ETATS UNIS D'AMERIQUE
Letouzey & Ane. Pans.
TtnpS-Dufréncy
AMÉRIQUE (ÉTATS-UNIS D'). CATHOLICISME
péril, non moins grave, paraissait à l'horizon : l'ingérence étrangère dans les affaires de l'Église américaine, principalement en ce qui concernait la nomination des évêques. Cf. O'Gorman, p. 304. Mar Maréchal obtint du souverain pontife, pour les évêques, le droit de présenter les candidats aptes à l'épiscopat. Il délivrait ainsi l'Église d'Amérique du contrôle indu des États européens, pour ne la rendre dépendante que de Rome, et fortifier ses membres dans leur attachement à l'Église catholique romaine, comme dans leur dévouement à leur patrie américaine. Voir plus bas. Grand administrateur, apôtre infatigable, Ma' Maréchal eut la consolation de voir le souverain pontife reconnaître, par la création de nouveaux sièges, l'extension du catholicisme au Nouveau Monde. Les deux Carolines et la Géorgie formèrent le vaste diocèse de Charleston, que Rome confia à M'Jr England, un des plus remarquables prélats des États-Unis par l'étendue de son savoir, l'activité de son zèle et l'influence qu'il exerça sur les conciles de cette époque; l'Alabama et la Floride constituèrent, en 1822, un vicariat apostolique sous l'administration de Mar Potier, lazariste; la Louisiane fut divisée en deux grands diocèses : celui de la Nouvelle-Orléans et celui de Saint-Louis. Mar Maréchal mourut en 1828, et eut pour successeur Mor Whittfield, d'origine anglaise, ancien élève du séminaire de Lyon. Pour réaliser le projet de son prédécesseur, le nouvel évêque de Baltimore convoqua dans sa ville épiscopale le premier concile provincial (1829); six évêques s'y trouvèrent réunis. La lettre collective des Pères de cette assemblée au souverain pontife est un témoignage authentique des progrès de l'Église aux États-Unis. « Dieu nous a bénis, disaient-ils. Six séminaires, neuf collèges, trente monastères de femmes, plusieurs ordres religieux d'hommes; voilà notre gloire et notre consolation ! » Ici se termine la première phase de l'Église américaine, justement appelée l'époque de son établissement et de son organisation.
Pour cette période, outre les ouvrages plus étendus mentionnés à la fin de l'article, voir M»' Baylay, A bricf sketch of the early history of the catholic Church, Baltimore, 1874; Memoirs of right Bev. G. Brute, Baltimore, 1870; Campbell, Life and times of Arch. Carroll, Baltimore, 1860; Hamon, Vie du cardinal de Cheverus ; Desgeorges, Vie de Me' Flaget, évêque de Bardstown, Paris, 1855 ; Brownson, Life of Prince Galitzin, New -York, 1873 ; Statuta synodi Bail im or en sis, anno 1791 celebrata, reproduits dans la collection des conciles de 1829 à 1840 ; Gil Mary Shea, Life and times of Arch. Carroll, 2 vol., New- York, 1880; Brent, Historical sketches of Arch. Carroll, Baltimore, 1843; Spalding, Sketches of early catholic missions in Kentucky, Louisville, 1870.
