‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 2)Chapitre 512 sur 536 · ANTIOCHE (ÉCOLE THÉOLOGIQUE D · texte numérisé non relu

ANTIOCHE (ÉCOLE THÉOLOGIQUE D

•mettre en lumière l'élément suprarationnel et mystérieux des vérités révélées, tandis que les antiochiens insistaient surtout sur leur côté rationnel et s'attachaient à démontrer qu'elles ne contredisent pas les données de la raison; on pourrait dire qu'ils jetèrent les fondements de la théologie rationnelle et préparèrent la voie aux scolastiques du moyen âge. Mais c'est surtout en exégèse que s'accusent les tendances des deux écoles, et la supériorité incontestahle des antiochiens. Les exégètes d'Alexandrie, marchant sur les traces d'Origène, cherchaient partout l'allégorie et se renfermaient presque toujours dans le sens mystique et figuré de l'Écriture ; au contraire les exégètes d'Antioche s'attachaient au sens littéral, historique et grammatical. L'historien Socrate a parfaitement caractérisé l'exégèse d'Antioche en disant de l'un de ses maîtres : ^FiXâi xô> ypàp.|j.axt xàW Oelgov TTpous/ùJv rpaçriiv, xàç 8e<optaç aùxtov Èxxpf.7ro(j.Evo;, « il s'attache au sens simple des divines Écritures, laissant de côté le sens allégorique. » H. E., vi, 3, P. G., t. lxvii, col. 668. Cf. aussi Sozomène, H. E., vin, 2, .P. G., t. lxvii, col. 1516; Photius, Bill, codex 38, P. G., t. cm, col. 72. A Alexandrie, on semble faire une plus large part à l'érudition, tandis qu'à Antioche on cultive avant tout l'esprit critique. Ces deux écoles se contrebalancent : celle d'Alexandrie est supérieure en théologie, et celle d'Antioche en exégèse.

III. Doctrines de l'école d'Antioche. — On peut ranger sous trois chefs les doctrines théologiques de l'école d'Antioche : 1° la christologie; 2° la sotériologie; 3° l'anthropologie.

1° Christologie. — L'idée qui domine la christologie de l'école d'Antioche est de montrer, contrairement aux apollinaristes et aux alexandrins, que les deux natures en Jésus-Christ conservent toutes leurs propriétés et échappent à toute confusion, de maintenir la distinction de l'élément divin et de l'élément humain, et d'expliquer, par le travail de la raison humaine, le mystère de l'Homme-Dieu. Naturellement tous les antiochiens ne furent pas des théologiens. Ce sont les principaux d'entre eux qui nous fourniront les éléments de notre exposition, en particulier Théodore de Mopsueste qui poussa à l'extrême et jusqu'à l'hérésie les doctrines qui étaient restées dans les limites de l'orthodoxie et à l'état de tendances chez la plupart des autres représentants de l'école. Quelle est l'union qui existe, en Jésus-Christ, entre la nature divine et la nature humaine? — Cette union ne peut être physique, Ëvioo-tç çuuixr], ni hypostatique, ÊvoxTtç xa6' Ù7tôoraTiv, car une pareille union altérerait à la fois et la divinité et l'humanité. Le verbe de Dieu a pris la chair mais il ne s'est pas fait chair : Aôpç o-àpÇ ÈyÉvExo — ÈvxaCi6a to « ÈyÉvExo » où8a[A<îiî éxépcoi; XÉyeaôat Svvâ;j.evov e-JpT|Xa]j.ev a v.atà xô ôoxeîv... xô Soxeïv où xaxà xô [lt\ e'tXvispévai o~àpxa aXï]Q-f), àXXà xaxà to (jù) yeyevr|i78af oxav [ùv yàp <( D.aoEv » Xéyr), ou xaxà xô 8oxeïv àXXà xaxà àX-rçOèç Xéyef oxav oï « ÈysvExo » xôxe xaxà xô 8oxeïv, où yàp (j.ExE7roiT|0ir) sî; aâpxa. Théodore de Mopsueste, Ilsoi èvavèotoix^Tsajç, édit. Swete, 2 vol. in-8°, Cambridge, 1880-1882, 1. IX, p. 300; cf. P. G., t. lxvi, col. 981. Depuis ce moment il a habité, èvoîxï)o-iç, en Jésus : xaxaêÉëï;xev è| oùpavou [i.èv x9j etç xôv avôptoixov èvoixYjffEi" eoriv 5È èv oùpavw tù àTceptfpàcpw xrjç çùo-ettx; •rcâiriv rcapcLv. Ibid., I. X, p. 301. Cf. P. G.', t. lxvi, col. 984. Cette habitation n'est nullement substantielle, xax' oùatav, mais uniquement par la grâce, xaxà y.âptv, et de bienveillance, xax' eùSoxt'av. Il faut la concevoir comme une simple union, o-uvâcptta, c'est-à-dire que le Verbe habite en Jésus comme dans un temple. Théodore de Mopsueste, Adv. Apollin., édit. Swete, 1. III, p. 313. S'il en est ainsi il s'ensuit que l'union entre les deux natures ne peut être qu'une union de relation, ëvcoo-tc o-yexixri ; elle consiste uniquement dans une communication de sentiments, d'énergie et de volonté; elle est donc purement morale.

