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APHRAATE

furent reçues des jacobites, on ne peut le donner pour un ancêtre de cette secte.

3. Le Saint-Esprit est, pour Aphraate, une personne distincte du Père, xxiii, 60 [t. n, p. 123], et du Fils, vi, 13, 14, p. 291-298. Il est le temple des fidèles et il habite en eux par la grâce, vi, 14, 17, p. 294, 302, 303. Il plane sur les eaux du baptême, vi, 14; et les baptisés le revêtent comme un vêtement. Ibid. Cette sentence : que « l'homme doit aimer Dieu comme son père et le Saint-Esprit comme sa mère », xvm, 10, p. 839, s'explique par le fait grammatical du genre féminin du mot rû/ui, « esprit. »

4. La sainte Vierge. — Bien qu'Aphraate, comme les anciens écrivains ecclésiastiques, parle peu de la Vierge, il donne cependant de précieux témoignages. Il confesse sa virginité perpétuelle et sa maternité divine, spécialement dans ce passage de la dernière démonstration, ou il termine la nomenclature de la généalogie d'après saint Matthieu, dans les mêmes termes que l'évangile syrien de Cureton : « Joseph est appelé le père de Jésus-Christ, mais Jésus naquit de la vierge Marie, delà race et de la maison de David, [par l'opération] du Saint-Esprit, comme il est écrit (Luc, n, 4, 5), » xxm, 20, 21 [t. H, p. 66, 67]. La rédemption s'accomplit par Marie ; et si la malédiction et l'inimitié sont entrées dans le monde par la femme, « maintenant, par la venue du Fils de la bienheureuse Marie, les épines ont été déracinées,... la malédiction fixée à la croix et la pointe du glaive écartée de l'arbre de vie, » vi, 6, p. 266. Par le jeune et la prière, la vierge Marie plut à Dieu entre tous les justes, m, 14, p. 131. Aphraate exalte aussi son humilité, ix, 5, p. 418.

5. Les anges. — Les anges, les vigilants, les messagers louent Dieu, le servent, lui présentent les prières des hommes, gardent les individus et les peuples, et conduiront les hommes au jugement. Nous avons donné ailleurs les textes d'Aphraate sur ce sujet. Voir Ange V. Angélologie chez les syriens, col. 1253 sq.

6. L'Église. — Formée de tous les peuples et devenue l'héritière des promesses, l'Église a été fondée par le Christ, sur Pierre, que Dieu a établi le fondement de l'édifice, vu, 15, p. 335. Pierre est aussi le « témoin fidèle posé au milieu des nations », xi, 12, p. 502; le « prince des pasteurs » auxquels il a laissé la garde du troupeau, x, 4, p. 454. Les apôtres Jean et Jacques sont les « colonnes très fortes de l'Église », mais Pierre en est le fondement, xxm, 12 [t. n, p. 35].

7. Les sacrements. — Aphraate ne traite nulle part ex professo des sacrements. Cependant, au cours de ses dé.nonstrations, il en mentionne six, et plusieurs textes apportent des preuves considérables à la tradition ecclésiastique.

Le baptême, figuré par le puits de Jacob, iv, 7; p. 147-148; par le pressoir delà vigne, v, 22, p. 227; par le Jourdain, xi, 11, p. 502; par la mer Rouge, xii, 10, p. 527; et surtout par Faction de Gédéon, vu, 19-21, p. 343-350, fut institué par le Christ, lavant les pieds à ses apôtres, xn, 10, p. 527; et il leur en découvrit le mystère avant son ascension, i, 17, p. 42. Le baptême est la vraie circoncision, xn, 9, p. 527; la régénération, vi, 14, p. 294; le signe de vie, xxm, 62 [t. il, p. 134]. Il a pour elfet de laver les péchés, iv, 19, p. 182; xi, 12, p. 502. On l'administre aux adultes, et il est conféré la nuit de Pâques, xn, 13, p. 538, par le ministère des prêtres, à l'invocation expresse des trois personnes de la Trinité, xxm, 63 [t. n, p. 134]. A l'heure où les prêtres invoquent l'Esprit, il ouvre lescieux et descend, plane sur les eaux et le baptisé le revêt comme un vêtement, vi, 14, p. 291-294.

La confirmation ou consignation, « imposition du signe, » se donne avec le baptême, xn, 13, p. 538. Aphraate témoigne que la matière de ce sacrement est l'huile. « L'huile... contient le signe du sacrement de vie, par lequel les chrétiens deviennent parfaits, »

xxm, 4 [t. n, p. 10]. En énumérant les divers usages de l'huile sainte, qui, dit-il, servit à l'onction des prêtres, des rois et des prophètes, Aphraate dit expressément qu'on en oint les malades et les pénitents. Ibid. Les syriens ont conservé l'usage de l'onction pénitentielle, comme équivalent des cendres de l'Église latine. Le témoignage de notre auteur est particulièrement précieux en faveur du sacrement de l'extrême-onction.

Il reconnaît dans l'eucharistie le corps et le sang de Jésus-Christ, et il en raconte l'institution en se servant vraisemblablement d'une formule liturgique, xn, 6, p. 515. L'élément de ce sacrement est le pain « torréfié, et non la pâte crue ou [la farine] bouillie », xn, 9, p. 526. Aphraate ne parle ni du ferment ni de l'azyme, qui n'étaient pas alors en discussion. Les azymes dont il traite à propos de la pâque, xn, 9, p. 527, ne paraissent pas être un élément liturgique. La réception de l'eucharistie suivait le baptême, xn, 9, p. 527. On la recevait debout, et l'on prenait le corps du Christ dans la main ; on le portait aux lèvres pour le baiser, on se l'imposait sur les yeux. Tel est le sens exact des textes d'Aphraate : vu, 21, p. 350; xx, 8, p. 906. Cf. ix, 10, p. 431. Ces actes de dévotion exprimés par notre auteur sont indiqués par Cyrille de Jérusalem, Cateches. mi/stagogica, v, 21-22, P. G., t. xxxm, col. 1123-1126, et Jean Damascène, De fide orlhodoxa, iv, 13, P. G., t. xciv, col. 1149.

Le sacrement de pénitence est décrit, en lui donnant la plus grande importance, dans la démonstration vu, Des pénitents. Les prêtres sont comparés à des médecins chargés de guérir des blessés. Le pécheur doit leur faire voir ses plaies pour en trouver la guérison, c'est-à-dire qu'il ne doit pas hésiter à avouer ses fautes et à en demander la pénitence. Le prêtre doit l'avertir de son état, le réconforter, mais ne jamais révéler les aveux faits dans la confession, non plus que dénier au pécheur le remède de la pénitence, vu, p. 313-360.

L'ordre est mentionné incidemment, xiv, 25, p. 631; cf. xxi, 10, p. 959, comme se recevant des évèques par l'imposition des mains. Il n'y a pas. dans Aphraate, d'énumération hiérarchique. La démonstration xivest adressée « aux évêques, prêtres, diacres » de Séleucie-Ctésiphon, ainsi qu'à « tous les enfants de l'Eglise et à tout le peuple de Dieu », xiv, 1, p. 574. Ces « enfants de l'Église » semblent être les mêmes que les « voués », bnay qyâmâ. Ceux-ci apparaissent, dans Aphraate, comme adjoints au clergé, liés par une sorte de vœu, d'engagement à la vie pénitente, astreints au célibat et formant parfois des communautés religieuses. Démonstration vi, passini.

8. L'drne. — L'âme, créée par Dieu, vi, 14, p. 214, est immortelle. Elle anime le corps, xxm, 10 [t. il, p. 27]. On aura lu ci-dessus, voir Ame chez les syriens, col. 1018, les passages d'Aphraate conformes à la théorie de la division de l'âme et de l'esprit ou à celle du sommeil des âmes après la mort. S'il en résulte des erreurs dans son enseignement, notamment dans la thèse de la remise au jugement dernier de la rétribution finale, vm, 22, 23, p. 402, 403, il faut observer que ces opinions étaient alors généralement admises dans l'enseignement des écoles orientales, et que l'autorité de l'Église n'intervint que postérieurement pour affirmer la doctrine orthodoxe. Jusque-là, ceux des écrivains ecclésiastiques qui s'adonnèrent les premiers à l'explication des passages difficiles de l'Écriture ne doivent pas être blâmés de ce qu'ils n'en ont pas pénétré tout le sens. Au contraire, dit à ce sujet Photius, on doit reconnaître leur zèle, quelque peu de succès que l'on constate dans la tentative qu'ils ont les premiers essayée. Biblioth., cod. ccii, P. G., t. cm, col. 673, 674. Pour le reste, Aphraate énonce d'une manière orthodoxe le dogme de la résurrection des morts, l'immutabilité de la sentence finale, le sort des justes dans le paradis et des impies dans l'enfer. Démonstrations vm, xxn.

APHRAATE — APOCALYPSE

Sur les autres points de doctrine, Aphraate fournit de très précieux témoignages en faveur du dogme du péché originel, de la nécessité des bonnes œuvres, de la pénitence publique, des observances chrétiennes telles que l'abstinence du sang des animaux, du jeûne préparatoire à la Pàque. Il combat les pratiques magiques des Chaldéens, et nous renseigne sur les conditions de la vie ascétique aux débuts du ive siècle.

Nous avons déterminé ailleurs diverses affinités entre Aphraate et le nouveau document du Testament du Seigneur. Journal asiatique, juin-juillet, 1900, p. 377-380. Mais il serait hors du cadre du présent travail de mettre en relief un plus grand nombre de détails. Ceux que l'on vient de lire suffisent à faire connaître l'importance de noire auteur au point de vue théologique. Moins favorisé devant la postérité que d'autres auteurs syriens auxquels des traductions grecques de leurs œuvres ont valu de bonne heure une place dans la série des écrivains patriotiques et des docteurs de l'Église, Aphraate, pour n'avoir pas appartenu à l'empire romain, nous est demeuré longtemps inconnu, quoique Ignace d'Antioche et Philoxène de Mabug l'eussent mis à contribution dès le vie siècle. Ses écrits, heureusement retrouvés, nous l'ont révélé comme un ardent défenseur de l'orthodoxie, un excellent interprète des Écritures, un docteur non inférieur en science et en mérite à ceux que l'Église révère.

W. Wright, The homilies of Aphraates, the Persian Sage, edited from syriac manuscripts, Londres, 1869; Bickell, Au-gewàhtte Abhandlungen des Bischofs Aphraates von Mar Mathàus, dans Thalhofer, Bibliothek der Kirchenvàter, t. cil, cm, Kempten, 1874; C. I. Fr. Sasse, Prolegomena in Aphraatis Sapientis Persx sermones homileticos, Leipzig, 1879 ; J. Fnt'got, De vita et scriptis Aphraatis... Dissertalio theologico-historica, Louvain, 1882; G. Bert, Aphrahat's des persischen Weisen Homilien, aus dem Syrischen ùbersetzt und pr/âi(fé,r/,dansGebhardtetHarnack, Texte und Untersuchungen der altchristlichen Litcratur, ni, 3, Leipzig, 1888; J. Parisot, Aphraatis Demonstrationes, dans Palrologia syriaca, de M"Graffin, Paris, 1894, 1. 1 ; 1907, t. n; Schwen, Afrahat, sein Person und sein Verstàndnis des Cliristentums, Berlin, 1907.

APHTARDOCÈTES

J. Parisot.

Voy. EUTYCIIIANISME.

APIARIUS DE SICCA. Voy. Urbain de Sicca.

APOBOLYM/EUS Jean, ou Findeling, religieux franciscain de la première moitié du xvie siècle, a composé un ouvrage intitulé : Lulheri anli-Lutherana opéra Fr. Johannis Apobolymsei, alias Findeling, minorités, Stamonesii congesta : assertionis Lulheranse confutalio centuni locorum, in quibus ipse Lutherus sibi ipsi contradicit, jam primum excusa, in-8°, 1528.

B. Heurtebize.

1. APOCALYPSE. Nous étudierons d'abord le livre canonique de l'Apocalypse, puis ensuite les principales apocalypses apocryphes.

I. APOCALYPSE (Livre de I'). 'A7roy.à),vJ/t<; 'Icoâvvou, Apocalypsis sancti Joannis, dernier livre canonique de la Dible et le seul livre prophétique du Nouveau Testament. A raison de l'obscurité de son contenu, cette révélation a donné lieu, de nos jours, à d'ardentes controverses au sujet de son autorité canonique, de son authenlicité et de la date de sa rédaction, et de tout temps elle a été interprétée dans des sens bien différents. Nous traiterons successivement et brièvement : I. de sa canonicité; II. de son authenticité'; III. du lieu et de la date de sa composition; IV. du texte et des versions; V. de l'histoire de son interprétation; VI. des principaux enseignements doctrinaux qu'on y rencontre.

I. Canonicité. — 1. Témoignages du //• siècle en sa faveur. — C'est dans l'Asie Mineure, la pairie de l'Apocalypse, que nous trouvons les premiers renseignements

relatifs à son existence et à sa réception dans l'Église comme livre canonique. Saint Ignace d'Antioche, Ad Eplies., xv, 3, Funk, Opéra Patruni apostolicorum , Tubingue, 1887, t. i, p. 184, fait allusion à Apoc, xxi, 3. Saint Papias, disciple de saint Jean, attestait, au rapport d'André de Césarée, In Apoc. comment., P. G., t. evi, col. 220, aussi bien que saint Irénée, saint Méthode et saint Hippolyte, la crédibilité, tô à^iôirtiTTov, c'est-à-dire l'autorité divine de ce livre. L'évêque de Césarée cite aussi, col. 325, deux observations de Papias sur Apoc, xii, 7. Saint Irénée, Cont. Iiœr., v, 30, n. 1, P. G., t. vil, col. 1203, a appris des vieillards qui avaient vu saint Jean la signification du chiffre de la Bête. En dehors de l'Asie Mineure on n'a relevé que des rapprochements peu concluants entre l'Épitre de Barnabe, xxi, 3, et Apoc, I, 33; xix, 11, et Apoc, xxn,18, 19. Funk, Op. Pat. apost., 1. 1, p. 54,5(5. L'auteur du Pasteur d'Hermas ne se sert pas de l'Apocalypse, qui peut-être n'était pas encore connue de son temps à Borne. Saint Justin, Dial. cum Tryplwne, 81, P. G., t. vi, col. 670, cite expressément l'Apocalypse et il l'emploie avec les prophéties de l'Ancien Testament pour prouver le règne du Christ à Jérusalem pendant mille ans. Il la regarde donc comme un document de la révélation, comme la prophétie chrétienne correspondant aux prophéties de l'ancienne alliance. Durant la seconde moitié du IIe siècle, les documents abondent en faveur de la canonicité de l'Apocalypse, et aucun aulre livre du Nouveau Testament n'est attesté par d'aussi nombreux témoignages. Dans sa patrie, l'Asie Mineure, nous la voyons aux mains des montanistes. Saint Méliton de Sardes a composé un traité IIep\ to0 ôiaêoXou >ca\ t?|Ç à7ro>caVj'iEtoç 'Icoâwou, Eusèbe, H. E., iv, 26, P. G., t. xx. col. 392, qui est perdu. Pour réfuter les montanistes, Apollonius se servait de témoignages empruntés à l'Apocalypse de Jean. Eusèbe, H. E., v, 18, col. 480. Saint Théophile d'Antioche agissait de même dans son traité contre Hermogène. Eusèbe, H. E., iv, 24, col. 389. Saint Irénée cite souvent l'Apocalypse, par exemple, Cont. liserés., iv, 20; v, 26, P. G., t. vu, col. 1040, 1192, et il ne laisse pas supposer la moindre opposition contre elle. Ce saint évêque ayant passé de l'Asie Mineure en Gaule, il n'est pas étonnant que la lettre des églises de Lyon et de Vienne aux communautés d'Asie Mineure cite Apoc, xiv, 4; xxn, 11 ; Eusèbe, H. E., v, 1, P. G., t. xx, col. 413, 432, ce dernier passage comme Écriture. A la fin du second siècle, Tertullien, avant d'être devenu montaniste, connaît l'Apocalypse et l'admet comme prophétie. Il ne lui sait d'autre adversaire que l'hérétique Marcion. En Egypte, Clément d'Alexandrie suit la tradition ecclésiastique et cite l'Apocalypse, par exemple Pœdag., n, 10, P. G., t. vin, col. 525. Son disciple, Origène, agit de même. Les valentiniens, Irénée, Cont. hser., i, 15, P. G., t. vu, col. 616; Philosnplnimena, vi, 49, P. G., t. xvi c, col. 3278, admettaient l'Apocalypse.

2. Doutes en Orient. — Toutefois, c'est dans l'histoire des hérésies du ne siècle qu'il faut chercher les raisons des doutes et des attaques dont l'Apocalypse a été l'objet. Par réaction contre les montanisles qui appuyaient leurs rêveries millénaristes sur l'Apocalypse, les aloges mirent en doule la valeur prophétique de ce livre. Ils ne se donnaient pas comme les représentants de la tradition ecclésiastique, ils n'invoquaient pas d'arguments dogmatiques, mais exclusivement des raisons de pure critique. Voir plus haut col. 898-899. Leur opposition contre l'Apocalypse ne provient que d'un zèle mal éclairé et se trouve en contradiction avec la tradition antécédente de l'Église entière. Elle fut reprise à Borne par le prêtre Caïus. Adversaire décidé du montaniste Proclus, tout en ne partageant pas les erreurs des aloges, Caïus emprunta à ces derniers des arguments contre l'Apocalypse. Lui non plus ne s'appuie pas sur une tradition contraire à la canonicité du livre, il no fait valoir que des convenances théologiques. Voir col. 900. Mais il

