ANTIOCHE (CONCILES D
d'hommes ou de femmes établies au milieu d'eux. Franciscains, dominicains et carmes, soeurs de Saint-Joseph, de Marie-Réparatrice, etc., rivalisent de dévouement et de générosité pour gagner au Christ ces pauvres âmes si longtemps abandonnées. Les séminaristes syriens reçoivent une excellente instruction dans plusieurs séminaires : 1° au séminaire de Cliarfé qui avait dernièrement 30 élèves; 2° au séminaire syro-chaldéen de Mossoul, dirigé par les dominicains ; il avait, en 1898, 4't élèves dont 17 de rite syrien; 3° au séminaire oriental des jésuites à Beyrouth, et au séminaire de la Propagande à Rome.
Voici la statistique par diocèses, d'après le rapport de 1898 paru dans les Missiones catholicœ, p. 631-636 :
1° Archidiocése de Bagdad, remonte à 1862, a 1 200 fidèles, 2 églises et quatre prêtres indigènes. Résidence à Bagdad.
2° Archidiocése de Damas, a 3000 fidèles, 4 paroisses, 6 églises, 9 prêtres et cinq écoles. Résidence à Damas.
3° Archidiocése de Homs et Hama, a 2000 fidèles, 4 paroisses, 5 églises. Résidence à Homs.
4° Diocèse d'Alep, a 3000 fidèles, 2 paroisses, 2 églises, 10 prêtres. Résidence à Alep.
5° Diocèse de Beyrouth, a 500 fidèles, 1 église, 3 prêtres. Un vicaire patriarcal dirige ce diocèse, il a le caractère épiscopal.
6° Diocèse de Diarbékir,a été uni, en 1888, au diocèse patriarcal de Mardin par décret de la Sacrée Congrégation. Fidèles 500, 1 paroisse, 4 prêtres. Un vicaire patriarcal, revêtu du caractère épiscopal, dirige ce diocèse.
7° Diocèse de Djéziré, a 1 500 fidèles, 7 églises, 8 prêtres et 6 écoles. Résidence à Djéziré.
8° Diocèse de Mardin, a 4 000 fidèles, 7 stations, 8 églises ou chapelles, 23 prêtres, 6 écoles primaires. Un vicaire patriarcal dirige ce diocèse, il a le caractère épiscopal.
9° Diocèse de Mossoid, a 7 000 fidèles, 6 paroisses ou stations, 10 églises, 20 prêtres. Un vicaire patriarcal, revêtu du caractère épiscopal, dirige ce diocèse.
Total : 22 700 fidèles, 9 diocèses, 24 paroisses, 42 églises ou chapelles et 81 prêtres. S. Vailhé.
VI. ANTIOCHE (Conciles d'). Un grand nombre de synodes eurent lieu dans la ville d'Antioche. Nous ne pouvons énumérer que ceux qui ont une certaine importance doctrinale ou historique. Pour grouper ce qui les concerne, nous revenons ici sur quelques données qui ont déjà trouvé place dans l'histoire du patriarcat grec d'Antioche.
Trois synodes furent tenus à Antioche dans les années 265, 268, 269 ou 270 contre Paul de Samosate. L'erreur dogmatique de Paul de Samosate était une erreur antitrinitaire. Sabellius avait réduit les personnes divines à de simples modalités. Paul versa dans l'extrême opposé et accentua trop la distinction du Fils et du Père, d'où sortit le subordinaliauistne. De plus, selon lui, le Verbe divin avait habité en Jésus non substantiellement, oùx ojutuStoç, mais par son influence, par une certaine qualité, alla xarà tokotï)tc<. Un premier synode se réunit en 265 pour examiner la doctrine de Paul de Samosate. Ce synode fut présidé par Firmilien, évêque de Césarée en Cappadoce. Denys d'Alexandrie ne put pas s'y rendre, mais il écrivit une lettre. Eusébe, H. E., vu, 27, 28, P. G., t. xx, col. 705, 708. Paul de Samosate protesta habilement qu'il n'avait jamais professé les doctrines qu'on lui imputait. Les membres du concile le crurent et se séparèrent sans avoir pris aucune décision. Eusèbe, H. E., vu, 28, ibid. Quelque temps après on fut obligé de réunir un deuxième synode qui fut aussi, parait-il, présidé par Firmilien. Ce synode condamna la doctrine de Paul de Samosate. Celui-ci promit de se rétracter, mais il trompa de nouveau les évêques. Eusèbe, H. E., vu, 30, ibid. ,co\. 709 sq. Un troisième synode se réunit sous la présidence d'Hélénus, évêque de Tarse en Cilicie. Ce
synode condamna de nouveau Paul, le déposa et le remplaça par Domnus. Il écrivit aussi une lettre à Denys, évêque de Rome, et à Maxime d Alexandrie. Eusèbe, H. E., vu, 30, ibid. Il ne nous reste que quelques fragments des Actes de ce synode conservés par Léonce de Byzance et Pierre diacre. Mansi, Collect. concil., t. i, col. 1102. Au dire de saint Athanase, De synodis, cxlhi, P. G., t. xxvi, col. 768, de saint Basile et de saint Hilaire de Poitiers, ce synode rejeta l'expression ôijoo-jitio;, probablement à cause du mauvais sens qu'y attachait Paul. Hefele, Hist. des conciles, trad. Leclercq, t. i, p. 195-206.