La nature est identique à la personne. Par conséquent, comme il y a en Jésus-Christ deux natures, il y a aussi deux hypostases ou deux personnes, 6ùo ùttocrxdcCTEtç, ■KpôrsurKX : oxav (xÈv yàp xàç cp-jo-Eiç Siaxpt'v(i)|X£v, xEXsfav XYjv çûo-tv xoO ©eoù Aoyou ça(j.ev, xa\ xéXeiov xô 7tpÔT(D7uov oùôè yàp aTtpôo-u)7tov ëcTiv ÙTto'arao-iv eîixeiV TEXsîav 6È xa't xyjv xoû àvôpwirou cpùo-tv xai xô updirwTrov ô[i.oiw;- oxav |iivxoi E7t\ xr(v TuvdtcpEtav àTttScouev. èv Trpdo-d)- ■rcov xoxe çâ|j.£v. Théodore de Mopsueste, Fkp't èvav6D(i>- 7tr(o-ewç, édit. Swete, 1. VIII, p. 299; cf. P. G., t. lxvi, col. 981.

Les deux natures en Jésus-Christ sont deux sujets : une nature, qui ne serait pas personne, est inconcevable. Mais un sujet ne peut pas devenir l'autre. Par conséquent le Verbe n'est pas devenu homme. Chacune des deux natures a conservé ses propriétés distinctes. L'homme seul est né, a souffert, est mort. — Quoiqu'il y ait en Jésus-Christ deux sujets, au sens métaphysique, il n'y a cependant qu'un sujet d'adoration, ^coptÇto xà; ç-Jo-et;, !va> xr|V upOTxùvï)<Ttv. — On constate ici que l'école d'Antioche essaya d'introduire une certaine unité en Jésus-Christ, bien qu'il soit difficile de comprendre au juste en quoi elle consistait. Les formules ne manquent pas : il est bon de les rappeler : Diodore de Tarse avait dit: Aùo wloùç xoû Aaê\8 où Xéyw. Cf. Léonce de Byzance, Adv. Nestor, et Eutych., P. G., t. lxxxvi, col. 1388. Théodore de Mopsueste dira plus énergiquement : oû'xe 8ùo cpajùv uîoùç, oû'xe oùo xupcovç, èjteiSti... etç vîôç xax' oùac'av. Symb. Theodor. Mopsuest., dans Mansi, Concil.collect., t. iv, p. 1345.

Enfin, d'après les mêmes principes, Marie ne peut être appelée mère de Dieu, si ce n'est improprement. Elle est mère de l'homme, àv9pa>7roxôxoç, au sens propre du mot, en réalité, xyj cpùo-et xoû Tcpày^axoi;; mais elle est mère de Dieu, Geoxôxo;, uniquement par relation, xri àvaçopâ. Il est absurde de dire que Dieu a été engendré par une vierge : eortv [J.èv yàp àvôïjxov xô xôv 0eôv èx tî}; Ttapôévou yeyevv^o-Bat XÉyEtv. Théodore de Mopsueste, Adv. Apollin., édit. Swete, col. 1345.

