‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 468 sur 536 · ANGES. — 1° DOCTRINES COMMUNES A SAINT THOMAS, DUNS · texte numérisé non relu

ANGES. — 1° DOCTRINES COMMUNES A SAINT THOMAS, DUNS

scot et suarez. — I. Création. — Les anges sont des créatures de Dieu. S. Thomas, Sum. theol., Ia, q. lxi, a. 1; Suarez, De angelis, 1. I, c. il. Ils n'ont pas été créés de toute éternité, mais ils ont eu un commencement. S. Thomas, ibid., a. 2; Suarez, De angelis, 1. I, c. II. Ils ont été créés en même temps que le monde corporel. Saint Thomas soutient cette opinion comme la plus probable. Ibid., a. 3. Elle est regardée comme certaine par Suarez. Ibid.,\. I, c. m. Aucun d'eux n'a été créé mauvais. S. Thomas, ibid., q. lxiii, a. 4; Suarez, De angelis, 1. I, c. m; 1. VII, c. n.

2. Élévation et épreuve. — Tous les anges ont été élevés à l'état de grâce pour subir une épreuve; car il fallait qu'ils fussent élevés à l'état surnaturel pour mériter la béatitude surnaturelle. S. Thomas, Sum. theol., q. Lxn,a.2; Scot, / V Sent, 1. II,dist.V,q. i, n.7; Suarez, ibid., 1. V, c. m. Les principaux mystères divins, en particulier l'incarnation, leur ont été alors révélés. S. Thomas, ibid., q. lxiv, a. 1, ad 4um; Suarez, ibid., 1. V, c. VI.

3. Béatitude. — Ceux qui sont restés fidèles à Dieu dans cette épreuve ont reçu, en récompense de celte fidélité, et non, comme le pensait Pierre Lombard, en récompense de leur futur ministère envers les hommes, la béatitude éternelle par la vision intuitivede Dieu. S. Thomas, ibid., q. lxii, a. 4, 9; Scot, IV Sent., 1. II, dist. V, q. i, n. 1

sq. ; Suarez, ibid.,\. VI, c. i-vui. Les anges qui ont offensé Dieu dans leur épreuve ont été, au contraire, condamnés au feu de l'enfer et sont devenus des démons. Voir ce mot.

//. opinions de saint thomas d'aquin. — I. Création et élévation. — L'ange a été créé par Dieu dans l'étal de béatitude ou de perfection naturelle; car n'acquérant point ses connaissances comme l'homme par des raisonnements, il a reçu de Dieu, dès le premier moment de sa création, toute la science naturelle dont il était capable. Sum. theol., Ia,q. lxii, a. 1. L'état de grâce sanctifiante dans lequel les anges ont subi leur épreuve leur a été aussi plus probablement donné au moment même de leur création. Ibid., a. 3.

2. Épreuve. — Nous l'avons déjà dit, l'épreuve des anges n'a pu consister que dans la possibilité d'aimer leur propre bien d'une manière qui n'était pas conforme à la volonté de Dieu; car l'ange, n'ayant point de passion, ne pouvait s'attacher à quelque chose qui ne fût pas un bien. Ibid., q. LXIII, a. 1, ad 4um. Ce bien qu'il pouvait désirer d'une façon désordonnée, c'était la ressemblance avec Dieu ; non pas une ressemblance par égalité de nature, car il la savait impossible; mais la ressemblance qui est donnée à la créature dans la béatitude surnaturelle. Les mauvais anges, qui ont succombé à cette épreuve, ont donc péché en se comportant d'une façon désordonnée vis-à-vis de cette béatitude à laquelle Dieu les appelait, soit qu'ils aient préféré prendre pour Un dernière la béatitude à laquelle ils étaient capables d'arriver naturellement, soit qu'ils aient voulu parvenir à la fin surnaturelle par leurs seules forces naturelles, et sans le secours de la grâce de Dieu. Dans l'un ou l'autre cas, ils ont voulu arriver à la béatitude de la fin, par leur vertu personnelle, ce qui est le propre de Dieu. Ibid., q. lxiii, a. 3. Les bons ont triomphé de cette épreuve par un acte de charité. Ce seul acte leur a assuré la possession immédiate de la béatitude; en effet, de même que l'ange arrive aussitôt à sa perfection naturelle sans passer par aucun raisonnement, de même le premier acte méritoire doit lui obtenir aussitôt la béatitude surnaturelle. Ibid., q. lxii, a. 5.

3. Béatitude. — Le degré de béatitude a dû être accordé à chaque ange dans la mesure de sa perfection naturelle. En effet, Dieu semble avoir donné aux anges des degrés divers de perfection naturelle pour les préparer à recevoir des degrés divers de grâce et de béatitude; d'autre part, la nature angélique n'étant point composée comme la nôtre de natures diverses, aucun obstacle ne l'empêchait de se porter vers Dieu de toutes ses forces. Il semble donc que les anges qui possédaient une nature plus parfaite ont aimé Dieu plus parfaitement et mérité une plus grande béatitude. La béatitude des bons anges n'augmente point dans ce qu'elle a d'essentiel. Ibid., q. lxii, a. 9. Cependant, jusqu'au jour du jugement, les anges peuvent voir augmenter leur récompense accidentelle, en particulier la joie qu'ils éprouvent au sujet des hommes qui sont sauvés par leur ministère, Luc, iv, 10; mais il est plus probable qu'ils ne méritent pas cette augmentation. Ibid., ad 3um.