III. Affermissement du catholicisme aux États-Unis. — Après les guerres de Napoléon et avec la paix de 1815, les États-Unis entrèrent dans une période de progrès et de prospérité qui ne fut pas sans inlluence sur le développement de l'Église catholique, mais qui l'exposa à de nouveaux dangers. Depuis la formation du gouvernement fédéral, quarante ans avaient suffi pour faire monter à treize millions d'âmes la population du pays. Cf. Fiske, History of the United States, New- York, 1897, p. 304. De nouveaux États avaient été créés dans le vaste territoire qui s'étend entre les montagnes de l'est et le Mississipi. Une nation nouvelle, pour ainsi dire, s'était développée dans l'ouest. L'immigration européenne, surtout irlandaise, commençait à verser ses flots pressés sur le nouveau continent, au point d'exciter la jalousie des descendants des premiers colons anglais et puritains. Ce fut l'origine du mouvement connu sous le nom de Native Americanism. Dirigé d'abord contre les étrangers, il devint bientôt, sous l'influence des préjugés religieux, une opposition systématique au catholicisme, considéré comme antinational. Cf. O'Gorman, p. 341. Sous le spécieux prétexte de patriotisme, une véritable persécution sévit contre les catholiques. On tenta de les exclure des
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charges civiles. A Philadelphie, en 1843, des églises furent détruites et le sang coula ; à Boston, en 1844, le couvent des ursulines fut livré aux flammes et la ville menacée de guerre civile ; la même année, New-York n'échappa qu'à grand'peine à de sanglantes collisions. Une presse haineuse répandait partout les soupçons et les calomnies. La question des écoles, très agitée à cette époque et toujours restée depuis lors un problème difficile à résoudre, surexcitait encore davantage les sentiments anticatholiques de la population protestante. Voir plus bas. L'Eglise se trouvait sérieusement menacée dans son existence sociale; elle avait besoin de réunir toutes ses forces contre les dangers, sans cesser pour autant de se développer au milieu du prodigieux accroissement de la nation. Telles furent les raisons d'une série de conciles provinciaux dont le salutaire écho alla se répercuter dans de nombreux synodes diocésains, et qui contribuèrent puissamment à l'affermissement de l'Eglise américaine en ces temps troublés. Il suffira de faire ici la simple nomenclature de ces assemblées législatives de l'épiscopat américain. Le second concile provincial se tint en 1833. Cf. Conciliaprovincialia habitaabanno 1829 usque ad annum 1840, Baltimore, 1892. La hiérarchie se composait alors de douze évêques, parmi lesquels on comptait six Français, et de trois cent huit ecclésiastiques, dont soixante-dix d'origine française. C'est dans cette réunion de prélats que fut adopté, avec l'approbation de Borne, un mode de nomination des évêques complété, en 1884, par les décrets du troisième concile national. Voir plus bas. Les Pères du concile crurent devoir prémunir officiellement les fidèles contre la presse anticatholique qui commençait à répandre ses préjugés dans la nation. Avant de se séparer, ils demandèrent à Borne la création des diocèses de Vincennes, et de Détroit. Le diocèse de Vincennes, détaché de celui de Louisville ou de Bardstown, devait embrasser l'État d'Indiana et la partie est de l'Ulinois; il fut confié à Mar Brute, prêtre de Saint- Sulpice , qui avait accompagné M'Jr Flaget en Amérique, en 1808. Cf. Baylay, Memoirs of right Ret . Brute. Plusieurs évêques français comme Mar de la Hailandière (1839), Mgr Bazin (1847), Ma' de Saint-Palais (1849), ont occupé ce siège épiscopal. C'est dans ce diocèse qu'un jeune prêtre de la congrégation de Sainte-Croix du Mans, le P. Sorin, vint ouvrir, en 1842, une école qui est devenue depuis lors la florissante université catholique de Notre-Dame. Cf. Silver Jubilee of the University ofN.