II. Doctrine. — Voici ce qui concerne sa doctrine
1° Ancien et Nouveau Testament. — D'abord Apelles rejette absolument l'Ancien Testament. Il n'y voit qu un tissu de contradictions et d'erreurs, dont il fait
autant d'objections contre le christianisme. Origène, loc. cit., en relève quelques-unes. Cf. Tertullien, De car. chr., vi, P. L., t. il, col. 763. On reconnaît là le fruit de la haine de Marcion contre le Dieu de la Bible. Apelles composa même ses Syltogismes pour prouver que tout ce que Moïse a écrit est indigne de la sagesse de Dieu et erroné. Eusèbe, H. E., v, 13, P. G., t. xx, col. 461. Quant au Nouveau Testament, il n'admet que saint Paul, mais saint Paul accommodé, c'est-à-dire défiguré, par Marcion.
2° Dieu. — Sa théologie consiste à rejeter les deux principes de son maître Marcion, les trois de son condisciple Lucien, et à n'admettre qu'un seul Dieu, le Dieu bon, sans origine et sans nom, complètement étranger à ce qui se passe dans ce monde. Mais ce monde existe : de qui est-il l'œuvre? C'est ici que la cosmogonie d'Apelles conserve une couleur gnostique. D'après les Philosophnmena, vu, 38, P. G., t. xvi c, col. 3346, outre le Dieu bon, il admettait un second Dieu, l'ordonnateur du monde, un troisième, le Dieu de la Bible, celui qui a parlé à Moïse et qui est de feu, et même un quatrième, l'auteur du mal. Mais ces trois derniers ne sont pas, à proprement parler, Dieu. Pliilos., x, 12, col. 3426. Peut-être même ne forment-ils qu'un seul personnage sous une triple dénomination. C'est du moins ce que donnent à entendre Tertullien, Prœsc, li, P. L., t. n, col. 71, et saint Épiphane, Hœr., xliv, P. G., t. xli, col. 821, car ils ne distinguent pas. Le Dieu bon a créé des anges, entre autres l'ange de feu qui a créé notre monde sur le modèle d'un monde supérieur et plus parfait, mais qui l'a créé mauvais parce qu'il était mauvais lui-même. L'était-il par sa nature ou par sa faute? Peut-être des deux manières à la fois. En tout cas le créateur d'Apelles s'est repenti de son œuvre; or qui dit repentir dit faute, observe Tertullien. De car. chris., VIII, P. L., t. n, col. 769. C'était là l'une des pierres d'achoppement de la gnose; car, pour expliquer la présence du mal dans le monde, elle en faisait remonter l'origine jusqu'au démiurge et, à la place du péché originel, avait imaginé une déchéance divine.
3° Christologie. — La christologie d'Apelles n'est ni nettement marcionite ni exclusivement orthodoxe. Le- Christ a paru dans les derniers temps; il est le fils du Dieu bon et suprême; il n'a pas eu l'apparence d'un corps, comme le prétendait Marcion avec les docètes ; il s'est vraiment fait chair et est né de Marie. Son corps est un vrai corps solidum, de sideribus, de subslantiis superioris mundi, Tertullien, De car. chr., vi, P. L., t. il, col. 763; Philumène l'a dit. Id., Adv. Marc, m, 12, P. L., t. n, col. 335. Le Christ ne le tient ni de l'homme ni de la femme; il se l'est formé de divers éléments empruntés successivement aux sphères supérieures qu'il a traversées pour descendre sur la terre; éléments dont il aura soin de se défaire, au moment de son ascension, en les restituant à leurs principes constitutifs et à leur origine première, ce qui est en pleine conformité avec la conception gnostique de l'éon rédempteur. Le Christ a été vraiment crucifié; il est vraiment ressuscité et monté au ciel. Qu'est-il donc venu faire ici bas? Sans doute, d'après la gnose, racheter l'élément divin qui ('tait retenu sur la terre, depuis que la faute d'un éon céleste l'avait fait chasser du plérome. Saint Epiphane croit préciser en disant que c'était pour donner aux hommes la science des choses célestes, loc. cit., col. 824; ce renseignement est assez vague; mais en voici un beaucoup plus précis : le Christ est venu pour mépriser le créateur, renier ses œuvres et les refaire. Son conseil est : PiveitOî Ç6xijxot TpaTCÇîrat, soyez de bons argentiers, d'habiles banquiers. Cela veut dire : distinguez bien ce qui est du Christ de ce qui est du créateur. Naturellement les vrais disciples du Christ devaient professer son mépris pour l'œuvre du démiurge; et ceci porte bien la marque marcionile.
