‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 503 sur 536 · ANTECHRIST · texte numérisé non relu

ANTECHRIST

que les écrits canoniques du Nouveau Testament. Elle s'est hasardée jusqu'à nous faire connaître le personnage qui serait l'Antéchrist. Qu'il nous suffise de rapporter les principales opinions à ce sujet. Pour saint Cyrille de Jérusalem, l'Antéchrist sera le onzième roi des Romains : [XExà Se tovtovç êvSÉxato; ô 'AvTi;(pio-To;, èx -?,; uxyixr,; xaxoTEyvia; tï-|V tPw(J,aïX'r|V È|o-ju;av âpïiica;. Catech., xv, n. 12, P. G., t. xxxm, col. 885. S'appuyant sur les paroles de saint Paul, II Thess., n, 9, il déclare que Satan se servira de l'Antéchrist comme d'un instrument : ToOto aivtxx6[j.evoç, oti ô Sarocvîç ôpyâvco xs/pr^ai èxec'vw, a'jT07rpow7T(i); St' aûioû ÈvEpyôiv. Ibid., n. 14. Saint Augustin nous apprend que, de son temps, certains soupçonnaient que Néron ressusciterait et serait l'Antéchrist : Ut hoc quod dixit [Aposlolus], jam enim mysterium iniquitatis operatur, Neronem voluerit intelligi, cujusjam facta velut Antichristi videbantur. Unde nonnulli ipsum resurrecturum et futurum Antichristum suspicantur. De civ. Dei, xx, 19, P. L., t. xli, col. 686. Sulpice Sévère nous affirme la même chose : Unde creditur, etiamsise gladio ipse transfixerit, curato vulnere ejus servatus, secundum illud quod de eo scriptum est : Et plaça mortis ejus curata est, Apoc, xm, 3, sub sseculi fine mittendus,ut mysterium iniquitatis exerccat. Hist. sac>\, n, 29, P. L., t. xx, col. 145. Quelques-uns ont pensé même à Julien l'Apostat et à Mahomet.

IV. Son rôle. — Saint Jean nous a déjà dit que l'Antéchrist tromperait les hommes, ô uXâvoç, II Joa., f. 7; il nous dit aussi qu'il séduira tous les peuples, xal l^c),£'J<r£Tat 7tXavTj<rai Ta Ë8v?) xà èv xaïç ■ziaaaonw ytovîaiç t5jç Yrjî, Apoc, xx, 8, et qu'il les soulèvera les uns contre les autres, o-uvayay£tv aÙToùç e'iç ttoXeuov. Ibid. Saint Paul nous enseigne qu'il emploiera toute espèce de puissance et qu'il fera des signes et des prodiges de mensonge, £v7raa/)5uvâ[j.at xai o-/)u.ec'ot;xa'i xÉpaaiv 4tj8oûç, II Thess., il, 9, qu'il trompera tous ceux qui périssent, xai èv Ttàcrv) àjcàrr) tt,ç àStxi'aç Èv toÏç aTroXX'juivoeç. Ibid., f. 10. Nous trouvons les mêmes enseignements dans la tradition patristique. Saint Irénée est particulièrement instructif sur les œuvres de l'Antéchrist. Il sera l'auteur d'une grande apostasie et se fera adorer comme dieu par tous ceux qu'il aura séduits : lllo enim veniente, et sua sentenlia apostasiam recapitulante in semetipsum, et sua voluntate et arbitrio opérante qusecumque operabitur, et in templo Dei sedente, ut sicut Christum adorent illum qui seducentur ab illo, Cont.hœres., v, 28, n. 2, P. G., t. vu, col. 1198; il fera des prodiges par le moyen des démons et séduira les habitants de la terre : Et non est mirandum, si dsemoniis et apostaticis spirilibus minislrantibus ei, per eos faciat signa, in quibus seducat habitantes super terrain, ibid., col. 1499; il résumera en lui-même l'apostasie universelle : ...àvaxEçaXai'coiriç yt'vETat TrauVjc àôixîaç, xal Ttavrôç SduXov, tva èv avTÛ cuppe'juaa-a xal o"vyxX£io"9Eto-a rcaira S'jva|xtç a7roo-TaTiXY) xarà tôv xâjxivov èXiaOï; toû Ttvpdç... àvax£?aXatoû|j:Evoc èv a-JT<7> TÔv[rr)v'?]7rpô toû xaTaxXuajAoO 7r5<rav xaxfav, ibid., c. xxix, n. 2, col. 1201-1202; il dévastera tout dans le monde, mais il sera enfin plongé par Notre-Seigneur dans un étang de feu : Cum autem vastavcrit Antichristus hic omnia in hoc mundo, regnans annis tribus et mensibus sex, et sederit in templo Hicrosolymis; tune veniet Dominus de cœlis in nubibus, in gloria Patris, illum quidem et obedientes ei in stagnum ignis niittens. Ibid., c. xxx, n. 4, col. 1207. Pour saint Cyrille de Jérusalem, l'Antéchrist recommencera lo rôle du diable. De même que le diable avail trompé les hommes avant la venue de Jésus-Christ, ainsi l'Antéchrist, à la seconde venue de Jésus-Christ, trompera les hommes et usurpera la domination sur l'empire romain : ...oû'to) [j.éXXovtoç Xpiorov oe-jTspov Ep/egOai ToO àXï]0oO{... ô &vitxe['|ievo;... ayet riva à'v0poj7rov (ixvov, xal -r]; ev fap|j.axE;aiç xai È7iaoiSaï? àiraTY)Xï|{ xaxoTE/via;