-D. lndiana, 1892. Le diocèse de Détroit dans l'État de Michigan, théâtre classique des missions françaises au xvne siècle, fut longtemps administré par le P. Badin, premier élève de Saint-Sulpice ordonné en Amérique. De 1833 à 1849, se tinrent à Baltimore six conciles provinciaux, sous la présidence de Mar Eccleston. Chacune de ces assemblées demanda à Borne l'érection de nouveaux sièges. Au troisième concile (1839) correspond la création par Grégoire XVI des évêchés de Pittsburg en Pensylvanie, cf. Lambing, History of the diocèse of Pittsburg, Pittsburg, 1860; de Nashville dans le Tennessee, et de Dubuque dans ITowa. Au quatrième concile (1840), les Pères sollicitèrent et obtinrent la création de l'évêché de Natchez dans l'État du Mississipi : il fut confié à Mar Chance, de la société de Saint-Sulpice. Cf. Janssens, History of the catholic Church in the city of Natchez, New- York. A la suite du cinquième concile (1843), le souverain pontife érigea les sièges épiscopaux de Little-Rock dans la partie ouest de l'Arkansas, de Chicago dans l'Ulinois, de Milwaukee dans le Wisconsin, de Hartford dans le Connecticut, et confia au zèle de Mar Blanchet le vicariat apostolique de l'Orégon qui s'étendait au sud jusqu'à la Californie mexicaine, au nord jusqu'à la province russe d'Alaska, à l'est jusqu'aux montagnes Bocheuses. L'année suivante, la ville d'Orégon devint la capitale d'une province ecclésiastique composée de deux diocèses : celui de Vancouver, dans
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les possessions anglaises, et celui de Nesqually, dans les États-Unis. En même temps, Saint-Louis fut érigé en métropole avec Dubuque, Nashville, Chicago et Milwaukee pour sulîragants. Le sixième concile (18i6) se composait déjà de vingt-trois évêques; il obtint la formation des évêchés de Butl'alo et d'Albany dans l'État de New-York, de Cleveland dans l'Ohio. A l'occasion du septième concile, Rome crut devoir fortifier la hiérarchie par l'établissement de trois nouvelles provinces ecclésiastiques : celle de la Nouvelle-Orléans qui comprit les diocèses de Mobile, Natchez, Little-Rock et Gaiveston ; celle de Cincinnati avec Louisville, Détroit, Vincennes et Cleveland pour sulîragants; celle de New- York composée des évêchés de Boston, Hartford, Albany et Buffalo. En outre, de nouveaux sièges furent ajoutés à ceux qui existaient déjà : ceux de Savannah et de Wheeling dans la province de Baltimore et celui de Saint- Paul dans le Minnesota; ce dernier eut pour premier titulaire M'Jr Crétin, missionnaire français. En 1845, après la bataille de Santa-Anna, les États-Unis s'annexèrent le Texas, c'est-à-dire un territoire équivalent à peu près à l'Autriche, à l'Italie et à la Suisse réunies. Cf. Fiske, p. 333. Le traité de la Guadeloupe (1848), qui mit fin à la guerre du Mexique, y ajouta encore les provinces de la Californie et du Nouveau-Mexique et plusieurs autres États adjacents qui surpassent en étendue l'Allemagne, la France et l'Espagne. L'Église dut donc prendre possession de ces champs immenses fécondés autrefois par les missionnaires espagnols, mais retombés en friche depuis longtemps. Elle en forma trois vicariats apostoliques : celui du Texas (1841) sous l'administration de Ma1 Timon, lazariste français; celui du Nouveau-Mexique (1848) confié à M3r Lamy, lui aussi d'origine française ; et celui du territoire indien qui s'étendait, depuis les frontières de l'Arkansas et du Missouri jusqu'aux montagnes Bocheuses, sur tout le territoire occupé actuellement par les États des deux Dakotas, de Nébraska, de Kansas, de Colorado, de Wyoming et de Montana. M9>" Alemani, dominicain espagnol, fut nommé au siège épiscopal de Monterey en Californie. Ce prodigieux développement de la juridiction ecclésiastique ne put se réaliser sans d'héroïques labeurs. Plusieurs ouvriers évangéliques moururent à la tâche, victimes de leur zèle. La pénurie de prêtres et le manque de ressources matérielles forcèrent la plupart des évêques de ces contrées à aller solliciter en Europe des vocations et des secours pécuniaires. Dans ces circonstances difficiles, l'œuvre de la Propagation de la foi rendit d'immenses services à l'Église américaine. Jusqu'à ce jour, elle a distribué aux différents diocèses des États-Unis près de vingt-cinq millions de francs. D'autre part, à chaque assemblée de l'épiscopat, la discipline ecclésiastique se fortifiait par une législation sage et progressive. Grâce à la direction des pasteurs, la vie catholique des fidèles s'accentuait davantage en face des dangers qui la menaçaient.