Durant la crise arienne, on réunit plusieurs synodes à Antioche. Le premier en date est celui de l'année 341, dit in encœniis, é-ptaivîoïc, réuni à l'occasion de la consécration d'une nouvelle église construite par Constantin. Il s'y trouva 97 évêques, tous orientaux; il fut probablement présidé par Placetus (Flavillus), évêque d'Antioche. Sozomène, H.E., m, 5, P. G., t. lvii, col. 1041. Ce synode, où les ariens paraissent avoir dominé, porta 25 canons dont le 4e et le 5e furent cités au IVe concile œcuménique (actio IV) de Chalcédoine. Hardouin, Acta concil., t. il, col. 434. Le pape Jean II envoya en 533 le 5«et le 15* de ces canons à Césaire d'Arles pour résoudre l'allaire de l'évêque Contumeliosus. Hardouin, t. H, col. 1156. Le papeZacharie, écrivant à Pépin le Bref, place le 9e canon parmi les sanclorum Patrum canones. Hardouin, t. m, col. 1890. Ce synode rédigea encore, à différentes reprises, quatre professions de foi. Socrate, H. E., IT, 10, P. G., t. lvii, col. 200; Sozomène, H. E.r m, 5, ibid., col. 1041. La première est dirigée contre les ariens, la deuxième contre les sabelliens et peut-être contre Marcel d'Ancyre; il en est à peu près la même chose de la troisième et de la quatrième. S. Hilaire, De synodis, c. xxxn, P. L., t. x, col. 504. Enfin, le synode déposa saint Athanase. Les Ballerini et Mansi ont soutenu que ces 25 canons appartiennent à un concile antérieur; mais cette opinion n'est pas suffisamment démontrée. Hefele, op. cit., 1. 1, p. 702- 733; Bévue de l'Orient chrétien, 1909, p. 12-24. En 343, on tint un autre synode qui édita un symbole dit ^.axpoiTiyoç, à cause de sa longueur. S. Athanase, De synodis, c. xxvi, P. G., t. xxvi, col. 728. Ce symbole répète le 4e d'Antioche de l'an341,et anathématise les principaleserreurs des ariens; il donne des explications assez longues, dirigées contre lesariens, les sabelliens, Marcel d'Ancyre et Scotinos [= Photin] et enfin (n. vin) contre saint Athanase qui avait attaqué la proposition : « Que le Père avait engendré le Fils par sa volonté. » Le n. vi de ce symbole exprime la proposition semi-arienne : « Le Fils est semblable au Père en toutes choses, » xaxà navra -SjAotoç. Le synode de 361, réuni par l'empereur Constance, élut pour évêque d'Antioche Mélèce qui, ayant été jusque-là favorable aux ariens, se déclara à partir de ce moment pour la foi de Nicée. En 363, Acace, évêque de Césarée, et Mélèce d'Antioche avec 25 autres évêques tinrent un synode. On reconnut et signa le symbole de Nicée. Malheureusement, en expliquant le mot ôjxoo-jo-io;, on lui donna une signification semi-arienne. On déclara, en effet, que ce mot signifie semblable sous le rapport de la substance, ojjloio; xa-r' ovatav. Au mois de septembre de l'année 378, 146 évêques orthodoxes réunirent un synode à Antioche. Ils se proposèrent deux buts : en premier lieu, mettre fin au schisme, occasionné par les deux évêques orthodoxes, Mélèce et Paulin ; mais on n'y réussit pas; en second lieu, chercher les moyens de vaincre définitivement l'arianisme. A cet effet, les évêques souscrivirent le Tomus du synode romain, tenu sous le pape Damase en 369, et ajoutèrent des explications à celles qu'il contenait déjà. Ils adressèrent également une lettre synodale aux évêques d'Italie et des Gaules. Mansi, t. m, col. 511.