4. L'élévation et la béatitude ont-elles été méritées aux anges par le Chris f! — La grâce donnée aux bons anges durant leur épreuve ne leur a pas été méritée par le Christ, non plus que ce qu'il y a d'essentiel dans leur béatitude. Deveritate, q. xxix, a. 7, ad5ura. Ilestcependant leur chef, et son influence s'exerce sur eux. Sum. theol., IIIa, q. lix, a. 6. Cette influence n'est pas la fin de l'incarnation qui s'est faite pour les hommes. Elle en est seulement une conséquence. De veritate, q. xxix, a. 4, ad 5um. Toutefois le Christ a mérité aux anges la récompense accidentelle qui leur vient de leur ministère auprès de nous.76irfv a. 7,ad5ura.Il les a jugés à la suite de leur épreuve et par rapport à l'essentiel de

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leur récompense ou de leur péché, comme Verbe de Dieu; il ne les jugera comme Christ fait homme, que sur ce qu'ils font dans le monde, et sur ce qu'il y a d'accidentel dans leur récompense ou dans leur châtiment. Sum. theol., III", q. lix, a. 6.

ni" opinions de duns scot. — I. Les périodes de l'existence angélique. — Les anges ont été créés tous égaux. IV Sent., 1. II, dist. V, q. i, n. 7. Il est probable que Dieu leur a assigné à tous le même temps pour leur épreuve et pour leur récompense ou leur châtiment. Ibid., n. 6. Leur existence peut donc se partager en trois ou en quatre périodes (morse) : 1° la période de leur récompense ou de leur châtiment dans laquelle ils sont; 2° la période de leur épreuve qui a nécessairement précédé la première, et où ils ont mérité ou démérité; 3° une troisième période qui a précédé leurs mérites et leurs démérites, et où ils étaient égaux et en état de grâce sanctifiante. Il semble plus probable qu'ils ont été créés en cet état de grâce; car aucune raison n'oblige à croire qu'ils ont été antérieurement dans un autre état. Cependant la conjecture de certains théologiens, suivant laquelle ils auraient été créés dans l'état naturel et élevés seulement ensuite à l'état de grâce, n'offre rien d'invraisemblable. En ce cas moins probable, il y aurait eu au commencement de leur existence une quatrième période, celle de l'état naturel. Ibid., q. I, n. 6, 7; q. il, n. 13.

2. Création et épreuve. — Après ce que nous avons vu des opinions de Duns Scot sur l'intelligence et la volonté des anges, il est clair qu'il ne leur accorde pas l'entière perfection naturelle ni avant, ni pendant leur épreuve. Cf. ibid., dist. V, q. Il, n. 13 sq. Cependant il reconnaît qu'ils ont reçu dès l'origine la connaissance abstractive de Dieu dont ils étaient naturellement capables et qui constituait leur perfection naturelle. Ibid., dist. III, q. ix, n. 8. — Selon lui, la période de leur épreuve a compris plusieurs instants; car elle a été remplie pour les mauvais anges, par plusieurs péchés successifs, de diverses espèces et de plus en plus graves, et pour les bons anges, par un combat contre le dragon et une victoire (Apoc, xin). Ibid., dist. V, q. IX, n. 9; q. H, n. 15; cf. ibid., dist. VI, q. vu, n. 16 sq.; dist. VII, q. unica, n. 6. Le mérite des bons anges est venu de ce combat, comme la faute des démons a consisté à suivre Lucifer. Leur péché a consisté en un amour désordonné d'euxmêmes, ibid., dist., VI, q. il, n. 4, qui leur fit désirer la béatitude d'une façon immodérée. Ibid., n. 5 sq. Ce ne fut point un péché d'orgueil proprement dit, mais plutôt un péché de luxure, puisqu'on peut rapporter à la luxure la délectation désordonnée dans une chose spirituelle, comme la science de la géométrie. Ibid., n. 14. Plusieurs scotistes admirent, comme le fit Suarez, que le péché des démons consista à envier l'union hypostatique du Christ; cependant ils ne citent aucun texte de Scot en faveur de cette opinion. Frassen, Scolus academicus, in IV Sent.,\. II, tr. I, disp. III, a. 3, q. m, n. 36, Paris, 1673, t. n, p. 181. Mais le docteur subtil dit clairement que les mauvais anges auraient pu se repentir, aussi longtemps qu'ils restèrent dans la période d'épreuve, avant d'être précipités en enfer. IV Sent., 1. II, dist. VI, q. vu, n. 17, ad 4"->.

