V. Oblet
ANTONIANUS Jean. Né à Nimègue, où il prit l'habit religieux dans le couvent des dominicains. Prieur de celte maison en 1566 et 1587, prêcha énergiquement contre le protestantisme, et mourut en 1588. Versé dans l'histoire profane et sacrée, il cultiva spécialement les
études patristiques sous l'influence de son maître, Jean Gravius, dont il continua l'œuvre. Il a donné les éditions suivantes des Pères de l'Eglise : D. Gregorii episcopi Nisseni de crealione hominis liber, supplementum Hexaliemeron Basilii magni fratris interprète Dionysio Romano Exiguo, nunc primum typis excussus. Hem alia ejusdem auctoris opéra, 1 vol. in-fol., Cologne, 1537; — D. Paulini Nolani quotquot extant opéra omnia parlim soluta oratione, partini carminé conscripta, D. Henrici Gravii... studio atque induslria ex vêtus tissimis exemplaribus restituta et argumenlis illuslrata, 1 vol. in-8", Cologne, 1560; — Epistolarum D. Hieronymi Decas I ab Henrico Gravio priore quondam suo recensita, et notis illuslrata in usum gymnasii Neomagensis ad ejusdem prmfecti instantiam, 1 vol. in-8°, Anvers, 1568.
Quétif-Echard, Scriptores ordinis prwdicatorumA- II, p. 283; G. H. Meijer, O. P., Dominikaner kloosler en stalie te Nijme* gen, 1892, p. 84.
P. MaN'DONNET.
ANTONIN (Saint). - 1. Biographie.il. Œuvres.
I. Biographie. — Antonin naquit à Florence le 1er mars 13S9, de Niccolo Pierrozzi, notaire de la république. Attiré par les prédications du bienheureux Jean Dominici, le célèbre réformateur de l'ordre dominicain et de la vie religieuse en Italie, il demanda et obtint de lui, à l'âge de 16 ans, l'habit de l'ordre des frères prêcheurs (1405). Envoyé aussitôt à Cortone, pour faire son noviciat sous la direction du bienheureux Laurent de Ripafratta, il fut rappelé l'année suivante, au couvent de Fiesole. En 1409, Antonin dut prendre la fuite avec les religieux de son convent, pour échapper aux exigences du gouvernement florentin, qui venait de se rallier aux cardinaux, réunis à Pise, après avoir abandonné leurs obédiences respectives. Les dominicains de Fiesole, demeurés fidèles à Grégoire XII, dont Dominici était devenu le conseiller et le cardinal, se réfugièrent à Foligno. C'est là que nous trouvons encore Antonin, en 1414, comme vicaire du couvent. En 1417, il est sous-prieur et, en 1420, prieur du couvent de Cortone. Depuis ce moment, diverses maisons de la congrégation réformée de Lombardie. et la congrégation elle-même, se disputent pour le jnettre à leur tête, ce religieux chez qui semble avoir prédominé l'art de gouverner les hommes. Il devint tour à tour prieur des couvents de la Minerve à Rome, de Saint-Pierre-Martyr à Naples, de Gaète et de Sienne. En 1433, sinon plus tôt, il est vicaire général de la congrégation des couvents réformés de Lombardie, à laquelle il appartenait ainsi que les maisons dans lesquelles il avait jusqu'alors vécu. C'est sous son administration, en 1436, que les dominicains de Fiesole occupèren le célèbre couvent de San-Marco, à Florence, reconstruit et embelli par la munificence des deux frères, Cosme et Laurent de Médicis. Antonin en devint lui-même le second prieur (1439-1444) pendant la tenue du concile. Sous son gouvernement, l'église fut achevée, et consacrée, le jour de l'Epiphanie 1441, en présence d'Eugène IV. Alors aussi résidaient dans cette demeure, où Fra Angelico peignait ses incomparables fresques, les théologiens dominicains que le pape avait appelés au concile de Florence. Saint Antonin fut vicaire de la congrégation de Toscane jusqu'à son élévation à l'épiscopat.
Au mois d'août 1444, l'archevêque de Florence, Barthélémy Zabarella, étant mort, le gouvernement florentin présenta successivement différents candidats à Eugène IV. Le pape les écarta et nomma lui-même Antonin qu'il avait personnellement connu et dont il avait la plus haute estime. L'humble vicaire de la congrégation de Toscane fit des eiforts désespérés pour échapper à cette charge ; le pape et le gouvernement florentin durent le contraindre. Sacré au couvent de Fiesole, Antonin prit possession de son archevêché, le 13 mars 1446.
ANTONIN
A partir de ce moment, il n'eut plus qu'une pensée, se cl 'vouer sans réserve à son Église et à son peuple. Il devint l'homme de tous et le modèle des pasteurs, en un temps où l'exemple ne descendait pas toujours suffisamment d'en haut.