Le mouvement d'Oxford fil sentir son influence jusqu'en Amérique; malgré les attaques dont le catholicisme y était l'objet, de brillantes intelligences vinrent chercher dans son sein la paix et la lumière : Brownson, célèbre philosophe et publiciste, Ilecker, le futur fondateur de l'ordre des paulistes, Walworth, fils du chancelier de l'État de New-York, embrassèrent à cette époque la foi romaine. Les forces catholiques des Etats-Unis apparurent surtout au premier concile national tenu en 185'2, à Baltimore, sous la présidence de Mur Kenrick, que ses ouvrages de controverse et de théologie ont placé au premier rang parmi les prélats américains : cinq archevêques et vingt-quatre évêques firent partie de cette imposante assemblée. En même temps, des cathédrales se construisaient dans divers diocèses; des séminaires s'ouvraient à Troy et à Cincinnati; les synodes diocésains et les conciles provinciaux se succédaient dans
l'est et dans l'ouest. De nouveaux sièges étaient créés, surtout dans les parties de l'Union où se portait de préférence l'immigration; on peut citer celui de Brooklyn dans l'État de New-York, celui de Newark dans le New- Jersey, celui de Burlington dans le Vermont, celui de Fort-VVayne dans l'Ohio, et celui de Quincy dans le sud de l'Illinois. Les vicariats apostoliques de Nébraska dans les Dakotas et de Marysville dans la Californie facilitèrent l'évangélisation de ces régions reculées. C'est ainsi que l'Église s'affermissait de plus en plus dans la république américaine. La guerre de Sécession (1861- 1866) fut pour elle une nouvelle épreuve. Elle eut beaucoup à souffrir dans les États du sud et de l'ouest transformés en champ de bataille. Mais grâce au puissant courant de vie catholique que les conciles avaient fait circuler sur toute l'étendue du territoire, son unité n'en devint que plus forte. Divisés en politique, les fidèles restèrent attachés à leurs évêques au point de vue religieux. Au milieu des armées, dans les prisons et dans les hôpitaux, les prêtres et les religieuses, sans distinction de partis, montrèrent un dévouement qui conquit à l'Église catholique le respect unanime de la nation. Le gouvernement de Washington ne craignit même pas d'envoyer en Europe l'archevêque de New-York, Mar Hughes, pour plaider auprès des gouvernements les intérêts de la république. Après la guerre de Sécession, en face des divisions politiques du pays et de la désorganisation des diverses communions religieuses, l'Église sentit encore une fois le besoin de faire, pour ainsi dire, le dénombrement de ses forces avant de se lancer dans de nouvelles œuvres. Avec l'approbation de Pie IX, Mor Spalding, successeur de MfJr Kenrick sur le siège de Baltimore, convoqua le second concile national. « Il faut, disait-il dans sa lettre aux évêques, que l'Église présente à la nation son indestructible unité; elle doit aviser aux mesures à prendre dans la phase nouvelle qui commence pour la vie nationale; elle doit pourvoir aux besoins de quatre millions de nègres qui se trouvent jetés sur ses bras; il lui reste enfin à compléter sa discipline. » En réponse à cette invitation, le 7 octobre 1866, sept archevêques, trente-huit évêques, trois abbés mitres et cent vingt théologiens s'assemblèrent dans la cathédrale de Baltimore. Quelque imposante que fût cette hiérarchie, le concile jugea nécessaire de demander au souverain pontife qu'il la fortifiât encore en accordant le titre de métropolitains aux évêques de Philadelphie et de Milwaukee. Il obtint en même temps l'érection des sièges de Wilmington dans le Delaware, de Scranton et d'Harrisburg dans la Pensylvanie, de Green-Bay et de Lacrosse dans le Wisconsin, d'Omaha dans le Nébraska, de Saint-Joseph dans le Missouri, de Colombus dans l'Ohio, de Grand-Valley dans la Californie et de Rochester dans l'État de New-York. Il faut ajouter à ces résultats du concile la création des vicariats apostoliques de la Caroline du. Nord, de Montana, de l'Arizona et du Colorado. Cf. les actes du concile et l'ouvrage du P. Smith sur le second concile national de Baltimore, New-York, 1880. L'Église avait vraiment pris racine dans le pays; elle pouvait dès lors s'y épanouir : ce sera la troisième phase de son histoire.
