V. Oblet
ABERCIUS (inscription d>). — I. Texte et traduction. II. Historique. III. Interprétation. IV. Importance.
I. Texte et traduction. — Voici d'abord le lextc, dans lequel nous imprimons en lettres capitales les parties dont on a l'original même sur le marbre.
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Çeôv ?v' à'/to xaipcii o-couaroç sv&a 6éiiv o'j'vof/. 'A6spy.io; (ôv ô u.a6r)Tï|Ç tuoi[xsvo; àyvoîj ô; êôaxE! TtpoSdcTiov àyÉXaç opsacv Ttsoiot; te, 5 ooôaXjAou; oç syEt |xsyo<),ou; tw/tt) xaQopûvTaç. oûto; y"P (*•' èSt'SaSe... ypâ[j.(iaTa mata, EIS PÙMHv Ôç eue^ev EMEN BASIAe-.av à9pr,o-ai KAI BASIAI2o-av Îoeïv -/pu<xôo-TOAON XPu<touéo
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TaOra TTapEdxwç eIttov à^Épxio; â>ôs ypacp^vai.
âëSo;j.r)vcoiTTbv etoç xat Ss-jteoov t^ov àXr|6a>ç.
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si 3 ouv ptoij.at'tov Tajj.se'<o Gr^st 8e<7y iXta ypuixâ
y.a'i y pï)(TT^ irxrpîô'i ispoudXEi yjj.iot y^vaî.
Nous traduisons :
Citoyen d'une cité distinguée j'ai fait ce [tombeau] de mon vivant, afin d'y avoir un jour pour mon corps une
[place ; mon nom est Abercius ; je suis le disciple d'un pasteur pur, qui pait ses troupeaux de brebis par monts et plaines, 5 qui a des yeux très grands qui voient tout. C'est lui qui m'enseigna les écritures fidèles, qui m'envoya à Rome contempler la [cité] souveraine et voir la reine aux vêtements d'or, aux chaussures d'or. Je vis là un peuple qui porte un sceau brillant.
10 J'ai vu aussi la plaine de Syrie, et toutes les villes, et Nisibe par delà l'Euphrate. Partout j'ai eu des confrères, j'avais Paul pour... Et la foi -partout me conduisait. Partout elle me servit un. poisson de source, très grand, pur, qu'a péché une vierge pure.
15 Elle le donnait sans cesse à manger aux amis, elle a un vin délicieux, elle le donne avec du pain. Abercius, j'ai ordonné d'écrire ces choses ici à l'âge de soixante et douze ans véritablement. Que le confrère qui comprend prie pour Abercius.
20 On ne doit pas mettre un tombeau au-dessus du mien : sinon deux mille pièces d'or [d'amende] pour le fisc romain, mille pour ma chère patrie Hiéropolis.
II. Historique. — Tillcmont s'exprime ainsi au sujet do saint Abercius : « Le nom de saint Aberce est célèbre parmi les Grecs, qui en font un office solennel le 22 d'octobre. Les Latins ne l'ont pas connu, et son nom
ne se trouve point dans les anciens martyrologes. Baronius l'a mis dans le romain au mesme jour qu'en font les Grecs. Il dit avoir eu entre les mains une lettre de ce saint à M. Aurèle, traduite du grec, et pleine d'un esprit apostolique. 11 promet de la donner dans ses Annales; mais au lieu de le faire, il se plaint qu'elle luy estoit écbappée d'entre les mains, et qu'il ne l'avoit pu retrouver. » Mém. hist. eccl., Paris, 1701, t. n,p. 299. Et plus loin, p. 621, le même critique rappelant que Baronius assure qu'il s'est glissé dans la vie grecque d'Abercius plusieurs choses qu'on ne saurait approuver : « Il pourroit bien, dit-il, avoir eu particulièrement en vue l'épîtaphe qu'on prétend que le saint dicta luy mesme. Car il est assez étrange qu'un saint évesque âgé de soixante-douze ans, et près de mourir, qu'on nous dépeint comme un homme tout apostolique, ordonne de graver sur son tombeau qu'il a esté envoyé à Borne pour y voir des palais, une impératrice toute couverte d'or jusqu'à ses soûliez, et un peuple orné de bagues magnifiques; qu'il défende d'enterrer personne au-dessus de luy; et qu'il ordonne que qui le fera, payera deux mille pièces d'or au thrésor impérial, et mille à la ville d'Hierapie. Ce ne sont pas là les pensées ordinaires des saints quand ils se préparent à la mort. » Si nous avons reproduit ces lignes de Tillemont, ce n'est point pour le facile jeu de railler la critique interne, mais pour remarquer que les critiques ecclésiastiques dans l'étude de l'épitaphe d Abercius ont eu pour premier sentiment la défiance.
Dom Pitra fut le premier à bien juger de la valeur de cette épitaphe, que De Bossi devait qualifier plus tard de epigramma dignilate et pretio inter christiana facile princeps. Boissonade, Anccd. grœc, Paris, 1833, t. v, avait publié le texte grec de la Vita Abercii. Dom Pitra passa outre aux scrupules jansénistes de Tillemont en savant qui, comme on l'a dit, trouvait à l'épitaphe de la Vita « une saveur de symbolisme primitif inconnue aux apocryphes »;il l'isola de la prose, où elle était enfermée, et n'eut pas de peine à y découvrir un texte métrique qui n'était pas sans de saisissantes analogies avec l'inscription de Pectorius d'Autun; il la publia dans son Spicileghim Solesmense, Paris, 1855, t. m, p. 533. Les bollandistes, en 1858, au t. vin des Acta sanclorum d'octobre, p. 515-519, rééditèrent le texte grec de la vie d'Abercius et commentèrent l'épitaphe dans le même sens que dom Pitra. L'auteur de la Vie grecque n'eût pas été de force à inventer de toute pièce l'épitaphe métrique de son saint. On ne peut même douter qu'il ait eu une inscription réelle sous les yeux quand il écrit (n. 40) : « Abercius prépara son tombeau, une pierre quadrangulaire de hauteur égale à la largeur, et sur cette pierre l'autel... sur lequel il grava l'épitaphe que voici. » Benan, qui ne croyait pas pouvoir donner droit à une mention à cette épitaphe, se bornait à noter que les « actes fabuleux » d'Abercius semblaient avoir été fabriqués sur le vu d'épitaphes d'Hiéropolis. Urig. du christ., 1879, t. VI, p. 432.
