OUVRAGES ÉCRITS PAU ANSELME, PRIEUR AU BEC
(1063-1078) ou abbé (1079-1093). - Eadmer, Vita, 1. II, n. 25, P. L., t. clviii, col. 62, rapporte à ce temps les trois traités De veritate, De libertate arbitrii, De casu. diaboli, auxquels il ajoute le De grammatico. Il mentionne ensuite, toujours comme du même temps, le Monologion qui fut suivi du Proslogion, ibid., n. 26, col. 63, et de la réponse à Gaunilon. Peut-on préciser davantage? Anselme, dans le prologue ajouté plus tard au De veritate, P. L., t. clviii, col. 467, mentionne les quatre premiers traités dans le même ordre qu'Eadmer, en ajoutant pour les trois premiers, qu'il les a écrits à différentes époques; il veut qu'on les groupe ensemble et dans l'ordre indiqué, mais sans dire que cet ordre est celui de la composition. Le fait qu'on les avait « rangés autrement en les transcrivant avant qu'ils ne fussent achevés » ferait plutôt supposer le contraire, comme aussi le fait que le prologue placé en tète du dialogue De veritate montre que les trois autres dialogues existaient déjà.
Le Monologue d'ailleurs est antérieur au De veritate, puisqu'il y est cité deux fois, c. i, P. L., t. clviii, col. 468, et c. x, col. 479. Il est même probable que c'est le premier opuscule publié par Anselme (quoique peutêtre le De grammatico ait été fait plus tôt). La Préface en effet, semble indiquer un premier écrit et les hésitations d'un débutant, P. L., t. clviii, col. 143, comme aussi le fait qu'il ne le croyait pas digne du nom de livre et qu'il le donna d'abord sans nom d'auteur. Proslogion, Proœmium, t. clviii, col. 224. Anselme parle souvent du Monologion soit dans ses autres écrits, soit dans sa correspondance. Cf. Epist., i, 63, 65, 68, 74; il, 17; iv, 183. Il est question du Proslogion dans le De fide Trinitalis, c. iv, et dans la correspondance, Epist., n, 11, 17, 27. Quelques Méditations datent aussi du priorat,
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la seconde, par exemple (Terret me), et probablement la troisième (Anima mea, anima serumnosa), entre 1068 et 1078. Voir la Censura de dom Gerberon, P. L., t. clviii, col. 29. L'homélie, ix, sur l'Évangile de l'Assomption, Luc, x,38, fut écrite entre 1088 et 1093, après avoir été prononcée plus d'une fois in conventu fratrum. Voir la préface d'Anselme, P. L., t. clviii, col. 644, et la Censura de Gerberon, col. 27. Avec trois prières à la sainte Vierge, Epis t., I, 20, et une prière à saint Nicolas (elle n'est pas dans Gerberon) dont il parle dans une lettre écrite d'Angleterre quelque temps avant son élévation à l'épiscopat, Epist., n, 51, c'est tout ce que nous pouvons avec certitude rapporter à cette époque.
//. OUVRAGES ÉCRITS PAIi ANSELME ÉVÊQUE (1093-1 109).
— i. Liber defideTrinitatisetdelncarnatione Verbi. — Anselme nous dit lui-même l'avoir commencé sous forme de lettre, quand il était abbé au Bec. Voir c. i, P. L., t. clviii, col. 262. Roscelin, contre lequel il est écrit, s'étant soumis, au concile de Soissons (1092), Anselme laissa là son travail. Mais Roscelin revint à ses erreurs, et Anselme, déjà archevêque, acheva son traité (1093 ou 1094) et le dédia au pape Urbain II, qui, dit Eadmer, s'en servit au concile de Bari. Cf. Eadmer, Vita, 1. II, n. 10, P. L., t. clviii, col. 84; Hist. novor., 1. II, P. L., t. clix, col. 414; Anselme, Epist., n, 35, 41, 51. Le Monologion et le Proslogiony sont cités, c. iv, col. 272; cf. c. I, col. 284; en revanche, il est cité dans le De processions S. Spiritus, c. xvii, col. 311.
2. Cur Deus homo. — Commencé en Angleterre, sans doute pendant les mois de loisir dus à l'absence du roi (1094), il fut achevé près de Capoue, dans l'été qui précéda le concile de Bari (1098). Préface d'Anselme, P. L., t. clviii, col. 361. Eadmer le transcrivit pour le Bec. S. Anselme, Epist., m, 25, P. L., t. clix, col. 56. Anselme, dans la lettre lv du 1. IV, t. clix, col. 233, prie les moines de Cantorbéry de le transcrire et de l'envoyer à Pascal II.