La conséquence, presque naturelle, de cette doctrine fut que Jésus-Christ avait suivi un développement successif et graduel au milieu des luttes et des combats, comme celui qui a lieu dans la nature humaine. Nous trouvons cette opinion dans Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste. Ce dernier dit explicitement : T^o-où; 8È 7rpÉxo7tx£v... y àptxt uapà ©su — -/àçim 8é, àxôXouôov xvj o-uvéo-ei xa\ xrj yvaWet xyjv àpex)]V (Aextwv, ÈÇ t)ç Y) 7tapà xû 0E(î) x^P1? «ùxfo xr,v 7rpoo-6Y|XY)v ÈXâixëavev... 8f|Xov 8è àpa xaxjïvo, tô; xr(v àpsxT|v àxpiëÉo'XÉpôv xe xat |j.Exà tiXeiovo; ÈuX^pou xrj; sùyspeta; r^ xoïç Xotixoïç av6pai- 7toiç r,v Suvaxdv, osto xat xaxà Trpôyvioatv xoO OTtotôç xt; é'o-xat âvaxra; auxôv ô ®eô; Adyoç lauxai èv aùx'^ ètanXâ^Eto; àp-/îi, ixEt'sova TtapEr/sv x^v Trap' êa'jroO cuvépyEtav 7:00; xy)V xàiv 8Edvxo)v xaxôpOtoirtv. ITep'i ÈvavÔpwTrrjTEw;, édit. Swete, 1. VII, p. 297; cf. P. G., t. lxvi, col. 986.

2° Sotériologie. — La sotériologie des antiochiens n'est pas facile à préciser. Les éléments les plus certains sont les suivants. Le pouvoir que possède tout homme de se délivrer des passions et de la sensualité, par la pratique constante de la vertu, est devenu un fait accompli pour Jésus-Christ, le second Adam. L'Homme-Dieu montre à tous les hommes la voie à suivre pour parvenir à une vie angélique. Le second Adam apparaîtra de nouveau pour porter tous les hommes à l'imiter: è-n\ x<t> Ttâvxa; et; [itix^o-tv àyetv éauxoû. — La rédemption ne paraît pas avoir été considérée par l'école d'Antioche, comme une délivrance, une nouvelle naissance, la rémission des péchés; elle serait purement morale dans ce sens que Jésus-Christ serait devenu notre modèle et nous entraînerait à sa suite.

3" Anthropologie. — Pour Théodore de Mopsueste l'homme ici-bas est le lien entre le monde spirituel et invisible et le monde matériel et visible, le révélateur

ANTIOCIIE — ANTIST

de Dieu au sein de la création. Il a reçu de Dieu les forces nécessaires pour atteindre sa lin ; mais, pour qu'il en fasse usage, il faut qu'il soit pénétré d'un principe de vie divine, et élevé, par son union avec Dieu, de sa condition changeante à l'immutabilité morale, qu'il devra ensuite faire rejaillir sur toute la création. Le combat et la tentation sont nécessaires pour se perfectionner et travailler à l'acquisition de sa fin. Le premier homme, comme tous ses descendants, fut créé sujet à la mort. Si Dieu l'a puni de mort, après son péché, c'est une simple métaphore pour porter l'homme à craindre et haïr le péché. De plus si Dieu a permis le péché, c'est parce qu'il prévoyait qu'il tournerait au salut de l'homme. En se perfectionnant par la lutte dans la vie présente l'homme acquiert des mérites auprès de Dieu et prépare ainsi sa résurrection bienheureuse.