:J. Béatitude. — Les bons anges ont mérité la béatitude surnaturelle par la manière dont ils ont subi leur épreuve. Leur récompense substantielle ne s'accroît pas. Ibid., dist. VII, q. i, n. 28. On attribue à Scot d'avoir admis que cette récompense substantielle augmente en extension sinon en intensité. Ainsi fait Suarez, Deangclis, l.VI, C. vt, n. 0. Duns Scot, IV Sent., I. II, dist. X ; Reporlala, 1. II, dist. X, q. n, admet en effet un progrèsque Suarez rejette, De angelis, 1. VI, c. v, dans la connaissance de l'incarnation au moins par les anges inférieurs; niais le progrès dans la connaissance de l'incarnation peut être regardé comme accidentel dans la vision béatifique des anges. Cf. Suarez, De angelis, 1. VI, c. vi,n. 1 sq. Les

textes du docteur subtil invoqués par Suarez, 7 VSent.l. III, dist. XIV, q. n, n. 21 , peuventdoncs'entendrede la récompense accidentelle des anges. Suarez le reconnaît luimême. Ibid., c. vi, n. 6. Scot pense, comme saint Thomas d'Aquin, que la récompense accidentelle des anges s'accroît par la connaissance qui leur est donnée successivement de la conversion et des bonnes œuvres des hommes ; mais tandis que saint Thomas estime que cet accroissement est indépendant de tout mérite de la part des anges bienheureux, Duns Scot croit qu'ils le méritent par leur ministère auprès des élus. IV Sent., 1. II, dist. V, q. i, n. 4.

4. La grâce a-t-elle été méritée aux anges par le Christ? — Bien que le docteur subtil soutienne que le Christ se serait incarné alors même qu'Adam n'eût point péché, / V Sent., 1. III, disp. VII, q. ni, n. 3, et que son incarnation a été résolue par Dieu avant la prédestination des anges, il pense néanmoins que les grâces données aux anges ne leur ont pas élé méritées par le Christ. Ibid,, dist. XIX, q. unica, n. 6. Cf. les commentaires de Cavelle sur ce passage, n. 7, dans Duns Scot, Opéra, Paris, 1894, t. xiv, p. 717.

iv> opinions de suarez. — 1. Création. — L'angeaurait pu recevoir la béatitude naturelle, au moment de sa création, s'il avait été établi dans un état de nature pure; mais, ayant été créé dans un état surnaturel et pour subir une épreuve, il n'a pas reçu la béatitude naturelle, puisqu'il était peccable et qu'il ne contemplait ni n'aimait nécessairement Dieu à tous les instants. De angelis, 1. III, c. xi.

2. Élévation. — L'opinion la plus probable est celle qui accorde l'état de grâce aux anges dès le moment de leur création. Ibid., 1. III, c. iv. Il est plus probable aussi qu'ils se sont disposés dès ce premier moment à l'état de grâce et aux vertus qui l'accompagnent, par des actes surnaturels produits non à l'aide de ces vertus, mais à l'aide de grâces actuelles. Ibid.,\. III, c. vn-ix. Malgré l'autorité de saint Thomas qui soutient l'opinion contraire, il semble que les anges n'ont pas reçu tous un degré de grâce et de gloire proportionnel à leur perfection naturelle; car plusieurs ont pu se disposer à l'état de grâce, ou mériter la gloire par des actes plus parfaits que les actes d'autres anges supérieurs par leur nature. Ibid., 1. V, c. x. Tous les anges, même les futurs démons, ont fait des actions bonnes et méritoires pendant cette première période de leur existence, et cette période a duré un laps de notre temps qu'il est impossible de déterminer. Ibid., 1. V, c. xi, n. 5.

3. Épreuve. — Pendant une seconde période, les bons anges ont mérité une augmentation de grâce et de gloire par diverses bonnes actions, tandis que les mauvais anges méritaient la damnation. Cette épreuve est la guerre que, suivant l'Écriture, Lucifer provoqua entre les anges, en leur proposant de se révolter contre Dieu. Ibid., 1. V, c. xi, n. 6 sq.; c. XII, n. 6. Les anges ont tous reçu des grâces suffisantes pour persévérer pendant cette période; les mauvais anges auraient pu se repentir après être entrés clans la mauvaise voie; cependant, en fait, tous ceux qui sont entrés dans cette voie à la suite de Lucifer y ont persisté jusqu'à leur damnation, en raison non d'une impuissance physique, mais d'une impuissance morale. Ibid., 1. V, c. xn; 1. VIII, c. I. De même aucun des anges qui sont entrés alors dans la bonne voie n'est tombé' ensuite dans le péché avec les mauvais anges. Cette persévérance de tous les anges qui ont bien commencé cette seconde période vient d'une grâce spéciale, efficace, qui leur a été donnée de Dieu. Ibid., 1. V, c. xn.

