ANGELUS — ANGLICANISME
en 1603, Hartzheim, t. vin, col. 565; à Prague, en 1605, ibid., col. 741 ; à Constance, en 1609, Act. sanct., t. vu oct., p. 1112. Toutefois la formule actuellement en usage n'apparaît que dans YOf/icium parvum B.M. V., revisé par ordre de Pie V. On le trouve dans le Manuale catholicorum de Canisius, Anvers, 1588, et dans le concile de Prague de 1605. Hartzheim, t. vin, col. 741. L'usage de cette dévotion fut définitivement fixé par Benoît XIV, en 1742, lorsqu'il prescrivit qu'au temps pascal l' Angélus serait remplacé par le Regina cœli.
Les indulgences appliquées à cet exercice de piété ont été réglées par le bref de Benoît XIV, du 14 septembre 1724, et la manière de le pratiquer fixée par un décret de Léon XIII du 15 mars 1884 . Beringer, Les indulgences, Paris, 1890, t. i, p. 181-184; Hilgers, Manuel des indulgences, trad. par Mazoyer, Paris, 1897, p. 332-333.
Maggio, De sacris cseremoniis obiri solitis in templis prxsertim circa salutationem angelicam, Palerme, 1054, p. G-70 ; Gerberon, Dissertation sur V Angélus, Paris, 1675 (introuvable); Du Cange, Glossarium med. et inf. latin., art. Angélus, lgnitegium ; Mabillon, Acta sanctorum O. S. B., Paris, 1685, t. v, piaef., p. lxxvii-lxxviii; Tirab >schi, Vetera humiliatorum monumenta, Milan, 1766, 1. 1, p. 229-300 ; Trombelli, dans Bourassé, Summa aurea,Paris,1862,t.iv,col.273-282;Zaccaria,Su//'A('e>Hmaria, dans Dissertazioni varie, Rome, 1780, t. Il, p. 265-269; Benoit XIV, Instit. XIII, dans Opéra, Bassano, 1767, t. x,p.29- 31, Instit. LXI, ibid., p. 159-160; Binterim, Denkwùrdigkeiten der christ.-kath. Kirche, Mayence, 1831, t. vu a, p. 129-136; Rock, The Church (»f our fathers, Londres, 1852, t. in, p. 335- 339; Barraud, Lescloches, dans les Annales archéol.de Didron, 1858, p. 57-71; du même, LAngelus, ibid., p. 145-149; Acta sanctor., Paris, 1869, oct. t. vu, p. 1109-1113; dom U. Berlière, LAngelus, dans Messager des fidèles, 1887, p. 64-71; Green, dans Downside review, 1895, t. xiv, p. 279-281 ; Bridgett, Our Lady's dowry, 3* édit., Londres, p. 216-218; Dict. d'archéol. chrét., t. I, col. 2068-2078. yj BERLIÈRE.
2. ANGELUS SILESIUS. Son premier nom est Jean Scheftler.il naquit en 1621 à Breslau,de parents protestants, et se fit médecin. En 1653, il se convertit au catholicisme, entra dans l'ordre des franciscains et prit le nom d'Angelus. Il écrivit contre les luthériens et les calvinistes divers opuscules qu'il réunit en un même recueil sous le titre de Ecclesiologia, in-fol., 1677. lia aussi composé des poésies religieuses dont plusieurs ont été adoptées comme cantiques par les protestants. Il mourut le 9 juillet 1677.
Kahlert, Angélus Silesius, Breslau, 1843; Linsemann, Angélus Silesius {Johannes Schaffer), Fribourg-en-Brisgau, 1876.
A. Vacant.
ANGLES Joseph, franciscain, né à Valence, mort à Home vers 1587, enseigna la philosophie et la théologie scotistes à Valence, Lerida, Alcala et Salamanque, avec beaucoup d'éclat, et fut nommé évêque de Bosa en Sardaigne par Sixte V. Il a laissé Flores Uieologicaruni quseslionum in libr. I Sent., 2 vol., Lyon, 1584, 1585; in libr. II Sent., 2 vol. in-4°, Lyon, 1587; Venise, 1588; Madrid, 1586; Lyon, 1596, 1597; Opiniones super libr uni IV Senl., 2 vol. in-4°, Borne, 1578; Turin, 1581; Venise, 1586; Burgos, 1585, édition augmentée et corrigée. Il fait connaître dans cet ouvrage les controverses entre thomistes et scotistes.
Antonio, Bibliotheca Htspana nova, Madrid, 1788, 1. 1; p. 802; Wetzer et Welte, Kirchenlexikon, 2" édit., Fribourg-en-Brisgau, 1882, t. I, p. 852; Hurter, Nomenclator literarius, 2' édit., Inspruck, 1892, t. i, p. 44.
A. Vacant.
ANGLETERRE. Voir Grande-Bretagne.
ANGLICANISME. - I. Henri VIII. Le schisme. La suprématie royale. Premiers germes des 39 articles. IL Edouard VI. Le protestantisme. III. Elisabeth. Bupture définitive avec Borne. Les 39 articles. Les conformistes et les puritains. IV. Les Stuarts. Progrès de la
dict. de théol. catiiol.
haute Église. Arminianisme. Latitudinarisme. V. La dynastie de Hanovre. Bationalisme, Méthodisme, Évangélisme.VI. Le mouvement d'Oxford. L'anglo-catholicisme. VII. Quelle est actuellement la doctrine de l'Église anglicane?
L'anglicanisme est la religion officielle de l'Angleterre, que le souverain, lors de son couronnement, jure solennellement de défendre et de maintenir. Est-ce une secte du protestantisme? Il y a controverse à ce sujet entre anglicans. Les uns répudient toute communauté d'idées avec les protestants; lès autres proclament bien haut que l'Église anglicane est essentiellement protestante. Cette divergence d'opinions vient de la manière spéciale dont l'anglicanisme s'est formé. Il y a lieu de distinguer en effet entre l'établissement de la réformation en Angleterre, et la séparation d'avec Borne. La séparation s'est effectuée pour des motifs qui n'avaient rien de commun avec les doctrines de Luther et de Calvin; ces doctrines ne s'introduisirent que peu à peu à la faveur de la séparation, et l'Église d'Angleterre devint protestante tout en conservant l'organisation extérieure qu'elle avait avant la réformation. Ceci donne une apparence de fondement à l'opinion de ceux qui veulentvoir daDS l'anglicanisme actuel la continuation de l'Église établie en Angleterre par saint Augustin. Cependant les autres sont dans le vrai ; le principe fondamental du protestantisme est le libre examen, et c'est sur le libre examen que l'anglicanisme repose; ceux même qui se réclament le plus du titre de catholiques n'agissent pas d'après un autre principe.
Cet article n'a pas pour but de faire l'histoire de l'anglicanisme; on se contentera d'y montrer les transformations successives de la doctrine depuis Henri VIII jusqu'à nos jours, en donnant une histoire succincte des formulaires qui contiennent cette doctrine.
Le point culminant de l'anglicanisme est l'année 1563, où furent définitivement adoptés les trente-neuf articles de religion que tout clergyman est encore aujourd'hui obligé de signer avant de recevoir les ordres ; quelques années auparavant, en 1559, le livre de la prière commune, Book of common Prayer, qui contient la liturgie officielle, avait été imposé par un acte du Parlement. C'est dans ces deux formulaires, qui reçurent alors à très peu de chose près leur forme définitive, qu'il nous faut chercher la doctrine de l'Église anglicane. Tout ce qui précède en est la préparation : ce qui suit n'est que l'histoire des controverses qui se sont élevées sur la manière de les entendre ou sur la nécessité de les conserver. Ils ont pu être laissés plus ou moins dans l'ombre à certaines époques, en somme c'est à eux qu'on en a constamment appelé pour soutenir les opinions les plus diverses et les plus contradictoires.
I. Henri VIII. Le schisme. La suprématie royale. Premiers germes des 39 articles. — 1° Le schisme. — Beaucoup font remonter l'origine de la réforme en Angleterre jusqu'à Wiclef. Est-ce avec raison ? On sait que la tentative de Wiclef échoua ; cependant sa prédication put influer au moins indirectement sur le schisme du xvie siècle, en laissant dans les esprits un certain levain de révolte et d'indépendance qui favorisa la séparation au moment où une cause étrangère à la doctrine vint la produire. Aucun pays n'était plus éloigné que l'Angleterre de la doctrine protestante, au moment où la malheureuse passion d'Henri VIII vint ouvrir à l'hérésie les portes de ce pays, en le séparant du centre de la vérité.
Tout ce que désirait Henri VIII, c'était le divorce; le pape ne voulant pas prononcer la nullité de son mariage, il résolut de se passer du pape. Cranmer, qu'il fit à cet effet archevêque de Cantorbéry, déclara invalide le mariage du roi avec Catherine d'Aragon, et lorsque Clément VII, le 23 mars 1531, prononça la validité du mariage, tout était prêt pour la séparation. Une formule
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dut être signée par l'assemblée du clergé de chacune des deux provinces, et par les deux universités ; elle était conçue en ces termes : On ne trouve pas dans l'Écriture sainte que le pontife romain ait reçu de Dieu plus d'autorité et de juridiction dans ce royaume que tout autre évoque étranger.