APELLES — APHRAATE
4° Anthropologie. —L'anthropologie d'Apelles tranche un peu sur celle de la gnose. Nous ne savons pas si elle distinguait les hommes en pneumatiques, psychiques et ïiyliques ; il est pourtant probable que non. Car Apelles se contente d'affirmer la préexistence des âmes, sans nous dire, il est vrai, qui les a créées, si c'est le Dieu bon ou le créateur. Il tient de Philumène qu'elles ont un sexe qui détermine le sexe du corps auquel elles sont associées. Tertullien, De anim., 36, P. L., t. il, col. 712. Or, avant d'animer un corps, elles vivaient dans une demeure supra-céleste. Mais là elles ont été tentées grossièrement par l'ange de feu, le Dieu d'Israël ou le démiurge, et elles ont misérablement succombé. Aussi, pour les punir, le créateur les a-t-il revêtues de chair. Tertullien, De ànira., 23, P. L., t. il, col. 686. Le corps n'est donc qu'une prison. La mort sera une délivrance pour l'âme; le corps restera sur terre, il ne ressuscitera pas. Saint Épiphane, loc. cit., col. 825. Reste la question de savoir si toutes les. âmes sans distinction seront sauvées. Une réponse affirmative semble la résoudre à première vue. Cependant, dans sa réponse à Rhodon, Apelles exige, au moins pour les chrétiens, que les bonnes œuvres accompagnent la foi dans le Christ. Mais qu'en est-il des autres hommes? Apparemment, ils avaient toutes les chances d'être sauvés, puisque, d'après Apelles, le mieux pour chacun est de rester dans la croyance dans laquelle il se trouve. Et si Apelles, sur ce point particulier, ne s'écartait pas de la théorie gnostique (ce que nous ignorons, mais est fort vraisemblable), il y a lieu de croire que tous ses partisans étaient assurés de leur salut par le fait même qu'ils étaient ses partisans. Quant aux conséquences pratiques découlant de tels principes, on ne sait si, comme chez la grande majorité des gnostiques, elles revêtaient un caractère d'immoralité révoltante; car les auteurs se taisent sur ce point.
III. Réfutations. — Le système d'Apelles a fixé l'attention de ses contemporains et a suscité d'énergiques répliques de la part des chrétiens. Tertullien, toutes les fois que l'occasion se présente, ne cesse de relever dans ses ouvrages les contradictions ou les faux principes d'Apelles. Rhodon, un disciple de Tatien, est également entré en lice. Il a combattu Apelles de vive voix, l'a réduit à un aveu d'ignorance et s'est étonné que, dans ces conditions, il ait pu se faire le docteur des autres. Dans un ouvrage adressé à Callistion, il a aussi consigné par écrit le résultat de sa conférence. Eusèbe, H. E., v, 13, P. G., t. xx, col. 461.
Tillemont, Hist.eccles., t. il, p. 281-28'»; Harnack, De Apellis gnosimonarchica, Leipzig, 1874; Syllogismes d'Apelles, Sieben neue Bruchstïïcke der Sijllogismen des Apelles, dans Text. und Untersuch., t. vi, fasc. 3, Leipzig, 1890; Dictionnary of Christian biography, Londres, 1877-1887, art. Apelles.
G. Raren.le.
APHRAATE ou PHARHAD, surnommé le « Sage Perse » par les écrivains s\riaques postérieurs, écrivit, entre 336 et 345, vingt-trois démonstrations ou traités, qui constituent l'œuvre la plus ancienne que nous possédions intégralement en syriaque, et nous sont parvenues dans trois manuscrits (ve-vie siècles) du Musée britannique. Avant leur découverte, en 1855, par W. Cureton, on en connaissait une version arménienne incomplète, œuvre du Ve ou du VIe siècle, publiée à Rome (1756) et à Venise (1765 et 1788) sous le nom de saint Jacques de Nisibe, avec une traduction latine inexacte et fautive. — I. Vie. II. Œuvres. III, Doctrine.
I. Vie d'Aphraate. — Nous savons peu de chose de la vie d'Aphraate. Il ressort seulement de la lecture de ses écrits qu'il naquit dans le paganisme, et qu'après sa conversion, il embrassa la vie religieuse ou ascétique. Il apparaît ensuite comme un personnage constitué en dignité dans l'uglise et très vraisemblablement revêtu de la dignité épiscopale.