è(j.TTEipoTaTOV àp7iâ'ovTa (j.Èv lauTw ttjç 'PtojAaitov (îaffO.etaç Tr(v È£ovo"tav, tyvjôûç 81 Xpiarbv ÉauTÔv aTroxaXoûvxa' xa\ 5cà [i.ïi ttiç toû XpiaroO itpoffïjyopiaç, 'IovSatou; tov; tôv 'IIXeiixjjiÉvov TrpoirSoxcôvTaç aTtatcovTa" toû; i% Ê8vù>v Se, Taï; (Aaytxaïç cpavxao-iai; Ouayô|iEvov. Cat., XV, n. 11, t. xxxm, col. 884-885.

V. Époque de sa venue. — On n'est pas mieux fixé sur l'époque de la venue de l'Antéchrist. Si l'on prend à la lettre les expressions de saint Jean, on pourrait conclure que la venue de l'Antéchrist est imminente; il nous dit que l'Antéchrist vient, ô àvT'xpio-To; ïpyntxi, I Joa., n, 18, qu'il est déjà dans le monde, xai vûv èv tô> xoitix(i) èttiv rfir\. Ibid., iv, 3. Ces passages ne peuvent plus s'entendre dans un sens littéral, puisque l'Antéchrist n'est pas encore venu. Il faut donc interroger les autres documents. D'après saint Paul, il y a un obstacle qui retient l'Antéchrist; les fidèles, auxquels il écrit, connaissent cet obstacle : tô xaTÈ^ov oi'SatE, II Thess., Il, 6; cet obstacle l'empêche de se manifester dans son temps, e!; tô à7ioxaXuçO-?|vai a-jxbv èv tô> ÉauTOû y.atpù, ibid. ; pour qu'il vienne, il faut que cet obstacle soit enlevé, [aovov ô xaTÉ-/<i>v apu eo>; èx (J.Éaoy yév/)Tat. Ibid., f. 7. Remarquons pourtant que dans le ji. 6 l'obstacle est une chose; c'est le neutre, tô xaTÉ/ov; au contraire, dans le % 7, l'obstacle est un homme, c'est le masculin, ô xaTÉ/tov. Quel est donc cet obstacle qui empêche l'Antéchrist de venir ? Si l'on connaissait avec certitude cet obstacle, on pourrait se prononcer avec une certaine précision sur l'époque de sa venue. Mais on ne sait pas en quoi consiste cet obstacle. C'est pourquoi la tradition elle-même a émis différentes opinions. Saint Augustin avouait simplement son ignorance : Ego prorsus qind dixerit [Apostolus] me fateor ignorare. Suspiciones tamen hominum, quas vel audire vel légère potui, non tacebo. De civ. Dei, xx, 19, P. L., t. xli, col. 686. Certains Pères ont vu cet obstacle dans l'empire romain. Cette opinion n'est plus possible aujourd'hui, puisque l'empire romain a disparu depuis longtemps. Saint Cyrille de Jérusalem affirme qu'il viendra lorsque les temps de l'empire romain seront achevés et la fin du monde sera proche. "Ep/ETai 6è ô 7rpoetpyj[xévo; 'Avn- •/piffToç oCito;, ôrav 7rXr)pa>8d)<nv o\ xaipoî ttjç 'Pujiactov PaaiXEca;, xa\ nXy)criâÇoi Xoituôv tô t?|ç toû xdujjLOU (tuvte- X.Etaç, Cat., xv, n. 12; dans un autre passage, il enseigne que l'Antéchrist viendra lorsque le temple intérieur, où se trouvent les chérubins, sera complètement renversé : o-j XÉyto toû Trepiêo'Xou toû ëÇojOev , àXXà toû vaoû TOÛ

