SECTES MINISTRES ÉGLISES
Épiscopaux 250 300
Baptistes 350 380
Congrégationalistes 575 700
Presbytériens 140 300
Luthériens 25 60
Réformés allemands 25 60
Réformés hollandais 25 60
Moraves 12 8
Méthodistes 24 ?
Quakers ou Amis 400 500
2° Après la Révolution. — Différentes causes amenèrent successivement un régime de tolérance et de séparation complète entre les Églises et l'État. Les ministres épiscopaux, dont les sympathies étaient pour l'Angleterre, ne soutinrent que mollement ou même combattirent la cause de l'indépendance : ce qui leur fit perdre leur situation privilégiée. Au contraire les sectes non conformistes et les catholiques soutinrent vaillamment la cause nationale: ce qui disposa le gouvernement à leur donner pleine liberté. D'ailleurs il fallait ménager la France catholique, dont l'alliance était si utile au succès des armes américaines. Enfin, il faut bien le dire, plusieurs des législateurs, comme Thomas Jeflerson, é'taient imbus de principes rationalistes, et voulaient la liberté à cause de leur indifférence en matière de religion. L'article 6, § 3, de la Constitution déclare « qu'aucun test religieux ne pourra jamais être exigé comme condition d'aptitude pour aucune fonction ou charge publique des États-Unis». De plus le premier des amendements à la Constitution, proposés en 1789 et ratifiés en 1791, ajoute que a le Congrès ne pourra établir une religion d'Etat, ni défendre le libre exercice d'une religion ». Ces deux articles suffisaient pour assurer la liberté religieuse de la part du gouvernement fédéral; mais chaque État particulier demeurait libre de se donner une Église nationale. Pendant plusieurs années en effet, une union assez étroite persévéra, dans plusieurs provinces, entre l'Église et l'État. La Virginie, mécontente des ministres épiscopaux, fut la première à rompre cette union (1784); le Maryland et le New-York suivirent bientôt cet exemple; la Nouvelle-Angleterre n'entra dans cette voie qu'en 1816, et ce ne fut même qu'en 1833 que fut abolie la taxe obligatoire destinée à supporter le culte. Chose étrange, le test religieux ne disparut que lentement et successivement des différents États, et les catholiques continuèrent à être exclus des fonctions publiques jusqu'en 1806 dans l'État de New- York, en 1830 dans la Virginie, en 1844 dans le New-Jersey et en 1882 dans le New-IIampshire. Il y a même de temps en temps une recrudescence de l'esprit sectaire; vers 1855 le parti des know-nothing (réponse donnée par les membres du parti quand ils étaient interrogés par des profanes), et tout dernièrement Y Association protectrice américaine, connue vulgairement sous le nom d'A. P. A., ont essayé de rallumer les vieux préjugés protestants et d'exclure les catholiques de toute fonction publique. Leur succès n'a été que local et passager, des ministres protestants eux-mêmes ont pris ouvertement parti pour le droit et la justice, et le bon sens public ne s'est pas laissé aveugler par les odieuses et ridicules calomnies sur lesquelles ces partis extrêmes ont voulu étayer leur politique étroite. Ce régime de liberté a été favorable à la diffusion du protestantisme : les ministres, cessant d'être supportés par l'État, ont dû déployer plus de zèle, ne fut-ce que pour obtenir un salaire suffisant; du reste le
AMERIQUE (ETATS-UNIS D'). CATHOLICISME
peuple s'est montré généreux, et le nombre de temples construits en un siècle sur tout le territoire des États- Unis est vraiment extraordinaire; leur valeur, sans parler des écoles, orphelinats, hôpitaux et autres établissements religieux, s'élevait en 1890 à deux milliards sept cent quarante millions de francs. On ne peut nier cependant que cette liberté absolue n'ait multiplié à l'infini le nombre des sectes et diminué, en les émiettant, les forces vives du protestantisme ; mais c'est là le résultat fatal du libre examen, partout où quelque autorité civile ou religieuse ne vient pas contrecarrer sa force centrifuge.
II. Relations actuelles entre les Églises et l'État. — Comme nous l'avons dit, il n'y a point en Amérique de religion d'Etat, ce qui veut dire que tout citoyen est libre de pratiquer la religion qu'il veut , ou de n'en point pratiquer du tout; que l'État ne dote aucune secte ou établissement religieux, comme tel, et qu'il ne s'immisce aucunement dans les affaires purement religieuses. Au reste, il reconnaît et favorise le droit d'association, et fait observer les statuts et règlements que les associations religieuses se sont donnés , conformément aux lois. L'État n'est donc ni athée, ni anti-chrétien, ni même indifférent; il regarde le christianisme, entendu dans un sens large, comme la religion du pays, et, presque partout, punit par ses lois le blasphème, la violation du repos du dimanche, la polygamie, l'adultère et les crimes contre nature. Le serment se prête sur la Bible ; pendant longtemps la Bible se lisait chaque jour dans les écoles publiques, et si l'on a cessé cette pratique dans certains États, c'est surtout pour ne pas obliger les enfants catholiques à subir la lecture d'une Bible protestante.