Cette seconde période de l'existence angélique a été caractérisée non seulement par de nouvelles grâces actuelles, mais encore par une nouvelle révélation. L'incarnation du Verbe a été révélée alors à tous les aiiLies. 11 leur a été ordonné de reconnaître le Christ

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fait homme pour leur chef et l'auteur de leur salut, et de l'adorer comme Dieu, Lucifer a prétendu que celte excellence était due à sa nature; lui, et les mauvais anges qu'il entraîna, refusèrent d'obéir, pendant que les bons anges se soumettaient. C'est en quoi a consisté l'épreuve des anges. Ibid., 1. V, c. XII, n. 13; In tertiam parlem, dist. V, sect. iv, n. 18.

4. Béatitude. — Les mauvais anges ont été précipités en enfer aussitôt après avoir consommé leur péché. De angelis, 1. VIII, c. n. Les bons anges sont entrés dans la béatitude éternelle aussitôt après leur épreuve; la possession de cette béatitude constitue la troisième période de leur existence. De angelis, 1. VI, c. i-m. Suarez attribue aux anges bienheureux, dès le premier moment de leur béatitude, une connaissance complète de tous les mystères de la foi qui devaient être révélés aux hommes avec l'Évangile, mais il incline à leur refuser la connaissance du jour du jugement. Ibid., 1. VI, c. v. Cette manière de penser s'imposait à lui du moment qu'il admet que l'incarnation a fourni l'objet de l'épreuve des anges et que leur élévation leur a été méritée par le Christ. Il suit l'opinion de saint Thomas sur l'augmentation de leur bonheur accidentel, sans mérite de leur part. Ibid., 1. VI, c. v-ix.

5. L'élévation et la béatitude ont-elles été méritées aux anges par le Christ? — Suarez soutient non seulement que le Christ est le chef des anges, In tertiam partent, disp. XXIII, sect. i, n. 6; mais encore que c'est lui qui leur a mérité toutes les grâces et la gloire qu'ils ont reçues : il considère cette conclusion comme la conséquence de l'opinion que l'incarnation aurait eu lieu, alors même qu'Adam n'eût point péché. Ibid., disp. XLH, sect. i.

Le péché d'Adam, selon lui, a été la cause non de l'incarnation mais de la rédemption. C'est pourquoi le Christ n'a point racheté les anges qui ont péché. Ibid., disp. XL1I, sect. n. Il est le sauveur des anges, c'est-à-dire l'auteur de leur salut et de leur glorification, non leur rédempteur. Si l'on objecte que les anges pas plus que les hommes n'auraient dû entrer dans la béatitude avant le Christ, leur sauveur, Suarez répond que les anges n'étant point pécheurs, ni exclus du ciel comme les hommes pécheurs, n'avaient pas besoin d'attendre leur rédemption pour y entrer. Il convenait au contraire qu'ils reçussent leur récompense sans aucun retard et par conséquent avant l'avènement du Sauveur. De angelis, 1. VI, c. il, n. 9.

VI. Rapports mutuels des anges. Hiérarchie. Illumination. Langage. — i° saint thouas d'aquin. — i. Hiérarchie. — Saint Thomas suit l'Aréopagite sur la question de la hiérarchie des anges. La hiérarchie est une principauté sacrée. Du côté du prince qui est Dieu, il n'y a qu'une seule hiérarchie embrassant les anges et les autres créatures raisonnables qui sont sanctifiées. Du côté des sujets, il faut distinguer autant de hiérarchies qu'il y a de groupes qui reçoivent d'une manière différente les ordres du prince, comme on distingue les cités qui sont soumises à un même prince, mais ont reçu de lui une législation différente. Les hommes connaissant les lois divines d'une manière différente des anges, forment une hiérarchie différente de celle des anges. Les anges à leur tour ayant une intelligence plus ou moins puissante, et connaissant les lois divines de manières diverses, sont partagés en trois hiérarchies. La première saisit ces lois comme elles procèdent du premier principe universel qui est Dieu. La seconde hiérarchie les saisit comme elles dépendent des causes universelles créées, qui sont déjà en assez grand nombre. La troisième hiérarchie les saisit comme elles s'appliquent à chaque être et dépendent de ses causes particulières. Sum. theol., Ia, q. cvm, a. 1. Chaque hiérarchie contient, à son tour, trois ordres dilfèrents par leurs actes et leurs offices : un ordre supérieur, un

ordre intermédiaire et un ordre inférieur, que saint Denys a parfaitement distribués en plaçant dans la première hiérarchie les séraphins, les chérubins et les trônes; dans la seconde, les dominations, les vertus et les puissances; dans la troisième, les principautés, les archanges et les anges, ibid., a. 2, 5, 6, division à laquelle peut d'ailleurs se ramener celle de saint Grégoire; car si celui-ci place autrement les principautés et les vertus, c'est parce qu'il ne donne pas à ces termes le même sens que saint Denys. Ibid., a. 6, ad 4um. Chaque ordre renferme à son tour beaucoup d'anges différents, mais que nous ne pouvons distinguer à cause de l'ignorance où nous sommes de leurs offices. Ibid., a. 3. Cette distinction des anges en hiérarchies et en ordres est fondée, dans sa préparation, sur leurs dons naturels qui les disposaient à leur degré d'élévation surnalurelle, et dans son achèvement, sur leurs dons surnaturels et la vision intuitive que Dieu leur accorde de son essence. Ibid., a. 4. Elle persévérera donc après le jour du jugement sous ces deux rapports, mais non pour le ministère confié aux anges de mener les hommes à leur fin. Ibid., a. 7. Les hommes peuvent entrer dans les divers ordres des anges, non en prenant leur nature, mais en méritant au ciel une gloire qui les égale à l'un ou l'autre ordre des anges. Ibid., a. 8.