Trois ans plus tard, une première découverte épigraphique apportait un premier contrôle en faveur de notre épitaphe. M. Bamsay, explorant un petit canton de Phrygie, la vallée de Sandukly, y trouvait les restes de trois cités antiques, dont la seconde était connue dans l'histoire du montanisme, Brouzos, Otrous, Hiéropolis; et au petit village de Keleudres, sur une colonne de pierre devant la mosquée, il relevait une inscription grecque métrique, dont ïoici le texte et la traduction :
èJxXEy.rr,; itd[Xe]io; ô Tzo\zi[xr^ t]o0î' STroiV,[o-a Çû>v ï]v' s-/to <pavep[ô>;] <jà>p.cx.-coç È'vOa Ôsciv. 0'j'vo[i"A)iÇavSpoç 'AvT[w]viou [/.a8ï]TY|ç«ot|Aévo; â^voû. oO |jt.svTOt cTÛ(iëa> tiç éfJLtii ÊTSpôv Tiva Gr,<7£:. 5 e! 3* o5v Pa>p.at'ci>v rafiSt'o) 8r)T£i ôio--/st'Xia [yjpuaà xoù Mpl""*) wxTpfot 'IepoitdXsi [yJsc'Xta [yjpuaâ
ÈypâçT) ETEi t' [J.r\vi ç' Çdvroç.
eïprçvï] napâyouo-iv xai u.v[ria]y.op.Évo'.; «spi V([jJ.]tiiv.
ABERCIUS
GO
« Citoyen d'une ville distinguée, je me suis préparé ce monument [de mon vivant] pour que mon corps y repose noblement. Je m'appelle Alexandre fils d'Antoine; je suis disciple d'un pasteur pur. On ne devra pas mettre un autre tombeau au-dessus du mien, sous peine d'amende : pour le fisc romain deux mille pièces d'or, pour ma noble patrie Hiéropolis mille pièces d'or. Ecrit l'an 300, le sixième mois, de mon vivant. Paix aux passants et à ceux qui se souviennent de moi. « L'an 300 de l'ère adoptée à Hiéropolis, correspondant à l'an 216 de l'ère chrétienne, on avait là un texte de comparaison pour authentiquer et pour dater l'épitaphe d'Abercius. Car l'épitaphe d'Alexandre, fils d'Antoine, était dans sa partie métrique un grossier plagiat de l'épitaphe d'Abercius. En outre elle était l'épitaphe d'un chrétien. Car l'acclamation « Paix aux passants » est spécifiquement chrétienne. Ramsay, Bull, de corresp. hellénique, t. \i, p. 518; Duchesne, Bull, crit., t. m, p. 135.
Cette première découverte fut suivie, l'année suivante, d'une seconde plus décisive. Revenu en Phrygie en 1883, M. Ramsay trouva près d'Hiéropolis, dans le mur d'un bain public, deux fragments épigraphiques qui n'étaient autres qu'une portion de l'épitaphe d'Abercius. De ces deux fragments, M. Ramsay emporta l'un à Aberdeen. Quant à l'autre, De Rossi suggéra au patriarche des Arméniens catholiques de le faire offrir à Léon XIII, à l'occasion de son jubilé épiscopal, par le sultan Abdul- Hamid II, ce qui eut lieu en février 1893. M. Duchesne ayant suggéré une pensée semblable à M. Ramsay, les deux fragments se trouvent actuellement réunis au musée du Latran.
Les érudits, soit catholiques, soit anglicans, soit luthériens, s'empressèrent d'étudier avec plus de soin l'inscription, dont l'authenticité- venait ainsi d'être mise hors de doute. A quelques différences d'interprétation près — divergences insignifiantes — ils furent unanimes à tenir l'épitaphe pour un monument de la fin du IIe siècle et pour un témoin de première valeur de la foi catholique, notamment en ce qui touche au baptême, à l'eucharistie, à la conception virginale.
Mais il n'est conclusion si assurée que certaine critique n'hésite à lui substituer les plus paradoxales conjectures. L'Académie des sciences de Derlin entendit, le 11 janvier 1894, la lecture d'un mémoire de M. Ficker, jeune professeur à l'Université de Halle, où l'auteur s'appliquait à démontrer que l'épitaphe d'Abercius était une inscription païenne, épitaphe d'un prêtre de Cybèle. M. Duchesne, dont le nom était dès lors attaché à l'exégèse de l'épitaphe d'Abercius, railla sans merci l'hypothèse du jeune professeur. « M. Ficker, put-il conclure, a sans doute voulu rire et dérider aussi l'Académie de Eerlin. » Bull, crit., 1894, t. xv, p. 117. « Comment traiter sur un ton sérieux, écrivait de son côté M. De Rossi, et discuter comme dignes de controverse scientifique de tels rêves? » Bull, di archeol. crist., 189i, p. 69. A ce moment, M. Harnack crut devoir proposer une distinction. Il y avait dans l'épitaphe d'Abercius des traits chrétiens, incontestablement, mais ces traits étaient contredits par d'autres qui ne l'étaient pas ou qui l'étaient moins : qu'est-ce que ce pasteur « aux grands yeux dont les regards atteignent partout »? N'est-ce pas un mythe solaire? Pourquoi envoie-t-il Abercius à Rome voir un roi (paaO.îja) et une reine? Pourquoi le berger ne serait-il pas Attis- Hélios et la vierge pure Cybèle? De ces doutes, M. Harnack croyait pouvoir induire que l'épitaphe d'Abercius représentait un syncrétisme des mystères chrétiens et d'un culte solaire, syncrétisme sans autre attestation d'ailleurs : Abercius devait avoir été un païen gnoslicisant. On aurait eu tôt fait de dissiper les doutes de M. Harnack et de lui montrer que l'identification du pasteur et d'Attis ne reposait sur aucune base, ce que
firent au mieux M. Duchesne et M. Wilpert; mais un nouveau système parut. M. A. Dieterich, professeur d'archéologie à l'Université de Marbourg, imagina que, l'empereur Héliogabale ayant fait célébrer en 220 le mariage de son dieu syrien Elagabal avec l'Astarté de Caithage, Abercius, prêtre d'Attis, avait été envoyé à Rome par son dieu pour prendre part à la cérémonie des noces du soleil et de la lune. Il vint à Rome; il vit une pierre (Xaov) marquée d'un sceau brillant, la pierre noire d'Emèse, le dieu Elagabal; il vit le grand dieu et la grande déesse, le roi et la reine. Quant à lui, il était de la confrérie des \j.o.%t\xol\ Ttoiptivoç àyvoO, Attis, comme l'était son contemporain Alexandre fils d'Antoine ; il fut conduit partout par Nestis, qui est le nom d'une divinité sicilienne, divinité des eaux, qui a nourri Abercius de poisson en des repas cultuels mystérieux. L'explication adéquate était enfin trouvée, qui lit dire à M. Salomon Reinach, non sans atticisme : « C'est M. Dieterich qui a raison : il a mis dans le mille. » Bévue critique. t. xlii (1896), p. 447.