APOCALYPSE

fut réfuté par saint Hippolyte, Capita adversus Caium, publiés par Gwynn, Hermathena, t. vi, p. 397-418, et traduits en allemand par Harnack, Die Givynn'schen Cajus-und Hippolytus Fragmente, dans Texte und Untersuchungen, t. vi, 3e fasc., Leipzig, 1890, p. 121-133, et par Zahn, Geschichte der Neutestamentlichen Kanons, t. il, 2, Erlangen, 1892, p. 973-991. L'Église romaine resta fidèle à la tradition ecclésiastique et continua à recevoir l'Apocalypse de saint Jean, malgré les raisons de Caïus. Faisant sans doute allusion à cette discussion, l'auteur du canon de Muratori, qui reproduit la foi de l'Église de Rome, dit : « Nous recevons aussi l'Apocalypse de Jean... bien que quelques-uns des nôtres ne veuillent pas qu'elle soit lue dans l'église. » E. Preuschen, Analecta, Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1893, p. 133-134. Saint Denys d'Alexandrie, par opposition contre le millénarisme de Népos, reprit l'opinion de Caïus sur l'origine de l'Apocalypse, mais il ne rejeta pas cette prophétie hors du canon. « J'admets, dit-il, que l'écrit est d'un auteur saint et inspiré. » Il .n'osait pas repousser tout à fait un livre que beaucoup de chrétiens estimaient grandement. Bien qu'il n'en comprit pas le sens, il en admirait la profondeur et il se fiait plus à la foi de l'Église qu'à son propre jugement. Eusèbe, H. E., vu, 25, P. G., t. xx, col. 697. L'Église d'Alexandrie a toujours conservé l'Apocalypse dans son recueil des Écritures, témoins saint Athanase, Didyme et saint Cyrille d'Alexandrie. Ce livre prophétique néanmoins, par suite des attaques dont il avait été l'objet, tomba dans le discrédit en Orient au cours des siècles suivants. Saint Méthode, évêque de Tyr, affirme, il est vrai, l'inspiration de saint Jean et cite plusieurs fois l'Apocalypse comme Écriture sainte, Convivium decem virginum, i, 5; m, 3; v, 8; vi, 5; vin, 4, P. G., t. xvui, col. 45, 64, 112, 121, 144, 145; De resurrectione, 13, ibid., col. 284, et Pamphile, Apologia pro Origene, P. G., t. xvn, col. 596, agit de même. Mais Eusèbe de Césarée, H. E., ni, 25, P. G., t. xx, col. 268, 269, relate les doutes soulevés sur sa canonicité. Il reconnaît qu'on peut la placer, si l'on veut, au nombre des homologoumènes, des livres généralement reçus dans l'Église, ou bien parmi les antilégomènes du second degré, qu'il appelle véôa, « bâtards, » apocryphes. Les anciens, selon lui, sont partagés de sentiment à son sujet, les uns la plaçant avec les ouvrages acceptés de tous, les autres la mettant hors du canon. Il cite cependant, Demonst. ev., vin, 2, P. G., t. xxn, col. 605, l'Apocalypse comme un livre saint. Qu'en conclure? Ou bien que dans son Histoire il mentionne simplement le conflit, ou bien que, s'il doutait lui-même de l'autorité divine de l'Apocalypse, il a été inconséquent en la citant comme divine. Saint Cyrille de Jérusalem, Catech., iv, 36, P. G.j t. xxxm, col. 500, ne la mentionne pas dans son canon des Livres saints; il semble même, Catech., xv, 16, ibid., col. 892, la ranger parmi les apocryphes, en disant que l'Antéchrist régnera trois ans et demi, non d'après les apocryphes, mais d'après Daniel. 11 en fait cependant usage. Catech., x, 3, col. 664. De même, Saint Grégoire de Nazianze, Carni., i, 1, 12, P. G., t. xxxvn.col. 474, omet l'Apocalypse, qu'il cite ailleurs, Orat., xxix, 17, P. G., t. xxxvi, col. 96; Orat., xui, 9, ibid., col. 469, ainsi que saint Basile, Adv. Eunom., il, 14, P. G., t. xxix, col. 600; saint Grégoire de Nysse, Adv. Eunom., il, P. G., t. xlv, •col. 501; Adv. Apoll., 37, ibid., col. 1208. Toutefois, ce dernier, Orat. in ordin. suam, t. xlvi, col. 549, reproduit Apoc, m, 5, comme étant èv àrcoxpucpoiç. L'Apocalypse n'est pas citée dans la liste des livres du Nouveau Testament du canon 60e de Laodicée, Mansi, Con- ■cil., t. il, col. 574, du 85e des canons apostoliques, P. G., t. cxxxvn, col. 212. Saint Amphiloque, Iambi ad Seleucum, P. G., t. xxxvn, col. 1597-1598, dit que l'Apocalypse est acceptée par quelques-uns, mais jugée apocryphe par le plus grand nombre. Saint Chrysostome

ne cite jamais l'Apocalypse et la Synopsis Scripturœ, qui lui est attribuée, n'en parle pas. Théodore de Mopsueste et Théodoret ne s'en servent pas. L'Église syrienne a subi l'influence des Grecs. Bien que -saint Éphrem ait souvent cité l'Apocalypse, ce livre ne se trouvait ni dans la Peschito ni dans la recension de la version philoxénienne faite par Thomas de Harkel. Ce ne fut qu'après le vne siècle que les Syriens eurent dans leur langue une traduction de l'Apocalypse. Cosmas Indicopleustes, Topog. christ., 12, P. G., t. lxxxviii, col. 373, ne connaît pas l'Apocalypse.

3. La canonicité admise en Occident. — Tandis que les doutes sur la canonicité de l'Apocalypse se perpétuaient en Orient, l'Occident continuait à maintenir ce livre dans le recueil des livres inspirés. Les attaques de Caïus ne trouvèrent pas d'écho. Les écrivains latins citent tous l'Apocalypse. Quelques-uns cependant connaissent le sentiment défavorable des Églises orientales. Saint Philastre, Hseres., 88, P. L., t. xn, col. 1199, subit l'influence de l'Orient et ne compte pas l'Apocalypse au nombre des livres canoniques. Il parle des aloges qui repoussent l'Apocalypse. Hseres., 60, ibid., col. 1174. Bufin, E.rposit. symboli, 37, P. L., t. xxi, col. 374, saint Jérôme, Epist., lui, ad Paulin., P. L., t. xxu, col. 513, inscrivent l'Apocalypse au canon des Écritures. Ce dernier docteur n'ignore pas l'opinion des Églises grecques, mais il suit les anciens écrivains qui sont favorables à l'Apocalypse. Epist., cxxix, ad Dardan., P. L., t. xxn, col. 1103. Saint Augustin, Dedoct. christ., il, n. 13, P. L., t. xxxiv, col. 41, les conciles africains tenus à Carthage en 393, 397 et 419, Mansi, Concil., t. m, col. 924; t. iv, col. 430; le pape Innocent Ier, dans sa lettre à Exupère, évêque de Toulouse, Mansi, t. m, col. 1041 ; le décret de Gélase, Labbe, Concil., t. iv, col. 1261, inscrivent l'Apocalypse au canon biblique. Junilius, Instit. reg. divinse iegis, P. L., t. lxviii, col. 18, 20, connaît les doutes qui existent en Orient au sujet de l'Apocalypse, mais à cause de la foi des Occidentaux, il en fait un livre d'autorité moyenne, c'est-à-dire un livre accepté par un grand nombre de personnes. Ces doutes avaient séduit quelques esprits en Espagne au commencement du vne siècle; c'est pourquoi le quatrième concile deTolède, tenu en 633, sous la présidence de saint Isidore de Séville, s'appuyant sur l'autorité des conciles antérieurs et des décrets des pontifes romains, qui ordonnent de recevoir l'Apocalypse parmi les livres divins, excommuniait ceux qui, désormais, ne la recevraient pas. Mansi, Conc, t. x, col. 62k

4. La canonicité admise avssi en Orient. Décret du concile de Florence. — L'Église grecque finit par admettre l'Apocalypse au nombre des livres inspirés. Léonce de Byzance, De sectis, P. G., t. lxxxvi, col. 1204, saint Jean Damascène, De orthodoxa fide, IV, 17, P. G., t. xciv, col. 1180, la citent. Le concile in Trullo mentionnait la diversité des sentiments. Mansi, Concil., t.xi, col. 939. Au ixe siècle, le patriarche Nicéphore, C/ironographia, P. G., t. c, col. 1056, rangeait encore l'Apocalypse parmi les antilégomènes. Photius reproduit les décrets divergents de Laodicée et de Carthage. Les canonistes grecs du xne siècle commentent la décision du concile in Trullo, et justifient l'admission de l'Apocalypse. Incanones comment., P. G., t. cxxxvn, col. 213- 218. Au xive siècle, Nicéphore Calliste, H. E., n, 45, P. G., t. cxlv, col. 885, met l'Apocalypse au nombre des livres acceptés depuis longtemps dans les Églises, sans la moindre contestation. Aussi, Eugène IV, au concile de Florence, en 1441, dans son décret d'union pour les jacobites, inscrivait-il avec raison l'Apocalypse dans la liste des Livres saints que les monophysites devaient recevoir. Denzinger, Enchiridion, 5e édit., Wurzbourg, 1874, n. 600, p. 178.

5. Sentiments des protestants. Définition des conciles de Trente et du Vatican. — Luther, dans la préface de

APOCALYPSE

1522 à sa traduction allemande de l'Apocalypse, déclare que ce n'est ni un livre apostolique, ni un livre prophétique; il ne peut trouver qu'il ait été inspiré parle Saint- Esprit. Beaucoup de Pères l'ont autrefois rejeté. Mais cette préface, retranchée de l'édition de 1530, fut remplacée, en 1534 , par une autre plus modérée et plus favorable à l'Apocalypse. Cf. S. Berger, La Bible au xvi' siècle, Paris, 1879, p. 106-107. Zwingle ne pouvait voir dans l'Apocalypse un livre biblique. Dans son Institution, Calvin la cite comme Écriture. En 1516, le concile de Trente, sess. IV, Decanonicis Script., définit que l'Apocalypse est un livre canonique. Les luthériens conservèrent longtemps encore les sentiments de leur chef. A partir de la seconde moitié du xvme siècle, beaucoup de protestants ayant versé dans le rationalisme, nièrent l'inspiration de l'Apocalypse, que le concile du Vatican, en 1870, a de nouveau définie avec celle de tous les livres de la Bible.

Pour plus de détails , consulter les histoires du canon du Nouveau Testament, en particulier, Zahn, Geschichte des Neutestamentlichen Kanons, Erlangen, 1. 1, 1" fasc, 1888, p. 220-202; t. I, 2« fasc, 1889, p. 560-562, 950-957; t. Il, 2' fasc, 1892, p. 967- 973, 1021-1022, et W. Bousset, Die Offenbarung Johannis, Gcettingue, 1896, p. 11-33.

II. Authenticité. — Tous les critiques conviennent unanimement qu'à partir de la fin du IIe siècle, la tradition ecclésiastique enseigne généralement que l'Apocalypse est l'œuvre de l'apôtre saint Jean. Il suffit de rappeler les témoignages de Tertullien, Adv. Marcion., iv, 5, P. L., t. il, col. 306; d'Origène, dans Eusèbe, H. E., vi, 25, P. G., t. xx, col. 584; de saint Pamphile, Apologia pro Origene, P. G., t. xvn, col. 596; de Méthode de Tyr, Convivium, I, 5; vm, 4, P. G., t. xvm, col. 45,141; de saint Athanase, Epist. ad Amunem monach., P. G., t. xxvi, col. 1177; de saint Cyrille d'Alexandrie, De adorât, in spiritu, vi, P. G., t. lxviii, col. 433; de saint Cyprien, Test., I, 20, P. L., t. iv, col. 689; de Rufin, Exposit. synibol., 37, P. L., t. xxi, col. 374; de saint Augustin, De doct. christ., n, 12, P. L., t. xxxiv, col. 40, etc. Mais les rationalistes modernes attaquent le point de départ de cette tradition et prétendent qu'elle est le résultat d'une confusion entre l'apôtre Jean et le prêtre Jean, son contemporain, qui vivait à Éphèse. Longtemps, ils ont soutenu que l'Apocalypse et le quatrième Évangile ne pouvaient provenir du même auteur. Par un curieux revirement d'idées, beaucoup admettent maintenant l'identité d'auteur de tous les écrits, attribués à l'apôtre saint Jean. La plus ancienne tradition proclame que tous sont sortis de la même plume, et il existe, notamment entre l'Apocalypse et le quatrième évangile, une ressemblance de doctrine et d'expressions caractéristiques, telles que les noms de Aôyo; et et d'Agneau, donnés à Jésus-Christ, l'image commune de « la source d'eau vive », etc., qui confirme la thèse de l'identité de leur auteur. Mais cet auteur, au lieu d'être, comme on l'a cru depuis des siècles, l'apôtre saint Jean, serait le prêtre Jean, le disciple bien-aimé qui a séjourné à Éphèse. Cf. Harnack, Die Chronologie der allcliristlichen Literalur bis Eusebius, Leipzig, 1897, t. I, p. 656-680; W. Bousset, Die Offenbarung Johannis, p. 33-51. Sans traiter à fond la question dite « johannine », nous résumerons, au moins, ce qui concerne spécialement l'Apocalypse.

L'auteur de l'Apocalypse se nomme lui-même au début et à la lin de son livre. Il s'appelle Jean et il écrit aux sept Eglises d'Asie ; il a vu et entendu les révélations que lui a faites Jésus, dont il est le serviteur. Apoc, I, 4, 9-11; xxn, 8. Son nom suffit à recommander son œuvre. Lui-rnème jouit d'une autorité incontestable sur les Eglises d'Asie; il connaît l'état de ces communautés et il est supérieur à leurs évoques. S'il ne se dit pas apôtre, c'est que ses litres à l'apostolat étaient suffisamment connus, et la manière dont il parle du collège

apostolique. Apoc, xvm, 20; xxi, 14, ne laisse pas supposer qu'il n'en faisait pas partie. Il se donne certainement comme prophète. Or, dans ces mêmes passages, il loue les prophètes autant que les apôtres de l'Agneau. Si, dans le milieu où il a vécu, il avait existé un autre Jean, il se serait désigné par des caractères plus distinctifs et il aurait évité toute confusion avec son homonyme. Il ne l'a pas fait, parce que, dans les Églises auxquelles il adresse sa prophétie, on ne connaissait qu'un seul Jean, l'apôtre qui avait été exilé à Patmos et qui vivait à Éphèse, celui que la tradition a présenté comme le maître de saint Polycarpe et de saint Papias. D'ailleurs, l'Apocalypse est d'un auteur chrétien, israélite de race et d'éducation religieuse, trahissant à chaque page son origine par les hébraïsmes de sa langue, proclamant l'abolition de la loi mosaïque, l'universalité du règne du Messie et flétrissant l'obstination aveugle de la nation juive : caractères qui correspondent bien à tout ce que nous savons sur l'évangéliste et apôtre saint Jean.

Plusieurs témoignages indépendants d'écrivains ayant vécu dans l'Asie Mineure attribuent, dès le second siècle, l'Apocalypse à l'apôtre Jean. Ainsi, saint Justin, qui est devenu chrétien à Éphèse vers l'an 130, attribue plus tard, Dialog. cum Tryph., 81, P. G., t. vi, col. 670, l'Apocalypse à Jean l'apôtre. Cf. Eusèbe, H. E., iv, 18, P. G., t. xx, col. 376. Il est l'écho de la tradition de l'Asie et il ne parle pas du prêtre Jean. Si l'on tient compte de son témoignage, il faut admettre que saint Jean est l'auteur de l'Apocalypse ou prétendre que le changement du prêtre Jean en apôtre est antérieur à l'an 150. Or la confusion des deux personnages opérée à Éphèse à cette époque est peu vraisemblable. Le témoignage de saint Justin est corroboré par celui de Polycrate, évêque d'Éphèse. Eusèbe, H. E., v, 24, P. G., t. xx. col. 493- 496. Saint Méliton, évêque de Sardes, avait fait un commentaire sur l'Apocalypse de Jean. Eusèbe, H. E., iv. 26, P. G., t. xx, col. 392. Saint Irénée a été l'auditeur de saint Polycarpe, qui fut disciple immédiat de saint Jean. Or, il attribue l'Apocalypse à l'apôtre. Cont. hœr., iv, 20, P. G., t. vu, col. lOiO. Malgré les insinuations de Harnack, son témoignage sur ce point reste valable. Cf. Labourt, De la valeur du témoignage de S. Irénée dans la question johannine, dans la Revue biblique, t. vu, 1898, p. 59-73.

Ces asiates ne connaissent pas le prêtre Jean. L'existence de ce dernier ne repose que sur le fameux texte de saint Papias, qui est devenu obscur à force d'avoir été étudié. Eusèbe, H. E., m, 39, P. G., t. xx, col. 296- 297. Le nom de Jean revient deux fois dans cette citation, d'abord dans une liste d'apôtres dont Papias a connu l'enseignement par l'intermédiaire de leurs disciples immédiats, puis associé au nom d'Aristion avec le surnom de Trpe<Tê\jT£po? et la qualité de disciple. Papias parle d'Aristion et du prêtre Jean comme étant ses contemporains. Eusèbe affirme que Papias les a connus personnellement, y a-t-il là deux catégories distinctes de personnages ? Beaucoup de critiques l'admettent. D'autres pensent que Jean, nommé deux fois, est l'apôtre dont Papias aurait été le disciple immédiat, d'après saint Irénée. Cont. hœr., v, 33, P. G., t. vu, col. 1214. Eusèbe distingue les deux Jean; mais son interprétation du fragment de Papias est accompagnée d'hésitations et implique une contradiction mal dissimulée. Dans sa Chronique, P. G., t. xix, col. 551, il affirme avec saint Irénée que Papias fut le disciple de l'apôtre Jean. De plus, André de Césarée, Anastase le Sinaïte, Maxime le confesseur, et peut-être Georges Ilamartolos, qui ont eu en mains l'ouvrage de Papias, s'accordent à dire que Jean d'Ephèse fut l'apôtre Jean. L'existence du prêtre Jean demeure donc très problématique. On peut soutenir que ce personnage est un être fictif, qui doit son existence supposée aux attaques dont l'Apocalypse a été

APOCALYPSE

l'objet au ni' siècle. Du moins, si Papias atteste son existence, il ne lui attribue pas l'Apocalypse.

Les aloges, antimontanistes déclarés, rejetèrent l'Apocalypse parce qu'ils ne voulaient pas de prophétie dans l'Église. Pour des considérations subjectives et théologiques, ils n'admettaient pas son origine apostolique et prétendaient qu'elle ne pouvait être l'œuvre de l'apôtre saint Jean. Or, au lieu de l'attribuer au prêtre Jean comme ils auraient dû le faire, s'il y avait eu une tradition antécédente, ils la disaient l'œuvre de l'hérétique Cérinthe. S. Philastre, Hœres., lx, P. L., t. xn, col. 1 175. L'opinion de ces critiques peu sagaces manque de base historique; elle suppose l'attribution générale de l'Apocalypse à l'apôtre et évangéliste saint Jean, puisqu'elle y contredit expressément. Le prêtre romain Caïus, dans son Dialogue contre le montaniste Proclus attribuait aussi l'Apocalypse à Cérinthe, Eusèbe, H. E., ni, 28, P. G., t. xx, col. 273, pour des raisons analogues à celles des aloges, dont il était tributaire. Par réaction anti-montaniste et anti-millénariste et sans appui sur une tradition 'contraire à l'authenticité apostolique du livre, il s'écarta maladroitement du courant traditionnel. Lui non plus ne connaissait pas le prêtre Jean, distinct de l'apôtre.