Antonin remplit pour le gouvernement ilorentin diverses ambassades. Retenu par l'état de sa santé, il récusa de se rendre, en 1451, auprès de l'empereur Frédéric. Par contre, il fut le chef des ambassades envoyées par la République florentine près de Calixte III, en 1455, et de Pie II, en 1458. Les souverains pontifes se prévalurent souvent de ses services, et Eugène IV voulut l'avoir près de lui pour l'assister à ses derniers moments (23 février 1447), tandis que son successeur, Nicolas V, lui demanda des conseils pour gouverner l'Eglise.
Mais c'est surtout à l'administration intérieure de son diocèse que s'adonna, avec un zèle sans pareil, le saint archevêque de Florence. Assistance des pauvresjusqu'au dépouillement de lui-même, conseils à tous dans les affaires difficiles, visites des églises et des monastères, réforme du clergé, prédication et défense de la foi, direction des âmes pieuses, composition d'ouvrages destinés à l'instruction religieuse de ses prêtres et de ses fidèles, tels furent les devoirs multiples qui absorbèrent les treize années d'épiscopat de celui que ses contemporains appelèrent, à cause de son incomparable prudence, Antonin des Conseils, et que la mort enleva le 2 mai 1459. Pie II assista aux funérailles, qu'il avait lui-même organisées. Saint Antonin fut canonisé par Adrien VI, le 31 mai 1523.
II. Œuvres. — L'activité littéraire de saint Antonin s'est particulièrement confinée dans le domaine des sciences positives et morales, son but étant d'aider,avant tout, à l'instruction et à la sanctification du clergé et des fidèles.
1° Saint Antonin a composé une histoire générale, allant du commencement du monde jusqu'aux dernières années de sa vie. Elle a été publiée sous les titres de Chronicon, Chronicorum opus, Historiarum opus. On la divise d'ordinaire en trois parties, mais son auteur n'a pas marqué ces divisions. L'Histoire, comme la Somme théologique d'Antonin, est divisée par titres, et elle en compte vingt-quatre. Cet ouvrage, de grande étendue, renferme de nombreux et précieux matériaux, son auteur ayant eu à sa disposition l'importante bibliothèque de Saint-Marc, déjà riche de son temps. Mais il est encore conçu a la façon des chroniques générales du moyen âge, c'est-à-dire qu'il est une compilation d'extraits ou de résumés des meilleurs ouvrages que l'auteur avait à sa disposition. C'est la partie relative aux événements contemporains du saint, qui offre le plus d'intérêt. Ses jugements sur la politique ecclésiastique et les hommes d'église de son temps ont une grande autorité, Antonin ayant été en contact très intime avec un grand nombre d'entre eux. Les chroniques ont été éditées à Venise, 1474-1479, dans les 4 vol. in-fol. des Opéra omnia; Venise, 1480; Nuremberg, 1484; Râle, li91; Lyon, 1517, 1525, 1527, 1585,1586, 1587. Toutes ces éditions sont en 3 vol. in-fol. Les trois dernières de Lyon sont vraisemblablement une seule édition portant des dates différentes. Elle a été donnée par le P. Maturi, S . J., qui y a joint des notes et a dédié son œuvre à Sixte Fabri, général des dominicains.
2° La Summa tltcologica de saint Antonin est le premier ouvrage qui ait embrassé l'étude de la théologie morale sur un plan aussi étendu. Elle se divise en quatre parties. La première traite, en xx titres, de l'âme et de ses facultés, des passions, du péché et de la loi ; la seconde, en xii titres, des péchés capitaux, de la restitution, des vœux et de l'infidélité; la troisième, en xxxn titres, des différents états sociaux, religieux et ecclésiastiques, de l'excommunication et des censures, de Lieu, du Christ, des saints et du purgatoire; la qua-
trième, en xvi titres, des vertus morales et cardinales, de la grâce et des dons du Saint-Esprit. Le titre xv, De dono pietatis, est rempli par une intéressante marialogie.
La Somme d'Antonin s'inspire fréquemment des parties correspondantes de celle de Thomas d'Aquin. Mais elle n'a rien de la précision, de l'ordre et de l'équilibre des parties de cette dernière, ce qui s'explique par le but poursuivi par l'archevêque de Florence, qui voulait offrir au clergé une œuvre abordable à tous. Par contre, elle est d'une grande richesse de matériaux, et offre des ressources considérables aux historiens de l'Église et de la civilisation au xve siècle. Les éléments juridiques sont très développés dans cette Somme, et l'on a pu en donner, sans trop d'invraisemblance, des éditions sous le titre de Juris pontificii et cœsarei summa. Jean Molitor, 0. P., du couvent de Cologne, a composé des tables détaillées de la Somme souvent publiées au xve siècle, soit avec l'ouvrage lui-même, soit séparément. La Summa theologica de saint Antonin a eu de nombreuses éditions au XVe et au XVIe siècle. Nous n'en indiquerons que quelques-unes : Venise, 1477, 1479, 1480,1481,1487; Spire, 1477; Nuremberg, 1478, 1486; Strasbourg, 1496; Lyon, 1516, 1520, 1521, 1529, 1542: Râle, 1502, 1511; Venise, 1571, 1582; Vérone, 1740, édit. P. Ballerini, 4 vol. in-fol.; Florence, 1741, édit. Mamachiet Remedelli,