2° La suprématie royale. — Tous les partisans du changement furent en même temps d'accord pour admettre cette proposition : Le roi est, après le Christ, le seul chef de l'Église. Ce qu'Henri et Cranmer entendaient par là est très clairement exprimé par Macaulay dans son Histoire d'Angleterre, c. I, édit. Longmans, Londres, 1889, t. i, p. 28. « D'après ce système expliqué par Cranmer, le roi était le chef de la nation, aussi bien au spirituel qu'au temporel. Dans l'un et l'autre ordre, Sa Majesté devait avoir des lieutenants. De même qu'il établissait des officiers civils pour garder son sceau, recueillir ses revenus, et administrer la justice en son nom, ainsi il instituait des ecclésiastiques de divers rangs pour prêcher l'Évangile et administrer les sacrements. » Les premières tentatives de Henri VIII pour faire accepter sa suprématie par le clergé remontant à l'année 1531. Les deux convocations ne voulurent le reconnaître comme chef de l'Eglise qu'en insérant la clause « autant que la loi du Christ le permet ». En 1534, le clergé fut plus docile, et la convocation ou assemblée du clergé de Cantorbéry trouva que la loi du Christ permettait ce que le roi demandait, tandis que le clergé du Nord reconnaissait le pape comme chef spirituel de l'Église et déclarait que les dispenses légalement accordées par lui devaient être acceptées. Cependant les évêques consentirent à recevoir de nouvelles commissions, où il était affirmé expressément que toute leur autorité spirituelle et épiscopale leur venait du roi, et dépendait entièrement de son bon plaisir. Thomas Crumwell fut nommé vicaire général, pour les choses ecclésiastiques, et son procureur avait la première place dans les assemblées du clergé. De fréquentes instructions furent alors adressées aux prêtres, soit par le roi, soit par le vicaire général, pour leur dire sur quels sujets il fallait prêcher, et quelles personnes il fallait admettre à la communion.
3° Premiers germes des 30 articles. — Cette Église, ainsi séparée du centre de l'unité, continuait à enseigner la même doctrine que par le passé. Henri était plus que jamais opposé au protestantisme et entendait bien ne rien changer ni dans la doctrine, ni dans la liturgie. C'est cependant sous son règne que nous voyons poindre le germe des 39 articles.
Après la rupture avec Rome, il y avait trois partis en Angleterre. Gardiner, évèquede Winchester, et beaucoup d'autres à sa suite, ne désiraient pas aller plus loin : pour eux, la réforme était complète après la séparation, et il n'y avait rien à changer à l'ancienne doctrine. Cranmer au contraire, qui s'était imbu des idées protestantes pendant son séjour sur le continent, tendait à avancer de plus en plus du côté des réformateurs allemands. Enfin il y avait le parti des exaltés ou anabaptistes, formé par des réfugiés du continent, qui se faisait remarquer par sa fureur et ses extravagances. Les deux premiers partis étaient d'accord pour réprimer le troisième, mais ils se disputaient la faveur du monarque. Cranmer sembla l'emporter tout d'abord, et il s'attacha à introduire les idées luthériennes. Les dix articles de religion, publiés par le roi en 1536 pour mettre la paix parmi les évêques, ne sont en somme qu'une sorte de compromis entre le catholicisme et le luthéranisme, et représentent l'inlluence du parti de Cranmer. Hs sont peut-être plus significatifs par ce qu'ils omettent que par ce qu'ils disent. En effet, après avoir donné la doctrine catholique sur les sacrements de baptême, de pénitence et d'eucharistie, tout en passant sous silence la transsubstantiation et en n'exigeant pas la confession,
ils ne disent mot des quatre autres sacrements. On a découvert un fragment de manuscrit signé de Cranmer el de plusieurs autres où il est parlé de ces sacrements, mais en des termes qui en font une classe complètement distincte des autres; il est probable que le parti de Gardiner fut assez fort pour empêcher l'insertion de cette nouvelle doctrine dans les articles. L'article sur la justification incline vers le sens luthérien, et un certain nombre d'articles sur les cérémonies, les images et l'invocation des saints montrent l'esprit qui les anime par les recommandations fréquentes d'éviter les abus dans ces pratiques qui ne sont pas condamnées en ellesmêmes. Le purgatoire est admis, mais les indulgences accordées par le pape sont rejetées. Ces articles furent supplantés par un livre d'une teinte un peu plus luthérienne publié l'année suivante sous ce titre : The insti? tulionof a Christian m an. Le roi en donna une seconde édition en 151-9 avec quelques additions.
Cependant Cranmer et ses partisans avaient réussi à faire faire un pas de plus au roi dans la direction du luthéranisme. Poussé par des motifs d'ordre purement politique, Henri avait essayé d'entrer dans la ligue de Smalcalde; en 1535, des négociations avaient eu lieu et n'avaient pas abouti, parce que les princes ligués mettaient comme condition expresse à l'admission du roi d'Angleterre la signature de la confession d'Augsbourg.
En 1538, pressé par les nécessités de la politique, le roi ouvrit de nouveau les négociations et alla jusqu'à parler « d' établir la pure doctrine de l'Évangile, et d'abolir les cérémonies impies de l'évêque de Rome ». Il demanda qu'on envoyât une ambassade de théologiens allemands, et à leur arrivée nomma pour traiter avec eux un comité dont faisaient partie Cranmer et l'évêque de Durham, Tonstall. On a découvert dans les papiers de Cranmer treize articles sur différents points de doctrine que l'on croit être ceux qui furent rédigés dans cette conférence; ils suivent pas à pas la confession d'Augsbourg, et peuvent être regardés comme le germe des articles actuels. Mais le parti de la contre-réformalion reprit alors l'ascendant : Henri ne voulut jamais céder sur certains points; il refusait d'admettre la communion sous les deux espèces et d'abandonner les messes propitiatoires et le célibat ecclésiastique. Les envoyés allemands furent obligés de partir, et le 2 juin 1539 furent publiés six articles qui reçurent force de loi par autorité du parlement. Voici en substance ce qu'ils disaient :
1. Le corps de Jésus-Christ est présent sous les espèces du pain et du vin par transsubstantiation. — 2. La communion sous les deux espèces n'est pas nécessaire. — 3. Le mariage des prêtres est interdit. — 4. Les vœux de chasteté et de continence obligent en conscience. — 5. L'usage des messes privées doit être conservé. — 6. La confession auriculaire est obligatoire.
Ces six articles, que les protestants ont appelés la loi de sang ou le fouet à six cordes, condamnaient le résultat des négociations avec les théologiens allemands. Ils firent loi jusqu'à la fin du règne de Henri VIII.
Il n'y eut rien de changé dans la liturgie, sauf la suppression de la messe et de l'office de saint Thomas Becket, dont la noble indépendance s'accordait peu avec la suprématie royale. Henri introduisit aussi des litanies en anglais pour être chantées aux processions, et la convocation ou assemblée du clergé de 15i3 ordonna de lire au peuple deux chapitres de la Rible les jours de fête.
IL Edouard VI. Le protestantisme. — Ce règne d'un roi enfant, qui ne resta que six ans sur le trône, est peut-être la période la plus importante dans l'histoire de la doctrine anglicane. C'est un temps de fermentation : les idées réactionnaires d'un côté, révolutionnaires de l'autre, se mêlent et se choquent; il en sort ce qui devait, avec très peu de changements, devenir les formulaires encore en usage de nos jours.
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Henri VIII en mourant avait recommandé d'élever son fils dans la religion catholique. Ses exécuteurs testamentaires avaient juré jusqu'à douze fois de remplir fidèlement les dernières volontés de leur maître ; mais à peine le roi était-il mort, qu'ils s'empressèrent de violer leurs serments. Us s'entendirent pour mettre à leur tête, avec le titre de protecteur, Edouard Seymour, oncle du jeune roi, qui commença par se créer duc de Somerset, puis se mit en devoir de protestantiser le royaume. Cranmer, qui avait dû se plier à la volonté de Henri VIII, put alors jeter le masque et travailler avec ardeur à la cause qui lui était chère. On s'étonne à première vue de voir un temps si considérable s'écouler entre l'avènement d'Edouard VI et la publication des formulaires anglicans, car le Prayer book ne parut qu'en 15i9, et les articles seulement en 1553. Mais il faut se rappeler que Cranmer n'était pas absolument libre de faire tout ce qu'il voulait. D'un côté le parti réactionnaire était très fort, puisque sir William Paget pouvait écrire en 15i9, dans une note confidentielle au protecteur, que « l'exercice de l'ancienne religion était défendu par la loi, mais que la nouvelle n'était pas encore fixée dans les estomacs (sic) de onze parties sur douze du royaume ». D'un autre côté l'archevêque craignait, en allant trop loin, de lâcher la bride aux anabaptistes qui se faisaient remarquer par leurs violences et leurs extravagances. Il faut ajouter que la division existait déjà dans le parti même de Cranmer, où des germes de puritanisme se montraient avec Hooper, évêque de Gloucester. Tout ceci nécessitait beaucoup de prudence, mais Cranmer était habile : il savait n'avancer que pas à pas, et il n'avait aucune difficulté à reculer quand il le croyait nécessaire. Dans la cérémonie du couronnement, où il mêla étrangement le catholicisme et le protestantisme, il adjura le jeune roi de supprimer l'idolâtrie, et de renverser la tyrannie de l'évéque de Rome. Ce fut sans doute à son instigation qu'un décret du conseil ordonna aux évêques de recevoir de nouveau leurs commissions comme fonctionnaires; Cranmer le fit aussitôt et reçut du roi ses nouveaux pouvoirs d'archevêque.
Trois moyens principaux furent employés pour établir le protestantisme en Angleterre : la chaire, la liturgie et la presse. La parole de Dieu était liée à cette époque : ne pouvaient prêcher que ceux qui en avaient reçu licence du pouvoir civil, de sorte que la chaire était purement et simplement l'organe de la volonté du gouvernement. Prêcher en faveur du carême, des images, de la messe, des sacrements, était puni par l'emprisonnement. Quant aux prédicateurs gouvernementaux, leur succès fut assuré par l'interdiction de prêcher que reçut le clergé paroissial. Ils se donnèrent libre carrière pour attaquer et couvrir d'outrages l'ancienne doctrine; leur audace alla même si loin, que la crainte d'une rébellion en Irlande et d'une guerre avec l'Ecosse força le gouvernement à les modérer. On essaya alors des moyens moins irritants. Le roi nomma des commissaires pour visiter l'Église en son nom, afin de bien pénétrer tous ses sujets de leur dépendance et de l'absolue impossibilité où ils étaient de résister aux mesures prises par l'autorité royale. Un certain nombre de cérémonies furent supprimées, et un grand pas fut fait dans la voie du protestantisme par l'introduction de lectures de la Bible en langue vulgaire, matin et soir, et l'importance extraordinaire donnée au sermon au préjudice de l'office divin.