Saint Denys d'Alexandrie apprit , par l'intermédiaire de Caïus, les objections des aloges contre l'Apocalypse et leur attribution de cet ouvrage à Cérinthe. Eusèbe, H. E., m, 28, P. G., t. xx, col. 276. Sans partager leur erreur, il reprit, sous une forme adoucie, leurs attaques contre un livre qui lui semblait favoriser le millénarisme. Il ne contestait pas que l'auteur de l'Apocalypse se nommât Jean; mais il n'aurait pas facilement accordé qu'il était l'apôtre de ce nom, le fils de Zébédée et le frère de Jacques, l'auteur du quatrième Évangile et de l'Épitre catholique. La différence de style, de plan et d'esprit de ces écrits était, à ses yeux, un indice de la diversité des auteurs. D'ailleurs, tandis que l'apôtre Jean n'a pas mis son nom en tête de son Évangile, l'auteur de l'Apocalypse se nomme. Saint Denys le croyait sur parole, mais il ne savait quel était ce Jean. Il ne se dit ni le disciple bien-aimé, ni le frère de Jacques, mais seulement le témoin de Jésus. « J'estime, ajoute l'évèque d'Alexandrie, que l'apôtre Jean a eu beaucoup d'homonymes. » Les Actes des apôtres nomment Jean Marc. Il ne paraît pas qu'il soit l'auteur de l'Apocalypse, car il n'est pas allé en Asie avec Paul et Barnabe. L'auteur de l'Apocalypse est un autre Jean, un de ceux qui ont vécu en Asie. Or, on dit qu'il a existé à Éphèse deux tombeaux, élevés à la mémoire d'un Jean. La diversité d'idées et de style, qu'on remarque entre l'Évangile ou l'Épître de l'apôtre Jean et l'Apocalypse, oblige à attribuer ce dernier ouvrage à une autre personne. Eusèbe, H. E., vu, 25, P. G., t. xx, col. 696-70i. Saint Denys est amené à émettre cette hypothèse par opposition contre l'évèque égyptien Népos, qui trouvait dans l'Apocalypse l'idée du millénarisme. Eusèbe, H. E., vu, 24, ibid., col. 692-696. L'intérêt de la polémique le pousse à nier l'authenticité apostolique de ce livre. Pour ce faire, il n'invoque pas une tradition ecclésiastique antérieure; c'est par des arguments critiques qu'il essaie de justifier sa supposition. Il ne connaît pas Jean l'ancien ou le prêtre. Il n'apporte en faveur de son sentiment qu'un on dit sur l'existence de deux monuments commémoratifs, auxquels, à Éphèse, le nom de Jean était rattaché. Argument peu solide, car saint Jérôme, De viris illustribus, 9, P. L., t. xxnl, col. 655, avoue que, de l'avis de quelques-uns, ces deux mausolées rappellent la mémoire du seul Jean l'évangéliste. Eusèbe, //. E., m, 39, P. G., t. xx, col. 297, cherche enfin à donner une base historique à cette tradition orale des deux sépulcres. Il la rapproche des paroles de Papias, qui distinguent l'apôtre et le prêtre Jean, et il en conclut que si l'Apocalypse n'est pas de l'apôtre saint Jean, elle provient du prêtre Jean. La conclusion d'Eusèbe

n'est que le résultat d'une interprétation personnelle, indécise et sujette à caution. Adversaire résolu des millénaristes, il voudrait attribuer l'Apocalypse à un Jean, distinct de l'apôtre ; il n'ose se prononcer catégoriquement, et il croit que Papias parle de deux Jean. Une opinion si hésitante et si faiblement fondée laisse très douteuse l'existence du personnage, nommé le prêtre Jean, et ne peut contre-balancer la tradition ecclésiastique qui, de tout temps, a tenu l'apôtre saint Jean pour l'auteur de l'Apocalypse.

Tiefenthal, Die Apokahjpse des hl. Johannes, Paderborn, 1892, p. 75-79; Trenkle, Einleitung in das N. T., Fribourg-en- Brisgau, 1897, p. 15G-1G0; A. Camerlynck, De quarti Evangelii auctore dissertatio, Louvain, 1899, passim, et La question johannine, dans la Bévue d'histoire ecclésiastique, Louvain, 1900, p. 201-211, 419-427; Zahn, Apostel und Apostelschùler in der Provinz Asiens, dans Forschungen zur GeschiclUe des neutestamentlichen Kaiwns und der nUkirchliclien Literatur, Leipzig, 1900, t. VI, p. 175-217; Swete, The Apocalypse of St. John, Londres, 1906.

III. Lieu et époque de la composition. — Saint Jean nous apprend qu'il a vu en esprit les choses qu'il rapporte, un jour de dimanche, lorsqu'il était dans l'île de Patmos. Apoc, I, 9, 10. Il y a tout lieu de penser qu'il a mis aussitôt par écrit ces visions, dans l'île même, voisine d'Éphèse et de ces Églises de l'Asie Mineure auxquelles l'apôtre adressait ses lettres. Le contenu du livre et ce fait que l'Apocalypse a été connue en Asie Mineure tout d'abord confirment le sentiment desanciens. La date a été rapportée par saint Irénée, Cont. hœr., v, 30, n. 3, P. G., t. vu, col. 1207, à la fin du règne de Domitien. Saint Victorin de Petlau donne plusieurs fois la même indication dans ses Scholies sur Apoc, x, 11 ; xvn, 10, P. L., t. v, col. 333, 338. Eusèbe, H. E., m, 18, P. G., t. xx, col. 252; Chron., n, P. G., t. xix, col. 552, la répète après saint Irénée, ainsi que saint Jérôme, Cont. Jovin., I, 26, P. L., t. xxm, col. 257; De viris illust., 9, ibid., col. 625 ; Chronic, P. L., t. xxvn, col. 602. Seul, saint Épiphane, Hier., li, n. 12, 33, P. G., t. xli, col. 909, 919, fait exception et affirme que saint Jean revint de Patmos sous le règne de Claude. Son autorité est trop faible pour contredire les affirmations opposées des autres Pères, plus rapprochés des événements et mieux renseignés. Mais les critiques rationalistes regardent l'exil de saint Jean à Patmos comme une légende, sans fondement historique. Corssen, Monarchianische Prologue zu den vier Evangelien, dans Texteund Untersuchungen, t. xv, fasc. 1, 1896, p. 79-80, 86-88. L'historien Hégésippe, dont Eusèbe, E. H., m, 20, P. G., t. xx, col. 252:256, rapporte un fait relatif à cette persécution, n'en parle pas. Son silence ne contredit pas les autres documents. Or, ceux-ci, ajoutent les adversaires, sont en désaccord entre eux. Tertullien, De prxscript., 36, P. L., t. il, col. 49, ne nomme pas l'empereur qui a relégué saint Jean à Patmos et il ne dit pas, comme on le prétend, que ce fut Néron. Les autres s'accordent sur le temps et le lieu de cet exil. Pour des raisons intrinsèques, les rationalistes datent la composition de l'Apocalypse du règne de Néron. Renan, L'Antéchrist, Paris, 1873, p. xxi et 355, la fixe, à quelques jours près, à la fin de l'année 68. Le temple de Jérusalem était encore debout et le blocus de la capitale juive n'était pas encore commencé. Apoc, xi, 1, 2. Le sixième empereur romain, qui existe maintenant, Apoc, xvn, 10, est Néron, dont le nom a, d'ailleurs, la valeur du chiffre de la Bête. Apoc, xm, 18. Ces raisons sont discutables et très sujettes à caution. Le temple dont parle saint Jean n'est plus le temple de Jérusalem, mais un temple idéal qui est l'Église ou la Jérusalem céleste. Le chiffre de la Bête reste une énigme malgré les nombreuses et diverses interprétations dont il a été l'objet. Les critiques plus récents, qui reconnaissent dans l'Apocalypse des documents différents, seraient portés à concilier les deux opinions. Un premier document, d'origine

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juive, aurait été composé en 68 ou C9, sous Néron; un autre, d'origine chrétienne ou, au moins, la rédaction déiinitive de l'Apocalypse actuelle, devrait être rapportée à la fin du règne de Domitien, vers l'an 95. W. Bousset, Die Offenbarung Johannis, p. 161-163.

Batiflol, Anciennes littératures chrétiennes, la littérature grecque, Paris, 1897, p. 59-G1 ; Trenkel, Einleitung in das N. T., Fribourg-en-Brisgau, 1897, p. 1Ô3-156; G. Desjardins, Authenticité et date des livres du N. T., Paris, 1900, p. 177-193.

IV. Texte et versions. — i. Texte. — Saint Jean a écrit l'Apocalypse en un grec incorrect et mêlé d'hébraïsmes, où les éléments du grec classique se rencontrent dans une part minime. D'un bout à l'autre de son livre, on constate les mêmes particularités de lexique, de morphologie et de syntaxe ; ce qui est une preuve de l'unité de composition. Voir Bousset, Die Offenbarung Joliannis, Gœttingue, 1896, p. 183-205. Le style cependant, imité de celui des prophètes et rempli d'images grandioses, ne manque pas de cachet personnel et présente des ressemblances avec le style du quatrième Évangile. Voir Bousset, ibid., p. 206-208. Le texte original de l'Apocalypse ne s'est conservé que dans cinq manuscrits onciaux. Les principaux sont le Sinailicus, Y Alexandrinus et ÏEpIirsemilicus du Ve siècle. Dans les deux premiers, le texte est complet, le dernier a des lacunes. Le Porfirianns C/tiovensis, du IXe siècle, est d'accord tantôt avec le Sinailicus, tantôt et plus fréquemment avec V Alexandrinus et YEphrœmiticus. Le Vaticanus 2066, du vme ou du x« siècle, ne contient que l'Apocalypse. Un phénomène frappant, c'est l'extraordinaire incertitude du texte : sur quatre cents versets environ, les cinq manuscrits onciaux contiennent 1 650 variantes. Les cursifs connus n'ont pas encore été tous collationnés. Le meilleur est celui qui est coté 95, du XIe ou du xiie siècle. On trouve un texte assez pur dans 1, 7, 11, 12, 14, 28, 30, 36, 37, 38, 49, 79. Gregory, Prolegomena, Leipzig, 1884-1890, p. 435-437, 676-686.

2. Versions. — L'ancienne version latine est représentée par les fragments du palimpseste de Fleury, vne siècle, et le commentaire de Primasius pour la recension africaine. S. Berger, Le palimpseste de Fleury, Paris, 1889, p. 15, 16, 21-26. Le Gigas Holmensis, du xme siècle, se rapproche de la Vulgate et semble présenter les caractères des textes italiens. Belsheim, Die Apostelgescliichte und O/fenbariaig Johannes in einer altlatei- ■nischen Veberselzung aus déni Gigas librorum, Christiania, 1879. Les meilleurs manuscrits de la Vulgate, qui est la revision de saint Jérôme, sont YAmialinus, vme siècle, le Demidovianus, XIIe, le Fuldensis, VIe, YHarleianus, IXe, et le Tolelanus, vme. Les versions syriaque, arménienne et autres sont plus récentes et ont une moindre valeur critique.

Pour le classement des textes, voir B. Weiss, Die Johannes- Apocalypse, textkritische Untersuchungen und Textherstellung, dans Texte und Untersuchungen, Leipzig, 1891, t. vu, 1; et W. Bousset, Textkritische Studien zur neuen Testament, dans Texte und Unters., Leipzig, 1894, t. XI, 4; Id., Die Offenbarung Johannis, p. 170-183.

V. Histoire de l'interprétation. — Saint Jean présente lui-même son livre comme une révélation qu'il a reçue, Apoc, i, 1, et comme une prophétie. Apoc, I, 3; xxii, 7, 18, 19. Or il est de la nature de toute prophétie d'être obscure et de ne devenir claire qu'après sa réalisation. L'obscurité est encore plus profonde quand l'annonce prophétique est enveloppée, comme elle l'est dans l'Apocalypse, d'images symboliques qui en voilent I nlijei plutôt qu'elles ne le révèlent. Elle n'a pourtant pas découragé les commentateurs qui, au cours des siècles chrétiens, ont cherché à déchiffrer l'Apocalypse il à en saisir le véritable sens. Leurs interprétations se sont diversifiées presque à l'infini, et il serait très long el peu intéressant d'essayer d'eu débrouiller l'écheveau. Nous nous bornerons à caractériser les principaux |

systèmes en suivant, autant que possible, l'ordre chronologique.

1. Les plus anciens commentateurs grecs et latins de l'Apocalypse ont subi l'influence des idées eschatologiques et millénaristes qui avaient cours de leur temps. Saint Irénée n'a pas fait un commentaire de ce livre, comme l'a cru saint Jérôme, De viris illust., 9, P. L., t. xxiii, col. 655, mais dans son traité Contra hœreses, v, 28-36, P. G., t. vu, col. 1197-1224, il a exposé sur la fin des temps des idées empruntées en partie à l'Apocalypse. Dix rois régneront alors; l'Antéchrist en tuera trois et dominera les sept autres. La seconde Bête, Apoc, xin, est ce faux prophète qui sera de la tribu de Dan. tribu qui, pour cette raison, n'est pas nommée. Apoc, vu, 5-7. Irénée explique le chiffre de la Bête et parait favorable à l'idée d'un règne de mille ans sur la terre. D'après la tradition de ses maîtres, il y aura alors une rénovation du inonde qui précédera l'entrée des saints au ciel. Saint Hippolyte avait écrit un De Apocalypsi, mentionné par saint Jérôme, De viris illust., 61, P. L., t. xxiii, col. 707, mais qui est perdu. Dans ses autres ouvrages, il donne sur quelques parties de l'Apocalypse des explications qui se rapprochent de celles de saint Irénée, par exemple, sur le chiffre de la Bête. Il voit dans les deux témoins de Jésus-Christ, Apoc, xi, Élie et Hénoch; il explique le commencement du chapitre xm de l'empire romain; enfin, il admet que les saints régneront mille ans avec le Christ sur la terre. Méthode d'Olympe, Convivium, I, 5; VI, 5; vin, 4-13, P. G., t. XVIII, col. 45, 121, 144-161, explique quelques chapitres de l'Apocalypse dans le sens spirituel. Saint Victorin de Pettau est le plus ancien écrivain ecclésiastique, dont le commentaire sur l'Apocalypse nous soit parvenu. Scholia in Apoc, P. L., t. v, col. 317-344. Il y expose la théorie de la récapitulation, que beaucoup de ses successeurs lui ont empruntée. Selon lui, l'Apocalypse n'annonce pas une série continue d'événements historiques; mais le prophète, après avoir prédit certains faits, y revient dans une nouvelle vision pour compléter ses précédentes prédictions. Ainsi la vision des sept coupes répète la vision des sept trompettes qui concernait la fin des temps. Cependant il reconnaît encore Néron dans la Bête du chapitre xm. Lactance, Institut, div., vu, 14-25, P. L., t. vi, col. 779-813, est encore millénariste et place l'Antéchrist à la fin des temps.

2. Un nouveau système d'interprétation, inauguré par le donatiste Ticonius, exerça une grande inlluence du ive siècle jusqu'au moyen âge. Le commentaire de Ticonius est perdu, mais il est suffisamment connu par les citations qu'en ont faites ses imitateurs. Sa méthode d'explication est, non plus littérale, mais alb-gorisante. Il abandonne le millénarisme et trouve dans l'Apocalypse l'annonce prophétique des destinées, des luttes, des souffrances et des espérances de sa secte. L'Antéchrist n'est plus à ses yeux une personnalité individuelle, c'est la collectivité des ennemis de l'Église. Ticonius recourt aussi à la théorie de la récapitulation. Sa méthode d'interprétation fut adoptée pendant longtemps par les commentateurs latins, qui appliquèrent à la véritable Église ce que Ticonius avait dit du donalisme. Saint Augustin, qui avait été d'abord millénariste, De civitate Dei, xx, 7, P. L., t. xli, col. 667, accepta les vues de Ticonius. Ibid., xx, 7-17, col. 666-683. Saint Jérôme, qui retoucha le commentaire de saint Victorin, suivit la même méthode et entendit l'Apocalypse au sens spirituel. In haiam, xvm, proœm., P. L., t. xxiv, col. 627-629. Primasius, Contment. in Apoc, P. L., t. lxviii, col. 795- 936, appliqua le premier celte méthode à toute l'Apocalypse. Il fit un commenlai'e catholique à la manière de Ticonius et vit dans la prophétie de saint Jean la prédiction de toutes les luttes et des persécutions de l'Église sur terre jusqu'à la fin du monde, sans détermination d'événements particuliers. Il maintint cependant quel-

APOCALYPSE

ques explications, provenant de l'ancienne méthode d'interpréter l'Apocalypse. On retrouve les mêmes principes, appliqués avec une grande variété de détails, dans Cassiodore, Complexiones in Apoc, P. L., t. lxx, col. 1405-1418; dans les Homilise in Apoc, publiées parmi les œuvres de saint Augustin, P. L., t. xxxv, col. 2417-2452; dans Apringius de Béja, Tractus in Apokalipsin, publié pour la première fois par dom Férotin, Apringius de Béja. Son commentaire de l'Apocalypse {Bibliothèque patrologique d'U. Chevalier, Paris, 1900, t. i); dans Bède, Explanatio Apoc, P. L., t. xcm, col. 129-206; dans Ambroise Ausbert, In Apoc. libri X (Bibliotheca Patrum, Cologne, 1618, t. IX b, p. 305- 510); dans Beatus, In Apoc, Madrid, 1770; dans Alcuin, Comment, libri quinque, P. L., t. c, col. 1087-1156; dans Ilaymon d'Halberstadt, Exposil. in Apoc, P. L., t. cxvn, col. 937-1220; dans Walafrid Strabon, Glossa ordinaria, P. L., t. cxiv, col'. 709-752; dans Berengaudus, Exposilio super septem visiones libri Apoc, parmi les œuvres de saint Ambroise, P. L., t. xvn, col. 765- 970; dans Anselme de Laon, Enarraliones in Apoc, P. L., t. clxii, col. 1499-1586; dans Bruno d'Asti, Exposilio in Apoc, P. L., t. clxv, col. 605-736; dans Bupert, Comment, in Apoc, P. L., t. clxix, col. 827-1214; dans Richard de Saint- Victor, In Apoc Joa. libri septem, P. L., t. cxcvi, col. 683-888; dans Albert le Grand, Enarrat. in Apoc, Opéra, Paris, 1899, t. xxxviii, p. 465-826; dans Thomas l'Anglais, Expositio in Apoc, attribuée à saint Thomas d'Aquin et publiée en deux formes différentes, Opéra, Paris, 1876, t. xxxi, p. 469- 661; t. xxxii, p. 1-424; dans Hugues de Saint-Cher, Poslilla in universa Biblia, Cologne, 1620, t. vu ; dans Martin de Léon, Exposit. libri Apoc, P. L., t. ccix, col. 299-420; dans Denys le Chartreux, Comment, in universas Script, sac libros, Cologne, 1533. Signalons, dans l'Église grecque, André de Césarée, In Apoc. comment., P. G., t. cvi, col. 215-458, dont l'ouvrage manque d'originalité et mélange des interprétations différentes; Arétas de Césarée, Coacervatio enarrat. in Apoc,ibid., col. 499-786, qui est une chaîne plutôt qu'un commentaire. Tous ces commentaires contiennent surtout des applications morales relatives à la lutte des méchants contre les bons. Quelques-uns toutefois entendent certaines parties de l'Apocalypse de la fin des temps et renferment des données eschatologiques.

3. Cette méthode d'interprétation, qui avait eu tant de vogue depuis le ive siècle, fut supplantée au xme par l'école de Joachim de Flore. Pour lui, Expositio in Apocalypsim, Venise, 1527, l'auteur de l'Apocalypse a prédit les sept âges du monde. Le septième et dernier est arrivé, c'est l'âge des moines mendiants, surtout des franciscains, qui feront régner sur terre l'Évangile éternel. Ses imitateurs renchérirent sur ses idées. Ils supposent que l'Apocalypse est écrite pour leur époque; l'ère des moines est prédite sous l'image du retour de Jésus-Christ sur terre ou du règne du Saint-Esprit. L'Antéchrist, c'est la papauté qui est opposée à la réalisation parfaite de la règle des moines mendiants; la seconde Bête, l'empereur Frédéric IL Ces explications furent acceptées par Pierre-Jean Olivi, Postula super Apocalypsi; Ubertino de Casale, Arbor vitse, Venise, "1485; Télesphore, De magnis tribulationibus et statu Ecclesise, Venise, 1516; Séraphin de Fermo, In Apocalypsim, Anvers, 1581 ; Annius de Viterbe, Pierre Galatinus et Berthold de Chiemsee, Onus Ecclesise. L'exégèse fantastique de Joachim de Flore fut imitée par les précurseurs de la réforme protestante et par beaucoup de réformés. Wicleff a pris ses idées sur les derniers temps de l'Église dans la prophétie de l'abbé Joachim. Luther a fait imprimer un Commentarius in Apocalypsin, Wittenberg, 1528, qui a été composé en 1390, probablement par J. Purvceus, disciple de Wicleff, et dont iout le but est de montrer que le pape est l'Antéchrist.