Aphraate adopta le nom de Jacques, soit lors de son baptême, soit, conformément à l'usage oriental, non pas à son entrée dans les ordres, mais à la réception de l'épiscopat. Ce second nom, qui se trouve déjà dans une note d'un manuscrit du Musée britannique (Addit. 17182) daté de 510, peut expliquer la confusion que Gennade et l'auteur de la version arménienne ont faite de notre auteur avec Jacques de Nisibe. Celui-ci mourut en 338, antérieurement à la rédaction des treize dernières démonstrations.
On ignore dans quel endroit de la Perse notre auteur composa ses ouvrages. Il était sujet du roi Sapor; d'autre part, la pureté de son style montre qu'il appartenait aux provinces syriennes soumises au roi de Perse, et voisines des frontières de l'empire romain. On peut ainsi accepter en quelque manière l'indication fournie par la note marginale d'un manuscrit du xive siècle (British Muséum, Orient, 1017) : qu'il aurait vécu dans le monastère de Mar-Mattai, au nord est de Mossoul; mais il n'est rien moins que certain que ce couvent existât comme siège épiscopal. dès cette époque.
Sur la durée de la vie et la date de la mort d'Aphraate, nous ne possédons non plus aucune donnée précise. Mais si nous avons égard à la science dont il fait preuve, à sa connaissance des Écritures, à son expérience et à la considération dont il a joui, nous pouvons admettre qu'il était d'un âge avancé au début de la persécution de Sapor (340). Au surplus, Bar-Hébrœus présente Aphraate comme le contemporain de Papas, évêque de Séleucie- Ctésiphon. Cltronicon ecclesiasticum, n, 2, c. x, Louvain, 1872, t. i, p. 85. Papas, qui lut l'occasion de grands troubles dans les églises de Mésopotamie, mourut en 335, d'après la chronologie de Bar-Hébraeus, ou en 326, selon Amru. Assémani, Bibliot/teca orientalis, t. m a, p. 612. Ces dates répondent à celles qu'Aphraate a lui-même données à ses démonstrations (336-345). En outre, la démonstration xiv, adressée sous forme d'exhortation au clergé et au peuple de Séleucie-Ctésiphon, fait une allusion expresse à ces troubles (février-mars 344), et peutêtre est-ce de Papas lui-même que parle l'auteur, quand il dit au § 8 de ce traité : « Il s'est trouvé parmi vous l'un de nos frères, orné de la tiare, que ceux de sa région ne voulurent point reconnaître... Il alla donc trouver au loin des rois étrangers, leur demandant des fers et des chaînes qu'il se mit à distribuer dans sa région et dans sa ville... » Patrologia syriaca, Paris, 1894, t. i, Aphraalis Demonstrationes, p. 587. En ce cas, Aphraate n'aurait pas été favorable à cet évêque. Aussi est-ce peut-être Aphraate qui est visé dans le discours d'Agapil au concile de Dadjésu (430) : « Des évêques audacieux et indociles, y est-il dit, réprimandés sévèrement par le saint et illustre grand prêtre, le fidèle Mar Papas, catholicos, s'en allèrent auprès de Mar Miles et des vertueux évêques comme lui, dont ils troublèrent la conscience. Dans leur simplicité, ceux-ci se laissèrent entraîner à leur suite, sans le savoir, par un vain zèle,... reçurent le témoignagne de ces rebelles en qualité de juges, et déposèrent Papas sans en avoir le droit. Quant aux vertueux évêques qui étaient dans l'assemblée tenue contre Mar Papas, quelques-uns sont sortis de ce monde honorés du martyre ; d'autres sont morts avec une bonne réputation; ceux qui vivent encore furent laissés, non à cause de leurs œuvres, mais parce qu'ils furent reconnus naïfs et simples, et que pour cela les pervers les avaient trompés. » J.-B. Chabot, Conciles nestoriens, Paris, 1901, p. 45.
A ce document il faut joindre un ancien martyrologe syrien. De Rossi et L. Duchesne, Marlyrologtum hieronymianum, Acta sanctorum, t. il nov., p. flxiii, Ixiv). Cf. W. Wright, An ancient syrian martyrology , dans Journal of sacred literature, 1866, t. vin, p. [10] et 431 ; où est mentionné, avec Abbas. Dali, Miles et d autres évêques, le confesseur Aphraate. Il est possible
APHRAATE
que noire auteur ait été victime de la vengeance du tyran, contre lequel il avait écrit à mots couverts sa démonstration v. Toutefois, comme cet Aphraate confesseur est mentionné avec des personnages morts dès la première année de la persécution (340-341), et que notre auteur date sa dernière démonstration de l'année 345, l'identification proposée n'est pour nous qu'une probabilité.