Le 4 novembre, un parlement s'assemblait à Westminster, élu sous la pression du gouvernement. Le jour de l'ouverture, à la messe qui fut célébrée à l'abbaye, le Gloria in excelsis, le Credo et VAgnus furent chantés en anglais : c'était le prélude des changements considérables qui allaient s'introduire dans la liturgie. Le premier soin de ce parlement fut d'ordonner que le roi aurait l'usage de toutes les terres d'église, et nommerait les
évêques sans que les chapitres eussent à faire une élection. Les six articles de Henri VIII furent repoussés, et la communion sous les deux espèces imposée. On peut dire que ce dernier point donna à Cranmer le moyen d'effectuer les réformes qu'il méditait depuis longtemps. On publia d'abord un petit livre intitulé Ordre pour la communion, rendu nécessaire pour le rétablissement de la communion sous les deux espèces. Ce livre laissait intacte la messe latine, célébrée jusqu'alors, et si certaines expressions comme pain et vin, employées pour désigner la sainte eucharistie, laissaient percer l'esprit d'innovation, on peut dire qu'en général il ne contenait rien de bien contraire à l'ancienne doctrine. Mais ce n'était là qu'un rite provisoire, ainsi que la rubrique le disait : le but des novateurs était de supprimer la messe, pour la remplacer par la cène, et s'ils ne le firent pas dès le commencement, c'est qu'ils avaient peur de se heurter contre l'attachement du peuple à l'ancienne religion. Il fallait préparer l'opinion. Les prédicateurs prêchaient contre la messe et la présence réelle; dans beaucoup d'églises on commençait à célébrer les offices en anglais, et à ne plus dire de messes sans que quelques personnes y reçussent la communion; en même temps un torrent de brochures se répandit sur l'Angleterre, composées en anglais ou traduites de l'allemand, qui versaient l'injure et l'outrage sur ce que jusque-là on avait regardé comme le rite le plus sacré de la religion. Pendant ce temps Cranmer préludait à la nouvelle liturgie par la traduction d'un catéchisme de Luther, où il trouvait moyen de faire passer la doctrine de Calvin sur l'eucharistie pour celle de l'hérésiarque allemand. Il se montra décidément calviniste dans le débat qui eut lieu sur l'eucharistie au parlement de 1518; il y fit ainsi sa profession de foi : « Je crois que le Christ est mangé par le cœur. Les bons seulement peuvent manger le corps du Christ. Quand les méchants mangent le pain et le vin du sacrement, ils ne reçoivent ni ne mangent le corps du Christ. Le Christ donna à ses disciples du pain et du vin, qu'il appela son corps en disant : Hoc est corpus meum. » Dans ce même parlement fut imposé le Book of common prayer, destiné à remplacer tous les anciens livres liturgiques, et à établir l'uniformité de rite dans tout le royaume. Nous n'avons à nous occuper de ce livre qu'au point de vue doctrinal : ce qu'il enseigne sur l'eucharistie, on peut le supposer d'après le Credo de Cranmer donné plus haut; les évêques à qui il fut soumis afin d'en obtenir un semblant d'approbation, ne consentirent à le signer qu'en faisant leurs réserves sur la doctrine de l'archevêque de Cantorbéry; et après qu'ils eurent signé, le livre fut encore modifié, on devine facilement dans quel sens. L'office pour la communion qui se trouve dans ce Prayer book est à peu près semblable à l'ancienne messe jusqu'au Credo; mais ensuite il renferme des différences considérables qui le font rentrer dans la même famille que la messe latine de Luther publiée en 1523. Les suppressions surtout sont significatives au point de vue doctrinal ; ainsi, plus d'ollertoire, et dans la prière de consécration qui s'inspire de l'ancien canon latin, toute allusion au sacrifice est soigneusement repoussée. A première vue, cet office semble en retard sur les opinions calvinistes professées par Cranmer à cette époque : peut-être craignait-il encore de les afficher trop ouvertement dans un livre destiné à être répandu dans le peuple et à devenir pour ainsi dire le vade mecum de tous les fidèles. On y voit cependant un passage pleinement calviniste, comme Cranmer lui-même le faisait remarquer en 1551, lorque Gardiner cherchait à interpréter le Prayer book dans le sens catholique; ce passage est celui qui précède immédiatement Qui pridie qnam paterelur. Le canon latin porte ces mots : ut nobis corpus et sauguis fiât Domini Nostri Jesu C/iristi. Cranmer supprima fiât, et il expliquait ainsi cette suppression : « Dans le livre de la sainte communion, nous ne deman-
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dons pas que le pain et le vin soient le corps et le sang du Christ, mais qu'ils soient pour nous le corps et le sang du Christ, c'est-à-dire que nous les mangions et buvions de sorte que nous puissions entrer en participation de son corps crucifié et de son sang répandu pour notre rédemption. » Ce passage, qui passa alors inaperçu, était la pierre d'attente d'une revision qui devait se faire un peu plus tard.
L'acte d'uniformité (21 février 15i9) imposait ce livre à tout le royaume, et menaçait des peines les plus fortes ceux qui refuseraient de s'en servir ou empêcheraient les autres de le faire. Ces menaces n'eurent aucun effet : le peuple se souleva ; il fallut avoir recours à la force, et la nouvelle liturgie ne fut établie que grâce à un régime de terreur qui fit plusieurs milliers de victimes. Ce qui a trait au rite qui fut alors institué pour les ordinations étant traité dans un article spécial (voir Ordinations anglicanes), nous passons au second Prayer book, qui fut publié en 4552.
Cranmer ne pouvait se contenter de ce qu'il avait fait en 1549. Gardiner lui fournit l'occasion de faire mieux, en signalant un certain nombre de points qui, suivant lui, prouvaient que le Prayer book conservait l'ancienne doctrine sur la messe et l'eucharistie. Les points modifiés dans l'édition de 1552 sont précisément ceux sur lesquels Gardiner appelait l'attention. Voici les principaux : on supprima la prière pour la sanctification des dons, que Gardiner donnait comme preuve de la transsubstantiation; la commémoraison des vivants, qui lui paraissait reconnaître à la messe une vertu propitiatoire; quant à celle des morts, elle n'était déjà plus dans le livre de 1549; on ne parla plus d'autel, et la forme d'administration de la communion devint : « Prends et mange ceci, en souvenir de ce que le Christ est mort pour toi, et nourris-toi de lui dans ton cœur par la foi, avec actions de grâces. » Les changements qui furent faits dans le rite de la confirmation altéraient complètement l'ancienne idée d'une effusion spéciale des dons du Saint-Esprit. Quant à la confession auriculaire, l'Ordre pour la communion de 1548 « priait ceux qui seraient satisfaits d'une confession générale, de ne pas être scandalisés de voir ceux qui, pour une plus complète satisfaction, faisaient aux prêtres une confession auriculaire et secrète ». Ainsi rendue facultative, elle tomba peu à peu en désuétude, jusqu'à ce qu'elle fût remise en honneur de nos jours.
Pendant que l'on établissait ainsi la nouvelle liturgie, les prêcheurs ambulants continuaient à prêcher les doctrines les plus extravagantes, qui tendaient à saper les fondements de la société, et peut-être à renverser la monarchie elle-même. Cranmer se mit alors à persécuter ceux qu'il avait d'abord soutenus, et de plus il devint nécessaire d'avoir un corps de doctrine qui pût servir de base à la prédication. C'est alors que furent rédigés quarante-deux articles de religion, extraits presque entièrerement des Confessions des réformés d'Allemagne. Ils furent promulgués le 19 juin 1553, et sont encore, avec quelques modifications qui les réduisirent à trente-neuf sous Elisabeth, la règle de foi de l'Église anglicane. Cranmer avait déjà esquissé tout un corps de droit canon qui devait les accompagner, lorsque la mort d'Edouard VI (6 juillet 1553) vint mettre pour un temps un terme aux nouveautés. L'établissement du protestantisme en Angleterre fut considérablement aidé par la part qu'y prirent les réformateurs étrangers, principalement ceux de l'Allemagne. Ils suivaient avec un grand intérêt ce que faisait Cranmer, et donnaient leur avis sur la composition du Prayer book et sur tous les changements à faire. On a dit que la réforme n'eût jamais réussi en Angleterre sans la part qu'y prirent ces étrangers.
Nous n'avons pas à raconter le règne de Marie, qui n'eut aucune iniluencesur la doctrine de l'anglicanisme.
Il suffira de rappeler qu'un certain nombre d'hérétiques furent mis à mort, pour des raisons politiques autant que pour cause de religion. Le principal d'entre eux fut Cranmer, qui fit jusqu'à six rétractations différentes pour échapper au supplice, et qui finit par les désavouer toutes lorsqu'il vit qu'elles ne pouvaient lui conserver la vie. Beaucoup d'autres se réfugièrent sur le continent, et s'y retrempèrent dans l'amour des doctrines qui devaient bientôt prendre de nouveau possession de la malheureuse Angleterre.