DICT. DE THÉOL. CATIIOL

Après avoir lui-même traité d'abord l'Apocalypse avec défaveur, il l'accepta plus facilement, quand il reconnut le parti qu'il pouvait en tirer contre la papauté. Dans sa préface à l'Apocalypse, écrite en 1534, l'ange du chapitre x représente la papauté, et les deux Bêtes du chapitre xin sont le pape et l'empereur. La plupart des exégètes luthériens, calvinistes et anglicans adoptèrent ces vues antipapistes et déployèrent des efforts stériles pour prouver que le pape est l'Antéchrist annoncé. W. Bousset, Die Offenbarung Johannis, p. 93-102, déclare cette exégèse « enfantine ».

4. Dans son commentaire sur l'Apocalypse, Nicolas de Lyre inaugura, en 1329, une nouvelle époque. A ses yeux, la prophétie de saint Jean est la prédiction de l'histoire de l'Église depuis sa fondation jusqu'à la fin des temps. Il la divise en sept âges. Le premier, prédit dans la vision des sept sceaux, va de Jésus-Christ à Julien l'Apostat; le deuxième, annoncé par la vision des sept trompettes, de Julien à l'empereur Maurice; le troisième, qui est la lutte du dragon avec l'Église, de l'empereur Maurice à Charlemagne; le quatrième, symbolisé par les sept coupes et célèbre par ses dissensions et ses schismes, de Charlemagne à l'empereur Henri IV; le cinquième commence à la mort de Henri IV et va jusqu'à l'avènement de l'Antéchrist. Mais comme Nicolas ne se croit pas prophète, il renonce à expliquer l'Apocalypse à partir du chapitre xvn. Cette explication se retrouve dans les commentaires d'Aureolus, d'Ederus, de Lizarazus et de Cœlius Pannonius. Un moment abandonnée, elle fut reprise, au xvne siècle, par le bienheureux Barthélémy llolzhauser. Son commentaire, édité à Vienne en 1850 seulement, fut traduit du latin en français par le chanoine de Wuilleret, Interprétation de l'Apocalypse, 2eédit.,2 in-8°, Paris, 1857. Holzhauser n'avait pas achevé son travail, qui s'arrêtait, Apoc, xv, 4; le traducteur l'a continué. Les sept âges de l'Église sont déjà prédits dans les lettres aux sept Églises de l'Asie Mineure et décrits avec plus de détails dans les visions des sept sceaux, des sept trompettes, de la Bête à sept tètes, des sept vases de colère, etc. M. de La Chétardie, Explication de l'Apocahjpse, Bourges, 1692, admettait aussi les sept âges de l'Église. En 1762, l'abbé Joubert développa ce système d'interprétation. L'abbé d'Etémare a composé, au xvni« siècle, un commentaire analogue. Explication de V Apocalypse, Paris, 1866. Verschraîge, Clarse simplicesque explicationes libri Apoc, Tournai, 1855, est d'accord pour le fond avec Holzhauzer. Lafont- Sentenac, Le plan de l'Apocalypse et la signification des prophéties qu'elle contient, Foix, 1872, a pris pour bases de son travail les commentaires de La Chétardie et de Holzhauzer. L'abbé Drach, Apocalypse de saint Jean, Paris, 1879, accorde ses préférences à ce système. Toutefois, il ne voit pas dans les sept lettres de saint Jean une histoire symbolique et abrégée de l'Église, et il n'accepte pas non plus toutes les applications à des faits particuliers. Voir encore dans ce sens Waller, Die Offenbarung des Al. Johannes im Lichte der Geschichtstypik, Rixheim, 1882; Biedel, Die Apokalypse, Augsbourg, 1887.

5. Les commentateurs catholiques du xvi« et du xvne siècle, surtout les jésuites, pour réfuter les explications fantastiques de la majorité des protestants, étudièrent l'Apocalypse d'une manière vraiment scientifique et suivirent deux voies un peu différentes. Ils reconnurent tous que la Babylone du royaume de Patmos était réellement Borne, mais la Borne païenne et non pas la Borne pontificale. Bibera, Comment, in Apoc, Salamanque, 1591, vit dans les cinq premières trompettes l'histoire de l'Église primitive dans ses rapports avec l'empire romain, et à partir de la sixième trompette l'annonce des derniers temps. Le commencement de l'Apocalypse concerne l'époque la plus rapprochée de l'auteur, mais la majeure partie du livre n'aura sa réali-

APOCALYPSE

sation qu'à la fin du monde qui sera précédée de la venue de l'Antéchrist. Viégas, In Apoc. Joannis apost. comment, exegetici, Cologne, 1613; d'autres jésuites, Benoît Pereira, Corneille de la Pierre, Ménochius, Gordon, Tirin, Mariana, de Mendoza, adoptèrent avec de légères variations la même interprétation. Elle a été acceptée au xixe siècle par des catholiques : Bisping, Erklàrung der Apoc, dans son Exegetiscltes Handbuch, Munster, 1876, t. ix; Krementz, Die Offenbarung des | /œil. Joliannes in Liclite des Evangeliums nach Johannes, Fribourg-en-Brisgau, 1883; Gallois, L'Apocalypse de saint Jean, Paris, 1895 (extrait de la Revue biblique); Tiefenthal, Die Apokalypse des hl. Johannes erklârt, Paderborn, 1892; Mémain, L'Apocalypse de saint Jean et le septième chapitre de Daniel avec leur interprétation, Paris, 1898; et par des protestants, Kliefoth, Die Offenbarung Johannes, 1874, etc. D'autres interprètes étendirent davantage l'annonce prophétique des événements de la première Église, de ses combats contre la synagogue et le polythéisme et appliquèrent les deux derniers chapitres seulement à la tin des temps. Salmeron, In Apoc. prœludia, dans ses Opéra, Cologne, 1615, t. xvi, ouvrit la voie, qui fut suivie par Louis de Alcazar, lnvestigatio arcani sensus in Apoc, Anvers, 1614. Des protestants, Grotius, Hammond, Le Clerc et Wetstein y entrèrent. Bossuet a rendu célèbre cette interprétation. L'Apocalypse avec une explication, Paris, 1689. Dupin, Analyse de l'Apocalypse, Paris, 1712; Calmet, Commentaire littéral, 2e édit., Paris, 1726, t. vin, p. 910- 1026; Lallemant, Réflexions morales avec des notes sur le N. T., Paris, 1725, t. xn ; Guyaux, Comment, in Apoc, Louvain, 1781, l'adoptèrent, en la modifiant pour les détails. Au xixe siècle, elle a été acceptée par M'Jr de Jiovet, L'esprit de l'Apocalypse, Paris, 1840; par Stern, Comment. ïiber die Offenbarung, Schaffouse, 1854; par Ailloli dans sa version allemande de la Bible et par Beelen dans sa traduction néerlandaise.

6. Dès la seconde moitié du xvme siècle, les rationalistes ont cessé de voir dans l'Apocalypse une prophétie de l'avenir; ils y ont reconnu une histoire, écrite sous forme symbolique et apocalyptique. L'auteur parle donc .exclusivement de son temps, par conséquent de la lutte de l'Église contre l'empire païen de Borne, figuré par Babylone et la béte. Les sept tètes de cette dernière sont sept empereurs, et l'Antéchrist est Néron, le grand persécuteur des chrétiens. L'auteur a pour but de consoler et d'encourager les persécutés; il leur annonce le triomphe de l'Église et le retour prochain de Jésus- Christ. Nombreux sont les commentaires qui développent cette idée, nombreuses les variantes de détail. Citons seulement Eichborn, Comment, in Apoc Joannis, 1791; Ewald, Comment, in Apoc. Joannis, 1828; de Wette, Kurze Erklàrung der Offenbarung Johannis, 1848; Volkmar, Kommentar zur Offenb. Joh., 1862; Kienlen, Commentaire historique et critique sur l'Apocalypse de Jean, 1870.

7. Au dernier stade de cette longue évolution, on a recherché les sources de l'Apocalypse. On s'est mis récemment à faire la critique littéraire de ce livre si discuté pour y trouver des principes nouveaux d'interprétation. Trois systèmes différents ont déjà vu le jour : le système des remaniements, celui des sources et celui des fragments. — 1° Le système des remaniements fut proposé par Vôlter,Die Entzlehung des A pok., Fribourgen-Brisgau, 1882. L'Apocalypse était un écrit fondamental de l'année 65 ou 66, remanié par trois mains différentes, sous Trajan, sous Adrien et en l'an 140. E. Vischer, Die Offenbarung Johannis, dans Texte und Untersuchungen, Leipzig, 1886, t. Il, 3, découvrit dans le livre de saint Jean une apocalypse juive remaniée et développée plus tard par une main chrétienne. Il reconnaissait le texte primitif aux idées juives qui y étaient exprimées, et les retouches chrétiennes à leur caractère

universaliste. Le professeur Harnacl;, de Berlin, accepta ces vues. Cf. Bulletin critique, t. vin, 1887, p. 1-5. — 2° Le théorie des sources fut. imaginée par Weyland, Omwerkings en compilatie-hypothese toegepast op de Apok. von Joh., 1888. Un rédacteur chrétien a mis en œuvre et compilé deux sources juives, l'une écrite sous Titus et l'autre sous Néron. Spitla, Offenbarung des Johannes, 1889, a découvert trois sources : celle à laquelle appartient la vision des sept sceaux, écrite après Tan 60, est d'origine chrétienne; les deux autres sont juives; celle dont faisait partie la vision des trompettes est du temps de Caligula; à la troisième appartenait la vision des coupes. E. de Faye, Les Apocalypses juives, Paris, 1892, p. 45-67, 166-191, a adopté les principales conclusions de Spitta. Schmidt, Anmerkungen ûber die Komposition der Offenbarung Johannis, 1891, prétendit que l'Apocalypse, aussi bien que le IVe livre d'Esdras et l'Apocalypse de Baruch, était un conglomérat de visions différentes. — 3°\Veizsacker,/lpos<oh'scAes Zei<a^er/188C, préféra la théorie des fragments. Considérant l'harmonieuse construction de l'Apocalypse, il y reconnut un ouvrage bien composé auquel on a ajouté plus tard, des fragments apocalyptiques plus anciens, de dates différentes. Sabatier, Les origines littéraires et la composition de l'Apocalypse de saint Jean, Paris, 1887, tient l'Apocalypse pour un ouvrage chrétien, auquel on a cousu des fragments juifs. Schôn, L'origine de l'Apocalypse, 1887, a admis les mêmes conclusions. Bousset, Die Offenbarung Johannis, 1896, p. 127-152, après l'exposé et la discussion des deux systèmes précédents, se rallie à la théorie des fragments, et admet que l'auteur de l'Apocalypse a introduit dans son œuvre des traditions et des morceaux apocalyptiques antérieurs. Hirscht, Die Apokalypse und ihre neueste Kritik, Leipzig, 1896, a critiqué avec bon sens et succès ces théories contraires à l'unité littéraire de l'Apocalypse.

S'il fallait choisir entre un si grand nombre d'interprétations ou simplement indiquer nos préférences, nous serions fort empêché. Sans fixer notre choix, nous écarterions toute explication qui est inconciliable avec le caractère prophétique, que la tradition constante de l'Église a reconnu à l'Apocalypse. Les commentateurs catholiques n'étant pas d'accord sur le sens précis à donner aux visions de saint Jean, c'est à chacun à examiner, dans la grande variété des interprétations orthodoxes, celle qui répond le mieux au texte sacré, scientifiquement étudié.

VI. Enseignements doctrinaux. — L'Apocalypse est un livre spécifiquement chrétien, écrit tout entier pour des chrétiens afin de ranimer leur courage par la description vive des espérances chrétiennes. Son auteur n'est ni un juif, ni un judéo-chrétien, mais un apôtre de Jésus-Christ, né dans le judaïsme, versé dans la tradition juive, nourri des prophètes, entièrement détaché du judaïsme par l'amour de Jésus. Sa doctrine est donc la doctrine chrétienne; toutefois, elle est exposée au moyen d'images et de symboles familiers aux prophètes de l'Ancien-Testament. Si les commentateurs discutent le sens de ses visions symboliques, ils sont d'accord pour y reconnaître des enseignements précis sur Dieu, Jésus-Christ, l'Eglise, les anges et la fin des temps.

I. dieu. — Dieu est décrit avec ses perfections. Il est éternel, comprenant dans son existence toutes les parties de la durée, le passé, le présent et l'avenir; il est l'alpha et l'oméga, le principe et la fin de tout, le toutpuissant, i, 4, 8; iv, 8; xi, 17; xxi, 6. Il est le créateur du ciel, de la terre, de la mer et de tout ce qu'ils contiennent, x, 6. Ses œuvres sont grandes et merveilleuses, et ses voies justes et véritables, xv, 3, comme ses jugements, xvi, 7; xix, 2. Il est juste et rend justice, surtout en punissant les persécuteurs de ses saints, parce qu'il est saint lui-même, vi, 10; xv, 4; xvi, 5-7; xix, 2, Quand il châtie, sa justice est animée par sa colère, ix,

APOCALYPSE

18; xiv, 10, 19; xv, 1; xvi,l. D'ailleurs, il est le maître, vi, 10; le roi des siècles, xv, 3; le roi des rois et le seigneur des seigneurs, xix, 16; il régnera à jamais, xix, 6; et il jugera les princes de ce monde, vi, 15-17, la terre, xvi, la grande prostituée, xvn-xix. Il siège au ciel dans l'appareil de la majesté, comme un roi au milieu de sa cour et il y reçoit les hommages rendus à sa sainteté et à sa toute-puissance, iv, 2-11; v, 1, 13; xi, 17. Il est digne de respect et mérite l'adoration des hommes, xv, 4, et à la fin des temps, il jugera le genre humain, xx, 12-15. Rien n'arrive que parce qu'il le veut, et ses châtiments se produisent à l'heure qu'il a fixée, vu, 3.

//. jésus-christ. — L'Apocalypse, que Bossuet a appelée « l'Évangile de Jésus-Christ ressuscité », met en pleine lumière le dogme de la divinité du Sauveur. Elle nous fait connaître la personne et l'œuvre de Jésus.

1. Sa personne. — C'est lui-même qui se révèle à saint Jean en même temps qu'il lui manifeste l'avenir, i, 1. Or il se montre à la fois comme homme et comme Dieu. Il est le Fils de l'homme, i, 13; xiv, 14; le Messie prédit sous ce nom par les prophètes et attendu des Juifs; il est le lion de la tribu de Juda, de la race de David, v, 5; xxn, 16. Mais il est aussi le Fils de Dieu, il, 18. Le Seigneur n'est donc pas seulement son Dieu, il, 7; m. 2, 12; il est encore son Père, il, 27; xiv, 1; il est à la fois son Dieu et son Père, i, 6. Ressuscité d'entre les morts, i, 5, 18; H, 8, Jésus est monté au ciel, où il siège avec son Père, m, 21 ; vu, 17. Il a les clefs de la mort et de l'enfer, i, 18, comme de la maison de David, m, 7. Il est le Seigneur des fidèles, xi, 8, qui sont ses serviteurs, i, 1; h, 20; xxn, 6. Il a reçu de son Père la puissance sur les païens, et il l'exerce, en les gouvernant avec une verge de fer, il, 26, 27; xn, 5; xix, 5. Il est le prince des rois de la terre, I, 5, le roi des rois et le seigneur des seigneurs, xvn, 14; xix, 16, comme Dieu dans l'Ancien Testament. D'ailleurs, saint Jean lui attribue les perfections divines. Il est éternel, le premier et le dernier, l'alpha et l'oméga, le principe et la fin de toutes choses, i, 17 ; il, 8; xxn, 13. Voir plus haut col. 901. Il est le vivant, i, 18, aussi bien que Dieu, iv, 9, 10; x, 6. Il a l'omniscience divine et ses yeux, comme ceux de Dieu, ressemblent à une flamme brillante, i, 14; il, 18; xix, 12; il scrute les reins et les cœurs, h, 23. Comme Dieu lui-même, xxn, 6, il est le Dieu des esprits, i, 4; iv, 5; il a les sept esprits de Dieu, m, 1 ; v, 6. Il reçoit les mêmes hommages que Dieu, i, 6; iv, 8, 11; v, 12, 13; vu, 9; xv, 3, 4; il a droit à l'adoration, vu, 11, qui n'est due qu'à Dieu, xix, 10; xxn, 9. Il sera servi avec Dieu pendant mille ans, xx, 6. A tous ces titres, il est donc Dieu et fils de Dieu. Enfin, il est le Verbe de Dieu, xix, 13; c'est son nom distinctif, celui qui le caractérise comme la seconde personne de la sainte Trinité.

2. Son œuvre. — Cette œmre, c'est la rédemption des hommes. Il l'accomplit au titre d'agneau de Dieu. Cette désignation métaphorique, employée vingt-neuf fois dans l'Apocalypse, signifierait à elle seule la satisfaction rendue par Jésus-Christ à la justice divine pour les péchés des hommes, en raison de ses rapports avec l'agneau, prédit par Isaïe, et avec l'agneau pascal, figure du Messie. Mais saint Jean affirme explicitement que cet agneau immolé a racheté dans son sang les hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation, v, 9. Pour ce motif, il est digne de louange éternelle, v, 12-14. Au ciel, il porte encore les glorieuses cicatrices de ses blessures et des coups qui l'ont fait mourir, v, 9. L'efficacité de son sang rédempteur se fait sentir sur terre, où il rend les justes victorieux des méchants, xn, 11, et au ciel, où les bons reçoivent la récompense qu'ils ont méritée par leurs combats terrestres, xix, 7-9. Voir plus haut col. 577-578. Le Christ nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans son sang, i, 5. Il a vaincu Satan et il récompense ceux qui l'ont vaincu comme lui et avec lui, ni, 21. Du reste, il

a fondé ici-bas son Eglise pour appliquer aux hommes les fruits de sa rédemption. Cf. ïloltzmann, Lehrbuch der neuteslamenllichen Théologie, Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1897, t. i, p. 467-475.