II. Œuvres d'Aphraate. — Les vingt-trois démonstrations embrassent divers sujets théologiques, ascétiques, disciplinaires. Plusieurs sont des traités de •controverse. Aphraate a pour adversaires les juifs, qui possédaient en Mésopotamie et en Perse de célèbres -écoles et des établissements datant de la captivité. Aphraate prend souvent à parti un « docteur » juif, dont il réfute les grossiers arguments et les prétentions. Démonstration xn, 3, p. 511; xv, 8, p. 754; xvn, 9, p. 803; xxi, 1, p. 931. Ailleurs il s'adresse aux « moqueurs », « race détestable, » v, 25, p. 238; vi, 20, p. 311; xiv, 48, p. 719; xxn, 26, p. 1043. Neuf de ses démonstrations sont dirigées expressément contre les juifs. En voici les titres : xi, sur la circoncision; xn, sur la Pàque; xm, sur le sabbat; xv, sur les nourritures légales; xvi, sur la vocation des gentils; xvn, sur le Christ, fils de Dieu; xvm, sur la virginité; xix, contre la restauration de la nation juive; xxi, sur la persécution. Deux s'adressent aux hérétiques : vin, sur la résurrection; xxn, sur la mort et les fins dernières. Deux autres sont des traités de circonstance : v, sur les guerres; xiv, exhortation au clergé et au peuple de Séleucie et Ctésiphon. Le reste des démonstrations est didactique ou parénétique : I, sur la foi; n, la charité; m, le jeûne; iv, la prière; vi, les ascètes; vu, les pénitents; ix, l'humilité; x, les pasteurs; xx, sur l'entretien des pauvres; xxm, sur le grain de raisin.
Dans ces diverses matières, l'autorité de l'auteur est d'autant plus considérable que, vivant loin du monde romain et des disputes doctrinales qui suivirent le concile de Nicée, il ne connaît encore que les plus anciennes hérésies des gnostiques, des manichéens et des judaïsants. Exception faite d'erreurs portant sur des points de doctrine non définis, erreurs qu'il partage du reste en partie avec saint Éphrem et ses contemporains, Aphraate est le défenseur de l'orthodoxie, et la connaissance de ses œuvres ne peut être que d'un grand secours au théologien.
III. Doctrine d'Aphraate. — Nous rattacherons aux subdivisions suivantes les principaux points de doctrine contenus dans ses démonstrations.
1 . Dieu et la Trinité. — « Voici, dit Aphraate dans sa première démonstration, quelle est la foi : que l'homme croie en Dieu, le Seigneur de toutes choses, qui a fait le ciel, la terre et la mer avec tout ce qu'ils contiennent : qui a fait honneur à son image, » I, 19, p. 43; XXIII, 59 [t. n, p. 119], 62 [t. n, p. 127]. Il combat Marcion « qui se refuse à confesser notre bon Créateur », ni, 9, p. 115; Valentin qui prêche qu'il y a eu plusieurs créateurs, et dit que Dieu ne peut être nommé par la bouche [de l'homme] ni scruté par la pensée. Ibid. La foi en un seul Dieu, jointe à l'observance des commandements, •est le principe des bonnes œuvres, xxill, 62 ft. il, p. 127].
Le monde a été créé de rien, par un seul Dieu, i, 19, p. 43; xxm, 61 ft. n, p. 126] ; et non, comme le dit Valentin, par la multitude des éons, ni, comme Marcion et Manès le répétaient après Zoroastre, par les deux principes du bien et du mal, m, 9, p. 115.
Dieu est éternel. Aphraate l'appelle Uyâ d-nafseh, J' « essence » ou la « substance de lui-même », xxm, 52 |t. il, p. 99], 58 [t. il, p. 118J. Dieu est infini, imcompréhensible; sa majesté est sans comparaison, 59[t. n, p. 122]. Cependant, afin de répondre aux hérétiques qui le disaient innommable ut inconnaissable, il montre que « nous
le connaissons comme le Père qui nous a engendrés, le Roi et le Seigneur qui nors a appelés ». Ibid. Dieu est bon, 56 [t. ii, p. 115]. « Nous devons adorer, révérer et servir le Dieu en notre Père et notre créateur, » xvn, 8, p. 802. Sa volonté soutient toutes les créatures. Tout ce qui existe est maintenu par son commandement. Rien ne se fait sans son ordre. Notre vie et notre mort sont dans ses mains. Les deux mondes, ce qui a existé comme ce qui existera, lui appartiennent. Ibid. [t. n, p. 111-123]. Dieu habite dans les hommes, IV, 11, 12. p. 159, 166; XIV, 35, p. 662. De lui nous tenons la science, la lumière et la vie. Ibid.