IV. Épanouissement du catholicisme aux États- Unis (1866-1900). — Il ne peut entrer dans le plan de cet article de décrire en détail tous les événements de l'histoire ecclésiastique des États-Unis depuis le second concile national (-1866). Il suffira de mentionner les principaux faits qui marquent le constant progrès du catholicisme dans la république américaine. La nomination de l'archevêque de New- York au cardinalat, en 1875, fut comme le couronnement de celle hiérarchie qui, depuis inoins d'un siècle, s'était si fortement constituée. A la même époque, Boston, Milwaukee, Philadelphie et Santa- Fé furent élevées au rang d'églises métropolitaines. La multiplication prodigieuse des fidèles et du clergé, le
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développement des ordres religieux, la diversité des œuvres auxquelles l'Église devait se livrer, le nombre toujours croissant des institutions qu'elle fondait, le contact de plus en plus intime qu'elle prenait avec les pouvoirs civils et avec la nation, les besoins et les dangers du nouvel état social, le progrès matériel lui-même, exigeaient impérieusement que l'épiscopat tout entier se réunit une troisième fois pour concerter ses moyens d'action et perfectionner encore l'esprit de discipline qui fait sa force. Le souverain ponlife Léon XIII fit venir à Rome les archevêques américains pour préparer avec eux le futur concile national qui s'ouvrit en 188i à Baltimore, sous la présidence de Msr Gibbons nommé à cet ell'et délégué apostolique du Saint-Siège. Soixantequinze archevêques ou évêques, six abbés mitres, trentedeux supérieurs d'ordres religieux, onze supérieurs de séminaires et plus de cent théologiens formaient ces solennelles assises de l'Église d'Amérique. De cette imposante assemblée est sortie une législation ecclésiastique complète dont le mérite incontestable est son admirable adaptation aux circonstances de temps et de pays. Les questions les plus importantes sur lesquelles elle porte sont : les relations du clergé avec l'épiscopat, les droits des métropolitains, la propriété ecclésiastique, les ordres religieux, l'éducation du clergé, les universités, les séminaires et les écoles, le ministère sacerdotal, la procédure ecclésiastique et les causes matrimoniales. La lettre pastorale que les Pères adressèrent aux fidèles à l'issue du concile insiste sur la soumission qui est due à l'autorité infaillible du souverain pontife , exalte la grandeur du mariage chrétien dans ses prérogatives d'unité et d'indissolubilité, recommande une formation vigoureuse de la jeunesse catholique, met en garde contre les dangers des sociétés secrètes et répudie formellement la prétendue opposition que certains esprits persistaient à voir entre l'Église et le vrai patriotisme. Cf. Acta concilii terlii BaUimorensis, Baltimore, 1886. L'archevêque de Baltimore fut élevé à la dignité de cardinal en 1886 : il est une des grandes figures de l'Église américaine dans cette troisième phase de son histoire. Depuis le concile, de nouveaux sièges ont été créés : celui de Syracuse, dans la province de New-York; celui de Saint-Augustin, dans la province de Baltimore; ceux de Concordia, Kansas-City, Wichita, Leavenworth, dans la province de Saint-Louis; ceux de San-Antonio et de
Brownsville, dans la province de la Nouvelle-Orléans; celui de Boisy-City, dans l'Orégon; ceux de Cheyenne et de Lincoln, suffragants de l'archevêché de Dubuque; ceux de Belleville et de Péoria, dans la province de Chicago; ceux de Saint-Cloud et Duluth, sous la juridiction métropolitaine de Saint-Paul. C'est au milieu de cet épanouissement de la vie catholique qu'eut lieu en 1889 le centenaire de la fondation du premier diocèse et de l'établissement de la hiérarchie ecclésiastique aux États- Unis. Le contraste était frappant : au lieu d'un évêque et de quinze mille catholiques, il y avait à ce moment quatorze archevêques, soixante-treize évêques, dix mille prêtres séculiers ou réguliers et près de dix millions de fidèles. A ce brillant anniversaire auquel assistait Mar Satolli, représentant du saint-siège, se rapportent deux faits importants qui ne sont pas les moindres preuves de l'épanouissement de l'Église américaine : le premier congrès catholique laïque sous la direction de l'autorité ecclésiastique, et la fondation de l'université catholique de Washington, dont le concile national de Baltimore avait émis le vœu en 1852. Dans le congrès, où se réunit l'élite des fidèles, plusieurs graves questions furent étudiées en commun, entre autres celle de la presse, de l'organisation des associations religieuses et de la coopération des laïques aux œuvres du clergé. Léon XIII mit le couronnement à cette merveilleuse évolution du catholicisme en Amérique par la création d'une délégation apostolique permanente à Washington (1892). Ma' Satolli, devenu depuis cardinal, fut le premier représentant du saint -siège aux États-Unis. Cette délégation est strictement ecclésiastique et non diplomatique. Le délégué n'est pas accrédité auprès du gouvernement de Washington, mais auprès des archevêques et des évêques de la République américaine. Les autorités civiles ont toujours rendu de plein gré à Mar Satolli et à son successeur, Mar Martinelli, de l'ordre des augustiniens, les honneurs que réclame leur haute situation, comme elles le font d'ailleurs envers tous les dignitaires de l'Église romaine; mais les relations entre les deux pouvoirs sont officieuses plutôt qu'officielles et n'entraînent aucune conséquence diplomatique.