A ces extravagances, il suffit d'opposer : 1° l'identification de l'Abercius de l'épitaphe et de l'Abvircius Marcellus, évêque antimontaniste signalé par Eusèbe, H. E., v, 16, 3, en ce canton de Phrygie, à l'époque contemporaine; 2° l'antériorité de l'épitaphe d'Abercius par rapport à l'épitaphe d'Alexandre fils d'Antoine, cette dernière étant chrétienne et datée de 216 ; 3° l'interprétation donnée par la Vita Abercii, laquelle date d'un temps où païens et chrétiens savaient pertinemment se différencier; 4° l'indéniable sens chrétien des traits les plus marquants de l'épitaphe, quelque vague d'expression ne se manifestant que dans des épithètes d'ornement, défaut aisément pardonnable à un texte métrique; 5° les laborieuses, les excessives invraisemblances textuelles ou mythologiques entassées par les nouveaux exégètes. Ces deux derniers considérants vont être justifiés dans le commentaire que nous allons donner de l'épitaphe d'Abercius.
III. Interprétation. — 'ExXex-rrjç t:61s.u>z «),.] On s'est étonné qu'un chrétien ait affecté de s'appeler citoyen et qu'il ait qualifié sa cité de l'épithète d'èxXsxTri, distinguée, comme au vers 22 il la qualifiera de noble patrie, y p-/)arr| narpiç. Il est sûr que l'épitre aux Hébreux, xin, 14, aurait pu lui apprendre que « nous n'avons point ici de cité qui demeure, et que nous cherchons celle qui doit venir ». Cf. Eph.,n, 19. Mais le détachement civique n'est point obligatoire, et si Abercius, qui avait beaucoup voyagé, n'en tenait pas moins fervemrnent à sa petite cité phrygienne, sa conscience chrétienne n'avait rien à redire. Mais pourquoi traiter Hiéropolis d'â/.XexTTJ ? A cela on répond que les cités ont coutume de recevoir des épithètes de ce genre, honeslissimc, auguste, felicissime, sanctissime, inclyte. Que si âxXexx^, qui, dans la langue chrétienne, veut dire élue, se dit plutôt d'une église que d'une cité (voyez la suscription de l'épitre de saint Ignace aux chrétiens de Tralles), on peut supposer que le mot est susceptible d'uns acception plus banale, comme lorsque saint Ignace en fait l'épithète d'un de ses compagnons, àvSp't èyAex-rto. P/iiladelph., xi.
Où'vojx' 'Aëépxcoç xt>..] Avec les vers 3-5 le symbolisme apparaît, mais quel symbolisme? Celui que l'archéologie chrétienne nous montre comme le plus populaire parmi les fidèles; les peintures des catacombes romaines ne fournissent pas moins de quinze représentations du bon Pasteur paissant son troupeau (pour ne rien dire du bon Pasteur portant la brebis sur ses épaules), représentations remontant au m0 et au ivc siècle. Wilpert, Fractio panis, Paris, 1896, p. 99-100. De Kossi a retrouvé et publié une médaille chrétienne, qu'il attribue au IIe ou au IIIe siècle, représentant un troupeau de sepl agneaux, les uns paissants, les autres bondissants, et à gauche, à l'ombre d'un olivier, debout avec un chien à ses pieds, le
Gl
ABERCIUS
berger appuyé sur son bâton. Kraus, Realencyklopâdie, t. u, p. 592. Abercius se dit le disciple, (j.aÛr,T7,ç, un mot évangélique, resté familier à la langue cbrétienne, à la langue de saint Ignace d'Antioche, par exe mp\e. Magnes., IX, 2, 3; x, 1. Il est disciple du pasteur pur, àyvoç.une épithète très chrétienne, et dont la fortune fut grande particulièrement au temps où les idées encratites étaient le plus en vogue, c'est-à-dire au IIe siècle. Ce pasteur pait ses troupeaux par monts et par plaines : allusion aux Églises qu'Abercius trouvera dans « la plaine syrienne » aussi bien que dans les montagnes de Phrygie. Et ce pasteur a de grands yeux dont le regard atteint partout : vers purement descriptif, mais qui marque bien ce que ce pasteur a de surhumain , ne fût-ce que dans son regard. Le symbolisme chrétien donne donc l'explication adéquate de ces vers 3-5 : peut-on en dire autant de l'archéologie de MM. Ficker et Dieterich? Attis est qualité de bouvier ([îouxôXo;), de chevrier (alit(5).o;), d'homme aux mille yeux (fj.upi6[X|j.on:oç), et il est comparé au soleil qui voit tout (îtavoitTy;;) : mais on ne nous dit pas, et pour cause, qu'Attis, le jeune bouvier de Cybèle, ait eu le droit d'être qualifié de chaste : l'historien ecclésiastique Socrate, après avoir cité un oracle qui identifiait Attis et le « chaste Adonis » (àyvbv "Aôcoviv), raille cette confusion en rappelant qu'Attis prse amoris insaniaseipsum exsecuit. H. E., in, 23, P. G., t. lxvii, col. 448.