3. De conceptu virginali et originali pcccato. — Dans le Cur Deus homo, 1. II, c. xvm, P. L., t. clviii, col. 425, Anselme annonce son intention d'écrire sur le péché originel; c'est annoncer le présent traité. Le prologue, P. L., t. clviii, col. 431, nous indique d'ailleurs qu'un mot du Cur Deus homo en a été l'occasion. Au c. xxn, col. 453, il est encore fait allusion au même ouvrage. Eadmer nous dit, Vita, 1. II, n. 54, col. 107, qu'il fut écrit à Lyon, au retour d'Italie, après le concile de Bari; c'est indiquer l'année 1099 ou 1100. Dans une de ses lettres, Epist., iv, 55, t. clix, col. 233, Anselme demande qu'on le transcrive avec le Cur Deus homo pour qu'il puisse adresser le volume au pape Pascal II. Il en parle aussi, Epist., iv, 42.
4. Meditatio redemplionis humanse, Médit. XI. — Même lieu, au témoignage d'Eadmer, loc. cit.; par conséquent en 1099 ou 1100.
5. De beatitudine calestis patrise( 1100), P. L., t. eux, col. 587-606. — Pendant son séjour à Lyon, Anselme vint à Cluny et fit aux moines une conférence sur le bonheur du ciel. Eadmer, qui était présent, fut prié par ses frères de Cantorbéry de la rédiger. Il s'y mit, ne soupçonnant pas, dit-il, combien le travail devait lui coûter. Preuve qu'il ne travailla pas seulement de mémoire; il voulut, lui-même nous le dit, y mettre du style : d'une causerie il a fait un traité. Ce sont pourtant les pensées d'Anselme, mais quelques-unes exprimées en d'autres circonstances : Scripsi, hoc solum inlendcns ut ca simpliciter dicerem quse me in codem capilulo per id temporis, vel alibi ab ore ipsius Patris, de eadem re accepisse recordari valebam. Préf. d'Eadmer, P. L., i CLIX, col. 587. Il y revient en finissant : Usée ut ex ore B. P. Anselmi accepi conscripsi, pour expliquer comment la beauté du fond est bien d'Anselme, et comment on ne retrouve plus dans l'expression ni l'esprit pénétrant du maître ni la grâce de sa parole, col. 604. D'ail-
leurs, conclut le consciencieux rédacteur, notre Père a lu et relu le travail, il l'a retouché de sa sainte main, il l'a garanti de son autorité, la postérité peut le transcrire et le lire sur sa recommandation. Mflr Malou a trouvé, dans un manuscrit de la bibliothèque royale de Bruxelles, une autre rédaction du sermon De beatitudine sous le titre De quatuordecim beatitudinibus, et l'a jointe à son édition des Méditations, p. 296-324. C'est la même marche, les mêmes idées, les mêmes comparaisons, le même fond enfin; l'expression seule est différente. Il croit cette rédaction de saint Anselme lui-même; mais rien ne le prouve, et cette opinion se concilie difficilement avec l'affirmation expresse d'Eadmer. Quant au court proœmium que Mor Malou ne sait à quoi rapporter, Prœf. p. 19, il s'explique quand on se reporte au De similitudinibus. Là, en effet, les chapitres De quatuordecim beatitudinibus sont précédés d'un chapitre sur la bonté, c. xi.ni, P. L., t. clix, col. 623, qui répond exactement à l'appel du proœmium. D'autre part, ces chapitres sont en rapport plus étroit avec l'opuscule De beatitudine, donné par Gerberon, qu'avec celui donné par Mar Malou, puisque là ce n'est plus seulement le même fond, c'est, sauf les différences que j'appellerais d'encadrement, le même texte. La rédaction trouvée par M9r Malou ressemble d'ailleurs plus que celle d'Eadmer à un résumé de conférence. Viendrait-elle d'un moine de Cluny, auditeur de l'archevêque? Il reste que nous avons là les pensées d'Anselme, mais non proprement un écrit de lui.