III. Elisabeth. Rupture définitive avec Rome. Les 39 articles. Les conformistes et les puritains. — 1° Rupture définitive avec Rome. — Elisabeth trouva
I Angleterre redevenue catholique, lorsqu'elle succéda à sa sœur; elle-même était rentrée solennellement dans le sein de l'Église, mais elle ne tarda pas à montrer quels étaientses véritables sentiments. Si elle conserva les treize conseillers de sa sœur, qui étaient catholiques, elle se hâta d'ajouter au conseil huit nouveaux membres, tous favorables à la réformation ; elle traita Bonner, l'évêque de Londres, avec une défaveur marquée, et ordonna à l'évêque de Carlisle de supprimer l'élévation de l'hostie dans sa chapelle. Les évêques, éclairés par ces actes et par d'autres du même genre, refusèrent de procéder à son couronnement; il s'en trouva un cependant, Oglethorpe, évêque de Carlisle, qui eut la faiblesse d'y consentir; il s'en repentit plus tard. La reine fut couronnée le 14 janvier 1559 avec tous les anciens rites catholiques; elle prêta les serments accoutumés, qu'elle était déjà résolue à violer. Son premier soin fut de convoquer un parlement en exerçant la plus lourde pression sur les élections; ce parlement la déclara héritière légitime du trône et vota deux lois qui rétablissaient le protestantisme dans l'état où il était à la mort dvÉdouard VI. La première fut l'acte d'uniformité (28 avril) qui imposait de nouveau le Prayer book de 1552 avec quelques modifications; l'autre fut l'acte de suprématie (29 avril), qui, outre les pouvoirs usurpés par Henri VIII et Edouard VI, reconnaissait à la reine le droit de déléguer à qui bon lui semblerait» pour visiter, réformer, redresser, ordonner, corriger et amender tout ce qui, en fait d'erreurs, hérésies, schismes, abus, offenses, mépris et énormités, tombait sous la juridiction de la puissance spirituelle ». La correspondance diplomatique du temps tendrait à prouver qu'Elisabeth ne croyait pas à sa suprématie; ceci pourrait expliquer pourquoi elle ne prit pas le titre de chef suprême (supi'cmum caput) de l'Église, que son père et son frère s étaient arrogé, mais se contenta du titre de gouverneur suprême. Quoi qu'il en soit de ses convictions, elle exerça cette suprématie comme si elle y croyait. Une cour spéciale nommée cour de haute commission avait été créée par l'acte de suprématie; elle se composait de prélats et d'officiers de la couronne qui avaient une juridiction extraordinaire sur tout le pays. Ils furent chargés de présider à l'établissement de la religion nouvelle, car nulle autre n'était permise, et puritains aussi bien que catholiques furent persécutés : dès que quelqu'un prêtait le moins du monde au soupçon, on exigeait aussitôt de lui, sous la foi du serment, qu'il révélât ses plus secrètes pensées, et que non seulement il s'accusât lui-même, mais encore ses plus proches parents et ses amis les plus chers, le tout sous peine de mort. Elisabeth trouva un grand secours dans la chambre étoilée, qui jugeait sommairement, et pouvait prononcer une condamnation sur un simple soupçon. Tels furent les moyens que l'on employa pour délivrer le pays de « l'esclavage d'un prince et d'un prélat étranger ».
II faut ajouter que les commissaires brisèrent et brûlèrent les croix, les statues et tous les objets du culte qui avaient été replacés dans les églises pendant le règne de Marie.
Tous les évêques, excepté celui de Llandaff, avaient refusé de se soumettre à l'acte de suprématie. En 1559,
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plusieurs étaient morts, les autres furent dépossédés de leurs sièges, et il fallut procéder à l'établissement d'une nouvelle hiérarchie. La reine choisit comme archevêque de Cantorbéry Mathieu Parker, doyen de Lincoln, qui avait été chapelain d'Anne de Boleyn, et avait ainsi acquis des droits à la reconnaissance d'Elisabeth. Le chapitre de Cantorbéry reçut le congé d'élire celui que la souveraine maîtresse avait choisi ; on joua la comédie de l'élection, et la consécration du nouvel archevêque eut lieu de la manière que l'on verra à l'article Ordinations anglicanes. C'est de Parker que procède la hiérarchie anglicane actuelle, et c'est par lui que les partisans de la succession apostolique rattachent l'Église d'aujourd'hui avec celle d'avant la réformation.
2° Les 30 articles. — Cependant les nouveaux évêques n'étaient pas aussi dociles que la reine l'aurait désiré; leur séjour sur le continent avait rendu plus solides leurs convictions ultra-protestantes, et ils voyaient .avec déplaisir les cérémonies et les emblèmes qu'Elisabeth voulait encore garder; la souveraine put d'abord imposer sa volonté ; mais nous verrons qu'une scission se produisit bientôt. Ce n'était pas assez d'avoir des évêques : il fallait pourvoir à la prédication de la nouvelle doctrine et à l'administration des paroisses; l'ancien clergé refusait de prêcher, il devint nécessaire d'ordonner de nouveaux ministres. Parker en ordonna plus de cent vingt en une semaine; les autres évêques faisaient comme lui : on ordonnait tous ceux qui se présentaient. Pendant tout le règne d'Elisabeth on se plaignait partout de la difliculté qu'on trouvait à faire desservir les cures par des personnes sachant assez lire pour réciter les prières du matin et du soir. Les ministres étaient pris jusque dans les professions les plus basses et souvent en conservaient les mœurs; les différents statuts qui furent publiés dans ce temps donnent une triste idée de la moralité de ce clergé improvisé. Malgré le Prayer book et l'usage de l'anglais dans la liturgie, le culte était négligé et les églises tombaient en ruine; quant à la doctrine prêchée, c'était le désordre le plus complet; on lit une profession de foi provisoire en dix articles, dont les principaux étaient ceux qui affirmaient la suprématie de la reine et l'indépendance du royaume à l'égard du pape. Cependant on désirait une formule officielle de la doctrine anglicane, et les évêques choisirent comme base de cette formule les quarante-deux articles publiés ■en 1553, qui étaient restés dans l'ombre pendant les premières années du règne d'Elisabeth. Parker se chargea de les revoir et y fit quelques corrections; ils furent ensuite examinés dans l'assemblée du clergé, puis signés par les évêques le 26 janvier 1563, après divers remaniements qui les réduisirent à trente-neuf. Nous donnerons ici un résumé de la doctrine contenue dans les trente-neuf articles, que tous les candidats aux ordres sont encore obligés de signer avant de recevoir le diaconat.
Les cinq premiers, qui traitent de la sainte Trinité, de l'incarnation, de la descente de J.-C. aux enfers, de sa résurrection et du Saint-Esprit, n'ont rien qui diffère de la doctrine catholique. Le sixième admet comme unique règle de foi l'Écriture sainte, et si les trois symboles des apôtres, de Nicée et de saint Athanase sont acceptés par le huitième, c'est qu'ils se trouvent en substance dans l'Écriture. Le canon anglican des Écritures est semblable au nôtre, sauf la partie deutérocanonique de l'Ancien Testament, que « l'Église lit comme contenant des exemples pour la vie et des instructions pour les mœurs, mais sans les employer à prouver aucune doctrine ». Le septième déclare que l'Ancien Testament n'est pas contraire au Nouveau, et que les chrétiens, sans être astreints aux préceptes cérémoniels, sont astreints aux principes moraux.
Les dix suivants (9-18) renferment ce qu'on pourrait .appeler l'économie du salut. Le péché originel est une
corruption de notre nature, et la concupiscence qui demeure en nous après la régénération a la nature du péché. Nous sommes incapables par nos seules forces de nous préparer à la foi ; la grâce prévenante et concomitante est nécessaire pour que nous puissions faire des oeuvres agréables à Dieu. Nous sommes justifiés en vue des mérites de Jésus-Christ par la foi seule; les bonnes œuvres ne sont que le fruit de la justification; les œuvres faites auparavant ont la nature du péché. Quant aux œuvres de subrogation, c'est une impiété d'en admettre, parce qu'elles supposent qu'on peut faire pour Dieu plus qu'on est obligé de faire. Le Christ seul est sans péché. Tout péché mortel commis après le baptême n'est pas le péché contre le Saint-Esprit, qui est irrémissible : après la justification, on peut pécher et se relever. La prédestination est définie comme « le dessein éternel de Dieu par lequel il a décrété avant la création de sauver ceux des hommes qu'il a choisis dans le Christ ». Cette doctrine est donnée comme un encouragement pour les bons et une cause de perdition pour les mauvais; il n'est pas question de la réprobation. Enfin c'est seulement au nom de Jésus-Christ qu'il faut espérer le salut.
Les trois suivants (19-21) s'occupent de l'Église. L'Église visible est une assemblée de fidèles dans laquelle la pure parole de Dieu est prêchée et les sacrements administrés. L'Église a le pouvoir de décréter des rites et des cérémonies, et de décider dans les controverses en matière de foi; elle ne peut cependant rien établir contre l'Écriture, ni imposer comme article de foi ce qui n'y est pas contenu. Les conciles généraux ne peuvent être assemblés sans l'ordre des princes, et ils ne sont pas infaillibles, non plus que les églises particulières, spécialement celle de Rome, ce qui donne l'occasion d'ajouter comme corollaire l'article 22, où est condamnée la doctrine romaine sur le purgatoire, les indulgences, le culte des images et des reliques, et l'invocation des saints.
Ensuite neuf articles (23-31) traitent du culte et des sacrements. Il faut avoir été choisi par l'autorité compétente pour pouvoir exercer le ministère dans l'Église; célébrer la prière publique ou administrer les sacrements dans une langue qui n'est pas comprise du peuple, c'est agir d'une manière contraire à la parole de Dieu.
Les sacrements sont des signes efficaces de la grâce; deux seulement, le baptême et la cène, ont été institués par Jésus-Christ; quant aux cinq autres, qu'on appelle vulgairement sacrements, ce sont, ou bien de mauvaises imitations des apôtres, ou bien des états de vie autorisés dans l'Église. Les sacrements ne produisent leur elfet que dans ceux qui les reçoivent dignement. L'indignité du ministre n'empêche pas l'efficacité du sacrement.
Le baptême n'est pas seulement une marque qui distingue les chrétiens des autres ; c'est aussi un signe de régénération, qui introduit dans l'Église, ratifie les promesses divines, confirme la foi et augmente la grâce. Lo baptême des enfants doit être conservé.