///. église. — Tout le livre de l'Apocalypse a pour but Je décrire les luttes de l'Eglise contre le paganisme et ses autres adversaires, avec son triomphe final. Elle apparaît partout comme l'objet de la providence la plus bienveillante et la plus attentive de la part de Dieu et de Jésus-Christ, son fondateur. Dans les trois premiers chapitres, on la voit constituée en églises particulières, ayant à leur tête un ange visible, c'est-à-dire un évêque, qui a charge de les garantir contre l'invasion des hérésies naissantes. Saint Jean nous la présente comme militante ici-bas et triomphante au ciel. A ce double titre, elle est le- temple de Dieu, la cité de Dieu, une nouvelle Jérusalem, descendue du ciel d'auprès de Dieu sur terre, m, 12; xxi, 2, 3, 10, et l'épouse de l'Agneau, c'est-à-dire de Jésus-Christ, xix, 7, 9; xxi, 2, 9. Elle a pour fondements les douze apôtres de l'Agneau, xxi, 14, et elle remplace l'ancienne Jérusalem. Les juifs qui n'habitent pas en elle sont maintenant de la synagogue de Satan, h, 9; m, 9. Elle comprend dans son sein le véritable Israël, avec des représentants de ses douze tribus, vu, 4-8; xiv, 1, et une foule innombrable de païens de toute nation, de toute race et de toute langue, vu, 9; xxi, 24, 26; xxn, 2. Elle est ainsi universelle et catholique. Après la consommation de toutes choses, elle remontera au ciel, d'où elle est descendue. Rien de souillé n'y entrera, et les élus y seront illuminés de la clarté de Dieu et y jouiront d'un éternel bonheur, xxi, 22-xxn, 5.

iv. anges. — L'Apocalypse parle souvent des anges, bons et mauvais, de leur nature, de leur nombre et de leurs fonctions. Elle les appelle des esprits, i, 4; III, l1; iv, 5; v, 6, qui sont au service de Dieu. Ils sont inférieurs à Dieu, car celui qui avait servi de ministre pour communiquer à saint Jean la révélation divine, i, 1 ; xxn, 6, 8, refuse l'adoration qui n'est due qu'à Dieu, xxn, 9. Les sept esprits principaux et des milliers d'anges entourent le trône de Dieu, i, 4; iv, 5; v, 6, 11, et célèbrent les louanges du Seigneur, vu, 11-12, et de l'Agneau, v, 12. Ils brûlent de l'encens devant le trône de Dieu : métaphore qui signifie qu'ils présentent à Dieu les prières des saints et servent ainsi d'intermédiaires entre la terre et le ciel, vm, 3-5. Ils vont aussi sans cesse du ciel à la terre. Non seulement ils sont les organes des communications prophétiques faites au voyant de Patmos, v, 2; vin, 6-x, 19; xiv, 6-12, mais ils portent encore, interprètent et exécutent les ordres de Dieu, pour le salut comme pour le châtiment. Ils impriment le signe du salut sur le front des élus, vu, 3. Sous la conduite de Michel, ils combattent contre Satan et ses anges, xn, 7-9. Ils ont puissance sur les éléments, xiv, 18, et ils sont les ministres des vengeances divines, xv, 1-xvin, 24. Voir plus haut col. 1189-1192. D'autre part, Satan et les mauvais anges attaquent l'Église, xn, 1-18 ; cet antique serpent se fait adorer sur terre, xm, 1-10; mais, à la fin des temps, son règne sera détruit pour toujours, xx, 1-10.

v. fin des temps. — Les enseignements relatifs à la consommation finale sont plus ou moins complets et plus ou moins détaillés, selon que l'on applique l'Apocalypse aux derniers temps, à partir du chapitre iv, du chapitre xm ou du chapitre xx seulement. Voir Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, t. i, col. 751-753, Paris, 1892. Mais il n'est pas certain que la Bête, prédite, xm, 1-10, soit l'Antéchrist. Voir ce nom, col. 1362. Cet ennemi de l'Église n'est pas nommé dans l'Apocalypse, et Satan, Apoc, xx, 7, est plutôt son inspirateur qu'il ne le désigne lui-même. Nous rapporterons donc seulement à la fin du monde les derniers chapitres de l'Apocalypse. Saint Jean nous y apprend qu'il y aura une résurrection

APOCALYPSE — APOCALYPSES APOCRYPHES

générale et un jugement universel, xx, 11-13, que les méchants iront dans l'étang de feu, xx, 14-15, et que Dieu ayant renouvelé toutes choses, xxi, 1 , les élus jouiront dans la Jérusalem céleste de la vision de sa gloire et d'un bonheur sans mélange, xxi, 2-XXII, 5. Cf. Bacuez, Manuel biblique, Ie édit., Paris, 1891, t. iv, p. 704-707.

vi. autres dogmes. — On trouve encore mentionnés dans l'Apocalypse le mérite des bonnes œuvres, m, 4,11 ; xiv, 13; la récompense réservée aux saints, n, 10, 11, 17, 23, 25,28; vu, 14, 17; xiv, 13; xx,6;xxi, 7; xxn, 12, particulièrement aux martyrs, il, 13, 26; vi, 9-11; xn, 11; xix, 2; xx, 4; la puissance et l'efficacité de leur intercession, vin, 2, 4, et la vision béatifique, xxn, 4.

E. Mangenot.

II. APOCALYPSES APOCRYPHES. Nous grouperons : I. les apocalypses juives; II. les apocalypses chrétiennes; mais dans chaque groupe, nous ne parlerons que des apocalypses dont le texte est publié.

I. Apocalypses juives. — Ces écrits apocalyptiques, composés ordinairement en hébreu ou en araméen, quelquefois en grec, par des Juits palestiniens ou hellénistes, constituent un genre littéraire à part, une manière de présenter, sous le couvert des grands noms du passé, les leçons et les instructions qui conviennent au présent. Ils nous font connaître la pensée des Juifs orthodoxes au Ier siècle avant Jésus-Christ et au rr siècle de notre ère. Leurs auteurs continuent l'œuvre des prophètes et entretiennent dans l'esprit de leurs contemporains la foi au Messie et l'espérance dans un avenir meilleur. Mais tandis que les prophètes, remplis de l'inspiration divine, s'adressaient directement au peuple et présentaient leurs paroles et leurs écrits comme des oracles divins, les écrivains apocalyptiques empruntent les noms de personnages antérieurs et font parler les anciens patriarches, Hénoch, Moïse, Esdras. Leurs livres sont donc pseudépigraphes. Cette pseudonymie est l'indice que le temps de la prophétie est passé. L'objet des apocalypses juives est très varié. L'histoire ancienne est racontée sous forme de prédiction jusqu'à l'époque de l'écrivain. La réalisation des faits antérieurs est de nature à donner de l'autorité aux avertissements du soi-disant prophète, et de la certitude à ses espérances messianiques. Les pécheurs sont réprimandés et blâmés, les justes consolés et encouragés. On y trouve aussi la révélation des mystères des cieux,de la nature, ou la solution des problèmes théologiques qui préoccupaient alors les esprits, et en particulier ce qui concerne la fin des temps. W. Bousset, Die Offenbarung Johannis, Gœttingue, 1896, p. 1-11, et art. Apocalyptik j'ùdische dans Realencyklopàdie fur protestantische Theologie,3e édit., Leipzig, 1896, t. i, p. 612-615, a essayé de synthétiser les éléments constitutifs de l'apocalyptique juive. Cl. Revue biblique, t. vu, 1898, p. 455-456.

Ces enseignements si divers sont présentés sous forme de révélations symboliques, souvent énigmatiques. Ainsi, les personnes paraissent sous la figure d'animaux, et les événements historiques sous l'image de phénomènes naturels. Le sens en est parfois expliqué, ou se laisse plus ou moins clairement deviner; d'autres fois, il reste obscur et enveloppé de mystère. Ces voiles, plus ou moins transparents, cachent et manifestent une pensée politique : la haine contre l'étranger, le païen, oppresseur du peuple juif. Composées pour la plupart à une époque de trouble, alors que les Juifs gémissaient sous la domination romaine, les apocalypses juives reflètent bien la situation. Leurs auteurs font ressortir le contraste qui existe entre l'idéal de la nation et la triste réalité présente, entre les antiques promesses de Dieu et l'asservissement de son peuple sous le joug des païens persécuteurs; mais ils gardent la foi la plus inébranlable dans l'avenir. Aussi leur but est-il éminemment pratique. Ils veulent réveiller ou faire naître chez leurs contemporains la fui qui les anime. Dieu n'éprouve son

peuple que pour le purifier et le récompenser davantage. Israël n'est pas fait pour servir, mais pour régner. Les apocalypses exercèrent une intluence puissante et efficace; elles entretinrent dans le monde juif l'opposition à l'empire romain et provoquèrent plusieurs fois la révolte. Au point de vue religieux, elles ne sont pas le manifeste d'un parti, d'une secte ou d'une école. Leurs auteurs ne sont ni des pharisiens ni des esséniens; ce sont des individus animés d'un grand esprit de religion, qui cherchent à raviver la foi de leurs compatriotes et représentent le judaïsme orthodoxe. Ils reprochent les infractions faites à la loi mosaïque et recommandent la pratique de la religion juive. 11 ne faut donc pas chercher leurs inspirations dans des sources étrangères. Leurs doctrines et leurs symboles ne sont pas empruntés aux vieux mythes chaldéens ou iraniens, comme l'a prétendu Gunkel, Schôpfung und Chaos, 1894. Ils dérivent de la tradition juive, complétée par le travail de la pensée juive et de l'exégèsejuive. Les éléments eschatologiques et apocalyptiques ont été fournis par les anciens prophètes et se retrouvent pour le fond et l'ensemble dans Isaïe, Ézéchiel et Daniel. Cf. Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1897, t. Il, p. 467-468. L'Apocalypse de saint Jean n'appartient pas à ce genre littéraire. Les symboles qu'elle a de commun avec les apocalypses juives ont été puisés aux mêmes sources traditionnelles. Elle a des éléments originaux et elle donne du relief aux idées reçues de la tradition hébraïque. Elle n'est pas pseudonyme ou pseudépigraphe. A l'exemple des anciens prophètes, l'auteur se nomme ; il a d'ailleurs la conscience très nette de son inspiration prophétique. Cf. Revue biblique, 1898, t. vu, p. 456-457. VoirE.Schiirer, Geschichte des jùdischen Volkes im Zeilalter Jesu Christi, 3e édit., Leipzig, 1898, t. m, p. 181-185.

/. livres d' hénoch. — i. Livre étltiopien. — Ce livre, dont le texte original était hébreu ou araméen, a été conservé intégralement dans une version éthiopienne, rééditée par Dillmann, Liber Hénoch œthiopice, 1851, traduite en allemand par le même, Das Ruch Hénoch ùbersetzt und erklàrt, Leipzig, 1853, et en anglais par Charles, The Rook of Hénoch, Oxford, 1893. Il a été partiellement retrouvé en grec dans un tombeau d'Akhmîm et édité par Bouriant, Fragments grecs du livre d'Hénoch , dans les Mémoires publiés par les membres de la mission arclt/ologique française au Caire, t. IX, 1892, fasc. 1er, p. 93-147, et traduit par A. Lods, Le livre d'Hénoch, Paris, 1892. Une édition critique a été publiée par Flemming, Leipzig, 1902, et une traduction allemande par Flemming et Radermacher, Leipzig, 1901. Cette Apocalypse, d'une étincelante poésie, est, dans son état actuel, une compilation qui se compose de deux morceaux principaux: une vision historique datant du règne de Jean Hircan, de l'an 110 environ, et trois paraboles messianiques, du temps d'Ilérode le Grand (40 4 avant J.-C), avec de sensibles retouches chrétiennes.

La vision historique comprend les chapitres i-xxxvi et lxxii-cv. Les trente-six premiers chapitres contiennent la vision qu'llénoch a eue, par l'intermédiaire des anges, sur le jugement dernier. Les cinq premiers servent d'introduction. Hénoch annonce que Dieu lui-même jugera tous les hommes, même les justes, à la fin du monde, avec dix mille de ses saints; il punira les méchants et bénira les élus. Le patriarche justifie les jugements divins en montrant que, tandis que l'ordre règne partout ailleurs, les hommes se livrent au désordre et à l'iniquité. Au chapitre vi, il raconte la prévarication de deux cents anges qui eurent un commerce charnel avec les filles des hommes, engendrèrent les géants et livrèrent au monde des secrets et des connaissances funestes. La terre se remplit de violence et les âmes des morts élevèrent leurs cris vers le ciel. Les bons anges demandèrent vengeance au Très-Haut et le déluge fut décidé. Hénoch fut enlevé de terre et il fut chargé d'annoncer

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aux anges tombés leur condamnation : ils devaient être enchaînés sous terre jusqu'au jour du jugement. Hénoch s'acquitte du message, et les condamnés le supplient d'écrire en leur faveur une supplique à l'Eternel, parce qu'ils ne peuvent plus parler à Dieu, ni lever les yeux au ciel, par honte des péchés qu'ils ont commis et pour lesquels ils sont condamnés. Hénoch rédige la supplique et va la lire au pays de Dan. Il reçoit la réponse dans son sommeil, et elle forme un petit livre « des paroles de justice ». La prière des anges tombés ne peut être exaucée, et une sentence définitive a été prononcée contre eux. Ils ne remonteront jamais au ciel et ils seront enchaînés jusqu'à la (in du monde. Dieu qu'Esdras a vu dans sa gloire, assis sur un trône, au milieu du feu et entouré de myriades d'anges, lui a dit la sentence des anges déchus : « Vous deviez intercéder pour les hommes, et non les hommes pour vous... Vous étiez des saints, des esprits vivants, éternels... Vous étiez dans le ciel et vous connaissiez tous les secrets... Il n'y a pas de paix pour vous. » A partir du chapitre XVII, Hénoch raconte les voyages qu'il a faits, sous la conduite des anges, aux extrémités du ciel et de la terre, et il décrit les merveilles qu'il a contemplées. Il a vu la prison des anges où se réunissent les âmes des hommes avant le jugement. Il y a un emplacement réservé aux esprits de ceux qui, comme Abel, demandent justice, un autre pour les pécheurs eux-mêmes où ils seront tourmentés jusqu'au jour du grand jugement, et un troisième pour ceux qui, n'ayant été ni pieux ni impies, méritent d'être assimilés aux pécheurs sans être punis autant qu'eux. Un lieu lumineux, placé sur la même montagne, est destiné aux justes. C'est sur une autre montagne, dont le sommet ressemble au trône de Dieu, que le Seigneur viendra s'asseoir quand il visitera la terre. Là, se trouve l'arbre de vie, dont le fruit sera après le jugement la nourriture des justes, et l'arbre sera lui-même transplanté en un lieu saint, près de la maison de Dieu, le roi du monde. Au milieu de la terre, il y a un lieu béni, auprès duquel se voit une vallée maudite, où seront rassemblés les blasphémateurs. Bien loin, à l'orient, au delà de la mer Erythrée, Hénoch visite « le jardin de la justice », c'est-à-dire le paradis terrestre, planté de grands arbres, entre autres l'arbre de la science.

Dans les chapitres lxxii-cv, il y a moins de doctrine que dans les précédents. L'ange Uriel explique à Hénoch les phénomènes astronomiques, le cours du soleil, de la lune et des étoiles. Des anges dirigent les étoiles et président à leurs mouvements, à leurs phases et à leurs conversions, lxxii-lxxxii. Hénoch raconte ensuite à Mathusala, son fils, deux visions qu'il a eues. La première est relative au déluge; la seconde est une description allégorique de l'histoire d'Israël, depuis l'origine jusqu'à la fin des temps. Les personnages sont représentés sous la figure d'animaux. L'allégorie est assez facile à comprendre jusqu'au temps de la captivité. A partir de là, la pensée est obscure. Il semble qu'il y est question d'anges qui, chargés de veiller à ce que les nations païennes n'oppriment et ne persécutent pas les Juifs au delà de ce que Dieu avait décrété, négligèrent leur mission, laissèrent les nations frapper Israël plus qu'il ne convenait et furent jetés dans le feu de l'enfer avec les anges déchus. Le jugement arrivera à l'époque de l'auteur; les païens et les pécheurs seront punis. Dieu transportera ailleurs la ville de Jérusalem et élèvera sur son emplacement une nouvelle ville, plus grande et plus haute que la première. Le Messie, figuré par un jeune taureau blanc, naît enfin et devient la terreur des bêtes féroces et des oiseaux de proie. Les derniers chapitres de cette section renferment une exhortation morale à pratiquer la justice, parce qu'il est écrit sur les tablettes célestes, dans le livre des saints, qu'une grande récompense est préparée aux justes, lxxxiii-cv.

Les trois paraboles, qui composent la vision de sa-

gesse, xxxvii-lxxi, à part quelques passages concernant Noé, qui y ont été insérés plus tard, forment un tout, bien distinct des autres parties du livre par la doctrine sur les anges, les fins dernières et le Messie. La première parabole décrit la demeure des élus & sous les ailes du Seigneur des esprits », et les quatre anges, qui se tiennent devant Dieu : Michel, le miséricordieux et le patient; Raphaël, préposé aux douleurs et aux blessures des hommes; Gabriel, préposé aux forces du monde, et Phanuel, préposé à la pénitence et à l'espérance. Hénoch voit les secrets des cieux. Un rapport mystérieux existe entre les noms des étoiles et ceux des justes. La sagesse était venue habiter parmi les enfants des hommes, mais elle n'y a pas trouvé de séjour; elle est revenue au ciel et elle y habite avec les anges. L'injustice s'est dès lors établie sur la terre. La seconde parabole concerne le juge suprême, nommé l'Élu, et le Fils de l'homme qui l'accompagnera. Avant que fussent créés le soleil et les étoiles, ce Fils de l'homme était appelé par son nom devant le Seigneur des esprits. Il sera la lumière des peuples et l'espérance des affligés. Tous les habitants de la terre se prosterneront en adoration devant lui. La personne du Messie est fortement mise en évidence au moyen de traits empruntés aux descriptions messianiques de l'Ancien Testament. Le fond est certainement juif; mais une main chrétienne l'a retouché et y a peutêtre inséré la dénomination du Fils de l'homme. Une invasion des Mèdes et des Parthes en Palestine précédera la fin du monde. La troisième parabole décrit encore le bonheur réservé aux justes, le grand jugement et les phénomènes célestes. Dans une révélation faite à Noé, il est de nouveau question des anges prévaricateurs et des secrets qu'ils ont fait connaître aux hommes.

GfrÔrer, Prophetx veteres pseudepigraphi, Stuttgart, 1840; Migne, Dictionnaire des apocryphes, Paris, 1856, t. I, col. 393- 514; Charles, The book of Enoch, Oxford, 1893; Loisy, L'enseignement biblique, 1893, chronique, p. 116-128, 133-138; Schurer, Geschichte des jùdischen Volkes, 3" édit., t. ni, p. 190- 209; Philippi, Das Buch Hénoch, sein Zeitalter und sein Verhàltniss zutn Judasl» iefe, 1868; Kautzsch, Die Apocryphen und Pseudepigraphen des A. T., Tubingue, 1900, t. Il, p. 217- 310; F. Martin, Le livre d' Hénoch. traduit sur le texte éthiopien, Paris, 1906.