IV. Jugement critique sur l'école d'Antioche. — L'école théologique d'Antioche présente des qualités et des défauts dont il appartient au critique de tenir compte dans son appréciation. Il est incontestable que les grands maîtres de cette école furent les créateurs d'une méthode scientifique et rigoureuse qu'ils appliquèrent dans toutes leurs recherches; ils imprimèrent à la théologie un puissant mouvement qui, venant se heurter à l'opposition d'Alexandrie, souleva de savantes et longues discussions, força les esprits à mieux analyser les données dogmatiques et prépara ainsi la voie aux définitions conciliaires. Il est certain aussi que cette école sentit fortement le besoin scientifique, s'efforça de pénétrer dans l'intelligence du dogme avec les seules ressources de la raison, et inaugura ainsi l'explication rationnelle des dogmes. Sous ce rapport elle rendit de réels services. — Mais là aussi fut pour elle le véritable danger; ses hardiesses mêmes furent la cause de sa ruine et sa méthode la conduisit à des conséquences erronées que l'Église condamna. Nous savons en effet qu'elle aboutit aux anathèmes d'Éphèse. De plus, par l'organe de Théodore de Mopsueste, elle posa des principes qui devaient ouvrir la voie à des hérésies postérieures. En méconnaissant les suites du péché originel et sa transmission aux descendants d'Adam, en insistant trop fortement sur le rôle et la puissance du libre arbitre, en proposant une nouvelle théorie de la rédemption, qui rompait avec les idées habituelles et traditionnelles, en concevant la grâce comme le résultat des mérites de l'homme, l'évêque de Mopsueste fut le précurseur de Pelage. — Gomme il ne voyait dans le mal qu'une simple transition au bien, il se figurait qu'un jour la rédemption le supprimerait entièrement et qu'il y aurait une rénovation générale pour tous les pécheurs; il niait également l'éternité des peines de l'enfer et donnait par là la main à Origène.

Frd. Chr. Miinter, Commentatio de schola Antiochena, Copenhague, 1811; Id., Ueber die Antiochenische Schule, dans Archiv fur alte und neue Kirchenyeschichte de Staiidlin et Tzschirner, t. i, 1813; Dubois, Etudes sur les principaux travaux de l'école d'Antioche, Genève, 1858; K. Hornung, Schola Antiochena de Scri]iturse interprétât ione quonum modo sit mérita, Neustadt am Saal, 1804; Kulin, Die antiochetiisiiv Schule, Ingolstadt, 18GC; Ph. Hergenrother, Die antiochenische Schule und ihre Dedeutung auf exegetischen Gebiete, Wurtzbourg, 1800; H. Kihn. Die Bedeutung der antiochenisclien Schule au/ dcm exegetischen Gebiete, Weissembourg, 1807; Id., Theodor von Mopsuestia und Julius Africanus als Exegeten, Fribourg-en-Brisgau, 1880; F. A. Specht, Der exegetische Standpunkt des Theodor von Mopsuestia und Theodoret von KyrOB, Munich, 1871; L. Diestel, Geschichte des Alten Testaments in der christlichen Kirche, léna, 1809, p. 120-141 ; cardinal Hergenrother, Histoire de l'Église, trad. Jîclet, 1880, t. il, p. 131-140; Ad. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1894, t. II, p. 322-330; V. Ermoni, De Leontio Byzanlino et de ejus doctrina christologica, Paris, 1895, p. 93-90; Dictionnaire d'archéologie chrétienne, t. l, col. 2426-2427. V. ERMONI.

