette catégorie est Selva ou recueil de matériaux pour les sermons et instructions d'une retraite ecclésiastique (1760). C'est un traité complet de perfection sacerdotale, écho fidèle de ce que les docteurs et les saints ont écrit sur cette matière. Un volume entier est consacré aux Exercices des missions, on y trouve un traité d'éloquence sacrée des plus pratiques. Vient ensuite un Recueil de sermons (1771); les idées y sont abondantes et bien choisies, mais en abrégé ; à chaque prédicateur de leur donner les développements nécessaires. Deux opuscules, publiés la même année sous forme de lettres, exposent les vues de notre saint sur La manière de prêcher et L'utilité des missions.

Les deux grandes obligations du prêtre sont la célébration de la sainte messe et la récitation de l'office divin; nous avons sur ces matières : Des cérémonies de la messe, avec une double série d'actes pour la préparation et l'action de grâces (1761); La messe et l'office dits à la hâte (1761); Du sacrifice de Jésus-Christ avec une courte explication des prières de la messe (1775) ;. Traduction des psaumes (1774), travail d'un rare mérite, qu'il faut étudier pour le bien apprécier.

De cette simple énumération ressort évidemment le caractère d'universalité des ouvrages ascétiques d'Alphonse. Il a écrit sur tous les points de la spiritualité et s'adresse à toutes les catégories de personnes : prêtres, religieux et simples fidèles. Ces ouvrages se présentent à nous avec un caractère spécial d'autorité. C'est tout d'abord l'autorité de la tradition. De chacun des livres du saint on peut affirmer ce que dit M3r Gaume de Selva. « Ce n'est point ici la pensée d'un homme qui vous est donnée pour règle de la vôtre, c'est la pensée des siècles. Ce n'est point l'évêque de Sainte-Agathe des Goths, c'est la tradition tout entière, qui prêche, qui instruit, qui commande, qui encourage et qui effraie. Ce livre est comme une tribune sacrée du haut de laquelle parlent tour à tour les prophètes, les apôtres, les hommes apostoliques, les martyrs, les solitaires, les plus illustres pontifes de l'Orient et de l'Occident, les maîtres les plus habiles... en un mot, l'antiquité, le moyen âge, les temps modernes. »

A l'autorité de la tradition vient se joindre celle de la science. De prime abord on serait tenté de s'y tromper; Alphonse a horreur de l'apparat scientifique : il ne cherche pas à paraître savant, il veut donner la vérité aux âmes, et il sait la présenter avec tant d'art que l'intelligence est subjuguée avant d'avoir songé à discuter. Pas d'assertion qui ne soit accompagnée de sa preuve, mais elle est si naturelle, si bien proportionnée au sujet, si bien fondue dans l'exposé même de la doctrine, qu'on lit sans fatigue et qu'on acquiert une haute science sans presque s'en douter. Cette manière simple et facile de mettre les vérités les plus relevées à la portée des esprits ordinaires est un trait caractéristique de saint Alphonse et range ses ouvrages de spiritualité à côté de l'Imitation.

Peu de livres ascétiques peuvent être comparés à ceux de notre saint docteur, au point de vue de l'utilité. Sa grande expérience de missionnaire, de confesseur , d'évêque, lui avait fait discerner les vérités les plus propres à convertir, à sauver, à sanctifier. Ses livres n'en contiennent pas d'autres : ils forment un banquet où abondent les mets sains et nourrissants, mais d'où sont bannis les friandises et les apprêts qui faussent le goût.

Et quel est son système ascétique? Il est simple comme l'Évangile : aimer Dieu de tout son cœur et le servir en pratiquant les vertus, soit communes à tous les fidèles, soit propres à l'état de chacun; prier sans cesse pour obtenir la grâce de toujouis accomplir ce double

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