Aphraate exprime à diverses reprises le dogme des trois personnes divines. « Nous savons seulement ceci : qu'il y a un seul Dieu, un seul Christ, un seul Esprit, une seule foi, un seul baptême, » xxm, 60 [t. n, p. 123]. 11 rend « gloire et honneur au Père, à son Fils et à son Esprit vivant et saint », 61 [t. n, p. 127J. Il dit encore excellemment : « Si ces trois noms illustres et vénérables du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qui ont été invoqués sur ta tête lorsque tu as reçu le signe de ta vie [le baptême], si ce baptême est pour toi une réalité, ne jure pas sur ta tête, » 62 ft. il, p. 130].
2. Jcsus-Christ. — Le Fils est, pour Aphraate, Fils de Dieu et Dieu lui-même, vi, 9, p. 278; xvn, 2, 4, p. 787- 790; xiv, 39, p. 682-686; le Fils du Roi, vi, 10, p. 279. Néanmoins, il est distinct de la personnalité du Père, iv, 5, 11, p. 146-162. Le Christ est le Verbe et la parole de Dieu, I, 10, p. 22; il est de la même essence, îtâtd, que le Père : « Il t'a envoyé vers nous, te séparant de son essence, » xxm, 52 [t. n, p. 99]; égal au Père dès le commencement, i, 8, p. 19. Il partage avec le Père la divinité qu'Aphraate appelle la nature, 'kydnd', de Dieu, vi, 10, p. 278-279; et le pouvoir des choses humaines, qui est notre nature. Il convient donc de lui rendre le culte et l'adoration, encore que cette affirmation déplaise aux juifs, vin, p. 799-803.
Sur le dogme de l'incarnation, Aphraate enseigne que le Christ fut envoyé par le Père pour vaincre et livrer à la dérision le méchant et sa force, xxm, 50 [t. il, p. 98]; pour guérir les hommes et appeler les pécheurs, x, 4, p. 454; pour apporter la paix, nous délivrer et nous rapprocher de Dieu. « Jésus, le Fils de Dieu, notre Sauveur, qui nous a élus pour lui, nous a appelés à lui, par qui nous avons connu [le Père], par qui nous sommes devenus ses adorateurs, le peuple, l'Eglise et la congrégation sainte, » xxm, 61 [t. n, p. 127]. Le Verbe a pris non un corps figuré, mais un corps charnel, formé dans le sein de la Vierge Marie, et non apporté du ciel, vi, 10, p. 278-282 ; xxm, 50 [t. n, p. 98]. « Gabriel apporta la paix et fit descendre le fruit béni, et le Fils bien-aimé fut semé dans le sein de Marie, » ix, 5, p. 418.
Aphraate confesse implicitement la doctrine de l'unité de la personne du Christ en deux natures, lorsque, dans la viB démonstration, il commente les textes de saint Paul, II Cor., vin, 9; Philip., H, 6, 8, en rapportant à l'unique personne du Christ les propriétés divines et humaines, vi, 9, 10, p. 275-282. Il dit, dans les mêmes termes que les liturgies grecque et latine, que le Christ cache sa nature divine sous les dehors de notre humanité, prenant ce qui nous appartient afin de nous donner ce qui est à lui. xxm, 49 [t. n, p. 95-98]. Id quod fuit permansit et quod non erat adsumpsit.
Lorsqu'il affirme que le Père est plus grand que le- Fils, i, 5, p. 146, il n'en faut pas conclure qu'Aphraate ait incliné vers l'hérésie arienne, qui n'avait pas dépassé à cette époque, les frontières de la Perse et de l'Assyrie. Il est, d'autre part, antérieur à Eulychès, et bien que r>ar-Ilébra>us affecte de le tenir pour un jacobite orthodoxe, sous le prétexte que le couvent de Mar Mattaï devint plus tard une possession des jacobites, ou que ses (puvres, comme plus tard celles de saint Ephrem, d'Isaac d'Antioche, Cyrille d'Alexandrie, Grégoire de Nazianze,