ËvSoÔEV, e'vÔE TO XEpOuë'tfA T)V" T(5t£ ËpyETai EXEÏVOÇ EV TtàffC

(7T)|xei'oiç xa\ TÉpao-i if'EvSouç. Ibid., n. 15. Saint Thomas prend au sens spirituel l'obstacle dont parle saint Paul, et l'entend de l'esprit chrétien au sein des sociétés. L'Antéchrist viendra quand la foi de l'Église romaine aura disparu. Il se rapproche ainsi de la première opinion; celle-ci entendait l'obstacle de l'empire romain temporel et païen; saint Thomas l'entend de l'empire romain qui a succédé au premier, c'est-à-dire de l'empire romain spirituel et chrétien : Dicendum est quod nondum cessaverit [imperium romanum], sed est commutatum de temporali in spirituale, ut dicit Léo Papa in sermone de Apostolis. Et ideo dicendum est quod discessio a Romano imperio débet intelligi, non solum a temporali, sed a spirituali, scilicet a fide catholica Roma>ix Ecclesise. Est autem hoc conveniens signum, quod sicut Christus venit quando Romanum imperium omnibus dominabatur, ila e converso signum Antichristi est discessio ab eo. In II™ Epist. ad Thessal., c. Il, lect. I. Pour soutenir son opinion, le saint docteur s'appuie sur deux textes du Nouveau Testament : 1° sur Mat th., xxiv, 12 : refrîgescet cliarilas multorum ; 2° sur ITim.. IV, 1, où il est question d'une apostasie des derniers temps : èv ûaTÉpoi; xaipoî; ùnoatrfîovToù tive; tïj{ ut'atew;, irpoaizovîE; 7rvE'j[A«<7iv TtXâvoi; xa\ StoaffxaXiat; Sai[j.ovtdjv. Il est bon de rappeler que, du temps de saint

ANTECHRIST ~ ANTERE

Augustin, on avait émis une opinion semblable. L'évêque d'Hippone nous dit : Quid detineat scitis, et, mysterium opcrari iniquitatis, non putant dictum nisi de malis et ftctis qui sunt in Ecclesia, donec perveniant ad tant uni numerum qui Antichristo magnum populum faciat. Ibid. D'autres pensèrent, comme nous l'avons déjà dit, que l'Antéchrist était venu au temps de Julien l'Apostat ou de Mahomet. Cependant, ces deux dernières opinions ne trouvèrent jamais grand crédit dans la tradition.