2. Livre slave. — Le livre des secrets d' Hénoch, en slavon, publié par MM. Morlill et Charles, The Book of the Secrets of Enoch, Oxford, 1896, est différent du livre éthiopien. Conservé en cinq manuscrits qui ont été copiés en Bulgarie et en Russie aux XVIe et xvne siècles, il se présente à nous en deux recensions, l'une plus développée qui est le véritable texte de la version slavonne, l'autre plus courte qui est un abrégé de la première. Le texte primitif était probablement grec, quoique certaines parties aient pu être rédigées en hébreu. L'ouvrage semble avoir été composé en Egypte, dans la première moitié du Ier siècle de notre ère, par un juif helléniste. Il ne contient pas la moindre trace de christianisme ni aucune préoccupation messianique. On peut le diviser en trois parties. Dans la première, nous avons le récit du voyage d'Hénoch à travers les sept cieux sous la conduite de deux anges. Au premier ciel, le patriarche voit entre autres les deux cents anges qui gouvernent les étoiles, et ceux qui gardent les magasins de la neige et de la glace, les réservoirs des nuages et de la rosée. Au second ciel, il aperçoit, au milieu de sombres ténèbres, des anges qui n'ont pas obéi aux préceptes de Dieu, ont pris conseil de leur propre volonté et ont été rélégués du cinquième ciel, où ils habitaient. En attendant l'éternel jugement, ils sont plongés dans la douleur et ne cessent de pleurer. Ils demandent à Hénoch d'intercéder pour eux auprès de Dieu. Au troisième ciel se trouve un jardin avec l'arbre de vie au milieu. Du pied de cet arbre, partent quatre fleuves qui descendent au paradis terrestre et se répandent sur

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terre. Un olivier distille perpétuellement une huile merveilleuse, l'huile d'immortalité. Trois cents anges gardent le jardin et louent Dieu sans cesse. Ce lieu est le séjour réservé aux justes. Dans un endroit ténébreux et obscur, tout rempli d'un feu sombre qui brûle et glace en même temps, des anges terribles tourmentent sans pitié des prisonniers au visage farouche. C'est la place préparée pour ceux qui n'ont pas honoré Dieu et ont fait le mal sur la terre, en particulier ceux qui ont opprimé les pauvres ou ne les ont pas secourus. Les idolâtres sont aussi damnés. Le paradis et l'enfer sont donc ainsi placés l'un en face de l'autre. Au quatrième ciel, sont le soleil, la lune et les étoiles. Quinze myriades d'anges sortent avec le soleil et l'accompagnent pendant le jour, et mille pendant la nuit. Cent anges ■veillent à l'entretien de sa chaleur et de sa lumière. Quand l'astre arrive à une des portes de l'occident, quatre cents anges lui ôtent sa couronne et la portent devant le Seigneur ; ils la lui remettent quand il arrive à une des portes de l'orient. Au milieu du ciel, sont des anges armés qui louent le Seigneur avec accompagnement de cymbales et d'orgues. Au cinquième ciel, llénoch voit les troupes innombrables des Gregoris, qui sont tout tristes, silencieux et inactifs. Les anges révoltés contre Dieu, qui sont rélégués au second ciel, les trois d'entre eux qui descendirent sur le mont llermon, s'unirent à des femmes, donnèrent naissance aux géants et furent condamnés à rester sous terre jusqu'à la fin du monde, habitaient avant leur chute au cinquième ciel. Depuis lors, leurs frères, demeurés fidèles, sont dans la douleur. Hénoch a vu les anges enfermés sous terre et a vainement intercédé auprès de Dieu en leur faveur. Il blâme les anges du cinquième ciel, de ce qu'ils ne louent plus le Seigneur. Aussitôt ils se forment en quatre groupes et se mettent à chanter au son des trompettes ; mais leurs voix montaient vers Dieu avec un accent triste et doux. Les sept groupes des archanges occupent le sixième ciel. Tous sont parfaitement semblables. Leurs fonctions consistent à surveiller la marche des astres et le gouvernement de l'univers. Ils sont supérieurs aux anges et tiennent en sujétion tous les êtres qui vivent au ciel et sur la terre. Ils ont en main les registres où sont écrites les actions des hommes. Au milieu d'eux, sont sept phénix, sept chérubins, sept créatures à six ailes (séraphins), louant Dieu d'une seule voix. Au septième ciel, le plus brillant de tous, sont les armées des grands archanges, des puissances spirituelles, des dominations, des principautés, des vertus, des chérubins et des séraphins, des trônes et des vigilances aux yeux nombreux. Tous ces esprits se tiennent perpétuellement devant le trône de Dieu pour accomplir sa volonté. Les créatures à six ailes, sont rapprochées du trône et l'ombragent en chantant : « Saint, saint, saint est le Seigneur ! » Hénoch est enlevé par l'archange Gabriel et déposé devant Dieu qui rassure le patriarche effrayé. Il ordonne à l'archange Michel de lui ôter sa robe terrestre, de l'oindre de l'huile sainte et de lui mettre un vêtement de gloire. Hénoch ressemble alors aux êtres célestes. Puis, il écrit sous la dictée d'un archange, pendant trente jours et trente nuits, trois cent soixante-six livres, extraits des livres divins, qui contiennent tout ce qui regarde le gouvernement du monde et des hommes.

La seconde partie comprend un long discours, dans lequel Dieu lui-même explique à llénoch l'œuvre de la création. Cette révélation n'a pas été faite aux anges. Avant l'existence des choses visibles, Dieu seul suivait sa course parmi les choses invisibles, il créait tout et méditait la fondation du monde. Les créatures parurent successivement en six jours sur des ordres de Dieu. La création des esprits célestes est rapportée au second jour; leur nature est de feu. Un archange détourna de l'obéissance les anges dont il était le chef; il voulait

mettre son trône au-dessus des nuées et égaler Dieu en puissance. Il fut précipité des hauteurs avec ses anges et il vole continuellement dans les airs au-dessus de l'abîme. Le paradis terrestre fut planté le troisième jour. Le sixième, l'homme seul fut créé. Dieu ordonna à sa sagesse de le former de sept substances; le septième, son esprit, vient de l'esprit de Dieu et du vent. L'homme a une double nature, spirituelle et matérielle, qui explique sa mort, sa vie et tout ce qu'il est. Il fut placé sur la terre comme un second ange. Dieu lui donna sa sagesse et la liberté; il lui montra deux chemins, celui de la lumière et celui des ténèbres, le bien et le mal. Le créateur voulait savoir si l'homme l'aimerait ou non. Il connaissait la nature de l'homme, mais l'homme lui-même ne la connaissait pas. Cette ignorance fit son malheur, car de là vint qu'il pécha, et Dieu lui infligea la mort comme punition du péché. Les âmes ont été créées de toute éternité, avant la création du monde. C'est par la femme, formée d'une côte de l'homme, que la mort entra dans le monde. Dans le jardin d'Eden, Adam devait suivre la loi du Seigneur et garder ses instructions. Les cieux étaient ouverts audessus du jardin et Adam pouvait entendre les chants des anges. Le diable, le mauvais esprit des régions inférieures, voulut déranger l'ordre établi par Dieu, parce qu'il voyait que tout sur la terre était soumis à l'homme. Bien qu'il ait changé de nature, après avoir quitté les cieux, il conservait l'intelligence du bien et du mal. Satan dont le serpent semble avoir été la forme naturelle, trompa Eve, mais ne toucha pas Adam. Dieu maudit Satan; il ne maudit pas l'homme, la terre, les créatures, qu'il avait bénis, mais le mauvais fruit de l'homme et ses œuvres. L'homme ne sera pas détruit; il retournera à la terre, de laquelle il a été tiré et où Dieu pourra le prendre lors de sa seconde visite, au jour du jugement. La durée du monde sera de sept jours de mille années; six précéderont le jugement, puis, il y aura un jour ou mille ans de repos; après quoi, viendra un temps où il n'y aura aucune computation. Hénoch, redescendu sur terre, devra mettre par écrit le discours du Seigneur pour l'instruction de ses enfants.

Dans la troisième partie, Hénoch décrit à sa famille ce qu'il a vu dans les cieux, la face de Dieu, le monde, les astres, les phénomènes atmosphériques. Il a mesuré la hauteur du septième ciel et la profondeur de l'enfer; il a copié le jugement de chaque homme sur le registre de l'Éternel. Il a vu ses ancêtres avec Adam et Eve dans l'enfer et il a été touché de leurs souffrances; il a vu ceux qui tiennent les clefs et gardent les portes de l'enfer, et à cette occasion, il s'écrie : « Faut-il, pour avoir un peu péché en cette vie, souffrir toujours dans l'éternité? » Il a visité l'Éden, qui est ouvert sur le troisième ciel et fermé du côté de ce monde. Des anges de flamme, qui chantent des cantiques de triomphe, gardent les portes de l'orient par lesquelles passeront Adam et les patriarches, à l'époque du dernier avènement. Dieu les enverra chercher pour les introduire en paradis. A la fin du monde, Dieu viendra pour le jugement. Les âmes des justes entreront dans le paradis. Le discours se continue en longues recommandations morales en rapport avec celles de l'Ecclésiastique. Hénoch fait un nouveau discours, dans lequel il dit qu'aucune des âmes que Dieu a faites ne doit périr avant le jugement et que l'âme de la bête déposera contre l'homme qui l'aura mal soignée. Il est permis et louable d'offrir en sacrifice des animaux purs; mais c'est un crime de tuer, en l'étouffant, une bête qu'on doit manger. Il faul faire toutes choses en son temps, car il n'y a pas de place après la mort pour le repentir. Enfin, avant d'être enlevé par les anges, llénoch répète le but de Dieu, en créant l'homme; il conseille de garder les commandements divins. Tout homme comparaîtra pour le grand jugement devant le Seigneur. Ensuite, il n'y aura plus

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de temps, mais une éternité où tous les justes seront réunis pour vivre toujours heureux dans un paradis incorruptible. On a joint aux secrets d'Hénoch une légende de Melchisédech, remarquable par son étrangeté et rédigée par une main chrétienne.

A. Hamack, Geschichte der altchristlichen Literatur bis EuseUius, Leipzig, 1893, t. i, p. 913-914; A. Loisy, Un nouveau livre d'Hénoch, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1896, t. i, p. 29-57; Schurer, Geschichte des judischen Wolkes, 3' édit., t. ni, p. 209-213; A. Ehrliard, Die altchristliche Litteralur, Fribourg-en-Brisgau, 1900, p. 177.

//. Assomption de moïse. — Un fragment considérable de cet apocryphe a été découvert en version latine et publié par Ceriani, Monumenta sacra et profana, Milan, 1861, t. i, fasc. 1, p. 55-64, et réédité par Charles, The Assumption of Moses, Londres, 1897, avec une traduction anglaise, une introduction et un commentaire. Ce fragment, qui est comme le testament de Moïse, a probablement constitué d'abord un livre à part et a été joint de très bonne heure à l'assomption proprement dite, c'est-à-dire au récit de la sépulture du législateur d'Israël. La version latine a été faite sur le grec; mais certains indices font supposer un original sémitique, hébreu plutôt qu'araméen. Le livre a dû être écrit en Palestine par un pharisien, qui attendait de Dieu seul la délivrance d'Israël et condamnait toute révolte contre l'autorité romaine, au sentiment de M. Charles, ou par un zélote qui parle des pharisiens comme l'Evangile. Il est de très peu postérieur à la mort d'Hérode, 4 avant J.-C. C'est une apocalypse où l'histoire d'Israël est passée en revue depuis le temps de Josué jusqu'à la mort d'Hérode. Le discours est mis sur les lèvres de Moïse. Le monde a été créé pour Israël. L'histoire de ce peuple prédestiné est sommairement résumée jusqu'au règne d'Hérode. Ce roi arrogant et cruel châtiera les Juifs à cause de leurs crimes et de leurs divisions. Ses fils régneront quelque temps ; mais les cohortes romaines détruiront une partie du temple. Aussitôt après surviendra la fin des temps. Des hommes funestes et impies, qui se disent justes, mais sont trompeurs, amateurs de festins et cupides, domineront en Israël. La vengeance et la colère de Dieu se manifesteront contre «ux. Les traits des châtiments des derniers temps sont empruntés à la persécution d'Antiochus Épiphane. Un roi des rois mettra en croix les circoncis et les forcera à porter en public des idoles et à prononcer des paroles blasphématoires. Un homme de la tribu de Lévi conseillera à ses sept fils de jeûner pendant trois jours, puis de se réfugier dans une caverne pour y mourir plutôt que de transgresser les ordres de Dieu. Alors le royaume de Dieu s'établira dans le monde entier; Satan disparaîtra et avec lui l'angoisse et la souffrance. Le roi du ciel se lèvera de dessus son trône. La terre tremblera, le soleil ne répandra plus sa lumière et les cornes de la lune seront brisées. Le Très-Haut jugera les peuples, Israël sera, heureux et glorifié, et ses ennemis seront confondus.

Schurer, Geschichte des judischen Volkes, t. m, p. 213-222; Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1898, t. m, p. 470- 471; Hilgenfeld, Messias Judseorum, Leipzig, 1869, p. 437-468; Fritzsche, Libri V. T. pseudepigraphi selecti, Leipzig, 1871 ; Rosenthal, Vier apokryphysche Bûcher aus der Zeit und Schule R. Akiba's, Leipzig, 1885; Deane, Pseudepigrapha, Londres, 1891, p. 95-130; Kautzsch, Die Apocryphen und Pseudepigraphen des A. T., Tubingue, 1900, t. u, p. 311-331.

///. quatrième LIVRE d'esdras. — Ce remarquable apocryphe était primitivement écrit en grec; mais le texte original est perdu. Une ancienne version latine, rééditée par Bensly et James, The fourth Book of Ezra, tlte Latin version edited from the manuscripls, Cambridge, 1895, comblant la lacune des anciennes éditions, cf. Bensly, The missing Fragment of the Latin translation of tlie fourth book of Ezra, Cambridge, 1875, et

S. Berger, Notice sur quelques textes latins inédits de l'A. T., Paris, 1893, p. 29-31 (tiré des Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. xxxiv, IIe part., p. 143-145); une version syriaque, publiée et traduite par Ceriani, Monumenta sacra et profana, Milan, 1866, 1. 1, fasc. 2, p. 99-124; 1868, t. v, fasc. 1«', p. 41- 111; une traduction éthiopienne, éditée par Laurence, Quarli Ezrx libri versio œthiopica, Oxford, 1820 ; une version arabe, publiée par Gildemeister, Esdrx liber quarlus arabice, Bonn, 1877 ; une traduction arménienne, rendue en latin par Petermann et reproduite par Hilgenfeld, Messias Judxorum, Leipzig, 1869, p. 378-433; une ancienne version allemande, éditée par Walther, Die deutsche Bibelùbersetzung des Miltelalters, Brunswick, 1889, nous ont conservé cette intéressante apocalypse. Les deux chapitres premiers et les deux derniers ont été ajoutés plus tard par des mains chrétiennes. L'ouvrage primitif, que les critiques datent du règne de Domitien (81-96), ou de celui de Néron (96-98), comprend sept visions qu'Esdras aurait eues trente ans après la ruine de Jérusalem par Nabuchodonosor. Leur récit a ordinairement la forme d'un dialogue entre Esdras et l'ange Uriel. Si on ne considérait que la substance du livre, on pourrait le définir « un traité du jugement dernier considéré tant en lui-même que dans les circonstances qui doivent le précéder, l'accompagner et le suivre ». Le Hir, qui donne cette définition, la justifie en ces termes : « Annoncer la proximité du jugement divin et y préparer la terre, tel est l'objet principal et le but essentiel de cette composition. Dans ce dessein l'auteur embrasse et traite avec une certaine étendue toutes les questions qui se peuvent soulever à propos de ce grand acte de la justice suprême. Le jugement divin est nécessaire, inévitable; quelles sont les causes qui le diffèrent? Exposer ces causes, c'est dévoiler l'énigme de la providence dans le gouvernement des choses humaines, et cette matière occupe ici une grande place. Le jugement de Dieu est proche, et le monde touche à son terme; à quels signes pourra-t-on reconnaître qu'il s'avance? Ce jugement enveloppera dans une commune condamnation presque toute la masse du genre humain; comment concilier les attributs divins avec ce dogme du petit nombre des élus? Ce jugement sera sans appel; pourquoi l'intercession des amis de Dieu, aujourd'hui si puissante, sera-t-elle alors sans effet? Dans quel état sont les âmes des morts qui attendent ce jour suprême? Enfin par qui s'exercera le jugement de Dieu et quelles en seront les suites pour les bons et pour les méchants? » Éludes bibliques, Paris, 1869, t. i, p. 155-

La première vision débute par une prière d'Esdras, par une plainte vive sur l'abandon dans lequel gémit son peuple. Israël, objet de la prédilection divine, est au pouvoir des païens; il est coupable, sans doute; néanmoins n'est-il pas meilleur que les païens, malgré ses fautes? L'ange Uriel répond que les desseins de Dieu sont insondables. Esdras insistant, l'ange dit qu'il faut attendre que le mal soit arrivé à son comble et que le nombre des élus soit complet. Les âmes des justes n'ont pas encore reçu la récompense de leurs bonnes œuvres. L'ange ignore le temps de leur rétribution; il en indique à Esdras les signes précurseurs : la foi amoindrie, l'iniquité déchaînée, les éléments bouleversés, le règne de l'Antéchrist. La deuxième vision commence aussi par une fervente prière d'Esdras : Si Dieu voulait châtier les Juifs, pourquoi les livrer aux impies et ne pas les punir de sa propre main? L'ange affirme au prophète que l'amour de Dieu pour son peuple persévère et qu'il se manifestera un jour avec éclat. D'ailleurs, l'heure est proche. Esdras demande par qui s'exercera le jugement de Dieu sur le monde. Dieu répond : « Je visiterai le monde par le fils de l'homme d'abord, et enfin par moimême. » Le siècle futur, qui sera le règne du Messie,

APOCALYPSES APOCRYPHES

succédera immédiatement au siècle présent. De nouveaux signes de la fin des temps sont donnés. Ce sont des épreuves extraordinaires. Ceux qui y survivront seront sauvés et verront le salut de Dieu. Hénoch et Elie paraîtront sur la terre d'où le mal aura disparu et où fleuriront la foi et la vérité. Au début de la troisième vision, Esdras demande pourquoi les nations oppriment le peuple de Dieu et pourquoi ce peuple, qui a reçu le inonde en héritage, n'en a pas la possession. L'ange répond que, depuis la faute d'Adam, les hommes n'arrivent que par un étroit sentier, entre le feu et l'eau, au séjour large, spacieux et tranquille de la vie future. La patience est nécessaire aux justes. Leur afiliction sera courte. L'Épouse paraîtra comme une cité. Le Messie viendra combler de délices, pendant quatre cent trente ans, ses fidèles serviteurs. Après cette période, le Messie, fils de Dieu, mourra et tous les hommes avec lui. Le monde restera désert pendant sept jours. Mais alors la terre rendra les corps qu'elle a reçus, les morts ressusciteront et le siècle de l'incorruptibilité commencera. Le temps de la miséricorde sera passé, et la justice seule présidera à la distribution des châtiments et des récompenses. Le juge suprême siégera sur son tribunal. Le jour du jugement durera une semaine d'années. Le paradis et l'enfer sont l'un en face de l'autre : ici, la joie et le bonheur; là, le feu et les tourments. L'auteur expose, dans la suite de l'entretien, la doctrine du petit nombre des élus, dont la sainteté compensera l'innombrable multitude des damnés. Pendant sept jours après la mort, les âmes peuvent visiter les régions éthérées, le séjour du bonheur et des supplices. Cet intervalle écoulé, les âmes des bons sont admises dans un lieu de paix et de joie; celles des méchants errent sans asile et endurent sept genres de tourments. L'intercession des saints en faveur des damnés est sans efficacité; le sort des hommes est irrévocablement fixé. Dans la quatrième vision, Esdras voit une femme en deuil qui se métamorphose en ville et qui représente Jérusalem. La scène se passe dans une plaine déserte pour signifier qu'aucun élément humain, qu'aucun mélange de mal n'entrera dans la nouvelle Jérusalem. La cinquième vision est celle de l'aigle, symbole de l'empire romain, dont l'orgueil sera abaissé. Dans la sixième vision, Esdras voit le Fils de Dieu combattre contre tous ses ennemis et les dévorer, ramener de l'exil les dix tribus d'Israël et les établir aux confins de la terre, où elles vivront dans la fidélité à Dieu et l'exacte observation de sa loi. Dans le dernier acte, Esdras écrit, avant de mourir, la loi de Moïse et les livres des prophètes qui avaient été livrés aux flammes, et d'autres livres, remplis d'une doctrine plus profonde et plus cachée.