O'Jtoç yâp [!.' èotSa^s... ypâ[j.[j.aTa luctâ.] Quel mot manque-t-il ? Pitra supposait rà Çcotjç ; Zahn, Xôyou; y.ai; Harnack soupçonne l'hagiographe d'avoir passé là quelque mot malsonnant. Dieterich renonce à rien suppléer. Mais Ypâ(ji[xaTa m<rz<x est assez clair. Si ypajj.iJ.aTa est un mot incolore, Act., xxvi, 24, jusque-là qu'il pourrait s'appliquer à des écritures secrètes, orphiques, magiques, encore est-il que Philon l'entend des saintes Écritures, t» Upâ ypâa^ata. Ant. jud., III, 7, 6, et que le Nouveau Testament fait de même. II Tim., ni, 15; Joa., v, 47. Du reste, il est déterminé ici par l'épithète maxâ, qui est spécifiquement chrétienne, témoin les Xdyot iriorot de l'Apocalypse, xxi, 5, et le uicttck Xôyoç des Pastorales. I Tim., i, 15; m, 1; II Tim., il, 11. Lorsque l'on nous dit que les ypâ|xjj.aTa ittati sont analogues aux Xeyé|xeva des mystères, on ne peut citer aucun exemple à l'appui pour motiver cette analogie.
Ecç 'Paijj.^v ôç ênep-^j/ev â[j.sv ëaafXeeav àOpviffai ya\ Paat'Xtffa-av !8sïv ^pva-ôiTToX&v -/puao7rs6iXov.] La pierre de l'inscription porte seulement BÂCIA de pa<rtXEav : l'hagiographe a lu pao-iXetav, dont les copistes font indifféremment pafft'Xeiav, reginam, ou paaiXgt'av, regnum. Wilpert comprend paatXsiav comme une apposition à Po>(j.ï|v, mais alors le verbe à6pY)<Tai reste sans objet. Zahn corrige et lit $a.aiVr\ (=[3aTiXéa) àvaQpricat, qui est une conjecture aussi gratuite que celle de Dieterich, fiaiiX^av, forme poétique insolite, ou, comme dit M. Reinach, « accusatif barbare » pour (3a<riXsa. Le plus sûr est de s'en tenir au texte de l'hagiographe et de traduire : le Pasteur m'a envoyé à Rome contempler « une souveraine et une reine ». C'est ici que la pensée d'Abercius s'obscurcit. La souveraine, nous dit M. Duchesne, c'est la cité-reine, la ville éternelle, avec son sacré sénat et l'empereur, la « souveraineté ». Soit. Rome, en effet, est très naturellement qualifiée de reine : H BASIAETOYSA PQMH TON BASIAEVONTA TQN AOTÛN, lisait-on dans une inscription du ive siècle, élevée à Rome à Proairésios et que nous a conservée Eunape. Vit., édit. Didot, p. 492. Cf. Batiffol, dans Revue hist. des relig., 1897, t. xxxv, p. 113. Si la pacrt'Xeta est la cité de Rome, que sera la (3a<jtXi<7<7a? M. Duchesne répond : « L'Église comparée si souvent dans les Écritures et dans les Pères à une reine aux brillants atours. » Dans le Pasteur, l'Église n'apparaîtelle pas à Hermas sous les traits d'une femme âgée, vêtue d'un vêtement éclatant, èv îjj.aT«7|j.(ô XaixTtpoTcxiw '•' Vis., i, 2. Sans doute, mais alors pourquoi opposer
cette reine brillante au peuple qui, au vers suivant, va représenter la communauté des fidèles de Rome (Xaôv S'eïSov èx;î) ? Le contraste est tranché bien plus entre la (iSaa-i'XiiTffa et le Xaôç, qu'entre la pauiXeia et la Pao-cXtaca.
Donc, contrairement au sentiment d'archéologues comme Duchesne et Wilpert, nous hésiterions à reconnaître dans le vers 8 une allusion à l'éminente dignité de l'Église de Rome. Les vers 7 et 8 parleraient de Rome, rien que de la cité de Rome, ils en parleraient avec emphase et gaucherie, que ce serait un sens plausible, sinon très relevé. On nous dit qu'il est bien extraordinaire que le « Pasteur pur », c'est-à-dire le Sauveur, ait envoyé Abercius à Rome pour contempler la splendeur impériale de Rome. Mais ignore-t-on de quels religieux regards les chrétiens contemplaient Rome ? Ne sait-on pas que, pour eux, la fin de Rome devait être le signal de la fin du monde ? Eliani res ipsa déclarât lapsum ruinamque rerum brevi fore,nisi quod incolumi urbe Roma nihil istiusmodi videtur esse metuendum : at vero cum caput illud orbis occident et p-J(J.o fisse cœperit, quod Sibytlse fore aiunt, quis dubitet venisse jam finem... ? Illa est civitas quse adhuc sustentât omnia. C'est Lactance qui s'exprime ainsi, vu, 25, P. L., t. vi, col. 812.