L'hérésie nèstorienne fut aussi l'occasion de plusieurs synodes dans la capitale de la Syrie. Pendant qu'on tenait
ANTIOCHE (ECOLE THEOLOGIQUE D')
le concile œcum -nique d'Éphèse (i31), 42 évêques, soutenus par le comte Candidien, réunirent un conciliabule à Antioche sous la présidence de Jean d'Antioche favorable aux nestoriens. Un autre conciliabule fut tenu quelque temps après le concile d'Éphèse, dans lequel on renouvela la sentence d'excommunication contre Cyrille et ses partisans. Socrate, H. E., vu, 34, P. G., t. lvii, col. 816. En 432, un nouveau synode se tint à Antioche sous la présidence de Jean, auquel assistèrent les évêques Alexandre d'Hiérapolis, Acacius de Bérée, Macarius de Laodicée, André de Samosate et Théodoret de Cyr. Les membres de ce synode publièrent six propositions, mais ne voulurent pas reconnaître la déposition de Nestorius. Dans un autre synode, Jean se fit le défenseur de Théodore de Mopsueste. Mansi, t. v, col. 1182, 1183- 1185. En 445 on tint un autre synode dans le Portions du Secretarium sous la présidence de Domnus, archevêque d'Antioche et successeur de Jean, si compromis dans les controverses nestoriennes. 28 évêques y prirent part. On y déposa Athanase, évêque de Perrha, dans la province de l'Euphratensis, qui avait été accusé de différents crimes par ses propres clercs, et qui n'avait pas voulu comparaître devant son métropolitain Palnobius, archevêque d'Hiérapolis. Mansi, t. vi,col. 461 ; llardouin, t. il, col. 579. En 447 ou 448, nouveau synode sous la présidence de Domnus où l'on excommunie Samuel et Cyrus, deux des quatre clercs qui avaient accusé leur propre évêque Ibas, successeur de Rabulas sur le siège d'Édesse, de répandre partout les doctrines de Théodore de Mopsueste.
Pour trouver de nouveaux synodes, il faut arriver aux luttes monophysites. Un premier synode, le plus important, fut tenu en 508 ou 509. Flavien, archevêque d'Antioche, signa le fameux Hénolicon de l'empereur Zenon et réunit autour de lui, en un conciliabule, les évêques qui étaient sous sa juridiction. L'assemblée rendit un décret, maintenant perdu, par lequel elle reconnaissait solennellement les conciles de Nicée, de Constantinople et d'Éphèse, mais passait sous silence celui de Chalcédoine, prononça l'anathème contre Dioscore de Tarse et Théodore de Mopsueste, et émit quatre propositions qui combattaient, en opposition avec le concile de Chalcédoine, l'expression en deux natures. Mansi, t. vm, col. 347. "Vers 512, les monophysites tinrent un conciliabule à Antioche sous la présidence de Xenajas, évêque d'Hiérapolis. Ce conciliabule choisit pour patriache d'Antioche Sévère, qui partageait les erreurs du monophysisme. V. Ermoni.
VII. ANTIOCHE (École théologique d'). — I. Historique. IL Caractère général. III. Doctrines. IV. Jugement critique sur l'école d'Antioche.
La célèbre école qui eut son centre dans la ville d'Antioche, capitale de la Syrie, jeta un très vif éclat dans les ine et ive siècles, et exerça une grande inlluence sur le mouvement théologique. Pourtant, ce n'est qu'improprement qu'elle porte le nom d'école. En effet, Antioche ne fut jamais le centre d'un enseignement régulier et suivi, d'une exposition savante des dogmes chrétiens; elle n'eut jamais rien d'analogue au Didascalée d'Alexandrie, sa rivale. La capitale de la Syrie lut simplement le siège d'un Presbytérien savant. C'est donc à un autre point de vue qu'il faut parler de l'école d'Antioche. Il faut entendre par là un ensemble de doctrines et d'opinions qui prirent naissance dans cette ville i t que différents docteurs se transmirent les uns aux nulles dans la suite des temps. Pour être précis, il faudrait distinguer dans l'école d'Antioche la méthode et la théologie. Sous le rapport de la méthode elle eut beaucoup d'adeptes, car nombreux furent les écrivains ecclésiastiques qui s'inspirèrent de son esprit rigoureux et appliquèrent sa méthode dans leurs études. En se plaçant à ce point de vue on peut rattacher à l'école d'Antioche :
Dorothée, Lucien et ses disciples, les lucianistes, Mari de Chalcédoine, Léonce d'Antioche, Eudoxe, Théognis de Nicée, Astérius, Arius et Eusèbe de Nicomédie, Eusèbe d'Émèse, Théodore d'IIéraclée, Eustathius, Marcel d'Ancyre, Cyrille de Jérusalem, Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste, Polychronius, Théodoret de Cyr, Nestorius, saint Jean Chrysostome. Sous le rapport théologique, celui qui nous intéresse tout particulièrement, le groupe dominant se compose de Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste, Chrysostome et Théodoret de Cyr.