2. Illumination. — On dit qu'un ange est éclairé ou illuminé par un autre lorsqu'il reçoit de lui la connaissance d'une vérité ignorée du premier et connue du second. Sum. theol., la, q. cvi. Il n'y a pas illumination mais simple locution, lorsqu'un ange manifeste ce qui dépend de sa propre volonté; pour qu'il y ait illumination, il faut qu'il s'agisse d'une vérité qui a pour seule règle l'intelligence divine. Ibid., q. cvn, a. 2. Un ange inférieur n'illumine jamais un ange supérieur; car cela serait contre l'ordre établi de Dieu, ibid., a. 3; mais un ange supérieur peut éclairer un ange inférieur, et il le fait de deux manières : d'abord il fortifie sa puissance intellective en se tournant vers lui, comme un corps plus chaud augmente la température d'un corps froid dont il se rapproche ; ensuite il met à sa portée, par des divisions convenables, ses concepts trop universels pour être saisis en eux-mêmes par l'ange inférieur. De cette manière il explique à l'ange inférieur ce que celui-ci ne pouvait concevoir, comme un maître explique à ses disciples les principes généraux par leurs applications particulières. Ibid., a. 1. Cette illumination n'a point pour objet l'essence divine dont tous les anges bienheureux ont la vision, mais seulement la raison des œuvres de Dieu qui sont manifestées plus ou moins aux anges et dans la mesure où ceux-ci sont plus parfaits. Ibid., a. 1, ad lum. Cependant cette illumination ne saurait jamais rendre la connaissance des anges inférieurs égale à celle des anges supérieurs, ibid., à. 4; jusqu'au jour du jugement les anges supérieurs recevront sur le monde et l'élection des élus de nouvelles révélations qu'ils pourront communiquer aux anges inférieurs par illumination. Ibid., a. 4, ad 3um. Malgré cette action de l'ange supérieur sur les anges inférieurs, il ne saurait mettre leur volonté en mouvement, puisqu'il ne leur manifeste pas le bien universel qui est Dieu, mais uniquement des biens créés. Cependant par la manifestation de ces biens créés et de leurs rapports avec Dieu, il peut incliner leur volonté en leur persuadant d'aimer ces créatures, ou bien Dieu à qui elles se rapportent. Ibid., a. 2.

3. Locution. — Les anges se parlent dans l'illumination; ils se parlent aussi pour se manifester ce qui dépend de leur volonté; c'est pourquoi un ange inférieur peut parler à un ange supérieur. Ibid., q. cvn, a. 2. Saint Thomas attribue à ce qui est intelligible le pouvoir de se manifester à l'intelligence, lorsque rien n'y met obstacle. Or il n'y a à la manifestation des conceptions d'un ange, d'autre obstacle que sa volonté qui a

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ces conceptions sous son domaine. Il suffit donc d'un acte de volonté pour qu'il pense actuellement à l'une ou l'autre des vérités qu'il sait. Il suffit de même que, par un acte de volonté, cet ange ordonne tel ou tel de ses concepts vers un autre ange, pour que celui-ci connaisse ce concept. L'attention du second ange est en effet excitée en ce cas, soit par la vision en Dieu de tout ce qui se rapporte à sa personne, si c'est un ange bienheureux jouissant de la vision intuitive, soit, si c'est un mauvais ange, par l'action de l'objet intelligible qui excite l'attention de l'intelligence angélique, comme le son de la voix humaine excite notre attention. Ce langage ne peut être saisi que par les anges à qui il s'adresse et non par les anges à qui il ne s'adresse point; car vis-à-vis des premiers la volonté de l'ange qui parle supprime l'obstacle qui empêchait la manifestation de ses concepts, tandis qu'elle ne le supprime point visà-vis des derniers. Ibid., q. cvn. Les anges peuvent ainsi se parler, à quelque distance qu'ils se trouvent l'un de l'autre; car cette explication si simple du langage des anges suppose que dans la connaissance de la vérité, la part principale revient à la vérité intelligible ou à l'objet et non à la faculté intelligente du sujet. Cette action prépondérante de l'objet est, nous l'avons vu, un des caractères distinctifs de la psychologie de saint Thomas d'Aquin qui considère l'objet comme la forme, et la faculté comme la matière de la- connaissance.

//. dvns scot. — I. Hiérarchie. — Le docteur subtil n'énonce aucune théorie spéciale au sujet des hiérarchies et des chœurs des anges; il accepte avec tous ses contemporains l'exposé de l'Aréopagite.