Gfrdrer, Prophète veteres pseudepigraphi, Stuttgart, 1840; Migne, Dictionnaire des apocryphes, Paris, 1856, t. i, col. 569- 648; Le Hir, Du IV' livre d'Esdras, dans les Études bibliques, Paris, 1869, t. I, p. 139-250; Hilgenfeld, Messias Judseorum, Leipzig, 1869, p. 36-433; Fritzsche, Libri V. T. pseudepigraphi, Leipzig, 1871; Penan, Les Évangiles et la seconde génération chrétienne, Paris, 1877, p. 348-373; Kabisch, Dos IV Buch Esra auf seine Quellen untersucht, Gœttingue, 1889 ; Schiirer, Geschiclde des jUdischen Volkes, t. m, p. 232-250; Bévue d'histoire et de littérature religieuses, 1896, t. i, p. 193-194; F. Rosenthal, Vier apokryphysclie Bûcher aus der Zeit und Schule B. Akiba's, Leipzig, 1885; Kautzsch, Die Apocryphen und Pseudepigraphen des A. T., Tubingue, 1900, t. il, p. 331-401.

iv. apocalypse du barucu. — 1» Version syriaque. — Une première apocalypse de Baruch, qui a dû être composée en grec, n'existe plus qu'en syriaque. Ceriani, Monumenta sacra et profana, Milan, 1866, t. i, fasc. 2. p. 73-98; 1871, t. v, fasc. 2, p. 113-180, en a publié le texte complet, qui a été' traduit en anglais par Charles, The Apocalypse of Baruch, Londres, 1896. Elle est postérieure à la ruine de Jérusalem, et on l'attribue à la dernière période du régne de Trajan (f 117). Baruch, qui parle toujours à la première personne, raconte ce

qui lui est arrivé avant et après la destruction de Jérusalem par les Chaldéens, et quelles révélations il a reçues. Pour répondre à la pensée de Baruch qui s'étonne de la ruine du peuple choisi, Dieu annonce que les païens seront punis. Quant aux justes, si le siècle présent ne leur apporte que des soull'rances et des angoisses, le siècle à venir leur réserve une couronne de gloire. Dieu détermine la durée du siècle présent. Quand elle sera écoulée, le Messie paraîtra et établira sur terre une ère de joie et de magnificence. Le temps de la manifestation du Messie est fixé dans la belle vision de la forêt et de la vigne, à la disparition du quatrième empire. Le Messie lui-même condamnera, et mettra à mort le dernier chef de cet empire, et son, règne durera jusqu'à la lin du monde. Dans une nouvelle révélation, Baruch connut les souffrances des derniers temps et les signes précurseurs de la fin. Le feu dévorera ceux qui ont méprisé les ordonnances de Dieu. La résurrection des morts précédera immédiatement le jugement dernier. Les morts ressusciteront tels qu'ils étaient durant leur vie et on pourra ainsi lesreconnaître. Mais après le jugement, ils changeront. Les méchants deviendront laids et repoussants; les bons seront beaux et revêtiront la splendeur des anges, et ils verront le monde invisible. Dans une dernière vision, Baruch voit une nuée qui laisse pleuvoir douze fois alternativement des eaux obscures, puis des eaux claires. Cette succession de phénomènes symbolise l'histoire du monde présent. Les dernières eaux obscures représentent les calamités et les catastrophes des derniersjours. L'anarchie et la confusion existeront ici-bas; il y aura des guerres, puis des fléaux naturels, qui feront périr beaucoup d'hommes. Les survivants seront livrés aux mains du Messie. Sa manifestation est figurée par la chute des dernières eaux claires. Il jugera les nations et exterminera celles qui ont opprimé son peuple. Son règne sera éternel; il existera sur terre et répandra partout la paix et la félicité.

Fritzsche, Libri V. T. pseudepigraphi, Leipzig, 1871, p. 654- 099; Langen, De apocalypsi Baruch, Fribourg-en-Biïsgau, 1867; r.enan, L'Apocalypse de Baruch, dans le Journal des savantsr avril 1877, p. 222-231 ; Schiirer, Geschichte des jùdischen Volkes, t. ni, p. 223-232; Rosenthal, Vier apokryphysche Bûcher, Leipzig, 1885; Deane, Pseudepigrapha, p. 130-162; Kautzsch, Die Apocryphen and Pseudepigraphen des A. T., Tubingue, 1900, t. il, p. 404-446; R. Duval, La littérature syriaque. Corrections: et additions à la première édition, Paris, 1900, p. 18-19; M. Kmusko, dans Patrologia syriaca, de M«' GralTin, Paris, 1907, t. Il, col. 1057-1207.

2° Texte grec. — Une seconde apocalypse de Baruch s'est conservée dans le texte original grec, publié par James, Apocrypha anecdota II, dans Texts and Studies, Cambridge, 1899, t. v, n. 1, et dans une version slavonne de basse époque. L'éditeur la présente comme une apocalypse chrétienne du IIe siècle; mais elle pourrait bien avoir été écrite dans un milieu juif hellénistique, épris de romanesque et de merveilleux sentimental. Au chapitre iv, il y a une interpolation chrétienne dans laquelle Dieu encourage Noé à planter la vigne, parce que la vigne, dont le fruit a fait chasser Adam du paradis, sera bénie et son fruit deviendra « sang de Dieu » et « par Jésus-Christ Emmanuel les hommes y participeront à la vocation d'en haut ». Un ange conduit Baruch à travers les cieux et lui montre les mystères de Dieu. Dans une immense plaine, qui est le premier ciel, se trouvent les hommes qui ont bâti la tour de Babel; ils ont des tètes de bœufs. Au second ciel, ceux qui ont fait bâtir cette tour ont des tètes de chiens. Au troisième, il y a le dragon, dont le ventre est l'enfer; le lieu de l'aurore, d'où sort le soleil, et le lieu du couchant. Au quatrième, il y a un lac, des oiseaux, la source de la rosée, le séjour des justes. L'arcbistratège Michel vient ouvrir la porte du cinquième ciel. Des anges y apparaissent qui portent des corbeilles de fleurs, c'est-à-dire les vertus des justes;

APOCALYPSES APOCRYPHES

d'autres anges pleurent, les mains vides; ce sont les anges des hommes mauvais. Michel confie aux premiers les bénédictions de Dieu et aux seconds ses menaces.

Revue biblique, 1898, t. VII, p. 303-304; Bulletin critique, 2* série, 1897, t. m, p. 413-415 ; Harnack, Geschichte der altchrist. Literatur, t. I, p. 91C; Kautzsch, Die Apocryphen und Pseudepigraphen des A. T., Tubingue, 1900, t. il, p. 446-457.

v. paralipomènes de baruch. — Cet apocryphe, publié dans une version éthiopienne par Dillmann, C lirestomathia œthiopica, Leipzig, 1866, et dans le texte grec original par Ceriani, Monumenla sacra et profana, Milan, 1^68, t. v, fasc. 1er, p. 9-18, et par Rendel Harris, The rest of the words of Baruch, Londres, 1889, n'est pas, comme le croit ce dernier éditeur, une œuvre chrétienne, « le dernier adieu de l'Église à la synagogue. » C'est plutôt un ouvrage juif, composé en l'an 136 de notre ère et retouché par un chrétien. Il a pour but de préparer la restauration de Jérusalem par la conversion des Juifs prévaricateurs. Baruch et Abimélech, à la fin de la captivité de Babylone, écrivent à Jérémie que si le peuple captif veut entendre la parole du Seigneur, il sera ramené à Jérusalem. Jérémie reçoit l'ordre d'éprouver le peuple dans l'eau du Jourdain. L'épreuve consiste à abandonner les œuvres de Babylone et en particulier à rompre les mariages contractés avec des Chaldéens. La moitié du peuple seulement accepta ces conditions et suivit Jérémie, qui mourut en offrant au temple un sacrifice. Mais le troisième jour, il ressuscita et il. prophétisa en ces termes : « Glorifiez Dieu et le Fils de Dieu, Jésus-Christ, qui est la lumière des siècles et la vie de la foi. Encore quatre cent soixante-dix-sept années et il viendra sur la terre. L'arbre de vie planté au milieu du paradis fera germer des fruits sur les arbres stériles. Il viendra et il se choisira douze apôtres qui porteront la bonne nouvelle aux nations. » A cause de cette prédiction, Jérémie fut sur-le-champ lapidé par le peuple.

Bulletin critique, 1890, t. XI, p. 261-263 ; Schurer, Geschichte des jùdischen Volkes, t. m, p. 285-287 ; Basset, Les apocryphes éthiopiens. I. Le livre de Baruch et la légende de Jérémie, Paris, 1893 ; Harnack, Geschichte der altchristlichen Literatur,

vi. apocalypse d'abraham. — Cette apocalypse, conservée dans un texte slave, a été traduite en allemand par Bonwetsch, Die Apokalypse Abrahams, Leipzig, 1897. C'est une œuvre juive, dont la date n'est pas déterminée et qui a été un peu retouchée par un chrétien. Le patriarche, scandalisé de l'idolâtrie de Tharé, son père, attira sur lui la bienveillance du Dieu éternel et fort, qui lui envoya un ange pour l'instruire. L'ange lui apprit à offrir des sacrifices et l'emmena au ciel avec lui. Abraham y apprit par révélation l'histoire de sa race. Cette race choisie sera réjouie par le sacrifice et le don de justice dans le séjour des justes, tandis que ses ennemis brûleront dans le feu de l'enfer. Au chapitre xxix, l'homme injurié et frappé, en qui les païens espèrent, est certainement le Messie; mais ce passage est peut-être une retouche chrétienne.

Schurer, Geschichte des jùdischen Volkes, t. m, p. 250-252; Harnack, Geschichte der altchrist. Lit., t. I, p. 914.

VU. APOCALYPSES D'EUE ET DE SOPHONIE. — Des

fragments coptes, provenant d'Akmîm et contenant des passages d'une apocalypse, ont été publiés et traduits par Bouriant dans les Mémoires de la mission archéologique française au Caire, 1893, t. I, fasc. 2, sous le nom d'Apocalypse de Sophonie. D'autres feuillets, acquis par le musée de Berlin, contenaient la souscription : « Apocalypse d'Élie. » Steindorff, Die Apokalypse Elias, dans les Texte und Untersuchungen, 2e série, Leipzig, 1899, t. ii, fasc. 3, a étudié les divers fragments et y a reconnu des morceaux de trois apocalypses, probablement d'auteurs différents. Les versions coptes ne sont pas originales et dérivent de textes grecs.

1. Une apocalypse anonyme, malheureusement incomplète, contient une description du séjour des damnés et de celui des bienheureux. C'est un écrit juif, plus ancien que l'apocalypse de Pierre et composé probablement en Egypte. C'est peut-être un fragment de l'apocalypse de Sophonie. Il y est parlé de deux catégories d'anges, ceux du Seigneur tout-puissant, qui inscrivent les bonnes œuvres des justes, et ceux de l'accusateur, qui est sur la terre. Ceux-ci tiennent note des péchés des hommes qu'ils font connaître à leur chef pour qu'il les écrive sur son registre et qu'il puisse les reprocher à leurs auteurs, lorsqu'ils sortiront de ce monde. Les anges qui châtient les impies sont innombrables; ils ont en mains des fouets enflammés, et avant de conduire les âmes au lieu du supplice, ils leur font parcourir les airs, pendant trois jours. L'ange qui accompagnait l'auteur changea de forme avant d'entrer avec lui dans l'enfer. C'est un étang de feu, dont les vagues sont des flammes de soufre et de poix. Un ange terrible, dont le corps ressemblait à celui des serpents, voulait entrelacer le visionnaire : c'était l'accusateur. Mais Érémiel, préposé à l'abîme et à l'enfer, ne le lui permit pas. Le visionnaire voulait adorer son libérateur. Le grand ange le lui défendit en disant : « Je ne suis pas le Seigneur tout-puissant. » L'accusateur avait un rouleau dans sa main, il l'ouvrit, et le visionnaire y lut, dans sa langue, tous ses péchés qui étaient des omissions d'œuvres de miséricorde et de jeûne. Un autre ange ouvrit un autre rouleau qui, vraisemblablement, était le registre des bonnes œuvres. Des milliers d'anges conduisent ensuite le visionnaire sur un bateau à travers l'abîme qui sépare l'enfer du séjour des élus. Il prend un vêtement d'ange, et un esprit céleste célèbre, au son de la trompette, la victoire du passager sur l'accusateur et le loue de ce que son « nom est écrit sur le livre des vivants ». Cet ange s'entretient amicalement avec les patriarches. Le ciel s'ouvre, et le voyant aperçoit l'enfer. Les âmes sont plongées dans une mer de feu, et divers châtiments font expier les différentes catégories de fautes. Les patriarches implorent la miséricorde divine en faveur des damnés, et cette prière se renouvelle tous les jours à la même heure. Le voyant désire pénétrer d'autres mystères; mais l'ange qui l'accompagnait, lui déclare qu'il n'est pas en son pouvoir de lui en montrer davantage jusqu'au jour du grand jugement, alors que, dans sa colère, le Seigneur viendra détruire le ciel et la terre et faire reconnaître à toute chair son empire.

2. L'apocalypse d'Élie, qui existe à peu près en entier, est une prophétie qui annonce l'apparition de l'Antéchrist et celle du Messie. C'est un écrit juif, composé en Egypte avant Jésus-Christ, mais ayant subi diverses retouches chrétiennes. Il débute comme les prophéties : « La parole de Dieu vint sur moi. » Le Seigneur reproche aux Juifs leurs fautes; mais un chrétien a ajouté à ce discours que le Fils de Dieu est venu dans le monde pour sauver les coupables. A la lin des temps, le Seigneur marquera les siens, et le fils de l'iniquité n'aura pas puissance contre eux; les pécheurs seront frappés de consternation. Il y aura alors de nombreux apôtres de l'erreur, dont les enseignements ne seront pas de Dieu. Ils condamneront le jeûne et soutiendront que Dieu ne l'a pas institué. Mais le Seigneur recommande le jeûne et la prière, accomplis avec un cœur pur et des mains innocentes. Les malheurs qui précéderont la venue de l'Antéchrist sont décrits sous l'image des luttes des rois de Perse et d'Assyrie en Egypte. L'Antéchrist dira mensongèrement qu'il est le Christ et fera des prodiges pour faire réussir son imposture. Toutefois, il ne pourra pas ressusciter les morts, parce qu'il n'a pas puissance sur l'âme. Les marques physiques, auxquelles on le reconnaîtra, sont indiquées. La vierge Tabithe viendra l'apostropher à Jérusalem; il la poursuivra, sucera son

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sang, et en versera sur le temple ce qui sera salutaire pour le peuple. Elle ressuscitera le lendemain et elle déclarera à l'Antéchrist qu'il n'a plus pouvoir ni sur son corps, ni sur son âme, parce qu'elle vit dans le Seigneur. Selon M. Steindorff, cet incident serait une interpolation chrétienne. Hénoch et Élie viendront aussi combattre l'Antéchrist. Après sept jours de combat, les deux prophètes seront tués et leurs corps demeureront trois jours et demi sur la place. Le quatrième jour, ils ressusciteront et la lutte recommencera. Le fils de l'iniquité, ne pouvant rien contre eux, s'acharnera sur les justes, qu'il fera périr dans d'affreux supplices. Leurs cadavres seront préservés de toute atteinte jusqu'au jour du jugement. Ils ressusciteront alors. Soixante d'entre eux, armés de la cuirasse de Dieu, attaqueront l'Antéchrist à Jérusalem, et beaucoup se détacheront de lui. Le Christ enverra ses anges enlever ses élus, avant le jour de sa colère. La nature se transformera, les pécheurs reconnaîtront que le fils de l'iniquité les a trompés. Lui-même pleurera, puis se mettra à la poursuite des saints. Les anges lutteront contre lui. Le feu du ciel dévorera les pécheurs et le diable, et le jugement commencera. Tous les péchés seront révélés au lieu où ils ont été commis. Les justes verront les pécheurs punis, et les pécheurs contempleront le séjour où les justes seront récompensés de leurs bonnes œuvres. Élie et Hénoch, déposant leur chair de ce monde, prendront leur chair spirituelle et tueront le fils de l'iniquité, qui sera anéanti, et tous ceux qui ont cru en lui seront engloutis dans les profondeurs de l'abîme. Le même jour, le Messie, descendu du ciel avec les saints, créera une nouvelle terre où il n'y aura pas de diable, et il y régnera mille ans avec les saints.

3. Le court fragment de l'apocalypse de Sophonie, en dialecte sahidique, a beaucoup de traits communs avec l'apocalypse anonyme, tellement qu'il n'en est peut-être qu'une partie. Il est question d'une Ame pécheresse qui, tourmentée par cinq mille anges, recevait d'eux cent coups de fouet chaque jour.

Zahn, Gescliichte des Neutestamentlichen Kanons, Erlanger), 1892, t. Il, p. 801-810 ; Schiirer, Geschichle des jùdischen \'olkes, t. m, p. 267-272 ; Harnack, Geschichte dcr atlchrist. Literatur, t. I, p. 853-854, 918-919; Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1899, t. IV, p. 172-176; Revue biblique, 1900, t. IX, p. 128-130.

Outre les ouvrages cités, on peut encore consulter pour l'ensemble du sujet, des apocalypses juives, Volkmar, Handbucli zu den Apocryphen, Leipzig, 1867; Nicolas, Les doctrines religieuses des Juifs, Paris, 1860: Maurice Vernes, Histoire des idées messianiques, Paris, 1874 ; E. de Faye, Les apocalypses juives. Essai de critique littéraire et théologique, Paris, 1892; Vigoureux, Dictionnaire de la Bible, Paris, 1897, t. I, col. 756-764; A. Sabatier, L'apocalypse juive et la pliilosophie de l'histoire, conférence publiée dans la Revue des études juives, 1900.

II. Apocalypses chrétiennes. — Les chrétiens ne se sont pas contentés de lire, de retoucher et de remanier la plupart des apocalypses juives. Harnack, Gescltichte der altchrist. Literatur, t. r, p. 86L Ils ont encore imité ce genre littéraire qu'ils aimaient et dont ils subissaient l'influence. Plusieurs écrivains, dont quelquesuns se rattachaient à des sectes hérétiques, s'y sont exercés et ont produit des apocalypses sous le nom d'un personnage de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Les apocalypses chrétiennes sont moins anciennes que les apocalypses juives et présentent un moindre intérêt doctrinal. Elles ne sont souvent que de pâles imitations d'apocryphes antérieurs, et leur texte ne nous est pas parvenu dans sa pureté première.

/. ascension d'isaie. — Qùivre composite, formée de deux écrits d'origine différente réunis par une main chrétienne, elle existe dans une version éthiopienne, éditée par Dilmann, Ascensio Isaise eethiopice et latine, Leipzig, 1877, dans une version latine, dont il reste quelques fragments et dans un remaniement grec, décou-

vert et publié par von Gebhardt, dans la Zeitschvifl fi'tr wissenschaflliche Théologie, 1878, t. xxi, p. 330-353. Le premier de ces écrits, d'origine juive, raconte le martyre du prophète Isaïe et n'a rien d'apocalyptique. Le second, l'ascension proprement dite, aurait été rédigé par un judéo-chrétien gnosticisant, dans la première moitié du ne siècle. Isaïe raconte au roi Ézéchias une vision qu'il a eue. Sous la conduite d'un ange du septième ciel, il a traversé successivement le firmament, où sont les mauvais anges, les six cieux dans lesquels de bons anges, de plus en plus brillants, louent Dieu; puis, avec l'autorisation du Christ Jésus, il a pénétré au septième ciel, où se trouvent les saints. Ils sont vêtus d'une robe céleste et environnés de splendeur comme les anges; mais ils n'ont encore ni couronnes, ni trônes; ils ne les recevront qu'après l'incarnation du Christ. Isaïe vit les livres dans lesquels les actions des hommes sont écrites; il vit aussi les robes, les couronnes et les trônes destinés aux hommes qui croient au Messie. Il contempla la sainte Irinité. L'incarnation du Verbe dans le sein de Marie et la naissance de Jésus à Bethléhem lui furent révélées avec des détails singuliers.

Gfrorer. Prophetx veteres pseudigraphi, Stuttgard, 1840; Deane, P seuil epigrapha, 1891, p. 236-275; Basset, L'Ascension d'isaie, Paris, 1894; Schiirer, Geschichte des jùdischen Volkes, t. III, p. 280-285; trad. allemande du Martyre, dans Kautzsch, t. il, p. 119-127; trad. anglaise par Charles, Londres, 1900; trad. française par Tisserant, Paris, 1909.