L'article 28, qui traite de l'eucharistie est d'une telle importance pour suivre les controverses de notre époque, que nous croyons devoir le traduire en entier. « La cène du Seigneur n'est pas seulement un signe de l'amour mutuel des chrétiens entre eux, mais elle est plutôt un sacrement de notre rédemption par la mort du Christ. De sorte que pour ceux qui y prennent part correctement, dignement et avec foi, le pain que nous rompons est une communion au corps du Christ; de même la coupe de bénédiction est une communion au sang du Christ. La transsubstantiation ne peut être prouvée par les saintes Lettres; au contraire elle répugne aux termes de l'Écriture, détruit la nature du sacrement, et a été la cause de beaucoup de superstitions. Le corps du Christ est donné, reçu et mangé dans la cène seulement d'une manière céleste et spirituelle. Le moyen par
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lequel le corps du Christ est reçu et mangé est la foi. Le sacrement de l'eucharistie n'a pas été institué par le Christ pour être conservé, transporté, élevé et adoré. »
Les indignes, hien qu'ils pressent avec les dents le sacrement du corps et du sang du Christ, ne reçoivent cependant pas le Christ. La communion sous les deux espèces est nécessaire. Le sacrifice de la croix a accompli la rédemption une fois pour toutes ; par conséquent « les sacrifices de messes » sont des fables blasphématoires et des impostures pernicieuses.
Viennent ensuite trois articles sur la discipline (32-34). Le mariage des évêques, des prêtres et des diacres est permis. Les excommuniés doivent être évités, les églises particulières ont le droit de changer et de détruire les cérémonies et les traditions, mais personne ne doit le faire de son autorité privée. L'article 35 approuve les deux livres d'homélies, publiés l'un par Edouard VI, l'autre par Elisabeth, pour suppléer à l'insuffisance des prédicateurs; le 36e approuve l'ordinal d'Edouard VI; le 37e affirme de nouveau la suprématie royale, nie la juridiction de l'évêque de Rome, affirme la légitimité de la peine de mort et de la guerre quand elle est juste. De 38e condamne les doctrines communistes de certains anabaptistes, et le dernier dit que le serment est permis pour de justes causes.
Voilà ces trente-neuf articles publiés pour apaiser les querelles, mais qui furent en réalité une pomme de discorde jetée au milieu des anglicans, car ce fut en grande partie autour d'eux que se livrèrent et que se livrent encore les combats auxquels cette pauvre Église semble être condamnée pour toujours.
Les premières difficultés vinrent des évêques. Elisabeth était peu satisfaite de la publication des 39 articles; elle ne tenait aucunement à avoir une profession de foi officielle : il faut dire aussi que la doctrine ultra-protestante de certains articles effarouchait une reine qui croyait encore à la présence réelle. Elle fit son possible pour empêcher que les articles ne devinssent loi de l'Etat; cependant le parti des évêques finit par l'emporter, et les articles furent officiellement reconnus par le parlement en 1571.
3° Conformistes et puritains. — D'un autre coté la reine ne réussissait pas à imposer son P rayer book. La plupart des évêques étaient imbus des doctrines calvinistes, et ils avaient derrière eux un parti très puissant dans le clergé, 'fout ce parti voyait avec horreur la rubrique du Prayer book qui imposait au ministre officiant les ornements et les cérémonies en usage au commencement du règne d'Edouard VI, c'est-à-dire ceux dont on se sert dans l'Église catholique. Ils y voyaient avec raison une affirmation de la présence réelle et du sacrifice de la messe, et leurs convictions les empêchaient de prendre part à ce qu'ils appelaient une idolâtrie. La nation se trouva alors divisée entre conformistes, qui suivaient littéralement le Prayer book, et non-conformistes, qui refusaient d'admettre les ornements et les cérémonies. Les évêques crurent plus prudent de se conformer, quoique la plupart eussent des convictions presbytériennes, mais le bas clergé résista, soutenu par le peuple. Elisabeth ordonna des mesures de rigueur, auxquelles les évêques se prêtèrent mollement, ce qui leur attirait de temps à autre de vertes réprimandes; cependant un grand nombre de bénéfîciers furent dépossédés. Quelques-uns restèrent dans l'Église anglicane, exerçant leur ministère et cherchant à éluder la loi; d'autres se séparèrent et formèrent la secte des indépendants.
Les disputes entre puritains et conformistes donnèrent occasion de part et d'autre de traiter certains points de doctrine intéressants. Le premier fut la constitution de l'Église. Les puritains voulaient imiter ce qui se passait à Genève, et établir dans l'Église un gouvernement
presbytérien. C'était d'après eux le seul qui fût en conformité avec le Nouveau Testament : tout autre était antichrétien. Quant à la suprématie royale, ils la rejetaient comme incompatible avec les droits conférés par Dieu aux chefs de l'Église.
Leurs adversaires se placèrent d'abord sur le terrain érastien. Le souverain, en vertu de sa suprématie, avait le droit d'établir et de sanctionner la forme du gouvernement dans l'Église, et la hiérarchie établie en Angleterre n'était contraire ni à la parole de Dieu, ni à la pratique de la primitive Église. Quelques-uns même, comme le primat Whitgift, allaient jusqu'à accorder que le système puritain était plus conforme à l'Écriture, mais que rien n'obligeait l'Église à se gouverner comme au temps des apôtres. Ilooker, au contraire, trouvait le système épiscopal plus scripturaire, mais croyait que le presbytérianisme pourrait devenir légitime, si l'Église, usant du droit qu'elle avait reçu de Jésus-Christ, trouvait bon de l'établir. C'étaient là de bien faibles armes contre les puritains. Richard Bancroft, chapelain de Whitgift, en trouva une plus forte. Dans un sermon prêché en 1589, il affirma hardiment que l'épiscopalisme était le seul système de gouvernement qui fût d'accord avec l'Écriture. Ce fut un coup de massue qui déconcerta quelque peu les puritains. Les épiscopaliens ne le furent guère moins; ils n'auraient jamais osé donner une si haute autorité à leurs prétentions. La nouvelle doctrine ne fut pas d'abord accueillie avec une grande faveur : déclarer l'épiscopat de droit divin, n'était-ce pas excommunier les réformés du continent, et l'Église anglicane allait-elle se trouver isolée entre le protestantisme et le catholicisme ? Bancroft avait cependant déposé un germe qui se développa et produisit plus tard le parti de la Haute Église.
Il faut signaler aussi la controverse du sabbat, qui eut lieu surtout dans le siècle suivant, mais qui fut occasionnée par la publication en 1595 d'un livre où un ministre puritain soutenait que le dimanche devait être observé avec la même rigueur que le sabbat juif. Le parti des évêques résista, et le primat Whitgift prit même des mesures contre les puritains. Ceux-ci tinrent bon, et continuèrent à observer le dimanche avec une rigidité qui les faisait souvent tomber dans les exagérations ridicules des pharisiens. C'est à eux, en somme, qu'il faut faire remonter l'observation du dimanche qui est encore de nos jours un trait si caractéristique de l'Angleterre.
Une controverse plus importante est celle de la prédestination. Les leaders de la doctrine anglicane sous Elisabeth étaient presque tous calvinistes; Whitgift luimême, qui combattit vigoureusement la discipline de Calvin, ne mit pas moins de vigueur à soutenir la doctrine de l'hérésiarque français. Les articles n'étaient pas en question ; puritains et conformistes les admettaient d'autant plus facilement qu'ils laissaient les uns et les autres libres dans la plupart des cas de soutenir leurs doctrines. Ceci parait surtout au sujet de la prédestination. On se rappelle que le dix-septième article, en admettant la prédestination, s'abstient de parler du dogme calviniste de la réprobation. Mais il ne condamne pas ce dogme, et en fait la théologie anglicane fut strictement calviniste jusque vers la fin du règne d'Elisabeth. Les quelques théologiens qui se hasardaient à soutenir le libre arbitre, ou à dire que Dieu avait la volonté de sauver tous les hommes, étaient regardés comme hérétiques, obligés de se rétracter, et même emprisonnés. Un membre de l'université de Cambridge, nommé William Barrel, s'étant avisé de dire dans un sermon, en 1595, que le péché était la vraie cause de la réprobation, les docteurs de l'université furent saisis d'une violente colère, et n'eurent pas de repos que la cause ne fût portée devant le tribunal du primat Whitgift. Celui-ci réunit à son palais de Lambeth
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une conférence composée d'évêques et de théologiens; le résultat fut la proclamation des neuf articles de Lambeth, qui admettent la doctrine de Calvin jusque dans ses plus terribles conséquences. Dieu de toute éternité a prédestiné certains hommes, et en a réprouvé certains autres. Il y a un nombre fixé de prédestinés, qui ne peut être ni augmenté, ni diminué. Un homme qui a la foi justifiante ne peut la perdre totalement ou finalement; il est certain d'une certitude de foi qu'il sera sauvé. La grâce suffisante pour être sauvé n'est pas donnée à tous; tous les hommes ne sont pas attirés par le Père pour qu'ils puissent aller au Fils ; il n'est pas au pouvoir de tous d'être sauvés. L'archevêque d'York approuva ces propositions, et on peut dire que l'Église anglicane se trouvait officiellement calviniste. Tous n'étaient cependant pas de l'avis du primat; un Français nommé Pierre Baro prêcha à Cambridge contre ces articles, et soutint que Dieu avait créé tous les hommes pour la vie éternelle, que le Christ était mort pour tous, et que les promesses de Dieu .s'adressent à tous. Il fut aussitôt accusé d'hérésie, et Whitgift était tout prêt à le poursuivre, lorque la mauvaise humeur de la reine et la crainte de se trouver d'accord avec les puritains vinrent refroidir son zèle calviniste. Il n'y eut plus de confessions de foi jusqu'à la lin du règne d'Elisabeth.