La statistique qui suit mettra sous les yeux du lecteur les progrès accomplis par l'église catholique d'Amérique, dans les diverses phases dont nous venons d'esquisser l'histoire.
Archevêques
Evêques avec diocèse
Evêques coadjuteurs
Prêtres séculiers et réguliers
Eglises
Séminaires séculiers
Séminaires réguliers
Collèges '. . .
Pensionnats de filles
Écoles paroissiales
Institutions charitables
Nombre des enfants dans les institutions catholiques
Population catholique
Population totale
Voir le Catholic directory , de 1900. Il donne pour la population catholique une augmentation de 222 000 âmes sur l'année 1898.
Après avoir parcouru l'histoire de l'Église américaine pendant un siècle, il paraît évident que ses conquêtes ne
tiennent pas au fait purement extrinsèque de l'immigration européenne. Mais jusqu'à quel point le progrès estil réel? N'y a-t-il pas eu des pertes considérables qui pourraient faire douter de l'avenir du catholicisme dans cet immense pays protestant? Cahensly donnait pour
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raison de sa demande « d'évêques nationaux » que, sans un clergé de même nationalité que les fidèles, la foi se perdait. Il évaluait à vingt millions le nombre des catholiques qu'il devrait y avoir aujourd'hui aux Etats- Unis. Murray, dans son Popular history of the catlialic Church, affirme qu'il y a vingt-quatre millions d'Irlandais, ce qui supposerait presque autant de catholiques, s'il n'y avait pas eu d'immenses pertes. D'après Gil Mary Shea, deux ou trois millions de fidèles auraient fait défection : suivant ses calculs, la population catholique devrait s'élever à douze ou treize millions d'âmes. Qu'il y ait eu des pertes réelles, cela se comprend. Les persécutions de la période des lois pénales depuis 1688 jusqu'à la révolution contre l'Angleterre, la pénurie de prêtres dans les débuts, les scandales et les schismes de certains ecclésiastiques, l'ostracisme auquel la société protestante condamnait les catholiques, le manque d'établissements pour l'éducation de la jeunesse, sont autant de causes, qui expliquent la disparition de la foi chez un certain nombre. Aujourd'hui toutes ces lacunes se comblent par le seul fait du développement progressif des institutions catholiques. La description de l'état actuel de l'Église aux Etats-Unis achèvera de donner une idée exacte de ce développement.