Aaôv 6'stôov âxôï Xa^irpàv crcppayîoav eyovta.J M. Dieterich, après Hirschfeld, corrige Xadç (peuple) en XSoç (pierre) et demande avec ironie si l'archéologie chrétienne a jamais rencontré de pierre qui porte un sceau brillant. Le quiproquo n'est pas permis, car Xaôç est un terme d'usage courant dans la littérature chrétienne, pour désigner les élus, les fidèles : on peut le relever jusqu'à dix fois rien que dans le Pasteur d'Hermas avec ce sens. Plus précisément même il signifie l'assistance par opposition à l'évêque dans une synaxe eucharistique : on le trouvera trois fois avec ce sens spécial dans la description du culte chrétien de saint Justin. Apol., I, 65-67. Aâo; au contraire, au sens de pierre, est attesté par une leçon d'ailleurs controversée de Sophocle, Œdip. Col., 198, et par une inscription de Gortyne : c'est ce mot rarissime que l'on veut retrouver dans une inscription de grec commun, en Phrygie, au me siècle ? Le mot creppay-ç est aussi fréquent dans la littérature chrétienne que le mot Xaôç. Au propre, crçpaytç est la marque que l'on met sur une marchandise ou sur une tête de bétail pour la reconnaître : M. Deissmann a relevé dans un papyrus commercial du Fayoum de la fin du IIe siècle de notre ère l'expression ucppayïoa èiriëâXXEiv êx.à<TTa> ô'vtp, marquer chaque âne d'un signe de propriété. A. Deissmann, Neue Ribelsludien, Marbourg, 1897, p. 66. C'est ce même sens qui est donné par le gnostique Théodote : « Les animaux sans raison témoignent par la sphragis du propriétaire à qui ils appartiennent individuellement, et c'est par la sphragis que le propriétaire les revendique. » Excerpta T/ieodot., 86, P. G., t. ix, col. 698. Au figuré, dans la littérature chrétienne, il désigne le baptême : nous le relevons huit fois dans le Pasteur d'Hermas, vingt fois dans les Acta Tliomœ, avec ce sens. Personne ne le conteste, d'ailleurs. Mais M. Harnack et M. Dieterich triomphent de ce que l'expression Xafj.npà (reppayiç est unique : un sceau brillant peut-il s'entendre du baptême ? Or, juste à point, on signale un passage des Acta Philippi, édit. Tischendorf, p. 93, où il est question de « sceau lumineux rayonnant partout », cp(oTeiv-r,v erppayîSa, et c'est M. Harnack lui-même qui le signale. Theolog. Literatur:., t. xxn (1S97), p. 61. Ici encore le langage chrétien fournit l'explication adéquate. Que penser, au contraire, de l'exégèse qui, après avoir fait du peuple une pierre, croit reconnaître dans le « sceau brillant » l'idole d'Élagabal, la « grosse pierre conique.de couleur noire, que l'on disait tombée du ciel, et sur laquelle, au dire d'Hérodien, on voyait certaines marques et empreintes » (è^o'/àç... xa'i tuitouç) ?
AP.ERCIUS
Kai ï\jprr)ç xtX.] Les vers 10-11 ne présentent point de difficultés, sinon sur le dernier mot Tràvtr) 8'ëff^ov <jjvo;j.r,yJpouç, comme lit l'hagiographe. Le mot ô[j.rlyjptç est synonyme de oûvai-i; et on voit le sens du composé ; mais le mot auvoiMryTJpouç fait le vers faux. Rainsay et Duchesne lisent ouvoitâSouç ; Lightfoot, cruvojiîXov; ; Dieterich, (xuvo8ît<xç. Le mot retenu par l'hagiographe était le mot le plus juste et aucune des corrections proposées n'est décisive.
IlaûXov ï/tov eicoxov.] Cet hémistiche est fort obscur. Zahn lit toxvtyi S'à'ayov d-jvoSftrjv IlaûXov, « j'eus partout Paul pour compagnon de route ; » puis il met un point et ensuite ïyiov i7tô(Av|v, « moi je suivais. » Mais le rejet de IlaûXov est bizarre. La forme dorique eywv plus inattendue encore ; puis pourquoi inô^y est-il sans complément? L'hagiographe a lu seulement LTaOXov eatoSsv, qui n'a aucun sens. La pierre est ici brisée : on lit à demi IIAYAON EXON EriO et l'on restitue siro^ov : mais ïnoyoç signifie « celui qui est sur un char », et l'on ne comprend pas davantage. M. Dieterich, c'est une fiction pure, s'imagine que eiro/oç est le titre d'une fonction dans le culte auquel aurait été, selon lui, initié- Abercius, Yepochos serait quelque chose comme Yrjiiscopos chrétien : bizarre fonction que cette fonction cultuelle de groom ! Quant à Paul, qu'Abercius rapproche de la Foi, sera-ce l'apôtre saint Paul ? Il faut le prodigieux esprit philologique de M. C. Weyman pour comprendre qu'Abercius portait avec lui une édition des Épitresde saint Paul. Faute de quoi, on traduira bravement avec M. Zahn : « J'avais saint Paul assis dans la voiture. » Ce qui est comique. Disons simplement avec M. Keinach que cet hémistiche reste à expliquer.
niTriç TuâvTï) 3è npoïtfs.] Abercius marque que la Foi le Ljuida, le conduisit partout. C'est dans un sens analogue que, dans une inscription romaine (fin du IIe siècle ou début du IIIe), l'auteur de l'épitaphe dit à la moite, Maritima : eOasêsia yàp o-ïj irâvroxe as npoà^ti. De Rossi, Inscr. cln\, t. il, p. xxvi. De même que la « Piété » a conduit partout Maritima, ainsi fait la Foi pour Abercius. Personnifier la Foi n'est pas une image singulière.