ANTIOCHUS, moine du couvent de Saint-Sabas près de Jérusalem, serait né, d'après un manuscrit, au bourg de Medosaga, à vingt milles d'Ancyre. Il se retira depuis dans la laure de l'anachorète palestinien, fut témoin oculaire de l'invasion persane en 614 et du massacre de (juarante-quatre de ses confrères par les tribus bédouines des environs. A la suite de la conquête du pays par les troupes de Chosroës, Eustathe, supérieur du monastère d'Attaline, près d'Ancyre, fut contraint, d'abandonner son couvent sans emporter de livres; ii pria donc son ami Antiochus de lui rédiger un petit manuel de la morale chrétienne, où il insérerait toute la substance de l'Ancien et du Nouveau Testament et des anciens auteurs ecclésiastiques. L'ouvrage nous est parvenu sous le titre de : IIavîéxTr|<; tt,ç âyfaç Ypatpïjç, ou plus simplement Pandecte; il est divisé en 130 chapitres que le traducteur latin a pris, à tort, pour autant d'homélies. Une lettre d'introduction raconte le martyre des quarante-quatre moines de Saint-Sabas, le dernier chapitre énumère les hérétiques depuis Simon le Mage jusqu'aux partisans de Sévère. Une prière, jointe ordinairement à la Pandecte, dépeint les souffrances de Jérusalem depuis la conquête de Chosroës et demande à Dieu la délivrance des Lieux saints. La rédaction de ces deux écrits se place entre les années 620 et 628. Antiochus possède une connaissance parfaite des saintes Ecritures qu'il utilise avec un sentiment très juste et presque sans erreur. Sa compilation nous est également précieuse parce qu'elle nous a conservé des extraits d'ouvrages qui sont aujourd'hui perdus.

Migne, P. G., t. lxxxix, col. 1427-1850; Krumbacher, Geschiclilc der byzantinischen Lileratur, Munich, 1897, p. 146.

S. VailhÉ.

ANTIPATER DE BOSTRA. Antipater, évêque de Bostra en Arabie, vivait en 458; il était lié d'amitié avec saint Euthyme (f 473), qui lui députa sur la fin de sa vie un de ses disciples. Sa sainteté l'a fait inscrire dans le Ménologe grec, à la date du 13 juin. Compté par l'empereur Léon Ier au nombre des principaux évêques, cité par saint Maxime et saint André de Crète, Antipater fut, au VIIe concile général, rangé parmi les sommités ecclésiastiques. Il avait dans un gçand ouvrage réfuté l' Apologie d'Origène, écrite par Pamphile et Eusèbe de Césarée; vers l'an 540, l'higoumène Gélase fit lire quelques extraits de cette 'Avn'pp7)<ii<; pour s'opposer aux intempéries de langage des moines sabaïtes. De cet ouvrage aujourd'hui perdu il ne reste plus que des fragments dans les Actes du VIIe concile, Hardouin, t. iv, col. 30i, dans les Parallrles de saint Jean Damascène et dans le cardinal Mai. Nova l'alrum bibliotheca, t. vu, p. 208. Antipater écrivit encore un traité contre lesapollinaristes, dont on possède quelques lignes seulement, ainsi qu'un grand nombre d'homélies. Un fragment de son homélie sur la femme adultère se trouve dans les actes duVIIeconcile. Hardouin, t. iv, col. 169. Deux autres homélies sont publiées en tout ou en partie dans Mi^ne, P. G., t. lxxxv, col. 1763-1796; l'une a pour titre : « Saint Jean-Baptiste, le silence de Zacharieetle salut des saintes femmes, «elle appartient sûrement à un écrivain postérieur; l'autre, concernant l'annonciation de Marie, présente plus de caractères d'authenticité, bien qu'elle ne soit pas absolument garantie. S. Vailiié.

ANTIST Vincent Justinien. Né à Valence d'Espagne, où il entra dans l'ordre des frères prêcheurs. Théologien et hagiographe estimé, il mourut dans sa ville natale, en 1599. On a de lui un commentaire sur toute la logique et des vies de saints. Nous devons particulièrement citer ici l'ouvrage dans lequel il défend la conception immaculée de la sainte Vierge : Tratado de la concepeion de Nucslra Senora,i vol. in-16, Huesca; Valence; in-8», Madrid, 1615; in-12, Majorque, 1616. Uldoinus dit qu'il en existe une traduction latine. Une:

ANTIST

ANTOINE

traduction française d'Antoine Thomas a été publiée à Paris, 1706, 1 vol. in-12.

Quétif-Echard, Scriptot'es ordinis prsedicatorum, t. n, p. 325.