V. État actuel du catholicisme. — /. provinces Ecclésiastiques et ÉvÊcuÉs. — Il y a aujourd'hui aux États-Unis quatorze provinces ecclésiastiques, soixanteneuf diocèses, trois vicariats apostoliques et la préfecture apostolique d'Alaska. Le nombre des catholiques est de 10129 677, sur une population totale de 72 millions d'âmes. Le mode de nomination des évèques a été réglé avec l'approbation du saint-siège par les deux derniers conciles nationaux de 1866 et de 1884. Voici la substance de cette discipline. Tous les trois ans, chaque évêque envoie à son métropolitain et à la S. C. de la Propagande le nom des ecclésiastiques qu'il juge dignes de l'épiscopat. Quand un siège devient vacant, tous les curés inamovibles du diocèse et les prêtres qui ont le titre de consulteurs sont convoqués en assemblée par le métropolitain ou par l'évêque le plus âgé de la province et,
après avoir prêté le serment de n'élire selon leur conscience que le sujet le plus digne, ils envoient une liste de trois candidats aux évêques de la province et à la Propagande à Rome. Dix jours après, les évêques assemblés à leur tour choisissent aussi trois noms sans être obligés de tenir compte de la liste des consulteurs, pourvu toutefois qu'ils donnent à la S. C. de la Propagande les raisons qu'ils ont d'agir ainsi. Rome se réserve de faire le choix déiinitif comme elle le juge à propos. S'il s'agit d'élire un archevêque ou un coadjuteur d'archevêque, tous les métropolitains des États-Unis doivent être consultés. Cf. 0' Gorman, p. 466.
Les prélats qui composent la hiérarchie ecclésiastique en Amérique appartiennent de fait à des nationalités différentes. Mais l'homogénéité de l'Eglise n'en subsiste pas moins en raison de l'unité nationale qui forme la société civile et politique. En 1890, la question de la nomination en droit d'évêques nationaux pour chacun des peuples dont on trouve des représentants aux États- Unis créa une certaine agitation connue sous le nom de a Cahenslysme », parce que ce fut Cahensly, président en Allemagne de l'œuvre des émigrants, qui demanda à Rome, avec le concours de l'Autriche et de l'Italie, de donner aux diverses populations des États-Unis des évêques de leur nationalité d'origine. Ce danger d'émiettement de l'Église américaine en plusieurs églises nationales distinctes fut évité par le refus de Léon XIII. Cf. ISrunetière, Le catholicisme aux Etals-Uni s, dans la Revue des Deux Mondes, 1898, et vicomte de Meaux, L'Eglise catholique et la liberté aux h, tais- Unis, appendice, p. 411.
L'unité de la hiérarchie ecclésiastique apparaît encore davantage dans les assemblées annuelles des archevêques. Chaque année, en effet, les métropolitains se réunissent dans une ville désignée d'avance pour s'occuper soit des intérêts de l'université catholique, soit des questions religieuses ou sociales qui touchent à la vie catholique et à la mission de l'Église américaine.
Le tableau suivant est tiré de l'annuaire publié à Milvvaukee pour l'année 1900. Chaque archidiocèse y est suivi des diocèses qui en dépendent.
ARCIIIDIOCESES, DIOCESES et
VICARIATS APOSTOLIQUES
Archidiocèse de Baltimore (Maryland). .
Diocèse de Charleston (Caroline du Sud). .
Diocèse de Richmond (Virginie)
Diocèse de Saint-Augustin (Floride). . . .
Diocèse de Savannah (Géorgie)
Diocèse de Wheeling (Virginie occidentale).
Diocèse de Wilmington (Delaware)
Vicariat apostolique de la Caroline du Nord
Archidiocèse de Boston (Massachusetts) .
Diocèse de Burlington (Vermont)
Diocèse de Hartford (Connecticut)
Diocèse de Manchester (New-Hampshire). .
Diocèse de Portland (Maine)
Diocèse de Providence (Rhode Island). . . Diocèse de Springfield (Massachusetts). . .
Archidiocèse de Chicayo (Illinois) ....
Diocèse d'Alton (Illinois)
Diocèse de Belleville (Illinois)
Diocèse de Peoria (Illinois)
Archidiocèse de Cincinnati (Oh\o) . . . .
Diocèse de Cleveland (Ohio)
Diocèse de Columbus (Ohio)
Diocèse de O.vington (Kentucky)
Dion ■'.«■ do Di'lmit (Michigan)
Diocèse de Fort-Wayne (InUiana)
NOMBRE
des enfants qui sont
dans
les institutions
catholiques.
8 203 lit 508 17 850
POPULATION