IV. Les Stuarts. Progrès de la Haute Église. Arminianisme. Latitudinarisme. — Pendant la plus grande partie du règne de Jacques I"r, l'Église anglicane demeura calviniste. Le roi l'était, les évêques aussi, et s'ils refusèrent d'insérer dans les trente-neuf articles les propositions de Lambeth, ce n'était pas qu'ils fussent opposés à la doctrine de ces propositions, mais Jacques ne voulait pas « bourrer le livre de toutes ces conclusions théologiques ». Le fils de Marie Stuart était si bien calviniste, qu'il envoya des députés au synode de Dordrecht, pour s'associer à la condamnation de l'arminianisme. Cela n'empêcha pas la doctrine condamnée de pénétrer en Angleterre et de s'y répandre peu à peu. Vers la fin du règne de Jacques, un de ses chapelains, William Montagu, qui depuis fut évèque de Chichester, niait dans un écrit public que la doctrine de Calvin sur le libre arbitre et l'inamissibilité de la foi fût la doctrine de l'Église anglicane. Il fut, il est vrai, censuré par le primat Abbot, mais plusieurs évêques l'encouragèrent à persister dans ses idées.
Sous le règne suivant, l'arminianisme gagna de plus en plus et fut bientôt ouvertement soutenu par de hauts dignitaires de l'Église anglicane. La réaction contre le calvinisme s'identifia avec le parti dont nous avons vu les germes dans Richard Bancroft et qui devint la Haute Eglise. A la tète de ce parti était Laud, évêquede Saint-David, qui sut prendre un grand ascendant sur Charles Ier. Il voulut, dès le commencement du règne, mettre la convocation en mesure de se prononcer sur les cinq propositions d'Arminius condamnées à Dordrecht, espérant bien que la condamnation serait rapportée par l'organe officiel de l'anglicanisme, cependant Andrews, évèque de Winchester, du même parti que Laud, mais plus clairvoyant, parvint à empêcher ce projet de se réaliser, car il prévoyait que le' clergé se prononcerait dans un sens opposé à celui qu'on désin'il le voir adopter. Laud, nommé évèque de Bath and Wells, n'en continua pas moins à combattre le calvinisme par tous les moyens. Cela causa un grand mécontentement dans le pays; le Parlement de 1628 se plaignait que la profession des doctrines arminiennes fût le seul moyen d'obtenir les dignités ecclésiastiques, et l'année suivante, malgré quelques concessions du roi, la Chambre des communes déclara que les articles calvinistes de Lambeth étaient la véritable interprétation des trente-neuf articles. Les discours prononcés dans ce parlement de 1629 révèlent une grande défiance à l'égard des évêques; leurs sentiments érastiens et absolutis-
tes, qui les menaient jusqu'à faire du roi une sorte de demi-dieu, étaient pour beaucoup dans les préventions qu'ils inspiraient au peuple.
Le parti de la Haute Église reçut alors un accroissement de pouvoir par l'élévation de Laud à l'archevêché de Cantorbéry; ce qui augmenta aussi le mécontentement, et précipita la catastrophe qui termine le règne de Charles I'r. L'archevêque était déjà haï à cause de ses opinions arminiennes, qui le faisaient accuser de papisme, mais ce qui excita le plus contre lui les puritains fut l'ordre qu'il donna après son élévation au siège primatial de remettre la table de communion à la place de l'ancien autel. Depuis longtemps on la plaçait dans le sens de la longueur de l'église, souvent même dans la nef, afin de protester ainsi contre toute idée de sacrifice. L'ordre du primat remplit d'effroi le cœur de tous les bons protestants : le papisme allait revenir, et les évêques qui obéissaient aux injonctions de leur chef n'étaient rien moins que des antéchrists. Laud tint tête à l'orage pendant dix ans, mais ses tendances ritualistes et la manière trop autoritaire dont il effectua ses rélorrnes augmentèrent le mécontentement général, qui fut adroitement mis à profit par les puritains, et le Long Parlement prit une suite de mesures qui désorganisaient complètement l'Église anglicane. En 1643, l'épiscopat était supprimé; l'adoption du covenant écossais, la même année, établissait définitivement le presbytérianisme; on composait une forme d'ordination presbytérienne, et un directoire puritain pour l'office divin était imposé au commencement de 16i5. La fin de cette même année vit la décapitation de Laud, et l'anarchie religieuse régna en Angleterre jusqu'à la restauration en 1660. Durant le gouvernement de Cromwell, toutes les opinions religieuses étaient admises en Angleterre, excepté le papisme et le « prélatisme » .
Charles II, en montant sur le trône, promit la liberté de conscience. Les puritains et les anglicans demandaient la revision du Prayer- book, les uns 'pour le rendre plus protestant, les autres pour le rapprocher davantage de la doctrine catholique. Après une conférence entre les deux partis, qui ne donna aucun résultat, la convocation fit au livre de nombreux changements, dont l'effet général fut de lui donner une teinte moins protestante. Le Prayer book ainsi modifié fut imposé par l'acte d'uniformité, en 1662. La tendance n'était plus vers le presbytérianisme. C'est à cette époque que brillèrent bon nombre de théologiens anglicans dont les partisans de la Haute Église font, de nos jours, beaucoup de cas. La doctrine sur laquelle s'accordaient les théologiens anglicans de la restauration était celle du droit divin des rois; tous exigeaient des sujets l'obéissance passive.
Les disputes entre confonnistes et non-conformistes donnèrent naissance à un parti qui était destiné à prendre une grande importance dans l'anglicanisme. On voit déjà poindre cette école avant la chute de Charles Ier, mais elle apparaît dans toute sa force à la restauration. Un certain nombre de théologiens, hommes d'une haute valeur intellectuelle, voyaient avec une indifférence assez marquée certaines doctrines et certaines pratiques que les deux partis extrêmes de l'Eglise- anglicane croyaient essentielles, et qui faisaient le fond de toutes leurs disputes, par exemple l'épiscopat et la doctrine de la grâce. D'après ces nouveaux venus la doctrine aussi bien que la discipline étaient soumises à la loi du progrès continu, de sorte qu'il n'y avait aucun inconvénient à différer soit des réformateurs, soit des Pères de l'Église. Une des conséquences de cette doctrine, qu'on appela latitudinarisme, était qu'il fallait abolir les tests ou professions d'anglicanisme; on voulut même proposer au Parlement un projet de loi qui admettait dans l'Église anglicane un certain nombre de sectes dissidentes, et en tolérait plusieurs autres; mais, en 1G88, la
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Chambre des communes décida de ne recevoir aucun projet de loi qui aurait pour objet la compréhension des sectes dans l'Église anglicane. La chute de Jacques II amenée par les efforts de ce roi pour établir la liberté de conscience est une preuve que l'Angleterre, sous son règne, était encore opposée au latitudinarisme. Mais le zèle se refroidit sous Guillaume d'Orange, qui avait promis qu'aucun de ses sujets protestants ne serait persécuté pour sa religion. Une seule croyance ne pouvait être tolérée, c'était le papisme ; quant au reste, il y avait place pour toutes les sectes. La plupart des évêques étaient pour la tolérance, quelques-uns même acceptaient l'union avec toutes les formes de protestantisme, et approuvaient un projet de réforme du P rayer book, qui le rendait apte à servir à tous. Ici encore le latitudinarisme fut défait par la Chambre des communes, qui empêcha de voter l'union, tandis que la chambre basse de la convocation ou synode provincial de Cantorbéry s'opposait à ce que le Prayer book fût modifié (1689).
Le règne de Guillaume d'Orange et une partie de celui d'Anne furent remplis par les disputes entre les deux chambres de la convocation à propos des dissidents; la chambre haute était disposée à les ménager, la chambre basse s'y opposait. Le laxisme des évêques qui, avec leurs principes érastiens, étaient toujours prêts à favoriser les idées de tolérance du souverain, fit développer dans le bas clergé les principes de la Haute Église; la chambre basse de la convocation soutint que l'Eglise avait le droit de se gouverner indépendamment de l'autorité civile; elle prétendit même échapper à la juridiction des évêques. Le peuple était de cet avis, aussi les maximes de la Haute Église triomphèrent-elles pendant le règne d'Anne. Les élections de 1710 produisirent un Parlement composé en grande majorité d'hommes de ce parti, et les dissidents désespérèrent de voir leur cause triompher. En même temps, il y avait dans le culte un développement considérable d'observances extérieures qui marquait une réaction générale contre les idées calvinistes. Non seulement on recevait la communion à genoux, mais on se prosternait et on baisait la terre en se frappant la poitrine; on préférait au sermon les offices chantés, et on voyait des peintures autour de l'autel.
V. La dynastie de Hanovre. Rationalisme, méthodisme, évangéusme. — L'avènement de Georges I" donna à l'Église anglicane un chef luthérien. Il fut, il est vrai, obligé de faire profession d'anglicanisme avant de monter sur le trône, mais il n'éprouva jamais que de l'indifférence pour la religion officielle de l'Angleterre. Ses principes étaient plutôt ceux du latitudinarisme, et c'est à ce laxisme doctrinal du chef suprême qu'il faut attribuer le misérable état où l'Église anglicane apparaît dans le xvme siècle.