I. Historique. — Un grand nombre d'historiens pensent qu'on peut distinguer, au point de vue de la chronologie et de l'enchaînement logique des idées, trois périodes dans la vie de cette école.
1° Période de formation (290-370). — On croit généralement que les fondateurs de l'école d'Antioche furent Dorothée et Lucien, tous deux prêtres et martyrs. Eusèbe fait un grand éloge de ces deux personnages. Cf. pour Dorothée, H. E., vu, 32, P. G., t. xx, col. 721, et pour Lucien, H. E., ix, 6, P. G., t. xx, col. 809. Cependant certains auteurs regardent comme le vrai fondateur de l'école le prêtre Malchion qui dirigea, d'après Eusèbe, les 7tai8euTr)p£a grecs à Antioche même : Tri; Tt*>'; èir' 'Avrio/eia; 'EXXr,vixcov TratSrjTripiwv Siarptëf,; irposurà);. H. E., vu, 29, P. G., t. xx, col. 708. Cf. W. Smith, Diclionary of Christian Biography, t. m, p. 748.
2° Période d'éclat (370-430). — A proprement parler, elle commence avec Flavien, évêque d'Antioche. Mais c'est surtout à Diodore de Tarse (f 394) qu'elle doit les débuts de sa splendeur. Diodore de Tarse eut pour auxiliaire le prêtre Évagre et pour disciples Théodore de Mopsueste et saint Jean Chrysostome. L'évêque de Tarse ne sut pas se mettre en garde contre certaines hardiesses qui laissèrent planer des soupçons sur l'orthodoxie de sa doctrine. Théodore de Mopsueste eut le mérite d'inaugurer la vraie méthode d'exégèse, mais il céda à des tendances rationalistes. A Théodore de Mopsueste se rattachent assez étroitement son frère Polychronius, évêque d'Apamée sur l'Oronte (410-430), et Théodoret, évêque de Cyr (vers 386-458). Isidore de Péluse (f 431) parait avoir continué les mêmes traditions.
3° Période de décadence (à partir de 430). — Avec Nestorius, disciple de Théodore de Mopsueste, l'école d'Antioche tombe définitivement dans l'hérésie. Nestorius, ayant enseigné la dualité des personnes en Jésus- Christ, fut condamné au concile d'Éphèse (431). Ses derniers disciples, qui n'eurent du reste aucune célébrité, furent obligés de se réfugier en Perse, et devinrent les maîtres de l'école d'Édesse en Mésopotamie. Ils fondèrent une secte qui existe encore de nos jours. L'école d'Antioche disparait dans l'histoire en tombant dans l'hérésie nestorienne qui fut pour elle un germe de mort.
II. Caractère général de l'école d'Antioche. — L'école d'Antioche forme, dans l'histoire des doctrines et des systèmes, le contre-pied de celle d'Alexandrie qui lui est antérieure. C'est en faisant ressortir le contraste qui existe entre ces deux écoles fameuses qu'il nous sera permis de saisir plus facilement la tendance et la direction de celle d'Antioche. Les alexandrins, peut-être influencés par les idées de Philon, suivaient plutôt dans leurs travaux une tendance spéculative, intuitive et mystique; les antiochiens, au contraire. étaient tournés vers la réalité et la pratique, et excellaient dans les détails de la réflexion et la rigueur de la logique. Les partisans de l'école d'Alexandrie se rattachaient à Platon par la tournure contemplative de leur philosophie et l'élévation de leurs spéculations; les docteurs d'Antioche adoptèrent une espèce d'éclectisme assez voisin du stoïcisme et se rapprochaient davantage de la philosophie d'Aristote, dont le caractère précis et rigoureux convenait mieux à leur esprit. Sur le terrain dogmatique, les alexandrins s'efforçaient principalement de