2. Illumination. —Il définit l'illumination angélique qusedam locutio de vero revelato perfectiva in esse secundo. IV Sent., \. II, dist. IX, q.li,n.25; Reporlata,\. II, dist. IX, q. n, n. 18. C'est une locution; elle se produit comme toute autre locution angélique. Elle se dintingue par son objet qui est une révélation faite à un ange, manifestée par lui à un autre ange et perfectionnant celui-ci en mettant son intelligence en acte par une connaissance actuelle, in esse secundo. S'il s'agit d'une vérité vue dans le Verbe (et Scot incline à croire qu'il en est toujours ainsi), l'ange illuminateur, Reporlata, 1. II, dist. IX, q. il, n. 18, n'en peut donner la vision à l'autre ange, mais seulement le disposer à considérer cette vision dans le Verbe. Il est vraisemblable que Dieu ne fait aux anges inférieurs aucune révélation ignorée des anges supérieurs. Cependant il n'est pas impossible qu'il en fasse. En ce cas l'ange inférieur pourrait illuminer l'ange supérieur d'une certaine manière; il ne pourrait pas cependant le forcer à l'écouter, comme l'ange supérieur y force l'ange inférieur. C'est pourquoi il n'y aurait point locution, comme nous allons voir que Scot la comprend, ni par conséquent illum inalion. 1 V Sent., 1. II, dist. IX, q.n,n. 25, 26 ;i?enor«a£a, 1. II, dist. IX.q.n, n. 13 sq. Conformément à ses principes, Duns Scot n'exige donc pour l'illumination ni la manifestation d'une vérité dont l'universalité dépasse la compréhension de l'ange inférieur, comme saint Thomas, ni avec Suarez, une explication qui rende la vérité révélée évidente à l'ange qui l'ignorait. Il suffit, à son avis, que l'intelligence angélique reçoive une nouvelle perfection par la connaissance d'une révélation qu'elle ne connaissait pas.

3. Locution. — Contrairement à saint Thomas, le docteur subtil n'admet pas que la volonté de l'ange soit un obstacle qui voile ses pensées, ni que l'ange parle à un autre par le seul fait qu'il veut lui laisser voir sa pensée. Il soutient que les anges peuvent, quand ils le veulent, regarder et connaître la pensée d'un autre ange. Mais, pour qu'il y ait locution, ce n'est pas assez qu'un ange connaisse ce que pense un autre ange; il faut que cette connaissance soit produite dans le pre-

mier par le second. La locution d'un ange c'est la production dans un autre ange d'une pensée actuelle qui était dans le premier. IV Sent., 1. II, dist. IX, q. n, n. 27 sq. L'ange parle donc en produisant en un autre ange le concept de ce qu'il lui dit, de la même façon volontaire qu'il produit ce concept en lui-même, en pensant à ce qu'il dit. Ibid., dist. IX, q. il, n. 15, 28. L'ange peut parler à plusieurs anges, en agissant sur leur intelligence, comme il agit sur la sienne propre, quand il produit ses propres pensées et les tire de sa mémoire par un acte volontaire d'attention. Il a ainsi leurs intelligences à sa disposition, ibid., dist. IX, q. n. n. 2i; car l'ange à qui s'adresse la locution est purement passif dans son audition ; il est ensuite actif pour examiner ce qui lui a été dit. Ibid., n. 22, 23. Si l'objet de la locution est connu de l'ange qui entend, il suffit que l'ange qui parle en produise dans le premier la pensée ou le concept. Si cet objet est inconnu de l'ange qui entend, il faut que l'ange qui parle en produise dans le premier l'espèce intelligible en même temps que le concept. Si l'ange qui parle produit dans l'autre l'espèce intelligible et non le concept, il n'y a point locution parfaite, puisqu'il n'est pas entendu de l'ange à qui il s'adresse. Ibid., dist. IX, q. n, n. 20, 21. Nous avons déjà remarqué qu'un ange inférieur ne saurait, selon Scot, imposer l'audition de ses pensées à un ange supérieur, tandis que l'ange supérieur est toujours maître d'imprimer ses concepts dans l'intelligence de l'ange inférieur, et par conséquent de lui parler et de l'illuminer. Ibid., dist. IX, q. n, n. 22, 26; Reporlata, 1. II, dist. IX, q. il, n. 14. La locution des anges peut se produire à distance; car l'ange qui parle peut produire son concept dans l'ange à qui il parle, sans avoir besoin d'agir pour cela sur l'espace intermédiaire. Nous voyons une action à distance semblable dans le soleil qui produit des effets sur la terre, sans les produire dans l'espace qui l'en sépare. Reporlata, 1. II, dist. IX, q. m, n. 2, 3. Selon Scot la locution des anges ne s'explique point, comme le voulait saint Thomas, par l'intelligibilité de l'objet qui se manifeste à toutes les intelligences, du moment que rien n'y met obstacle. Elle s'explique par l'action de la volonté de l'ange qui parle, action qui produit à son gré la pensée de cet ange et ensuite celle des anges inférieurs. Reporlala, 1. II, dist. IX, q. il, n. 16.

m0 suarez. — i. Hiérarchie. — Suarez suit la doctrine de saint Thomas d'Aquin sur les hiérarchies et les chœurs des anges. De angelis, 1. I, c. xm, xiv. Il regarde la division des anges en chœurs comme de foi divine, si l'on fait abstraction de la différence et de l'ordre qu'il faut mettre entre les chœurs, ibid., c. xm, n. 2, et pense qu'il y a une différence spécifique de nature non seulement entre les hiérarchies, mais encore entre les chœurs. Ibid., 1. I, c. xiv, n. 3 sq.