Mais est-ce bien I1I2TIS qu'il faut lire sur la pierre? l'hagiographe l'a lu, mais ne s'est-il pas trompé? La pierre est brisée ici : on lit distinctement 2TIS et, devant ces quatre lettres, la partie inférieure de deux jambages verticaux, dont on peut faire un iota et une moitié de II, aussi bien qu'un H. C'est de cette incertiludeque faitétatM. Dieterich pour conjecturer NHETI2 ou NISTIS, qui est le nom d'une déesse « qui figurait dans la théologie d'Fmpédocle. » Une « conception religieuse » aura « pu passer des écrits d'Empédocle dans les cultes mystiques de l'Asie Mineure ! » Et M. Reinach, résumant Dieterich, accumule les preuves : « Nestis, divinité des eaux, a été identifiée par les Grecs Syriens aux déesses orientales Atargatis et Dercéto. Cette dernière avait la forme d'un poisson : or vY|<rrt; est le nom d'un poisson. Dercéto était adorée à Hiérapolis en Syrie : or, nous trouvons la déesse Nestis dans une ville homonyme. » Et voilà toute la démonstration !
lû\ TrapéÔrjXE tdoçt,v xtX.] Les vers 13-16 sont une description du banquet eucharistique auquel, partout sur sa roule, a été' convié Abercius. C'est une pareille invitation que saint Polycarpe reçoit du pape Anicet, lors de son séjour à Rome : « Dans l'église, Anicet donna l'eucharistie à Polycarpe, » écrit saint Irénée au pape \ ictor. Eusèbe,/f. E., v, 2i, 17. Sous quelles espèces la loi donne-t-elle l'eucharistie à Abercius? Du vin qu'elle donne mêle'' d'eau avec du pain. Saint Justin, dans la description qu'il fait des synaxes eucharistiques, mentionne « le pain, le calice d'eau et de vin trempé' » (apTo; xx'i TioTïjptov CiSaTOç xoù xpâp.aToç). Apol., i, 65, /'. '.'., t. VI, col. 428. Les deux mots xpâp.a et xépa<7|xa sont synonymes. Est-il besoin de rappeler, à ce propos,
les peintures que les catacombes romaines nous présentent de la fraction du pain, à commencer par la belle peinture, du IIe siècle, mise au jour dans la catacombe de Priscille? Wilpert, Fraclio partis. Quant au rapport de ce pain ou de ce vin avec le Sauveur luimême, c'est par la mention de TIX0TS qu'à cette époque on l'exprime au mieux, et Abercius ne fait pas autrement : la Foi lui a partout donné en nourriture l'IXQVS. Ainsi s'exprime l'épitaphe de Pectorius (voir ce mot) : « 0 race divine de l'IX©YS céleste... reçois l'aliment doux comme le miel du Sauveur des saints : mange, bois, tu tiens l'IXÔYS dans tes mains : » so-ôie 7tivàcov î'yôuv à'ywv 7iaX<i[iaiç. De Rossi, Inscr. clu\, t. il, p. xix. Pourquoi la Foi donne-t-elle cette nourriture aux « amis », cpc'Xot;, et pourquoi ce terme vague? Le terme est vague, sans doute; encore est-il que, non seulement il n'a rien de non chrétien, III Joa., 15, mais que nous le relevons dans l'inscription de Pectorius : tt)v a^v, çiXs, OâXTreo irjyr^. Pourquoi dire que ce poisson est un poisson de source, i'/Oyv àu'o m^ç? On a rapproché cette image de celle qui consiste à représenter les baptisés comme des petits poissons qui naissent dans l'eau du baptême : Nos pisciculi, secundum IX0YN nostrum Jesum Christum, in aqua nascimur, dit Tertullien. De bapt., 1, P. L., t. I, col. 1198. Mais, s'il est vrai que le fidèle naît aux fonts baptismaux, il n'en est pas ainsi du Sauveur lui-même. Cette source doit être donc une source plus haute, et pourquoi ne pas songer « aux (lots éternels de la Sagesse », dont parle l'inscription de Pectorius ({loao-tv àevctoiç (jospiriç)? C'est, en effet, dans ces Ilots éternels que la Vierge pure l'a pêche avec la main (êopri^axo).
En regard de l'interprétation chrétienne, nos bons humanistes développent leur exégèse : « Nestis, déesse des poissons, a nourri Abercius de ses poissons sacrés ; le pèlerin, ascète païen, s'est abstenu de la chair des animaux, il a mangé du poisson, du pain et du vin (NrjOTiç signifie aussi celui qui jeûne). Nous sommes ici en présence de formules aussi difficiles à comprendre pour nous que celles des Éleusinies : èvr|(TTevaa, é'tuov tôv y.uxecôva, ou celle des mystes d'Atys : êx tuixiiâvou f-(É6p<Dy.a, èx x'j|xëâXou 7téua>xa. Mais il semble que le sens général est clair [!]. La vierge sainte qui péchait les poissons destinés à la nourriture d'Abercius était une prêtresse ; de même, à Eleusis, les prêtres seuls pouvaient prendre les poissons sacrés... »
Les derniers vers (17-22) appellent deux observations. Il est fort possible que ces vers constituent une formule épigraphique qui ne soit pas personnelle à Abercius et qu'Abercius aura utilisée, la trouvant en usage à Hiéropolis : on remarquera, en effet, que les vers n'en sont incorrects que par l'introduction des noms propres, 'Aêépxio;, 'Aëspxt'oy 'P^ou'iov. Originale ou commune, cette formule épigraphique contient une très intéressante donnée théologique : xaOÔ' ô voùv sù'Çouto -J7rèp> 'Aëepxfou ira; ô o-vivwôôç. Le mot cnjvwôdç, « celui qui chante avec moi, » est une expression peu naturelle, encore qu'on puisse lui trouver quelque analogie avec un passage d'une épitre de saint Ignace d'Antioche, Ephes., IV, 1, 2. L'expression Ta08' ô voaiv, « celui qui comprend, » n'est pas une allusion à la prétendue discipline de l'arcane : Abercius qui vient de s'exprimer par symboles, symboles que tous les chrétiens entendent, fait maintenant appel aux chrétiens, simplement. Mais à ces chrétiens ses frères Abercius demande de prier pour lui : expression de l'usage de la prière pour les défunts, un usage inconnu au paganisme. Et c'est un dernier trait qui confirme l'interprétation strictement chrétienne de l'épitaphe d'Abercius.