6. De processione S. Spiritus (1 101). — Eadmer dans la Vie d'Anselme, 1. II, n. 47, col. 102, se contente de dire qu'Anselme, à Bari, réfuta victorieusement les grecs; mais dans YHistoria novorum, 1. II, t. clix, col. 415, il ajoute qu'il reprit le sujet, et en écrivit egregium opus, qu'il envoya, à la prière de ses amis, partout où l'erreur des grecs était connue. Cet écrit est évidemment le De processione S. Spiritus, et il est étrange que le P. Henschenius ne s'en soit pas douté, loc. cit., note a. Il est vrai qu'un manuscrit l'attribue à saint Augustin, mais un seul contre tous, et l'erreur est palpable; car les positions sont celles de la polémique avec les grecs, portant surtout sur le Filioque, dont l'addition est mentionnée en termes exprès, c. v, P. L., t. clviii, col. 293. Cf. le prologue, col. 285. Anselme en 1101 écrit à Walram qu'il le lui envoie. P. L., t. clviii, col. 541. Il en est encore question, Epist., m, 160, et sans doute aussi 161 (mais cf. 53). Pour la date, cf. Gerberon, Censura, P. L., t. clviii, col. 20.
7. Epistola De azymo et fermenlo (vers 1101), P. L., t. clviii, col. 541-548. — A Walram, évèque de Naumbourg, encore engagé dans le parti de l'antipape.
8. De sacramentorum diversitate, vers 1102, P. L., t. clviii, col. 551-554.— A Walram réconcilié avec le pape.
0. De concordia prsescientise, prœdestinationis et qraliee cumlibero arbitrio, vers 1109, P. L., t. clviii, col. 507-542. — Nous savons par Eadmer, Vita,\. II, n. 71, col. 114, qu'Anselme l'écrivit dans les derniers temps de sa vie.
iO. On pourrait joindre quelques petits opuscules qui sont restés parmi les lettres, De malo, par exemple, et Epist., 'Il, 8, De corpore et sanguine Christi, Epist., iv,
///. opuscules sans indications précises. — Restent quelques opuscules, la plupart de petite importance, pour lesquels manquent les indications précises. Gerberon donne comme authentiques :
i. Le De volunlatc, P. L., t. clviii, col. 487-489. — Un manuscrit de Saint-Victor l'attribue à Anselme, et tout, dit Gerberon, y est amsilmien. Dans le De concordia, c. xi, col. 536, l'auteur dil qu'il écrira peutêtre un jour sur les divisions de la volonté actuelle. Ceci pourrait être l'écrit annoncé; en ce cas, nous au-
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rions là la dernière œuvre du saint docteur. Mais il est possible aussi que l'opuscule ait été rédigé par un disciple d'Anselme, en groupant les indications éparses çà et là dans les écrits du maître. Cf. De conceptu virginali, c. xi; De concordia, c. xi, xn, etc.
2. VOffendiculum sacerdotum, P. L., t. clviii, col. 555-556. — Simple extrait d'une lettre d'Anselme, Epist., I, 56, P. L., t. clviii, col. 1126-1128.
3. Le De nuptiis consanguineorum, P. L., t. clviii, col. 557-560. — Réponse d'Anselme à la consultation d'un évêque. La suscription porte : Anselmus Cantuariensis fralri dilecto ; la manière et les idées sont bien de lui.
4. Le Judicium de stabilitate moyiachi, P. L., t. clix, col. 333-335, serait peut-être une réponse du même genre.
5. L'Admonitio morienti, P. L., t. clviii, col. 685- 688, que les manuscrits donnent comme d'Anselme. — C'est bien avec cette suavité touchante qu'il devait exhorter les mourants à mettre tout leur espoir dans les mérites de Jésus.
6. Comme le De beatitudinr, le petit traité De pace et concordia, P. L., t. clviii, col. 1015-1021, donné comme d'Anselme dans le manuscrit de Louvain, serait peutêtre la rédaction d'une conférence d'Anselme. La Realencyklopàdie, 3e édit., Leipzig, 1896, t. i, p. 566, ligne 3i, pour montrer que l'œuvre est d'Anselme (ou au moins d'Eadmer), renvoie à la lettre m, 133; mais rien ne prouve qu'il y ait ici une allusion au De pace et concordia.
7. Flores psalmorum. — Anselme en parle dans une de ses lettres, Epist., iv, 121, t. clix, col. 266. Mais le texte ne dit pas clairement de quoi il s'agit, ni de qui est l'œuvre.