Quelques mots sur l'état des partis dans le clergé anglican sont nécessaires pour faire comprendre l'anarchie doctrinale qui s'abattit alors plus que jamais sur l'Angleterre. Beaucoup de membres du clergé avaient refusé de prêter serment à la nouvelle dynastie : ils furent appelés non-jurcurs. Déjà un certain nombre de ministres avaient fait de même lors de l'avènement de Guillaume et de Marie, mais ce nombre augmenta beaucoup au commencement du règne de Georges. Ils professaient les principes de la Haute Église; mais ils étaient en fait séparés de l'Église anglicane, puisqu'ils refusaient de reconnaître son chef. D'autres, encore plus nombreux, qui croyaient comme les précédents à l'inamissibilité des droits des Sluarts à la couronne, se croyaient autorisés par les circonstances à reconnaître le nouveau gouvernement, mais ils conservaient dans leur cœur l'amour des Stuarts, et priaient pour leur retour. On leur donna le nom de jacobites. Leur position fausse paralysait leur action, et ils ne pouvaient rien faire, quoiqu'ils fussent encore la portion la plus saine
du clergé anglican. Enfin il y avait le clergé whig, qui avait cordialement accepté le nouveau roi; il était tout à fait disposé à seconder ses vues de tolérance, et à élargir les bornes de l'anglicanisme pour y admettre le plus de sectes possible. La plupart des évêques étaient dans ces sentiments. En 1717, Hoadly, évêque de Bangor, nia publiquement la nécessité d'appartenir à une Église visible; suivant lui, la sincérité était la seule condition requise pour être chrétien : il concluait à l'abolition des lests, ou gages d'orthodoxie, et se moquait des prétentions du gouvernement ecclésiastique. La chambre basse de la convocation était toute prête à le condamner, lorsque l'assemblée du clergé fut prorogée par les ministres du roi, qui ne voulaient pas voir condamner un évêque de leur parti. Elle ne devait plus se réunir avant le milieu du xixe siècle. Le latitudinarisme s'étendit de plus en plus; on en arrivait à ne plus reconnaître l'obligation d'admettre les principes les plus fondamentaux du christianisme. Des hommes de valeur comme Sikes, Whiston, Chamhers, soutenaient qu'on pouvait signer les articles sur l'incarnation dans le sens arien; d'autres voulaient qu'on changeât le Prayer book afin de l'adapter aux idées ariennes; il ne fut conservé que par la crainte de voir une partie notable du clergé se jeter dans le parti jacobite.
Hoadly avait aussi proposé une doctrine particulière sur l'eucharistie; il ne voyait dans ce sacrement qu'un rite commémoratif sans réelle valeur. Les non-jureurs au contraire admettaient le sacrifice et même une présence corporelle de Notre-Seigneur. Waterland, que l'on donne comme le représentant et le champion de la doctrine anglicane dans les controverses de cette époque, soutenait la doctrine calviniste.
Les théologiens anglicans eurent aussi à répondre alors aux écrits des déistes, comme Shaflesbuiy, Collins et Tindal, qui voulaient remplacer le christianisme par la religion naturelle. Cette nécessité donna le ton à presque toute la théologie anglicane depuis la fin du xvne siècle jusqu'au mouvement d'Oxford, l'oint de théologie dogmatique proprement dite; personne ne songeait à donner aux grandes vérités du christianisme ces développements qui ont fait la gloire de nos Bossuet et de nos Bourdaloue; on se bornait à faire de l'apologétique, et cette apologétique était loin d'atteindre son but. Les uns se contentaient d'injurier les déistes et de les tourner en ridicule; les autres se laissaient dominer par l'esprit rationaliste en tâchant de montrer que le christianisme n'était qu'une nouvelle promulgation de la loi naturelle, à laquelle venaient s'ajouter un certain nombre de préceptes et de vérités, qui n'auraient pas pu être découverts par la raison seule, mais qui, une fois connus, n'avaient rien d'inaccessible à la raison. Un auteur se rencontra cependant qui lit un ouvrage d'une réelle valeur. Butler, depuis évêque de Durham, publia en 1736 son Analogie de la religion naturelle et de la religion révélée avec la constitution et le cours de la nature. Les déistes refusaient d'admettre tout ce qui dépasse la raison humaine; Butler se sert des obscurités impénétrables que l'on rencontre dans la nature pour prouver qu'il peut y avoir dans la révélation des vérités et des préceptes que la raison doit admettre sans pouvoir les juger. Quant à la morale de cette époque, voici les enseignements qui tombaient de la cliaire, et qui ont contribué à former le caractère anglais, tel que nous le connaissons : s'abstenir du vice, cultiver la vertu ; remplir convenablement sa place dans le monde; supporter les maux de la vie avec résignation; jouir avec modération des plaisirs qu'elle nous donne. Que l'on établisse cette morale sur une base indépendante avec les déistes, ou qu'on lui donne, avec les anglicans orthodoxes, la sanction religieuse, que l'on a pu caractériser en ces termes : « Parce que Dieu est plus fort (pie nous, et peut nous damner si nous ne mar-
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chons pas droit, » il se dégage de celte morale anglicane un véritable épicurisme, dans lequel la religion et une bonne conscience occupent une place parmi les moyens de rendre la vie confortable. Tout ce qui mérite le nom de théologie s'était réfugié dans les rangs des nonjureurs, dont le schisme se prolongeait par l'ordination de nouveaux évêques. Leur doctrine se rapprochait de plus en plus de la doctrine catholique, surtout au sujet du sacrifice eucharistique. On peut les regarder comme les ancêtres des ritualistes de nos jours. Comme eux ils prenaient le nom de catholiques, comme eux ils cherchèrent à entrer en relation avec l'Église d'Orient. A la fin du xvni" siècle, l'apathie religieuse la plus complète régnait dans ce qu'on peut appeler l'anglicanisme orthodoxe : les évêques étaient pour la plupart des courtisans disposés à tout permettre plutôt que de voir troubler leur quiétude ; plusieurs même d'entre eux ■étaient ariens; l'Église anglicane marchait à grands pas vers une ruine complète. Un peu de vie lui fut rendu par deux écoles qui s'étaient lentement développées dans son sein, et qui, avec des principes diamétralement opposés, arrivaient à peu près aux mêmes conclusions. Nous voulons parler des méthodistes et des évangéliques.
Comme les méthodistes ou wesleyens forment maintenant une secte séparée, ils auront leur article à part; disons seulement que méthodistes et évangéliques n'étaient d'abord que des associations religieuses destinées à combattre la grande licence de mœurs du xviii8 siècle, tout en restant fidèles aux principes de l'anglicanisme. Une question de doctrine les sépara. Les métltodistes étaient pour la plupart arminiens, tandis que les évangéliques professaient le plus pur calvinisme. Les derniers restèrent dans l'Église anglicane, tandis que les autres s'en séparèrent. Il y avait cependant beaucoup plus de sympathie pour les dissidents (anabaptistes, presbytériens, indépendants) chez les évangéliques que chez leurs rivaux; ils étaient prêts à entrer en communion avec tous ceux qui comme eux admettaient les principes de Calvin. Leur idée de l'Église était de la sorte assez compréhensive et assez vague. Ils ne pouvaient par conséquent rendre à l'Église anglicane la vie qui lui manquait, et s'ils réussirent pour un temps •à ranimer la religion intérieure et l'amour de l'Écriture sainte, leur succès ne fut pas de très longue durée. Lorsqu'ils n'eurent plus à combattre pour conquérir leur place dans le sein de l'anglicanisme, leur zèle se refroidit; on commença à s'apercevoir que leur religion, qui avait pu répondre à un besoin momentané, ce qui explique son succès, était en somme incompatible avec la nature humaine dont elle ne considérait que certains côtés, et on se lassa de les entendre prêcher l'Évangile, comme si leurs auditeurs n'en avaient jamais entendu parler. Malgré la force d'expansion qu'ils donnèrent à l'anglicanisme par la fondation des sociétés de missionnaires, malgré le service réel qu'ils ont rendu à l'humanité en travaillant à l'abolition de l'esclavage, car le célèbre Wilberforce était un des leurs, ils furent impuissants à enrayer le mouvement d'indifférence et d'irréligion qui menaçait d'emporter l'Église anglicane et qui effrayait même Thomas Arnold, le plus libéral des anglicans.
Vers 1830, l'Église établie subit une crise; l'esprit démocratique et libéral faisait des progrès, et remplaçait peu à peu l'ancien esprit de tolérance; on prévoyait Je moment où l'appui de l'État allait manquer à l'Église, et on se demandait comment cette Église, dont on avait fait une machine politique, allait pouvoir se soutenir. Déjà, à diverses reprises, on avait vu poindre l'idée qu'elle pourrait bien être un corps capable de se soutenir tout seul; cependant cette idée n'avait eu aucun succès, sauf chez les dissidents. Mais à l'époque dont nous parlons, le danger imminent la fit germer de nouveau,
et une association fut fondre, dont les membres prenaient le titre d'Amis de l'Église. Le but de cette association était de maintenir intactes les doctrines, la liturgie et la discipline de l'Église d'Angleterre. C'était l'aurore du mouvement important qui allait opérer toute une révolution dans les doctrines et les pratiques d'une partie au moins de l'Église anglicane : les promoteurs de l'association n'étaient autres que les chefs du mouvement d'Oxford.