P. Mandonnet.

ANTITACTES, secte gnostique du IIe siècle. Clément d'Alexandrie, dans ses Stromates, défend le mariage contre les attaques dont il était l'objet de la part des hérétiques, disciples de Valentin, de Dasilide, d'Isidore, d'Épiphane, de Marcion et de Prodicus, c'est-àdire contre la fine Heur du gnosticisme. A ce sujet, il nomme les Antitactes, caractérise leur genre d'opposition et les réfute. Strom., m, 4, P. G., t. vin, col. 1137 sq.

Voici le point de départ, l'idée fondamentale de leur système. Le Dieu de l'univers est notre père par nature; tout ce qu'il a fait est bon. Or l'une de ses créatures a semé la zizanie dans l'œuvre du Dieu bon et a donné ainsi naissance au mal, dans lequel il nous implique pour nous mettre en opposition avec le Père. Notre devoir est donc de venger le Père, en contrecarrant les ordres de l'auteur du mal. Celui-ci a dit : non mœchaberis. Il faut réduire à néant sa défense. On retrouve là l'idée des deux dieux, introduite dans la gnose par Cerdon et que Marcion devait systématiser, le dieu bon et suprême et l'organisateur du monde, ou le démiurge, dans lequel on verra le Dieu des Juifs, le Dieu de la Bible. Le système aboutit en dernière analyse, comme chez la plupart des gnostiques, à l'émancipation de la chair, au libertinage. C'est d'abord faire abus d'hypothèse que de mettre en opposition le Dieu bon et le démiurge et d'exalter l'un pour se débarrasser de l'autre. Mais c'est surtout se mettre en contradiction avec soimême. Car le démiurge a porté plusieurs prescriptions. Or on ne vise que celle qui condamne la luxure sous toutes ses formes, et on néglige les autres. S'il a dit : non mœchaberis, il a dit également : crescile et mulliplicamini. Pourquoi ce choix exclusif, cette désobéissance d'une part et cette docilité de l'autre?

Les antitactes, à l'exemple des autres gnostiques, appelaient la Bible à leur aide. Il est vrai que, pour y trouver l'excuse et mieux la légitimation de leurs excès, ils lui faisaient dire ce qu'ils voulaient. C'est ainsi que ce passage de Malachie, m, 15 : Deo restiterunt et salvi facti sunt, se transformait en cet autre : Deo restiterunt impudenti, et constituait ce principe, inattaquable à leurs yeux : résister au dieu impudent, c'est se sauver. Ils ne remarquaient pas que la phrase, rapportée par le prophète, n'est qu'une expression de mécontentement contre la providence, de la part des gens du peuple qui murmurent parce qu'ils sont châtiés pour leurs péchés, alors que d'autres, qui se conduisent aussi mal, sont laissés indemnes. Et c'est ce blasphème qu'ils alléguaient comme une règle de conduite, comme un principe de salut. Du reste, pour légitimer leurs immoralités, ils employaient des procédés d'exégèse (lecture fantaisiste, transposition d'accents et de points) qui défiguraient complètement le texte sacré et l'escamotaient en leur faveur. Les antitactes sont clignes de prendre place à côté des adamites et des ophites. Ils ont vécu dans un même milieu de dégradation et de perversité.

Clément d'Alexandrie, Strom., in, 4, P. G., t. vm, col. 1137 sq.; Théodoret, Hxret. fab., i, 16, P. G., t. lxxxiii, col. 368.

G. Bareille.

ANTITRINITAIRES. Voy. Socimens.

1. ANTOINE (Saint). — I. Vie. IL Règle qui porte son nom. III. Ouvrages.

I. Vie. — Né à Comon (251), dans l'Egypte supérieure, Antoine embrassa la vie religieuse à l'âge de dix-huit ou vingt ans. Des ascètes, qui s'étaient depuis longtemps exercés dans ce genre de vie, lui servirent de modèle. Il avait trente-cinq ans lorsqu'il s'enfonça dans le désert,