P. Batiffoi,.
IV. Importance. — L'importance de cette inscription est manifeste. — 1° On a voulu y voir un argument en faveur de la primauté de l'Église romaine. Dans ce cas,
AT3ERCIUS — ABERLE
GG
le voyage de saint Polycarpe, en 151, au sujet de la Pâque, aurait son pendant dans celui d'Abercius, vraisemblablement au sujet du montanisme. Abercius, en effet, dans la controverse montaniste, occupe un rang à part, non qu'il ait convoqué un concile comme Sotas, évêque d'Anchialus en Thrace, ou Apollinaire, évêque d'Hiéropolis en Phrygie, pour condamner Montan et ses sectateurs, mais parce que, à l'exemple de Zoticus de Comane, de Julien d'Apamée, de Méliton de Sardes, de Sérapion d'Antiocbe, il a pu intervenir personnellement dans le débat, ce que nous ignorons. En tout cas c'est à lui que sont adressés trois livres sur la discussion publique qui eut lieu, à Ancyre, entre l'anonyme d'Eusèbe, H. E., v, 16, P. G., t. xx, col. 4G4 sq., et les montanistes. C'était donc un évêque de valeur et sa visite à Rome, quel qu'en ait été le motif, n'est pas sans importance.
2° Le symbolisme de T'I/Oj; a déjà été signalé; c'en est ici la plus ancienne référence. On sait que les cinq lettres de ce nom forment l'acrostiche de cette formule chrétienne : 'I/)oojç Xpurrô; 0coO Yioç SwTïjp; on sait aussi que l"Iy8J<; est une allusion au baptême et à l'eucharistie. Au baptême d'abord, car il est l'eau salutaire, où l'homme purilié, régénéré, devient le pisciculus secundum T^flûv de Tertullien, pris par les apôtres, « pêcheurs d'hommes, » dans « le filet » de l'Église. Clément d'Alexandrie conseillait aux chrétiens de son temps de faire graver l'image de 1"I/8jç sur leurs anneaux et de ne pas oublier leur origine. Et les Pères ont fait de I'T/Q-jç l'objet d'applications morales multipliées. A l'eucharistie ensuite; car, dans les deux multiplications des pains, figures de l'eucharistie, ainsi que dans les deux repas de Notre-Seigneur ressuscité avec ses disciples, figurait le poisson. Il figura également sur les vases sacrés, les lampes, dans les peintures des catacombes. Jésus-Christ est T'I^Ôûç; d'où enfant de l"I-/6'jç, comme le dit saint Jérôme de Bonose, et disciple de Jésus-Christ sont synonymes dans la langue chrétienne. Le fidèle est de la race de l'T/Gûç, comme le rappelle l'inscription de Pectorius. De même, recevoir I'T/Ojç. et communier sont synonymes.
3° La communion c'est la xpocpï; de l'inscription, la nourriture sacrée, donnée aux « amis », composée de l'oivo; et de l'ao-roç, du mélange mystérieux, y.spa<T|xa; langage qui rappelle celui de saint Justin dans sa description de la synaxe, celui de la Didaché à propos du xXâo^a, et qui était parfaitement intelligible pour les fidèles.
4° Si la TiapfJsvoç âyvr\ doit s'entendre de Marie, mère du Verbe incarné, et non de l'Église, c'est une allusion au mot du symbole, et une preuve de la croyance primitive des chrétiens à la perpétuelle virginité de Marie, telle qu'on la retrouve sous la plume de saint Ignace et de saint Irénée.
5. Enfin la demande de prières faite à tout uwwlôc, en faveur d'Abercius est strictement chrétienne : c'est l'expression même de la prière pour les morts, comme on en voit tant d'exemples dans la littérature et l'épigraphie du IIIe siècle. Antérieurement à Tertullien, on ne trouverait à citer que l'épitaphe d'Abercius, si nous n'avions dans les Acta Pauli et Tlieclse ce curieux passage où une jeune fille, qui est morte, apparaît en songe à sa mère Trifina et lui demande que Thécla consente à prier pour elle et que, grâce à la prière de la martyre, elle puisse passer au lieu du rafraîchissement. Le vœu de la fille de Trifina est exactement le même que celui d'Abercius. Or pareil vœu est spécifiquement chrétien. Wilpert a montré que les prétendus sentiments de cette espèce, prêtés à des inscriptions païennes, sont une illusion de M. Ficker : l'épigraphie païenne, au témoignage de Gatti, ne connaît pas un seul exemple de prière pour les défunts. Wilpert, Fractïo partis, p. 110.
Tillemont, Mém. hist. eccl., Paris, 1701, t. h; Boissonadc, Anecdota grœca, Paris, 1833, t. v; dom Pitra, Spicilegium So-
DICT. DE THÉOL. CATIIOL
lesmense, Paris, 1855, t. ni; Acta sanctorum, t. vm octobris, 1858; Ramsay, dans Bull, corresp. hellénique, 1882, t. VI sq.; Duchesne, dans Bulletin critique, 1882, t. m, 1894, t. xv; Revue des quest. historiques, 1883, t. xxxiv; Mélanges d'archéologie et d'histoire, Rome, 1895 ; De Rossi, Inscriptiones christianse, 1888, t. n ; Bull, di arclteologia cristiana, 1894; J. Wilpert, Principienfragen der christlichen Archàologie, Fribourg-en-Br., 1889; Lightfoot, Apostolic Fathers, Londres, 1885, t. n; Zalm, Forschungen zur Gesciiichte des N.-T. Kanons, Erlangen, 1893, t. v; Harnack, Zur Abercius-lnschrift, Leipzig, 1895; Dieterich, Die Grabschriftdes Aberkios, Leipzig, 1896; S. Reinach, dans Rev. crit., 1896, p. 447 '; Analecla bollandiana, 1894, t. xm ; 1896, t. xv ; 1897, t. xvm ; P. Lejay, dans Rev. du clergé franc., 1897, t. xn; P. de Grandmaison, dans les Études, 1897, t. lxxi, p. 433 ; Dict. d'arch. chrét., 1. 1, col. 66-87.