//. apocalypse de PIERRE. — De cette apocalypse, autrefois si célèbre, il ne nous restait que de courts fragments, réunis par Hilgenfeld, Novum Testamentum extra canonem receptum, 1884, p. 71-74. L'un, cité par Macarius Magnés, concerne le jugement dernier. Un autre, reproduit par Clément d'Alexandrie, Eclogx ex Scripturis proplteticis, 41, 48, P. G., t. ix, col. 717, 720, dit que les avortons sont confiés à un ange nourrice pour être élevés et instruits comme s'ils avaient vécu. Un fragment grec, plus considérable, a été découvert à Akhmim, dans le tombeau d'un moine grec et édité par Bouriant, dans les Mémoires publiés par les membres de la mission archéologique française au Caire, Paris, 1892, t. ix, fasc. 1, p. 142-146. Il débute par les derniers mots d'un discours de Jésus aux apôtres. Le Sauveur y signale, comme présage de la fin du monde et du jugement dernier, l'apparition de faux prophètes. Étant allés tous ensemble prier sur une montagne, vraisemblablement celle de la transfiguration, les douze apôtres demandent au Maître de voir un de leurs frères justes, sortis de ce monde, afin d'affermir leur espérance et d'encourager les hommes qui les écouteront. Deux défunts leur apparurent, et ils ne pouvaient les regarder tant étaient brillants leurs visages et leurs vêtements. Sur la demande de Pierre, Jésus montra, en dehors de ce monde, la région lumineuse et fleurie dans laquelle les justes habitaient avec les anges dans la gloire et louaient joyeusement Dieu. En face du séjour des bienheureux, les pécheurs étaient punis et châtiés dans un lieu ténébreux par des anges au vêtement sombre. Les blasphémateurs, les juges injustes, les adultères, les meurtriers et leurs complices, les prêteurs à intérêt, les riches insensibles, les faux témoins et d'autres coupables encore recevaient des châtiments proportionnés à leurs péchés. Les âmes des assassinés contemplaient le supplice de leurs meurtriers, et disaient : « O Dieu! ton jugement est juste. » Cette apocalypse a été composée entre 110 et 160, dans un milieu palestinien ou égyptien. Elle a été en usage principalement à Rome et à Alexandrie. Elle a de nombreux rapports avec la seconde Épitre de saint Pierre et elle a beaucoup influé sur les apocalypses d'Esdras, de Paul et de Baruch, aussi bien que sur le Pasteur d'Hermas. L'appropriation et l'équivalence des supplices avec les péchés commis ont été empruntés à la mythologie

APOCALYPSES APOCRYPHES

grecque; les saintes Écritures ne décrivent rien de semblable.

Zahn, Geschichte des Neutestamentlichen Kanons, Leipzig, 1892, t. n, fasc. 2, p. 810-820; A. Lods, Evangelii secundum Petrum et Pétri Apocalypseos qvœ supersunt. Paris, 1892; Id., L'Évangile et l'Apocalypse de Pierre, Paris, 1893; A. Robinson et Rhodes James, The Gospel according to Peter and the Révélation of Peter, Londres, 1892 ; A. Harnack, Bruchstùcke des Evangeliums und der Apokalgpse des Petrus, dans Texte und Untersuchungen, Leipzig, 1893, t. ix, fasc. 2; O. von Gebhardt, Das Evangelium und die Apocalypse des Petrus, Leipzig, 1893; A. Loisy, L'enseignement biblique, n* 10, juillet-août 1893, chronique, p. 112-110; Jacquier, Travaux récents sur quelques apocryphes, dans l'Université catholique, octobre 1894, p. 242- 248; Dietrich , Beitriïge zur Erkliirung der neuentdeckten Petrus-Apokalypse, Leipzig, 1893 ; Harnack, Die Petrusapokalypse in der alten abendldnd. Kirchc, 1895; Batiffol, Anciennes littératures chrétiennes. La littérature grecque, Paris, 1897,

///. apocalypse de moïse. — Cette révélation, soidisant faite par Dieu à Moïse, est le récit de la vie et de la mort d'Adam et d'Eve. Le texte grec a été publié par Tischendorf, Apocalypses apocryphes, Leipzig , 1866, p. 1-23, et par Ceriani, Monumenla sacra et profana, Milan, 1868, t. v, fasc. 1, p. 19-24. L'ouvrage rentre dans la catégorie des livres d'Adam. Dans son état actuel, il ne remonte qu'aux environs du Ve siècle; mais l'auteur a utilisé des documents juifs antérieurs. Adam, sur le point de mourir, confesse sa faute devant tous ses enfants rassemblés. Il dit que, pour tenter Eve, le démon attendit l'heure où les anges qui la gardaient étaient remontés au ciel pour louer le Seigneur. Eve et Seth vont aux portes du paradis terrestre solliciter en sa faveur quelques gouttes de l'huile de la miséricorde afin d'adoucir ses angoisses. En chemin, Eve raconte longuement à son fils sa tentation, sa faute et son châtiment. Seth rapporte seulement la promesse que cette huile sera accordée au monde vers la fin des temps, quand viendra le règne heureux du Messie. Adam meurt et tandis qu'Eve se lamente et prie, un ange l'invite à lever les yeux pour voir monter vers Dieu le corps de son époux. Elle voit les sept cieux ouverts et le Seigneur qui, entouré de légions d'anges, vient au-devant du défunt. Les anges brûlent des parfums et intercèdent pour Adam. Dieu le plonge dans les eaux de l'Achéron pour le purifier et l'en retire après trois heures. L'archange Michel a l'ordre de conduire Adam au troisième ciel. Mais, par une contradiction évidente, qui fait supposer la combinaison de deux récits différents, Dieu descend sur la terre avec ses anges pour ensevelir le corps d'Adam au paradis terrestre, à l'endroit même d'où avait été pris le limon dont ce corps avait été formé. Dieu lui-même prédit à Adam sa future résurrection, ses glorieuses destinées et son triomphe final sur le démon. Six jours plus tard, Eve mourut à son tour et l'archange prit soin de sa sépulture. Michel dit à Seth que tout homme mort devrait être enseveli de la même manière jusqu'à la résurrection, et que le deuil des défunts ne durerait que six jours parce qu'au septième jour Dieu et ses anges se réjouissent de ce qu'une âme juste est venue de la terre au ciel. La doxologie finale rend gloire à Dieu le Père et au Saint-Esprit éternel et vivificateur.

Kautzsch, Die Apocryphen und Pseudepigraphen des A. T., Tubingue, 1900, t. Il, p. 311-331 ; Le Hir, Études bibliques, Paris,' 1869, t. n, p. 111-120 ; Schiirer. Geschiche des jiidischen Volkes, t. m, p. 220 et 287 ; Harnack, Geschichte der altchrist. Lit., t. i, p. 856-857.

iv. apocalypse d' esdras. — Le texte grec a été publié par Tischendorf, Apocalypses apocryphse, p. 24-33. C'est un ouvrage de basse époque, dont la date n'est pas précisée, ve-vnie siècle, et qui n'est qu'une très pâle imitation du IVe livre d'Esdras, avec certaines réminiscences du livre d'Hénoch. Préparé par de longs jeûnes, Esdras fut

admis à contempler les secrets de Dieu. Enlevé au premier ciel, il vit une grande troupe d'anges. Il entendit sortir de l'enfer une voix qui lui demandait son intercession auprès de Dieu. Alors, commence un long dialogue entre Esdras qui réclame pitié pour les chrétiens pécheurs, et le Seigneur qui soutient les droits de sa justice. Sur sa demande, le prophète descendit aux enfers et il vit Hérode qui avait fait périr les enfants; il entendait la voix des pécheurs, sans les apercevoir euxmêmes. Il y vit l'Antéchrist, qui se dira le Fils de Dieu, fera des prodiges, dont la venue précédera la résurrection des morts. En apprenant de la bouche de Dieu ce qui arrivera à la fin des temps, Esdras s'écrie : « Seigneur, ayez pitié de la race des chrétiens. » Remonté au ciel, il assiste au jugement et il plaint les hommes qui doivent être jugés. Il désire voir le paradis. Les anges le conduisent à l'orient et lui montrent Hénoch, Élie, Moïse, les apôtres, les justes et les patriarches. Dieu lui fait connaître les noms des anges. Les anges redemandent alors à Esdras son âme. Sa couronne est prête; mais il refusé longtemps de mourir; il veut continuer sur terre son rôle d'intercesseur et d'avocat contre Dieu. Il cède enfin, quand il a l'assurance qu'il remplira avec plus d'efficacité son ministère dans la vie future.

Le Hir, Études bibliques, t. n, p. 120-122 ; Schùrer, Geschichte, t. m, p. 245.

Une autre apocalypse d'Esdras, en syriaque, relative à la durée de l'empire des musulmans, a été publiée avec une traduction allemande par Bœthgen, dans la Zeilschrift fur die altestament. Wissenschaft, 1886, p. 199-213, et avec une traduction française par Chabot, dans la Revue sémitique, 1894, t. n, p. 242-250, 333- 346. Une version arabe a été éditée par Gottheil, dans Hebraica, 1888, t. iv, p. 14-17. Une traduction anglaise a été faite par Hall, Presbyterian quarterly, 1886. Cf. Iselin, Apokalyptische Sludien, dans la Theol. Zeilschrift aus der Schweiz, 1887, p. 60-64, 130-136; Schùrer, op. cit., t. m, p. 245; R. Duval, La littérature syriaque, Paris, 1899, p. 93-94.

V. APOCALYPSE DE PAUL. — Différente del'AvaêaTixov IlaJ^ou, qui, d'après saint Épiphane, Heeres., xxxvni, 2, P. G., t. xli, col. 656, était aux mains des caïnites, cette apocalypse a été citée par saint Augustin, Tract, in Joa., 98, P. L., t. xxxv, col. 1885, et par Sozomène, H. E., vu, 19, P. G., t. lxvii, col. 1480. Elle a été publiée en grec par Tischendorf, Apocalypses apocrypliœ, p. 34-69. La traduction anglaise d'une version syriaque plus développée a été donnée dans The journal of sacred lilerature and biblical record, 1865, p. 372. Cet apocryphe, composé peu après la mort de Théodose (395), est le récit de ce que vit saint Paul, lorsqu'il fut ravi au troisième ciel. II Cor., xn, 4. D'après la préface, il aurait été trouvé à Tarse dans la propre maison de l'apôtre. Saint Paul l'aurait écrit pour porter les hommes à faire pénitence de leurs péchés. Le soleil, la lune, les étoiles et la mer ont souvent demandé à Dieu de venger les crimes dont ils sont les témoins. L'apôtre recommande aux humains de louer le Seigneur, au coucher du soleil, parce que c'est l'heure où les anges gardiens vont adorer Dieu et lui rendre compte des actions des hommes. Les anges des méchants demandent d'être relevés de leur service ; mais Dieu les renvoie sur terre, se réservant le jugement. Saint Paul, ravi en esprit, va sous la conduite d'un ange visiter le séjour des justes. Dans le firmament, il voit de grandes puissances, chargées de punir les pécheurs, et au ciel, des anges brillants qui amènent à Dieu les âmes des justes. L'impiété lui apparaît comme un nuage de feu qui couvre toute la terre. Il assiste à la mort d'un juste et d'un pécheur. Les bons et les mauvais anges sont présents. Les mauvais anges ne trouvant rien à reprendre dans le juste, les bons conduisent son âme au lieu du

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repo=. A l'inverse, ceux-ci laissent les mauvais anges emmener l'âme du méchant dans l'enfer. L'ange gardien de cette âme l'accuse au tribunal de Dieu. Le temps de la pénitence étant passé, Dieu la destine aux ténèbres extérieures et à cause de ses péchés, l'envoie au Tartare jusqu'au jour du grand jugement. Les anges louent la justice de la sentence. Saint Paul voit sous une seconde forme (à moins qu'on n'admette ici une interpolation) les deux séjours des bons et des méchants. La demeure des justes ressemble à une ville. Hénoch, « témoin du dernier jour, <> en sort en pleurant, parce que les hommes ne font pas la volonté de Dieu. A côté de la ville, l'apôtre voit la terre, où habitent ceux qui pleurent, mais qui seront consolés, et l'Achéron ou l'étang dans lequel les âmes tont pénitence de leurs péchés. La pénitence de ces derniers étant achevée, l'archange Michel les introduit dans la ville de Dieu, qui est remplie de justes. Paul pénètre dans cette ville qu'il décrit. Ceux qui ont accompli leurs actions par vaine gloire séjournent devant les portes de la ville sous des arbres touffus, qui n'ont point de fruits. Les prophètes, les enfants qu'Hérode a fait périr, les patriarches occupent différents lieux, réservés à ceux qui ont pratiqué différentes vertus. Au milieu de la ville, David chante Alléluia auprès d'un autel. Quand le Christ fera son second avènement, David et tous les saints l'accompagneront. Le sacrifice du corps et du sang du Christ ne peut être offert sur terre, sans que David chante au ciel Alléluia. A l'extrémité de l'occident se trouve la région des ténèbres, où souffrent les damnés. Les supplices sont diversifiés d'après les crimes. Dans l'étang du feu, il y avait un évêque qui n'avait pas rempli ses devoirs envers les pauvres, un prêtre et un diacre qui avaient mangé et bu avant le service de l'autel. Dans le puits de l'abîme sont ceux qui ne confessent point que sainte Marie est mère de Dieu et disent que le Seigneur ne s'est pas incarné d'elle et que le pain de l'eucharistie et le calice de bénédiction ne sont pas sa chair et son sang. Ceux qui nient la résurrection des morts sont là où il y a des pleurs et des grincements de dents. Le ciel s'étant ouvert, les âmes qui étaient jugées supplient l'archange Gabriel d'intercéder pour elles, puis le Seigneur Jésus d'avoir pitié d'elles. Le Sauveur leur accorde comme repos de leurs souffrances la nuit et le jour du saint dimanche auquel il est ressuscité des morts. On ne voit pas clairement si cette intermittence dans les souffrances est accordée aux damnés chaque dimanche ou le jour de Pâques seulement. Dans le paradis terrestre, où il est ensuite conduit par l'ange, Paul voit sainte Marie, la mère du Seigneur, qui lui recommande de prêcher la parole de Dieu dans le monde. Il s'entretient aussi avec les patriarches. Moïse pleure l'aveuglement de son peuple qui, loin de reconnaître le Fils de Dieu, l'a fait mourir sur la croix. Les prophètes Isaïe, Jérémie et Ézéchiel expriment les mêmes regrets. Paul voit enfin Noé, Hénoch et Élie.

Le Hir, Études bibliques, t. n, p. 122-129; Wright, Syriac literature, dans YEncyclopsedia britannica, t. xxn, p. 826; Ruhens Duval, Anciennes littératures chrétiennes. La littérature syriaque, Paris, 1899, p. 96; Harnack, Geschichte der aUchrist. Lileratur, t. i, p. 910-911.

VI. apocalypse de jean. — Œuvre de basse époque, vie-vine siècle, et sans grande valeur, cette apocalypse apocryphe, éditée dans son texte grec par Birch, Auclarium codicis apocryphi N- T., 1804, p. 245-260, et mieux par Tischendorf, Apocalypses apocryphes , p. 70- 94, est un dialogue que Jean tint avec Notre-Seigneur après l'ascension sur le mont ïhabor sur la fin des temps, ses signes avant-coureurs, sur le jugement dernier, les tourments des damnés et le bonheur des élus. Le portrait de l'Antéchrist est grotesque. Hénoch et Élie reviendront combattre ce monslre. Au son des trompettes, tous les morts ressusciteront, ayant tous la même

forme et le même âge; ils seront comme les anges de Dieu. La terre sera changée, et il n'y aura plus de péché en elle. Le signe du Fils de l'homme paraîtra dans les cieux avec puissance et gloire. Les cieux disparaîtront, et le jugement aura lieu. Les esprits impurs seront précipités dans l'abîme et dans les ténèbres; les païens iront dans l'enfer, les juifs, qui ont fait mourir Jésus, seront dans le Tartare; les chrétiens baptisés, demeurés justes, seront placés à la droite du juge et brilleront comme le soleil; les pécheurs seront punis suivant la nature de leurs péchés. Le nombre des anges est aussi grand que celui des hommes. Après le jugement, il n'y aura plus ni maux, ni vices, ni diable; il n'y aura qu'un, seul troupeau et qu'un seul pasteur.

Le Hir, Études bibliques, t. H, p. 129-130.

vu. apocalypse du TESTAMENT de n.-s. — Une apocalypse anonyme est reproduite au début du Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont Mor Rahmani, patriarche syrien d'Antioche, a publié intégralement une version syriaque, faite par Jacques d'Édesse, en 687 de notre ère, Testantenlum Domini nostri Jesu Christi, Maycnce, 1899, p. 2-19. Des extraits en avaient déjà été édités par Paul de Lagarde, Reliquise juris ecclesiastici anliquissimi syriace, Leipzig, 1853, et retraduits en grec, leur langue originale, par le même, Reliquiee juris. ecc. ant. grœce, Leipzig, 1856, p. 80-84. Les chapitres VI, vu et xi existent en latin dans un manuscrit du vine siècle, conservé à la bibliothèque de Trêves, n° 36, et ont été édités par James, Apocrijpha anecdota, dans Texts and sludies, t. n, 1893, p. 151-154. L'existence d'une version éthiopienne est signalée dans des manuscrits de Paris, Catalogue raisonné des manuscrits éthiopiens, appartenant à Antoine d'Abbadie, 1859, n. 51, 199, p. 61, 199, et de Londres, Wright, Catalogue of the ethiopic manuscripts in the British Muséum, 1877, n. 361, 362, p. 270-276. Jésus ressuscité apparaît aux apôtres. Thomas, Matthieu et Jean le palpent pour s'assurer de la vérité de sa résurrection. Epouvantés, les apôtres tombent sur leur visage et restent sans parole. Jésus leur impose les mains, relève leur courage et leur insuflle le Saint-Esprit. Pierre et Jean l'interrogent sur les signes de la fin du monde. Complétant les instructions qu'il leur a données à ce sujet avant de mourir, le Seigneur prédit les signes précurseurs de la venue du fils de perdition. Après les lamines, les pestes, les troubles déjà annoncés, surgiront des rois cupides, menteurs et sanguinaires, dont les armées répandront beaucoup de sang. En Occident, il s'élèvera un roi barbare, athée, ennemi et persécuteur des fidèles. Puis il y aura des signes dans les cieux et sur la terre : des bruits, des apparitions, des enfantements monstrueux. Les églises seront troublées, leurs pasteurs, iniques, avares, bavards, orgueilleux, amis de la bonne chère et des plaisirs. Les vices se multiplieront, les vertus disparaîtront, certains chrétiens apostasieront, mais les fidèles seront récompensés. Il y aura des disettes, de rudes hivers et rareté du numéraire. Le fils de perdition cherchera à tromper la terre entière et persécutera les justes. La Syrie sera pillée; la Cilicie lèvera le cou jusqu'à ce que vienne son juge; la fille de Babylone boira le calice qui lui sera préparé; la Cappadoce, la Lycie, la Lycaonie courberont le dos. Les armées barbares couvriront la terre de leurs chars; elles feront des massacres et des captifs dans le Pont, la Hythinie.la Lycaonie, la Pisidie, la Phénicie et la Judée. L'Orient tout entier sera conquis par l'Antéchrist, dont le portrait est retracé. Ce sera le signe que le dernier jugement est proche. Les élus seront marqués d'un sceau, et le juge leur sera favorable. Le Seigneur Jésus prescrit aux apôtres d'annoncer ces choses. James, Apocrypha anecdota, 1893, et Harnack, Gescliichle der aUchrist. Lit., Leipzig, 1893, t. i, p. 779, pensaient que

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