VI. Son origine. — On n'a que très peu de données sur ce sujet. Certains Pères crurent que l'Antéchrist sortirait de la tribu de Dan. Nous trouvons ce sentiment dans saint Irénée et saint Grégoire le Grand. L'évêque de Lyon dit : Jeremias autem non solum subitaneum ejus adventum, sed et tributum [tribu] ex qua veniet, manifestavit dicens : Ex Dan audiemus vocem velocitatis ejus, vin, 16, n. 2, P. G., t. vu, col. 1205. Saint Grégoire le Grand s'exprime ainsi : Nonnulli enini de tribu Dan venire Antichristum ferunt,pro eo quod hoc loco, Gen., xlix, 17, Dan et coluber asseritur et mordens. Unde et non immerito dum Israeliticus populus terras in castrorum partitione susciperet, Dan ad Aquilonem castrametatus est, Num., il, 25; Muni scilicet signans, qui in corde suo dixerat: Sedebo in monte testamenti, in lateribus Aquilonis; ascendam super altitudinem nubium, similis ero Altissimo. Is., xiv, 13. De quo et per prophetam dicitur : A Dan auditus est fremitus equorum ejus. Jer., vin, 16. Qui non solum coluber, sed etiam cérastes vocatur. Klpata enini grœce cornua latine dicuntur, serpensque hic cornulus esse perhibetur, per quem digne Antichrisli adventus asseritur, quia contra fidelium vitani cum morsu pestiférée prœdicationis armatur etiam cornibus potestalis. Moral., xxxi, 24, P. L., t. lxxvi, col. 596. Trois raisons avaient porté certains auteurs à penser que l'Antéchrist sortirait de la tribu de Dan. La première ce sont les paroles de Jérémie que viennent de citer saint Irénée et saint Grégoire. Mais ce texte ne s'applique nullement à l'Antéchrist. Dans ce chapitre Jérémie parle des malheurs que Dieu enverra au peuple à cause de son idolâtrie et de ses prévarications. La deuxième c'est le texte de Gen., xlix, 17 : Fiat Dan coluber in via, cérastes in semita, mordens ungulas equi, ut cadat ascensor ejus rétro. Nous avons entendu saint Grégoire faire allusion à ce passage. Mais on répond que cette raison n'a aucune valeur, car le texte de la Genèse s'applique à Samson et non à l'Antéchrist. Enfin la troisième raison est tirée du silence de saint Jean. En énumérant les tribus dans l'Apocalypse, vu, 5-8, saint Jean ne fait pas mention de la tribu de Dan. On a répondu que cette raison n'est pas non plus concluante, car l'omission d'une tribu se présente dans d'autres endroits de l'Écriture. Ainsi la tribu de Lévi est omise dans les Nombres, xm, 5-16, et la tribu de Siméon dans le Deutéronome,xxxin.

Ce sont là toutes les données, vraiment sérieuses, que nous fournissent le Nouveau Testament et la tradition relativement à l'Antéchrist. Nous croyons qu'il est impossible d'aller plus loin sans entrer dans le domaine de l'imagination.

Voir l'écrit du pseudo-Hippolyte intitulé rUçî im-iùiïn; ; Adson, De ortu, vita et moribus Antichristi, in-4% 1505, P. L., t. ci, col. 1289-1298; Malvenda, De Antichristo libri XI, in-fol., Borne, 1604; Bible de Vence (édition de Drach), t. XXIII; Bossuet, Commentaire sur l'Apocalypse, in-8°, Paris, 1689, Calmet, Dissertation sur l'Antéchrist, dans son Commentaire littéral, S. Paul, 1716, t. n, p. xxvi-lviii ; Bousset, Der Antichrist, Gcettingue, 1885; Chauvin, Histoire de l'Antéchrist, Paris, 1903.

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