G. Bareille.
ABERLE (d') Maurice, professeur d'Écriture sainte (Nouveau Testament) et de théologie morale à la faculté de théologie catholique de Tubingue. Né à Rottum en Wurtemberg, le 25 avril 1817, il fit ses études de philosophie et de théologie à Tubingue sous la direction des professeurs Z.^y, Kuhn, Hefele, Welle, etc., fut nommé en 1815 professeur au collège d'Ehingen, en 18iS directeur du Wilhelrnstift, en 1850 professeur à l'université de Tubingue, où il mourut subitement le 3 novembre 1875. Doué d'un grand don d'assimilation, d'un esprit judicieux et critique, préparé à son enseignement par de sérieuses études philologiques et historiques, de plus parfaitement au courant de la littérature biblique protestante, il fut un des premiers qui tenta non sans succès de faire revivre dans l'Allemagne catholique, presque exclusivement préoccupée jusqu'alors de la défense de ses intérêts publics, l'étude approfondie des sources bibliques de la théologie et de l'Écriture sainte. Une série d'articles importants parus dans la Berne théologujiie de Tubingue et l'Encyclopédie théologique de Wel/.er et Welte (lre édit.) et l'Introduction au Nouveau Testament, publiée et complétée après la mort de l'auteur par le professeur Schanz, nous révèlent la tendance de son esprit et de ses recherches scientifiques. Sans vouloir diminuer en rien le caractère surnaturel des écrits du Nouveau Testament, il s'efforça de découvrir les liens cachés qui les rattachent au milieu historique, à l'atmosphère religieuse, scientifique, politique et sociale de l'époque où ils ont paru. Ses études portèrent notamment sur les livres historiques. Dans ses travaux sur l'origine et le caractère historique des Évangiles, sur les époques de l'historiographie du Nouveau Testament, sur le jour de la sainte Cène, etc., les idées originales, les aperçus nouveaux, les habiles combinaisons, les constructions quelquefois hasardées, les conclusions tirées avec une pénétrante sagacité de prémisses parfois plus ingénieuses qu'inébranlables, nous montrent en lui le critique et l'exègète moderne, convaincu que « les trésors de notre foi n'ont rien perdu de leur valeur vis-à-vis de la science du jour, mais qu'on manquerait à son devoir en se contentant pour les défendre des armes du passé ». Aberlé fut un initiateur. C'est le secret de sa force et de sa faiblesse. Il tenta la conciliation entre les exigences de la critique moderne et les données positives de la science biblique catholique. Il se vit souvent attaqué par deux camps opposés. « L'acier lui manqua, » dit de lui un de ses biographes, pour soutenir cette double lutte dans des publications plus étendues. Plus encore que par ses écrits, ce fut parsonenseignementoral, continué jusqu'àsa mort avec un succès toujours croissant; plus que par les résultats positifs de sa critique, ce fut par les problèmes qu'il suscita, les horizons qu'il ouvrit, les impulsions qu'il donna aux esprits, qu'Aberlé exerça sur les études bibliques une forte et durable influence.
Comme professeur de théologie morale, il prit part d'un côté au mouvement qui, vers la fin de la première moitié du siècle, substitua la « vieille morale » à la morale vague et sans sève de la période joséphiste. Il défendit entre autres avec succès le probabilisme de saint
ABERLE — ABGAR
Alphonse de Liguori contre les tendances jansénistes. Mais en même temps il croyait devoir prémunir contre les dangers d'une théologie morale trop exclusivement casuistique, trop uniquement préoccupée des besoins du confessional, trop tardive à s'occuper des tendances morales et des situations sociales de notre temps. Un esprit plus systématique, un emploi judicieux des résultats de la psychologie et de la physiologie moderne, enfin l'étude approfondie des sciences sociales, tels sont, d'après lui, les moyens de rajeunir et de rendre plus conforme aux nécessités de l'heure actuelle notre vieille morale.
Les travaux du professorat n'absorbèrent pas toute l'activité d'Aberlé. Prêtre pieux et dévoué à l'Église autant que chercheur infatigable, il exerça non seulement la plus heureuse inlluence sur la jeunesse universitaire qui trouvait en lui un père et un ami, mais il prit une part active à la lutte qui s'engagea en Wurtemberg autour du drapeau de la liberté ecclésiastique et protesta vivement dans une série d'articles de journaux contre les prétentions de l'État à régler dv son unique chef ses rapports avec l'Église. Les déboires ne lui manquèrent pas dans cette lutte, mais il eut la consolation de voir les rapports des deux puissances prendre un caractère plus conforme à ses vœux et à leurs véritables intérêts.
Voici la liste des principales publications d'Aberlé.
Dans la T'àbinger Quarlalsclirift parurent entre autres les études suivantes : Ueber den Aequiprobabilismus, 1851; Ueber den Ziveck der Apostelgeschichte, 1855; Zweck des Matthâusevangel., 1859; Zweckdes Johanesevang, 1861; Ueber den Tag des letzten Abendmahls, Epochen der nentestam. Geschichtschreibung, Prolog des Lucasevangel., 1863; Ueber den Statthalter Quirinus, 1865; Exegelische S Indien, 1868; Die Begebenheitea beau letzten Abendmahl, 1869; Die Berichte der Evangelien ùber die Auferstehung Jesu, 1870; Die bekannte Zahl in der Apocalypse, 1872. Son cours d'introduction au Nouveau Testament fut publié après sa mort par son successeur, Paul Schanz, sous le titre : Einleitung in das Neue Testament, Fribourg-en- Brisgau, 1877.
Pour sa biographie, voir Linsenmann-Funk, Worte der Erinnerung an M. v. Alerte, Tubingue, 1876; Himpel, Ueber die wtssenschaftliche Bedeutung und theol.-kirchl. Richtung d'-s set. Pr. Dr. v. Aberle, dans Tùbinger Quartalschrift, 1876, p. 177 sq. ; Kirchenlexïkon, Fribourg, 1883, t. I, col. 62.