2. Illumination. — Nous l'avons vu, Suarez n'admet pas avec saint Thomas que l'objet de l'intelligence des anges est toujours universel, que son universalité est d'autant plus grande que l'ange est d'un ordre plus élevé, et que c'est par l'action de cet objet universel que s'explique l'intelligence de l'ange. 11 ne pouvait donc accepter non plus la théorie où le saint docteur explique surtout l'illumination par l'universalité de la vérité qui en est l'objet, universalité qui la place au-dessus de l'intelligence des anges inférieurs et oblige les anges supérieurs à la diviser en concepts moins universels pour la mettre à la portée de l'ange qu'ils éclairent. A cette théorie, qu'il prétend pourtant reprendre sous une autre forme, ibid., 1. VI, c. XII, n. 23, Suarez en substitue une autre, où l'illumination s'explique surtout par la manière subjective dont elle est reçue dans l'esprit de l'ange inférieur. Selon ce théologien, en effet, l'objet de l'illumination ne suffit pas à la distinguer de la simple locution ; pour que cet objet soit ignoré de l'ange infé-

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rieur, il faut, ajoute Suarez, qu'il soit un objet singulier ou un objet particulier contingent de l'ordre surnaturel ; il faut, par conséquent, qu'il consiste soit en un fait à venir, soit en un fait passé non remarqué par l'ange inférieur, soit en un fait présent qui est un secret du cœur. De angelis, 1. VI, c. xii, n. 16. Ces caractères de l'objet de l'illumination ne suffisent pas à la distinguer de la simple locution. Aussi Suarez cherche-t-il une différence entre ces deux opérations, dans une condition toute subjective de l'illumination. C'est que l'ange illuminé adhérera à la vérité qui lui est manifestée non par une simple croyance, comme à une narration historique, mais en raison de l'évidence que les explications de l'ange supérieur lui donneront de cette vérité, en la mettant à sa portée. Ibid., c. xn, n. 20 sq. La théorie de Suarez ne lui permet pas de dire avec saint Thomas que ces explications de l'ange supérieur consisteront à diviser l'objet dont l'universalité dépasse la compréhension de l'ange inférieur. Il se borne à dire qu'il y aura des explications, sans en préciser la nature. Il affirme aussi que l'ange inférieur ne saurait rien manifester à l'ange supérieur que par manière de narration historique. Ibid., c. xiv, n..21. Il en conclut que l'ange inférieur est incapable d'illuminer l'ange supérieur. Ibid.,c. xv, n. 22.

3. Locution. — Le subjectivisme de la psychologie de Suarez lui fait également rejeter la doctrine de saint Thomas sur la locution des anges. Cette locution, dit-il, ne saurait se produire si, comme le pense saint Thomas, l'ange qui parle se borne à diriger son concept vers les anges à qui il parle. Il n'est pas pourtant nécessaire qu'il imprime son concept dans leur esprit, comme le voulait Scot. Il suffit qu'il y imprime son espèce intelligible. De angelis, 1. II, c. xxvi, n. 37. L'ange se servira du même moyen, si sa locution est une illumination. Ibid., 1. VI, c. xv. Dans ces conditions, est-il possible aux anges de s'entretenir à distance? Dans sa Métaphysique, dist. XVIII, sect. vm, n. 46, Suarez y voyait de très grandes difficultés; il lui paraissait probable que les anges ne pouvaient se parler de loin. Dans son traité des anges, écrit postérieurement, 1. II, c. xxvin, n. 13, il incline plutôt à penser que la distance n'est pas un obstacle à leurs conversations, attendu que les opérations par lesquelles ils se parlent n'ont aucun rapport avec l'espace. Cependant il n'ose se prononcer sur le cas où une distance très considérable séparerait deux anges qui voudraient se parler. Ibid., n. 14.