VI. Le mouvement d'Oxford. L'anglo-catholicisme. — Le mouvement d'Oxford fut inauguré par le sermon de Keble, prononcé à Oxford, le 14 juillet 1833 : c'est Newman qui le dit, et nous pouvons l'en croire. Ce sermon avait pour sujet l'apostasie nationale; il fut provoqué par la nouvelle législation qui admettait au Parlement des membres de toutes les religions, et confiait ainsi le gouvernement suprême de l'Église anglicane à des gens qui n'en faisaient point partie. Il était bien clair que l'Église avait perdu son influence sur la nation, autrement pareille mesure n'eût jamais été votée. Il était urgent de se mettre à l'œuvre pour rendre à l'Église la vie qu'elle avait perdue, afin qu'elle redevint capable de donner au peuple la nourriture spirituelle qu'il lui demandait en vain. Newman, appuyé par Keble et Froude, auxquels se joignit bientôt le célèbre Pusey, commença en 1834 à publier les Tracts for the Unies, qui à l'origine étaient de simples feuilles destinées à répandre la bonne doctrine, et qui bientôt se développèrent jusqu'à devenir des brochures parfois assez considérables. Le but précis en est indiqué dans la préface qui les présente au public. Il est un certain nombre de doctrines qui sont essentielles dans l'Église. Les premiers anglicans les avaient conservées, et elles formaient le fonds de l'enseignement des théologiens du xviie siècle. Malheureusement on avait cessé d'y croire, ou de les enseigner au peuple lorsqu'on y croyait, de sorte que ceux qui ne pouvaient se contenter de la doctrine sèche prêchée dans les chaires de l'Église établie se tournaient ou vers le méthodisme, fondé sur le sentiment, sur l'enthousiasme, ou vers le papisme, qui avait conservé ces points de doctrine essentiels. Le seul moyen de retenir ces âmes inquiètes dans le sein de l'Église anglicane était de montrer que ces doctrines indispensables étaient les siennes. On s'attacha donc à prouver que l'Église avait une constitution établie par Jésus-Christ et transmise depuis les npôtres par une continuité non interrompue, que la grâce se trouvait attachée non à la prédication, mais aux sacrements; on admettait aussi le sacrifice eucharistique dans un certain sens. De plus les pratiques en usage dans l'Église depuis l'origine, comme la célébration des fêtes, le jeûne, tous les exercices de pénitence, étaient recommandées, et on mettait entre les mains des lecteurs anglais le bréviaire, « afin de reprendre ce qui avait été volé par les adversaires. »
Un tel enseignement développé à loisir ressemblait considérablement à celui de l'Église romaine, et attira naturellement sur les auteurs des Tracts l'accusation de conduire l'Angleterre vers le papisme. Ils s'en défendirent énergiquement, mais ils étaient obligés de reconnaître que le système préconisé dans les Tracts était en fait celui de l'Église romaine; seulement ils prétendaient ramener ces points essentiels à la pratique de la primitive Église, en les débarrassant des corruptions dont ils avaient été entourés au moyen âge. Évangéliques et latitudinariens s'unirent pour les attaquer, et pour les appeler idolâtres, parce qu'ils mettaient « l'Église du Christ, et les sacrements du Christ, et les ministres du Christ à la place du Christ lui-même ».
Que pensait de tout ceci l'Église anglicane? Il est difficile de le savoir, cette Église n'ayant pas d'organe officiel qui puisse dire quelle est sa doctrine. La plupart des évêques regardaient ce mouvement avec défiance,
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mais aucun d'eux n'avait une autorité suffisante pour donner une décision. L'université d'Oxford au moins se prononça, et nous pouvons regarder ses jugements comme un indice de l'opinion générale à cette époque dans le monde officiel anglican. Les hommes du mouvement, qui se nommaient catholiques, éprouvaient une grande difficulté à signer les 39 articles, dont quelquesuns paraissent opposés diamétralement à la doctrine catholique. Newman , dont l'esprit subtil et pénétrant voyait les difficultés mieux que tout autre, voulut enlever à ses amis toute cause de scrupule, et il fit un véritable tour de force pour démontrer, dans le fameux Tracl 90, que les articles peuvent être compris et signés dans le sens catholique, quoiqu'ils soient le produit d'un âge anticatholique. Mais les chefs de l'université n'étaient pas de cet avis : le 15 mars 1841 le Tract 90 était condamné, et l'université désavouait en même temps tous les Tracts. Ceci n'empêcha pas le parti de faire de rapides progrès, en dépit du mauvais vouloir des autorités universitaires. En 1813, on condamna un sermon de Pusey sur l'eucharistie, comme contenant « certaines choses en désaccord ou en opposition avec la doctrine de l'Église d'Angleterre ». On ne disait point quelles étaient ces erreurs, mais il est à croire que la condamnation portait sur la présence réelle et le sacrifice que Pusey reconnaissait dans l'eucharistie, quoique dans un sens bien différent de la doctrine catholique. En conséquence le professeur d'hébreu reçut la défense de prêcher devant l'université. L'année suivante, ce fut le tour de William George Ward, esprit puissant et original qui, dans un livre intitulé : L'idéal de l'Eglise chrétienne, faisait le procès de l'anglicanisme, et allait jusqu'à couvrir d'éloges l'Église romaine. Il fut privé de son grade de maître es arts, et cessa de faire partie de l'université. Il ne tarda pas à entrer dans l'Église catholique, où il fut suivi par Newman en 1845, et par un grand nombre d'esprits d'élite, qui ont été l'honneur du clergé catholique anglais durant notre siècle.
Cependant Pusey demeura anglican et travailla jusqu'à la fin de sa vie àcatholiciser celte Église qu'il croyait une branche de l'Église universelle. Il admettait la confession auriculaire et les ordres religieux; ses disciples allèrent beaucoup plus loin que lui, et peu à peu se forma au sein de l'anglicanisme un parti dans lequel on trouve les pratiques et les doctrines catholiques, jusqu'aux messes pour les morts et à l'infaillibilité du pape; quelques-uns de ses membres commencent même timidement à admettre la transsubstantiation.
VIL Quelle est actuellement la doctrine de l'Église anglicane? — Il est bien difficile de répondre à celte question. Pour avoir une idée complète des doctrines anglicanes, il faudrait rendre compte de l'enseignement des théologiens de toutes nuances, depuis les plus stricts protestants, qui ne se distinguent guère des dissidents, jusqu'à ceux qui se servent du missel romain, et se guident d'après les décrets de la S. C. des Rites, sans oublier les latitiidinariens, prêts à admettre dans leur Église tous ceux qui ont une foi quelconque au Christ. Il semble au moins qu'on pourrait trouver quelque chose dans les décisions données dans la seconde moitié du XIXe siècle par les pouvoirs chargés de légiférer pour l'Eglise anglicane. Mais ici encore on ne trouve que confusion et contradiction. En 1847, le conseil privé, qui esl la plus haute cour à laquelle on puisse appeler, décida dans le « cas de Gorham » qu'on est libre dans l'Église anglicane de soutenir ou de combattre la doctrine de la régénération baptismale. Les évéques eux-mêmes étaient en désaccord sur celle question, et incapables de décider dans quel sens il fallait entendre les formulaires de leur Eglise. Le procès dr l'archidiacre Denison, en 1855, donna à l'archevêque de Cantorbéry, Sumner, qui s'était déjà prononcé contre la régénération baptismale, l'occasion de se prononcer
aussi sur la doctrine de l'eucharislie. Denison admettait la présence réelle; il fut mis en demeure de se rétracter, et de déclarer que le corps et le sang de Jésus-Christ ne sont pas reçus par ceux qui communient indignement, et que nulle adoration n'est due à la présence du Christ sous les éléments du pain et du vin. Il refusa et fut privé de son bénéfice. Ceci n'empêcha pas la doctrine des sacrements de faire de rapides progrès, et maintenant on peut impunément prêcher ce qui était condamné alors. En 1872, le conseil privé rendait un jugement d'après lequel il n'est pas contraire aux articles d'enseigner la présence réelle , le sacrifice eucharistique et l'adoration du Christ présent dans les éléments.
Le mouvement d'Oxford fut suivi d'une réaction dans le sens de la libre-pensée et du scepticisme. Un certain nombre d'esprits, d'abord entraînés dans le mouvement sans trop savoir pourquoi, n'y avaient point rencontré ce qu'ils cherchaient, et se trouvèrent sans point d'appui lorsqu'ils cessèrent d'être soutenus par les causes qui les avaient influencés; le résultat fut une école antidogmatique qui s'éleva dans les universités, surtout à Oxford. En 1860, cette école produisit un livre intitulé Essays and reviews, qui mit en émoi tout le monde religieux en Angleterre. Il contenait sept essais par sept auteurs qui déclaraient avoir écrit indépendamment l'un de l'autre; l'un d'eux est l'archevêque actuel de Cantorbéry, le docteur Temple (1900). Entre autres choses on y attaquait l'inspiration de la Bible, les preuves du christianisme, l'éternité des peines de l'enfer, et on réclamait une Église nationale assez large pour embrasser tous les symboles. Il y eut un déluge de réponses par une foule de théologiens. Cela n'engageait pas la doctrine de l'Eglise anglicane, lorsque deux des écrivains furent poursuivis; ce qui donna au conseil privé l'occasion de déclarer que l'inspiration n'était pas définie par les articles, et qu'un clergyman de l'Église anglicane ne pouvait être condamné pour soutenir que les peines de l'enfer ne sont pas éternelles. Cependant la convocation , rétablie en 1852, avait été saisie de la question. Beaucoup de ses membres étaient absents lorsque le jugement de la chambre basse fut prononcé : on déclarait qu'il y avait des raisons suffisantes pour porter un jugement synodal sur le livre intitulé Essays and reviews. Mais les évéques n'étaient point d'avis de le condamner; ils furent heureux de trouver une échappatoire en disant qu'il fallait attendre le jugement du conseil privé. Cependant une pétition signée par 11000 clergymen força les évéques à agir et, en 1864, le livre fut condamné par l'assemblée du clergé comme contenant « un enseignement contraire à la doctrine reçue par 1 Eglise unie d'Angleterre et d'Irlande, en communauté avec toute l'Église catholique du Christ ». Ce jugement fut rendu à une très faible majorité; il faut ajouter qu'il n'a aucune autorité légale, car le gouvernement seul peut donner une décision ayant force de loi sur la discipline et la doctrine. Nous croyons que ces divers jugements montrent la eomprélicnsion de l'Église anglicane, et justifient les paroles que l'évêque Wilberforce prononçait au parlement, en 1807 : « L'Église d'Angleterre n'est pas une Eglise de compromis, mais de compréhension ; elle conlient dans son sein des hommes de toute opinion, entre ceux qui nient absolument ses premiers principes, et ceux qui soutiennent les doctrines de l'Eglise romaine, qu'elle a expressément condamnées. » Il ajoutait que toute la force de l'Église anglicane se trouvait dans celle compréhensivilé; c'est peut-être le contraire qu'il faillirait dire.
La même année 1867, se réunissait le premier synode pan-anglican; on aurait pu croire que tant d'évêques réunis parviendraient à s'entendre pour établir certains points de doctrine communs à tous les anglicans, mais ils ne s'occupèrent que de questions d'administration et de discipline, se contentant de recommander aux fidèles,