Le Congrès a son chapelain, et commence chaque jour ses délibérations par une prière; il en est de même des législatures des divers États; des chapelains, appartenant aux différentes confessions chrétiennes, sont attachés aux Hottes et aux armées et rétribués par l'État. Pendant longtemps on a voté des subventions aux ministres des différents cultes, travaillant à l'éducation des Indiens; mais, comme on a remarqué que les catholiques en profitaient beaucoup plus que les autres, on a fini par conclure, bien à tort assurément, que c'était là une atteinte portée à la neutralité. Dans la plupart des États, la propriété ecclésiastique ne paie aucune taxe, ('•tant reconnue d'utilité publique. Si, dans les différentes Églises, des procès s'élèvent sur des matières ecclésiastiques, des questions de propriété, par exemple, les tribunaux conforment, en général, leurs décisions aux lois en vigueur dans ces Églises. C'est ainsi que plusieurs prêtres ont été appelés à expliquer devant les cours civiles la législation canonique, et le verdict a été conforme aux lois de l'Église. Chaque année, après la récolte, le président de la République détermine un jour d'action de grâces, thanksgiving , pour remercier Dieu des bienfaits de l'année; et, en certaines circonstances extraordinaires, comme par exemple en 1863, pendant la guerre civile, fixe un jour de pénitence et de prière publique. Ainsi donc, un certain esprit chrétien inspire la législation et les gouvernants. — Il y a, toutefois, quelques points noirs : dans les écoles publiques, les seules qui soient subventionnées par l'État, on n'enseigne aucune religion, et les catholiques ou protestants, qui, comprenant l'importance de l'éducation religieuse, veulent avoir des écoles paroissiales, ont à payer une double taxe, l'une pour l'école neutre et l'autre pour leurs propres écoles; bien peu de protestants consentent à s'imposer ce fardeau, et beaucoup d'enfants ii di' jeunes gens tombent dans l'indifférence et perdent toute croyance. De plus, la législation est tellement relâchée par rapport au lien matrimonial que les États- Unis comptent à eux seuls plus de divorcés que tous les autres pays chrétiens pris ensemble; c'est là une plaie
béante qui s'agrandit chaque jour et demande un prompt remède.
Voir les ouvrages indiqués à la fin de l'article III. Amérique (États Unis d'). Protestantisme, col. 1080.
A. Tanquerey.
II. AMÉRIQUE (États-Unis d'). Catholicisme. — I. Amérique anglaise jusqu'à l'établissement de la hiérarchie en 1789. II. Organisation du catholicisme (1789-1829). III. Affermissement du catholicisme (1829- 1866). IV. Épanouissement du catholicisme (1866-1900). V. État actuel.
I. L'Amérique anglaise jusqu'à l'établissement de la hiérarchie catholique en 1789. — L'Église catholique aux États-Unis est supérieure à chacune des autres communions religieuses de ce pays, par le nombre de ses sujets et la forte organisation de sa hiérarchie. Les sources d'où elle est sortie sont assez variées. Les États du Sud reçurent l'Évangile vers le milieu du xvie siècle par des missionnaires espagnols qui travaillaient à Cuba et au Mexique; les États du Nord-Ouest et de l'Est connurent la vraie foi par la France au xviie siècle; les États de la côte de l'Atlantique s'ouvrirent aux inlluences du catholicisme, grâce aux prédications des prêtres anglais qui vinrent chercher en Amérique un refuge contre les persécutions religieuses. Depuis lors, les territoires des colonies espagnoles et françaises ayant été annexés aux États-Unis, leurs missions aussi sont entrées dans l'organisation de l'Église américaine. Il nous est impossible de donner même un court résumé des missions indiennes auxquelles l'Espagne et la France se dévouèrent pour la conversion des races indigènes sur tout le territoire qui forme aujourd'hui la République américaine. On ne peut non plu? que mentionner en passant le fait de la découverte et de l'évangélisation de ces pays par les Northmans de la Scandinavie aux Xe et XIe siècles. D'après les Sagas, monuments authentiques de la littérature islandaise, des missionnaires auraient visité, dès le XIe siècle, une terre qu'ils appelaient « Vinland », à cause de l'abondance de ses vignes sauvages. Cf. Cantu, Histoire universelle, Paris, 1865, t. xm, p. 20; Gosehler, Dictionnaire de théologie, art. Grofnland. Le Vinland ne peut être qu'une partie des États-Unis actuels, correspondant très probablement aux côtes de la Nouvelle-Angleterre.
I. Sur l'introduction du christianisme en Amérique au XI" siècle, voir Beauvois, Origine et fondation du plus ancien évêché du nouveau monde, Paris, 1878, et les documents qu'il mentionne; Gaffarel, Étude sur les rapports de l'Amérique et de l'ancien continent avant Colomb, Paris, 1889, qui donne, aux chapitres ix et x, une abondante bibliographie et renvoie surtout aux sources; Gravier, Découverte de l'Amérique par les Northmans au .V siècle, Paris, 181)4 ;Reeves, Tlie Finding of Vinland, Londres, 1896; Quarlerlij Review, avril 1880 : The norse Hierarchy in America; Jélio, L'évangélisation de l'Amérique avant Colomb, Paris, 1800; O'Gorman, Itoman calholics, New- York, 1895, p. 1-12; Brugère, Histoire de l'Église, autographiée, Paris, 1875.