VII. Ministère des bons anges. — i. saint tbosjas d'aquin. — 1. Missions des anges. Reçoivent-ils tous des missions dans le monde sensible? — Les anges reçoivent de Dieu dans le monde corporel des missions dans lesquelles ils sont les ministres de sa providence. Sum. theol., Ia, q. ex, a. 1 ; q. cxn, a. 1. Mais ces missions ne sont confiées qu'aux anges inférieurs. Ibid., q. cxn, a. 2. Les anges de la première hiérarchie voient les secrets des mystères divins dans l'essence divine et se bornent à les communiquer aux anges inférieurs qui voient l'essence de Dieu, sans y percevoir ces secrets. C'est pourquoi les anges de la première hiérarchie ont reçu le nom d'anges assistants, Dan., vu, 18, car ils se tiennent près de Dieu et reçoivent immédiatement ses ordres. Ibid., a. 3. Les missions extérieures ne sont conliées qu'aux anges dont le nom exprime la capacité d'en recevoir; c'est-à-dire aux cinq derniers ordres : les vertus, les puissances, les principautés, les archanges et les anges. Ibid., a. 4. Les plus élevés de ces ordres sont chargés d'un ministère plus universel. Les principautés ou peut-être les archanges sont préposés à toute la multitude des hommes; les vertus sont préposées à toutes les natures corporelles; les puissances sont préposées à la garde des démons; les principautés ou les dominations à celle des bons anges. Le dernier ordre des anges fournit des gardiens à chaque individu de l'espèce humaine. Ibid., q. cxm, a. 3.

2. Anges gardiens. — La [rovidence de Dieu qui gouverne les créatures inférieures par les créatures supérieures a, en effet, assigné aux hommes des anges députés à leur garde, pour les mener au bien. Ibid., q. cxm, a. 1. Chaque homme a son ange gardien; car si, comme il est probable, chaque genre et chaque espèce de créatures sont protégés par des anges pour assurer leur perpétuité, chaque homme étant immortel par son âme doit aussi avoir individuellement un ange gardien, jusqu'à ce qu'il arrive à la fin de son épreuve. Ibid., a. 2, 4. Cet ange ne nous est pas seulement donné depuis le moment de notre baptême, puisqu'il nous est assigné, à cause de notre nature raisonnable, et non à cause de notre titre de chrétien. Ibid., a. 5. Dans son commentaire sur le second livre des Sentences, dist. XI, q. I, a. 3, saint Thomas pense qu'il nous est donné au moment. où notre âme est créée; dans sa Somme theologique, Ia, q. cxm, a. 5, il dit que c'est seulement au moment de notre naissance, parce que c'était à l'ange de notre mère à prendre soin de nous, tant que nous étions dans son sein. L'ange gardien n'empêche point les maux qui, suivant les décrets de la providence, frappent l'homme dont il est chargé; mais il ne l'abandonne jamais durant sa vie. Ibid., a. 6. Notre ange jouit de la béatitude ; il ne saurait par conséquent être contristé des maux qui nous arrivent, car ils sont conformes à la volonté de Dieu qui est la règle de la sienne. Il déteste seulement ces maux considérés absolument et en eux-mêmes. Ibid., a. 7. Quand l'Écriture, Dan., x,13, dit que les anges gardiens luttent les uns contre les autres, c'est pour exprimer qu'ils cherchent la volonté de Dieu au sujet des intérêts contraires des hommes qui leur sont confiés. Ibid., a. 8.

3. Action des anges sur la matière et sur l'homme. — Voici maintenant comment les anges agissent sur la matière et sur l'homme. Les anges sont incapables de créer aucun être, même comme simples ministres de Dieu. La création est un apanage distinctif du Toutpuissant. Sum. theol., Ia, q. xlv, a. 5. Les anges ne sauraient même agir directement sur la matière première pour produire des corps, puisqu'ils n'ont pas la toute-puissance divine et qu'ils ne sont ni des formes capables de s'unir à la matière, ni des agents corporels. Sum. theol., Ia, q. ex, a. 2. Ils peuvent seulement imprimer aux corps un mouvement local, et par ce moyen produire à l'aide d'agents matériels les autres changements corporels. Ibid., a. 3. Ils sont donc dépourvus du pouvoir d'accomplir des miracles proprement dits. Ibid., a. 4.

L'ange peut illuminer l'intelligence de l'homme en la fortifiant et en lui présentant la vérité sous des images sensibles appropriées à la nature humaine. Ibid., q. exi, a. 1. Il ne saurait mouvoir la volonté de l'homme, mais seulement l'incliner par persuasion en lui proposant des motifs d'agir ou en excitant les passions de l'appétit sensitif. Ibid., a. 2.

Il peut introduire des images dans notre imagination, qui est une puissance sensitive; il lui suffit pour cela de mettre convenablement en mouvement nos fluides et nos humeurs corporelles; il est pourtant incapable de produire en nous des images absolument nouvelles ; ainsi il ne saurait faire voir des couleurs à un aveugle de naissance. Ibid., a. 3. Il a aussi le pouvoir d'agir sur nos sens, soit intérieurement comme il a été dit pour l'imagination, soit extérieurement en mettant devant nous un corps formé naturellement, ou un corps fabriqué à nouveau. Ibid., a 4.

W> duns scot. — I. Mission des anges. Reçoivent-ils tous des missions dans le monde extérieur! — Les missions données par Dieu aux anges sont intérieures ou extérieures. Dieu révèle ses mystères les plus élevés aux anges supérieurs qui les manifestent aux anges inférieurs par locution et par illumination; c'est une mission intérieure. Les anges inférieurs reçoivent à leur tour

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