DICT. DE THÉOL. CATIIOL

où un vieux château abandonné sur une montagne lui servit de retraite pendant une vingtaine d'années. Vers 305, en pleine persécution, des disciples commencèrent à se réunir autour de lui. Leur nombre s'accrut promptement; il se serait élevé jusqu'à 6000 d'après Rulin; ils se répandirent dans les déserts et sur les montagnes de la contrée. Phaïum était le nom de ce premier centre monastique. Quelques-uns allèrent plus loin en Thébaïde et en Egypte; saint Hilarion se rendit en Palestine, sa patrie. Antoine s'était relire, après la fin de la persécution, sur le mont Colzim, en plein désert, dans la direction de la mer Rouge. Il y recevait de nombreuses visites et continuait à exercer sur les moines une salutaire influence. Il allait de temps à autre visiter ceux qui habitaient plus près du Nil. A tous il donnait sur la vie spirituelle et sur la vie religieuse des enseignements qui se transmettaient de solitude en solitude. Les laïques profitaient de sa doctrine. Sous le feu de la persécution (311), il n'avait pas craint d'aller s'expo9er au martyre, dans la ville d'Alexandrie, pour ranimer le courage des chrétiens. Plus tard, lorsque l'arianisme parut triompher, il alla de nouveau à Alexandrie faire publiquement profession de sa foi à la consubstantialité du Verbe (vers 355). L'aversion pour l'arianisme qu'il montra en toutes circonstances, et la constance de son amitié pour saint Athanase furent pour beaucoup dans le triomphe de l'orthodoxie. Il mourut en 356, âgé de cent cinq ans.

C'était un honneur dans les solitudes égyptiennes de passer pour un disciple de saint Antoine. Les deux Macaire, Isidore, Héraclide, Pambon, Chronios que les solitaires de Nitrie et de Scété vénéraient comme leurs chefs et leurs pères , disaient avoir reçu ses leçons. Macaire, d'Alexandrie, eut même recours à des faits merveilleux pour montrer qu'il était vraiment l'héritier de ses vertus et de son esprit. [Saint Antoine ne chercha jamais à établir parmi les ermites, dont il l'ut le patriarche , une hiérarchie , une organisation quelconque. Former ses disciples à son image, leur tracer une ligne de conduite conforme à la sienne, telle fut son œuvre. Ses actions, sa vie tout entière inculquaient à ceux qui le voyaient ou entendaient parler de lui les saines notions de la vie religieuse avec plus de force que tous les discours. Saint Athanase écrivit sa vie. Il voulait faire autre chose qu'une simple biographie. Il la dédia à des religieux italiens : « Je sais, leur écrivit-il, que, après avoir conçu pour cet homme une vive admiration, vous désirez imiter son genre de vie. Sa vie est en effet un modèle que l'on peut proposer à l'imitation des moines. Lisez-la donc à d'autres frères, ajoutait-il, afin qu'ils apprennent ce que doit être la vie des moines. » Ce sont les préceptes de la vie religieuse que le patriarche d'Alexandrie a promulgués sous une forme narrative. La vie de saint Antoine fut comme l'Évangile du monachisme, un code en action, une règle dans le sens large qu'on donnait alors à ce mot.

II. Règle qui porte son nom. — Nous avons, en outre, une règle qui porte le nom de saint Antoine. Elle ne saurait être de lui. C'est l'œuvre d'un moine d'une époque postérieure, qui en a pris les éléments dans la vie du saint, dans les écrits qui lui sont attribués et dans les sermons de l'abbé Isaïe. L'auteur entend bien intimer des ordres dans ses phrases courtes comme des sentences. Il s'adresse à des religieux vivant séparés dans leurs cellules, se réunissant à l'église et pouvant avoir des disciples. Il cherche moins à donner un règlement pratique qu'à émettre des principes capables d'imprimer au cœur et à l'esprit une direction ferme. Le moine trouve dans ces formules concises la lumière dont il a besoin pour se conduire dans tous les exercices qui remplissent sa vie.

S. Athanase, Vita S. Antonii, P. G. t. xxvi, col. 867-908; Tillemont, 1, vu, 101-144; Regulx S. Antonii, P. L., t. cm,

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